Revue de presse juillet-août 2010

Le 1er septembre 2010  - Ecrit par  L’équipe Actualités Voir les commentaires

La principale actualité mathématique de cet été c’est bien sûr le Congrès International des Mathématiciens avec sa cuvée 2010 de médailles Fields. Mais la lecture de cette revue de presse estivale vous apprendra bien d’autres choses... Bonne lecture, donc, et bonne rentrée à toutes et à tous !

Les bons points de l’été

Le Congrès International des Mathématiciens s’est tenu du 19 au 27 août 2010 à Hyderâbâd en Inde. Ce festival de Cannes des maths, qui a lieu tous les quatre ans, est le moment où l’Union Mathématique Internationale décerne non seulement la célèbre médaille Fields, mais aussi le prix Nevanlinna pour l’informatique théorique, le prix Gauss pour les mathématiques appliquées, et la toute nouvelle médaille Chern. Toutes les sources concordent (qu’il s’agisse de la presse, de notre « envoyé spécial d’IdM » sur place, ou de l’excellent blog de Gaël Octavia), les heureux lauréats 2010 sont... Elon Lindenstrauss, Stanislas Smirnov, Ngô Bao Châu et Cédric Villani pour les médailles Fields, Daniel Spielman pour le prix Nevanlinna, Yves Meyer pour le prix Gauss, et Louis Nirenberg pour la médaille Chern.

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Elon Lindenstrauss, Stanislas Smirnov, Ngô Bao Châu et Cédric Villani

L’école française récompensée

Trois des sept lauréats étant français, la presse française (re)découvre l’excellence de notre école mathématique. Ainsi, Sciences et Avenir l’annonce : « les mathématiciens français talonnent désormais les Etats-Unis dans la course au “prix Nobel des mathématiques”, les médailles Fields. Cédric Villani et Bao Châu Ngô viennent en effet de recevoir cette prestigieuse récompense en compagnie de l’Israélien Elon Lindenstrauss et du Russe Stanislas Smirnov. Cela porte à onze (contre treize aux Américains) le total de ces honneurs accordés tous les quatre ans depuis 1936 à des mathématiciens de moins de quarante ans (accompagné de 15.000 dollars canadiens, soit 11.310 euros). C’est la première fois depuis 1994 que deux Français sont célébrés en même temps. » Ce journal est l’un des rares à mentionner « une première pour un Israélien », et ajoute que « la qualité de l’école française s’est mesurée également par la présence de trois orateurs dans les 20 conférences plénières de ce congrès, qui rassemble tous les quatre ans la fine fleur de toutes les disciplines mathématiques. Un autre prix, le prix Gauss, a aussi été attribué à un français, Yves Meyer (71 ans). Professeur émérite à l’ENS Cachan (et normalien d’Ulm comme il se doit), il a touché à bon nombre de domaines des mathématiques dites appliquées. Un de ses résultats les plus célèbres est le développement d’un outil puissant, les ondelettes, qui sont une manière de découper un signal afin de mieux l’analyser. C’est aussi ce qui permet de compresser les images dans le célèbre format jpeg. »

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L’espace d’un court instant, les mathématiciens remplacent les footballeurs dans les colonnes de nos journaux. Le Monde dresse le portrait de nos médaillés Fields : Ngô Bao Châu « l’obstiné », également interrogé sur ses travaux par La Recherche, et « le flamboyant » Cédric Villani dont une interview du Point nous apprend qu’il a « un petit succès avec les jeunes mathématiciennes coréennes ». Europe 1 est même allé trouver les parents du mathématicien et rapporte quelques anecdotes amusantes : « [Quand] il revenait à la maison », raconte sa mère, « il voulait absolument me refaire les démonstrations de théorèmes. Et moi je n’y comprenais rien. Alors je faisais semblant d’écouter. Mais il le voyait bien. Il exigeait que je lui refasse les démonstrations ».

La politique s’en mêle

Comme à l’accoutumée, les réactions politiques ne se sont pas fait attendre. Le JDD nous apprend que le Président de la République « félicite très chaleureusement les mathématiciens français qui ont obtenu des résultats exceptionnels lors du Congrès International d’Hyderâbâd (Inde) [...] Il félicite également le Professeur Yves Meyer, de l’Ecole normale supérieure de Cachan, qui a obtenu le prix Gauss [...] Ce résultat exceptionnel confirme la très grande qualité de l’école française de mathématique [et le chef de l’Etat] souhaite qu’elle bénéficie de tous les moyens nécessaires à son développement. »

L’opposition, qui félicite aussi les lauréats (le Figaro et le JDD), s’inquiète par la voix de Bertrand Monthubert sur Mediapart de ce que « le gouvernement est en train de scier la branche sur laquelle nous sommes assis ». Selon lui, « les récompenses décernées aujourd’hui sont le fruit d’une politique déjà ancienne. Celle qui est conduite aujourd’hui se fonde sur des principes opposés aux besoins de la recherche. »

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Cette analyse semble partagée par Jean-Pierre Bourguignon qui, sur le blog Sciences² et dans une interview à Libération, qualifie d’exceptionnelle la génération des chercheurs de 30-40 ans et demande qu’elle dispose « de moyens importants pour faire avancer la recherche ». Il constate que la « multiplication des emplois de courte durée en début de carrière [...] n’est pas pertinente en mathématiques » et « espère que les fonds nécessaires à leur financement au niveau de la compétition internationale seront bien confirmés et qu’ils ne seront pas affectés par la baisse des moyens récurrents mis dans les laboratoires. »

A l’opposé, les Echos attribuent étrangement la médaille de Villani à l’université Paris VI (à laquelle est rattachée l’IHP, dont il est directeur), notent « que son président s’est emparé avec volontarisme des nouvelles possibilités offertes par la loi sur l’autonomie des universités (LRU) », et rapportent l’enthousiasme de Valérie Pécresse : « Paris VI est très volontaire dans de nombreux domaines, tels que la gestion de la recherche, les doubles cursus sélectifs avec les grandes écoles ». Dans son édito, Le Monde tempère cet optimisme et avertit : « cette reconnaissance [...] est une réponse cinglante aux doutes fréquemment exprimés, jusqu’au sommet de l’Etat, sur l’utilité de la recherche fondamentale, dont les prolongements et les applications ne sont ni immédiats ni même automatiques. Il est à souhaiter que cette leçon soit retenue. »

Un point de vue régional

La presse locale s’est, elle aussi, félicitée du succès des mathématiciens français. Lyonmag célèbre ainsi, dans un titre tout en nuance, « Un Lyonnais meilleur mathématicien du monde ». Cette affirmation semble cependant remise en question par l’édition de Brive-la-gaillarde de la Montagne qui se réjouit qu’« un Briviste décroche la médaille Fields ».
Dans un style moins conventionnel Lyon capitale (qui publie également une interview du lauréat lyonnais) compare la médaille Fields... aux « Hot d’Or » !
Moins cavalier, Le Parisien remarque que le trophée « revient au même rythme que la Coupe du monde de football : tous les quatre ans. Contrairement au ballon rond, la France, plus particulièrement l’Essonne, y fait preuve d’une régularité au plus haut niveau, à faire pâlir Raymond Domenech. Hier, Ngô Bao Châu, un professeur de la fac d’Orsay de 38 ans, a décroché la médaille Fields, l’équivalent du prix Nobel en mathématiques. » Le journal note une autre divergence avec le football : « moins de 6000 € par mois ici, trois fois plus à l’étranger ». Plus au sud,
Kwantik publie un entretien avec deux mathématiciens toulousains invités au congrès, Arnaud Chéritat et Xavier Buff, ainsi qu’un autre de Cédric Villani, qui regrette que « les bons résultats de la France en mathématiques sont peu connus du public ».

Le mot de la fin

La conclusion c’est Le Figaro, très inspiré, qui nous la donne : « La France reste bien une terre de mathématiques. Mais à quand une femme médaillée ? ».

D’un prix Clay à l’autre ?

Si elles se terminent avec les médailles Fields d’Hyderâbâd, les vacances d’été s’étaient ouvertes avec un autre événement mathématique considérable : la remise du prix Clay à Paris. Cette récompense d’un million de dollars a été décernée au russe Grigory Perelman au cours d’un congrès mathématique exceptionnel organisé par l’Institut Henri Poincaré. Et, comme nous vous le rapportions lors de la Revue de presse du mois de juin le récipiendaire était absent, Perelman ayant tout simplement refusé le prix ! En ces temps de bling-bling et d’argent roi, ce refus spectaculaire a largement interrogé et la presse n’a pas manqué tout au long du mois de juillet de tenter de le décrypter.

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Poincaré, Thurston et Perelman

« J’ai refusé le prix ». Tout commence par une dépêche AFP, reprise en cœur par toute la presse, depuis Sciences et Avenir jusqu’à Paris Match : « La raison principale est un désaccord avec la communauté [...] mathématique. Leurs décisions ne me plaisent pas, je les considère injustes [...] Je pense que la contribution du mathématicien américain Richard Hamilton à la résolution de ce problème n’est pas inférieure à la mienne » [1]. Une explication qui a dû paraître un peu courte au journal helvétique Le Temps, qui consacre un article de cinq pages à décortiquer et analyser les motivations et les implications du geste de Perelman. On y apprend par l’intermédiaire du mathématicien Bruno Colbois que le savant, une fois sa prouesse mathématique réalisée, n’a « pas vraiment fait d’effort pour être clair » ou être « disponible pour fournir des explications. [...] Les experts ont donc dû vérifier tout seuls. » Quant à l’argent, c’est Gérard Besson, un autre mathématicien interrogé par le journal, qui résume la situation : « de toute évidence il n’en a pas besoin pour vivre à sa guise. Après tout, c’est un scientifique et pas un footballeur. » Le Figaro rebondit en rappelant d’autres déclarations du chercheur : « je n’ai besoin de rien, j’ai tout ce qu’il me faut ! » L’article se conclut sur les paroles du mathématicien William Thurston lors de la non-remise du prix Clay : « j’éprouve une profonde sympathie pour Perelman et j’admire sa force intérieure, sa pureté, sa capacité à rester fidèle à lui-même. Perelman nous a appris les mathématiques. Peut-être, devons-nous désormais nous poser des questions sur nous-mêmes et prêter attention à son rapport à la vie. »

La résolution de la conjecture de Poincaré par Perelman est aussi l’occasion pour AgoraVox de rendre hommage au personnage éponyme de cette histoire en lui consacrant un court article. On y rappelle à quel point les travaux d’Henri Poincaré « furent essentiels » et combien ceux-ci ont « largement inspiré bien des scientifiques et tout particulièrement l’un des plus célèbres, A. Einstein. » L’article se finit par ces phrases : « Toutes mes excuses par avance de cette présentation bien incomplète et succincte du personnage. Il s’agissait de rendre un hommage à cet homme brillant, intègre et intellectuellement honnête ».

Après la conjecture de Poincaré, une autre question à un million de dollars, P versus NP dans le jargon des mathématiciens, a-t-elle ou non été résolue par l’Indien Vinay Deolalikar, employé de l’entreprise Hewlett Packard ? Le Figaro a interrogé le mathématicien Stephen Cook, une référence en la matière : « [sa preuve est] suffisamment intéressante pour que la communauté se penche dessus et la décortique. » Il cite également une autre sommité de la discipline, Dick Lipton : « il est presque sûr qu’il y a des erreurs, mais la véritable question est de savoir si la stratégie envisagée est correcte et si les manquements constatés sont réparables. » La réponse dans quelques mois et dans Images des Mathématiques bien sûr !

Des jeux et des calculs

Peu avant que le Congrès International ne s’achève à Hyderâbâd, Paris a accueilli le 24-ième Championnat des jeux mathématiques et logiques, les 25 et 26 août derniers. Le Figaro rend compte du rassemblement de plus de trois cents concurrents, de nationalités et d’âges fort disparates, sous la houlette de la Fédération Française des Jeux Mathématiques et du Comité international des jeux mathématiques. L’attribution toute récente des médailles Fields et son important écho médiatique ont eu un effet tangible chez les participants : « les gens sont fiers », selon le président de la FFJM. 
Si, pour certains organisateurs, les jeux mathématiques ont des « bienfaits essentiels dans notre société », tous souhaitent contribuer à « redorer l’image » des mathématiques. L’un d’entre eux conclut cependant sur une note plus mitigée : « dans un contexte où la volonté affichée est de favoriser les débouchés immédiats, les recherches en mathématiques sont clairement hors cadre, puisque, par essence, il s’agit d’un investissement à long terme ».

Si l’on devait décerner des médailles aux concepteurs de jeux mathématiques, il ne fait guère de doute que l’une des premières irait à l’architecte hongrois Ernő Rubik, inventeur en 1974 du mondialement célèbre « Rubik’s Cube ». Dans chacune des plus de 43 milliards de milliards de configurations possibles, le cube peut être ramené à l’état initial par une succession de rotations des faces.

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Rubik’s Cube

Alors que l’on sait depuis 1995 que certaines situations nécessitent au minimum 20 rotations, quatre scientifiques, trois américains et un allemand, viennent de prouver que « tout puzzle du cube peut être résolu en 20 mouvements ou moins ». Cette information est relatée dans plusieurs quotidiens, citons La Dépêche, Les Dernières Nouvelles d’Alsace ou Le Populaire ; elle fait également l’objet d’un article sur Slate.fr, qui énumère les obstacles qu’il a fallu surmonter : « réduire le nombre de positions pertinentes » par une analyse mathématique, « élaborer un algorithme capable de calculer le nombre de mouvements nécessaires pour recomposer le cube » et, au final, « trouver assez de “temps d’ordinateur” pour faire tourner l’algorithme ».

Autre prouesse algorithmique et technique : une dépêche de l’AFP du 5 août dernier, largement reprise par la presse généraliste régionale et nationale, ainsi que par Sciences et Avenir, annonce qu’un ingénieur informaticien japonais, Shigeru Kondo, et un étudiant américain, Alexander Yee, auraient « calculé 5.000 milliards de décimales de la constante mathématique $\pi$ ». S’il est vérifié, ce nouveau record doublerait presque le précédent, « détenu par le français Fabrice Bellard et supposé être de 2700 milliards de chiffres après la virgule ». Mentionnons au passage que ce vénérable sujet a récemment fait l’objet d’un article sur ce site.

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Salle $\pi$ du Palais de la Découverte

Puisqu’il vient d’être question du recours à la puissance de calcul sans cesse croissante des ordinateurs, on pourra lire dans La Croix du 30 août une histoire des machines à calculer : « les premières calculatrices étaient mécaniques, lentes, lourdes et encombrantes. Elles n’ont cessé d’évoluer, devenant de plus en plus complexes ».
L’article s’ouvre avec l’invention par le jeune Blaise Pascal, en 1647, d’un « astucieux système d’engrenages, qui effectue automatiquement les reports des retenues, permet de réaliser des additions et des soustractions par simple manipulation de six roues sur le couvercle d’une boîte oblongue de petite dimension », rapidement baptisé Pascaline. On y apprend toutefois que l’hôte de Port-Royal fut devancé par Wilhelm Schickard (1592-1635), astronome et mathématicien allemand ami de Kepler, puis que son invention fut améliorée par Leibniz.

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La pascaline

Mais ce n’est qu’au début du XIXe siècle, avec « l’essor du commerce et le développement des mouvements bancaires, qui augmentent les besoins de calculs », que débutera la commercialisation des machines à calculer. Parmi les premiers modèles fabriqués en séries : l’Arithmomètre (1820), l’Arithmaurel à 8 chiffres (1854) et la machine arithmétique de Bolée (1889), « la première avec un mécanisme de multiplication qui ne passe pas par des additions répétées », qui peut effectuer en une heure « 250 multiplications ou 120 extractions de racines carrées » et pèse.... 73kg. La première machine portative voit le jour en 1948, « les premiers modèles électroniques apparaissent à la fin des années 1960 » et « l’invention du microprocesseur en 1971 accélère la miniaturisation et permet de diminuer les coûts de fabrication ».
Plusieurs machines historiques sont exposées au Musée des arts et métiers, et cette histoire est présentée au Musée d’histoire de l’informatique.

Dans la presse régionale : du Nord au Sud

La Voix du Nord rend compte des travaux de Christophe Besse, quand bien même « beaucoup de ses recherches sont classées top secret » et « d’autres sont confidentielles, mais d’un intérêt majeur pour le grand public ». Professeur à l’université Lille 1 et directeur du laboratoire Paul Painlevé, Christophe Besse participe au projet de géolocalisation par satellite Galileo, développé par l’Agence spatiale européenne, en élaborant des modèles mathématiques de l’effet, potentiellement destructeur, des vents solaires sur les satellites.

Huit cents kilomètres plus au sud, nichée au cœur de la pinède de Luminy, à Marseille, une bastide abrite depuis 1981 le Centre International de Rencontres Mathématiques (CIRM). La Provence expose le mode de fonctionnement de cette institution bien connue des mathématiciens, en donnant la parole à son (ancien) directeur, Pascal Chossat. « C’est l’un des trois centres les plus actifs au monde, avec ses homologues situés en Allemagne et au Canada. Chaque année, 3 000 chercheurs du monde entier viennent ici plancher pendant une semaine sur un sujet donné » et ils « se parlent entre eux avec une craie et un tableau noir ». Nouveauté : « la décision, prise cette année, d’héberger gratuitement les chercheurs qui mangent et dorment sur place, [ce qui] va sans doute contribuer à augmenter encore sa fréquentation... C’est un choix pris par le CNRS et le ministère de la Recherche, qui vont y consacrer annuellement 1,4 M€. »

Disparitions

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Michelle Schatzman
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Naoufel Ben Abdallah

La communauté mathématique est endeuillée par la disparition prématurée de Naoufel Ben Abdallah, professeur à l’université Paul Sabatier de Toulouse, ancien élève de l’Ecole Polytechnique, et de Michelle Schatzman, directrice de recherche au CNRS, ancienne élève de l’École Normale Supérieure. La presse tunisienne s’est fait l’écho du décès brutal de Naoufel Ben Abdallah le 6 juillet à l’âge de 42 ans. Le site de la délégation Rhône-Auvergne du CNRS rend hommage à Michelle Schatzman, décédée d’un cancer le 20 août à l’âge de 60 ans. La triste nouvelle est reprise par Lyonmag.

Bavure et polémiques pendant l’été

« La France, tu lemmes ou tu la quittes ! »

Dans un article du 6 juillet, Libération revient sur un incident fâcheux qui a émaillé fin juin un congrès de mathématiques à Bordeaux. Un mathématicien indien, venu assister à cette conférence dédiée aux avancées en géométrie logarithmique, a été interpellé à la gare de Bordeaux. Christine Huyghe, chargée de recherche au CNRS et participant à la conférence, rapporte qu’ayant oublié son passeport à l’hotel, « il est plaqué à terre en pleine gare, fouillé, et c’est menotté, que le dangereux mathématicien indien, armé de ses notes d’exposé et de son stylo, a été amené au poste. Après avoir donc passé la nuit au poste, le mathématicien sera libéré, sans excuse, quitte pour quelques marques de menottes au poignet, et pour avoir raté les exposés du vendredi matin. »

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« Désormais, quand il y a une grève en France, personne ne s’en aperçoit »

Toujours parmi les sujets qui fâchent, Véronique Soulé, journaliste à Libération, revient dans son blog sur l’interview télévisée de Nicolas Sarkozy du 12 juillet. Il déclarait : « avez-vous remarqué que le collectif Sauvons la recherche ne s’exprime plus, que depuis que je suis président de la République il n’y a plus eu de grève de chercheurs ? Parce que nous leur donnons des moyens comme jamais malgré la crise ». Pourtant pendant de longs mois, la revue de presse de notre site Images des Mathématiques s’est fait l’écho d’un mouvement de contestation sans précédent des chercheurs et enseignants-chercheurs qui protestaient « contre la réforme de leur statut dans le cadre de la LRU (loi sur l’autonomie des universités), contre celle de la formation des enseignants (la masterisation) et contre le démantèlement de la recherche publique, notamment du CNRS ». Comme le fait remarquer Véronique Soulé, « Nicolas Sarkozy a la mémoire courte. Ou alors les chercheurs ont si peu d’importance à ses yeux qu’il ne remarque pas leur grève et leurs manifestations. Le mouvement de l’hiver 2009 a pourtant été l’un des plus longs de leur histoire ». Sur son blog, le secrétaire du PS chargé du supérieur et de la recherche Bertrand Monthubert, parle, lui, de « mépris » vis-à-vis des chercheurs.

Parutions

A la « une » du numéro de septembre de Pour la Science : Les fractales 3D
à la conquête d’un monde virtuel
.
La question posée n’est simple qu’en apparence : existe-t-il un
équivalent tridimensionnel de la célèbre fractale de Mandelbrot qu’Adrien Douady avait popularisé dans « La
dynamique du lapin
 » ?
Illustré avec des images du site skytopia,
il s’agit de la traduction d’un article publié en mars 2010 par l’auteur dans la revue Spektrum der
Wissenschaft
, l’édition allemande du Scientific American.
Dans le même numéro les fractales sont à nouveau à l’honneur dans
l’actualité avec les travaux d’une équipe de physiciens mexicains qui
étudient d’étonnantes propriétés géométriques des boules de papier
froissées.

En hommage à Martin Gardner (mort le 22 mai 2010) la rubrique
mensuelle Logique et calcul de ce même magazine décrit SoupAutomat, un
automate cellulaire unidimensionnel, comme le Jeu de la vie (qu’il fut le premier à populariser) du
mathématicien John Conway.

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Une scène du « Jeu de la vie »

Suicide et immortalité quantiques. En septembre, toujours dans la rubrique Logique et calcul, c’est la question, très discutée, de l’interprétation des mondes multiples de la mécanique quantique qui est abordée. « On pourrait survivre dans des univers parallèles. On pourrait aussi résoudre des problèmes difficiles. Est-ce sérieux ? » Dans des encarts, l’auteur détaille les
points clés qu’il aborde : la roulette russe quantique (et l’expérience du chat de Schrödinger), l’éthique du suicide quantique, l’immortalité ...

Dans un article intitulé « En additionnant les chiffres des nombres premiers » le magazine La Recherche revient sur un résultat récent de
Christian Mauduit et Joël Rivat. Un travail dont Images des mathématiques vous avait déjà parlé dans sa Revue de presse du mois de mai 2010.

Le Journal du CNRS de juillet-août 2010 y consacre également, dans sa rubrique Vies des labos, un court article intitulé « Une sacrée somme pour les nombres premiers ». A lire aussi dans ce numéro estival, un portrait d’Alessandra Carbone, prix Irène Joliot-Curie 2010, qui « [analyse] d’un point de vue mathématique des génomes d’organismes pour en déduire leur mode de vie » et semble avoir « les maths dans la peau ».

Des maths, des maths, oui mais des Panini !

Il fallait s’y attendre : au beau milieu de la coupe du monde de football, la question de la rareté suspecte de certaines vignettes Panini a refait surface. Pour les non afficionados, rappelons que cette firme propose à la vente les albums de toutes les équipes de la coupe du monde et qu’il s’agit ensuite de les compléter au moyen d’images autocollantes achetées dans des paquets opaques. Or il semble que certains joueurs, souvent les plus célèbres, soient mystérieusement manquants... Panini organiserait-elle volontairement la pénurie ? Lors d’un reportage de la télévision suisse romande, deux mathématiciens Sylvain Sardy et Yvan Velenik mènent l’enquête [2].

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Paul le poulpe (image Tilla)

Impossible d’évoquer la coupe du monde sans parler également de Paul le Poulpe —qu’on ne présente plus— et dont les prédictions footballistiques ont émerveillé la Terre entière et ont soulevé partout la même question : comment un tel exploit est-il possible ? Biologistes et mathématiciens ont planché sur la question, vous lirez leur verdict dans Le Figaro.

Post-scriptum :

L’annonce des résultats des médailles Fields au JT de France 2 :

Notes

[1On pourra lire ou relire l’article Géométriser l’espace : de Gauss à Perelman pour replacer les travaux de Perelman et de Hamilton dans leur contexte historique.

[2En complément de cette enquête, nous vous recommandons un article de ces deux auteurs consacré au même sujet et paru sur Images des Mathématiques cet été.

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Pour citer cet article :

L’équipe Actualités — «Revue de presse juillet-août 2010» — Images des Mathématiques, CNRS, 2010

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