Revue de presse juillet-août 2019

Le 1er septembre 2019  - Ecrit par  L’équipe Actualités Voir les commentaires (3)

L’actualité estivale proprement scientifique est plutôt calme. Cependant, les mathématiques sont beaucoup apparues dans la presse. En effet, la libération de Tuna Altınel et les destins hors du commun de nombreuses mathématiciennes et mathématiciens que l’on a lus ces deux mois soulignent une fois de plus que les mathématiques sont avant tout une histoire humaine.

Libération de Tuna Altınel

Une bonne nouvelle pour commencer : Tuna Altınel, mathématicien turc en poste à l’université Lyon 1 depuis plus de vingt ans, qui était détenu depuis le 11 mai par les autorités de son pays, a été mis en liberté provisoire le 30 juillet après 81 jours de détention. Le Monde, La Croix, Rebellyon, L’Orient-Le Jour, L’Express, Le Figaro, Ouest-France et Le Progrès en rendent compte. Il est intéressant de lire le compte rendu de l’audience rédigé par Gregory Cherlin. Il est important de signaler que l’historienne Füsün Üstel, incarcérée depuis le 8 mai, a été libérée le 22 juillet après 76 jours de prison et les charges qui pèsent sur elles ont été abandonnées.

Pour Tuna Altınel, ce n’est pas la fin du combat car aucune des deux procédures en cours n’est terminée ; d’ailleurs, il n’a pas encore récupéré son passeport, qui lui a été confisqué à son arrivée à Istanbul en avril. Par ailleurs, la purge lancée par le président Erdogan se poursuit avec la destruction de 300.000 livres, comme le rapporte Le Figaro. Dernière cible en date : les manuels scolaires de mathématiques.

Recherche

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Sous l’empire des revues...

Cet été, Le Monde publiait une série sur l’édition scientifique intitulée « Sous l’empire des revues ». Bien que la base de données arXiv ne soit pas une revue scientifique, au contraire d’autres sujets de cette série, Le Monde lui consacrait un article. En effet, c’est une archive de prépublications, c’est-à-dire que les articles sont déposés avant leur évaluation (et validation) par les pairs et la publication dans une véritable revue. Né au début des années 1990 des lignes de code de l’astrophysicien Paul Ginsparg, arXiv a essaimé dans d’autres sciences comme l’informatique ou les mathématiques. Désormais, déposer un article sur arXiv avant sa publication est désormais devenu la pratique la plus courante, si bien qu’arXiv permet une diffusion bien plus rapide des résultats et un accès aux connaissances non limité aux abonnements aux revues classiques. Le Monde retrace cette aventure et la révolution que cela a amorcée avec la montée en puissance d’internet.

L’émission radiophonique « Du grain à moudre » sur France Culture posait la question : « Qu’est-ce qu’un bon chercheur ? » Stéphane Beaud (sociologue), Chloé Deligne (historienne) et Antoine Petit (directeur du CNRS) étaient invités pour répondre à cette question. Le métier de chercheuse et chercheur, la notion de compétition en recherche, la place des sciences sociales, le rôle particulier du CNRS en France et les derniers non-recrutements polémiques, ainsi que la diversité des profils des chercheurs (en particulier, la parité femme-homme) étaient les points principaux abordés dans cette émission à réécouter.

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Maria J. Esteban

Au mois de juillet, les mathématiques appliquées et industrielles tenaient leur congrès international à Valence en Espagne, l’ICIAM. Ouvert par le roi Felipe VI, ce congrès a été un moment fort avec notamment la remise de nombreux prix. L’Usine nouvelle présente les lauréats. La fondation Sciences mathématiques de Paris (FSMP) y a envoyé Gaël Octavia, responsable de la communication de la FSMP et qui a couvert l’évènement sur ce blog. On peut ainsi revivre l’évènement et retrouver les exposés de Claude Bardos, Maria Esteban, Isabelle Gallagher, Claude Lebris, Mathieu Lewin, Yvon Maday, Sylvia Serfaty ou encore Catherine Sulem pour les Français⋅es. En marge de ce congrès, le Journal du CNRS interviewait aussi Maria Esteban, la présidente de l’ICIAM, sur les collaborations fructueuses entre industrie et mathématiques.

Dans un partenariat entre le blog binaire du Monde et le site The Conversation, Serge Abiteboul et Gilles Dowek s’entretiennent avec Thierry Coquand à propos des langages des mathématiques et de l’informatique. Thierry Coquand est connu pour être un des concepteurs du logiciel Coq qui est un assistant de preuve (un programme informatique qui permet de certifier la validité de preuves mathématiques). Dans cet intéressant entretien, Thierry Coquand parle de raisonnements mathématiques et de leur représentation par des ordinateurs, de l’importance du langage et des notations et de ses travaux actuels.

Applications

L’Europe a connu cet été plusieurs épisodes caniculaires. Les événements climatiques extrêmes, tels que les canicules, les ouragans ou les inondations, voient leur fréquence et leur intensité augmenter en raison du changement climatique en cours. À l’occasion de la 11e conférence “Extreme Value Analysis” qui se tenait début juillet à Zagreb, le journal canadien La Presse interviewe le chercheur Alexis Hannart, qui tâche de mieux prédire et encadrer ces événements extrêmes à l’aide de modèles.
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Un éternuement mathématique

Science & Vie (article réservé aux abonné·e·s) s’intéresse à un autre modèle mis au point par une équipe du MIT, qui décrit le parcours des postillons émis lors d’un éternuement. Les résultats sont surprenants : selon le modèle, les projections pourraient parcourir une distance de huit mètres ! Ces travaux pourraient être appliqués en épidémiologie, notamment à l’étude de la propagation de la grippe annuelle ou de la rougeole.

Côté politique, le Nouvelliste propose d’aborder en chiffres les élections fédérales suisses, qui se tiendront le 20 octobre. Une courte vidéo, première d’une série de huit, montre comment est calculé le nombre de conseiller·e·s attribué à chaque canton.

Comme toujours, on retrouve aussi des applications des mathématiques dans de nombreux sujets surprenants et ludiques ! Commençons par le plus impressionnant : une conférence TED relayée par DailyGeekShow, qui présente une intelligence artificielle capable de recréer en 3D le visage d’un être humain, et de le faire bouger en direct, avec un réalisme ahurissant. Comme dans tous les tours de magie, il y a un truc : cette intelligence artificielle s’appuie sur une gigantesque base de données dont la collecte a nécessité des années et un matériel de pointe. Le résultat n’en laisse pas moins songeur.

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Peut-on prédire les scores au football ?

Si vous rêvez de gagner de l’argent grâce aux mathématiques, peut-être pouvez-vous vous tourner vers les paris sportifs ! Actufoot s’enthousiasme (un peu trop ?) pour un algorithme mis au point par un ancien étudiant en mathématiques qui semble prédire les résultats des matchs de football avec une bonne chance de succès.

Plus poétique, Le Monde (article réservé aux abonné·e·s) se penche sur les machines dites de Goldberg. Ces machines « infernales » provoquent d’interminables réactions en chaîne pour accomplir une action extrêmement simple, telle que verser de la limonade dans un verre. Les vidéos montrant ce type de machines hautement inutiles à l’œuvre fleurissent sur Youtube. Leur conception nécessite cependant de très nombreux essais et ajustements... Pour voler au secours des créatrices et créateurs de machines de Goldberg, un doctorant en mathématiques a imaginé un algorithme qui indique comment placer les différents objets composant la machine désirée.

Enfin, The Good Life interviewe l’artiste, DJ et mathématicien Daito Manabe, qui conçoit des « projets au croisement entre l’art, la musique et l’ingénierie », et a notamment utilisé des techniques d’apprentissage machine pour générer sur un écran les images qui nous viennent à l’esprit lorsqu’on écoute de la musique. Avec, en prime, une playlist « de l’été » ! Tout en l’écoutant, cultivez-vous avec cette série de trois cours de mécanique quantique grand public donnés par Etienne Klein en 2007, et postés sur AgoraVox avec les commentaires d’un auteur anonyme.

Société

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Jeffrey Epstein

Incroyable mais vrai : avoir fait des études de mathématiques ne garantit pas forcément d’être quelqu’un de bien ! La Dépêche retrace le parcours de Jeffrey Epstein, mathématicien de formation devenu trader milliardaire dans les années 1980, et retrouvé pendu dans sa cellule le 10 août dernier suite à son incarcération pour de sordides affaires de trafic de mineures.

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Serguei Sobianine

Serguei Sobianine, l’actuel maire de Moscou, était également féru de mathématiques selon L’Opinion, qui brosse un portait de cet ingénieur qui connut une ascension politique fulgurante en soutenant Vladimir Poutine dans les années 2000 et qui s’illustre notamment aujourd’hui par ses propos ouvertement xénophobes.

Les Échos s’intéressent dans un court article à l’Institut africain des sciences mathématiques (AIMS), qui souhaite promouvoir la poursuite d’études supérieures en mathématiques des étudiant·e·s africain·e·s. Six campus d’enseignement et de recherche ont ouvert dans différents pays africains depuis 2003 et neuf autres sont en projet. Les cursus proposés sont notamment sponsorisés par les géants du numérique Google et Facebook.

Parité

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Plafond de verre

Tous les deux ou trois ans, des institutions et sociétés savantes [1] organisent une journée parité, dans le but de comprendre les raisons de l’absence de parité dans les mathématiques (en particulier à l’université) et réfléchir aux moyens de se rapprocher de cette parité. Les exposés concernaient le harcèlement au travail, l’homophilie et le plafond de verre dans les réseaux sociaux, les femmes et la presse mathématique ainsi que la question de la parité et la mobilité académique. Cette dernière question fait écho au message de Pascal Auscher, directeur de l’Institut des sciences mathématiques du CNRS, qui rappelle l’importance de la mobilité académique, et à la lettre ouverte « Pour une mobilité heureuse », publiée dans la Gazette des mathématiciens en avril dernier, qui expose les effets délétères de cette politique de la mobilité. Une chaîne YouTube a été créée et il est possible de revoir les interventions de cette journée.

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Nisha Allavudeen, ici sur le site de l’entreprise Umanis à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), le 31 juillet.

Le CNRS veut lutter contre les inégalités entre ses personnels féminins et masculins. En particulier pour les promotions, son directeur Antoine Petit veut inciter les femmes à se porter candidates autant que les hommes à ces promotions et souhaite instaurer des taux de promotions par rapport aux femmes promouvables.

Dans une série estivale sur les écoles spécialisées, Le Monde décrit le parcours de Nisha Allavudeen, étudiante de vingt-cinq ans qui va entrer dans la vie active après un parcours dans le supérieur un peu compliqué. Elle a pu s’en sortir grâce à l’école Simplon, où elle a appris le codage informatique et les outils d’intelligence artificielle. Cette école privée gratuite s’est spécialisée dans l’insertion des jeunes par les nouvelles technologies. En particulier, cette école solidaire propose des formations en informatique aux jeunes hommes comme aux jeunes femmes. Le Monde termine son article sur cette citation : « Le code, c’est la logique de la mathématique et la créativité de la musique ».

Histoire

La célébration des cinquante ans des premiers pas sur la Lune nous donne une transition rêvée avec la rubrique précédente car plusieurs médias mettent en lumière le rôle de femmes impliquées dans la conquête spatiale. TV5 Monde dresse un portrait de Margaret Hamilton, « mathématicienne [...] chargée de développer le système de guidage embarqué à bord d’Apollo 11 ». On lui doit aussi « le moyen permettant aux ordinateurs de prioriser les tâches » de l’ordinateur de bord, de sorte à « donne[r] la priorité aux fonctions d’atterrissage ». TV5 Monde évoque également d’autres femmes ayant travaillé à la NASA : Katherine Johnson [2], Dorothy Vaughn et Mary Jackson, dont l’histoire est adaptée dans le livre Les Figures de l’ombre de Margot Lee Shetterly et le film éponyme. Valerie L. Thomas (en) apparaît dans un encart et l’hypothèse d’une femme astronaute sur la Lune ou sur Mars est présentée comme probable.

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Margaret Hamilton en 1995
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Sue Finley vers 2016
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Poppy Northcutt en 2019

L’Union s’intéresse à Frances “Poppy” Northcutt, informaticienne puis ingénieure – la première femme à ce grade – à la NASA à partir de la mission Apollo 8. Cette militante remarque qu’« il n’y avait qu’une seule femme dans la mission de contrôle lorsque le module lunaire d’Apollo 11 a atterri sur la Lune ; aujourd’hui, les femmes représentent 34 % de la force de travail de la NASA » : les choses évoluent ! Futura sciences présente Sue Finley, « une surdouée des mathématiques pour le programme Apollo ». Plusieurs de ces récits insistent sur l’audace qu’il fallait à l’époque pour qu’une femme aille (re)travailler quand elle avait des enfants, ainsi que la réprobation dont elle faisait l’objet.

Dans le même genre, Libération revient sur « Mileva Einstein, l’inconnue de l’équation », déjà évoquée en juin.

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Détail de la machine Fialka

Sur Slate, nous découvrons la machine cryptographique soviétique Fialka (en), analogue à la plus célèbre machine allemande Enigma et utilisée pendant la Guerre froide. L’article est motivé par l’exposition d’un exemplaire au KGB Espionage Museum de New York. L’article mentionne une remarque intéressante du spécialiste Stephen Budiansky : « Les avancées importantes que [les États-Unis] et l’Union soviétique ont faites, tout au long de la Guerre froide, dans le déchiffrement des codes secrets de leur ennemi ont été obtenues soit par des moyens “directs” [comme le vol de listes clés de combinaisons] ou à cause d’erreurs dans les procédures ayant éventé des détails essentiels sur les schémas de chiffrement internes du système de chiffrement. »

Plus brièvement, signalons une émission de RCF sur « Thalès et la naissance de la science », un article de Sénénews qui célèbre la naissance de Blaise Pascal le 19 août 1662 et un billet d’Hervé Lehning sur Futura Science à propos de la mise en place de la numération décimale, devenue banale au moment où le certificat d’études était en vigueur, et plus généralement sur l’utilité de l’abstraction pour les problèmes réputés concrets.

À l’honneur

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Yvonne Choquet-Bruhat en 2006

Plusieurs mathématicien⋅ne⋅s ont été à l’honneur des journaux de l’été. Dans une série intitulée « Trésors vivants », Marianne adresse un vibrant hommage à Yvonne Choquet-Bruhat, « mathématicienne hors-normes » de 95 ans dont l’ « insatiable curiosité » a toujours alimenté « une réflexion mathématiques sur les lois qui régissent l’univers ». « Son moteur ? “J’ai été heureuse de mes succès, particulièrement à cause des chaleureuses amitiés qui les ont accompagnées.” »

En Belgique, L’Écho « part à la rencontre » de Raf Mertens, « le mathématicien devenu génie du web ». Allez-vous, comme le conseille le journal, « [vous laisser] inspirer par les entrepreneurs wallons » ? Kapitalis consacre un article au Tunisien Nader Masmoudi (prix Fermat 2017), professeur à l’université de New York à Abou Dhabi et spécialiste des questions de turbulence en mécanique des fluides. Le Journal scientifique et technique du Mali salue la nomination du mathématicien Ouaténi Diallo comme recteur de l’université des Sciences, des techniques et des technologies de Bamako (USTTB).

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Christian Mauduit

Malheureusement, d’autres hommages sont posthumes. Le mathématicien marseillais Christian Mauduit est décédé accidentellement cet été, annonce la SMF. C’était un chercheur réputé en théorie des nombres et il était très actif dans la médiation scientifique. Il racontait naguère sa conception de la recherche dans cette vidéo d’Écho sciences-PACA. Le Courrier du Vietnam retrace « une vie consacrée aux mathématiques », celle de Hoàng Tuy, décédé à 92 ans. L’Avantage annonce le décès de Rodrigue Blais, « un grand mathématicien et chercheur de la région » de Saint-Valérien.

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À l’occasion de la réédition d’un livre d’entretiens, TV5 Monde [3] nous invite à découvrir « la trajectoire du mathématicien nigérien Boubakar Ba », le « premier Africain à entrer à l’École normale supérieure ». Il mène « une carrière universitaire exemplaire » qui commence par un doctorat à la Sorbonne en 1965, se poursuit à Dakar et bientôt à Antananarivo, où il fonde l’Institut de recherches en mathématiques en 1968. En 1971, il rejoint le Niger pour diriger « le Centre d’enseignement supérieur, l’ancêtre de l’université de Niamey ». Après huit ans, il se fait évincer du CES par le président Kountché. Il devient enseignant à Abidjan pendant douze ans avant de prendre un dernier poste à l’université Paris 13-Villetaneuse – l’état des universités françaises qu’il retrouve le déçoit... – avant de prendre une retraite méritée. Il meurt en 2013 à Paris.

Malgré tous ces hommages, la star de l’été est à nouveau Alan Turing, « désigné effigie du nouveau billet de 50 livres sterling », annonce le Huffington Post. Il succède à « Matthew Boulton et James Watt, pères de la machine à vapeur qui a permis la révolution industrielle ». La presse anglophone est beaucoup plus prolixe sur le sujet, cf. par exemple The Guardian, CNN, le Washington Post et bien d’autres, dont la London Mathematical Society. La pièce La Machine, consacrée à Alan Turing et déjà plusieurs fois évoquée dans ces colonnes, est toujours jouée régulièrement : La Dépêche l’annonce au festival de Bonaguil.

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« Concept » du nouveau billet de £50

Enseignement

Parité, versant formation

Le taux dramatiquement bas de femmes dans les études et les carrières scientifiques est un sujet de préoccupation qui retient de plus en plus l’attention et mobilise bien au delà de la sphère des militants pour la parité. Le déséquilibre est particulièrement grave en mathématiques. Le site de l’association femmes & mathématiques publie à ce sujet des données édifiantes. En Suisse, Cesla Amarelle, conseillère d’État vaudoise, cheffe du département de la formation, de la jeunesse et de la culture, plaide pour l’instauration de cours de mathématiques réservés aux filles, y voyant un moyen de faire progresser la place des femmes en sciences. La Tribune de Genève (accès restreint) consacre un article à ce sujet, de même que le quotidien vaudois 24 heures (accès restreint). Jacques Neirynck se déclare hostile à cette proposition dans sa chronique politique du Temps (en libre accès). Mais certains des arguments qu’il avance sont pour le moins discutables : « Bien que le déséquilibre inverse existe en médecine où les filles sont bien plus nombreuses que les garçons, on ne propose pas de cours de biologie réservés aux mâles pour les attirer en médecine. [...] Pourquoi ne pas admettre que le sexe prédispose à certains métiers ? La médecine exige des rapports humains qui sont moins présents en technique. »

Deux économistes donnent dans Le Monde (accès restreint) une explication à première vue paradoxale de la faible présence féminine dans les domaines liés aux mathématiques. Pour ces chercheurs, « à niveau égal en mathématiques le meilleur niveau des filles en lettres nuit à la façon dont elles se perçoivent en mathématiques ». Ils observent que « l’écart en lettres en faveur des filles est trois fois supérieur à l’écart en mathématiques en faveur des garçons » et expliquent par cet « avantage comparatif » les importants « écarts d’intention » d’étudier les mathématiques, alors que les différences de performances entre filles et garçons en mathématiques sont très faibles. La « confiance en soi » des filles pour les mathématiques serait mise à mal par leur avantage comparatif pour les lettres. Cet avantage comparatif ressort de l’évaluation de plus de 810000 élèves de sixième réalisée en octobre 2018. Analysant les résultats de cette évaluation, L’Étudiant observe que, globalement, les élèves de sixième sont meilleurs en français qu’en mathématiques : 87 % maîtriseraient le français de façon « satisfaisante » ou « très bonne » alors que ce pourcentage n’est que de 72 % pour les mathématiques. Gageons que nombre de professeurs jugeront ces chiffres un peu optimistes. Mais l’auteur de l’article pointe de grandes disparités, et plus particulièrement de fortes inégalités sociales.

Toujours dans le but d’inciter les jeunes filles à s’engager dans des études scientifiques, le gouvernement du Mali a lancé avec l’UNESCO le premier concours « Miss Sciences » du pays, inspiré de celui qui existe déjà au Sénégal voisin et dont allAfrica faisait état au printemps dernier. Les quatre lauréates maliennes sont âgées respectivement de 10, 13, 14 et 15 ans. Les 80 concurrentes ont reçu chacune une tablette ou un ordinateur. En raison du succès rencontré par cet événement, une nouvelle édition du concours Miss Sciences sera organisée au Mali dès ce mois de septembre.

Des initiatives à l’étranger

Restons en Afrique, pour suivre avec Le Faso la visite du ministre de l’Éducation nationale du Burkina-Faso sur le chantier du futur lycée scientifique national de Ouagadougou. Les mathématiques sont, selon Les Échos, une filière d’avenir en Afrique. Le journal économique évoque l’action de l’Institut africain des sciences mathématiques (AIMS) qui a ouvert des campus dans six pays africains (Afrique du Sud, Sénégal, Ghana, Cameroun, Tanzanie et Rwanda), avec, signale Le big data, le soutien de Google et Facebook qui s’apprêtent à y financer des cours d’intelligence artificielle.

Radio France International nous emmène au Brésil pour nous faire assister à des cours organisés gratuitement dans les rues de Rio de Janeiro. Cinquante professeurs bénévoles s’adressent à trois cents élèves. Cette initiative s’intitule « Adote um aluno » (« Adopte un élève »).

L’utilisation du numérique est toujours la méthode la plus citée pour rendre plus attrayant l’enseignement des mathématiques. Ainsi, le site Socialnetlink (apparemment basé au Sénégal) donne la parole à la présidente de l’association Synergie pour l’éducation au numérique et aux médias (SENUM) qui organisait cet été un atelier de formation des formateurs sur les logiciels de mathématiques. Socialnetlink propose de plus une page spécifique de présentation du logiciel Geogebra. Enfin, le site québécois Le Lézard annonce le « lancement de la plateforme d’apprentissage personnalisé en mathématiques pour les élèves du secondaire inférieur au Luxembourg ».

Non, vous n’échapperez pas au bac !

Les Échos nous apprennent que, selon une récente étude de chercheurs de l’université canadienne de British Columbia, l’apprentissage et la pratique de la musique favoriserait l’obtention de bons résultats en mathématiques et en sciences.

Les médias (principalement ceux des régions), sont toujours à l’affût d’exploits scolaires. Les succès au bac avec des moyennes supérieures à 20 font recette. Citons seulement deux exemples : Zoom d’ici a mis à l’honneur le meilleur résultat au bac de la Haute-Loire (20,66) ; France-Antilles a salué les 20,53 d’une jeune fille de 17 ans.

Avant ces performances spectaculaires, l’affaire des soupçons de fraudes à l’épreuve de maths du bac avait fait grand bruit début juillet et retenu entre autres l’attention de France-TV-Info et de LCI. L’autre sujet brûlant à propos du bac 2019 était le mouvement de grève des correcteurs. Le Monde lui avait notamment consacré deux articles, l’un au moment des épreuves (accès restreint) et l’autre juste avant la publication des résultats.

En ce qui concerne la réforme du bac en 2021, des informations sont données par Nice-Matin, qui les a recueillies dans deux communiqués officiels du Ministère de l’éducation nationale donnant les programmes des cours communs et des spécialités, d’une part pour la voie générale, d’autre part pour la voie technologique. Les modalités des épreuves sont publiées au Journal officiel du 6 août.

Classement de Shanghai

L’édition 2019 du fameux « classement de Shanghai » des universités du monde a été publiée le 15 août. Nul doute que les lecteurs de La République du Centre attendaient avec anxiété de connaître le rang de l’université d’Orléans. Le journal n’a pu leur fournir qu’une information approximative car, au delà de la 100e place, les auteurs du classement ne livrent que des « paquets », d’abord de cinquante (101-150, 151-200), puis de cent. On sait ainsi seulement qu’Orléans figure entre le 801e et le 900e rang. Mais le lecteur est rassuré : ce classement reste stable et place Orléans, comme en 2018, dans le « top 900 » des 1000 universités classées, soit entre la 30e et la 32e place parmi les 35 universités françaises. La recomposition du paysage universitaire français par les nombreuses fusions intervenues ces dernières années, avec la création de grands pôles dits d’excellence, visait selon ses promoteurs à permettre à la France de tenir la dragée haute aux grandes universités anglo-saxonnes. Il faudra sans doute faire preuve d’un peu de patience pour voir cette perspective se concrétiser. La première université française au classement de Shanghai 2018 était Sorbonne-Université, née quelques mois auparavant de la fusion de Paris-Sorbonne (lettres, sciences humaines et sociales) et Pierre-et-Marie-Curie (sciences et médecine). Elle occupait alors la 36e place mondiale. En 2019, elle perd huit places et cède le premier rang en France à l’université Paris-Sud (Orsay), qui se classe 37e. Il n’y a que trois universités françaises parmi les 100 premières du classement (la troisième est l’École normale supérieure, qui est 79e), et six autres dans le paquet 101-200.

Ces performances peu reluisantes sont commentées dans Le Monde par Hugo Harari-Kermadec, maître de conférences en économie à l’École normale supérieure de Paris-Saclay (laquelle figure encore cette année au classement sous son ancienne dénomination d’École normale supérieure de Cachan : on lui souhaite que son nouveau nom lui permette en 2020 de faire mieux que figurer dans la dernière des dix centaines). Ce chercheur, spécialiste de l’enseignement supérieur, explique que « le classement de Shanghaï n’est pas fait pour mesurer la qualité des universités françaises ». Il ajoute que « adapter le système universitaire français au classement de Shanghaï, c’est lui faire adopter une logique de concurrence et de rationalisation économique, au détriment de l’esprit de service public et des missions académiques ». Il indique aussi que « les universités à la population étudiante la plus aisée sont celles qui sont les mieux classées par Shanghaï, et qui reçoivent les financements IDEX. » Fort heureusement, la France peut s’enorgueillir de quelques très bonnes places dans les classements par discipline : ainsi, nous dit La Recherche, l’université de Montpellier est, comme en 2018, la première mondiale pour l’écologie (elle était 2e en 2017), et plusieurs universités françaises sont très bien placées en mathématiques.

Diffusion

Pendant cette période estivale, la diffusion oscille entre divertissement ludique, devoir de vacances et casse-têtes. Ainsi, le Unidivers, « le web culturel breton », rappelle que du 26 juin au 24 septembre, une exposition sur le hasard et quelques applications concrètes est encore disponible à la Cité des sciences et de l’industrie. La même Cité propose pour les amusements des petits et des grands un inventaire des jeux vidéos à caractère scientifique.
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La promotion 2006 de Super 30

Dans le cadre de l’actualité cinématographique, on retiendra de cet été, la sortie du film de Bollywood Super 30 (en) inspiré de la vie d’un mathématicien indien Anand Kumar qui a créé l’école du même nom, qui prépare les jeunes indiens défavorisés aux examens d’entrée IIT-JEE des instituts de technologie. L’inévitable Netflix a quant à lui sorti une série de Marcus du Sautoy intitulée The Code qui nous mène de la cathédrale de Chartes à prédire l’avenir... On souhaite autant de spectateurs pour la nouvelle vidéo d’Audimath, une interview-fiction de Sir Isaac Newton qui est interrogé sur les lois du mouvement, la gravitation et l’analyse infinitésimale.

Sur la scène, la Théatrothèque a remarqué la pièce Maths et Muses d’Alexia Carr, que vous retrouverez au théatre Nord-Ouest du 25 août au 7 octobre : Alexia Carr transforme les problèmes en poèmes.

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Barbie astrophysicienne sans son télescope ?
Non, voici la vraie Barbie astrophysicienne...

Outre-Atlantique, Radio Canada rapporte que la compagnie Mattel propose des poupées Barbie modelées sur des femmes exerçant des métiers scientifiques tels qu’astrophysicienne, dans l’espoir d’intéresser les jeunes filles aux sciences. Dans le même pays, Le Devoir décrit longuement un programme de visite de Montréal destiné à montrer la ville avec « des lunettes mathématiques ». Le concept, présent dans plusieurs villes dans le monde, a été adapté au contexte montréalais par deux doctorantes en mathématiques de l’UQAM et invite les gens à découvrir que les maths sont bien plus que du calcul ou des formules excentriques.

Une opération délicate ou une formule excentrique ?

Quel est le quotient de $8$ par le produit de $2$ et de la somme de $2$
et $2$ ? Quel est le produit du quotient de $8$ par $2$ et de la somme de $2$ et $2$ ? Après un petit temps de réflexion, dû à la formulation inhabituelle de ces questions, les plus perspicaces d’entre vous auront répondu $1$ à la première et $16$ à la deuxième. Viennent maintenant deux questions beaucoup plus délicates : comment exprimer ces questions en utilisant uniquement des chiffres, les quatre symboles des opérations usuelles, des parenthèses et le symbole d’égalité (sans oublier un point d’interrogation final) ?

Un petit malin a réussi a créer le buzz sur internet en laissant croire que
\[8 ÷ 2(2 + 2) =?\]
pouvait représenter indifféremment l’une ou l’autre de ces questions. Les médias se sont précipités sur cette aubaine pour en faire leurs choux gras, interrogeant les plus grands savants et les ordinateurs les plus sophistiqués. Pour CNEWS, c’est « l’opération de mathématiques qui rend fou ». Pour Le Soir, il s’agit plus modestement de « l’exercice de mathématique qui divise les internautes ». Le quotidien bruxellois a oublié d’ajouter « et qui multiplie les lecteurs »... Même le New York Times qui a rencontré des mathématiciens à ce sujet. Qui s’étonnera qu’ils se soient insurgés contre l’image des mathématiques renvoyée par ce genre de problème ? Les commentaires et tentatives d’explication sont presque partout pitoyables. Heureusement, au milieu de ce concert d’absurdités, Cédric Villani, à qui France Info a demandé « de résoudre ce problème de maths qui donne mal à la tête aux internautes » a été un des rares à parler d’expression ambiguë, ajoutant que « la bonne réaction n’est pas de donner le résultat, mais de dire que l’expression est mal écrite et qu’il faut lever l’ambiguïté en ajoutant des parenthèses par exemple ». Il ajoute un parallèle éclairant avec les phrases du type « Je suis le professeur » (suivre ou être ?). Il aurait aussi pu dire que la représentation de la multiplication par simple juxtaposition (le signe $\times$ étant omis) contribue à l’ambiguïté (le journaliste de CNEWS a d’ailleurs réussi à repérer dans l’expression un signe $\times$ !). Nous espérons que les fidèles de notre revue de presse auront suivi le conseil de Villani de « partir en vacances sans se casser la tête sur ce problème qui n’en est pas un ».

Dans ce registre des devoirs de vacances, Le Figaro propose le calcul mental $27+48$ et s’interroge sur les méthodes employées. Un autre calcul, une soustraction cette fois, a retenu l’attention de Techno-Science.net, suite à une publication d’une équipe de psychologues genevois démontrant que nos connaissances générales sur le monde interfèrent avec notre capacité à résoudre des problèmes mathématiques élémentaires, même chez des experts de la branche. Il s’agissait de problèmes de soustractions visant à calculer un nombre d’animaux, le prix d’un repas au restaurant ou encore le poids d’une pile de dictionnaires. Tous ces problèmes revenaient à résoudre l’équation $14-2=?$. Visiblement, les élèves alsaciens filmés par France-Info et qui pratiquent la « méthode abacus » avec virtuosité sont bien plus efficaces !

Rem. [4] : Il est finalement un peu tard pour mentionner cet article de La Dépêche, qui annonce le programme de l’été mathématique de Fermat Science, avec des expositions, des expériences, des conférences...

Compétitions

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Prix Gauss ?

Période estivale oblige, peu d’actualités dans le cadre scolaire, même à l’étranger. Deux pays africains sont tout de même à l’honneur. Au Tchad, le « Prix Gauss », un concours de mathématiques organisé dans le complexe scolaire « Étoile polaire » mais ouvert à tous les élèves tchadiens, vise à redonner une dynamique aux mathématiques qui, comme dans de nombreux pays, font face à une désaffection de vocations. Comme le disent les professeurs tchadiens : « S’il n y a pas de mathématiques, il n’y aura pas de sciences. S’il n’y a pas de science, il n’y a pas de développement et s’il n’y a pas de développement, notre pays le Tchad n’atteindra jamais l’émergence. » Au Togo, trois élèves ont été récompensés aux olympiades panafricaines de maths en Afrique du Sud. Par ailleurs, aux olympiades universitaires de mathématiques, le portail juif francophone nous informe qu’Israël a brillé en arrivant à la première place sur 76 équipes.

Parutions

Tangente a lancé au début de l’été le prix Tangente 2019. La démarche, originale, consiste à impliquer directement les lecteurs qui sont invités à voter (avant fin septembre) pour leur ouvrage préféré, parmi douze proposés. « Les cinq livres obtenant le plus de suffrages constitueront les “nominés”, et le jury en choisira un qui sera le lauréat 2019 du Prix Tangente du livre. » La remise des prix devrait avoir lieu fin novembre au Palais du Luxembourg. La publication du palmarès paraîtra dans le numéro 191 le jour de la cérémonie. Cette initiative sympathique a l’avantage de donner un coup de projecteur sur des livres – et des auteurs – dont la diffusion n’est pas toujours très forte, d’inciter à les lire tout en entretenant le suspense... jusqu’en novembre. Le choix est difficile, certes, mais vous allez en débattre autour de vous et c’est également le but de la manœuvre.

Le numéro de juillet de Tangente Mag profitait de l’été pour inviter ses lecteurs à découvrir mille façons de jouer avec les maths, un dossier consacré à la notion ubiquitaire de dualité et bien d’autres articles sur des sujets aussi variés qu’attrayants. On y trouve par ailleurs au fil des pages quatorze (!) notes de lecture, des problèmes, des récréations mathématiques...

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Première image d’un trou noir

Sortis en juillet à quelques jours d’intervalle, un numéro hors série et Tangente Éducation (qui cible les enseignants) portent tous deux, d’une manière très différente, sur « mathématique et physique ». Le hors série « kiosque », qui titre Les équations de la physique moderne, consacre son dossier aux acquis récents des mathématiques de la physique, à la première image d’un trou noir, à la relativité, la mécanique quantique, à des questions encore ouvertes... Bref, à des domaines où les mathématiques jouent un rôle crucial dans les progrès de la physique contemporaine. Le dernier numéro de Tangente Éducation, Mathématiques et physique, fait « le tour des collaborations maths/physique dans les différents types d’établissement : collèges, lycées d’enseignement général, lycées professionnels ».

La revue Quadrature, animée par Jean-Paul Truc, s’adresse aux passionné⋅e⋅s de mathématiques qui ont « une formation de base solide » en mathématiques, même si certains articles sont très accessibles. Le dernier numéro trimestriel est arrivé début juillet. Vous pouvez attaquer la lecture au gré de vos intérêts : commencer par exemple par « la formule de Grégory » ou la « stabilité de systèmes linéaires à l’aide d’inégalités matricielles linéaires ». Vous apprécierez certainement la rubrique « Poésie et mathématiques » proposée par la rédaction : « À ceux qui blâment les mathématiques ». Vous serez peut-être intrigué⋅e par le titre de l’article de Yannis Haralambous, « Ne vous moquez pas de l’oiseau moqueur », qui donne un aperçu de la logique combinatoire. Vous aimerez la suite du feuilleton de Mauricio Garay consacrée « aux liens entre la mécanique et les algèbres de Lie » ou l’article de Matthieu Barreau sur la stabilité des systèmes linéaires par le biais des inégalités matricielles... Loin des sujets familiers aux taupins, Olivier Keller, spécialiste de la préhistoire des mathématiques, nous offre un article sur la géométrie au paléolithique. Enfin les problèmes de Pierre Bornsztein peuvent occuper agréablement quelques soirées, voire animer quelques discussions avec d’autres passionnés !

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Trois fourmis de Langton

La rubrique « Logique et calcul » du numéro de septembre de Pour la Science est une excursion avec la fourmi automatique de Langton – en résonnance avec le dossier principal du numéro sur La fin des insectes ? Les chiffres d’une catastrophe annoncée. Depuis une trentaine d’années « une compétition permanente se déroule entre chercheurs en mathématiques et en informatique : il s’agit de trouver des systèmes de règles aussi simples que possible engendrant de la complexité et de l’imprévisible. » En fin d’article, l’auteur a mis des liens qui permettent de jouer avec la fourmi de Langton et d’essayer de la domestiquer.

Infatigable vulgarisateur, Jean-Paul Delahaye a écrit près de trois cents chroniques depuis janvier 1991. La plupart sont en ligne sur son site. « Un article de Pour la Science de 30 000 caractères environ me demande en moyenne 40 heures de travail » expliquait-il en 2015 dans une interview à la Société informatique de France. Il prend le temps d’animer aussi d’autres rubriques dans d’autres revues, d’écrire des livres de vulgarisation (qui sont des best-sellers)...

Dans La Recherche de septembre, Roger Mansuy vous entraînera dans la complexité des entiers. Comme souvent en arithmétique, des questions faciles à poser résistent encore.

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Homer Simpson donne un contre-exemple au « théorème funeste » !

Peut-être préféreriez-vous lire une BD pour finir agréablement les vacances ? Le théorème funeste d’Alexandre Kha, une bande dessinée sur Andrew Wiles, peut vous intéresser. Elle vient de sortir dans une nouvelle version augmentée. « Cette histoire fut illustrée en 2006 pour le numéro de la revue Rhinocéros contre éléphant des éditions Tanibis consacré aux mathématiques. J’avais choisi d’illustrer la véritable histoire du dernier théorème de Fermat comme une enquête de série noire, avec ses folies et ses crimes (une équation peut se révéler meurtrière) qui court sur trois siècles jusqu’à sa démonstration grâce au génial Andrew Wiles » nous dit l’auteur. La démarche plaît et les commentaires sont élogieux et l’ouvrage – que nous n’avons pas encore lu – peut intéresser aussi bien le jeune public que les enseignants ou les curieux.

Nous n’avons pas lu les ouvrages suivants non plus... Intelligences artificielles – Miroirs de nos vies est une autre bande dessinée vantée par Les Échos, écrite par « les scénaristes Arnold Zephir, spécialiste en intelligence artificielle, FibreTigre, auteur et créateur polyvalent (jeux vidéos, fictions, livres, podcasts…) passionné de sciences et de technologie et l’illustratrice Héloïse Chochois ». La plénitude du vide, livre de l’astrophysicien et écrivain Trinh Xuan Thuan paru au Livre de Poche qui « retrace la grande odyssée du vide » en « partant de l’histoire passionnante de l’invention du zéro venue d’Orient », est loué par la RTBF.

Post-scriptum :

L’image à la une essaie d’abord de prolonger l’été. Elle représente aussi des vagues en eau peu profonde que l’on sait très bien modéliser par une équation portant le doux nom d’« équation de Kadomtsev–Petviashvili » qui permettent de construire des « solitons KP » (en). Les physiciens Mark J. Ablowitz, Douglas E. Baldwin ont écrit un article bien illustré qui semble avoir inspiré une étude très algébrique menée par Yuji Kodama et Lauren Williams.

Article édité par Jérôme Germoni

Notes

[1Pour cette session, les sponsors étaient l’association femmes et mathématiques, la fondation mathématique Jacques Hadamard, la fondation Sciences mathématiques de Paris, l’Institut Henri Poincaré et la Société de mathématiques appliquées et industrielles.

[2Pour l’anecdote, Katherine Johnson sauve la mise dans la série Timeless (saison 1, épisode 8).

[3Entretiens avec Boubakar Ba. Un Nigérien au destin exceptionnel, Nouvelle édition revue et augmentée, par Seidik Abba. Éditions L’Harmattan, février 2019.

[4Pour « remarque » ou « remords »...

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Pour citer cet article :

L’équipe Actualités — «Revue de presse juillet-août 2019» — Images des Mathématiques, CNRS, 2019

Crédits image :

Image à la une - Source : “Waves Approaching One Another In Very Shallow Water”, une photographie de Vaughan Cornish (en). Wikimedia Commons.
Première image d’un trou noir - Wikipédia
Trois fourmis de Langton - Wikipédia
Nisha Allavudeen, ici sur le site de l’entreprise Umanis à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), le 31 juillet. - REMY ARTIGES POUR « LE MONDE »
Maria J. Esteban - https://fr.wikipedia.org/wiki/Maria_J._Esteban
Sous l’empire des revues... - Isabel Espanol https://www.lemonde.fr/festival/article/2019/08/20/arxiv-le-pionnier-de-l-ere-numerique_5500993_4415198.html
Plafond de verre - Source : Wikimedia Commons
Poppy Northcutt en 2019 - Source : Wikimedia Commons
Sue Finley vers 2016 - Source : Wikimedia Commons
Margaret Hamilton en 1995 - Source : Wikimedia Commons
Détail de la machine Fialka - Source : Wikimedia Commons
Yvonne Choquet-Bruhat en 2006 - Source : Oberwolfach Photo Collection
Christian Mauduit - Source : Wikimedia Commons
img_20884 - Source : éditions L’Harmattan
« Concept » du nouveau billet de £50 - Source : London Mathematical Society
La promotion 2006 de Super 30 - Source : Wikimedia Commons
Barbie astrophysicienne sans son télescope ? - Source : Wikimedia Commons
Prix Gauss ? - Source : Wikimedia Commons
Homer Simpson donne un contre-exemple au « théorème funeste » ! - Source : Numberphile - Brady Haran
img_20920 - Wikimedia Commons
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img_20926 - Wikimedia Commons

Commentaire sur l'article

  • Revue de presse juillet-août 2019

    le 2 septembre à 09:04, par Herbert

    Bonjour,

    J’ai noté quelques typos (dans le premier paragraphe « Recherche ») sur les noms suivants : Yvan Maday pour Yvon Maday et Sylvia Serfati pour Sylvia Serfaty.

    Bien cordialement.

    Répondre à ce message
    • Revue de presse juillet-août 2019

      le 2 septembre à 09:58, par L’équipe Actualités

      Merci pour votre vigilance et pardon aux intéressé⋅e⋅s pour avoir écorché leurs noms.

      Répondre à ce message
  • Revue de presse juillet-août 2019

    le 2 septembre à 14:22, par Karen Brandin

    De mon côté, j’ai pu lire Le théorème funeste d’Alexandre Kha . C’est un tout petit ouvrage graphique qui a pour ambition d’évoquer une « épopée » mathématique pour ainsi dire donc il y a de très nombreux raccourcis fatalement, des notions qui sont parachutées notamment la notion de « forme modulaire » qui apparaît sans être réellement présentée. Ce n’est pas forcément un ouvrage pour les puristes j’imagine (j’ai vraiment souri car la théorie d’Iwasawa est évoquée comme une théorie assez marginale en théorie des nombres, peu connue alors c’était la marotte absolue de mon directeur de thèse qui ne jurait que par elle si bien qu’à Bordeaux, on en était abreuvés .... Comme quoi ) mais le graphisme est d’une grande poésie, c’est un dessin très pur et à la fois très sensible qui colle parfaitement à un récit mathématique qui retrace une aventure largement humaine. Que l’on ait pu suivre de près ou de loin la l’aboutissement de ce rêve d’enfant pour A. Wiles, on comprend bien le processus de réflexion, sa complexité. On comprend que le doute, l’erreur sont nécessaires pour avancer comme est nécessaire une très grande culture pour penser les objets autrement. On comprend enfin que les maths c’est un tout, que leur richesse vient souvent du don d’ubiquité des structures. Savoir respecter les cadres mais aussi les élargir sans trahir. C’est un ouvrage à mettre entre toutes les mains à partir du lycée. Chacun peut en tirer quelque chose, ne serait-ce qu’en terme de leçon de vie. Bref une originale et courageuse initiative.

    Répondre à ce message

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