Revue de presse juillet-août 2020

Le 1er septembre 2020  - Ecrit par  L’équipe Actualités Voir les commentaires (1)

L’actualité de la rentrée est submergée par la recrudescence en cours de la Covid-19 et les règles sanitaires sur le « port du masque », la « distanciation », etc.
Le paradoxe de Banach-Tarski évoqué dans cet article exprime qu’il est possible de découper une boule en un nombre fini de morceaux et de reconstituer avec les morceaux ainsi formés deux boules de même volume ! C’est un peu le problème posé aux universités en cette rentrée : comment accueillir plus d’étudiant⋅es que les années précédentes, vu le taux de réussite du baccalauréat, tout en ne mettant qu’un⋅e étudiant⋅e sur deux dans les classes et amphis, afin de respecter les mesures sanitaires – sachant qu’évidemment, il n’est pas question de doubler les locaux ou les personnels enseignants.

Heureusement, la vie des mathématiques a réservé cet été son lot de belles surprises, loin de la pandémie.

Recherche et applications

Des énigmes élucidées

Actualités Santé rapporte une étude mettant en évidence que le virus de l’hépatite C peut employer plusieurs stratégies différentes selon la souche : essayer de se répliquer le plus possible dans les cellules déjà infectées (“stay”) ou essayer d’infecter le plus de cellules possibles (“leave”). La clé était de formuler et d’ajuster un modèle mathématique pour décrire ces deux comportements et de trouver des paramètres mesurables qui permettent de les distinguer.

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Le Journal de Montréal reprend, via l’AFP, un article de l’INSERM décrivant des travaux qui établissent une classification, une « taxonomie de la dynamique des crises » d’épilepsie. « Un aspect crucial de ce travail est que les mathématiques derrière la théorie permettent de prédire quelles crises peuvent être arrêtées, par exemple avec une stimulation du cerveau comme cela se fait dans la maladie de Parkinson. »

À nouveau dans Actualités Santé, on apprend que « les chercheurs utilisent l’imagerie cellulaire et la modélisation mathématique pour comprendre la progression du cancer », tâchant de « démêler les mécanismes qui sous-tendent la tétraploïdie – une anomalie chromosomique souvent trouvée dans les tumeurs malignes ».

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Amas de galaxies IDCS 1426

Changeons d’échelle : Sciences et Avenir [1] explique « comment une simple équation mathématique a fini par “décrire l’indescriptible” », à savoir la croissance des galaxies, et par expliquer l’hétérogénéité de la répartition de la matière dans le cosmos. La clé consistait à adopter une approche plus mathématique et plus globale, de sorte à considérer toutes les galaxies à la fois, plutôt que simuler informatiquement l’évolution d’un nombre nécessairement réduit de galaxies individuelles.

Utilisations douteuses des mathématiques

Aux États-Unis, suite aux « meurtres extra-judiciaires » de personnes noires commis récemment par la police, mille cinq cents personnes, pour la plupart titulaires d’un doctorat en mathématiques ou le préparant, ont signé un appel à la communauté mathématique pour qu’elle « boycotte la collaboration avec la police ». La lettre, à paraître aux Notices of the American Mathematical Society en octobre, dénonce l’usage de logiciels biaisés et simplistes censés prédire les crimes et de techniques de reconnaissance faciale biaisée également, ce qui en définitive donne un « vernis “scientifique” » pour justifier le « racisme structurel et la brutalité de la police des États-Unis ». La tribune cite des références publiées (New York Times, Technology Review, Vice) pour justifier les critiques émises.

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Une surface à changer le monde ?

Vernis scientifique en France aussi : une « tribune libre » sur Agoravox prétend dévoiler « une formule mathématique [qui] va changer le monde », qui revient à
\[X Y^{2} + X Y Z - 3 \, X Y + Y^{2} - 2 \, X Z + 2 \, X - Y=0.\]
À peine établie (soi-disant pour faire un modèle économique), la formule est critiquée comme nulle et non avenue puis oubliée pour faire passer un message politique. Bref, à défaut de « changer le monde », voici un dessin de ses solutions.

Slate raconte l’histoire d’un homme « devenu un génie des maths après une agression ». Le qualificatif semble hors de propos mais le traumatisme crânien subi par cet homme a créé des connexions neuronales nouvelles, si bien que ses sens, en particulier la vue, activent les zones dédiées aux mathématiques : l’homme pense mathématiques en permanence.

Signalons enfin une série de six articles sur Slate [2] consacrés « à l’irruption des maths dans certains faits divers ou dans de gros dossiers judiciaires. Pour le meilleur ou pour le pire. » Cette série écrite par Thomas Messias, un professeur de mathématiques qui contribue régulièrement au site, se lit... comme un polar !

Loisirs et bien plus

The Conversation montre les dessous mathématiques de nos loisirs de l’été. Dans un premier article qui ne devrait pas effrayer une étudiante connaissant les rudiments d’algèbre linéaire, le chercheur Athmane Bakhta explique les principes des algorithmes de recommandation des sites de vidéos ou de commerce.

Dans un deuxième article, le probabiliste Quentin Berger présente un théorème amusant de Persi Diaconis pour mélanger un paquet de 52 cartes, huit battages « à l’américaine » donnent un mélange presque parfait alors que six ne suffisent pas (voir aussi Numberphile). « L’idée est que de nombreux processus aléatoires possèdent un état d’équilibre vers lequel ils tendent. » Certains algorithmes « explorent de grands réseaux » aléatoirement : combien de temps faut-il les faire tourner pour « identifier les nœuds du réseau possédant beaucoup de connexions (influenceurs, sites Internet de référence, etc.) » de façon fiable ?

Dans un troisième article repris dans Science et Vie, le physicien Daniel Bloch s’intéresse à la façon de trouver le chemin le plus rapide – qui n’est pas nécessairement le plus court – et à la notion mathématique qui permet de formaliser le problème, la notion de métrique, qui décrit les différentes façons de définir des distances. Cette idée est illustrée par la déformation que subit la carte « SNCF » de la France, où l’on place des villes près l’une de l’autre quand elles sont reliées par des trajets courts en TGV [3].

Une fois arrivées sur votre lieu de villégiature, vous avez peut-être cherché un hôtel. Dans un quatrième article, la mathématicienne Julie De Saedeleer présente celui de Hilbert : une métaphore, en réalité, pour expliquer quelques paradoxes liés à l’infini.

Plus loin des loisirs estivaux, un dernier article revient sur la recherche d’un « système de vote parfait ».

Mathématique et pandémie

Coronavirus, statistiques et modèles

Comme les mois précédents, la presse et les médias sont encore envahis de statistiques et de modèles sur la pandémie, et les politiques les utilisent pour justifier leurs mesures. Une équipe pluridisciplinaire rappelle les bonnes pratiques sociales et mathématiques pour une utilisation transparente et raisonnable de ces outils, introduite par un court article du CNRS :

les hypothèses des modèles ainsi que leurs limitations doivent être discutées ouvertement et honnêtement. Les procédures et l’éthique sont aussi importantes que la prouesse intellectuelle. En fait, une bonne modélisation ne peut être effectuée par un bon modélisateur tout seul : c’est une activité sociale. Et c’est une activité politique, possiblement conflictuelle, comme l’atteste le mouvement français des statactivistes qui combattent certaines données chiffrées en leur opposant d’autres nombres

avec un lien vers l’article original de la revue Nature, article copieux (46 pages) contenant de nombreux exemples et références. On peut aussi consulter l’article plus court Nature.

Vincent Calvez, directeur de recherche au CNRS CNRS-INSMI fait part de son travail sur l’épidémie à Mayotte. Après une évocation de ses travaux (projets ERS) sur les phénomènes de propagation, il est contacté par des collègues de MOCOVID19 pour répondre à une demande de l’ARS locale. Un modèle local a été enrichi avec de nombreuses collaborations, locales et métropolitaines. Cependant, dit-il, « je reste très mesuré sur l’usage de nos modèles somme toute assez simples vis-à-vis de la complexité de la situation de terrain et des incertitudes sur les mécanismes de transmission du virus ». Cependant, il compte bien poursuivre les collaborations.

Coronavirus, données et prédictions

On se souvient des prétentions de Google de prédire les épidémies de grippe à partir des données massives qu’il collecte, abandonnées après quelques échecs. Slate et Sciences et Avenir indiquent que la tentative est reprise par une ou deux équipes de chercheurs (ce n’est pas clair si l’on compare les deux articles). Ils utilisent les trafics Twitter, d’autres réseaux sociaux et de données de smartphones, en relevant les activités Covid. Ils surveillent la croissance de ces activités afin de prédire deux semaines en avance la montée de l’épidémie : « à New York par exemple, le nombre de messages Twitter liés au Covid-19 a bondi plus d’une semaine avant que le nombre de cas n’explose à la mi-mars » voire, dans d’autres cas une quinzaine avant. Les chercheurs restent néanmoins prudents, malgré quelques résultats rétrospectifs, sur la robustesse des algorithmes actuels.

Coronavirus, vécu et ressenti

Au-delà des multiples textes personnels parus dans les divers médias, plusieurs enquêtes se concentrent sur ce sujet. On trouvera de nombreux liens vers des questionnaires et de tout premiers résultats dans le Journal du CNRS. Une enquête pluridisciplinaire (citée dans ce journal), dirigée par Lise Bourdeau-Lepage, donne les résultats copieux portant sur les deuxièmes et troisièmes semaines du confinement. On peut les lire sur le Research Gate. Il est seulement dommage que le texte du questionnaire soit inaccessible, toutes les tentatives aboutissant à une gougueulerie « il n’est plus possible de répondre au formulaire ».

Vie de la recherche

Échanges autour des mathématiques

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Réfection ou pandémie ?

Le chantier de la Maison Poincaré avance, comme on peut le voir dans une série de vidéos présentées par la directrice de l’IHP Sylvie Benzoni. Et en attendant de pouvoir visiter ce lieu de recherche et de vulgarisation mathématiques, pour les doctorant·es que cela intéresse, un atelier sur la communication scientifique intitulé ComSciCon sera proposé le 4 septembre à Paris-Saclay.

Vie de laboratoire

Dans un article publié par le CNRS le 1er juillet, trois laboratoires de sciences expérimentales assurent que le confinement puis les mesures de distanciation sociale leur a permis de prendre du recul et de renforcer leurs liens. Ils prévoient de veiller sur ces liens « en faisant participer l’ensemble du collectif à des réflexions sur le laboratoire, son impact écologique, le sens des métiers ». En mathématiques, cet aspect expérimental qui oblige à être présent au laboratoire est pratiquement absent. Qu’en est-il donc du lien social, que créent notamment les séminaires de laboratoires, maintenant que tout est accessible en ligne ? C’est la question que se pose Étienne Ghys dans sa chronique du Monde.

Politique

À un niveau plus global et alors que l’examen du projet de loi de programmation pluriannuelle de la recherche (LPPR) est incessant, indique Le Monde, se pose la question de la place de la science et de la recherche dans nos sociétés. On trouve dans Libération une interview croisée entre le chercheur CNRS et sénateur des Hauts-de-Seine Pierre Ouzoulias et le PDG du CNRS Antoine Petit à propos de la LPPR, et dans L’Écho une interview du mathématicien et président de l’ERC Jean-Pierre Bourguignon à propos de son retour en intérim à la présidence de l’organisme pour « sécuriser le budget » alors qu’il vient d’être réduit de 94 à 81 milliards d’euros pour la période 2021-2027.

À propos de la LPPR, le comité éthique du CNRS reste sceptique et note que « la réduction des postes de fonctionnaires titulaires [en partie au profit de tenure tracks contractuels de 3 à 6 ans] amplifiera le manque d’attractivité des filières des métiers de la recherche, menaçant ainsi les viviers tant pour la recherche publique que pour la recherche privée françaises. » Dans les tribunes de Libération, certains chercheurs dénoncent l’ « archaïsme » des modalités de recrutement, d’autres le décalage entre les promesses du discours présidentiel et la réalité de ce projet de loi, ainsi qu’un article pointant le « calcul baroque » et la mauvaise foi des annonces gouvernementales. Un point de vue plus conforme aux attentes du gouvernement est toutefois donné dans un entretien de L’Usine nouvelle avec le président de l’Association des Instituts Carnot Alain Duprey, et dans une tribune du Monde par une soixantaine de députés de la majorité.

Parité

Le sociologue Pierre-Michel Menger, organisateur d’un colloque autour des maths en mai 2018, affirme dans une tribune du Monde qu’« Une seule réalité s’obstine à rendre le tableau de l’excellence mathématique moins éclatant : la sous-représentation des femmes ». Cette tribune a fait parler d’elle dans la communauté cet été. Le titre choisi par le journal est provocant alors que la sous-représentativité des diversités sociales et culturelles ternit aussi ce tableau d’excellence, et la dernière phrase fera tiquer ceux qui luttent aujourd’hui contre ces sous-représentations.

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Maëliza Seymour, mathématicienne, codeuse, entrepreneuse

En tous cas, bien que Le Monde et Le Nouvel Obs clament que « les concours sans oraux ont fait bondir la part des femmes admises » à l’ENS, cela ne concerne pas les filières scientifiques.

Pour une note plus positive, on pourra aller sur O1net à la « rencontre [d’]une femme qui fait la tech », « Maëliza Seymour : mathématicienne, codeuse et entrepreneuse ».

Classement de Shanghai

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Depuis quelques années, chaque été, le classement de Shanghai est source de débat pour savoir s’il faut simplement l’ignorer ou se féliciter d’y figurer en bonne place. Dans une série d’articles, Le Monde revenait sur les impacts de ce classement sur l’enseignement et la recherche mondiale. En particulier, il est question de la montée en puissance du système chinois, la stagnation du système américain, qui était le modèle à l’origine et de l’adaptation de l’enseignement supérieur français à ce domaine désormais mondialisé.

Dans un contexte de fusion des établissements français, les classements des différents établissements ont tendance à progresser dans le classement de Shanghai car celui-ci a tendance à favoriser les plus gros établissements. Ainsi, d’après Campus France, 34 établissements français figurent parmi les 100 premiers.

Avec la création de l’Université Paris-Saclay en 2019, les mathématiques françaises sont désormais championnes du monde ! Enfin, c’est ainsi que la ministre Frédérique Vidal a présenté la première place en mathématique de l’université Paris-Saclay.

La 🇫🇷 est championne du monde en mathématiques, 2e en écologie et 3e en océanographique : nos établissements enfin reconnus à leur juste mesure dans le #ShanghaiRanking ! @bfmbusiness

— Frédérique Vidal (@VidalFrederique) July 3, 2020

Cette université regroupe les laboratoires de mathématiques d’Orsay, l’IHES, l’École normale supérieure de Paris-Saclay (naguère ENS Cachan) et Centrale-Supélec entre autres. De nombreux médias comme Les Échos, Le Point ou BFM se sont fait l’écho de cette première, partagés entre célébration victorieuse et prise de recul par rapport à ce classement aux conséquences politiques non négligeables : fusion des établissements et vision compétitive de la recherche.

Soutien au mathématicien Tuna Altınel

On finit cette rubrique sur la vie de la recherche avec des nouvelles du mathématicien Tuna Altınel relayées par Le Monde.
Bien qu’il ait été acquitté par le tribunal de Balıkesir fin janvier, il est toujours dans l’impossibilité de quitter la Turquie pour reprendre son poste à Lyon. En effet, les autorités refusent de lui rendre son passeport en attendant le résultat de l’appel interjeté par le procureur. C’est donc la seconde rentrée universitaire qu’il est empêché de faire. Un rapport rendu en août par une ONG avec l’aide de l’école de droit de l’Université Columbia, et disponible sur le site de soutien à Tuna Altinel, pointe les importantes violations des droits de l’homme qui ont entaché la procédure.

Honneur

Prix de la SMF

Chaque année, la Société mathématique de France remet quelques prix de recherche et deux prix pour des actions vers le grand public et l’innovation dans l’enseignement. Le premier de ces derniers, le prix D’Alembert, a été remis au festival « Les maths dans tous leurs états ». Ce festival, organisé par l’association Les maths en scène, propose des soirées, de nombreux stands et animations assurés par des chercheurs et chercheuses, doctorant⋅es, étudiant⋅es, enseignant⋅es et médiateurs et médiatrices scientifiques. Cela fait la richesse du festival, tout au service de la promotion des mathématiques et du numérique.

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Un atelier à la grange des maths.

Le second prix, Le prix Jacqueline Ferrand, a été remis à La Grange Vadrouille, qui est la déclinaison itinérante pour le collège de la Grange des maths. Cette structure basée en région grenobloise accueille des scolaires et le grand public – hors les murs avant l’inauguration de la Grange à Varces. Elle propose une approche concrète et ludique des mathématiques, les manipulations étant à la base des animations.

Pionnières

Bien que de genre féminin, les mathématiques et l’informatique sont très peu féminisées. On y trouve cependant des pionnières qui ont marqué leur domaine. Mary Jackson, brillante mathématicienne afro-américaine, a commencé sa carrière à la NASA comme « calculatrice humaine » puis y est devenue ingénieure et s’est beaucoup investie pour améliorer la place des femmes et des minorités dans son domaine. Elle est l’un des trois personnages principaux du film Les Figures de l’ombre. Cet été, la NASA lui a rendu hommage en renommant les bâtiments de son siège en son honneur. Vanity Fair, Sciences et Avenir et le Huffington Post retracent son parcours.

Frances Allen était une pionnière de la compilation informatique. Il s’agit de l’étape qui permet de transformer un code informatique écrit et compréhensible par un humain en un code compréhensible et exécutable par un ordinateur. La reconnaissance de cette informaticienne avait culminé en 2006 avec l’obtention du prix Turing, qui a le prestige d’un prix Nobel en informatique. Elle est décédée à 88 ans au début du mois d’août. Le Monde et le New York Times (en) rappellent son parcours et sa longue carrière chez IBM.

Eaux mortes

Les mathématiques ont assez rarement l’honneur des proceedings de l’Académie des sciences américaine. Une équipe française y a cependant publié un article en juillet dernier. Cette équipe poitevine, entre mécanique des fluides et mathématiques appliquées, explique le phénomène des « eaux mortes ». C’est une observation historique faite à la fin du dix-neuvième siècle. Dans des conditions maritimes comportant des couches d’eaux de différentes densités, des bateaux peuvent se retrouver freinés par des mouvements d’eau. Le CNRS illustre avec humour et quelques vidéos ces recherches. Un certain nombre de médias, comme Le Figaro ont fait écho à cette publication et à son aspect historique. Pour une publication de mathématiques, on pourra remarquer trois points exceptionnels : aucune démonstration, l’utilisation d’un petit bateau Playmobil pour faire les expériences et des données ou codes informatiques non publiés pour cause de ZRR, « zone à régime restrictif », une particularité de la France pour protéger son potentiel scientifique et technique. Une vidéo plus ancienne permet de visualiser le phénomène.

Histoire

Cet été, trois articles mêlant maths et histoire rappellent des évènements de la première moitié du vingtième siècle.

Le dernier épisode de Chasseurs de Science revient en dix minutes sur la formation du groupe Bourbaki en 1935. Aujourd’hui, le groupe est devenu l’Association des collaborateurs de Nicolas Bourbaki. Il continue de travailler sur le traité Éléments de mathématique, dont le dernier tome est sorti en 2019 ; il organise toujours le Séminaire N. Bourbaki, un groupe de lecture qui a lieu plusieurs fois par an ; il a également créé le Séminaire Betty B. en 2017, pour accompagner le Séminaire N. Bourbaki.

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Bourbaki’s diktat
Archives de l’Association des Collaborateurs de Nicolas Bourbaki

Le magazine Québec Science relève une étude publiée en juillet où histoire, mathématiques et actualité se mélangent. En calant leur modèle compartimental (voir les revues de presse des mois d’avril et mai) sur des documents historiques comme les cartes de rationnement, un groupe de chercheurs a observé un net ralentissement de la propagation du typhus dans le ghetto de Varsovie à l’arrivée de l’hiver en octobre 1941. C’est aux mesures sanitaires de distanciation sociale qu’ils attribuent ce résultat.

Enfin, El Watan a publié en juillet un article sur Après l’Affaire Audin, un documentaire de François Demerliac qui revient sur la question de l’ouverture des archives concernant les disparus algériens pendant la guerre. Le film de vingt minutes est proposé en avant-première sur le site du Centre culturel algérien et, joint à une interview de l’historien Gilles Manceron, sur le blog Médiapart 1000autres.

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L’annonciation d’Ambrogio Lorenzetti

Le Musée des Beaux-Arts de Dijon propose de faire un point d’une petite demi-heure sur les connaissances mathématiques des peintres à la Renaissance, samedi 19 septembre à 15 h et dimanche 20 septembre à 14 h 30 : « Difficile à croire mais l’apprentissage du peintre n’est pas si éloigné de celui de marchands dans l’Italie de la Renaissance. Venez découvrir leur apprentissage commun des mathématiques commerciales et l’usage qu’ils en font face à une œuvre. »

« Pour moi, faire le calcul à la main fait autant partie de l’œuvre d’art que le pliage lui-même. » L’artiste et scientifique Schaduwlichtje va même un peu plus loin sur son site : « Faire des calculs à la main est la genèse de ses œuvres, des livres dont les pages sont pliées et font apparaître une gaussienne, une conchoïde, des cercles concentriques, des sinusoïdes… »

Passons à la musique : RCF invite Moreno Andreatta, « mathémusicien » directeur de recherche au CNRS, pour un podcast d’une demi-heure sur « les liaisons entre mathématique et musique ».

Enfin, Le Canal Auditif note la sortie d’un l’EP très mathématique par Laurence-Ann, où il est question de Géométrie (le premier titre), de dimension et de contrôle !

Enseignement

Post-bac

Afflux d’étudiants

En cette rentrée marquée par la crise sanitaire, les responsables universitaires font face à un problème pratiquement insoluble : comment concilier la très forte augmentation des effectifs d’étudiants, le manque de locaux, le respect de la distanciation et les consignes ministérielles visant à privilégier les cours « en présentiel » ? France Info souligne l’augmentation de près de 8 % en un an du taux de réussite au baccalauréat, qui s’élève à 95,7 % pour cette édition 2020 très spéciale. La chaîne publique d’information continue a interrogé Gilles Roussel, président de la Conférence des présidents d’université (CPU). Il fait part de ses inquiétudes (« Il va être difficile de pousser les murs et d’engager de nouveaux enseignants ») mais ajoute cette phrase plutôt étrange : « Il faut vraiment espérer que les étudiants de première année vont laisser leurs places pour ces nouveaux bacheliers ». Qu’a-t-il voulu dire par là ? Mystère !

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Enseignement à distance ?

Toujours sur France Info, on peut écouter un bref reportage sur cette inquiétude dans les universités : « On n’arrive pas à pousser les murs, à démultiplier les enseignants. » « Comment cette université exsangue va-t-elle pouvoir absorber la vague qui se profile ? » La question est posée dans Le Monde (accès restreint) par Philippe Askenazy. L’économiste relève une contradiction inhérente à la plupart des situations de récession. D’un côté, la baisse des perspectives d’emploi provoque mécaniquement une prolongation de la formation des jeunes. De l’autre, les moyens dont disposent les familles pour financer des études sont sérieusement amputés. De plus, les universités, soumises de longue date à « la diète budgétaire » et, dans le cas actuel, à l’impact des mesures sanitaires sur les dispositifs pédagogiques, auront du mal à prolonger la formation de leurs étudiants et en accueillir davantage. Sur « l’équation impossible de la rentrée universitaire » dont parle Libération, on trouvera aussi des articles dans Les Échos, L’Étudiant-EducPro et sur France Inter. Enfin, France Info affirme que « Parcoursup est submergé ».

Face à ces problèmes, la ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation fait des annonces qui se veulent rassurantes. Frédérique Vidal promet ainsi aux lecteurs du Parisien qu’« aucun jeune ne restera sur le carreau » et leur annonce « l’ouverture de 10 000 places supplémentaires dans les filières les plus demandées » (qui s’ajoutent à 3 000 places en BTS déjà annoncées). L’information est relayée par France Info. De son côté, La Croix se demande s’il s’agit là d’un simple « effet d’annonce » ou d’une « vraie lueur d’espoir pour les lycéens qui n’ont pas reçu de proposition sur Parcoursup ». Ces 10 000 places sont censées correspondre au nombre de demandes de bacheliers n’ayant pas reçu d’affectation via Parcoursup, qui serait de 9 500. Mais La Croix apporte une précision importante : ne sont comptabilisées là que les personnes qui ont fait une demande d’aide auprès de la Commission d’accès à l’enseignement supérieur (CAES) « qui va étudier leur dossier pour leur proposer une affectation ». Or, ajoute le journal, « le nombre de lycéens sans proposition à l’issue de la phase d’admission s’élève en réalité à plus de 50 000 » ! Mais au-delà de discussions sur les chiffres, la question majeure reste de savoir comment concrétiser la création de places supplémentaires dans des universités qui comme on l’a vu sont déjà dans une situation plus que tendue.

Modalités d’enseignement : ici ou ailleurs ?

L’autre problème majeur qui se pose aux universitaires concerne les dispositifs pédagogiques qui seront adoptés pour la rentrée. Cours à distance ? Accueil des étudiants sur les campus ? Réduction des effectifs dans chaque cours pour respecter la distanciation sociale ? L’incertitude est grande. Après avoir annoncé en mai que les cours auraient lieu à distance dans les universités à la rentrée (voir notre revue de presse de mai), la ministre a visiblement changé d’avis. La circulaire de rentrée adressée aux universités privilégie en effet les cours en présentiel, avec respect d’un certain nombre de règles sanitaires. Le Monde (accès restreint), qui analyse cette circulaire, souligne le fait qu’elle n’impose pas le port du masque, mais se contente de le recommander dans tous les espaces clos, en plus de l’application de la distanciation. Mais le texte date du début du mois d’août, et on peut penser, compte tenu de l’évolution récente de la situation sanitaire, que la recommandation deviendra une obligation. Le Monde (accès restreint) est allé enquêter à l’université de Montpellier et a constaté que, « comme dans l’ensemble des établissements d’enseignement supérieur du territoire, se prépare une rentrée “hybride” ». On y prévoit donc une rentrée « en présentiel, mais avec la possibilité de poursuivre certains cours en distanciel ». Un sondage réalisé par AEF-Info au mois de juin avait montré que la majorité des établissements (26 sur les 31 ayant répondu) prévoyaient pour la rentrée une proportion de cours en ligne comprise entre 25 % et 50 %.

Notons que Frédérique Vidal était l’invitée des « Matins d’été » de France Culture le 22 juillet : la ministre y a parlé de la LPPR et un débat l’a opposée à Samuel Hayat, politiste, chercheur au CNRS et membre du comité de mobilisation élu à la coordination nationale des facs et labos en lutte.

À quoi va ressembler l’enseignement supérieur post-covid ?

Le Monde (accès restreint) expose les enjeux de la transformation des universités imposée partout dans le monde par la crise sanitaire. On y voit par exemple l’irruption des outils numériques, l’importance prise par le métier d’« ingénieur pédagogique », mais aussi, et c’est inquiétant, la perspective de fermeture de nombre d’établissements, notamment privés, qui ne peuvent fonctionner que grâce aux droits d’inscription des étudiants, et qui ont vu fondre leurs effectifs d’étudiants étrangers. Le Point a observé ce phénomène en Angleterre, où les universités sont « orphelines de leurs chers étudiants chinois ».

Beaucoup d’universitaires sont très réservés et inquiets des conséquences de ce basculement vers une université numérique, mais Caroline Regad, maître de conférences en droit à l’université de Toulon, soutient avec enthousiasme cette évolution dans un article du Huffington Post. Les trois arguments qu’elle y développe (« une université démocratique », « une université écologique », « une université en phase avec la jeunesse et plus interactive ») paraissent bien peu convaincants, et surtout contredits par la réalité du terrain ! Cependant, un sondage semble conforter le point de vue de cette universitaire. Présenté dans Les Échos et réalisé par OpinionWay pour l’Edhec et l’Institut Montaigne auprès de 5 000 personnes dans 5 grands pays, dont la France, il révèle une tendance forte à considérer comme souhaitable et inéluctable la digitalisation de l’enseignement supérieur. Par ailleurs il indique que la France fait figure d’exception (qualifiée de « retard » par un responsable de l’institut de sondage !) pour ce qui est du lien entre enseignement supérieur et formation professionnelle.

Un autre témoignage apporte de l’eau au moulin des partisans de la digitalisation. Publié sous la forme d’une tribune du Monde (accès restreint), il émane de deux chercheuses en management. Elles y vantent les bienfaits des conférences scientifiques en ligne. Enfin un article de The Conversation explique que les expériences d’enseignement à distance qui se sont imposées pendant la crise du Covid en Afrique ont été encourageantes. L’auteur, directeur de recherche à l’IRD, commence ainsi son propos : « Les MOOC et autres cours en ligne sont apparus depuis 15 ans comme des réponses techniques presque “miraculeuses“ face à la massification de l’enseignement en Afrique, le nombre d’inscrits n’étant plus un facteur limitant dès lors qu’il suffit d’une bonne connexion pour suivre une formation ».

Le site Euronews a analysé la situation dans les pays d’Europe concernant la rentrée universitaire. Il en résulte que, presque partout, c’est l’incertitude qui prévaut, et que cette rentrée est un « casse-tête » pour les universités.

Pour ce qui est de l’année universitaire qui vient de s’achever, et à l’instar de ce qui s’est passé pour le baccalauréat, les examens partiels ont battu tous les records de taux participation et de taux de réussite : les premiers approchent de 100 %, les seconds ont connu une progression de 10 %. Dans Le Monde (accès restreint), qui donne ces indications, les responsables universitaires invités à les commenter s’en félicitent : « Le confinement n’a pas entraîné de décrochage massif. » Leur satisfaction ne semble pas tempérée par le fait que, « encouragée par le ministère de l’Enseignement supérieur, la bienveillance [ait] été pour certains une occasion de donner des sujets pas trop difficiles »...

Droits d’inscription à l’université

L’augmentation très brutale des droits d’inscription pour les étudiants extra-communautaires (voir la revue de presse du 1er décembre 2018, puis celles des 1er janvier, 1er juin et 1er novembre 2019), a soulevé une vague de protestations dans la communauté universitaire. Cette affaire vient de connaître un dénouement peu glorieux avec la décision du Conseil d’État qui, le 1er juillet, a validé cette mesure, estimant qu’elle ne s’oppose pas à « l’exigence constitutionnelle de gratuité » visant à assurer l’égal accès à l’instruction. La haute juridiction statuait sur des recours en annulation déposés par plusieurs associations, syndicats étudiants et personnes agissant individuellement. Ce sujet est traité dans de nombreux médias. Le Figaro Étudiant indique que, par la voix de sa présidente, Mélanie Luce, l’UNEF (syndicat étudiant) appelle les universités « à ne pas respecter cette décision ». Mélanie Luce s’exprime encore dans Libération pour observer que « le Conseil d’État nous dit l’inverse du Conseil constitutionnel ». Le journal rapporte par ailleurs cette déclaration de l’UNEF : « Il faut se rendre à l’évidence : personne ne veut de cette réforme passée au forceps et que seules six universités appliquent. Il faut l’abandonner. La balle est dans la main du gouvernement et dans celle des universités, qui doivent maintenir le cap en continuant de ne pas l’appliquer. » On pourra consulter aussi à ce propos Le Monde (accès restreint) ou Ouest-France.

Parité et diversité
Dans ce domaine, les manuels scientifiques universitaires ont encore du chemin à faire ! Dans une étude citée dans les pages Afrique du site de la BBC, sept manuels de biologie moderne, en usage aux États-Unis pour les premiers cycles de science ou de médecine, ont été examinés et, sur le millier de scientifiques qui y apparaissent, on trouve seulement 13 % de femmes, et absolument aucune femme noire.

Et les maths, dans tout ça ?

De fait, l’abondance de l’actualité sanitaire ne leur laisse pas beaucoup de place dans la presse. Notons tout de même quelques liens intéressants :

  • Le Café pédagogique reprend, à l’intention des professeurs de l’option « Maths complémentaires » en terminale, une progression annuelle en 11 séquences, proposée sur le site académique de Bordeaux ;
  • « L’Oreille mathématique », chaîne de podcast de l’Institut Henri Poincaré, propose un entretien avec le mathématicien Nicolas Curien, qui parle de « l’art d’enseigner les mathématiques, et de les rendre aussi surprenantes que des œuvres d’art » ;
  • « Vous êtes mauvais en mathématiques ? C’est (en partie) à cause de vos parents » : c’est ainsi que le site yahoo actualités présente une étude sur « le lien entre le niveau en mathématiques des enfants et les relations qu’ils entretiennent avec leurs parents » ; ce travail (en) est dû à des chercheurs anglais de l’université du Sussex ;
  • France 3 Paris Ile-de-France a consacré un reportage au laboratoire de mathématiques créé par les professeurs des collèges et du lycée d’Eaubonne (Val-d’Oise) et où le thème retenu est « le jeu en classe » ou « comment rendre les mathématiques ludiques » ; de tels laboratoires étaient préconisés dans le rapport Villani-Torossian de février 2018, nous en avons abondamment parlé dans des revues de presse antérieures ;
  • la création de la première « classe préparatoire scientifique en ligne », BeSMART.edu est annoncée par le site Relations-publiques.pro, ainsi que par Le Courrier Picard, qui précise que BeSMART.edu est une start-up créée en 2017 et implantée à Amiens Nord ; les fidèles de la revue de presse reconnaîtront sans doute dans ce MOOC un clone de celui de l’École polytechnique dont nous avons parlé plusieurs fois (1er juillet 2017, 1er novembre 2017). Comme celui de Polytechnique, l’enseignement est assuré par Gilbert Monna. La petite différence est que l’École polytechnique n’est pas tout à fait une start-up...

Et aussi...

L’obligation du port du masque dans les établissements scolaires, annoncée par Jean-Michel Blanquer le 20 août au JT de France 2, suscite bien sûr de nombreux commentaires. Citons simplement ceux de Slate et du Monde (accès restreint).

Protestant contre les incertitudes et le flou des mesures annoncées par le ministère pour la rentrée, le Snuipp-FSU, principal syndicat d’enseignants du primaire, a demandé le report d’une semaine de la rentrée. Des détails sont donnés sur le site de L’Humanité (accès restreint). L’Humanité décrit aussi quelques jours plus tard la conférence de presse du Snuipp, qui détaille ses doléances et déplore en particulier que, sur le plan sanitaire, « aucune leçon [n’ait] été tirée ».

Le Monde (accès restreint) et 20 minutes évoquent la première enquête sur les effets du confinement et de « l’école à la maison » sur les élèves. Publiée par la DEPP (service de statistique du ministère de l’Éducation nationale), elle conclut que l’épreuve de la continuité pédagogique et de l’école à distance a été plutôt bien surmontée.

Les modalités des évaluations 2020-2021 en CP, CE1, 6e et 2de ont été publiées au début de l’été. Le site Vous nous ils les a présentées en détail.

Le dispositif « Vacances apprenantes » n’a sans doute pas eu le succès espéré. On a relevé toutefois quelques initiatives. Le site de la ville d’Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine) avait proposé fin juin des réservations pour une série de stages. La Marseillaise, elle, a suivi 80 élèves du CM2 à la troisième accueillis au collège Jacques Prévert de Marseille pour des « vacances apprenantes ».

Dans une tribune de Libération intitulée « L’Education nationale sous le choc », Rodrigo Arenas, co-président de la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE), dénonce vigoureusement ce qu’il appelle une « vente à la découpe de l’école publique ». Il considère que la crise sanitaire a été l’occasion d’une intrusion de plus en plus marquée du secteur privé dans l’éducation nationale. Il cite l’exemple de la société Auchan, devenue partenaire officiel du dispositif « Vacances apprenantes ». Il affirme que, « profiteurs du désastre, les acteurs privés de l’éducation sont à la fête » et conclut ainsi : « Il est urgent d’exiger l’arrêt de cette commercialisation. Et de tirer d’autres leçons de cette crise sanitaire. »

Enfin, au moment de boucler cette revue de presse, nous parvient l’annonce par Jean-Michel Blanquer, dans un entretien au Journal du dimanche qui précise que des groupes de travail seront créés à la rentrée. Attendons...

Diffusion

La diffusion des mathématiques a passé un été assez tranquille. On ne trouve guère dans la presse que quelques interviews et articles, qui n’ont pas dû beaucoup détourner l’attention des plagistes et randonneurs. Ainsi en est-il du Figaro Culture, qui a traduit une interview parue dans Die Welt d’Albrecht Beutelspacher (en), ancien directeur du Mathematikum et lauréat de plusieurs prix de diffusion. Il vient d’écrire un livre Le zéro, l’infini et le maudit 13 : les chiffres les plus importants et leurs histoires, mais l’article s’intéresse davantage à des aspects mystiques que mathématiques. Espérons qu’il n’en est pas de même du livre.
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La terre est un cube

Le site Futura Science use aussi du mystique et du fantastique pour relater l’actualité de la géophysique, où des chercheurs hongrois ont développé une théorie de la fragmentation de la matière qui montre la prédominance des structures cubiques dans les différents polyèdres observés. De là à conclure que Platon avait raison et que la Terre est liée à l’hexaèdre, il n’y a qu’un pas que Futura Science franchit. L’entretien du même Jean-Paul Delahaye dans Sciences & Pseudo-sciences est plus intéressant à écouter qu’à lire. Le même journal publie un article de Philippe Boulanger qui estime que l’enseignement des mathématiques gagnerait à être davantage lié à une mathématisation du quotidien quand l’enseignement demeure trop aride et déconnecté de la réalité. Philippe Boulanger se rendra sans doute à Metz, le 19 septembre prochain, pour les journées du patrimoine où l’agence Inspire Metz prévoit de découvrir l’importance des mathématiques dans la réalisation des œuvres d’art de tout temps. Il peut aussi, comme le lecteur de la revue de presse, écouter l’épisode 9 de « Ta langue en dit long », série diffusée par TV5 en partenariat avec l’INA. Cet épisode raconte l’origine arabe de nombreux mots scientifiques et mathématiques de notre vocabulaire. Parmi les bonnes nouvelles de cette rentrée, on retiendra la réouverture au public de l’exposition « Math & Mesure » à Poitiers dont il a déjà été question dans cette revue de presse, ainsi que le retour au théâtre Michel de « La machine de Turing », pièce récompensée par de nombreux Molières. Pour les amateurs estivaux de Sudoku, le site techno-science vous propose de commencer à explorer les mathématiques du Sudoku qui comporte encore de nombreuses questions ouvertes comme de savoir combien il faut au moins de cases remplies pour rendre la résolution unique. À vos crayons !

Si vous en avez le courage, vous retrouverez aussi les vidéos du Centre Sciences avec les présentations de la semaine Galois en version numérique.

Un peu d’humanité pour finir avec d’une part les albums de jeunesse de Nathalie Sayac que signale le Café pédagogique, et d’autre part l’interview de Vincent Moncorgé, l’auteur du livre La Maison des mathématiques, qui cherche à « mettre en valeur l’humain dans la science ».

En milieu scolaire

Dans le domaine scolaire, on ne retiendra que les récompenses retardées par la crise sanitaire et qui ont fait la une des journaux fin juin et début juillet. On retrouve ainsi les lauréats du concours Kangourou dans le journal Le Perche en Normandie, ou dans Le Télégramme dans le Morbihan, mais encore dans Ouest-France, toujours en Normandie. Le concours Mathador était aussi à l’honneur à Breteuil et à Vire. Un rallye tardif en Indre-et-Loire et une semaine des maths infiniment longue à Valdurenque en Occitanie. Le conseil scientifique de l’Éducation nationale y va aussi de son concours « Chercheurs en actes » comme le rapporte Ouest-France où le collège Pier-An-Dall a reçu un coup de cœur du jury. Le lycée Jean-Baptiste-Corot de Douai a participé au concours international Mathématiques sans frontières et finit sur le podium, comme nous l’apprend La Voix du Nord. Enfin, Le Républicain nous apprend que des élèves du collège Ausone ont développé un parcours pour visiter la ville de Bazas en Gironde avec MathCityMap que vous pouvez télécharger sur votre téléphone portable.

Parutions

Vous ne retrouverez pas le magazine La Recherche en septembre... Le conflit entre la rédaction et Claude Perdriel reste entier, la situation bloquée. Pas de numéro hors série non plus. Les abonnés (qui reçoivent en attendant Science et Avenir sous-titré La Recherche) devraient profiter d’un magazine-livre trimestriel de 140 pages rédactionnelles. Dans un autre ordre d’idée Sciences et Avenir a sorti cet été dans la série « Les indispensables de Sciences et Avenir » un numéro d’une centaine de pages consacré à l’infini vu sous différents angles : l’infini du cosmos, l’infini du mathématicien, l’infini dans le monde des arts... L’infini mathématique est décliné en deux articles, « des infinis multiples et de taille différente » et « l’aiguillon perpétuel des mathématiciens », complétés par une interview de Stanislas Dehaene. La longue quête du concept d’infini au fil des siècles et des civilisations n’est pas oubliée avec la rubrique l’infini au passé.

L’Association française pour l’information scientifique (AFIS) a publié en juillet une interview de Jean-Paul Delahaye. Il a écrit de nombreux ouvrages de vulgarisation, anime depuis 1992 la rubrique mensuelle « Logique et calcul » dans le mensuel Pour la Science, ainsi que des articles dans d’autres revues comme Science et Pseudo-Sciences ou la rubrique des paradoxes de la revue en ligne canadienne Accromath qui cible le jeune public.

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Un problème de Conway dans le camion !

Dans le numéro de septembre de Pour la Science, Jean-Paul Delahaye rend hommage à ce géant des mathématiques qu’était John Conway. Sa disparition brutale en avril a entrainé une avalanche de réactions dont IdM, entre autres, s’était fait l’écho (voir en particulier ici ou ). L’œuvre immense et le talent incomparable de vulgarisateur de ce « magicien des maths », d’après le titre de La Recherche continuent, et continueront encore longtemps, de passionner mathématiciens et non-mathématiciens. Comme « le meilleur hommage qu’on puisse lui rendre est de montrer le type de mathématiques qui l’émerveillait et le passionnait », Jean-Paul Delahaye a choisi de donner un coup de projecteur sur cinq pépites mathématiques : une preuve originale (de 2006) de l’irrationalité de la racine carrée de 2, trois casse-tête de remplissage d’une boîte cubique, le problème des deux sorciers, les pavages du plan par des segments de droite et l’indécidabilité de la conjecture de Collatz.

On peut dire que la rédaction de Tangente n’a pas chômé cet été. Le dernier numéro « Peut-on tout mesurer ? » est arrivé presque en même temps que le hors série sur « La Recherche opérationnelle ». Belle moisson qu’elle nous offre !

Qu’est-ce que le savoir mathématique ? À quoi sert une théorie mathématique ? Et qu’est-ce que faire des mathématiques ? Le petit livre de la mathématicienne Claire Voisin, sorti au début de l’année, apporte un éclairage au public qui se pose ces questions dans son court essai « Faire des mathématiques » publié par CNRS Editions (en coédition avec De Vive Voix). La collection « Les Grandes Voix de la recherche » propose des textes courts, accessibles et vivants dans lesquels des médaillés d’or du CNRS retracent leur parcours et transmettent leur passion.

La collection « Que sais-je ? » a plus de 75 ans d’existence. Elle a été entièrement remaniée en 2017 mais chaque exemplaire comporte toujours 128 pages. Le dernier est sorti fin août sous la plume de Grégory Chambon, spécialiste de l’histoire des traces matérielles des savoirs antiques : Histoire des nombres. « D’où vient le zéro ? Qui a inventé notre système de numération ? En posant ces questions et en s’appuyant sur de nombreux exemples, Grégory Chambon [nous] invite à partir à la découverte de la fabuleuse histoire des chiffres et des êtres. »

Dans un autre ordre d’idées, Alain Kounzilat qui se définit comme écrivain et mathématicien a publié fin mai La Ligne jaune chez ICES Éditions. C’est une fiction qui parle d’une enquête impossible : « Un Africain, Ali Matingous est arrêté par la police en France, suite à un contrôle de routine. En attendant son jugement, il est incarcéré dans une prison de la région parisienne et transféré ensuite à Cayenne en Guyane pour son procès. »

Article édité par Jérôme Germoni

Notes

[1L’article est réservé aux abonnés mais il semble suffisant de désactiver javascript.

[2Liens vers les épisodes individuels : 1, 2, 3, 4, 5, 6.

[3Sur une telle carte, Lyon est presque aussi près de Paris (2 h malgré les 450 km) que de Grenoble (1 h 30 pour 90 km).

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Pour citer cet article :

L’équipe Actualités — «Revue de presse juillet-août 2020» — Images des Mathématiques, CNRS, 2020

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  • Revue de presse juillet-août 2020

    le 3 septembre à 07:45, par orion8

    ’’« Il faut vraiment espérer que les étudiants de première année vont laisser leurs places pour ces nouveaux bacheliers ». Qu’a-t-il voulu dire par là ? Mystère !’’
    C’est à mettre en relation avec : ’’les examens partiels ont battu tous les records de taux participation et de taux de réussite : les premiers approchent de 100 %, les seconds ont connu une progression de 10 %’’.
    Il faudrait aussi parler de la fraude en ligne, massive et généralisée, notamment à l’aide de Discord.

    Répondre à ce message

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