Revue de presse juin 2012

Le 1er juillet 2012  - Ecrit par  L’équipe Actualités Voir les commentaires (2)

Calendrier oblige, Turing fait la Une de cette revue de presse. Vous le retrouverez lui et d’autres habitués à divers endroits, plus ou moins visibles. Vous pourrez aussi vous amuser à repérer les endroits où la théorie de la relativité générale pointe son nez.
Voyages dans le temps, machines imaginaires ou pas, artistes en tous genres, il y en a pour tous les goûts. Avec l’aide d’un ventilateur, vous devriez arriver au bout !

S’il vous plaît... dessine-moi une machine !

Voilà donc le mois de juin. Comme une année sur deux, une partie de la population se demande pourquoi le jeu des bleus penche à gauche. Et comme désormais chaque année, une partie de la population (la même peut-être ?) trépigne d’impatience à l’idée d’apprendre que Thomas et Nadège ne sont pas frère et sœur ou que Midou était bien enfermé dans la « secret box ». Ce n’est donc pas sans un certain soulagement que nous découvrons la toile rendre un hommage appuyé à un homme dont la vie fut chargée de secrets. Vous l’avez rencontré à plusieurs reprises (par exemple ici et ) dans cette revue de presse : le mathématicien anglais Alan Turing est né il y a tout juste cent ans, le 23 juin 1912.

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An 2000 : des îles célèbrent le père de l’informatique

Du lourd donc. Le Nouvel Observateur plante le décor en citant la très sérieuse revue américaine Nature : « Turing est sans doute la seule personne à avoir apporté des contributions qui ont changé la face du monde dans les trois types d’intelligence les plus fines : humaine, artificielle et militaire ». Le Monde n’est pas en reste avec un article assez complet, citant de son côté le magazine Time qui désignait récemment « le mathématicien comme l’un des personnages les plus importants du 20ème siècle ». Devançant d’une courte tête l’entraîneur mythique des Red Devils, sir Alex Fergusson, « cet informaticien de génie », « briseur de codes » selon Jean-Paul Truc sur le site Atlantico.fr, a même sa statue à Manchester depuis 2001. Une revanche posthume pour un homme condamné à la castration chimique en raison de son homosexualité par un pays bien peu reconnaissant de son rôle crucial de cryptanalyste pendant la Seconde Guerre mondiale.

Le nom de Turing reste avant tout attaché à sa fameuse machine, objet conceptuel qui donnera ses fondements à l’informatique. Le Monde rapporte comment quelques étudiants en Master à l’ÉNS lyon ont entrepris de concrétiser cette machine de papier... en assemblant quelques dizaines de milliers de pièces d’un célèbre jeu de construction danois. De façon entièrement mécanique, (sans recours à l’électricité) leur machine se contente pour le moment d’échanger des 0 et des 1 (on entre par exemple 010 et elle renvoie 101), mais selon Kevin Perrot, le doctorant qui a encadré ces jeunes normaliens, « dans quelques mois [elle] sera capable de réaliser les mêmes calculs qu’un ordinateur moderne, ni plus, ni moins ». Il précise quand même, non sans une pointe d’ironie, que « pour effectuer ce qu’un téléphone portable réalise en 1 seconde, il faudrait à notre machine 3168 ans 295 jours 9 heures 46 minutes et 40 secondes » ! On conseille en tous cas un coup d’œil à la vidéo présentant le projet. Bluffant.

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Un rêve d’enfant : matérialisation d’une machine de Turing

Pour célébrer notre héros et sa machine, Google y est allé de son désormais classique petit doodle animé. Une information relatée, images à l’appui, par France 24 et le site Orientations. Ce dernier profite de l’occasion pour se pencher sur la profession de mathématicien, nous rappelant au passage que le site d’emploi américain CareerCast la place dans le top 10 des meilleurs métiers du monde ! Petite précision : les mathématiciens américains afficheraient un salaire annuel de 99 191 dollars (soit environ 75 000 euros), ce qui semble, comment dire, un brin exagéré...
Pour être plus réaliste, Julien Pompey conclut son article en avançant « un salaire mensuel brut de l’ordre de 2 400 à 2 500 euros pour un mathématicien en début de carrière ».

La machine de Turing, l’épopée Enigma, l’homosexualité, la pomme d’Apple et le destin tragique, voilà le b.a.-ba de tout bon biographe de ce personnage romanesque. Plus original, le blogueur El Jj s’attarde sur le « test de Turing ». Il s’agit, en toute simplicité, de se demander si « une machine est capable de penser ». Grosso modo, pour passer ce test, une machine doit converser avec des humains et se faire passer pour l’un d’entre eux. Une compétition est même organisée chaque année. Ironie de l’histoire, aujourd’hui ce ne sont pas les machines qui essaient de convaincre les hommes qu’elles pensent, mais plutôt les internautes, confrontés aux omniprésents CAPTCHA [1], qui n’ont de cesse de prouver à des machines qu’ils sont bien humains. Un partout, balle au centre.

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« L’essentiel est invisible pour les yeux. »

Grande absente des articles cités, la morphogénèse fut pourtant l’un des thèmes favoris de l’excellent coureur de marathon que fut Alan Turing : le fond et la forme. Aussi imagine-t-on mal ce scientifique visionnaire insensible à cette étrange découverte relayée par 20minutes : une équipe de chercheurs bâlois aurait « réussi à programmer une cellule de mammifère afin qu’elle effectue des opérations mathématiques. » À très long terme, cette « algèbre moléculaire » pourrait servir par exemple à des patients atteints de diabète afin de réguler leur production d’insuline. De quoi regarder le ciel et se demander si le mouton a oui ou non mangé la fleur...

Voir et être vu

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Rétroviseur de luxe

« Un mathématicien invente un miroir sans angle mort », nous rapportent ce mois-ci le blog du coyote et le site cnet. « Un miroir plan traditionnel ne peut couvrir que 15 à 17 degrés. Alors [...] on a pensé à déformer le miroir pour accroître l’angle de vision. Cela n’est pas sans créer un autre problème : la vision est déformée et on ne sait plus bien si le véhicule est près ou loin. Le miroir qu’un chercheur en mathématiques a inventé permet d’avoir un angle de 45 degrés... sans grande déformation notable ! Son principe optique peut être expliqué comme le collage de différents petits miroirs orientés différemment, un peu comme sur une boule de disco, mais en plus fin. L’inventeur s’est servi d’un algorithme spécialisé pour orienter les rayons lumineux afin d’obtenir cet angle de vision sans déformation.

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Paysage écossais : réel ou bien virtuel ?

On pourra bientôt constater le rendu visuel des décors du dernier film d’animation des studios Pixar, obtenu par l’ingénieur espagnol Iñigo Quilez à l’aide d’outils mathématiques. « Les créateurs de Rebelle, dont l’action se déroule dans une Écosse médiévale à la végétation omniprésente, ne pouvaient pas compter sur les méthodes “traditionnelles” d’animation par ordinateur » décrit le Nouvel Observateur. « La technique développée par M. Quilez repose sur le mélange d’équations mathématiques comme “ la ligne droite, la parabole, l’ellipse ou le cercle”. » Une visite au site internet d’Iñigo Quilez vous révèlera l’utilisation d’outils et de concepts mathématiques toutefois un peu plus avancés, en particulier les fractales.

« Les mathématiques [peuvent-elles] prédire le succès d’un film ? » se demande le Figaro qui, avec le Nouvel Observateur, rapporte l’étude menée par des chercheurs du « Département de mathématiques appliquées et de physique de l’université de Tottori, au Japon ». Ceux-ci « ont utilisé comme données les dépenses publicitaires quotidiennes de vingt-cinq films sortis dans les cinémas japonais. [...] Pour bâtir leur modèle, ils ont également estimé le bouche à oreille autour des films, par le nombre de posts sur les réseaux sociaux. Les scientifiques ont ainsi calculé la probabilité pour un individu d’aller voir un film donné dans un cinéma japonais ». Et ce n’est pas tout. « Selon eux, la formule pourrait être appliquée à d’autres domaines comme la musique en ligne, ou encore pour le marché des boissons gazeuses. »
Pour d’autres exemples de modélisations mathématiques discutables, on pourra lire cet article du Figaro à propos du « “Da Vinci Code” des marchés », code qui reposerait sur les « points de Fibonacci », ou encore les pronostics sur les Jeux Olympiques 2012 rapportés par L’expansion, à base de « modèles mathématiques et de[s] variables macroéconomiques », en l’occurrence « la population, le revenu moyen par habitant, l’appartenance ou non à l’ex-bloc soviétique, Chine et Cuba compris (pour le soutien puissant des pays du bloc aux disciplines olympiques), et le facteur “pays organisateur” ».

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Pleurs

Si ceci ne vous tire que des sanglots, vous serez peut-être intéressés par cela : des « chercheurs de l’université du Delaware aux États-Unis ont mis au point un modèle numérique reproduisant le transfert de chaleur dans les larmes des yeux » nous dit le site sur-la-toile. « Les auteurs de ce papier ont voulu créer un modèle numérique qui reproduit avec suffisamment de détails le transfert de chaleur observé expérimentalement. […] Les prochains travaux des mathématiciens consisteront à améliorer ce [modèle] numérique afin d’y ajouter les modifications apportées par les lipides présents dans les larmes et à modéliser les variations de température durant le clignement des yeux. » C’est chaud.

Faisons maintenant appel à nos oreilles ! Dans l’article intitulé « DarwinTunes ou l’évolution de la musique par la sélection naturelle », Futura-Santé récapitule l’expérience menée par des chercheurs de l’Imperial College de Londres, qui ont laissé « la musique évoluer selon les lois darwiniennes, sous la pression de sélection des auditeurs ». Des outils probabilistes sont utilisés pour produire les séquences musicales originelles et simuler des phénomènes de mutation. Nous vous laissons découvrir l’expérience et ses conclusions, ainsi que le rôle alors attribué au compositeur de génie, qui va « permettre de faire un grand saut évolutif ». A part ça, vous arrive-t-il d’écouter votre ordinateur ? Il est « possible de mener une attaque contre un système effectuant des opérations de cryptographie en analysant les ultrasons émis par les condensateurs situés sur la carte mère ou même en analysant le bruit des ventilateurs qui refroidissent les ordinateurs ». De toute manière, « les systèmes sécurisés n’existent pas et n’existeront jamais ». Cette affirmation rapportée par
Patrick Fischer sur le site siliconwadi.fr est celle de Adi Shamir, alias le « S » de « RSA », nom du système de cryptographie le plus utilisé et conçu par lui avec Ron Rivest et Leonard Adleman.

Sphères d’influence

Canalacadémie nous a proposé ce mois-ci de rencontrer une grande mathématicienne, Yvonne Choquet-Bruhat, première femme à entrer à l’Académie des sciences en 1979.

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Yvonne Choquet-Bruhat

« Ce qui intéresse dès le départ Yvonne Choquet-Bruhat, c’est de comprendre le monde réel à travers la physique, avec les outils mathématiques. » Ses recherches « ont conduit notamment à des progrès spectaculaires récents en astronomie ». Chez les Choquet-Bruhat, l’Académie est une affaire de famille (son mari, son frère, et son fils en ont été ou en sont membres).

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Pierre-Louis Lions

Chez les Lions aussi : le père, Jacques-Louis d’abord, puis le fils, Pierre-Louis. Ce dernier vient de recevoir le grand prix Inria, qui « célèbre les maths au service de l’industrie » selon Usine Nouvelle ou selon pro.01net des travaux aux « nombreuses applications dans le monde des sciences numériques ». Il est aussi à la une du site
attypique
qui lui attribue la « phrase de la semaine » : « on a rien compris à un problème tant que l’on n’a pas cherché à l’expliquer à quelqu’un d’autre ».
Pierre-Louis Lions n’en est pas à sa première récompense : pour ne citer que la plus prestigieuse, il a obtenu la médaille Fields en 1994.

Autre médaillé Fields (2010) très médiatique, Cédric Villani fait encore parler de lui ce mois-ci. Le Parisien et La voix du Nord reprennent cette dépêche AFP selon laquelle « le crack français des mathématiques » est l’un des « 40under40 » (« 40 de moins de 40 ans ») réunis à Bruxelles par le think tank Europanova.
« L’idée de les réunir en séminaire deux fois par an est née “du constat que nous manquons d’une élite européenne engagée, d’une nouvelle génération de personnalités capables de penser à la fois aux niveaux national et continental”, explique le fondateur d’EuropaNova. »

Encore plus politique, le mathématicien Jean-Yves Mérindol est depuis peu conseiller enseignement supérieur et recherche à l’Elysée. Comme nous le dit le Nouvel Observateur, il est l’« un des rares universitaires à avoir dirigé à la fois une université et une grande école » : l’Université Strasbourg 1 et l’École normale supérieure de Cachan. Et le journal de se demander si Jean-Yves Mérindol « sera un homme de poids ? »
Le mathématicien Laurent Carraro a quant à lui pris récemment ses fonctions de directeur d’Arts et Métiers ParisTech. Une entrevue est à lire sur le site Bulletins Électroniques.

Un mathématicien encore, en Roumanie, Dan Nicusor était candidat aux élections municipales de Bucarest. Comme nous le relate Le Parisien (à lire aussi dans Le Point), ce « défenseur du patrimoine de la ville depuis des années et qui a mené campagne comme indépendant avec un modeste budget, a […] créé une surprise en arrivant troisième pour le poste de maire ».

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Isaac Newton

Revenons aux honneurs : le site d’actualités rwandais Jambonews nous dit que « le professeur de mathématiques Augustin Banyaga, d’origine rwandaise, a été honoré lors d’[une] “école de recherche” organisée à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad) au Sénégal. Une reconnaissance de son engagement dans l’éducation et la recherche en Afrique », notamment dans le cadre du CIMPA, le « Centre International de Mathématiques Pures et Appliquées, une association internationale créée en France en 1978, et dont l’objectif est de promouvoir la coopération internationale au profit des pays en développement, dans le domaine de l’enseignement supérieur et la recherche en mathématiques et dans les disciplines connexes, informatique notamment. »

Maxim Kontsevitch, professeur à l’Institut des hautes études scientifiques (IHÉS), reçoit le prix Shaw pour « ses travaux précurseurs en algèbre, géométrie et mathématique physique, notamment l’intégration motivique, la quantification par déformation, et la symétrie miroir ». À lire sur le site du CNRS ou en anglais dans le Wall Street Journal.
Honneur posthume beaucoup moins académique à Isaac Newton (s’il en fallait !) : après Turing, il sera le héros d’un blockbuster américain, comme nous l’annonce
Première.

Des jeunes qui rêvent d’honneurs ? Un mathématicien Guinéen défie le médaillé Fields Terence Tao à propos de la conjecture de Goldbach. Nous vous parlions d’une avancée majeure de Tao sur ce problème historique le mois dernier. Et bien Ibrahima Sambegou Diallo prétend avoir une démonstration simple.
Le Jour publie un long entretien avec ce jeune homme, où il parle de l’Afrique mais aussi de la Russie. Étonnant, vous verrez.

Plus près de nous, La Dépêche nous annonce une émission de France 2 qui revient sur le parcours de Lee Dinetan, « un prodige toulousain, Bac + 6 à 20 ans », qui nous demande : « Saviez-vous que la médaille Fields (sorte de Prix Nobel des mathématiques), a récemment été décrochée par un Français ? » La réponse se trouve un peu plus haut…

Sans délaisser les mathématiciens, quittons un instant les mathématiques. C’est de littérature qu’il s’agit. Gérald Tenenbaum, professeur de mathématiques à l’Université de Nancy, vient de publier un nouvel ouvrage intitulé L’affinité des traces. Selon Télérama, « le texte déploie un charme mystérieux, celui du conte ; celui du chant, aussi. […] “Seules les traces font rêver”, écrivait René Char, cité en exergue. »

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« Seules les traces font rêver. »

« Du plaisir en mathématiques »

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Les deux visages des mathématiques

« Peur », « froideur », « aridité », « difficulté » d’un côté, « magie », « vie », « passion », « plaisir » de l’autre : les sentiments qu’inspirent les mathématiques changent, selon que l’on écoute les on-dit ou les professionnels ! La presse du mois rapporte un grand nombre d’événements destinés à faire basculer les clichés, en activant des moteurs fort différents : le jeu, le rire, l’art, la compétition, le vertige...


« Redorer l’image des mathématiques », donc : c’est le titre de l’article de Corse Matin pour rendre compte du forum organisé en Corse par « Dominique Barbolosi, des universités d’Aix-Marseille », qui vise à « favoriser l’éclosion locale de clubs de maths et permettre ainsi l’expérimentation de méthodes d’enseignement novatrices. » « “Sans pour autant être un génie en la matière, tout le monde peut prendre du plaisir à comprendre une démonstration, reproduire un raisonnement... L’idée est de partager cette passion”, raconte Laurent Beddou, vice-président de l’association Maths pour tous d’Aix-Marseille ». Cet autre article montre combien l’émulation par le jeu et la modélisation de problèmes réels (déchets marins, en l’espèce) motivent les participants au forum.
Le salon « Culture et jeux mathématiques » a été annoncé par Sortir à Paris et Le café pédagogique mais on n’en trouve guère de compte rendu dans la presse.

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L’île logique

Néanmoins, le spectacle de l’Île logique, troupe de clowns-mathématiciens qui « aborde les math. et la physique par l’absurde », a été repéré par Sciences et avenir. Cédric Aubouy a été interrogé sur France info par Marie-Odile Monchicourt : « Les clowns peuvent aller dans la géométrie non euclidienne, y a pas de problèmes, les droites sont rondes, tout tourne carré... » Ce qui permet de parler de façon compréhensible de relativité ! Le blog Science du XXIe siècle « salue l’excellente initiative de l’Île Logique », dont le spectacle honore « la mémoire de l’un des plus grands scientifiques de tous les temps », Henri Poincaré (à son sujet, on pourra aussi visionner la récente conférence de Cédric Villani à Grenoble). Toujours pour le grand public, L’Alsace annonce une conférence du professeur Thomas Banchoff, de Brown University (États-Unis). « Ce célèbre mathématicien [a évoqué] “l’exploration des surfaces, au-delà de la troisième génération” » : « l’infographie, l’animation et l’art moderne », ainsi que la « collaboration [de l’orateur] avec Salvador Dalí » en étaient les ingrédients.

L’art pour « faire passer les mathématiques » à des élèves parfois rétifs, c’est aussi le credo d’une initiative dans un « réseau de réussite scolaire » (RRS) présenté par La voix du Nord. Mais faire passer les math., c’est un art à part entière. Au collège, à Miramas, un professeur d’histoire et un de mathématiques misent sur la transdisciplinarité pour un projet relativement inhabituel au lycée portant sur le théorème de Fermat (XVIIe siècle), une occasion de « rapprocher [leurs] disciplines et faire percevoir aux élèves l’intérêt des apports croisés et, au sein même de l’histoire, de “décloisonner” les époques par l’étude d’un thème transversal » : on en lira plus sur Ludovia. « Jeux de mots », « chansons », tous les moyens sont bons pour « aller tirer le meilleur » des élèves : Le journal du Québec fait le portrait d’une professeure qui a « le feu sacré pour le métier », qu’elle pratique « comme au théâtre ».

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Achille, perplexe, refait le rallye contre la tortue

Côté compétitions, c’est le foisonnement. Le Quotidien de Noukchott salue, en Mauritanie, une « belle aventure culturelle » : le « Concours Génies en Mathématicien ». À Abidjan, Slate Afrique rapporte le déroulement du concours « Miss Mathématiques » : « “On a besoin de filles mathématiciennes, ingénieures, de filles savantes. Faites-nous changer ce pays”, a déclaré un représentant de la ministre de l’Éducation nationale, Kandia Camara, devant une assistance 100% féminine. » Fratmat.info reprend l’information. Mais, comme le raconte @bidj n.net, la Côte d’Ivoire célébre également les lauréats d’un concours régional, qui permet « d’encourager les élèves à dissiper cette peur qu’ils ont souvent pour les mathématiques, et permettre l’éclosion de nouveaux talents ».

En France, les lauréats des Olympiades mathématiques ont été félicités par le ministre de l’Éducation nationale sous l’œil de MCE TV. Et la presse régionale témoigne abondamment que c’est encore la saison des rallyes  ! (Un article sous chaque lettre...) Grâce à l’IREM de Toulouse, des lycéens étrangers y participent aussi : News Mada et L’Express Mada saluent les performances des lycéens malgaches, Tunisie numérique celle des lycéens tunisiens (avec une certaine emphase). C’est aussi la saison du Kangourou ! Sans oublier le concours international de jeux mathématiques dans Estrie plus et le vainqueur d’un concours de calcul mental dans le Midi libre.

Un paradoxe ? On peut trouver son « plaisir en mathématiques » dans la pratique la plus conventionnelle qui soit : le bac ! Dans son blog, le mathématicien Frédéric Morlot évoque celui qu’il éprouve à travers, en particulier, le vertige philosophique que (lui) permet de frôler l’épreuve de l’année par le paradoxe de Zénon.

Parutions

Comment accrocher un tableau pour qu’il tombe ? C’est l’énigme proposée dans la rubrique « logique et calcul » de juillet du numéro 417 du magazine Pour la science. Autrement dit, comment accrocher un tableau avec n clous et une ficelle, de sorte qu’en enlevant n’importe lequel des clous, le tableau soit libéré et glisse vers le sol ? Pour résoudre le problème autrement qu’en tâtonnant et échapper à des nœuds inextricables, vous devrez faire appel à l’algèbre et au groupe libre. Comme d’habitude, l’article est illustré par des encarts explicatifs et invite le lecteur à réfléchir et à aller un peu plus loin.

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Taches de léopard

L’héritage d’Alan Turing : le journal du CNRS sort, pour marquer le centenaire de la naissance de Turing et lui rendre hommage, un numéro hors-série de vingt pages entièrement accessible sur le web.
À ce propos, le premier volet de la revue bisannuelle Accromath vient de paraître, et ce n’est pas un hasard s’il est sous-titré « Des coquillages aux pelages ». Rappelons que cette publication de l’Institut des sciences mathématiques (ISM) et du Centre de recherches mathématiques (CRM) québécois est destinée d’abord à un public scolaire (un exemplaire est envoyé gratuitement à toutes les écoles qui en font la demande). Mais Accromath peut intéresser tous les publics, il suffit de consulter le sommaire pour s’en convaincre.
Elle a reçu en 2012 le prix Anatole Decerf, attribué tous les deux ans par la Société mathématique de France, après avoir obtenu une mention spéciale au prix d’Alembert en 2010. Le comité éditorial nous annonce d’ores et déjà la sortie d’un numéro spécial en 2013 sur le thème « Mathématiques pour la planète Terre ».

Mathématiquement vôtre, le sympathique journal du lycée français de Chicago entièrement consacré aux mathématiques, en est maintenant au onzième numéro depuis septembre 2010 ! Un dossier consacré aux jeux mathématiques pour les CE2, les mathématiques et la théorie de la connaissance, des dessins de Philippe Gelück et Daniel Justens, un dossier central consacré aux travaux de Poincaré (à partir d’une conférence prononcée en février à Amiens par Jean-Christophe Yoccoz, « Sur le problème des trois corps et les équations de la dynamique ») et bien d’autres rubriques attendent le lecteur curieux.

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Courbure de l’espace-temps

La Recherche nous propose un numéro « juillet-août » avec une interview de Jérémie Szeftel dans l’actualité mathématique. « Une équipe internationale vient d’établir un critère portant sur la courbure de l’espace-temps. C’est un pas de plus vers la démonstration de la conjecture de censure cosmique ».

Des arts libéraux aux arts numériques

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Forme allégorique de l’arithmétique

La tapisserie « L’Arithmétique » de Cluny, réalisée vers 1500, vient d’être restaurée. On apprend sur le site edubourse qu’elle appartenait « à l’origine à une tenture consacrée aux sept Arts libéraux, ou disciplines majeures de l’enseignement médiéval qu’étaient La Grammaire, La Dialectique, La Rhétorique, L’Astronomie, La Géométrie, La Musique et L’Arithmétique ».

Un grand saut dans le temps nous amène au XXIe siècle, avec l’artiste Vera Molnar, à qui le musée des Beaux-Arts de Rouen et le centre d’art contemporain de Saint-Pierre-de-Varengeville consacrent une rétrospective. Paris-Normandie nous invite à nous « amuser avec la géométrie » : « ce sont soixante-dix ans de travail, de recherche qui s’offrent à nos yeux ». « Dans les années soixante, [Vera Molnar] invente […] la machine imaginaire qui consiste “à écrire des programmes simples et à élaborer des séries de transformations de formes selon des directions très précises en en limitant le champ et les possibilités par la fixation d’interdits”, note le commissaire de l’exposition » (sic). « Puis, la machine imaginaire devient une vraie machine, l’ordinateur qui permet à Vera Molnar de gagner du temps, d’investir un champ plus large des possibles. Elle est la pionnière de l’art informatique en France ».

Enfin, toujours numérique et mathématique mais de l’autre côté de l’Atlantique, l’œuvre de l’artiste sonore japonais Ryoji Ikeda fait l’objet d’une exposition à DHC/ART (Fondation pour l’art contemporain à Montréal) : titrant « Mythiques et irrationnelles mathématiques », le journal Le Devoir nous dit cependant que « toute mathématique qu’elle soit, la pratique d’Ikeda ne repose pas sur la démonstration. L’artiste semble préférer le fondement abstrait de la discipline à ses explications et hypothèses. » À méditer...

Notes

[1acronyme dont nous vous parlions le mois dernier, où le T est celui de Turing, justement.

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Pour citer cet article :

L’équipe Actualités — «Revue de presse juin 2012» — Images des Mathématiques, CNRS, 2012

Commentaire sur l'article

  • Revue de presse juin 2012

    le 1er juillet 2012 à 10:02, par Michèle Audin

    Un petit ajout, sur Augustin Banyaga, dont il est question dans cette ((toujours) fabuleuse) revue de presse.

    Augustin est rwandais, mais professeur à « Penn State » (en Pennsylvanie, aux États-Unis).

    C’est un spécialiste de géométrie. Il est l’auteur d’un très beau théorème sur « la simplicité du groupe des difféomorphismes hamiltoniens » (que les non-experts me pardonnent d’utiliser ces mots... croyez-moi, c’est important !). C’était sa thèse, sous la direction d’André Haefliger à Genève (en 1978).

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  • Revue de presse juin 2012

    le 3 juillet 2012 à 17:04, par ⁂⁂⁂⁂⁂

    Ah qu’il est bon de constater « avec soulagement » que nous sommes au-dessus de centres d’intérêt aussi vulgaires que la télévision ou le football !

    Répondre à ce message

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