Revue de presse juin 2014

Le 1er juillet 2014  - Ecrit par  L’équipe Actualités Voir les commentaires (3)

Quelques « pipole » se cachent dans cette dernière revue de presse avant la trêve estivale, où l’on trouvera également des inventeurs géniaux, des algorithmes malins, des études farfelues et d’autres plus sérieuses, des jeunes motivés et/ou protestataires, des nouvelles de l’Académie des Sciences, et même un peu de politique.

Hommages

« Alan Turing, l’homme qui a permis que le D-Day ait lieu en 1944 », titrait
BFM TV le 6 juin 2014 (voir aussi sur cette même chaîne la chronique
Culture Geek d’Anthony Morel).
Le mathématicien et « père de l’informatique » et son équipe ont « réussi à percer les formules de cryptage de la machine à coder Enigma utilisée par les nazis ». L’impact sur la guerre a été considérable : « selon les historiens, ses travaux ont permis de réduire d’environ deux ans la capacité de résistance du régime nazi ». Le parcours exceptionnel d’Alan Turing est également évoqué sur le site
01.net, qui le décrit
comme « le geek, héros de l’ombre du jour J ». Dans l’hebdomadaire québécois voir.ca, Normand Baillargeon revient sur la vie, les découvertes et « le tragique destin d’un homme d’exception » :
10 ans et 1 jour après le débarquement de Normandie, Alan Turing se donnait la mort.

Il se trouve que le génie d’Alan Turing résonne dans l’actualité, à l’occasion d’un test de Turing
« opportunément programmé le jour du soixantième anniversaire de la mort de son inventeur ». L’événement est rapporté
dans Le Monde,
L’Expansion et sur Slate.
Le Nouvel Observateur a quant à lui testé une ancienne version de ce programme nommé Eugene Goostman. De sa discussion « avec ce pré-adolescent virtuel », le journaliste a retenu que c’était un « robot moyennement convaincant » : « Ses réponses sont parfois intelligibles, mais il a tendance à détourner la conversation sur ce qu’il connaît, à savoir son cochon d’Inde. » À part ça, sur
Allociné,
on pourra découvrir « deux nouvelles photos » de Benedict Cumberbatch dans The Imagination Game, biopic sur Turing en cours de tournage comme nos lecteurs assidus le savent déjà.

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Leslie Lamport

Quant au
prix Turing, nous avions déjà dit qu’il est décerné cette année à
Leslie Lamport. Bizarrement, la nouvelle est reprise ce mois-ci.
Les Échos
dressent un portrait de « l’homme qui a appris aux ordinateurs à travailler ensemble ». Ce pionnier du « calcul distribué » a permis de changer le monde
dans lequel nous vivons : « sans calcul distribué, nous n’aurions ni courrier électronique, ni services en ligne, ni “cloud computing” ! ».
Dans Le Monde, David Larousserie nous signale lui aussi que, sans l’algorithme inventé par Leslie Lamport en 1989,
« l’informatique « en nuage », ou cloud computing, serait en effet impossible ». Il nous raconte également comment
Leslie Lamport a conçu le « langage TLA+ », destiné à « aider les ingénieurs à concevoir des systèmes sans faute » et grâce auquel « un accident industriel a déjà été évité ». Petit problème : « il faut un doctorat en maths pour utiliser TLA+ » selon Damien Doligez, chercheur à l’INRIA. Leslie Lamport travaille justement à le simplifier. Tout comme il avait réussi à simplifier le logiciel TeX en LaTeX, « langage dédié à la publication de documents qui a permis à des générations de doctorants et de chercheurs d’écrire leurs thèses, leurs articles ou leur présentation avec un outil adapté aux formules et aux nombreuses références bibliographiques, bien mieux qu’un traitement de texte ». Pourtant, devinez qui est son employeur aujourd’hui, lui qui a « toujours travaillé pour des entreprises privées et jamais dans une université » ?

Pour rester du côté de l’informatique, on pourra lire un entretien avec Yves Robert sur le site informatiquenews.fr.
C’est « l’un des spécialistes mondiaux du calcul haute performance » et « le premier européen à recevoir le prix IEEE TCSC (Technical Committee on Scalable Computing) ». En parallèle, un autre prix est passé relativement inaperçu : malgré sa liste de récipiendaires prestigieux et bien qu’il soit « le plus lucratif jamais établi » [1], le prix « Breakthrough » fait l’objet d’un entrefilet sur le site du CNRS-INSMI
et d’un communiqué de Mme Fioraso, qui « félicite Maxim Kontsevitch, mathématicien russo-français » sur le site du ministère de la Recherche.

Précédant la remise du prix Maurice Audin le 18 juin à l’Institut Henri Poincaré (IHP),
on doit au quotidien algérien El Moudjahid et à l’association « MachAAL ECHAHID » un hommage à Maurice Audin, ce « brillant mathématicien, mort pour l’Algérie », rendu mardi 10 juin 2014 à Alger. On pourra en particulier lire sur le site Raïna l’intervention de l’historien Mohamed Rebah. À Paris, la cérémonie de remise
du prix Audin a été l’occasion d’un « petit pas » politique, selon Gilles Manceron sur son blog Mediapart. Dans un communiqué de l’Élysée après la réception de Josette Audin par François Hollande le 17 juin, on peut en effet lire noir sur blanc que « M. Audin ne s’est pas évadé, il est mort durant sa détention ». Toujours sur Mediapart, Henri Pouillot décrit cependant un « communiqué décevant » et réclame : « Il est plus que temps, à quelques mois du 60e anniversaire du déclenchement de la Guerre d’Algérie que la France, officiellement, face son examen de co[ns]cience ».

Un tout petit monde

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Le monde de la recherche sous pression

Ça chauffe en France pour les carrières scientifiques. Le Monde nous parle de « la crise de l’emploi scientifique », dénoncée par « le Comité national de la recherche scientifique », ou CoNRS, lors d’une « session (…) extraordinaire » le 11 juin dernier. C’est un « événement (…) rare », le comité « ne s’était réuni de la sorte que quatre fois en soixante-dix ans d’existence ». Et il y a un peu de quoi : « au CNRS, 878 emplois étaient proposés aux chercheurs, ingénieurs et techniciens en 2009, contre 642 en 2012 » [2].

La crise est liée à de nombreux éléments. Une alerte avait déjà été lancée dans Le Monde, d’après un communiqué du « conseil scientifique du CNRS, présidé par Bruno Chaudret » « adopté (…) le 10 mars à l’unanimité » : « les perspectives professionnelles offertes aux jeunes qui sortent au plus haut niveau de l’enseignement supérieur français, munis d’un doctorat, ne cessent de s’assombrir ». On en apprendra plus en parcourant un tchat d’Alain Trautmann, membre de ce conseil, disponible sur le site du journal Libération. Dans cette série de questions-réponses, il cite notamment une jeune chercheuse : « Aujourd’hui pour se lancer dans un post-doc dans l’espoir d’obtenir un poste dans la recherche publique, il faut être soit complètement inconscient, soit être dévoué à la science sans rien en attendre en retour, soit partir loin sans jamais revenir ». D’autres éléments et témoignages sont fournis par Sylvestre Huet sur son blog SCIENCES², qui interroge : « Le monde de la recherche va-t-il se lancer dans un conflit social ? »

Alain Prochiantz, « chercheur en neurobiologie et professeur au Collège de France » émet en effet lui aussi un signal d’alarme dans Le Monde. « Du côté de la science, ça ne va pas. […] Sous le prétexte des classements internationaux, notre politique scientifique et universitaire s’est engagée dans la construction de mastodontes. […] De par le monde, les étudiants utilisent Internet pour identifier les universités et laboratoires qu’ils désirent rejoindre. Au-delà de l’excellence de ces structures, ils recherchent des perspectives de carrière décentes, de bonnes conditions de travail et un accueil de qualité. Tout le reste, classement de Shanghaï, Fête de la science et tutti quanti sont des leurres. Peu s’y laissent prendre, comme le démontre la baisse des vocations scientifiques. » Chiffres à l’appui, il précise que « le coût de la recherche publique, toujours mis en avant pour repousser la nécessaire augmentation de son financement, est faible » et s’attaque à « la niche fiscale du crédit impôt recherche (CIR) accordée aux entreprises » [3] : le CIR devrait être réservé « aux seules entreprises qui créent des emplois et offrent des débouchés aux docteurs formés par la recherche publique ». Il l’affirme haut et fort : « une politique à court terme qui affaiblit aujourd’hui [la recherche fondamentale] affaiblit l’innovation de demain et rend improbable le retour de la compétitivité dans les secteurs de haute technologie. »

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Modèle à suivre ?

Pendant ce temps, les universités s’agitent (en vain ?) contre un nouveau type de mastodontes : les « COMUE » (Communauté d’universités et établissements) créées par la loi Fioraso. Sylvestre Huet explique « l’affaire des COMUE » sur SCIENCES².
Un débat est à lire dans l’Humanité. Les syndicalistes Christel Poher et Jean-Luc Antonucci dénoncent : « Les regroupements régionaux aboutissent à des établissements hors d’échelle où démocratie universitaire et collégialité sont absentes. » Jean-François Balaudé, président de l’université Paris Ouest Nanterre défend : « Le regroupement territorial permet en effet une politique dite de site et donne l’occasion de liens renforcés entre de nombreux partenaires – établissements d’enseignement supérieur, organismes de recherche, collectivités territoriales, tissu socio-économique – qui ouvrent des possibilités nouvelles d’activité et de coopération pour les universités, tant en matière de formation, de recherche et transfert, que de vie de campus ou d’implication sociale. » Ah ? Et Jean-Yves Mérindol, président de l’université Sorbonne Paris Cité [4], enfonce le clou à sa manière, en convoquant la devise : « Ici, comme ailleurs, l’union fait la force. » Un peu facile...

Vive le sport !

En Angleterre, il reste des débouchés lucratifs pour les mathématiciens : les clubs de football ! Courrier international relaie un article paru dans The Observer, qui explique comment « les 20 clubs du championnat - et nombre de clubs des divisions inférieures » embauchent des « travailleurs de l’ombre » pour analyser la multitude de « données qu’on peut collecter pendant un match » : profils de vitesse et mouvements des joueurs sur le terrain notamment. Interrogé à ce sujet, le mathématicien Marcus du Sautoy est enthousiaste :
« Ce que fait chaque équipe d’un match à l’autre n’obéit pas au hasard. […] Et c’est la force des mathématiques de ramener une activité à des chiffres, de repérer les constantes, de faire des prévisions. » Même si, selon l’auteur de l’article, « un manager ne reconnaîtra jamais qu’un matheux fait son boulot aussi bien, voire mieux que lui ».

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Et s’habiller comme ça, c’est bien aussi ?

Restons dans le football, dont la Coupe du monde apporte son cortège de prédictions. Le site d’Eurosport en propose un pot-pourri, où des statisticiens côtoient des banquiers de Goldman Sachs et des chamanes péruviens. Histoire de ricaner, on pourra noter que,
autant pour la supposée victoire de l’Espagne (NDLR : éliminée au premier tour) que pour les qualifications de l’Italie et de l’Angleterre (qui s’avèrent être précisément les deux éliminées de leur groupe), l’Observatoire du football n’a pas trop eu le nez creux.
Plus sérieusement, intéressons-nous à la géométrie du ballon rond. Enfin rond, c’est une façon de parler. Le ballon traditionnel est plutôt un
« icosaèdre tronqué », comme le rappellent Alexandre Moatti sur le site de Sciences et Avenir et Étienne Ghys, dans Le Monde Sciences et médecine du 25 juin et ici même. Tandis que : « Le ballon de foot de la Coupe du monde est un cube ! » Ses propriétés aérodynamiques ont par ailleurs été étudiées par des chercheurs japonais, c’est à lire aussi dans Le Monde. À part ça, voici un magnifique cas d’école en matière de confusion (volontaire ?) entre corrélation et causalité (même si une autre illustration assez drôle est signalée par le coyote) : le site
Stylight prétend prouver par « une théorie des probabilités un peu originale » que le style vestimentaire a un impact sur les résultats au tennis. Mais attention aux exceptions : « le multiple vainqueur du tournoi [de Roland Garros] fausse les statistiques […] n’oubliez jamais que personne ne gagne en jaune (à part Nadal) ».

La science en action

Une équipe de l’hôpital de La Timone a construit un modèle mathématique [5] qui leur permet de proposer une classification de 16 types de
crise d’épilepsie. Le magazine Sciences et Avenir rapporte ainsi qu’« en utilisant une base de données internationale, les chercheurs ont ensuite vérifié expérimentalement les prédictions du modèle mathématique,
en analysant les crises enregistrées chez différentes espèces, y compris chez l’Homme.
Ils ont pu ainsi montrer que les règles d’entrée et de sortie de la crise étaient invariantes de la mouche à l’Homme.
C’est donc la même zone interdite qui est présente dans la plupart des régions du cerveau à travers les espèces. »
Un reportage de France 3 Provence-Alpes explique aussi cette découverte, qui « va permettre de réorienter la recherche thérapeutique ».

Dans un tout autre registre, les applications des mathématiques à la finance sont régulièrement évoquées dans les médias.
La question du trading à haute fréquence est abordée dans l’émission La Tête au carré sur
France Inter, avec le mathématicien Frédéric Abergel (professeur de l’École Centrale Paris). En matière de sujet sensible, les questions énergétiques ne sont pas en reste. La mathématicienne
Nadia Maizi (professeur à l’École des Mines de Paris) était invitée de l’émission Du grain à moudre sur France Culture, pour expliquer le rôle des modèles mathématiques dans l’étude de scénarios de transition énergétique.

« Mais pourquoi terminent-ils toujours en sacs de nœuds ? » C’est la question posée sur Maxisciences à propos de ce fléau du quotidien : les fils d’écouteurs emmêlés au fond du sac. « Une équipe de physiciens s’est récemment penchée sur la question et a tenté d’y répondre en s’appuyant sur les mathématiques. » L’expérience a consisté à agiter des fils dans une boîte. « En analysant les structures emmêlées , les chercheurs ont mis en évidence 120 types de nœuds différents […] certains étaient assez simples quand d’autres devenaient un vrai casse-tête à démêler. » Pour vous épargner ça, il ne reste qu’à apprendre « à soigneusement replier vos écouteurs avant de les ranger », comme on vous l’explique en vidéo [6].

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À ne pas tenter avec ses fils d’écouteurs

L’ordinateur quantique, ça vous dit quelque chose ? « Il y a un an, la société D-Wave Systems réussissait à vendre à Google ce qu’elle présentait comme un véritable calculateur quantique performant, malgré l’incrédulité à peu près générale de la communauté scientifique quant à la faisabilité même d’une telle machine. »
C’est le site Futura Sciences qui nous raconte, après la parution dans la revue Science [7] d’une étude comparant les performances de « D-Wave Two, l’ordinateur censément quantique » avec un ordinateur classique. « Dans la plupart des essais, la machine D-Wave n’a pas fait ses preuves », poursuit Le Monde. À sa décharge, l’un des chercheurs reconnaît qu’ils ont « comparé deux skieurs professionnels – les ordinateurs classique et “quantique” – sur une piste verte », et cherchent « toujours à tracer la piste noire qui permettra de savoir lequel est le meilleur ». Et le journaliste d’expliquer que cette analogie avec le ski « n’est pas sans raison, puisque à quelques subtilités près le problème mathématique soumis [8] revient à glisser lentement sur la pente d’une montagne et à déterminer si on est arrivé en bas ou si l’on est resté piégé dans un creux à mi-course… » Affaire à suivre donc.

Il est vraiment...

Voici le portrait chinois du mois : il est...

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Prestigieuse institution

Qui est-il ? Cédric Villani bien sûr ! Élu en décembre 2013, il a fait le 16 juin son entrée à l’Académie des sciences, entrée remarquée par Les Échos, Libération, L’Opinion, Lyon Capitale et M Lyon — l’impétrant est professeur à l’université de Lyon — et, du côté des télévisions, BFM TV ou encore France 3 Rhône-Alpes. Cette dernière signale que « dans la section de Mathématique, trois “juniors” font leur entrée : Cédric Villani, 40 ans, médaille Fields en 2010, directeur de l’Institut Henri Poincaré (IHP), la mathématicienne Laure Saint-Raymond [9], 38 ans et le probabiliste Jean-François Le Gall, 54 ans. » Pour clore la désormais traditionnelle rubrique qui lui est consacrée, sachez que Cédric Villani annonce dans Sciences et Avenir la création d’un musée des mathématiques à Paris, tel qu’il en existe à l’étranger, comme le MoMath de New York ou le Mathematikum en Allemagne.

Jeunes

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Beau mec

En parlant de musée, La Dépêche décrit une nouvelle fois les activités de l’association Fermat Science à Beaumont-de-Lomagne, en particulier la création « dans la maison de Pierre Fermat, d’un grand centre de culture mathématique et scientifique unique dans le sud de la France ». Pour s’en inspirer, les bénévoles se sont justement rendus « au Mathematikum de Giessen, près de Francfort, qui fait référence dans toute l’Europe ». En direction des plus jeunes, un nouveau logiciel « conçu et imaginé [...] par deux profs de maths niçois astucieux ». Répondant au doux nom de BOMEHC, il est destiné à « donner à nos enfants le goût des maths, leur décrypter équations, fractions et géométrie dans l’espace, sans crise de migraine » et plus particulièrement à « aider, en classe, les élèves touchés par des troubles de “dys” (dyslexie, dyscalculie, dyspraxie, etc.) et tout autre handicap, à suivre les cours et exercices en maths ». C’est à découvrir dans Nice-Matin.

Du côté des élèves à qui les maths ne font pas peur, le journal La Dépêche nous signale le succès de l’opération MATh.en.JEANS au lycée de Villefranche-de-Rouergue. On a déjà parlé souvent de ce programme, qui a lieu un peu partout en France et « développe l’esprit de recherche des élèves » en les mettant en contact avec des mathématiciens. C’est dans cet esprit qu’un collégien de Foix, repéré comme « jeune talent mathématique » par son professeur, est allé visiter l’Institut de Mathématiques de Toulouse. Ce brillant élève, arrivé il y a peu d’Albanie, imagine les mathématiques comme « un mur qu’il doit escalader pour voir ce qu’il y a derrière ». Il nous est présenté par le site Ariège News. De son côté, la Nouvelle République nous décrit le voyage à Singapour de quatre étudiants de classes préparatoires du Lycée Descartes de Tours. Ils « ont été retenus pour participer au prestigieux concours [...] Singapour International Mathematics Challenge », qui réunissait « des équipes venues de 28 pays du monde ». Dans La Montagne, il est question du succès d’une élève du lycée Edmond-Perrier de Tulle, qui est la « jeune lauréate du concours Compter avec l’autre ». Elle a reçu son prix des mains du « célèbre et excentrique mathématicien Cédric Villani » et a remporté un « séjour de découverte en Chine d’une semaine ».

Les maths auraient-elles trouvé une nouvelle ambassadrice ? Le site Toute La Télé s’intéresse à l’actrice Danica McKellar et à son parcours atypique, marqué par son intérêt pour les mathématiques. Après un début de carrière précoce, elle suspend sa carrière naissante pour étudier les mathématiques, et obtient un « Bachelor of Science (équivalent d’une licence) à la respectée UCLA ». Elle a publié des articles scientifiques et obtenu notamment « un théorème qui porte aujourd’hui son nom ». Elle a écrit plusieurs livres, et fait des déclarations fortes : « Je veux montrer aux filles que cette matière est accessible, pertinente et peut même être glamour » et « Je veux que les filles acceptent les mathématiques et qu’elles comprennent l’importance de développer un excellent mental. C’est une matière qui est l’équivalent du sport pour le cer[v]eau. Elles doivent se sentir plus fortes et parvenir à prendre confiance pour surmonter la difficulté apparente des maths. »

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Le tournoi
Pierre Revoil

Au Sénégal et en Côte-d’Ivoire s’est d’ailleurs tenu un « concours “Miss mathématiques, Miss sciences” » organisé par la « Société des mathématiques de Côte d’Ivoire » visant à « encourager les filles à s’intéresser aux mathématiques », comme le rapportent Abidjan.net, Le Soleil Online ou encore SudOnline, LeBabi, l’Agence de Presse sénégalaise et AfroPages.fr.
Tandis que fin mai et début juin, se tenait à Palaiseau le « Tournoi français des jeunes mathématiciennes et mathématiciens », « l’étape française de l’“International Tournament of Young Mathematicians” destiné aux lycéens ». Le Parisien nous apprend que « les participants ont eu trois mois pour résoudre des problèmes très difficiles » et que « les deux meilleures équipes iront à Brême (Allemagne) au mois de juillet affronter une quinzaine de pays ». La Nouvelle République nous signale la participation du lycée Descartes de Tours à cette compétition, avec une équipe pas très mixte.

Enfin, comme tous les mois, la presse se fait le relais de nombreux rallyes et olympiades mathématiques en tous genres et pour tous les âges. Il est d’abord question des Olympiades un peu partout en France (Cholet, Alençon, Fonsorbes, Chinon, Cognac) et ailleurs dans le monde (au Bénin, au Sénégal, au Canada, au Vietnam). Et il y a aussi une foule de rallyes, par exemple à Latronquière, Denain, Sedan, Le Passage, Wimille, Saint-Martin-de-Ré, Dijon, Tartas, Cordes-sur-Ciel, Villefranche-de-Rouergue, Siarrouy, Lisle-sur-Tarn. La Dépêche nous parle du « Rallye mathématiques sans frontière », et de la remise des prix au lycée Bellevue d’Albi. Lors de cette compétition, « les élèves se sont attaqués à des problèmes ouverts, mais ont surtout dû y réfléchir et y répondre en classes entières » et « pas moins de 68 000 élèves français, américains, libanais, espagnols ou tunisiens ont planché sur les sujets proposés ».

Passe ton bac d’abord

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Figure du bac 2014

À l’approche du bac, certains médias se sont mis en quatre pour aider les
candidats dans leurs révisions. Ce fut le cas sur France Culture
avec une émission Continent Sciences consacrée à l’épreuve de mathématiques, menée par « Étienne Ghys, mathématicien et François Sauvageot,
professeur de mathématiques », ou encore dans
Le
Point, qui proposait aux élèves de terminale S des cours, des exercices ainsi
que des corrigés sur différentes parties du programme. Malgré cette préparation intensive, de nombreux élèves ont jugé le sujet de mathématiques
trop dur, comme l’ont largement et rapidement relayé les « réseaux sociaux ». Le Figaro explique en effet que « si les réclamations sont monnaie courante (…) c’est
Internet qui leur donne un écho nouveau ». Contre « l’épreuve de maths jugée trop difficile », nous dit L’express, la pétition intitulée Education nationale : Il faut arrêter le carnage des sujets du bac S, « recueillait près de 30 000 signatures spontanées, au lendemain de l’épreuve » selon La Voix du Nord.

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Figure du bac 2015 ?

D’après La Dépêche, « les bacheliers n’ont pas du tout apprécié l’épreuve de mathématiques » et certains vont jusqu’à penser « que les
résultats au bac l’année dernière étaient trop bons et qu’on a donc voulu les pénaliser lors de cette session ». Le Nouvel
Observateur

parle cependant d’ « un sujet des plus classiques » qui « ratissait au plus large pour questionner un grand nombre d’acquis des élèves ».
Dans Le Figaro
on parle d’« enseignants (...) partagés » : « “le sujet est tout à fait conforme au programme”, affirme Pierre Fleury, professeur de
mathématiques dans l’académie d’Amiens et membre du Syndicat national autonome des lycées et collèges (SNALC). Il reconnaît « quelques
éléments qui ont pu surprendre les élèves », mais ne juge pas le sujet particulièrement “traître” ». « Thierry Patinaux, enseignant dans
l’académie de Rouen et administrateur général de l’UNSA » a reconnu que « des questions étaient posées de façon “déroutantes” » en affirmant tout de même que « rien n’était hors programme ». Dans Le Figaro, « Jean-Rémi GIRARD (...) secrétaire national à la pédagogie du SNALC-FGAF » se positionne de manière très radicale quant aux plaintes exprimées par les élèves en disant que « s’il est devenu scandaleux
qu’une épreuve évalue vraiment les élèves, c’est parce que le bac est en soldes ! » Melty Campus cite des extraits d’une interview d’« Eric Barbazo, professeur de mathématiques en lycée et ancien président de l’APMEP (Association des professeurs de mathématiques de l’enseignement public) ». Le
professeur parle des « évolutions de l’épreuve de maths au bac ces 30 dernières années » : selon lui « le volume horaire est clairement insuffisant ». Il regrette par ailleurs « que le rôle de la calculatrice n’[ait] pas évolué. Elle a toujours du mal à trouver sa place, à la fois dans la formation et dans l’évaluation. »

Pour la Charente Libre « les profs aussi se joignent à la grogne ». Caroline Picard, prof. de math. dans une société de cours particuliers, décrit ainsi une partie du sujet : « Il y avait un exercice qui mélangeait des intégrales, des fonctions, des suites. Il fallait être un bon élève pour s’en sortir. D’habitude, il y a une ou deux questions qui font appel à des raisonnements complexes. Cette année, il y avait un exercice et demi et pas de questions types auxquelles on était habitué depuis trois ans ». Le Parisien publie une capture d’écran d’un message envoyé par un professeur de mathématiques d’Orléans à ses élèves : « avec mes 3 collègues enseignants en TS, nous nous sommes retrouvés pour faire le sujet […] nous sommes horrifiés et unanimes : le sujet était TRÈS (TROP) difficile ! L’énoncé est mal écrit, il y a au moins une erreur dans le sujet, les questions sont mal tournées... » Cédric Villani en personne y va de ses commentaires à la demande de Sciences et Avenir. Et la grogne semble avoir été entendue : on peut lire dans Le Figaro que « cette année, l’épreuve de maths sera (...) notée sur 24 points, rapporte le SNALC. 6 points au lieu de 5 sont prévus par exercice ». Ouf, on est sauvé !

Depuis 2012, il existe une spécialité « informatique et sciences du numérique » au bac S. Pourtant, sur la question de savoir s’il faut enseigner les langages informatiques à l’école, les avis sont partagés. Dans Le Monde, Marco Zito « pense qu’apprendre les bases de la programmation aux jeunes pourrait être bénéfique pour leur développement intellectuel », tout en se demandant « ce que nous ferions si, à la suite d’un événement catastrophique, nous étions privés de l’appui des ordinateurs. »

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Il ne faut pas toujours compter sur les machines

Sur Numerama en revanche, Linus Torvalds [10] déclare : « je ne crois pas que tout le monde doit nécessairement essayer d’apprendre à coder […] ce n’est pas comme savoir […] lire et écrire et faire des opérations mathématiques de base ». Pas besoin de savoir coder pour enregistrer des notes dans un tableur. Cependant, 57 candidats au concours d’entrée aux Écoles normales supérieures « ont eu la mauvaise surprise d’apprendre qu’une erreur avait été commise dans le report de leurs notes ». « Ce souci technique a été constaté sur l’épreuve commune de mathématiques », précise Le Figaro. Le jury s’est vu obligé de « se réunir à nouveau le 21 juin dernier pour établir une nouvelle liste des admissibles aux épreuves orales ». C’est ainsi que « des personnes ayant été déclarées admissibles ont fait la triste découverte de ne plus l’être » et d’autres « refusés sur la première liste sont désormais admissibles aux épreuves orales ». Décidément, les épreuves de maths sont sur la sellette ces temps-ci.

Art

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Inspiration mathématique

Bernar Venet est un « artiste plasticien français » qui a beaucoup cherché l’inspiration du côté des mathématiques : formules composées en LaTeX démesurément agrandies, graphes de fonctions, etc. Suite à sa rencontre avec lui le 20 juin dernier, Art Media Agency annonce sur son site l’inauguration de la fondation Venet au Muy (Var) le 12 juillet prochain. C’est ainsi qu’« au cœur de la Provence, un parc de quatre hectares accueillera ses sculptures monumentales ».

Le magazine féminin Fashions addict parle lui de l’exposition Formes Simples proposée par le Centre Pompidou de Metz depuis le 13 juin. Cette « exposition permet aussi de mieux comprendre l’influence des formes dans des domaines très variés ». L’occasion d’évoquer des artistes du début du vingtième siècle comme Constantin Brancusi ou Marcel Duchamp. Norman Dilworth est un artiste actuel qui « travaille à partir de formes géométriques, qu’il découpe ou qu’il répète selon un système rigoureux » : très jeune déjà « les mathématiques étaient le seul sujet qui retenait toute son attention » ! Le site artactu présente les grandes lignes de son œuvre à l’occasion de sa « quatrième exposition personnelle » qui se déroulera « à la Galerie Oniris » à Rennes, du 10 juin au 15 septembre de cette année. David Whyte, « un étudiant en physique originaire de Dublin » « fusionne deux passions : les gifs et la géométrie ». La jeunesse s’y met également, et ce en utilisant les modes de communication modernes. Il « inonde depuis fin 2011 son Tumblr de ses créations ». On peut en apprécier quelques-unes dans l’article du Huffington post qui lui est dédié, ou encore sur ufunk. Attention, c’est très beau mais aussi vite fatigant à regarder ! Aussi bizarre pour les yeux que les animations de David Whyte, Le coyote a repéré pour nous un superbe exemple de structure fractale. Plus magazine nous explique que cette frise d’éléphants due à Philip Dawid est le détail d’un ensemble de Mandelbrot. Il est possible de retrouver cette image, et bien d’autres dans le livre « 50 Visions of Mathematics » publié à l’occasion du cinquantième anniversaire de l’Institute of Mathematics and its Applications.

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C’est écrit dessus

Depuis le 22 mai dernier, « une collection d’objets mathématiques appartenant à l’Université de Besançon est […] présentée au musée du Temps ». « Le laboratoire de mathématiques […] disposait d’une quarantaine d’objets mathématiques ». Aussi « l’université et le musée du Temps ont décidé de les mettre en valeur en les rendant accessibles au public ». Ce sont des « moulages en plâtre et de cadres de laiton sur lesquels sont tendus des fils de soie » datant du XIXe siècle. Ce genre de collections existait jadis dans toutes les Universités : passées de mode, considérées comme inutiles, elles ont souvent été détruites. Un article de Wikipédia leur est dédié.
On a longuement parlé plus haut du bac de mathématiques. Eh bien sachez que le site Our age is 13 proposait aux lycéens « de réviser leurs formules de maths, leurs connaissances en calcul et en géométrie à travers la photographie ». Peut-être pas très utile mais plutôt original !

Parutions

Le dernier livre de Ian Stewart, 17 équations qui ont changé le monde, est sorti en français il y a quelques mois. C’est le titre également de la une de couverture et du dossier mathématique présenté par Sciences et Avenir dans son numéro de juin. Pourquoi 17 ? Peut être tout simplement parce que ces équations (Pythagore, Newton, Maxwell, Euler, Einstein …) suffisent pour balayer assez largement des champs d’applications différents et toucher du doigt la puissance et aussi la beauté des mathématiques. « Observer une formule mathématique active les mêmes régions du cerveau que contempler une œuvre d’art » nous dit Azar Khalatbari en se référant à des travaux récents d’une équipe de mathématiciens et de neurobiologistes. Ce dossier qui permet de naviguer facilement d’un sujet à l’autre est accessible à tous.
En juillet Sciences et Avenir nous explique comment, avec 5 ou 10 photos, et pas mal de topologie, on peut extraire suffisamment d’informations pour pouvoir vous identifier dans toutes les images où vous apparaîtrez.

« Les mathématiques en mouvement » : c’est le dossier de la dernière publication de la Lettre de l’Académie des sciences qui a choisi de présenter parmi tous les concepts mathématique deux sujets principaux, les nombres premiers et le mouvement brownien.
Claire et très bien illustrée, cette brochure débute par une « Invitation à une promenade mathématique » de Jean-Pierre Kahane. « Celui-ci nous emmène, avec les nombres premiers, sur les traces des Grecs de l’antiquité, pour arriver à nos jours où des mathématiciens s’intéressent à la conjecture des nombres premiers jumeaux, deux nombres premiers qui ne sont séparés que par un unique nombre entier » écrit Catherine Bréchignac dans l’éditorial. Bruno Duchesne nous rappelle ensuite pourquoi le sujet est loin d’être clos et qu’il y a encore « de beaux jours à venir pour les théoriciens des nombres ». La promenade se poursuit avec les aléas du mouvement brownien, la théorie des graphes, la complexité algorithmique pour se terminer avec les travaux de Joseph-Louis Lagrange qui incitent « à esquisser quelques traits de la dynamique historique des mathématiques, entre créativité individuelle et pratiques collectives ». Cette lettre apporte en quarante pages à l’honnête homme du XXIe siècle un éclairage synthétique et clair sur des questions mathématiques en plein développement. Une pierre incontournable à l’édifice de la culture mathématique.

Srinivasa Ramanujan était à la fois un mathématicien incroyablement prolifique, doué d’une intuition hors norme, et un personnage fascinant et attachant. Il a laissé à sa mort plusieurs carnets contenant plus de 3000 propositions portant sur la théorie des nombres. Le numéro de juillet de Pour la Science comporte un article, « Les notes de Ramanujan, un trésor inépuisé », qui nous raconte comment Ken Ono s’est passionné pour les idées développées par Ramanujan. Nul ne sait comment il est parvenu à trouver tous ces résultats. Mais des mathématiciens s’inspirent encore de ces résultats pour faire de nouvelles découvertes.

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Outil mathémagique

Les magiciens aiment bien les tours de cartes et ce n’est pas toujours facile de déceler « la ruse » utilisée. Dans sa rubrique « Logique et Calcul » Jean-Paul Delahaye nous invite à découvrir « un tour de cartes mathémagique » et les mathématiques qui lui sont associées. « Pour réussir un bon tour de cartes, il faut être agile de ses mains … ou alors connaître les suites de de Bruijn. » L’article est un bon moyen de faire connaissance avec ces suites, moins connues que la suite de Fibonacci et les graphes associés. L’auteur précise dès le début que « l’importance mathématique et pratique … va cependant bien au-delà de la prestidigitation, puisque ces notions jouent un rôle en bio-informatique où elles aident à recoller les nombreux petits bouts de séquences génétiques que les séquenceurs d’ADN produisent en désordre » et consacre un encart aux graphes de de Bruijn pour l’assemblage des génomes. « De la magie de music-hall aux difficiles problèmes combinatoires, le chemin n’est pas long, et les résultats mathématiques que l’on découvre en chemin concernent des domaines inattendus et variés, avec des applications concrètes ». Une belle promenade.

L’essence du monde est mathématique affirme le physicien Max Tegmark qui apporte son point de vue dans une interview du dossier de juillet du mensuel La Recherche. Son dernier ouvrage, Notre univers mathématique, a été publié en avril chez Dunod.

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Cristal de quartz

N’oublions pas que 2014 est l’année de la cristallographie. Le Journal du CNRS sous la plume de Mathieu Lewin nous initie aux aspects mathématiques de la discipline.

Et si le théorème de Pythagore était faux ? Dans la première conférence « Les Ernest » diffusée par Le Monde.fr, Étienne Ghys « remet en question les fondements des mathématiques : les axiomes. Il raconte comment, en oubliant leurs a priori, et en changeant les lois, les mathématiciens ont créé de nouveaux mondes ». À voir !

Cherchez-vous des livres pour vos vacances ? Une première suggestion est le roman de Michèle Audin, membre de l’Oulipo, intitulé Cent vingt et un Jours et plongé dans l’histoire du vingtième siècle. Vous pouvez aussi opter pour un autre livre de Ian Stewart, Chasse aux trésors mathématiques, édité chez Champs, ou encore vous procurer Mathématiques et existence (chez ChampVallon) de Daniel Parrochia, un livre qui s’intéresse à l’application des mathématiques en philosophie et en sciences humaines...

Pour finir

Le groupe de pop-rock OK Go réalise des clips époustouflants, en un seul plan-séquence. Le dernier en date, repris par le coyote, est rempli d’illusions d’optique. Dans une période un peu triste, il est conseillé de regarder aussi leurs autres vidéos. Les anglophones ne passeront pas à côté de leur « OK Go Table Tennis Program » ! À part ça, le tableau périodique des éléments est encore plus beau quand on le voit sur blogdemaths. Et si la Française des jeux faisait faillite ? Cela a failli arriver en 1988 comme le souligne le blog se coucher moins bête. Qui donc pour inventer un autre jeu avec des failles non-apparentes ?

Pour ne pas bronzer idiot sur la plage sans faire des sudokus, on pourra réfléchir à l’énigme logique la plus difficile de tous les temps, attribuée à Raymond Smullyan, à voir sur le blog d’eljjdx. Un peu plus facile, on essaiera de compter combien il peut y avoir de vendredi 13 par an et de comprendre le lien entre le vendredi 13 et le nombre 28 (la solution est donnée par Alexandre Moatti sur Sciences et Avenir). Pour cacher les coups de soleil attrapés pendant toutes ces réflexions, on pourra se floquer des t-shirts avec les inscriptions du site curiosa mathematica.

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N’importe quoi, cette découpe

Cette revue de presse vous a paru longue ? Ce n’est pas faux. L’équipe s’est lâchée car, après trois ans de loyaux services (c’est à vous de juger s’ils étaient bons), elle s’apprête à passer la main. Pour fêter ça, rien de tel qu’un bon gros gâteau à partager. Mais le problème, si jamais il en reste, c’est qu’il se dessèche. Heureusement, le site maxisciences fournit la solution, grâce au mathématicien anglais Alex Bellos. Ce dernier a en effet exhumé un article de Francis Galton de 1906, paru dans la très sérieuse revue Nature, où la méthode est révélée au monde pour la première fois ! Bonne dégustation, bon été et rendez-vous avec la prochaine équipe le 1er septembre !

Notes

[1C’est un prix lancé par le milliardaire Yuri Milner et Mark Zuckerberg, qu’on ne présente plus. Voir à ce sujet ce billet.

[2La baisse n’est pas moins inquiétante à l’université : pour les mathématiques (pures ou appliquées), entre 120 et 170 postes de maître de conférences étaient ouverts chaque année entre 2003 et 2012 ; en 2014, ce nombre est tombé à 80. On trouvera tous ces nombres sur l’excellent site de l’Opération Postes.

[3Comme le pointe Sylvestre Huet sur son blog SCIENCES², « les critiques du dispositif sont déjà anciennes et son inefficacité déjà connue ».

[4L’une de ces COMUE.

[5En l’occurrence, un système d’équations différentielles avec un retard distribué, pour ceux qui voient ce que ça veut dire.

[6NB : Les grimpeurs savent déjà comment faire !

[7Article en accès libre sur ArXiV.

[8Un problème d’optimisation par recuit simulé.

[9L’autre boss des maths, qui en fait entre à l’Académie dans la section Sciences mécaniques et informatiques.

[10Informaticien américano-finlandais connu pour avoir créé le noyau Linux en 1991.

Commentaire sur l'article

  • Revue de presse juin 2014

    le 1er juillet 2014 à 09:56, par Barbara Schapira

    Bonjour

    Un petit commentaire pour la note de bas de page [2]
    En 2004, il n’y a pas eu plus de 80 postes MCF publiés en 25+26. C’était donc comparable à l’époque actuelle.
    Mais... il y a eu une mobilisation phénoménale des chercheurs et universitaires. Qui a abouti à des postes supplémentaires au CNRS ET dans les universités (une vingtaine en maths)

    C’est cette mobilisation qui manque aujourd’hui.

    Bien cordialement

    Barbara

    Répondre à ce message
    • Revue de presse juin 2014

      le 1er juillet 2014 à 21:10, par Michèle Audin

      Mais maintenant plus personne ne se bat pour « qu’il y ait des postes », chacun se bat « pour avoir un poste » (resp. une prime, une décharge de service...), ce qui change tout.

      Ceci grâce à la LRU et au décret Pécresse, ces outils issus de la connaissance profonde qu’ont nos gouvernants de ce qui motive les universitaires.

      Grandes manifestations en 2009 avant de rentrer, soulagé, dans son bureau pour essayer d’en tirer le maximum d’avantages personnels !

      Donc, non, plus de mobilisation... pour ça non plus : chacun pour soi !

      Répondre à ce message
  • Revue de presse juin 2014

    le 1er juillet 2014 à 14:59, par Karen Brandin

    Merci pour cette revue de presse toujours pleine d’enseignements, en particulier concernant la polémique qui n’a cessé d’enfler concernant l’épreuve de mathématiques du bac S en Métropole.
    Je ne reviens pas sur l’intérêt des exercices s’il existe ; le bac n’est pas un concours, les exercices sont rarement des problèmes motivés, au plus on confronte à l’occasion les élèves à des petits problèmes « d’optimisation. »
    On vient simplement s’assurer que les élèves ont acquis une culture mathématique nécessaire et suffisante (?) pour pouvoir, s’ils le souhaitent, s’engager dans des études scientifiques a priori difficiles et exigeantes.

    Je suis du coup très étonnée, presque inquiète que l’on puisse estimer ce sujet délicat voire « traitre » et que l’on trouve par exemple trop ambitieux ou trop élitiste de proposer un exercice mêlant intégrales et suites quand l’éventuelle richesse ou cohérence de ce programme (démeusuré dans le temps imparti, c’est une évidence) naît justement de ces alliances.
    C’est d’ailleurs en partie ce qui nous inquiétait lorsque l’on avait appris que l’intégration par parties disparaissait des programmes car avec la supression de cette technique (plutôt facile pourtant), on risquait de voir les énoncés soit s’appauvrir soit se complexifier démeusurément par l’introduction de questions de substitution rendant l’ensemble très indigeste car très artificiel.

    Je ne comprends pas comment des élèves de fin de Tale S ont pu, s’ils se sont convenablement entrainés, être décontenancés par l’exercice $1$ par exemple. Au moment du chapitre sur les suites numériques (qui est bien souvent le premier que les enseignants décident de traiter à cause de son implication le reste de l’année), on leur dit très clairement qu’il peut y avoir au bac un exercice « monochrome » sur les suites d’où qu’elles viennent (c’est ce qu’il s’était produit presque partout en $2013$) : explicites, récurrentes, de récurrentes vers explicites etc ... mais qu’il s’agit avant tout d’un outil au service des chapitres : intégration, nombres complexes et probabilités discrètes essentiellement donc les questions posées en $2014$ étaient tout à fait classiques.
    Si l’on prend les annales papier de cette année (non corrigées) et que l’on se reporte à la rubrique intégration, les énoncés alliant ces deux concepts (suites d’intégrales donc) sont très présents.
    France $2014$ débutait d’ailleurs comme Pondichéry $2012$ tout en étant bien moins ambitieux et beaucoup plus guidé.
    Ce serait trop long de revenir sur chaque question de l’épreuve mais si l’on se limite à l’exercice $1$
    la fonction à étudier était extrêmement simple (de l’aveu même des élèves que j’ai pu suivre et avec lesquels nous avions fait les sujets des lycées français à l’étranger, sujets qui les avaient à chaque fois mis en difficultés ) ; idem du calcul de la limite en $+\infty.$ Certains avaient d’ailleurs déjà été confrontés à cette fonction car elle était tombée (comme on dit) au Liban en $2011,$ avec une asymptopte oblique en prime (question que l’on aurait d’ailleurs pu préserver cette année avec une reformulation adaptée, nouveau programme oblige).

    Pour information, voici quelques-unes des fonctions proposées dans les lycées français du monde entier en $2014$ sans qu’une pétition voit pour autant le jour ;-) :

    Antilles : $f : x \mapsto f(x)=x+1+\dfrac{x}{e^{x}} $

    Asie : $f : x \mapsto f(x)= (x-1)e^{2x}-1-x$

    Polynésie : $f : x \mapsto f(x)=2e^{\frac{x}{2}} -x-2 $

    Centres Étrangers : $f : x \mapsto f(x)=\ln(1+(e-1)x)-x $

    Je ne pense pas qu’il s’agissait de candidates plus accessibles mais c’est toujours « mieux » chez les voisins.

    On demande ensuite de donner une interprétation géométrique d’une intégrale, question à laquelle les élèves de la France entière ont été confrontés des dizaines et des dizaines de fois.
    Pas de diffciultés non plus pour établir les deux conjectures dont on se doutait bien que la suite de l’exercice allait être consacrée à les valider ( on a envie de dire : « comme d’habitude »).

    Comme d’habitude aussi, pour étudier le sens de variation d’une suites d’intégrales ou d’autres choses mais surtout d’intégrales, on forme pour tout entier naturel n non-nul, la différence $I_{n+1}-I_{n} $ et on en étudie le signe (ce n’était pas possible de ne pas comprendre comment était bâti le texte puisque c’était gros comme une maison).

    Là encore, les TS raisonnablement entraînés savent comme s’y prendre pour déterminer le signe d’une intégrale, il y a un cours, des propriétés, des pièges sur lesquels on insiste dans l’année car les élèves manient l’équivalence plus vite que leur ombre donc il n’y avait rien de mystérieux ou d’inattendu. Ils connaissent enfin, toujours parce que cela fait partie du programme, les résultats qui permettent de justifier l’existence (et l’unicité) de la limite d’une suite connaissant sa monotonie.

    C’est donc naturellement lorsque l’on vient de prouver qu’une suite est décroissante, que l’on ne met en devoir de s’assurer qu’elle est minorée et quand on ne les aide pas, c’est invariablement qu’elle est minorée par $0.$
    Restait à le prouver mais c’est encore un problème de signe d’une intégrale et ils viennent de se remémorer la méthode la question d’avant donc il n’y avait pas de problème.

    Enfin, déterminer l’expression de $I_{n},$ c’est la rendre explicite mais rendre explicite une intégrale, c’est la calculer et la calculer (dieu sait que c’est rare que l’on ait cette chance), c’est trouver une primitive parce qu’ici c’était possible et pas plus difficile que ce que l’on demande en ES.

    On revient d’aileurs plutôt sur des thématiques qui les rassurent car elles sont justement calculatoires alors dans d’autres pays en $2014$ proposaient par exemple d’étudier une fonction définie par une intégrale via le théorème fondamental pour certains :« de l’intégration », pour d’autres « de l’analyse », qui est selon moins est d’un abord plus délicat.

    Le passage à la limite pour valider la seconde conjecture était banal et sans doute moins technique qu’une fin utilisant un encadrement et le théorème des gendarmes comme c’est souvent le cas dans ce type d’exercices.
    Un minimum d’expérience permettait de se sentir en sécurité car en terrain connu avec cet énoncé. Cela ne garantit pas que l’on sache tout faire mais par contre, on ne peut pas avoir le sentiment de n’avoir jamais rien fait de semblable.

    Rapidement dans l’exercice 2, ce qui a gêné les élèves avant tout c’est la valeur numérique $0,1\% $ qu’un certain nombre d’élèves n’ont pas su intepréter ; c’est triste à dire mais en Tale S, les élèves sont incapables pour la plupart de manipuler les fractions, les pourcentages, les racines carrées et n’ont aucune notion d’ordre de grandeur en tête.
    Poser un exercice du brevet des collèges en pleine des épreuves du bac, voilà une solution pour voir s’éffondrer les notes et descendre les jeunes dans la rue. Qui peut le plus, ne peut pas forcément le moins mas ça vaut le coup de lutter pour les rendre « libres ».
    Plus que de l’enseignement, c’est du conditionnement qu’on leur propose, un gavage en temps limité donc dès que l’on sort un tout petit peu des classiques, les élèves ne sont pas assez autonomes, pas assez sûrs de leur connaissances pour s’adapter. L’aléa fait partie de la définition d’une épreuve pourtant donc il faudrait avoir une certaine capacité d’adaptation et savoir au besoin retrouver ce dont on ne se souvient plus parce que personne ne se souvient de tout.
    La question 2 avec ce fameux $x$ et ce nouvel arbre a dérouté parce que l’énoncé n’a pas été compris, conditionnement oblige. Les candidats n’imaginaient pas un sujet sans un schéma de Bernoulli
    donc « quand on veut, on peut » et certains ont à tout prix essayé de coller à ce moment-là une loi binomiale.
    Cette question était-elle une nouveauté ? Non, on retrouve le même contexte exactement en sept $2003$ par exemple en Polynésie en section ES (j’encourage fortement les personnes intéressées à ouvrir les fichiers de ES en 2001/2002/2003 car la chute du niveau est effrayante).

    Vient ensuite l’exercice d’un intérêt très discutable sur les nombres complexes (il donne un peu le sentiment qu’on a raclé les fonds de tiroirs pour l’écrire mais bon ...). Ce qui pose le plus de problèmes lors de l’enseignement de ce chapitre, c’est la nature duale de ces nombres qui ont un visage naturellement géométrique, les élèves ont en général une aversion pour la description des ensembles de points par exemple donc je suis surprise que cet exercice, très calculatoire finalement, n’ait pas plu.

    Le sujet de géométrie dans l’espace enfin, à l’origine de tous les maux, se terminaient d’une manière plus orginale que de coutume mais toute la première partie (question $1$) était très classique à ceci près que l’on avait délaissé le cube pour un tétraèdre et qu’il s’est avéré qu’un certain nombre d’élèves ne savaient pas à quoi pouvait bien ressembler ce solide.
    On aurait gagné en clarté, en sérénité aussi en joignant une figure ; cela ne remettait pas en cause l’intérêt de l’exercice et aurait évité que les esprits s’échauffent mais au-delà de ça, il faut quand même comprendre que ces élèves qui vont entrer en fac de sciences, de médecine, en classes préparatoires ou autres sont déroutés par la donnée numérique $0,1\% $ et par le contexte : « soit $ABCD$ un tétraèdre. »
    Pour nous qui sommes des acteurs de l’enseignement, c’est un gros coup dur parce qu’on croit leur avoir tout dit, avoir éliminé les moindres gravillons qui pourraient les faire trébucher et ils tombent finalement dans des pièges qu’on ne leur a pas tendus ou pas consciemment.

    Le problème est récurrent ; le programme de terminale S est tellement ambitieux et le temps tellement compté qu’il faut de la part des élèves une vraie motivation, un investissement personnel très conséquent et un rythme de travail soutenu si l’on veut que les chapitres traités soient plus que des enchaînements de titres. Si ce sujet a dérouté c’est par manque de pratique, à cause d’un vide culturel qui a aussi fait des dégâts en physique.

    Quelle n’a pas été ma surprise d’apprendre que la plupart des élèves que je suis (suivais) ont découvert l’existence du LHC grâce au sujet du bac de cette année ; c’est angoissant de voir à quel point ils subissent ces enseignements sans vraiment se sentir concernés.

    Je ne m’étends pas sur l’opportunité de voir la calculatrice jouer un rôle grandissant dans les épreuves ; je suis désespérée que cela soit une requête possible. Il faut savoir qu’une majorité des élèves ont tout le cours de maths, de physique-chimie, de SVT dans la calculatrice ; que par exemple, la calculatrice TI 89 dérive les fonctons, calcule modules, arguments, calcule les intégrales et j’en passe.
    Je n’espère qu’une chose, c’est qu’elle soit sur le long terme soit interdite soit réduite à sa plus simple expression (calculatrice collège) avec un modèle imposé à tous et distribué en début d’épreuve. Les notes seront un petit plus fiable et les examens plus équitables. Sans compter que le lycée assurera mieux son rôle de tremplin vers le supérieur où elles sont presque systématiquement interdites.

    Quant à Cédric Villani et cette vidéo de quelques minutes, on ne peut décidément rien en déduire et surtout pas lui faire dire ce qu’il n’a pas dit. Il a semblé dérouté par la requête d’ailleurs, son regard s’est attardé sur l’algorithme (sujet de spé donc) qu’il a semblé trouver « bizarre » mais il le répète régulièrement lui-même : au sein du lycée, il est un intervenant extérieur, chaleureux, disponible, motivé, clairement unique dans sa fidélité, sa détermination et son enthousiasme mais reste qu’il n’enseigne pas dans le secondaire, il n’a donc pas l’expérience des épreuves du bac du coup : « dur, pas dur, trop dur ? », je crois qu’il n’en sait rien avant d’avoir eu le temps d’y réfléchir d’où sa prudence.

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