Revue de presse juin 2015

Le 1er juin 2015  - Ecrit par  L’équipe Actualités Voir les commentaires (2)

Gheorghe Ţiţeica, Marie-Paul Ceni, Cedre, Scratch, Math’a ara, Charles-François Bicquilley : voici quelques noms que vous ne connaissez peut-être pas encore et que nous vous proposons de découvrir ce mois-ci dans la revue de presse.

John Nash est mort

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John Nash en 1950 à Princeton

Le mathématicien, prix Nobel d’économie John Nash est mort (voir l’article du Monde). Comme le relate le New York Times, John Nash et son épouse sont morts dans un accident de la route, dans un taxi qui les ramenait de l’aéroport après un voyage en Norvège, où John Nash et Louis Nirenberg venaient de recevoir le prix Abel (voir revue de presse du mois dernier). De nombreux articles (notamment celui, très complet, du Washington Post) reviennent sur ses travaux en théorie des jeux et en géométrie différentielle, sur sa maladie, la schizophrénie, et sur le film que sa vie a inspiré à Ron Howard « a beautiful mind ». C’est aussi l’occasion de lire ou relire son autobiographie sur le site du Prix Nobel et une illustration du fameux équilibre de Nash par le penalty dans Sciences et Avenir.

Honneurs, portraits

La Radio România Internaţional fait le portrait du mathématicien roumain Gheorghe Ţiţeica qui fut un des fondateurs de la « Gazette mathématique », dont le premier numéro paraissait il y a 120 ans. Élève de Gaston Darboux, ses travaux, qui posèrent les bases de la géométrie affine, lui apportèrent une renommée internationale. Il fut président de la « Société des sciences mathématiques » de Roumanie pendant une longue période.

Du 3 au 5 juin, un colloque célèbre la mémoire de Marc Yor sur le campus de Jussieu à Paris. Mort le 9 janvier 2014, Marc Yor a apporté des contributions majeures à l’étude du mouvement brownien. Un numéro spécial de la Gazette des mathématiciens et matapli vient de lui être consacré.

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James Simons

Le site Numberphile a mis en ligne sur youtube une interview (en anglais) de James Simons, millionnaire mathématicien qui, avec son épouse, a créé une fondation qui finance de nombreuses activités liées aux mathématiques. James Simons raconte notamment ses deux vies, la première, celle d’un mathématicien qui a collaboré avec Chern et la seconde, celle d’un investisseur qui a utilisé des modèles mathématiques pour bâtir sa fortune.

À noter les belles photographies « Des humains et des maths » de CNRS le journal, qui avaient fait l’objet d’une exposition dans les locaux de l’IHP et le portrait de Fabien Vienne, sur le site cyberarchi, architecte dont l’œuvre repose sur la géométrie dans l’espace et la combinatoire.

L’activité médiatique de Cédric Villani est encore fournie ce mois-ci. Le site video documentaire propose deux vidéos datant de 2013, enregistrées à la médiathèque de Malakoff (la deuxième partie est ici). Dans la première, il y présente son livre « Théorème vivant » et dans la deuxième, il répond à toutes sortes de questions (la mémoire, l’informatique…). Enfin, le Huffington Post, pour ses dix ans, interroge C. Villani sur les dix ans passés et sur les dix ans à venir.

Applications

Les médias font maintenant régulièrement la part belle aux applications des mathématiques, attendues ou insolites.
Commençons ce mois-ci par quelques articles à contre-courant, relativisant l’utilité ou l’utilisation des mathématiques dans certains contextes.
Dans un article de Migrosmagazine.ch intitulé « Un ordinateur calcule mais seul l’homme crée », Ronald Cicurel, ancien mathématicien devenu écrivain, doute des espoirs du Blue Brain project de modélisation numérique d’un cerveau humain, et met en garde contre l’omniprésence de l’intelligence artificielle, précisément parce qu’elle est « mécaniquement stupide ».
Dans un article du site www.lesechos.fr, Jacques Bichot, ancien mathématicien devenu économiste, met en garde contre la mathématisation croissante de l’économie, au détriment de la réflexion sur les concepts. Tandis qu’un autre article du même site nous alerte sur l’importance croissante de l’automatisation de nos vies via l’omniprésence des algorithmes ; l’auteur de l’article les présente comme des entités mystérieuses, et peine à expliquer de quoi il s’agit vraiment, même si certaines craintes sont tout à fait fondées.

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Le Monde, sous le titre sans complaisance « La note interne de l’INRIA qui étrille la loi sur le renseignement », se fait l’écho d’une note interne de l’INRIA mettant en garde contre la portée de la loi sur le renseignement. Cette note, également longuement citée sur le blog Sciences de Libération, et commentée par plusieurs médias, comme Rue89, nous explique que dans le projet de loi sur le renseignement [1], plusieurs problèmes de fond ont été ignorés par les législateurs. L’anonymisation des données collectées prétendument garantie n’est pas réalisable scientifiquement. Le renseignement ne sera pas effectif, face à la possibilité de connexions chiffrées, transitant par l’étranger, ou de contenus chiffrés. L’INRIA met également en garde contre le paradoxe des faux positifs : si on rapporte la très faible proportion de terroristes dans la population à la masse colossale de données suspectes qui seront traitées, la proportion d’individus réellement dangereux parmi les suspects identifiés par des algorithmes sera infime.

D’autres applications des mathématiques, moins sérieuses sans doute, sont aussi évoquées dans les médias ce mois-ci : apprenez comment utiliser les maths pour gagner aux échecs ou à la bataille navale, prévoir les résultats de Ligue 1 de football, ou encore évaluer les chances des films français au palmarès de Cannes.

Plus sûrement, une fois encore, c’est Big Data, ou plutôt la capacité croissante à traiter des données de taille colossale, qui semble très prometteuse. Ainsi, le site Telavivre.com nous apprend comment, à l’aide de modèles mathématiques, des chercheurs de Tel Aviv expérimentent un test sanguin pour dépister précocement le cancer du côlon. Sur France Culture, l’émission Science publique a invité plusieurs scientifiques à repenser la ville à l’aide des mathématiques et de la physique. Le mathématicien Renaud Lambiotte, professeur à l’université de Namur, explique ainsi comment la collecte et le traitement des trajets de taxi sur une année entière permettent ensuite de proposer des outils pour organiser un covoiturage efficace. Dans tous les domaines, les Data Scientists, capables de traiter avec créativité et efficacité ces masses de données, sont une profession en pleine expansion, voire le métier le plus attrayant du 21e siècle, comme nous l’explique un article de latribune.fr, ou comme en témoigne le parcours épanoui de ce jeune « data scientist » antillais, dans martinique.franceantilles.fr.

Plus confidentielles pour l’instant, les applications des mathématiques tournées vers l’écologie, en interaction avec d’autres disciplines, se développent, comme l’illustre le projet Plant Growth architecture and production dynamics présenté par le site mediaterre.org.

Plusieurs scientifiques ayant contribué à des découvertes scientifiques où les maths s’appliquent, sont à l’honneur. Sciences et Avenir dresse le portrait de Stanislas Dehaene, titulaire de la chaire de psychologie cognitive expérimentale au collège de France et mathématicien de formation.

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Marie-Paule Cani

France Culture consacre une émission à Marie-Paule Cani, titulaire de la chaire annuelle d’informatique et sciences du numérique au collège de France. Cette ancienne agrégée de mathématiques devenue informaticienne, médaille d’argent du CNRS, chercheuse à l’ENSIMAG à Grenoble, y est interviewée à propos de la révolution 3D de l’informatique graphique, qui permet des progrès spectaculaires dans toute une série de domaines. Mentionnons aussi, sur le site ichrono.info, un hommage à Claude Berge, mathématicien français à l’origine de la théorie des graphes, mais également membre fondateur de l’Oulipo, écrivain, sculpteur ; ...

En écho, nous reviendrons le mois prochain sur l’étude de l’AMIES sur l’impact socio-économique des mathématiques, que Michel Broué évoque dans Les Echos ce mois-ci.

Enseignement

Alors que paraît le décret portant sur la réforme contestée du collège, une étude ministérielle de la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance, DEPP arrive à point nommé pour ses défenseurs. Reprise par tous les médias, voir par exemple Vie publique, Digischool ou Ouest-France, l’enquête Cedre portait sur environ huit mille étudiants de troisième, selon l’Express . Elle révèle que près de 20 pour cent « des collégiens en classe de 3ème n’ont même pas le niveau en mathématiques normalement attendu d’un élève de CM2 », selon le Huffington Post, qui reproduit aussi dix questions-type. Alors qu’ils n’étaient que 15 pour cent 6 ans plus tôt. Reprise par Le Figaro, la directrice de la DEPP, Catherine Moisan, évoque la baisse de « la maîtrise technique (les calculs décimaux, le début du calcul littéral...) dont on peut difficilement se passer dans la vie quotidienne ». « Ces résultats sont surtout signe d’un creusement des inégalités devant l’apprentissage en fonction de l’origine sociale des élèves », lui attribue France Soir.

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Un autre Cedre

Sur Atlantico, Pierre Duriot, enseignant du primaire explique : « Le problème n’est pas tant de résoudre l’opération, les élèves savent le faire, mais de savoir quelle opération il faut poser et c’est cela qui manque à nos élèves. »

L’obs Le Plus va plus loin en relayant une enquête attestant du faible niveau en statistiques des internes en médecine, ou le recensement par Alex Reinhart, doctorant en statistiques, des erreurs statistiques qui entachent nombre d’articles universitaires.

C’est dans ce contexte que la réforme du collège et les nouveaux programmes sont menés. Sur le site de la Commission française pour l’enseignement des mathématiques, Michèle Artigue, professeure émérite en didactique à l’université Paris VII, donne son point de vue. Les principales inquiétudes tournent autour « de la place du raisonnement et de la preuve, [les] démarches d’investigation, [la] relation avec les autres disciplines et le monde extra-scolaire ». Cédric Villani semble partager ces craintes sur Public Sénat. Le Monde, prend l’avis des enseignants. Certains, comme Luc Destombe, déplorent la baisse des heures et conséquemment la réduction du programme. Pour d’autres, comme Gaëlle Bonjean, il est tout à fait possible de faire les parties manquantes du programme dans le cadre des enseignements pratiques interdisciplinaires introduits par la réforme. La Marseillaise prend l’exemple du collège de la Belle de Mai où les enseignements interdisciplinaires ont déjà lieu depuis longtemps : « En 2016, la réforme en généralise la pratique, non sans provoquer des inquiétudes. »

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dessiner des fractales avec scratch

Ailleurs aussi on se préoccupe de l’enseignement des mathématiques. En Belgique, selon lesoir.be, « la matière est la moins bien réussie de l’épreuve de fin de primaire ». De même, Senenews pointe de réelles difficultés en mathématiques (ainsi qu’en lecture) dans les écoles sénégalaises. La Suède souffre également de problèmes assez persistants. Ainsi, le test Pisa a rendu une mauvaise note à l’école suédoise, comme le mentionne L’Express.

Au chapitre des outils pédagogiques innovants, ludovia évoque Scratch, logiciel libre et ludique, utilisé par exemple au collège Truffaut de Strasbourg, et Iphonote.com présente le jeu vidéo Fruit Ninja, adapté en « Fruit Ninja Academy : Math Master ». On ne présente plus la Khan Academy : comme le rapporte Le Figaro, celle-ci comptabilise pas moins de 400 000 utilisateurs. Enfin, il est également possible de réviser sur son smartphone avec des applications dédiées comme Mathway qui « propose de pratiquer un entraînement régulier afin de résoudre, étape par étape, les différents problèmes », voir RTL. Au Maroc, Al Huffington Post cite quatre sites pour réviser comme Kiffe les maths. « Dédiés aux élèves des 1ère et de terminale scientifiques, les cours de mathématiques sont expliqués en vidéo. »

Animations

Comme il y a une saison pour les prix littéraires il y en a une pour les concours en mathématiques : ont l’honneur des médias les lauréats des concours départementaux comme à Montauban (La Dépêche) ou en Ariège (encore sur La Dépêche), mais aussi aux Antilles (France-Antilles)
et à Tahiti, avec le rallye Math’a ara, dont nous parle La Dépêche.

La presse révèle aussi les noms de quelques lauréats des Olympiades des mathématiques, à Paris (Le Parisien) comme en province, par exemple sur Côté Quimper, Mon 43, ou encore Ouest-France.

Et il n’y a pas que les rallyes et des Olympiades en ce mois de mai : c’est le moment des remises de prix Kangourous dans les établissements, comme nous le rappelle Le Journal de Saône et Loire et d’autres concours, en France, comme le tournoi français des jeunes mathématiciennes et mathématiciens présenté par Le Dauphiné, mais aussi ailleurs comme le concours Mathabrazza au Congo, dont nous parle Adiac, ou en Belgique, où L’Avenir nous raconte la finale belge des jeux mathématiques et logiques.

Enfin, après Singapour, c’est du Vietnam qu’est issu le casse-tête mathématique pour enfants de 8 ans qui fait le « buzz » sur internet, comme dans La Dépêche : À vous de jouer !

Parutions

La géométrie aléatoire, nouvel eldorado mathématique titre en première de couverture le numéro de juin de la revue Pour la Science. « Former un espace où la distance entre deux points quelconques est une quantité aléatoire : c’est ce qu’ont réussi à faire les mathématiciens. Le résultat, nommé carte brownienne, ouvre un nouveau champ d’exploration ». Signé par Jean-François Le Gall et Nicolas Curien ce dossier de huit pages offre au lecteur un point de vue clair et synthétique de questions qui se développent depuis maintenant plus de trente ans. En continuant, dans la rubrique histoire des sciences, Pierre Crépel nous parle d’un certain Charles-François Bicquilley : Bicquilley en quête d’une théorie mathématique du commerce. Les historiens pensaient que l’alliance entre les mathématiques classiques, les probabilités et l’économie datait du vingtième siècle. Or un mathématicien quasi inconnu, Bicquilley, fait imprimer en 1804, chez la Veuve Carez, une « Théorie élémentaire du commerce » qui propose une théorie mathématique de l’économie. L’ouvrage (qui ne sera vraisemblablement jamais vendu) est absent de la BNF et retrouvé seulement il y a vingt ans. Pierre Crépel qui a édité en 2002 la Théorie élémentaire du commerce de Charles-François Bicquilley nous raconte une page passionnante (et inattendue) de l’histoire des mathématiques. Toujours dans le numéro de juin de Pour la Science Jean-Paul Delahaye dans sa rubrique logique et calcul nous entraîne sur le terrain de la vérification des longues démonstrations : comment être sûr qu’elles sont dépourvues d’erreur ? Les plus grands mathématiciens ont commis des erreurs et il est légitime de se poser la question dès qu’une démonstration atteint une taille importante. « L’ordinateur devient dans ce domaine un précieux assistant » nous affirme l’auteur (preuves à l’appui !) qui conclut : « Un calcul, même par ordinateur, est parfois faux, nous le savons bien : des outils de vérification doivent donc toujours accompagner les résultats prétendument démontrés par l’informatique. Quand c’est le cas, la certitude devient presque parfaite. »

Sciences et Avenir consacre pour sa part son dossier de mai aux algorithmes : Le pouvoir des algorithmes passe en revue nombre de domaines, souvent inattendus, de notre vie quotidienne dans lesquels des algorithmes jouent un rôle clé, d’Internet à l’affectation des élèves dans les écoles (à New York) en passant par la conduite automatique d’une rame de métro, la forme des villes, les politiques publiques … Classé comme dossier « informatique » l’article souligne l’interpénétration des mathématiques en particulier dans le travail de validation ou de vérification des processus utilisés. Enfin, n’oublions pas Science et Vie Junior qui, à travers un dossier aussi didactique que bien présenté, entraîne dans son numéro de juin ses jeunes lecteurs dans l’univers de nombres géants jusqu’à côtoyer l’infini.

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Bande dessinée ? Plutôt roman graphique

Nous avons déjà évoqué les « Rêveurs lunaires ». France Culture, France Inter et Vanity Fair en reparlent ce mois-ci. Les Rêveurs lunaires, quatre génies qui ont changé l’Histoire, est une bande dessinée de Cédric Villani et du dessinateur Baudoin sortie en librairie en mars. Ce roman graphique, comme le site Science pour tous qualifie l’ouvrage, raconte l’aventure scientifique de Werner Heisenberg, Alan Turing, Leo Szilard et Hugh Dowding entre 1930 et 1945. « Un document poétique et passionnant qui illustre de façon dramatique le rôle des scientifiques dans notre société ». Si vous ne le trouvez pas en rayon dans votre librairie préférée, ne vous inquiétez pas : les Rêveurs lunaires sont (déjà) en réimpression et seront bientôt disponibles …

Notes

[1voté depuis par le parlement

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Pour citer cet article :

L’équipe Actualités — «Revue de presse juin 2015» — Images des Mathématiques, CNRS, 2015

Commentaire sur l'article

  • Revue de presse juin 2015

    le 1er juin 2015 à 09:59, par B !gre

    Une petite typo : le co-auteur de Jean-François le Gall dans pour la Science est Nicolas Curien, et non Hubert...

    Répondre à ce message
  • coquille

    le 3 juin 2015 à 08:45, par Christophe Boilley

    Dans le paragraphe Parutions, « l’auteur [...] conclu[t] ».

    Répondre à ce message

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