Revue de presse juin 2019

Le 1er juillet 2019  - Ecrit par  L’équipe Actualités Voir les commentaires (6)

Sans oublier l’emprisonnement de Tuna Altınel en Turquie, les inquiétudes exprimées par près de deux cents chercheurs et chercheuses du CNRS lauréats de l’ERC sur l’avenir de leur institution, celles que suscite la réforme du lycée et du baccalauréat, profitons de la jolie parenthèse offerte par des collégiens qui pratiquent la géométrie à grande échelle sur les plages bretonnes et dans les champs de blé alsaciens. Nous rencontrerons également des femmes qui calculent et qui comptent, bien plus que ce que ne le suggère l’histoire officielle, mais aussi, entre autres, des jeux mathématiques de toutes saveurs, une nouvelle série d’applications des mathématiques et de l’IA, et des parutions pour la plage.

Soutien à Tuna Altınel

Dans la revue de presse de mai, nous parlions du soutien au mathématicien lyonnais Tuna Altınel emprisonné en Turquie pour avoir signé la pétition des Universitaires pour la paix et pris la parole dans une réunion d’information sur la situation dans le sud-est de la Turquie organisée à Lyon.

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Cédric Villani à l’assemblée

Si vous souhaitez manifester votre solidarité pour Tuna Altınel, il est possible de lui écrire. Des modèles de cartes postales sont disponibles pour cela.

Le député et ancien mathématicien, Cédric Villani, a pris la parole à ce sujet lors des questions au gouvernement. Son intervention, retransmise par France 3, est disponible, ainsi que la réponse de Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires étrangères. Ce dernier a répondu qu’il était « très soucieux de la situation de Tuna Altınel » et que la France « mettait tout en œuvre » pour obtenir sa libération.

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Noémi Levy-Aksu

Tuna Altınel est actuellement en détention provisoire et sera jugé en juillet prochain, écrit Lyon Capitale. D’après un communiqué de l’EHESS, l’historienne Noémi Lévy-Aksu a été condamnée (en son absence) à trente mois de prison pour des faits similaires.

Ce 24 juin, la ministre Frédérique Vidal a reçu une délégation du comité de soutien à Tuna Altınel et elle a, elle aussi, assuré qu’elle « mettait tout en œuvre » pour obtenir sa libération.

Recherche

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Une brillante mathématicienne

Les animaux ont-ils la bosse des maths ? Des articles défraient régulièrement la chronique dans la presse scientifique pour annoncer la découverte de capacités de calcul élémentaire détenues par telle ou telle espèce. Ce mois-ci, les insectes sont à l’honneur : Breizh-info rapporte le résultat d’une expérience démontrant que les abeilles maîtrisent le concept de nombre, et ce, bien qu’elles n’aient qu’un million de neurones là où l’être humain en possède 86 milliards ! Selon Slate, qui décrit les travaux d’une équipe de recherche de l’université du Michigan, les guêpes aussi sont dotées d’une tête bien faite : elles parviendraient à mener un raisonnement logique élémentaire, appelé « inférence transitive ».

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La bataille d’Actium

D’autres animaux étonnants, les rémoras, apparaissent dans plusieurs légendes de l’Antiquité. Ces poissons sont dotés au sommet de leur tête d’une puissante ventouse leur permettant de s’accrocher très solidement à de plus gros poissons, voire à des bateaux ; si solidement que l’on a longtemps cru qu’ils pouvaient ralentir, voire arrêter les navires. On les accuse même d’avoir ainsi précipité la défaite de Cléopâtre et Marc-Antoine face à l’empereur romain Octave lors de la bataille navale d’Actium, en 31 av. J.-C., en empêchant les gros bateaux de la reine d’Égypte de battre en retraite face aux bateaux romains de plus petit gabarit. Le Monde consacre un bel article (réservé aux abonnés) aux travaux d’une équipe de recherche pluridisciplinaire qui a voulu en avoir le cœur net et déterminer à l’aide de la mécanique des fluides si, oui ou non, des poissons peuvent stopper un bateau. Conclusion ? Sans grande surprise, c’est impossible. Le phénomène de ralentissement subi par les bateaux de Cléopâtre serait plus vraisemblablement imputable à la topographie particulière des fonds marins sur le lieu de la bataille.

Améliorer l’efficacité des algorithmes de multiplication de deux nombres par un ordinateur est un sujet de grand intérêt pour la recherche en informatique et en mathématiques. Ouest-France fait état de la découverte par deux chercheurs d’un nouvel algorithme, dont la complexité serait optimale (en $O(n \log n)$, pour les intimes). L’article est disponible ici. Ce nouvel algorithme de multiplication pourrait servir à améliorer le calcul de la transformée de Fourier rapide, ou à aller toujours plus loin dans la perpétuelle course aux décimales de $\pi$. Plus de détails dans cette brève.

Vie de la recherche

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La recherche française en danger ? Une tribune publiée par 178 chercheurs et chercheuses au CNRS et bénéficiaires de financements ERC (Conseil européen de la recherche) dans Le Monde dénonce un « sabordage » du fonctionnement du CNRS par les politiques gouvernementales menées au cours des deux dernières décennies. Les signataires déplorent la pénurie de postes de plus en plus criante chaque année et la disparition progressive des financements récurrents accordés aux unités de recherche, dans la relative indifférence du P-DG de l’institution ; elles et ils se déclarent inquiet·e·s de ne plus bénéficier de la confiance et de l’autonomie nécessaires à la bonne marche de la recherche et appellent à un « changement radical d’orientation ».

Le mathématicien Georges Comte raconte dans un court podcast au Dauphiné la vie quotidienne d’un·e chercheu·r·se en mathématiques : combien de mathématicien·ne·s il y a en France, comment et où sont publiés les articles de mathématiques, comment on traite à l’aide d’approximations des problèmes compliqués comme la prévision météorologique...

Au-delà de nos frontières, le Quotidien du Peuple signale l’ouverture du 8e congrès international des mathématiciens chinois à Beijing, rassemblant plus de mille chercheu·r·se·s. Au Burkina Faso, Le Faso revient sur l’histoire et les réalisations du Laboratoire d’analyse informatique et biomathématique (LANIBIO) à l’occasion de la conférence internationale organisée pour célébrer ses vingt ans à l’Université Joseph Ki-Zerbo de Ouagadougou.

Un peu d’informatique

Une nouvelle cryptomonnaie
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Après le Bitcoin, la Libra

Un géant d’Internet qui lance une cryptomonnaie : ce ne pouvait qu’être le sujet favori de la presse en matière d’informatique ce mois-ci. Cette future monnaie virtuelle s’appelle Libra [1] et a été officiellement annoncée par Facebook pour un lancement l’année prochaine. Il serait trop long de citer ici tous les articles publiés dans les médias à son sujet ! Contentons-nous de signaler cet article du Monde, qui offre des explications claires et détaillées sur ce qu’est au une cryptomonnaie, sur les particularités de la Libra, et sur l’implication de l’entreprise Facebook dans sa gestion. Le journal y consacre également un éditorial incitant à la méfiance à l’égard de ce nouvel objet virtuel, eu égard aux récents scandales autour de Facebook ; et une tribune de Vincent Lorphelin qui prédit que la Libra va métamorphoser et stimuler l’économie mondiale.

Intelligence artificielle

Retour aux mathématiques. Bien que brefs (et d’une qualité discutable), deux articles d’ITsocial et Clubic donnent à réfléchir : une équipe de recherche de Google a mis au point une intelligence artificielle capable de démontrer des théorèmes mathématiques (en majorité des résultats d’algèbre linéaire ou d’analyse réelle). Le résultat est loin d’être parfait puisque seuls 39 % environ des théorèmes proposés à l’algorithme ont été correctement prouvés. Cependant, l’idée sous-jacente que l’informatique devient peu à peu capable d’aider les mathématicien·ne·s, non plus seulement pour effectuer des calculs, mais pour mener des raisonnements plus ou moins élaborés, est très profonde et pourrait modifier fondamentalement notre manière de « faire des mathématiques » dans le futur.

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L’intelligence artificielle joue du pinceau

Nature dépeint (en anglais) un tableau réjouissant du rôle croissant de l’intelligence artificielle et du traitement des données dans le monde de l’art. Ainsi, l’analyse de milliers d’œuvres picturales permet à un programme d’apprendre à reconnaître l’époque ou le style d’un tableau avec une grande précision. Encore plus fort : on sait que certains tableaux de la Renaissance sont en réalité des créations collectives, où plusieurs artistes venaient tour à tour ajouter des éléments sur la toile. L’ordinateur peut indiquer qui, de Botticelli ou de son élève par exemple, a produit quelle partie du tableau — une tâche ardue pour un être humain. Autre innovation surprenante : le scan ultra-précis de toiles pour les reproduire « au coup de pinceau près » à l’aide d’imprimantes 3D, puis exposer les copies afin d’éviter les dégradations de l’œuvre originale !

On parle beaucoup d’intelligence artificielle depuis quelques années maintenant, jusqu’à en oublier quels sont les concepts mathématiques qui se cachent derrière cette nouvelle science. C’est pour y remédier qu’ActuIA propose un article détaillé sur la régression linéaire, méthode statistique omniprésente en traitement des données.

Enfin, côté institutions, le CNRS annonce dans un communiqué de presse la création du Sorbonne Center for Artificial Intelligence (SCAI), un centre de recherche pluridisciplinaire centré sur l’IA et adapté aux grands défis de la science d’aujourd’hui ; et le Cirad décrit le lancement d’un nouveau projet de recherche visant à modéliser avec une précision inégalée le fonctionnement d’une agroforêt cacaoyère, plus vertueuse et écologique que la monoculture standard, en s’appuyant sur des réseaux de neurones.

Société

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Une jeune personne qui a peur des maths

Aimez-vous les mathématiques ? Si vous lisez ces lignes, on peut supposer que vous ne les détestez pas trop. Cependant, vous n’êtes pas sans savoir que pour beaucoup d’autres, elles sont, au choix, un cauchemar, un traumatisme d’enfance ou une source d’angoisse. Le journal canadien La Presse donne la parole à deux professeur·e·s émérites de mathématiques qui discutent de cette peur des maths, qui existe chez les enfants comme chez les adultes, et de quelques façons de la diminuer. L’article rappelle au passage les bons résultats des élèves québécois·es en mathématiques.

Se débarrasser de sa crainte des mathématiques, c’est important, car les mathématiques sont partout ! rappelle cette mini-conférence Tedx relayée par ThotCursus. L’orateur présente notamment un problème de géométrie élémentaire, la célèbre énigme des trois portes, ou encore des considérations sur la convergence des séries numériques, pour convaincre son public que le raisonnement, au cœur des problèmes mathématiques, est un outil de compréhension du monde qui nous entoure.

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Astrophysicien·ne, pourquoi pas vous ?

Une fois l’enthousiasme pour les mathématiques retrouvé, vous pourrez réaliser votre rêve : devenir astrophysicien·ne ! Un article de The Conversation, relayé par Slate, est consacré à cette fascinante profession : les études à effectuer pour y parvenir, les différentes carrières qui gravitent autour d’elle dans les laboratoires de recherche, des témoignages et des conseils pour les lycéen·ne·s souhaitant tenter l’aventure.

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L’hypothèse de Riemann, un défi à votre portée

Mais peut-être êtes-vous si féru·e de maths que vous préférez vous attaquer à l’un des célèbres « problèmes à un million de dollars ». On ne les présente plus, mais présentons-les quand même : en 2000, l’institut de mathématiques Clay promet un million de dollars pour chaque problème résolu parmi une liste de sept, réputés parmi les plus difficiles du monde mathématique. L’un d’entre eux, la conjecture de Poincaré, a été résolu en 2003, mais les six autres résistent encore, parmi lesquels les médiatiques problèmes P=NP et hypothèse de Riemann. Numerama donne un coup de projecteur sur chacun de ces problèmes dits « du millénaire ».

Questions de parité

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Mary Tsingou

Dans sa chronique au Monde (version pdf), Étienne Ghys évoque, à travers plusieurs exemples, l’indigne occultation des contributions souvent cruciale de femmes dans de célèbres articles de mathématiques à travers les âges : Ellen Fetter, qui a fait les calculs d’Edward Lorenz pour initier la théorie du chaos ; Mary Tsingou, qui a fait ceux de l’« expérience virtuelle » de Fermi-Pasta-Ulam ; le « harem de Pickering » travaillant pour Edward Charles ; ou, déjà, Nicole-Reine Lepaute, dont Joseph Lalande semble avoir oublié l’aide pour réaliser les calculs d’Alexis Clairaut sur la comète de Halley en 1758. Nous retrouverons cet effet Matilda plus bas.

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Nicole-Reine Lepaute

Centre Presse salue les vidéos réalisées par des élèves de seconde d’un lycée de Jaunay-Marigny (86) à l’issue d’un projet commun français-maths autour de l’égalité femme-homme. L’une de ces vidéos porte sur les femmes en mathématiques, et le projet s’est conclu avec une conférence de la présidente de l’association Femmes et mathématiques, Anne Boyé.

À l’honneur

Alan Turing est en passe de devenir une icône culturelle, comme en témoigne sa présence régulière dans la revue de presse depuis le centenaire de sa naissance et sa réhabilitation et les excuses officielles du gouvernement britannique en 2014. Il est honoré pour ses travaux fondateurs en logique, la création de la notion de calculabilité pour les fonctions, Le grand public connaît sans doute plus son travail en cryptologie, qui a permis aux alliés de décrypter les messages envoyés par les Allemands via la machine à coder Enigma, un épisode raconté dans le film Imitation Game sur lequel revient Paris Match. Pour avoir établi la notion abstraite d’ordinateur (machine de Turing) avant que les ordinateurs n’existent, il est considéré comme un des pères de l’informatique moderne. N’oublions pas ses contributions sur la morphogénèse.
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Une machine Enigma

Après sa mort, vraisemblablement à la suite d’un suicide lié à sa condamnation pour homosexualité, le New York Times ne lui avait pas accordé de nécrologie. Il en a désormais une.

Avant même sa réhabilitation officielle et le film, Benoît Solès avait pour projet de contribuer à faire connaître la vie de cet homme extraordinaire. Il a créé la pièce biographique La Machine de Turing, comme l’explique le Courrier de l’Ouest. Cette pièce a reçu quatre récompenses lors de la dernière cérémonie des Molières. France Culture détaille cette réhabilitation et consacre un numéro de La grande table à Benoît Solès.

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Amaury de Crayencour et Benoit Solès dans La Machine de Turing

Toujours sur France Culture, la mathématicienne Claire Voisin décrypte « les Fleurs du mal » de Baudelaire : elle imagine que ce sont des objets mathématiques.

Michel Serres est décédé le mois dernier et nombreux sont les hommages qui lui ont été rendus comme par exemple, dans Le Monde ou dans Philosophie magazine. On pourra noter que Michel Serres a fait des études de mathématiques : sa thèse était intitulée « Le système de Leibniz et ses modèles mathématiques ».

Entre informatique et mathématiques, Marie-Paule Cani est une chercheuse phare de l’informatique graphique 3D. Ses travaux d’animation de formes à l’aide de modèles physiques ont été utilisés dans des jeux vidéos, ce qu’elle a appris après coup. Le Monde dresse un portrait de cette femme qui, étudiante, adorait les maths et les trouvait très poétiques.

Histoire

Une dépêche de l’AFP citée entre autres par Orange annonce l’inauguration le 11 juin d’un cénotaphe [2] dédié à Maurice Audin au cimetière du Père-Lachaise. L’information est reprise avec plus de détails dans L’Humanité ici et , Mediapart ici et , ainsi que dans la presse algérienne : El Watan, Liberté-Algérie, DZ vidéo, Algérie Presse Service...

Le mouvement des planètes fédère plusieurs articles de la rubrique historique. Le Daily Geek Show revient sur la découverte de la rotondité de la terre par les Grecs de l’époque classique, Aristote et Pythagore en tête, et la mesure de son rayon par Ératosthène. Média Congo reprend un article de Maxiscience sur Isaac Newton, père de la gravitation universelle, théorie qui explique nombre d’observations astronomiques. Pour comprendre la trajectoire de Mercure, cependant, il faut plus, il faut la relativité.

Mileva Marić était une « mathématicienne accomplie » et une « physicienne prometteuse ». C’est ainsi qu’Albert Einstein décrit sa première épouse, avec laquelle il a beaucoup travaillé et dont la thèse de 1901 pourrait avoir contenu des idées essentielles sur la relativité. Pourtant, son rôle dans le développement de cette théorie a été complètement occulté. Cent papiers et El País le racontent ce mois-ci. Par hasard, Le Point l’évoque aussi, cent ans après le deuxième mariage d’Einstein avec sa cousine Elsa. France Culture en avait parlé en août dernier. L’effet Matilda, qui consiste en l’attribution de découvertes scientifique réalisées par des femmes à leur collègues masculins, a été nommé ainsi par Margaret W. Rossiter en référence à la militante féministe Matilda Joslyn Gage ; il est illustré dans la rubrique « parité » ci-dessus.

Pythagore et Newton réapparaissent dans le tour d’horizon des « grands théorèmes qui ont marqué l’histoire des mathématiques » proposé par Hervé Lehning sur Futura Sciences, qui cite le théorème de Pythagore, le calcul infinitésimal (ou mieux, les calculs infinitésimaux de Leibniz et Newton), le traitement de certaines sommes infinies par Euler et la crise des fondements.

Deux autres articles évoquent une histoire plus récente. The Conversation revient sur la naissance des « sciences informatiques », à l’occasion d’un congrès de cybernétique à Namur en 1956. Il est intéressant de comparer ce récit à celui du CNRS, qui raconte les efforts français pour construire de « puissantes “machines à calculer” ». Enfin, dans un tout autre registre, les archives d’Alexandre Grothendieck, déjà évoquées le mois dernier, étaient le thème d’un numéro de « La Tête au carré » sur France Inter, de Mathieu Vidard avec Philippe Douroux et Étienne Ghys.

Enseignement

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Deux élèves en cours de mathématiques ?

Le remède miracle aux maux dont souffre notre enseignement a enfin été trouvé : il suffit d’installer un pigeonnier dans chaque établissement scolaire et d’y élever quelques pigeons voyageurs. C’est ce qu’a fait une école privée catholique de Saint-Gilles-Croix-de-Vie (Vendée). Le site hitwest et Ouest-France font état des qualités pédagogiques de ces pigeons : « Les enfants font des mathématiques pour calculer leur distance de vol, de l’histoire en évoquant leur rôle pendant la guerre, de la science en étudiant leur comportement et leur mode de vie. ». Mais hitwest parle de six pigeons alors que Ouest-France n’en a recensé que trois. Les trois autres étaient peut-être en voyage ? À moins que l’un des deux journalistes n’ait pas bénéficié de la pédagogie colombophile lorsqu’il a été initié au dénombrement.

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Que répond Ouest sur ce mat en trois coups ?

Y a-t-il un pigeonnier au lycée Montdory, à Thiers (Puy-de-Dôme) ? La Montagne ne nous le dit pas, mais est allée voir Stéphane Kaczor, professeur passionné de « backgammon », qui utilise ce jeu de stratégie et de hasard pour illustrer son cours de mathématiques en classe de seconde. Il y voit un bon moyen « de concrétiser ce qu’on voit en cours et de mettre en pratique la théorie de manière ludique ». Il fait « le lien avec les probabilités, les fonctions [devenues “fractions” dans le chapeau de l’article...], le calcul mental ». Approuvée par l’Inspection académique, son initiative est soutenue par la fédération française de backgammon, dont il est lui-même un des compétiteurs, classé cinquantième (on suppose que c’est un bon classement : une information supplémentaire et un brin de mathématiques permettraient de confirmer cette conjecture). Stéphane Kaczor vient ainsi grossir les rangs déjà bien garnis des profs de maths qui ont opté pour une approche ludique de l’enseignement et utilisent toutes sortes de jeux. Les réactions des élèves concernés et de leurs parents sont comme toujours très positives. Mais l’article de La Montagne renvoie à une question importante en indiquant que l’écho est d’autant meilleur « que cette activité est proposée uniquement aux élèves de seconde qui n’ont pas d’examen à la fin de l’année ». Est-ce à dire que les années d’examen ne doivent pas laisser place à une approche ludique des mathématiques ?

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Support pédagogique pour un cours pluridisciplinaire

Pour celles et ceux que les pigeons voyageurs et le tric-trac (variante du backgammon) laissent de marbre, l’éducation nationale a d’autres tours dans son sac, notamment des conventions avec la Banque de France. La finalité des actions organisées dans ce cadre est de « rapprocher le système éducatif et le milieu économique, tout en renforçant la diffusion d’une culture économique et financière auprès des enseignants et des jeunes ». La Nouvelle République a ainsi été témoin d’une formation de deux heures proposées à des élèves de quatrième du collège Val de l’Indre, à Monts (Indre-et-Loire). Gestion d’un budget annuel, calcul d’épargne, analyse d’une publicité pour un crédit : tels sont certains des thèmes abordés au cours de la séance à laquelle participent des membres de la Banque de France, qui encadrent par ailleurs une formation de professeurs de mathématiques intitulée « Mathématiques et gestion de budget ». Des jeunes en délicatesse avec les maths auront-ils trouvé dans ces initiatives une motivation pour s’y intéresser ? Aux professeurs de le dire.

International

Une fois n’est pas coutume, le volet international de ce mois de juin est plutôt mince. Il nous emmène au Maroc, au Congo, au Canada et en Chine.

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Centre d’examen du gaokao à Nantong

Le site officiel d’informations chinoises (en français) French China consacre un article à l’édition 2019 du « gaokao », examen chinois d’entrée à l’université, réputé pour sa difficulté. On y lit notamment ceci : « lors du test de mathématiques, les candidats ont découvert une courbe en forme de nuage sur un axe de coordonnées. Le “nuage” était composé de trois arcs et la question était de déterminer l’équation des coordonnées polaires d’un cercle ». On ne sait qui du rédacteur ou du traducteur est responsable de la faible clarté de ce passage... À peine moins mystérieux est l’énoncé de cet autre problème, qui serait « une tentative de fusionner les arts et les sciences dans le test de mathématiques » : « Si quelqu’un correspond au nombre d’or, avec des jambes de 105 cm de long et une distance de 26 cm du haut de la tête au bas du cou, quelle est sa taille ? »

Quoi qu’il en soit, l’article nous apprend que lors de la formulation de leurs vœux d’affectation dans les universités, les candidats ont privilégié les « hautes technologies » (automatisation, informatique, intelligence artificielle et microélectronique), alors que les années précédentes, c’étaient la finance, la gestion et les assurances qui faisaient le plus recette.

On se dit au passage qu’il serait intéressant d’avoir des détails sur l’équivalent chinois de Parcoursup... en souhaitant à nos ami⋅e⋅s lointain⋅e⋅s que ce ne soit précisément pas un équivalent.

L’introduction de l’article indique que le gaokao « détermine le destin de millions de jeunes chaque année et s’est conclu samedi, montrant la détermination du pays à nourrir le talent créatif ». Preuve que la langue de bois ne saurait connaître de frontières.

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La Première Dame de la RDC

La « Première Dame » congolaise a encouragé les initiatives de « STEM-DRC » (acronyme de la version anglophone de « Sciences, technologie, ingénierie et mathématiques – République Démocratique du Congo ». Le but de ce programme est d’« encourager les étudiants congolais à commencer ou à poursuivre leur cursus scolaire ou universitaire » dans ces domaines. Le site Actualité.cd, qui rapporte cette information essentielle, précise que les encouragements de l’épouse du Président de la RDC se sont exprimés « dans un discours distribué par ses services mais qui n’a pas été lu ».

Au Maroc, la plateforme MathScan, conçue par une startup, a les honneurs des médias. Au moins trois sites lui consacrent un article conséquent : Les Eco, Le Matin et Hiba Press. Le rôle annoncé de cet outil est d’identifier les lacunes en mathématiques (niveaux école et collège) et de proposer des remédiations personnalisées. Les trois articles font état d’un travail de conception de haut niveau, inspiré par des recherches menées dans une université américaine, et qui a permis à la startup de recevoir des subventions importantes. Ces articles, qui semblent plus tenir de la promotion que de l’information, insistent beaucoup sur les piètres performances des élèves marocains dans diverses évaluations nationales ou internationales. Il faut dire que les concepteurs de MathScan ne manquent pas d’ambition. Citons Hiba Press : « MathScan a été construite autour d’une approche innovante qui s’appuie sur le digital et l’Intelligence Artificielle afin de remédier à 85 % des lacunes des élèves en mathématiques sans intervention humaine. » Ce que, curieusement, aucun des trois articles ne mentionne, c’est que 100 % des élèves désireux de recourir à cet instrument miracle devront effectuer au préalable une petite dépense... On le découvre en se rendant sur le site de MathScan pour tester la chose (et renoncer finalement à le faire).

Brevet et baccalauréat (sous-rubrique ajoutée le 3 juillet)

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Brevet 2019

C’est la saison des sujets (et corrigés) d’examens. Mais le report des épreuves du brevet, pour cause de canicule, retarde d’autant la collecte des énoncés et la confection des corrigés. Pour le moment, L’Étudiant a dû se contenter des sujets donnés... à Washington. Les médias ont été naturellement très nombreux à annoncer et commenter le report et ses conséquences. Le Figaro Étudiant s’interroge sur la possibilité de passer l’examen à la session de septembre pour les candidat⋅e⋅s dont les projets de vacances sont contrariés par le changement de date. Le Monde, Europe 1 ou encore La Voix du Nord évoquent aussi ce problème, ainsi que quelques autres. L’épreuve reportée de mathématiques avait donc lieu ce lundi 1er juillet : sujet et corrigé ont été rapidement mis en ligne sur quelques sites, par exemple celui de Studyrama.

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Baccalauréat 2019

Le bac, lui, n’a pas eu de coup de chaleur. Les épreuves ont eu lieu aux dates prévues, mais non sans quelques incidents. Les sujets des épreuves de mathématiques de diverses séries sont disponibles par exemple sur ces sites :

Notons aussi que le site Tekiano publie des sujets du bac tunisien, mais sans fournir de corrigés. Les candidats anxieux à la veille de l’épreuve de maths pouvaient trouver des conseils de dernière minute sur une vidéo du Figaro Étudiant, mais il devaient pour ça subir une page de publicité préalable, ce qui n’est pas nécessairement de nature à atténuer l’anxiété...

Les premiers incidents signalés lors des épreuves écrites de mathématiques concernent des erreurs dans les énoncés, aussi bien en série S qu’en ES et L. LCI en fait état sans donner de précisions sur ces erreurs. C’est Le Figaro Étudiant qui fournit ces précisions. Il s’agit principalement de coquilles, la seule erreur touchant au contenu mathématique étant l’utilisation de l’expression « matrice d’adjacence » à la place de « matrice de transition », ce qu’un professeur interrogé considère comme ne devant pas avoir troublé les élèves outre mesure. Lyon Mag fait aussi état de ces erreurs sans les détailler et publie des réactions d’internautes qui ne comprennent pas que les corrections signalées aux candidat⋅e⋅s dans les salles d’examen l’aient été aussi tardivement (au bout de deux heures, alors que certains élèves étaient déjà partis), ni que les inspecteurs responsables de l’élaboration et de la vérification des sujets aient pu donner un bon à tirer sans avoir relevé ces erreurs. Le Républicain Lorrain indique que des candidat⋅e⋅s de Forbach se plaignent de ne pas avoir du tout été avertis des erreurs d’énoncé et demandent à repasser l’épreuve « pour réparer une injustice ». De son côté, LCI a enquêté sur le processus d’élaboration des sujets de bac.

En plus de ces erreurs dans la rédaction des sujets, il y a eu de fortes suspicions de fraudes. Il y aurait en effet eu des fuites, certain⋅e⋅s candidat⋅e⋅s ayant pris connaissance des sujets avant l’épreuve de maths du bac ES, grâce aux réseaux sociaux. Une candidate fait part de son indignation à France 3 Paris et demande que l’épreuve en question soit annulée et recommencée. France 3 indique que le ministère a ouvert une enquête et déposé une plainte à ce sujet, information reprise par Studyrama. Ces erreurs et cette suspicion de fuite sont mentionnées sur CNews. Mais une autre affaire de fuite a surgi en même temps, concernant cette fois la série S. L’Obs révélait en effet que, selon TI-Planet.org, il avait été constaté environ cinq heures avant les épreuves une conversion de fichiers au format des calculatrices TI et que le contenu de ces fichiers était d’une part le sujet tel qu’il allait être distribué dans les centres d’examens à 8 heures ce matin-là et d’autre part des brouillons de corrigés de ce sujet. La géolocalisation des conversions par TI a montré que celles-ci avaient eu lieu à Paris et dans la région. Le ministère a lancé, selon l’Obs, une « procédure de vérification ». L’information sur cette fuite est reprise par Libération.

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Baccalauréat 2021

Un troisième élément est venu perturber ce bac 2019, mais celui-là était annoncé à l’avance : l’appel à la grève lancé par plusieurs organisations syndicales (notamment SNES-FSU, SUD-Éducation, SNALC, CGT) incitant les enseignants à ne pas assurer les surveillances des épreuves le premier jour. Comme l’explique L’Étudiant, l’intention des grévistes n’était aucunement d’empêcher la tenue des épreuves, mais bien d’avoir une action symbolique qui aurait des échos dans les médias et permettrait de faire entendre les raisons du mécontentement général provoqué par la réforme en cours du lycée et du bac et le manque d’écoute de la part du ministre. Tout le monde savait qu’on dénombrerait assez peu de grévistes, la principale raison étant que l’administration ne convoque qu’une partie des enseignants pour les surveillance du bac et qu’elle n’allait pas prendre le risque de s’adresser à des collègues connus pour leur engagement syndical. Cela ne rend que plus ridicule le communiqué publié par le ministère affichant des taux de participation à la grève dépourvus de toute signification. Cela est particulièrement bien expliqué dans un article de Libération qui devrait nous faire réfléchir, nous mathématiciens, à l’usage inconsidéré qui est fait partout et à n’importe quel propos des statistiques, lesquelles ont pris une place démesurée dans les programmes d’enseignement, dès le début du collège. Le même Libération publie un entretien avec un professeur gréviste qui fait part de sa détresse face à l’absence d’écoute et au mépris qu’il ressent de la part du ministre.

Pendant les péripéties du bac 2019, la préparation de celui de 2021, premier millésime à l’étiquette Blanquer, et la réforme du lycée qui l’accompagne, avancent bon train, beaucoup trop bon train pour certains. Un éditorial du Monde analyse les atouts du ministre et les raisons de sa popularité comparée à celles de ses prédécesseurs, mais aussi « le revers de la médaille » où l’absence de concertation est un des éléments majeurs.

Analysant le 3e rapport annuel de l’Observatoire des inégalités, France-Inter observe notamment le lien entre inégalités sociales et inégalités scolaires, avec ces chiffres extraits du rapport : « en CE2, les élèves les moins favorisés obtiennent une note moyenne de 57 sur 100 en français et 58 en mathématiques. Les plus favorisés ont des scores respectivement de 87 et 85 ». Les classes aisées pratiquent un « élitisme scolaire » et les écarts se creusent encore plus dans l’enseignement supérieur.

Toujours sur le site de France Inter, un billet d’humeur inattendu, bref et percutant. Comparant le bac et le jeux olympiques, Nicole Ferroni explique parfaitement les enjeux de la réforme du lycée, les risques d’aggravation de la sélection sociale, et invitent les familles à prêter une oreille attentive à la protestation des enseignants. Deux invités s’expriment sur la chaîne YouTube de Médiapart à propos de cette réforme en répondant à la question : « À Bondy ou à Neuilly, le bac a-t-il la même valeur ? »

Le sort des mathématiques dans la réforme du lycée fait l’objet d’un article de La Vie. On y trouve notamment la confirmation de ce qui était prévisible : le rôle sélectif des mathématiques risque de ne pas du tout diminuer (alors que la place qu’elles occupent, elle, se rétrécit sérieusement !). Cela est résumé en une jolie formule : « Faites ce que vous voulez, mais faites des maths quand même » !

Nous en parlions dans la dernière revue de presse : la réforme du lycée aura des prolongements dans les classes préparatoires aux grandes écoles. Des précisions à ce sujet sont apportées par Digischool et par Le Monde.

On le sait, les futurs programmes de terminale, applicables à la rentrée 2020, sont en cours d’élaboration, dans la plus grande précipitation, et avec son corollaire : une concertation très limitée. Dans ce cadre, la DGESCO (Direction générale de l’enseignemenbt scolaire), en charge de ces programmes, a procédé à quelques auditions, dont celle de l’APMEP (Association des professeurs de mathématiques de l’enseignement public) qui publie un compte rendu de cette entrevue.

Pour clore le chapitre baccalauréat, signalons que, comme l’an dernier, quelques élèves de Bretagne ont rédigé en langue bretonne leur copie de l’épreuve de maths, prenant ainsi le risque de ne pas être corrigés. Le fait est rapporté sur plusieurs sites, entre autres : Le Figaro Étudiant, 20 minutes, Sputnik, Yahoo Actualités.

Diffusion

Des rosaces et des concours
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Rosaces près de Saint-Brieuc

Les actions les plus amusantes du mois sont des figures géométriques de grande taille. Côté ouest, Saint-Brieuc, des élèves de sixième tracent des rosaces sur la plage des rosaires. Avec leurs outils, ils tracent des rosaces de 6 à 20 mètres de diamètre. À voir du ciel et à lire dans Ouest-France et ici. En Alsace, ce sont des crop circles, de grands dessins géométriques réalisés par des élèves en aplatissant les blés dans un champ et qui ont été repérés par France 3 [3].

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Plus de rosaces

On trouve encore ici ou de nombreux articles sur les différents rallyes ou concoursKangourou mais aussi Alkindi – et autres olympiades.

La presse francophone étrangère livre aussi son lot de concours en cette fin de printemps, comme au Canada, en Belgique ou encore en Algérie ou encore à Saint-Louis du Sénégal où un concours original de « Miss mathématiques » est présenté sur le site de la radio locale.

Le Tribunal du web propose aux élèves de terminale de réviser en chanson les mathématiques et la philosophie, mais le théorème de Thalès sera peut-être plus utile aux collégiens qui préparent le brevet. Au Ghana, un professeur utilise lui les rythmes de la danse, pour mobiliser ses élèves pour apprendre des mathématiques.

La Dépêche souligne l’initiative de l’institut de mathématiques de Toulouse qui propose depuis 2011 dans le cadre des stages MathC2+ des stages pour les jeunes talents de 4e et de 3e. À Grenoble, Échos sciences raconte les stages organisés par Maths à modeler et la maison pour la science, mais ceux-ci sont à destination des professeurs du premier degré et leur permet de se plonger dans la recherche.

Jeu et grand public

Le Daily Geek show « pourquoi autant de personnes détestent les mathématiques », rejoignant plusieurs initiatives sur la question dont un bon nombre passent par le jeu. On trouvera les témoignages de Marie-Josée Pestel, présidente du CIJM, sur France-Info, à l’occasion du salon de la place Saint-Sulpice, mais aussi sur Europe 1, qui relève trois méthodes originales pour faire aimer les mathématiques. On pourra retenir de cet entretien que « les chercheurs en mathématiques sont souvent des joueurs. En fait, chercher, c’est jouer avec les mathématiques. »

Dans l’émission « La France bouge », Europe 1 donne un coup de projecteur sur trois Français férus de mathématiques, qui ont chacun de leurs côtés, développé une innovation pour faire aimer cette matière aux écoliers. Il s’agit d’une application, d’un espace game et de l’utilisation du jeu de bridge.

On trouvera sur Clicanoo, un journal en ligne réunionnais, un nouveau jeu plusieurs fois primé pour apprendre l’addition et la soustraction : « le facteur de Mafate ». France Bleu explique comment des enseignants de maternelle ont passé une semaine à imaginer des jeux pour apprendre en s’amusant. Le Progrès détaille l’intégration du jeu dans l’enseignement de deux professeurs de mathématiques, par exemple en faisant appel au jeu de Nim, dont une version est le jeu des bâtonnets de Fort-Boyard.

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La Nouvelle République fait la part belle au festival Ma Thélème. Dans un autre registre – amoureux – Wendy Bouchard sur Europe 1 consacre son émission à un ouvrage d’un mathématicien lyonnais qui vient d’écrire Un jeu de l’amour sans hasard recensé le mois dernier.

Dans une vidéo de l’ENS de Paris pour la « Nuit sciences et lettres », mise en avant sur The Conversation, Hélène Morlon, biologiste et mathématicienne de formation, et Amaury Lambert parlent de modélisations mathématiques pour l’évolution de la biodiversité. Ils parlent de leurs méthodes de travail et de la manière dont ils communiquent avec le public.

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Hélène Morlon et Amaury Lambert

La presse n’en a pas fait grand cas mais ce mois-ci, Images des mathématiques révélait les planches et les résultats du 8e concours BD « Bulles au carré », et remettait les prix aux lauréats. Par ailleurs, l’institut Henri Poincaré lance une campagne de financement participatif intitulée « De l’autre côté du miroir » du 16 mai au 7 juillet 2019. La collecte a pour objet de les redistribuer à des organisations qui développent des synergies entre recherche, enseignement et médiation. C’est le cas de la maison des mathématiques de l’IHP et du projet Holo-Math, expérience de réalité augmentée permettant une expérience de mathématiques.

Enfin, côté art, The Good Life suggère de visiter l’exposition du photographe australien Richard Hirst, pour ses « clichés graphiques, tantôt surréalistes par leur géométrie, tantôt désarmants de naturel ». Comme elle est à New York, les lectrices françaises se contenteront peut-être du site de la galerie Yellow Korner...

Parutions

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Attracteur de Lorenz par Jos Leys

Pour l’été La Recherche vient de boucler un numéro double (juillet-août) sur « Le hasard et ses lois ». La première de couverture annonce la couleur : nombres premiers, physique quantique, cryptographie, neurosciences, cellules cancéreuses, cybersécurité, la chance aux jeux... « L’aléatoire est aujourd’hui une composante importante de toutes les sciences, de la physique à la biologie, en passant par la psychologie, les neurosciences ou l’informatique », nous explique-t-on en introduction. « L’emplacement des statues de l’île de Pâques coule de source », « Traquer les aléas de l’ionosphère », « Le hasard, héros de science-fiction » sont autant d’articles qui interrogent le lecteur et montrent l’étendue du champ couvert par ce dossier. Un joli voyage dans les coulisses du hasard.

Outre ce dossier, le numéro contient la chronique de Roger Mansuy [4]. Le titre veut surprendre : Des fromages suisses à Pink Floyd. N’imaginez pas que l’article parle des trous dans les fromages suisses, sujet intriguant pourtant, résolu dans L’Express, ou de l’interdisciplinarité entre les mathématiques et la musique. N’imaginez pas non plus un quelconque rapport avec le paradoxe du gruyère (qui n’a pas de trous)... Bref, nous vous laissons le plaisir de découvrir les liens cachés entre les mathématiques, l’emmental et Pink Floyd !

Godfrey Harold Hardy, l’un des grands mathématiciens du vingtième siècle, est connu en particulier pour sa relation avec l’incroyable Srinivasa Ramanujan et pour son autobiographie, L’Apologie d’un mathématicien (A Mathematician’s Apology). Comme annoncé en décembre, elle vient de sortir avec d’autres textes dans Mathématiques et mathématiciens, un bel ouvrage publié par le jeune éditeur Nitens. Les notes de lectures de Quadrature et de Tangente vous invitent à le lire.

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Évariste Galois vers quinze ans

Fin juin, un nouvel ouvrage sur l’un des mathématiciens les plus connus est sorti : Je n’ai pas le temps. Le roman tumultueux d’Évariste Galois de Jacques Cassabois.

« La vie d’Évariste Galois est la plus célèbre et la plus commentée des vies de mathématiciens... La connaissance que nous en avons est assez lacunaire pour laisser une certaine latitude à notre rêverie... ou aux historiens des sciences... ou aux romanciers » écrivait, en 2011, Jean-Pierre Escofier sur le site du bicentenaire de la naissance de Galois. Des films ont évoqué différentes périodes de sa vie (Évariste Galois ou le court-métrage d’Alexandre Astruc...). On ne compte plus les livres qui lui ont été consacrés : Évariste Galois, aimé des dieux de Leopold Infeld, Évariste, le roman d’une vie de Jean-Paul Auffray, Évariste de François-Henri Désérable...), Évariste Galois. La fabrication d’une icône mathématique de Caroline Ehrhardt ou les billets du dossier Autour de Galois... Signe de cette fascination durable : une association des amis d’Évariste Galois a été lancée l’an dernier.

Jacques Cassabois est passionné depuis des années par le personnage attachant d’Évariste, sa jeunesse, ses multiples activités, sa « fureur des mathématiques ». Il a effectué de longues recherches, entrecoupées de périodes de découragement, pour essayer d’éclaircir les nombreux points d’ombre de la vie de Galois. Mais il reste des « trous », des lacunes qui ne seront probablement jamais comblées. Lorsqu’il n’y a aucun écrit fiable, des incohérences dans les récits, des imprécisions dans les dates, le romancier qu’il est a été amené à éclairer les zones d’ombre du film d’une vie agitée, dense et complexe, en puisant dans son imagination. Tout en ayant le souci de toujours chercher à serrer le plus possible la vérité en s’appuyant sur un travail d’investigation rigoureux, des témoignages fiables, sans entrer dans la fiction pure, qui est une solution de facilité. Ce n’est pas un ouvrage d’historien, ce n’est pas un ouvrage de mathématicien, c’est le travail d’un passionné. Nous laisserons le lecteur juger, mais quelque soit son verdict il nous semble difficile de passer à côté de cet ouvrage sans s’y arrêter.

Pour finir

La série Games of Thrones est terminée mais tout n’est pas résolu. Trois étudiants, rapporte le magazine GQ, ont réalisé une modélisation de l’impact écologique des dragons de Khaleesi, et le résultat est très inquiétant : le développement de l’élevage au niveau exigé par leurs besoins insatiables provoquerait un réchauffement propre à faire passer l’épisode de canicule récent pour un frais printemps ; nous n’en souffrions pas longtemps car les polluants produits « finiraient par détruire la zone en quelques mois seulement ». Les étudiants n’ont pas étudié l’influence des zones utilisées par les crop circles alsaciens mais leurs résultats suggèrent qu’ils ont bien fait de les négliger dans ces considérations.

Article édité par Jérôme Germoni

Notes

[1Comme on parle d’une livre (au féminin) pour la monnaise dans les livres (au masculin), il semble naturel d’accorder celle-ci au féminin.

[2Monument funéraire qui ne contient pas de corps.

[3Ne confondons pas ces « mystérieux cercles » réalisés pendant « un cours de maths » « en accord avec le propriétaire du champ » avec ceux apparus quelques jours plus tôt près de Colmar, sans l’accord du propriétaire, et signalés aussi par France 3

[4Roger Mansuy tient par ailleurs une rubrique numismatique dans magazine Quadrature.

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Pour citer cet article :

L’équipe Actualités — «Revue de presse juin 2019» — Images des Mathématiques, CNRS, 2019

Crédits image :

Image à la une - Rosaces sur la plage de Saint-Brieuc. Photo de Jean-François Penn, professeur au collège Jean-Macé de Saint-Brieuc, l’un des organisateurs de la manifestation.
Droits réservés.
La bataille d’Actium - Source : Wikimedia Commons
Astrophysicien·ne, pourquoi pas vous ? - Source : Wikimedia Commons
Une brillante mathématicienne - Source : Pixabay
L’intelligence artificielle joue du pinceau - Source : Pixabay
Une jeune personne qui a peur des maths - Source : Pixabay
L’hypothèse de Riemann, un défi à votre portée - Source : Wikimedia Commons
Après le Bitcoin, la Libra - Source : Wikimedia Commons
Deux élèves en cours de mathématiques ? - Source : Wikimedia Commons
Une machine Enigma - Rama-Wikipedia commons
Amaury de Crayencour et Benoit Solès dans La Machine de Turing - Fabienne Rappeneau
Attracteur de Lorenz par Jos Leys - Avec l’aimable autorisation de Jos Leys
Évariste Galois vers quinze ans - Wikipedia. Artiste inconnu
Nicole-Reine Lepaute - Source : Wikimedia Commons
Mary Tsingou - Photo de Thierry Dauxois. Droits réservés.
Rosaces près de Saint-Brieuc - Source : ESPÉ de Bretagne
Plus de rosaces - Photo de Jean-François Penn. Droits réservés.
img_20718 - © Éditions Équateurs sciences
Que répond Ouest sur ce mat en trois coups ? - Source : Wikimedia Commons
Support pédagogique pour un cours pluridisciplinaire - Source : Wikimedia Commons
Centre d’examen du gaokao à Nantong - Source : Wikimedia Commons
La Première Dame de la RDC - Source : Wikimedia Commons
Brevet 2019 - Source Wikimedia Commons
Baccalauréat 2019 - Source : Wikimedia Commons. Image réalisée par Yann Chemineau
Baccalauréat 2021 - Source : Wikimedia Commons. Image réalisée par Yann Chemineau

Commentaire sur l'article

  • Revue de presse juin 2019

    le 1er juillet à 18:46, par Diego

    Bonjour,
    Merci pour cette revue de presse comme toujours très bien fournie ! Ci-après un lien vers une version plus complète du court-métrage « Évariste Galois » d’Alexandre Astruc (où il manque encore quelques secondes de maths...) : https://www.youtube.com/watch?v=D_cxiGe5jxM

    Répondre à ce message
  • Revue de presse juin 2019

    le 1er juillet à 18:50, par L’équipe Actualités

    Merci pour ce lien, je modifie celui qui est dans le corps du texte.

    Répondre à ce message
  • Revue de presse juin 2019

    le 1er juillet à 21:18, par Thomas Sauvaget

    Bonjour et merci pour cette revue de presse !

    Deux petites suggestions de modification des légendes de deux photos :

    • Une jeune personne qui a peur des maths [alors qu’elle devrait avoir plus confiance en elle !]
    • L’hypothèse de Riemann, un défi à votre portée bien difficile

    Qu’en dites-vous ?

    Répondre à ce message
  • Revue de presse juin 2019

    le 4 juillet à 13:53, par Christian

    Bonjour et merci pour cette excellente revue de presse.

    Permettez-moi deux remarques.

    La première est que l’article d’El País démoli point par point la
    thèse publiée dans un livre selon laquelle le talent et les
    contributions mathématiques de Mileva Marić auraient été
    occultée. En ce sens, elle s’en prend à un féminisme militant qui
    répand des contre-vérités, voire des mensonges.

    La seconde est qu’il est affligeant que l’orthographe soit
    toujours mutilée ici, à une époque où l’on déplore la baisse du
    niveau depuis 20 ans chez les lycéens. Je crois que tous les
    lecteurs trouveraient acceptable que vous usiez du féminin
    systématiquement pour les noms de profession, mais pas cette
    horreur de la soi-disante « orthographe inclusive ».

    Répondre à ce message
    • Revue de presse juin 2019

      le 11 juillet à 17:38, par Diego

      Vu votre prose, je ne pense pas que vous soyez en mesure de donner des leçons d’orthographe à qui que ce soit... ni de féminisme d’ailleurs.

      Répondre à ce message
  • Revue de presse juin 2019

    le 11 juillet à 20:23, par Christian

    « Vu votre prose » Qu’avez-vu dans ma prose ? Ai-je commis des fautes d’orthographes ? Je n’ai pas écrit que l’article contenait des fautes d’orthographe, car il est clair qu’une idéologie est à l’œuvre, mais que la graphie est horrible (lisez ce qu’en pense l’Académie). J’ai proposé que les accords se fassent au féminin par défaut, si l’auteur tient vraiment à imbiber son message de féminisme. (Des amis chercheurs le font dans leurs publications, et je l’ai fait aussi.)

    Il y a trop d’idéologie dans le discours dominant et si l’on n’y adhère pas, on est lynché. Puisque l’absence d’argumentation rend votre critique ad hominem, je ne peux que spéculer sur mon manque supposé de féminisme. Est-ce parce que je lis couramment l’espagnol et que j’ai relevé le contresens probable de l’article en résumant sa thèse ? Où lisez-vous ma désapprobation du féminisme ?

    Répondre à ce message

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