Revue de presse mai 2011

1er juin 2011  - Ecrit par  L’équipe Actualités Voir les commentaires (1)

Info ou intox ? Publiée dans le quotidien Komsomolskaïa Pravda, une interview du légendaire pourfendeur de la conjecture de Poincaré — l’impénétrable Grigory Perelman — a fait le tour de la presse internationale. Mais l’étrangeté des propos qui y sont rapportés éveille les soupçons : le scoop du tabloïde russe ne serait-il pas frelaté ? Plongez-vous vite dans la lecture de cette revue de presse pour vous forger une opinion !

Interview exclusive de Perelman : info ou intox ?

Vous vous souvenez sans doute de Grigori Perelman, ce mathématicien russe qui, après avoir résolu la célèbre conjecture de Poincaré, a refusé en 2006 la médaille Fields et l’année dernière le prix d’un million de dollars octroyé par le Clay Mathematics Institute. Fait rarissime, G. Perelman aurait accordé une interview à une compagnie cinématographique dont des extraits ont été repris par le quotidien Komsomolskaïa Pravda puis par un certain nombre de médias.

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Perelman, la visualisation d’un espace à trois dimensions et Poincaré

Parmi eux Intelink News dans lequel on lira les révélations suivantes : « Pourquoi ai-je mis tant d’années pour résoudre la conjecture de Poincaré ? J’ai appris à détecter les vides. Avec mes collègues nous étudions les mécanismes visant à combler les vides sociaux et économiques. Les vides sont partout. On peut les détecter et cela donne beaucoup de possibilités…Je sais comment diriger l’Univers. Dites-moi alors, à quoi bon courir après un million de dollars ? » On y trouvera d’autres propos plus étranges encore : « Faut-il faucher l’herbe entre trois collines ? Combien d’hommes et de moissonneuses sont nécessaires ? Il s’avère que le ministère de l’Agriculture ne sert à rien. Il existe une formule. Profites-en. Calcule. Et n’aies pas peur de crises. » Dans Le nouvel Observateur et Libération, on apprend également que G. Perelman, évoquant ses souvenirs d’enfance, aurait cherché à expliquer un des épisodes du nouveau testament : « Vous vous souvenez de la légende biblique sur Jésus-Christ qui marchait sur l’eau. Je devais calculer la vitesse avec laquelle il marchait pour ne pas tomber dedans. » Un problème mathématique des plus singuliers... Le point complète les extraits de l’interview en citant brièvement le grand mathématicien Mikhail Gromov : « Grigori Perelman pourrait s’atteler à résoudre une deuxième énigme du millénaire », l’équation de Navier-Stokes sur l’écoulement des fluides : « Il en a les capacités ».

Certainement, mais devant le caractère déconcertant des soi-disant propos de Perelman, il est permis de douter de la réalité même de l’interview. La Pravda, dans un court article (en anglais), ne manque pas d’en souligner les incohérences, les détails loufoques et les nombreuses bizarreries. Alors : info ou intox ? On devrait finir par le savoir et Images des Mathématiques ne manquera pas, bien sûr, de vous tenir au courant.

Théories et applications

Si les mathématiques se cachant derrière les moteurs de recherche sont
peu connues du grand public, leurs effets peuvent être retentissants.
La presse reprend assez largement l’annonce par Google de la mise à jour
de son algorithme, avec des titres effrayants : « le Panda de Google sort les griffes » sur Rue89, « sème la terreur sur le web britannique » selon L’Expansion, « a-t-il les dents trop longues ? » demande 20minutes.
Cet algorithme, dont le précurseur fut PageRank à l’origine de Google, est un secret bien gardé, tandis que « les sites web se livrent une guerre sans merci pour avoir [ses] faveurs ».
Au fil des années, « spam, doublons, fermes de contenu, [sont devenus] autant de pratiques qui perturbent la qualité des résultats sur le moteur de recherche. »
La version Panda vise à « mettre fin à la pollution du net ». Du coup,
« selon les statistiques de Searchmetrics, certains sites britanniques
ont vu leur visibilité chuter de plus de 90% ». Pourtant « le porte-parole
SEO [1] de Google avait annoncé que l’impact de la mise à jour Panda sur les autres pays serait plus faible que sur les Etats-Unis ». A l’inverse, certains sites tirent leur épingle du jeu, et restent toujours des « sites intouchables, qui échappent à certaines évolutions de [l’]algorithme. »

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Benoît Mandelbrot

Le Monde
Economie

ouvre ses colonnes à Xavier Gabaix, lauréat du Prix 2011 du meilleur
jeune économiste, qui a « découvert l’économie [...] pendant qu[’il]
faisai[t] des maths à l’Ecole normale supérieure » (ENS).
Selon lui, il est possible de « faire des avancées théoriques [en science
économique] en utilisant un langage plus puissant que l’intuition pour
décrire et expliquer, en l’occurrence, les mathématiques ». Son « objectif
est d’introduire dans la théorie plus de rationalité limitée,
c’est-à-dire l’idée que les agents ne peuvent pas penser à toutes les
conséquences de leurs actes, à tous les scénarios », et il affirme que
« ce sont bien les mathématiques qui permettent de modéliser les effets
de cette rationalité limitée. » Il remet par ailleurs en cause le
fait que les « phénomènes économiques se distribuent selon une courbe de
Gauss », fait le rapprochement entre la « fréquence des baisses boursières
atteignant certains seuils » et celle des séismes, et défend l’« idée
qu’au sein d’une distribution d’événements, les plus extrêmes d’entre
eux [...] ont, contrairement à ce que postule la théorie de
l’équilibre des marchés, un effet macroéconomique plus important que la
moyenne des événements ».
Sur un sujet voisin, Le Cercle des
Echos
affiche son scepticisme : « la modélisation mathématique est
insuffisante pour évaluer les risques extrêmes sur les marchés
financiers ». Après avoir dénoncé la « simplicité mathématique – pour un
matheux s’entend- car après tout il suffisait et il suffit de savoir
intégrer une équation différentielle (désolé pour les non matheux) » de
la formule de Black and Scholes, l’auteur (statisticien économiste) rend hommage à Benoît Mandelbrot, qui « dérangeait et remettait en cause le scientisme et l’unanimisme gaussien des marchés financiers », en soulignant que
« les nombreux événements de marché survenus depuis la crise de 2007
[lui] ont donné raison ». Il laisse néanmoins la porte ouverte à la
modélisation, en disant qu’« il faut continuer à investir dans la
recherche mathématique » et qu’« il s’agira aussi de mieux modéliser les
valeurs extrêmes », ce en quoi il semble rejoindre Xavier Gabaix.

L’Agence Science Presse pose la question du sens du suffrage universel en termes mathématiques et arrive à la conclusion qu’« il est mathématiquement impossible de concevoir un système électoral permettant de choisir le candidat le plus populaire à coup sûr. C’est au mathématicien et prix
Nobel d’économie Kenneth Arrow que l’on doit cette démonstration. » La
Nouvelle République

brosse quant à elle le portrait de Maxim Chernodub, chercheur ayant
« fait son trou au laboratoire de mathématique et de physique théorique
de l’université de Tours », et qui a notamment développé une théorie
étonnante selon laquelle « il n’y aurait pas besoin de matière pour obtenir la
supraconductivité ».

De la culture avec une pincée de mathématiques

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Un panorama fractal
Un ensemble de Julia transformé en atoll au moyen du logiciel Terragen

Il n’a pas été présenté à Cannes, ses protagonistes n’ont pas remonté le tapis rouge, malgré tout ce film a tenu le haut de l’affiche au mois de mai. Il s’agit de « La solitude des nombres premiers », de Saverio Costanzoun, adapté du livre de Paolo Giordano. Tout le monde en a parlé, en bien (L’humanité, L’Express) ou en mal (Le Monde). C’est l’histoire de Mattia, qui « ressent les théorèmes jusqu’à l’obsession », et d’Alice, qui s’est « réfugiée dans la photographie », vivant « une amitié bancale, un amour avorté ». Quel rôle viennent jouer les nombres premiers dans cette histoire ? Celui d’une métaphore, dans ce combat entre cœur et raison, avec cette question, posée par l’Humanité : « Sont-ils faits l’un pour l’autre alors que le propre des nombres premiers est de n’être divisibles que par eux-mêmes et par l’unité ? »

De l’autre côté de l’Atlantique, dans la province de Québec, c’est à Sherbrooke que Cyberpress.ca nous convie pour découvrir « la puissance des mathématiques appliquée aux arts ». L’occasion de rencontrer, brièvement, Etienne Saint-Amant, 31 ans, étudiant-chercheur en maîtrise d’informatique, passionné de mathématiques et d’art. Le résultat ? « Il pense donc il a créé, à partir de l’imagerie cérébrale à laquelle il a accès en tant que chercheur, deux autoportraits construits à partir d’autoroutes intracérébrales » ou bien « dans Antihypnagogique […] l’artiste dégage une séquence, que l’on devine musicale, à travers des formes géométriques colorées qui se succèdent ». Un travail inspiré de cybergénie, de géométrie fractale, d’imagerie médicale, servant une « démarche hybride ». Plusieurs œuvres sont visibles sur le site de chaoscopia, le site web d’Etienne Saint-Amant.

Enfin, Futura Sciences propose une chronologie de la « beauté mathématique », à travers un dossier réalisé par Clifford A. Pickover (auteur à succès d’ouvrages scientifiques grand public). Au programme : les anneaux borroméens, l’échiquier de Sissa, la loxodromie, le ruban de Möbius, la théorie de Ramsey, les billards de Platon, l’effet papillon, la théorie des catastrophes, le Rubik’s cube, et le jeu Tetris ! [2] Une liste à la Prévert qui ne saurait altérer l’intérêt de ce dossier.

Parutions

La classification des formes géométriques : Dans la rubrique Actualités mathématiques, le magazine La Recherche rencontre Anne-Sophie Kaloghiros, spécialiste de géométrie algébrique. Une équipe internationale de mathématiciens a lancé un programme de classification des formes géométriques de base en dimension quatre. Il s’agit de réaliser une sorte classification périodique des formes géométriques. L’interview, accompagnée d’une chronologie de la question, éclaire la progression des mathématiciens dans ce problème difficile.

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Détail de la machine à différences de Babbage

L’erreur de Léonard de Vinci titre la rubrique Arts et science du magazine Pour la Science : « Un polyèdre à 26 faces, le rhombicuboctaèdre, a défié Léonard de Vinci et un autre
peintre de la fin du XVe siècle, qui ont voulu le représenter. Les deux se sont
trompés ». L’article nous montre un tableau attribué à Jacopo dei Barbari (visible au musée Capodimonte à Naples), le « Portrait de Fra Luca Pacioli avec un
élève
 ». En haut à gauche un petit
rhombicuboctaèdre (un solide archimédien) peint d’après des esquisses de Léonard de Vinci. Un mathématicien et sculpteur néerlandais, Rinus Roelofs, a récemment
relevé une erreur dans la représentation de l’objet : la pyramide la plus basse du dessin devrait-être à trois faces visibles et non quatre. L’article reprend les
illustrations publiées dans le Scientific American et le magazine
EOS.

La rubrique Logique et calcul de ce même numéro pose sous le titre Le calculateur amnésique une question surprenante : Un calculateur sans mémoire est-il sérieusement limité ? Curieusement, les résultats de l’algorithmique in situ montrent que non.

Inattendu ! Dans un article intitulé Les compètes des grosses têtes le magazine Sciences et Vie Junior consacre une demi-page au congrès « pour mathématiciens en herbe » organisé chaque année par Math en jeans. Dans ce même numéro on trouvera également une photo d’une machine à différences réalisée en lego selon les plans de Charles Babbage ainsi qu’une rubrique Magic Math consacrée au jeu du Taquin.

Les tatouages sont éternels

« Quel point commun entre Angelina Jolie, David Beckham et la femme du Premier ministre britannique Samantha Cameron ? » nous demande le quotidien 20minutes. Réponse : ils portent tous un tatouage. Tout récemment, un professeur de l’University College London s’est penché sur une question angoissante : comment tous ces tatouages vont-ils vieillir ? Pour y répondre le chercheur a étudié la façon dont l’encre se disperse dans la peau. Un phénomène plus complexe qu’il n’y paraît. La Tribune de Genève nous apprend en effet que « l’injection d’encre a d’abord pour effet une réaction immunitaire, les globules blancs affluant pour évacuer les déchets. Une partie de l’encre est alors éliminée à travers le système lymphatique, tandis que le reste est capturé dans les cellules (fibroblastes) sous la surface de la peau. Au fur et à mesure du vieillissement, les particules d’encre vont se diffuser sous la peau alors que les cellules se divisent ou meurent. » Une fois le processus de diffusion décortiqué, le chercheur a pu élaborer une formule mathématique pour — selon l’expression de Gentside— « [Calculer] l’espérance de vie [des] tatouages. » Et le verdict est le suivant : « les détails fins du tatouage se perdent les premiers, tandis que les lignes plus épaisses sont moins affectées. Des tatouages finement dessinés peuvent avoir l’air très beaux quand ils sont réalisés, mais ils ont tendance à perdre leur définition après 15 ans ».

Le chef Maori Tukukino peint par Lindauer en 1878

On trouvera pourtant dans le blog AlgoRythme le fin tatouage d’une formule mathématique dont la beauté n’est pas prête de s’estomper. Certains tatouages sont éternels...

Post-scriptum :

Merci à Christian Mercat qui a réalisé l’illustration à la une de cette revue de presse.

Notes

[2Concernant ces notions, on peut trouver sur notre site quelques articles sur les anneaux borroméens, le ruban de Möbius, l’effet papillon et le Rubik’s cube.

Commentaire sur l'article

  • Revue de presse mai 2011

    le 5 juin 2011 à 04:20, par ducanh

    Les histoires sur Perelman sont toujours intéressantes. Je trouve que dans l’article cité du Nouvel Observateur, on a utilisé le mot « conjoncture » au lieu de « conjecture ».

    Répondre à ce message

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