Revue de presse mai 2013

1er juin 2013  - Ecrit par  L’équipe Actualités Voir les commentaires (1)

Sous la grisaille, une galerie de portraits, une pluie de conjectures plus ou moins démontrées, des questions en pagaille, des cerveaux extraordinaires, un zeste de politique. Et toujours des jeunes motivés par les mathématiques : si si, ils existent !

Portraits

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Le bébé de Mandelbrot

Pour commencer avec un classique, Philippe Pajot restitue dans Le Monde les souvenirs de Benoît Mandelbrot, père fondateur de la géométrie fractale. On retrouvera le texte complet dans le numéro spécial de la Gazette des mathématiciens, accompagné d’articles de mathématiciens expliquant son œuvre colossale. Quelques-uns de ces témoignages sont disponibles sur ce site, ici et . Dans les Bulletins électroniques, c’est la jeune mathématicienne Nalini Anantharaman qui se livre. Elle décrit son séjour à « l’Institute for Advanced Study, situé à Princeton », où ses journées sont rythmées par ses échanges avec Jean Bourguain et Peter Sarnak … et aussi par les « horaires de la crèche » ! « C’est sans doute là qu’il existe, et qu’il existera toujours, une différence entre un mathématicien et une mathématicienne », dit-elle. (Ah bon, les mathématiciens ne vont pas chercher leurs enfants à la crèche ?) Au final, un portrait plutôt complet, qui parle aussi de ses travaux sur les « équations qui décrivent la propagation des ondes » et les « phénomènes d’interférence ».

De son côté, le site marocain Menara.ma brosse le portrait de Stevo Todorcevic à l’occasion de sa venue à Fès pour donner une « conférence devant les étudiants de la Faculté des sciences et techniques ». Et de rappeler que ce « mathématicien serbe » est connu pour ses « contributions à la théorie des ensembles [qui] l’ont imposé comme un des spécialistes mondiaux du sujet, avec un impact particulier sur la théorie combinatoire des ensembles et ses relations à la topologie et l’analyse ». Retour en France :
pour la sortie de son nouveau livre, intitulé Le Théatre quantique coécrit avec Danye Chereau et Jacques Diximier, on peut écouter deux entretiens d’Alain Connes à la radio : l’un sur France Inter et l’autre sur France Culture. Ou comment expliquer la mécanique quantique à la manière d’une intrigue policière. Le mathématicien (pourfendeur de la théorie des cordes) explique au passage comment il put établir peu à peu des liens entre la physique et ses travaux sur la géométrie non-commutative.

Connaissez-vous Ingrid Daubechies ? Elle n’est rien moins que présidente de l’Union Mathématique Internationale, et a été faite baronne par le roi Albert II de Belgique en 2012, un titre qui « peut servir à faire parler des maths ».
Le Devoir décrit son cursus et les multiples applications des ondelettes qui portent son nom, de la compression JPEG aux ondes sismiques en passant par la paléontologie et la reconnaissance d’empreintes digitales.

Une triste nouvelle venue d’Inde, Shakuntala Devi, l’« ordinateur humain » capable de calculer de tête la racine 23ème d’un nombre à 201 chiffres nous a quittés à l’âge de 83 ans. C’est à lire en anglais dans le New York Times ou en français sur Obamaths.
Pour finir cette galerie sur une meilleure nouvelle, deux mathématiciens de l’université de Columbia ont été admis à l’Académie américaine des Arts et des Sciences. Il s’agit de Hervé Jacquet et Duong H. Phong, dont on trouvera un portrait en VO sur le site de l’université de Columbia et en VF sur Obamaths.

Questions

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Ceci n’est pas un cerveau

Comment sortir du labyrinthe ? Le mathématicien Pierre Rosenstiehl était invité par Caroline Lachowsky pour « tenter de répondre » à cette question sur RFI dans une émission en deux parties. Il faut dire que ce membre de l’OuLiPo voit des labyrinthes partout ! Plus récemment, ce fut au tour du physicien Amaury Mouchet, auteur de L’élégante efficacité des symétries, de plancher sur : « Pourquoi tout (ou presque) est symétrique ? » (partie 1, partie 2).
Peut-on lire le cerveau ? Atlantico s’intéresse aux projets concurrents de cartographie du cerveau Brain (USA) et Human Brain Project (Europe). Dans l’interview, le chercheur en neurosciences Alain Destexhe met en avant les nouvelles techniques comme l’« Imagerie du Tenseur de Diffusion » (DTI selon son acronyme anglais) et souligne l’apport indispensable des mathématiques qui « sont un pont entre la science et l’ingénierie médicale ». Pour plus de détails sur les techniques d’imagerie à l’œuvre dans les cartographies du cerveau, on pourra écouter
Denis Le Bihan sur France Culture. Cette édition de Continent Sciences se termine d’ailleurs sur les deux projets précédemment cités.
Dans un autre registre, La Question du jour sur France Inter le 6 mai était : « Que vient faire le bridge dans nos écoles ? » On nous explique l’intérêt de l’introduction du bridge dans les écoles afin de développer les capacités des élèves, notamment en calcul mental. Une convention a été signée entre la fédération française de bridge pour favoriser son utilisation à des buts pédagogiques. Des formations sont prévues pour les instituteurs et les professeurs de mathématiques. On arrive ainsi à pas moins de 6000 élèves qui jouent au bridge en classe, avec autorisation bien sûr !

Arithmétiques médiatiques

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Yithang Zhang

Employé du mois. La toute récente page Wikipédia consacrée à Yitang Zhang
nous apprend que ce cinquantenaire chinois, mathématicien de son état, est un « chercheur académiquement isolé [qui] travailla plusieurs années comme comptable, et dans un restaurant Subway, en parallèle à ses enseignements universitaires. Il est actuellement conférencier à l’université du New Hampshire ». Ni professeur à Princeton ni au MIT, alors pourquoi lui consacrer une page nous direz-vous ? Et bien simplement car Zhang vient de prouver le résultat stupéfiant suivant : il existe une infinité de couples de nombres premiers dont la distance est inférieure à $7\times10^7$. Si l’on pouvait remplacer ce nombre par 2, cela confirmerait la fameuse conjecture des nombres premiers jumeaux... Boum ! Bien sûr, chaque année voit son lot de mathématiciens amateurs proposer à la communauté des preuves, plus ou moins farfelues, des plus grandes conjectures (parfois même plusieurs au sein d’un seul article). Puis... pschitt, une erreur est trouvée dans le texte, ou encore celui-ci est simplement incompréhensible. Mais dans le cas présent la situation est très différente, la démonstration de Zhang serait validée par certaines sommités du domaine
et son article est d’ores et déjà accepté pour publication dans l’une des plus prestigieuses revues mathématiques (voir ici). Et les louanges de commencer à pleuvoir sur les épaules de Yitang... Dans le désordre et de façon non exhaustive, mentionnons Gizmodo,
Obamaths,
Nature,
Slate, ou encore
New Scientist.

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Harald Helfgott

Moins surprenant, mais quand même très fort. Les sites Global Voices et Obamaths nous apprennent que le chercheur péruvien Harald Helfgott, en poste au CNRS à l’ENS Paris, vient de rendre publique une démonstration de la conjecture faible de Goldbach : tout nombre entier impair strictement supérieur à 5 peut s’écrire comme la somme de trois nombres premiers. Cette démonstration, si elle s’avère correcte, marquera la fin d’une longue série d’efforts de la communauté pour aboutir à ce résultat. Ouf... Mais malheureusement la conjecture forte de Goldbach reste complètement ouverte : aïe !
Pour en savoir un peu plus sur ces conjectures, voir ce billet.
Un tantinet nostalgique, Philippe Pajot, sorte d’Hibernatus scientifique, fait fi de cette actualité arithmétique bouillonnante et nous rejoue pour Le Monde
l’histoire de la marge trop étroite et de la démonstration du dernier théorème de Fermat par Wiles en 1995. Soyons quand même beaux joueurs et reconnaissons que l’accent est mis sur le fait que de nombreux résultats arithmétiques récents « peuvent être considérés comme des descendants des travaux de Wiles sur le théorème de Fermat ».

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Nathalie Portman, nombre d’Erdős 5.

Bon, les nombres premiers c’est bien beau, mais connaissez-vous votre nombre de Bacon ? Le site Slate.fr nous conte « une vieille légende urbaine affirm[ant] que chaque personne qui travaille dans le cinéma à Hollywood peut être connectée à l’acteur Kevin Bacon par six degrés de séparation au maximum ». L’article décrit le « travail un peu fou et obsessionnel d’un certain Patrick Reynolds, ancien étudiant en sciences informatiques à l’université de Virginie » qui a décidé de développer une gigantesque base de données afin de mesurer la proximité entre acteurs et actrices hollywoodiens. Mais surprise, il a découvert que 444 acteurs hollywoodiens seraient en fait davantage « connectés » que Bacon, au premier rang desquels Dennis Hopper.
Pour l’anecdote, notre Gégé (inter)national (Depardieu) a un nombre de Bacon égal à 2.
Bien sûr, ce concept n’est pas sans rappeler le nombre d’Erdős cher aux mathématiciens (voir à ce propos le site Erdős Number Project). À ce sujet, certains se sont amusés à étudier le nombre d’Erdős-Bacon qui comme son nom l’indique prend en compte les deux aspects. Pour avoir un nombre d’Erdős-Bacon, il faut être à la fois relié à Erdős (généralement pour des raisons scientifiques) et à Bacon (généralement pour des raisons cinématographiques), ce qui complique sévèrement la tâche. Exemple notable, l’actrice Nathalie Portman, qui a un nombre d’Erdős de 5 et un nombre de Bacon de 1, possède donc le nombre d’Erdős-Bacon de 6.
L’histoire des nombres est également au menu de la tête au carré sur France Inter avec Hervé Lehning, rédacteur en chef du magazine Tangente. À noter la participation de Véronique Slovacek-Chauveau, vice-présidente de l’association femmes et mathématiques, venue évoquer la place faite aux femmes dans les mathématiques.

Si Helfgott et Zhang sont en passe de devenir des boss des maths, certains chercheurs seraient quant à eux à la recherche de LA bosse des maths, à
grand renfort d’imagerie cérébrale. Malheureusement, le constat d’Atlantico et du Figaro semble sans appel : cette dernière n’existe pas ! Dont acte.
Dans la même veine, une étude de chercheurs de l’université d’Oxford tendrait à montrer, selon Futura Science, qu’il est possible d’améliorer les compétences
en mathématiques en envoyant un faible courant électrique dans une région précise du cerveau durant la résolution d’un problème. Information reprise également par Atlantico.fr et Le Monde. Et maxisciences d’ajouter « Ce traitement qui s’apparente à une véritable potion magique s’articule autour de petites impulsions électriques, inoffensives, effectuées directement sur le cuir chevelu ».
Tentant, non ?

Même s’il n’est pas dans votre intention de vous attaquer à la conjecture de Goldbach ou à celle des nombres premiers jumeaux,
il semblerait qu’une certaine maitrise de quelques principes mathématiques puisse s’avérer des plus utiles.
Pêle-mêle : pour optimiser le rendement d’un troupeau de bétail selon le ministère des Affaires étrangères et européennes, pour mieux gérer son argent d’après L’Union, pour faciliter les rendez-vous dans les hôpitaux comme le stipule Le Soleil, pour calculer les dates du prochain Ramadan comme nous l’apprend RFI, ou encore pour résoudre un crime comme le suggère Sud Ouest.
Sans oublier l’importance des mathématiques pour la compétitivité de la main d’œuvre soulignée par l’entreprise Raytheon dans cet article d’Obamaths.
Rien que ça !
Petit bémol : le professeur (émérite) d’économie à Paris-Dauphine, Pascal Salin, dénonce dans Le Monde « une formalisation mathématique excessive » dans l’enseignement de sa matière au sein de l’université française et propose de « briser le monolithisme institutionnel de l’université française ».

Politique, éducation & recherche

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La Cité des Sciences de Tunis

« Le Khawarizmi du 20ème siècle » : c’est le surnom qu’a donné Radio
Express
à
Sir Michael Atiyah
lors de sa venue à Tunis pour inaugurer l’Institut Méditerranéen des Sciences Mathématiques. Le médaillé Fields en est le président d’honneur. Le site tunisien
leaders se félicite de cette initiative « ayant
pour but à la fois de fédérer la communauté mathématique dans le sud de la Méditerranée et d’y renforcer la recherche mathématique », en créant un institut de recherche « à
l’image de ses semblables dans les pays occidentaux ». Les maths sont beaucoup évoquées dans la presse africaine. Ainsi, Mali
Actualités
souligne les efforts de la jeune
association 2a2m (Association pour l’Avancée des Mathématiques au Mali) pour « encourager l’apprentissage des mathématiques au Mali ». Plus au sud,
Obamaths vante les mérites du nouveau manuel angolais de trigonométrie. Et à Kouba
(Algérie), les élèves du nouveau Lycée de Mathématiques, qui s’étaient mis en grève, ont été entendus : leur cause a été plaidée par un député, relate Algérie
Soir
.

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Le ruban de l’autisme

Les maths ne servent à rien ! Ce brûlot de gizmodo traite l’algèbre et la géométrie de « théories stupides » et conseille de
« laisser les mathématiques croupir dans votre cerveau » en se basant sur une étude d’un sociologue qui a demandé à des adultes quels concepts mathématiques ils utilisent dans
leur vie professionnelle. On lira la réponse incisive d’ Obamaths, qui constate qu’« il est devenu
de plus en plus difficile de tomber sur une étude sérieuse », et vilipende les « pseudo-scientifiques » et les « quidams » dont les conclusions sont « pititi-patata ». La société
informatique SAP a elle bien compris l’intérêt des maths, et se fait de la publicité : ainsi un blog du
Monde
annonce qu’elle va recruter « des centaines d’autistes »
pour « leurs talents mathématiques ». Comme l’explique L’Expansion, les
autistes compensent « un contact difficile avec le monde » par « une capacité de concentration et de mémorisation qui peut faire des miracles ». En est-il vraiment toujours ainsi ? N’est-ce pas, plus précisément, de syndrome d’Asperger, plutôt que d’autisme dont il est question ici ? D’autres questions restent sans réponse : par exemple, que disent les intéressés de ces offres de recrutement ?

Le niveau baisse ! Cette complainte éculée est éclairée par un article sur
AgoraVox, où une comparaison minutieuse révèle que 56% du contenu du programme de
Terminale de 1970 a disparu du programme de 2013. Il y a certes des nouveautés : certains résultats avancés de probabilités, tel le « modèle de diffusion d’Ehrenfest ».
L’auteur, Dany-Jacques Mercier, se demande si « il n’y a pas une arrière-pensée politique dans l’écriture de ces nouveaux programmes » destinés à produire des techniciens plus
que des scientifiques. D’autant que les auteurs des programmes, comparés au Trissotin » des Femmes Savantes, n’ont pas tenu compte des mises en garde de l’Académie des
Sciences. Et donc, le niveau baisse ? Pas si clair, répond Dany-Jacques Mercier dans un autre
article
, toujours sur AgoraVox : « La dégradation de l’enseignement n’est ni prouvée,
ni une catastrophe ! ». De son côté, Sud-Ouest s’interroge : « Mais pourquoi les
Français sont-ils si nuls en maths ? ». Les causes seraient à rechercher dès le cours préparatoire : ainsi l’Association nationale de prévention de l’innumérisme préconise le
retour des abaques ! Obamaths enfonce le clou : les élèves français sont « malades des
maths », et l’« arithmophobie », l’angoisse des maths, toucherait plus de la moitié des collégiens ...

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Trissotin

Machistes, les maths ? Libération, rendant compte des journées « Femmes et Mathématiques » organisées
par Animath, fait la chasse aux « formules mathémachistes ». Le sexisme se niche jusque dans les manuels scolaires : les bouquins de maths contiennent cinq fois plus d’hommes
(réels ou imaginés pour les besoins d’un exercice) que de femmes. Parmi les personnages célèbres, c’est encore pire : Marie Curie est avant tout la femme de Pierre, et Sophie
Germain
n’est qu’une « femme épithète » collée à ses nombres premiers. Et la première programmeuse au monde, Ada Augusta King (=Ada Lovelace), n’est jamais citée ! À
rapprocher de la constatation du site PassionSanté.be : « les compétences en mathématiques sont identiques
entre les garçons et les filles. Mais celles-ci se sous-estiment ». La parité à l’université est aussi évoquée autour du projet de loi Fioraso : on lira dans le Nouvel
Observateur
qu’un objectif en est
la « lutte contre les stéréotypes qui ont la vie dure dans des disciplines considérées masculines, comme les mathématiques ». Cependant, ce projet de loi mécontente les
universitaires qui craignent que « la précarité grignote de plus en plus l’emploi dans nos laboratoires », comme s’en font l’écho Le
Monde

ou Libération.
L’Humanité est plus direct : « Fioraso adopte la loi du marché ».

Rencontres

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Réussite à l’énigme des chapeaux

Vous l’aurez constaté, le soleil est absent ce mois de mai, mais réjouissons-nous, c’est la période des rencontres, concours et autres casse-tête mathématiques, dont les vertus sont joliment résumées par Martin Gardner sur le Blog du Coyote, qui nous rappelle au passage que selon Littlewood, « un bon casse-tête mathématique peut apporter davantage aux mathématiques qu’une douzaine d’articles médiocres » ! En guise de mise en bouche, les épisodes 6 à 9 des maintenant classiques défis du journal Le Monde nous sont proposés, avec dans l’ordre le problème du nombre mystère, celui des demi-verres, des chapeaux et l’énigme du parking. Les plus sérieux trouveront les réponses par eux-mêmes, quant aux autres...vous savez sans doute déjà qu’elles sont données çà et là sur la toile !

Les traditionnels rallyes mathématiques sont aussi au rendez-vous, à commencer par Gramat dans le Lot où, selon La Dépêche, les professeurs de mathématiques du collège La Garenne savent « motiver leurs élèves » pour y participer, mentionnant au passage l’atelier MATh.en.JEANS. Divers collèges de la région lilloise sont aussi concernés, où comme le relate La voix du Nord ici et , l’objectif est clairement affiché : la finale à Lille. Laure Brutel, professeur de mathématiques, rappelle quant à elle dans La voix du Nord, que cela « prépare la liaison CM2 – 6e », les rallyes permettant d’ailleurs de « donner envie de chercher et de se dépasser ». En voici des lycéens motivés : ceux du lycée Descartes à Tours qui, à en croire La Nouvelle République, sont fin prêts pour le « Championnat de France des maths », avec en ligne de mire une qualification pour le Championnat du monde (ben oui, tant qu’à faire !) le 10 juillet en Roumanie. Moins compétitifs peut-être, les lycéens du Creusot ont selon le Journal de Saône et Loire participé à la Journée des mathématiques, composée de divers ateliers et conférences. Le but : « présenter les maths sous le jour le plus actuel possible », avec des thèmes tels que la cryptographie ou « prendre des décisions intelligentes dans un monde aléatoire », ou encore « une équation pour tout »...Un succès semble-t-il, car les activités ont « captivé des élèves qui ont compris que les maths étaient partout ».

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La force brute

Attention, cette myriade de jeux et concours mathématiques n’est pas réservée à l’hexagone ! Reprenons en effet l’exemple du jeune Belge Alexandre, à l’honneur dans La Province, à peine âgé de 10 ans et qui, passionné par le Rubik’s cube et les problèmes mathématiques sous-jacents, compte participer à un concours international de maths à Moscou. Rassurons-nous, car sa maman veille : le Rubik’s cube, « il peut y jouer maximum une heure par jour. Après les devoirs ». Et la télé, et les jeux vidéos alors ?

Autres horizons, le quotidien El Moudjahid évoque l’assemblée générale de la société mathématique algérienne, visant entre autres à développer la recherche et l’enseignement des mathématiques et de leurs applications « comme moyen pour promouvoir l’économie nationale ». L’assemblée s’est tenue à l’université des sciences et technologies d’Alger, dans
laquelle a par ailleurs eu lieu la sixième édition du colloque « TAMTAM » (pour « Tendances dans les Applications Mathématiques en Tunisie, Algérie et Maroc »), selon Obamaths. Cet événement « prioritairement tourné vers les jeunes chercheurs » pour leur permettre de « présenter leurs premiers travaux », et dont les thèmes furent
principalement le contrôle, les biomathématiques et l’électromagnétisme, « se veut également un trait d’union entre les chercheurs maghrébins de par le monde ». L’Afrique a également son lot de concours ce mois-ci, à commencer par le Sénégal qui selon Obamaths prépare au lycée Kennedy de Dakar la constitution de son équipe-type pour les « Olympiades parafricaines de mathématiques » qui se tiendront à Abuja. L’objectif pour ce pays où « les sciences littéraires sont hégémoniques sur les sciences mathématiques » est de « détecter des talents » pour cet événement. Autre rencontre à noter, en Guinée cette fois et mentionnée dans le journal Guineeconakry, les olympiades scolaires « Fanta Mathématique et Sciences » parrainées par une marque de boisson (devinez laquelle ?), durant laquelle des lycéens plancheront sur des problèmes de mathématiques, physique, chimie et biologie. M. Gomis, directeur de l’entreprise locale concernée, nous assure qu’outre son aspect commercial, le projet vise à « promouvoir l’excellence »...Quant à M. Condé, représentant de la direction communale de l’éducation, il explique que c’est une occasion pour « réveiller en nos jeunes enfants, “le savant, le scientifique et le sage” qui dort en eux, mais également de permettre d’éteindre en eux, “la brute, le mauvais qui les hantent” ». Nous voilà rassurés !
N’oublions pas le concours « Louga-Miss Mathématiques », qui comme nous l’explique le site presseafrik.com et l’agence de presse Sénégalaise, a pour but de faire « exceller les filles dans les matières scientifiques » et d’« augmenter les effectifs des filles dans les séries scientifiques », les préparant au passage au concours national qui aura lieu en mai à Dakar.

Plus loin, nos amis québécois ne sont pas en reste avec la huitième édition du « festival 24 heures de sciences » qui, comme le relate le site infobourg.com propose une liste de 250 activités dispersées dans tout le Québec, entre conférences, animations, excursions, défis et visites de laboratoires de recherche. Le thème 2013 intitulé « on compte pour la science ! » fait la part belle aux mathématiques. Citons par exemple l’initiative du « bar des sciences », relayée par le site lavantage, et animée par cinq scientifiques sur le thème « comment prévenir les événements ? Depuis les prophéties jusqu’aux modèles mathématiques », tentant ainsi de répondre au dilemme suivant : « doit-on se fier aux prophètes ou aux modèles mathématiques ? » À vous de juger !
Les jeux, la logique et le Rubik’s cube (encore lui) étaient par ailleurs à l’honneur à l’école du Boisé, où les « amateurs de mathématiques avaient rendez-vous », nous explique le site info07...mais au fait, c’est où ? Au Québec !

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Et voilà !

Rencontre d’un autre type enfin, celle entre un journaliste du Mauricien.com et le professeur de mathématiques Jacques Vauthier, spécialiste de philosophie des sciences. Celui-ci est longuement interviewé, abordant pêle-mêle différents thèmes de l’histoire des sciences et de la philosophie inhérente, nous faisant voyager autour de Gödel, Darwin ou Mendel pour ne citer qu’eux, sans oublier de nous alerter au passage sur les dangers de l’intuition du scientifique : « On ne peut pas dire tout ce qu’on veut simplement parce qu’on a une intuition ». Et de conclure : « L’homme ne peut pas prévoir ce que sera la race humaine dans 2000 ans, car il n’existe ni équation, ni solution à cette équation, ni prévision et vérification par l’expérience pour le prouver ».
Et le Rubik’s cube dans tout ça ? Et la réponse à la question des demi-verres ?

Parutions

Mathématiquement Vôtre : Déjà 12 numéros en ligne ! La dernière livraison est aussi riche que les précédentes avec un sommaire passionnant. Une revue pour les lycéens, réalisée par une équipe de lycéens, d’enseignants et de parents volontaires qui publie régulièrement (et gratuitement, comme Accromaths) un journal équilibré et de qualité professionnelle, cela mérite d’être souligné et salué ! Difficile de résumer en deux mots ce nouveau numéro et son lot d’articles originaux. Le mieux est de télécharger ce MV 12 et de le lire tranquillement.

Le chaos des triangles de réflexion : Si vous construisez le symétrique de chacun des sommets d’un triangle par rapport au côté opposé et itérez l’opération, vous serez assez surpris … Une solution complète de ce problème a été proposée par l’auteur de l’article que nous propose Pour la Science dans son numéro de juin. « Les triangles de réflexion sont un joli exemple de système dynamique intéressant, et bien d’autres univers voisins restent à explorer » conclut Grégoire Nicollier.

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L’arrière-petite-fille de la tortue de Lo Shu

Les carrés magiques géométriques : Les carrés magiques passionnent depuis que, selon la légende chinoise, la tortue de Lo Shu est sortie de la rivière Lo pour la première fois il y a près de quarante-huit siècles. La rubrique Logique et calcul du même numéro de Pour la Science est consacrée aux carrés géomagiques. C’est la passion d’un amateur de carrés magiques qui vient de donner naissance à cette nouvelle discipline. Jean-Paul Delahaye nous rappelle que Lee Sallows propose une belle galerie de carrés magiques géométriques. Comme d’habitude l’article est à la fois complet, abondamment illustré et abordable par un large public.

Billards rationnels : Dans le numéro de juin de La Recherche l’interview mensuelle d’un mathématicien met en lumière Sébastien Gouëzel. « Mettant à profit les outils des systèmes dynamiques, une équipe française a étudié des espaces qui expliquent le comportement des billards mathématiques. »

Goldbach et les sommes de nombres premiers : Toujours dans la Recherche un article d’Olivier Ramaré qui a établi en 1995 que : tout entier pair est la somme d’au plus six nombres premiers ; Terence Tao a montré en 2012 que : tout entier supérieur à 1 est somme de cinq nombres premiers au plus. « Depuis l’énoncé de la conjecture [dont nous avons déjà parlé ici et ndlr] il y a deux cent soixante-dix ans des mathématiciens tentent de la démontrer. Une variante très proche est en passe de l’être. ». L’article évoque deux axes de recherche qui sont explorés : combinatoire et analytique, avant de conclure.

Pour finir

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Dynamo ci
© Yoyo Mom
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Dynamo là
© Yoyo Mom

Marre du mauvais temps ? Allez donc voir l’exposition Dynamo au Grand Palais ! Après Le Monde et le Figaro le mois dernier, c’est La Voix du Nord et toute la webosphère qui vous y invitent.

Autres options : aller voir « des pièces uniques en néon » de l’« architecte et mathématicien Piotr Kowalski » (next.liberation.fr) ou alors, sans même bouger de chez vous, visiter Hong Kong sous un angle vertigineux avec l’artiste Romain Jacquet-Lagrèze, comme vous le suggère le site ecrans.fr. Et pour revenir à la case départ, le coyote vous propose un vol au-dessus d’un nid de fractales.

Post-scriptum :

Les photos de la demoiselle visitant l’exposition Dynamo sont reproduites avec l’aimable autorisation de Jaimee & Claire, alias Yoyo Mom.

Commentaire sur l'article

  • Revue de presse mai 2013

    le 5 juin 2013 à 08:13, par Grégoire Nicollier

    Dans Arithmétiques médiatiques, premier paragraphe :

    « Si l’on pouvait remplacer ce nombre par 2, cela confirmerait la fameuse conjecture des nombres premiers jumeaux. »

    Il faut remplacer 2 par 3 !

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