Revue de presse mai 2014

1er juin 2014  - Rédigé par  L’équipe Actualités Voir les commentaires (1)

Une touche de foot avant l’overdose, la géométrie dans tous ses états, quelques bruissements à l’approche du congrès mondial des mathématiciens, et une question récurrente : qu’est-ce qu’un mathématicien ? Mais ceci est juste un aperçu de ce que nous vous donnons à lire. Vous trouverez aussi dans ce qui suit de belles initiatives, des histoires étonnantes, quelques sons de cloche dissonants, et des suggestions de jeux et de lectures pour l’été…

Âge d’or ?

« Ô mathématiques sévères, je ne vous ai pas oubliées, depuis que vos savantes leçons, plus douces que le miel, filtrèrent dans mon cœur, comme une onde rafraîchissante. » Ainsi commence ce vibrant hommage aux mathématiques par Isidore Ducasse, composé sous le pseudonyme de comte de Lautréamont dans l’un de ses Chants de Maldoror. Le blog Inclassables Mathématiques en a repéré une version à écouter sur YouTube.

Une forme plus moderne d’enthousiasme est portée par le mathématicien Jean-Pierre Bourguignon. Président du Conseil Européen de la Recherche depuis 2013, il s’est exprimé longuement à propos de la recherche et l’Europe sur France Culture. Il est ainsi question de l’avenir du budget attribué aux ERC (acronyme de « European Research Council » désignant couramment les bourses de recherche allouées par ledit Conseil), et plus généralement de la politique européenne de la recherche et des liens avec les entreprises. On peut également trouver la restitution d’un entretien avec Jean-Pierre Bourguignon sur le site
ParisTech review [1]. Selon lui, ce pourrait bien être le début d’une nouvelle influence des mathématiques, car « les domaines qui mobilisent les mathématiques avancées sont aujourd’hui considérablement plus nombreux qu’il y a vingt ans ». Et il ne s’agit pas seulement de « mathématiques appliquées », « car les avancées technologiques stimulent des travaux de recherche en mathématiques fondamentales et beaucoup de choses restent à faire du côté de la théorie. En fait, dans ce nouveau contexte, les mathématiques fondamentales ne peuvent être disjointes des mathématiques appliquées : elles doivent être considérées comme un tout. » Le texte fourmille d’exemples à méditer.

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L’âge d’or
Lucas Cranach l’Ancien

Voici donc le « nouvel âge d’or des mathématiques » ? C’est en tout cas le titre d’un entretien avec Ingrid Daubechies dans le quotidien L’Opinion [2]. Brillante physicienne et mathématicienne belge naturalisée américaine, professeure à l’université de Princeton, elle est actuellement présidente de l’Union Mathématique Internationale, qui s’apprête à décerner de nouvelles médailles Fields. Les relations entre les mathématiques, leurs applications et les autres sciences sont abordées à travers divers exemples (format JPEG2000, Big Data et « neuro-informatique », restauration et authentification de toiles, géométrie différentielle appliquée à la paléontologie, etc.). « Mathématiser, ça ne consiste à pas à rendre un problème abstrait. Bien au contraire. Il s’agit d’écouter un collègue exposer son problème bien réel puis de le mettre en musique, en équations. Ils apprennent en retour à formuler leurs problèmes autrement et ce nouveau regard nous pousse vers de nouveaux outils mathématiques. » Pour Ingrid Daubechies, « c’est largement des maths, à travers la qualité des formations d’ingénieurs, que dépend l’avenir technologique d’un pays ».

Alors, âge d’or des mathématiques peut-être, mais le CNRS n’est pas à la fête sur le blog Mediapart de Robert Chaudenson : « Le CNRS, pépinière de Prix Nobels ? La bonne blague ! » dit-il. Chacun se fera son opinion, les commentaires sur cet article ne sont d’ailleurs pas inintéressants ! Colère aussi (et à nouveau, car nous vous en avons déjà parlé ici) dans cet article du New
Scientist
par Tom Leinster, mathématicien à l’université d’Edinburgh, appelant à cesser toute collaboration avec la NSA. Que ce soit sur le site Developpez.com ou sur Silicon.fr, le son de cloche est le même : « Les mathématiques sont nobles ! Elles peuvent être utilisées pour servir le peuple et non lui nuire ». Tom Leinster lance ainsi cet appel à ses confrères « Nous sommes des humains avant d’être des mathématiciens. Si nous n’aimons pas ce que font les services secrets, ne coopérons pas ».

« “Mathématicien (en entreprise, dans l’industrie ou dans l’enseignement)”, c’est étrange, comme concept. Moi qui enseigne en collège, je ne fais pas du tout le même métier que Cédric Villani ou Alain Connes. Mais bon, je veux bien exercer le meilleur métier du monde ! », s’exclame Claire Lommé sur son blog, Pierre Carrée, après ce classement que nous vous signalions le mois dernier. Oui enfin, cela peut être un métier dangereux, si l’on en croit l’histoire de ces deux jeunes filles dont parle RTL Belgique !

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Europe à colorier
Combien de couleurs ?

Est-ce parce qu’il exerce un métier différent qu’il est apprécié des collégiens et lycéens ? Cédric Villani est toujours aussi omniprésent sur la toile et les ondes. De sa simple rencontre avec des jeunes au Luxembourg, relevée sur le site Lessentiel, en passant par l’émission La voix est libre sur France 3, il défend l’Europe sur Europe 1, promeut les Instituts Africains de Sciences Mathématiques (AIMS) au Cameroun (à voir sur Youtube), ou encore parraine l’opération « Compter avec l’autre », comme le rapporte La nouvelle république à l’occasion de la distribution des prix au Palais de la Découverte à Paris (on en verra d’autres lauréats dans Le Figaro, La voix du Nord et sur le site Bienpublic). Vu aussi à Shanghai pour un café des sciences (« Comment naissent les idées, monsieur Villani ? ») et une conférence sur « l’avenir du système solaire et des étoiles » à l’école d’ingénieurs SJTU-Paris Tech, cet infatigable voyageur a fait escale à Oslo, où il a rencontré l’ambassadeur « afin d’évoquer la coopération franco-norvégienne sur les sujets scientifiques et éducatifs » et participé à « la soirée Abel filmaften organisée par l’Académie des Sciences et des Lettres et le comité du prix Abel », à l’occasion de la remise du prix Abel 2014 à Yakov Sinai. Un succès planétaire à donner le tournis à la diplomatie française !
À noter que son livre Théorème vivant trouve toujours plus de fans (lire par exemple le billet Mango lila sur le blog Liratrouva2), et que le journal suisse Le Matin Dimanche sort à son tour la collection qu’il a parrainée l’an dernier, « Le monde est mathématique ».

Modèles

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Pénurie de mathématiciens

Nos lecteurs savent peut-être que la finale de la coupe de France de football a opposé cette année Rennes et Guingamp, comme il y a cinq ans ! Le quotidien Ouest-France s’est interrogé sur la probabilité d’une telle coïncidence [3], et a questionné pour l’occasion le statisticien Bernard Delyon. Une chance sur vingt-sept millions ? Une sur 1770 ? Comme il ressort de l’entretien, un tel calcul est assez mal défini. Le mathématicien en vient même à déclarer que « les statistiques n’ont vraiment pas grand-chose à voir avec le foot ». Football toujours, Étienne Ghys évoque dans Le Monde les recherches du probabiliste Julien Guyon, qui s’est intéressé au tirage au sort de la prochaine coupe du monde. Il ressort de son travail que la formation des groupes de qualification n’est pas franchement équitable, et le chercheur suggère des procédures de remplacement. Étienne Ghys en profite pour mentionner le Congrès international des mathématiciens, qui a lui aussi lieu tous les 4 ans. Mais comparaison s’arrête sans doute là, l’échelle de ces rassemblements n’étant pas franchement comparable : en effet, « même si tous les chercheurs en mathématiques se décidaient à venir à Rio, ils ne rempliraient pas le stade Maracana » !

Toujours dans le sport, un communiqué de presse de l’École Polytechnique revient sur des travaux que nous avions déjà évoqués ici et dont on peut lire les détails (en anglais) , concernant un « modèle mathématique capable de proposer des programmes d’entraînements personnalisés selon l’état physiologique de chacun ». Grâce à un système d’équations différentielles prenant en compte de nombreux paramètres et à la théorie du contrôle optimal, ils ont notamment confirmé que varier sa vitesse permet de mieux dépenser son énergie et de courir plus longtemps. L’information est reprise par le site Usine Nouvelle, qui pointe aussi vers l’un des tout premiers travaux scientifiques sur le sujet, remontant aux années 1970, par l’américain Joseph B. Keller.
À propos de modélisation pour la biologie, on trouvera sur un blog de l’Agence Science Presse québécoise, une recension d’« un essai [4] sur l’état de l’art en modélisation mathématique du fonctionnement cellulaire » publié par Jeremy Gunawardena, du département de Biologie des Systèmes de Harvard. Mathématicien de formation, ce chercheur plaide pour la « modélisation directe » par opposition à la « modélisation rétrospective ». Dans la première il s’agit de suivre une approche phénoménologique « partant des principes de base simple, et permettant de faire des prédictions », tandis que la seconde vise « à reconstruire un modèle structuré rendant compte des données ». Il y a certainement là matière à réflexion.

Nous vous avons déjà parlé de l’histoire peu banale de cet américain devenu semble-t-il un « génie mathématique » après une commotion cérébrale. Celui-ci vient de publier son autobiographie. Après être tombé dans le coma à la suite de violents coups à la tête, Jason Padgett a remarqué à son réveil une capacité à voir le monde différemment, comme nous le racontent le Journal de Québec, la Libre Belgique mais aussi Maxi Sciences et 20 Minutes. Ces médias reprennent en fait un article (en anglais) du Huffington Post. Les aspects précis de son génie ne sont pas clairement expliqués : il voit « des formes et des angles partout » car « tout a pris un côté pixelisé », et le monde est à ses yeux formé de « discrètes structures avec des lignes les reliant ». C’est cependant un cas d’école pour les neuroscientifiques et autres spécialistes du cerveau.

Plus que controversée en son temps, la mathématicienne Maria Gaetana Agnesi a eu les honneurs d’un doodle animé le 16 mai dernier pour son 296e anniversaire. Elle est notamment connue pour la courbe qui porte son nom et qui est reproduite par le doodle en question. Cet hommage a été remarqué par le magazine Le Point et le site Weblife. Décidément très attentif aux doodles, Le Point n’a pas manqué le 40eanniversaire du Rubik’s Cube.

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Caduque

La sécurité des protocoles de chiffrements informatiques est-elle en péril ? Pas vraiment semble-t-il, mais des résultats dus à des chercheurs de laboratoires français, et présentés ce mois-ci à la conférence Eurocrypt à Copenhague, montrent que le calcul du logarithme discret se révèle dans certains cas plus facile que prévu. Or, c’est sur la difficulté de ce calcul que reposent certaines procédures de cryptage, comme l’indique
Futura Sciences (article signalé par le coyote). Heureusement, comme le souligne David Larousserie dans Le Monde, cela
« ne concerne pas la plupart des protocoles effectivement utilisés dans la vie quotidienne ». Ainsi cette faille « ne met pas par terre le commerce mondial », dixit l’un des auteurs de l’article. Il s’agit néanmoins d’ « une des grandes avancées dans le domaine » selon un autre chercheur.

Plus anecdotique au premier abord est la mode des prénoms. Le Monde nous propose des cartes interactives permettant de voir, région par région, le prénom (masculin ou féminin) le plus fréquemment donné, chaque année depuis 1946. La façon dont le prénom le plus à la mode se diffuse n’est pas sans rappeler certains modèles en biologie. Cependant, « on se rend compte qu’elle [la diffusion] est de plus en plus rapide, et que le prénom reste moins de temps dans les plus donnés », selon « Thierry Mayer, professeur d’économie ».
Le journaliste note aussi que l’influence des séries et films, ou de la culture américaine, est somme toute assez légère. Pour une analyse plus détaillée, mentionnons un article de l’an dernier sur Slate.fr, où l’on peut suivre l’évolution statistique de plusieurs prénoms simultanément au cours des années.

Crise des vocations

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Ça cloche grave, je te dis !

Suite à la publication des résultats de la session exceptionnelle du CAPES externe de mathématiques fin avril, la presse s’alarme. Le Monde (« La France va-t-elle connaître une pénurie de professeurs de maths ? ») et Ouest France reprennent une dépêche AFP précisant que
« 793 candidats ont été admis en liste principale, soit moitié moins que les 1 592 postes à pourvoir. » Autrement dit, dans une discipline « déjà considérée comme l’une des disciplines dites « déficitaires » depuis plusieurs années », la moitié des postes ouverts au concours n’ont pas été pourvus, faute de candidats de niveau suffisant. Bernard Egger, pré­sident de l’association des pro­fes­seurs de mathé­ma­tiques de l’enseignement public (APMEP), rappelle à vousnousils que le problème a com­mencé à appa­raître il y a quatre ou cinq ans. « Le nombre de postes pour­vus est glo­ba­le­ment resté stable[...]. Ce qui a beau­coup aug­menté, c’est l’offre [...] pour par­ve­nir aux créa­tions de postes annon­cées sur la durée du quin­quen­nat. [...] Le faible nombre de can­di­dats reste le nœud du problème. » Alors, les profs de maths sont-ils « une espèce en voie de disparition ? » Question posée sur le blog Pierre Carrée, où Claire Lommé réagit à l’article du Monde. Enseignant les maths en collège, voici ce qu’elle dit : « Je vois de plus en plus de collègues qui n’en peuvent plus, qui sont épuisés. Des profs extraordinaires, tout usés. Ça cloche grave, comme dirait un de mes élèves. » Et en effet, lors d’une table ronde organisée par L’Humanité sur le thème Notre société dévalorise- t-elle les mathématiques ? , Cédric Villani met en garde : « Il est temps de s’inquiéter du moral de nos enseignants, les vrais héros du système.[...] Si vous voulez détruire un pays, commencez par démoraliser les enseignants, tout le reste suivra ».

Qui pour transmettre l’enthousiasme ? Comme l’explique Étienne Ghys à francetvinfo, « lorsqu’un élève décide qu’il va passer une partie de sa vie dans les mathématiques, il s’oriente rarement vers la voie universitaire qui mène au CAPES. Il fait math sup, math spé et intègre une grande école. Il devient ensuite ingénieur ou chercheur avec une carrière bien tracée ». « Être enseignant, c’est un choix de vie. Il ne suffit pas d’aimer les mathématiques pour être professeur. Il faut aimer les enfants, aimer transmettre, aimer le contact ».
Le journal L’union-L’ardennais est allé à la rencontre d’étudiants en licence de mathématiques à Reims. « Alexis Gobé ne sera pas professeur de mathématiques. » Il « sera banquier : “J’ai envie d’avoir un bon salaire. Professeur est un métier qui implique des responsabilités mais qui n’est pas rémunéré en conséquence.” » Guy Bourgeois, secrétaire académique du syndicat Snes, confirme qu’il est urgent d’augmenter les salaires : « Un jeune diplômé, obligatoirement d’un niveau bac +5, commence avec un salaire net de 1 600 euros, il ne passera la barre des 2 000 euros qu’au bout de quinze ans. »
Heureusement, il reste des jeunes motivés : « J’ai envie de transmettre mon savoir à des jeunes » dit l’un, « j’ai toujours voulu être professeur » dit l’autre, mais ils sont de moins en moins nombreux.

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Amphi à remplir

Le Monde, rappelle chiffres à l’appui que, plus largement, « les étudiants désertent les amphis de physique, chimie ou encore de mathématiques.[…] Il y a une absence notoire d’enthousiasme à l’idée de réussir à résoudre un problème. » « Or, cet enthousiasme doit être pris tout petit, dès la maternelle », dit un enseignant-chercheur. Recrutera-t-on les futurs enseignants via les « réseaux sociaux » ? Le site réponse à tout raconte comment des lycéens en terminale littéraire à Libourne (Gironde) ont réclamé, et semble-t-il obtenu, un professeur de mathématiques sur une page Facebook.
Selon le site Lemag.ma, les Pays-Bas souffrent de la même pénurie, attribuée elle aussi au niveau de salaire trop bas (pourtant nettement plus élevé qu’en France, selon les chiffres de l’OCDE donnés sur francetvinfo).

Au Canada, c’est la « guerre des maths » entre provinces suite aux résultats de l’enquête Pisa. Selon le site Succès scolaire, « les élèves québécois seraient les meilleurs en mathématiques au Canada et en Occident ». En Ontario et en Alberta, on réagit : les parents signent des pétitions et « s’inquiètent du fait que les élèves auront de la difficulté à résoudre des problèmes de plus en plus abstraits s’ils n’acquièrent pas bien les connaissances de base telles les tables de multiplication ».Les élèves tchèques, eux, boudent les mathématiques à la maturita, le baccalauréat tchèque. Sur le site de radio.cz, on peut lire que cela « fâche quelque peu le ministre de l’Education : “Nous avons plus de lycéens qui s’inscrivent aux épreuves de langue plutôt qu’aux épreuves de mathématiques. C’est une des choses que j’aimerais changer à l’avenir : changer le regard porté sur les mathématiques” ». Il aimerait travailler sur la pédagogie
« il s’agit de ne pas seulement former des spécialistes sur des problématiques particulières mais des personnes qui savent transmettre ce savoir de façon intelligible et adaptée à l’âge des élèves ». À Maurice, le taux de réussite en maths est en déclin. Dans L’express, des enseignants critiquent le système éducatif, « trop centré sur les examens », mais disent aussi que « Les élèves sont plus paresseux de nos jours. Les maths demandent beaucoup d’effort mental. »

Espoirs

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La cour des futurs grands

Les participants aux divers rallyes partout en France ne ménagent pas leurs efforts, et leurs aventures sont abondamment relatées par les journaux locaux. Mention spéciale à une petite mise en équation sur le site Bien Public : « prenez 2 728 élèves venus de 26 collèges du département (7 068 dans toute la Bourgogne), répartis en groupe de 4, vous arrivez à 731 équipes compétitrices. Faites les plancher sur 12 énigmes mathématico-ludiques. Une fois les copies corrigées et notées, on arrive à 128 lauréats ». La Dépêche rappelle en citant les organisateurs de Midi-Pyrénées que
« ça marche très bien, on n’a pas besoin de démarcher les établissements » ! Les petits lyonnais ont même eu la visite de la rectrice de l’académie pour la finale du rallye sur le campus de la Doua, comme le précise Lyon Mag.

Autres concours, autres lauréats, on parle aussi ce mois-ci des Olympiades de mathématiques (sans que cela concerne toujours la même chose).
Une première édition a eu lieu en République du Congo, associée à un concours « Miss Mathématiques » : c’est à lire dans La Semaine Africaine. La Nouvelle République fait le portrait de trois lauréats de la mention honorable aux Olympiades : Clémence et Hugo puis Gaëtan.

Une initiative originale pour motiver les jeunes est racontée dans Nord Littoral. « Cinq professeurs de la même génération, tous issus de l’Université du Littoral de la Côte d’Opale [ont eu] envie d’imbriquer le second degré et l’université ». L’idée les a conduits à « former des binômes entre collégiens et étudiants en master de mathématiques de l’université ». La Voix du Nord précise cette « idée un peu folle [de leur faire] préparer et présenter un mémoire de recherche sur des sujets aussi variés que complexes, comme les suites ou la parabole, thèmes totalement inconnus en collège ». Au final, beaucoup de fierté chez ces collégiens, applaudis et félicités pour leur travail, qui sur le nombre d’or, qui sur la cryptographie.
« Et qui sait, d’ici quelques années, la France aura-t-elle un chercheur de plus qui aura fait ses premiers pas au collège MLK ? » conclut l’article.

Du côté des grands, Sciences et avenir signale l’attribution du prix d’Alembert 2014 « conjointement au réalisateur Olivier Peyon, [pour son film Comment j’ai detesté les maths ], et à l’association Maths pour tous », très active en région PACA. Par ailleurs La Dépêche publie un entretien avec Persi Diaconis à l’occasion de sa conférence « Mathématiques et tours de magie » [5]. Aux gens qui ont peur des maths il dit : « c’est OK, on se calme, les maths c’est fun. » Presqu’aussi fun que son parcours, qui mérite le détour à lui seul.

Aγεωμέτρητος μηδεὶς εἰσίτω

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Formation de Dürer ?

Le site Jactiv.ouest-france nous parle du « semestre thématique sur les géométries » organisé par « le Centre de mathématiques Henri-Lebesgue, laboratoire d’excellence coordonné par l’université de Rennes 1 [et dédié] particulièrement aux géométries des espaces de module ». Il devrait rassembler chercheurs et étudiants de pays divers et variés, « Allemagne, Angleterre, Chine, Corée, États-Unis, Inde, Italie, Japon, Mexique, Taiwan, Vietnam, etc. », pour explorer et en apprendre toujours plus sur ce « domaine de recherche très actif ».

Loin de ces recherches pointues, on retrouve la géométrie sous plusieurs formes artistiques. Exemple avec le peintre Paolo Uccello, qui peut être considéré comme le précurseur de l’art géométrique. Dans une vidéo disponible sur Dailymotion, Anne Steinberg-Viéville montre en effet comment, dès le début, il a mis « la perspective au service d’une dynamique, [commis] des fautes d’optique [et inventé] l’image chronoscopique pour privilégier le Temps par rapport à l’Espace [et] représenter le mouvement ». Toujours sur Dailymotion, cette ancienne prof de lettres nous offre une présentation d’un « humaniste polyvalent, artiste et savant », Dürer. À l’époque de la Renaissance, il « fonde sa peinture sur la géométrie » pour représenter principalement l’humain et la nature.

Depuis, d’autres artistes mathématiciens ont suivi les pas de Dürer et Uccello. C’est d’une certaine façon le cas de ce québécois, Etienne Saint-Amant, à « la démarche artistique peu commune » dont « les outils de création sont en fait des formules mathématiques ». Dans une vidéo qui accompagne un article du Journal de Sherbrooke, il présente son exposition Matérialisation, où l’on peut apprécier « ses œuvres récentes ». Il explique la conception de ses « outils de création » : « par exemple, si je veux créer des mouvements de turbulence dans des nuages, je dois écrire un système algébrique. Ce système devient mon outil de composition ». Les mathématiques sont donc le cœur de tous ses travaux. Et il n’est pas le seul à faire usage de cette science dans un but artistique. Nous pouvons parler de Sonia Lendrieux, jeune infographiste de 21 ans qui « s’attache à une forme géométrique bien particulière : le triangle ». Sud Ouest annonce ainsi l’exposition de cette « artiste cubzaguaise », « Le Cerveau d’un triangle », dont l’univers « oscille entre Asie et Afrique, entre mandala, rosace ou art africain ». Le journal parle d’ « un véritable dépaysement ». Le « collectif jordanien Warsheh composé de Mothanna Hussein et Hadi Alaeddin », quant à lui, « nous offre une jolie rencontre entre art classique et géométrie ». Quelques extraits de cette « série de créations visuelles » “NOT ART“ sont visibles sur le site Ufunk.

Allier les mathématiques et l’art, ça ne date pas d’hier. L’exposition Abstractions géométriques belges de 1945 à nos jours a pour but de retracer l’histoire de ces formes artistiques et, comme l’explique un article du site mad.lesoir, « les replacer dans le cadre historique de leur époque » afin « de les comprendre pleinement ». Divers artistes sont ainsi exposés au Musée des Beaux-Arts de Mons actuellement et jusqu’au dimanche 13 juillet.

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Leçon d’art

Des élèves de « 6e du collège Gaston-Bonheur » se sont également prêtés au jeu de la géométrie artistique. La Dépêche explique que « ce projet, constitué de trois panneaux de 0,80 m sur 0,80 (…) est le fruit d’un travail collectif et interdisciplinaire qui a permis aux élèves d’exprimer à la fois leur rigueur (…) et leur sensibilité (…) ». Sur le blog de la commune de Trèbes, on peut lire que les élèves ont mené à bien ce projet accompagnés de « Madame Du Cos de Saint Barthélémy, professeur d’arts-plastiques et Madame Agnel, professeur de mathématiques », avec « un résultat surprenant inspiré de pavements qui trouvent leur origine dans les sols de l’église Saint Marc de Venise ».

La géométrie fait décidément partie de l’actualité. En effet, le samedi 3 mai, Arte a diffusé « un court métrage d’animation lituanien » intitulé Géometrie non-euclidienne [6], qui « raconte une relation triangulaire, voire carrée » évoquant « la haine de soi et les rencontres dans des lieux secrets » et décrivant « les lois de l’amour ». Assez géométriques, les paysages vus du ciel montrés par El País valent le coup d’œil. Et puis les amateurs pourront admirer des octaèdres originaux sur le site upsideart. Les abeilles, reines de la géométrie ? La rubrique animalière, au début de l’émission Continent Sciences sur France culture du 5 mai dernier, vous explique tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les alvéoles construites par ces merveilleux insectes.

Parutions

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Rêve éveillé

Le « coup de coeur » du Prix d’Alembert et Decerf a été attribué cette année à l’album C’est mathématique !, écrit par Carina Louart et Florence Pinaud, illustré par Jochen Gerner et paru chez Actes Sud. Le lecteur, dès 9 ans, y apprendra comment on utilise les mathématiques « pour faire ses courses », comment elles « ont permis aux premiers hommes de maîtriser le monde » ou encore quelles « ressources magiques » elles semblent avoir. Tout un programme ! Toujours en littérature jeunesse, L’Ecole des Loisirs réédite Le Creux des maths de Christine Avel. On y rencontre Abel, onze ans, issu d’une « famille qui a la bosse des maths depuis des générations » . Hélas, « lui, quand il voit des chiffres, tout se brouille ». « Abel, qui a toujours rêvé de voyager, partira au pays des aurores boréales où l’attend un drôle de professeur ». Dans « La planète des maths » de Gisèle Benne chez le même éditeur et sur le même thème, Mathilde est de ceux pour qui « le calcul, ça cloche. Mathilde a beau faire des efforts, les chiffres sont un mystère pour elle. Pourquoi est-ce si difficile de régner sur la planète maths ? »

On se doute que Daniel Suchet, doctorant en physique dans l’équipe « Gaz de Fermi » du laboratoire Kastler-Brossel de l’École normale supérieure, n’a jamais eu à opérer pareille réconciliation. Les amateurs d’« histoires courtes » pourront écouter comment il « a puisé tout enfant dans un des premiers jeux d’intelligence sur ordinateur le goût de résoudre les apparents mystères du monde », goût qu’il applique maintenant aux équations de Maxwell.
Et pour les adeptes du calcul mental, le jeu à succès Mathador se décline désormais en application pour téléphones et tablettes, comme nous l’apprend Educavox.

Vous pourrez ensuite lire le magazine Quadrature, magazine de mathématiques pures et épicées, qui propose une sélection de ses articles en accès libre, comme le relève le coyote. Au sommaire, l’histoire des nombres imaginaires, l’interversion de l’ordre d’intégration dans une intégrale double, les singularités dans l’oeuvre du géomètre Apollonios, le calcul des probabilités dans les jeux de hasard, un algorithme de reconnaissance d’images, des problèmes et des actualités mathématiques.

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Urne spoliée ?

Bien sûr, il a été un peu partout question d’élections ces derniers temps dans les médias. Sciences et Avenir en profite pour pointer vers une intéressante méthode de « présentation des votes sur un graphique en deux dimensions [qui] donne littéralement à voir la fraude électorale », sur le blog de Avner Bar-Hen, Statistiquement vôtre

En kiosque, deux « Rendez-vous » à ne pas manquer dans le numéro de juin du mensuel « Pour la Science ». 

Avec Équations résolubles ou non ?, c’est un voyage à travers l’histoire des mathématiques qu’aborde Jean-Paul Delahaye dans sa rubrique mensuelle. Une histoire sur laquelle planent les plus grands noms dont quelques-uns sont en exergue. Un survol, forcement bref mais clair, du rôle moteur joué par la résolution d’équations. Les logiciels de calcul formel pourront-ils un jour résoudre ou non toutes les équations ? Connaît-on des équations définitivement insolubles ? « En cherchant à répondre à de telles questions, les mathématiciens ont, au fil des siècles, franchi des étapes capitales » écrit-il. Une aventure passionnante, des questions qui ne sont pas closes… « Les équations insolubles sont au cœur des mathématiques depuis l’Antiquité. C’est en les maîtrisant et en les comprenant que, bien souvent, les mathématiques avancent. » conclut l’auteur. 

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Le principe de Cavalieri en pièces

Ensuite, dans la rubrique « Histoire des sciences », ce sont les indivisibles de Cavalieri qui sont à l’honneur. Sous le titre « Guldin et les indivisibles de Cavalieri » nous trouvons un article d’Amir Alexander qui est une adaptation de son ouvrage « Infinitesimal : How a Dangerous Mathematical Theory Shaped the Modern World ». A l’aube de la naissance du calcul intégral, le débat entre Bonaventura Cavalieri et Paul Guldin ne relevait pas uniquement des mathématiques mais de conceptions différentes sur l’utilisation des mathématiques pour comprendre la nature de la réalité. 

Pour terminer, La Recherche nous livre, sous le titre : « J’ai une approche pluridisciplinaire des mathématiques », le portrait d’Emmanuel Breuillard lauréat de plusieurs prix et conférencier invité au prochain Congrès international des mathématiciens. Sa passion pour les mathématiques avait commencé avec un livre pour enfant que son père avait rapporté de Russie et fut confirmée au lycée avec, en particulier, un professeur qui l’a « beaucoup épaulé ». Sera-t-il le prochain médaillé Fields ? « Franchement, je ne pense pas. Il y a beaucoup de jeunes mathématiciens très talentueux. Et ce serait bien que la médaille soit attribuée à une femme : ce serait la première fois ».

Pour finir

On découvre les univers cachés de jeux mythiques que l’on ne présente plus, Pac-Man et le Shifumi, communément appelé pierre-feuille-ciseaux. Blogdemaths nous dévoile le côté mathématique [7] du célèbre Pac-Man, jeu « plus addictif que Flappy bird et 2048 réunis ». Quant au Shifumi, c’est le blog Big Browser du Monde qui nous donne carrément la solution ! Attention, il ne s’agit pas là d’une recette miracle pour gagner à tous les coups mais plutôt de « parvenir, pour les joueurs les plus habiles, à anticiper les choix de son adversaire (…) avec la rapidité requise ». Mince alors ! L’Université de Plymouth, en Angleterre, avait pourtant voulu bien faire en lançant une grande campagne « anti-triche » à l’approche de la période d’examens. Le Figaro nous explique que sur les affiches se trouvaient de véritables formules mathématiques « qui auraient en fait permis à des élèves de tricher aux examens ! ». Pourtant, « selon la direction », les posters étaient « situés (...) à une distance telle qu’il était impossible pour un étudiant de déchiffrer une formule pendant l’examen ». Cette dernière « a tout de même fait savoir (…) qu’elle avait décidé de « décrocher les affiches des murs » ». Enfin, saviez-vous qu’il était possible de « faire passer un bâton droit dans un trou incurvé » ? Voici donc une courte vidéo, repérée par le coyote, qui devrait vous surprendre.

Notes

[2Voir en accès libre la dernière page ici.

[3À propos de « coïncidences pas si étranges », on pourra lire cet article récent de Pour la science.

[4Disponible, en anglais, ici.

[5Conférence annoncée ici même.

[6Coïncidence, la BNF vient de mettre en ligne sur Gallica un cours de Paul Barbarin sur la géométrie non-euclidienne et « ses rapports avec la physique mathématique » datant de 1928.

[7Attention, si l’on se lance sur ce qui semble être une piste verte au premier coup d’œil, on est embarqué en freeride quelques virages plus loin.

Commentaire sur l'article

  • Revue de presse mai 2014

    le 2 juin 2014 à 10:25, par B !gre

    C’est sans doute un peu tard pour la revue de presse de mai, mais pourquoi pas en juin : un article sur la façon dont sont pris en charge (trop selon l’auteur) les jeunes « génies » au États-Unis. En particulier, l’auteur affirme qu’on manque de mathématiciens (pas seulement de mathématiciens professionnels, mais aussi de PDG, hommes politiques, etc. ayant une formation mathématique), et qu’un des problèmes vient du mythe consistant à dire que seuls les génies peuvent faire des mathématiques :

    But we won’t get there until we dump the stereotype that math is worthwhile only for child geniuses.

    C’est à lire sur le Wall Street Journal.

    Répondre à ce message

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