Revue de presse mai 2018

Le 1er mai 2018  - Ecrit par  L’équipe Actualités Voir les commentaires (4)

Ce mois-ci venez découvrir les maths des craquements de doigts et du football, une collection de livres sur les mathématiciens célèbres et informez-vous sur la suite de la mobilisation contre parcoursup dans les universités et la mise en place de la prochaine réforme du lycée.

Applications

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Programme MechaTree © Centrale Marseille, C. Eloy

Qui n’a jamais fait craquer ses doigts ? Ce phénomène, que l’on pense dû à l’éclatement de bulles de cavitation créées par des variations soudaines de pression, a été observé grâce à l’IRM, selon maxisciences. Cela a été confirmé par un modèle mathématique construit par V. Chandran Suja (Stanford) et Abdul Bakarat (École Polytechnique) qui a permis d’identifier les craquements produits avec la signature acoustique de l’implosion des bulles de cavitation.

Quelle est la meilleure stratégie face à une épidémie ? Selon une étude d’Emanuele Massaro (EPFL), citée par swissinfo, ce n’est pas forcément le confinement. Un modèle mathématique lui permet d’affirmer que si l’on ne cherche pas seulement à minimiser le nombre de malades, mais aussi le coût social et économique pour la société, empêcher les déplacements n’est pas la bonne solution. Mieux vaut être malades tous en même temps sur une courte période plutôt que par petits groupes sur un temps plus long.

Une vidéo de CNRS le journal explique de manière comme toujours très didactique le rôle essentiel de la lumière et du vent dans la forme d’un arbre. Un modèle mathématique permet par exemple de relier l’opacité du feuillage d’un arbre avec sa dimension fractale, ou bien le carré du diamètre d’un tronc avec la somme des carrés des diamètres des branches issues de ce tronc (loi déjà découverte par Léonard de Vinci).

Applications footballistiques

À moins de deux mois du début de la Coupe du Monde de football, quatre articles font des mathématiques avec ce sport.
Tout d’abord, Ouest France replonge dans l’univers nostalgique des albums Panini et évalue à
« près de 900 €, soit le double de la somme qu’il fallait dépenser pour l’Euro 2016, » la dépense nécessaire pour finir l’album. Il est évident que ce prix
n’est qu’une valeur moyenne, et par ailleurs on prend en compte « la possibilité d’échanger des vignettes avec des amis » (mais pas
avec plein d’inconnus par Internet, sinon ce serait trop facile...) Star Africa note qu’un but de Cristiano Ronaldo a été le prétexte d’un problème
de mathématiques à l’université de Tripoli, en Libye. L’Équipe
parle de son côté de notre bonne vieille Ligue 1, à laquelle se sont attaqués nos collègues niçois et orcéen Raphaël Chétrite
(déjà évoqué précédemment dans la revue de presse et déjà en lien avec le sport le plus populaire de la planète) et Sylvain Le Corff.
Ils ont calculé le nombre de points pour obtenir la 17e place salvatrice pour rester en Ligue 1 une saison de plus : d’après eux,
en moyenne 38 points devraient suffire. Enfin, France 3 Auvergne-Rhône-Alpes nous parle d’étudiants de l’École
Polytechnique qui ont constitué une liste idéale de 23 joueurs pour la sélection française à la Coupe du Monde à l’aide d’un
système de traitement de données.

Recherche et vie de la recherche

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Maths en Afrique

Ce mois-ci les mathématiques africaines sont très présentes. Tout d’abord, Le Monde annonce la deuxième édition du « Next Einstein Forum » qui a lieu à Kigali. Le Figaro publie notamment un entretien avec l’un de ses initiateurs, Neil Turok, qui a aussi créé l’Institut Africain en sciences mathématiques.
Ce forum vise à créer une communauté scientifique de qualité en Afrique, notamment par ses 52 ambassadeurs dans les pays africains. Il désigne des lauréats, souvent des chercheurs formés à l’étranger qui ont choisi de revenir travailler en Afrique.
À noter une initiative surprenante d’une école secondaire de Nouvelle-Écosse, au Canada, relatée par radio-canada : elle offrira un cours « afrocentrique » de mathématiques, c’est-à-dire un cours de mathématiques destiné aux Afro-Neo-Ecossais en prenant des exemples issus des repères culturels de ces élèves. Le but est d’encourager les Afro-canadiens à s’engager dans des études scientifiques plus poussées, ce qu’ils font très peu.
Enfin selon gabonactu a lieu cette semaine la seconde édition de l’École mathématique africaine, dont le thème est la cryptographie et la robotique. Dans ce cadre, Christian Maire, de l’Université de Besançon, a donné un cours sur les nombres p-adiques.

La rubrique sciences du Monde explique une expérience (qui a donné lieu à une publication) de deux généticiens montrant que les corbeaux, comme les primates, ont une représentation innée du nombre d’objets qu’ils voient, lorsque ce nombre est petit.

Malgré la baisse de la dépense publique consacrée à la recherche, selon Le Monde, le volume des publications scientifiques en France a augmenté de 40 % entre 2000 et 2015, mais sa part dans le volume mondial a diminué, la France passant ainsi à la septième place derrière la Chine et l’Inde. Un point fort demeure toutefois : la troisième place en mathématiques !

Sur le site du Monde encore, Étienne Ghys cite une étude publiée dans la lettre d’information de la Société Mathématique Européenne, qui tend à relativiser l’importance de plus en plus grande donnée au « facteur d’impact », qui compte le nombre moyen de citations de ses articles deux ans après leur parution : non seulement les chercheurs citent des articles de plus en plus anciens mais en moyenne, un article sera de plus en plus cité avec les années après sa publication.

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Combien de couleurs faut-il pour colorier le plan de manière à ce que deux points à une distance de 1 ne soient pas de la même couleur ? La borne inférieure vient de passer de 4 à 5. La preuve de ce résultat partiel au problème de Hadwiger-Nelson vieux de 50 ans est d’autant plus remarquable, selon Science et Vie qu’elle a été donnée par un mathématicien anglais amateur, bio-gérontologue de son métier.

Maths et société

En mars a eu lieu à Nice un colloque sur l’asymétrie. Il a notamment permis, selon Le Monde d ’évoquer les travaux des mathématicien.ne.s Emmy Noether et Eugene Wigner sur ce sujet, mais aussi de tordre le cou à la légende de la latéralisation hémisphérique inversée entre droitiers et gauchers, et de se demander pourquoi les acides aminés, molécules de base de la vie terrestre, n’existent que dans une seule forme chirale (la lumière serait peut-être l’explication…)

Si la vitesse est réduite de 90 à 80 km/h, quel est le temps gagné sur un trajet qui prenait 40 minutes auparavant ? Une question simple, à laquelle Emmanuel Macron a pourtant donné une réponse fausse, selon le nouvelobs. On ne peut pas être bon en tout !

Si vous voulez vous persuader de l’importance des mathématiques, lisez l’entretien (en espagnol) réalisé par El País avec Marcus du Sautoy, qui publie « Lo que no podemos saber ». Pour ce mathématicien platonicien, les mathématiques préexistent au cerveau humain et sont le langage de la nature. Ceux qui les comprennent contrôlent le monde (rien de moins !), comme les créateurs de Google. Pour lui, « ce que nous ne pouvons pas connaître », ce n’est pas Dieu, ce sont les mathématiques !

Art

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Un paysage géométrique de Elyse Dodge

Faire de recherches mathématiques une exposition d’art, c’est le résultat du travail de Jean-Claude Grobon, dessinateur et peintre. Dans une exposition à Ferney-Voltaire (Ain), annoncée par Le Progrès, il donne sa vision des travaux d’Éric Angélini sur la suite du lézard (pour en savoir plus sur cette suite et d’autres inventées par Éric Angélini, lire l’article sur son site, écrit par Jean-Paul Delahaye).

Le site dailygeekshow met la lumière sur le travail d’Elyse Dodge, artiste contemporaine qui, dans ses tableaux, revisite des montagnes célèbres en utilisant un procédé géométrique qui ressemble beaucoup à la triangulation d’une surface. Les Torres del Paine triangulées, c’est presque aussi impressionnant que les vraies !

Histoire

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La presse proposait ce mois-ci des articles extrêmement variés sur l’histoire des sciences : parcourons-les dans l’ordre chronologique des
évènements évoqués. Une brève de Futura Sciences revient sur l’invention du concept du zéro, nombre sans doute inventé indépendamment par les Mayas, les Babyloniens... Pour en savoir plus, nous vous invitons à relire un article de Philippe Douroux paru il y a deux ans dans Libération. Bien plus près de
nous, Le Monde propose une courte vidéo d’Etienne Ghys sur Pierre-Simon Laplace, à l’occasion d’une série de livres sur les grands mathématiciens dont nous vous parlons plus en détail dans la rubrique parutions. Le Journal du CNRS évoque l’héritage du mathématicien, physicien et grand fonctionnaire Joseph Fourier,
en rappelant que « à la manière de ses sujets de
recherche, la postérité de Joseph Fourier (1768-1830) a ondulé entre des hauts et des bas »
. D’autre part, Trust My Science nous donne un rapide résumé des 7 problèmes du
millénaire de l’Institut Clay. L’existence d’une telle liste n’a rien de nouveau : en effet, « à Paris au mois d’août 1900, le
mathématicien allemand David Hilbert énonce une liste de 23 problèmes mathématiques dont la résolution constituerait une avancée
capitale dans le développement de la discipline. »
Enfin, Science et Vie revient sur les ésotériques archives Grothendieck stockées à l’Université de Montpellier ; il s’agit d’un joli prétexte
pour présenter le personnage et ses mathématiques et l’article est un de nos coups de cœur pour ce mois-ci : vous pourrez partager
le pessimisme du mathméticien Pierre Deligne qui affirme : « Il me semble que ces archives donnent lieu à un engouement
qui risque d’être déçu », ou bien vous montrer optimiste comme Bertrand Toën , qui rappelle qu’ « en 2006, on a retrouvé des notes de Grothendieck datant
de 1983 qui contiennent une construction précise des catégories supérieures... Personne ne pouvait imaginer l’existence
d’un tel passage ! »

Enseignement

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Personnels nouvellement recrutés dans les universités

La mobilisation dans les universités se poursuit, même si deux éléments ont contribué à la ralentir. D’une part, les interventions des forces de l’ordre ont mis fin, souvent sans ménagement, aux occupations de plusieurs sites. D’autre part, étudiants et personnels sont moins présents en cette longue période des vacances de printemps. La brutalité des forces de l’ordre a fait réagir des enseignants jusque-là plutôt peu mobilisés. On trouvera ainsi des témoignages sur les universités de Nanterre ou de Strasbourg dans des vidéos sur actusorange.fr et sur Sauvons l’école. 250 universitaires ont signé sur mediapart une tribune de soutien aux étudiants mobilisés. Il y a également sur le site parcoursup.eu une pétition allant dans le même sens. Des personnels d’Aix-Marseille Université ont publié le 23 avril une déclaration particulièrement offensive dans laquelle ils se déclarent « déterminés à [se] mettre immédiatement en grève illimitée, et plus particulièrement à bloquer tous les examens encore à venir, ainsi qu’à retenir les notes de tous les examens déjà passés au moindre soupçon d’intervention policière sur [leurs] sites de travail ». Leur texte et la liste des 75 premiers signataires sont reproduits sur le site de Sauvons l’université. Sur Europe 1, Lilâ Le Bas, présidente de l’Unef, explique que les occupations « sont pacifiques », que « le mouvement de contestation n’est pas fini » et appelle à « reporter les examens ». Dans une tribune du Monde, les universitaires Joëlle Farchy et Cécile Méadel expliquent que le dispositif parcoursup « ne résout ni le problème de la déshumanisation ni celui de l’opacité » et qu’il faut « repenser cet outil ».

Mais la réforme gouvernementale a aussi des soutiens. Pas beaucoup dans le monde universitaire, où la position de l’association Qualité de la Science Française paraît assez minoritaire, mais davantage dans les médias. Ainsi, le journaliste Patrick Fauconnier, dans une tribune de Libération estime que « l’absence de sélection est un rêve utopique » (ce qui indique que, pour lui, Parcoursup instaure bien la sélection !), tandis que dans son blog de Sud-Ouest, Bruno Dives, qui ne fait pas dans la dentelle, sans se prononcer sur la réforme elle-même, s’insurge contre les occupations d’universités en n’hésitant pas à parler de « subversion idéologique » et de tentative « de prendre dans les facs [une] revanche sur les urnes ».
Plusieurs sites font état du coût important de la remise en état des locaux occupés et parfois dégradés, avec des chiffres très variables et difficilement vérifiables. C’est le cas de BFM-TV qui relaie les estimations des autorités universitaires, sans prendre la peine de donner la parole aux étudiants et aux personnels, dont certains pensent qu’une partie significative des dégradations est à imputer à la brutalité des interventions policières, comme le rapporte le site franceactu.net.
Libération fait le point sur les blocages à la date du 20 avril.

Pendant ce temps, la procédure suit son cours. Les élèves ont formulé leurs vœux et les universités doivent trier les dossiers. Que ce soit par opposition au principe même de parcoursup, ou simplement devant l’énormité de la tâche, certaines universités ont décidé de boycotter la procédure. C’est le cas de Lille 2, exposé par France-Info.
Selon Sud-Ouest, l’analyse des vœux des lycéens montre que deux tiers d’entre eux se portent sur des filières sélectives. De son côté, Le Monde indique que ces vœux ont été massivement approuvés par les professeurs principaux et chefs d’établissement. En effet, seuls 10% des « fiches avenir » transmises par les lycées aux établissements d’enseignement supérieur émettent une appréciation défavorable, jugeant la capacité à réussir « peu démontrée ».

Il y a dans l’actualité universitaire un autre sujet sensible, ou qui pourrait le devenir : la réforme annoncée de l’organisation des licences. Le site EducPros de l’Étudiant évoque une « concertation à haut risque sur l’arrêté licence », tandis que l’Humanité parle de « l’autre réforme qui inquiète les étudiants » et estime que ce texte, version en cours d’élaboration du « plan étudiant », « s’attaque au caractère national des formations et exacerbe la concurrence ». Deux syndicats, le SNESup et l’UNSA ont choisi de quitter la concertation sociale relative à la réforme de la licence (voir EducPros). Enfin Solidaires étudiant.e.s analyse ce que seront selon lui les conséquences néfastes de cet arrêté licence.

Tandis que se prépare la mise en place de la prochaine réforme du lycée, le Conseil Supérieur de l’Éducation (CSE) a rejeté, nous dit le Café Pédagogique, les trois arrêtés organisant cette réforme (classe de seconde, voie générale et voie technologique). Le rejet a été net, bien que le ministère ait « accepté de réelles avancées de l’avis même des syndicats ». Il convient cependant de rappeler que l’avis du CSE est purement consultatif et qu’il ne devrait donc pas empêcher le ministre de mettre en œuvre son projet.

Disposer de davantage de temps pour enseigner, avoir de petits effectifs, il est certain que cela ne peut qu’améliorer la qualité de l’éducation. La vérification expérimentale en est faite à Besançon, où des « stages de réussite » sont organisés pendant les vacances scolaires et ouverts aux écoliers en difficulté. Malheureusement, ni France Bleu, ni macommune.info, qui y consacrent un reportage, ne disent le moindre mot des moyens mis en œuvre et de la possibilité d’une généralisation de tels dispositifs. Le dédoublement des classes de CP, qui part du même principe, est effectif dès cette année dans les établissements les plus défavorisés (REP+) et doit intervenir dans ceux qui le seraient un peu moins (REP) à la prochaine rentrée. Mais une inspectrice de l’éducation nationale des Hauts-de-France a voulu, nous dit La Voix du Nord, tenter l’expérience dès cette année dans trois écoles où ce n’était pas officiellement prévu. Oh surprise ! Le journal nous révèle que « c’est plus de boulot pour les enseignantes mais les résultats sont là » !

Parmi les outils plébiscités (notamment dans le rapport Villani) pour améliorer l’apprentissage des mathématiques, il y a le développement du calcul mental. Le Point, qui a décidément choisi de surfer sur la vague médiatique provoquée par les difficultés de l’enseignement des maths (voir la revue de presse de novembre 2017 et le dossier spécial sur le rapport Villani-Torossian), publie un hors-série sur le sujet. La consultation d’une autre page, où une journaliste nous explique comment retrouver un jour de semaine connaissant sa date, laisse penser que Le Point est plus sensible à l’aspect « sportif » du calcul mental qu’à ses vertus pédagogiques.
Un jeune apprenti, médaillé d’or au concours des meilleurs ouvriers de France, rend hommage à son ancien professeur de mathématiques. L’article de La Dépêche contraste très heureusement avec les déclarations à l’emporte-pièce d’un responsable de l’apprentissage qui méprisait « les études » (voir notre revue de presse de mars).
Ce mois de mai nous offre encore une liste de sites d’aide à la préparation du bac. L’Étudiant en a recensé huit. Comme d’habitude, la qualité et l’efficacité sont loin d’être garanties ! La motivation avancée par l’un de ces sites laisse songeur : « partager avec un maximum de jeunes [... un] super-pouvoir : réussir en cours tout en gardant le maximum de temps pour ses passions ».
Autre sujet récurrent : des start-up prétendent révolutionner l’enseignement. L’annuaire de l’innovation de la région Auvergne-Rhône-Alpes fait le compte rendu d’une présentation d’entreprises à l’initiative de l’association Imaginove, où étaient notamment proposés de nouveaux outils numériques pour la pédagogie en primaire, ainsi que le logiciel Cabri-Express.

Francophonie
Quittons maintenant l’hexagone. Le numérique est également présent au Canada dès l’école maternelle. Radio Canada évoque une série de formations « coder, créer, éduquer » destinée à encourager enseignants et élèves à s’approprier très tôt le code informatique afin de devenir « des créateurs plutôt que des consommateurs de leur monde numérique ».
Le festival « Les maths en scène », à Castanet-Tolosan, près de Toulouse, était également tourné vers l’international. La Dépêche y a noté la présence d’une délégation venue du musée des mathématiques de Catalogne, à Barcelone pour présenter « Leonardome », une activité éducative ludique consistant à construire de grandes coupoles en assemblant des pièces de bois identiques sans aucune attache, selon un principe inventé par Léonard de Vinci.

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Un léonardome

L’AIP (Agence Ivoirienne de Presse) nous informe que les élèves du lycée moderne de M’Bahiakro viennent de participer à la première édition d’un concours de mathématiques. Lors de la cérémonie de remise des prix, le parrain de cet événement « a exhorté les élèves à ne pas craindre les mathématiques mais plutôt les aimer ». Si vous vous étonnez que l’on puisse penser que l’exhortation est suffisante, sachez que le parrain en question est un colonel, directeur des équipements militaires de Côte d’Ivoire.
Une autre dépêche de la même agence de presse indique que le lycée moderne de Madinani n’a toujours pas d’enseignants en mathématiques, français, anglais et histoire-géographie à quelques semaines de la fin de l’année scolaire. Mais le proviseur est optimiste : trois nominations récentes et le recours à cinq vacataires ont un peu amélioré la situation.
Comme elle le fait tous les deux ans, l’UNESCO a décerné son prix Hamdan bin Rashid Al-Maktoum (du nom d’un cheikh de Dubaï qui en a signé un pour le financer à partir de 2009). Destiné à récompenser « des pratiques et des performances exemplaires améliorant l’efficacité des enseignants », il revient cette année à trois projets distingués parmi 150, et émanant du Chili, d’Indonésie et du Royaume-Uni.
Le Nigeria s’apprête à instaurer l’utilisation des langues locales pour l’enseignement des mathématiques et des sciences dans les écoles primaires et secondaires du pays. C’est ce que nous apprend le site africain d’informations koaci.com.
Le CIMPA (Centre International de Mathématiques Pures et Appliquées) poursuit son soutien aux Écoles Mathématiques Africaines (EMA) organisées par l’UMA (Union Mathématique Africaine). La troisième des sept EMA programmées en 2018 a eu lieu à l’université des Sciences et Techniques de Masuku (USTM), à Franceville (Gabon) du 2 au 14 avril et avait pour thème « Mathématiques pour la Cryptographie et la Robotique ». Le site gabonactu.com en a rendu compte en interrogeant notamment Christian Maire, professeur à Besançon, qui y a fait un cours sur les nombres p-adiques.
Terminons par l’Algérie, où la pratique des cours particuliers à grande échelle devient un sérieux problème. Le journal El Watan, qui rapporte les accusations de « marchandisation du savoir » portées par le ministère de l’Éducation nationale, parle d’un « commerce caché », source de revenus supplémentaires considérables pour beaucoup d’enseignants, qui « fait le bonheur d’un secteur en plein boom, mais met qui en danger l’école publique ».

Honneurs

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Emmanuel Houdart

De nombreux mathématiciens sont à l’honneur ce mois-ci. Il s’est agi tout d’abord et à nouveau de Steven Hawking.
Science Presse mentionne l’épitaphe
sur la tombe du grand scientifique : sans surprise, il s’agit d’une formule !

Notre site parle lui de l’hommage à Jean-Pierre Kahane rendu sous l’égide du PCF par ses camarades communistes, mathématiciens et autres. Parmi la liste des personnalités présentes, on trouve le secrétaire national
de l’Union des étudiants communistes mais aussi Cédric Villani et Stéphane Jaffard, lequel évoque « la découverte
des ondes gravitationnelles conjecturées par Albert Einstein, cette détection ayant nécessité l’utilisation de méthodes récentes
du domaine de recherche de prédilection de Jean-Pierre Kahane. » Futura Sciences évoque quant à lui le prix Abel - véritable
Nobel des mathématiques déjà évoqué maintes fois dans notre revue de presse - attribué cette année au géomètre algébriste canadien
Robert Langlands connu surtout pour le programme éponyme, « pont entre algèbre, arithmétique et analyse harmonique ».
Pour les lecteurs anglophones, les Notices de l’AMS rendent hommage à la mathématicienne française Claire Voisin, à travers les témoignages de ses pairs.

Sur un sujet plus politique, Cédric Villani était ce mois-ci au cœur d’une polémique au sujet de sa rémunération. Les occupations du mathématicien-député diffèrent sensiblement de celles d’un enseignant-chercheur classique. C’est la charge lancée par Lyon Capitale, qui titre « sans cours ni recherche exigés le poste en or de Cédric Villani à l’université Lyon 1 ». Pour se faire sa propre opinion, on lira à profit un contrepoint dans Rue 89 Lyon.

Allons maintenant chez nos voisins de l’outre-Quiévrain et rendons
honneur au professeur de mathématiques et fondateur de la Maison des Maths, Emmanuel Houdart :
L’Avenir nous dit qu’il a été élu Wallon de l’année !
Malheureusement, ces honneurs n’empêchent pas le « manque de soutien financier structurel de la part de la Communauté française,
le contraignant à une gestion “à la petite semaine”... Ce Belge remarquable est également interviewé sur le site de la RTBF.
Continuons notre tour de la francophonie européenne et allons en Suisse où Le Temps parle de la chercheuse de l’EPFL Kathryn Hess, dont les intérêts vont de la topologie pure au fonctionnement
du cerveau humain. Restons dans le monde francophone avec Sciences et Avenir qui évoque ce mois-ci le Malien Hamidou Tembine, un des lauréats du Next Einstein
Forum, spécialiste de la théorie des jeux, qui étudie notamment « la coopétition, c’est-à-dire compétition coopérative, ou encore coopération
compétitive »
.
Finissons par un coup de cœur : un portrait dans Libération. Houria Lafrance (sic !), enseignante de maths issue d’une
famille nombreuse d’origine algérienne théâtralise ses cours de maths et défend les banlieues
défavorisées : « On ne montre que les difficultés de ces quartiers. Or il y a plein de réussites aussi. Et ce sont celles-là
qu’il faut montrer ». Ayant eux-mêmes grandi dans un tel quartier de Lille, elle et toute sa fratrie en sont un bel exemple !

Parutions

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Karl Friedrich Gauss

Nous avions déjà signalé la sortie de la nouvelle collection intitulée Génies des mathématiques lancée par Le Monde en collaboration (inédite) avec L’Obs et parrainée par Étienne Ghys. Il s’agit de l’adaptation française de la collection Genios de las matematicas qui sort en kiosque à raison d’un livre par semaine. À ce rythme nous avons déjà depuis fin mars Carl Friedrich Gauss, Pierre-Simon de Laplace, Leonhard Euler, Gottfried Wilhelm Leibniz, Henri Poincaré et Jacques Bernoulli en attendant, pour le mois de mai, Georg Cantor, Srinivasa Ramanujan, Évariste Galois et Bernhard Riemann. Il s’agit d’ouvrages d’environ 160 pages accessibles à un large public, agréables à lire, qui se terminent par une très courte bibliographie et un index. Le texte est complété par des encarts et des illustrations. Vous pourrez voir sur You Tube la présentation du volume consacré à Gauss par Étienne Ghys.
Vous vous souvenez probablement de cette autre collection Le monde est mathématique, quarante ouvrages sortis il y a quelques années et rééditée en 2017. C’est la même idée qui est poursuivie. Cette nouvelle collection qui cherche à parler au plus grand nombre « des mathématiques, rigoureuses, accessibles et vivantes à travers le destin de leurs plus grands génies » est disponible uniquement chez votre marchand de journaux ou sur abonnement. Il sera intéressant de savoir quel accueil le public lui réservera. Le site Eduscol estime que la collection « pourra sans doute trouver sa place dans les CDI des établissements scolaires ». C’est sûr et espérons qu’elle pourra trouver d’autres places. On ne peut que souhaiter le plus vif succès à cette nouvelle initiative.

Mouvement brownien, étude des marches aléatoires auto-évitantes, propagation du front de flamme dans un incendie ... Dans La Recherche de mai, Hugo Duminil-Copin explore justement les frontières de l’aléatoire. « Les mathématiciens se sont emparés du problème des phénomènes aléatoires, déjà étudiés en détail par les physiciens. Les outils de probabilités élaborés ces quinze dernières années permettent aujourd’hui d’aborder des questions réputées difficiles et d’apporter des éléments de réponse ».

L’espagnol et le catalan peuvent-ils coexister en Catalogne ? La question semble inattendue dans une chronique Mathématiques de la Recherche. Ce n’est que la traduction du titre d’un article, Is the coexistence of Catalan and Spanish possible in Catalonia ? récemment publié sur arXiv.org par quatre chercheurs, Luís F. Seoane, Xaquín Loredo, Henrique Monteagudo et Jorge Mira que Roger Mansuy a repéré. « Le modèle proposé énonce quelques résultats sur l’évolution linguistique de Barcelone et sa région ». Il nous explique dans son article, Quand les mathématiciens s’intéressent aux langues régionales, comment les mathématiciens ont procédé pour faire leur étude. Le problème pour définir le bilinguisme n’est pas simple et dépasse les mathématiques.

Nous vous laisserons découvrir le numéro de mai de la revue Pour la Science. Le hasard y tient une grande place avec l’éditorial de Maurice Mashaal, De l’ordre universel dans le hasard, et un article du physicien et mathématicien Bertrand Eynard (qui est membre de l’Institut de Physique Théorique du CEA à Saclay et du Centre de Recherches Mathématiques de Montréal) de Montréal), L’universalité des matrices aléatoires. « Avec les matrices aléatoires, les scientifiques découvrent des lois statistiques fascinantes et universelles, c’est-à-dire indépendantes du type de hasard choisi, ainsi que des liens intimes et féconds avec la géométrie, la théorie des cordes… »

Vous pourrez aussi vous régaler avec une nouvelle promenade mathématique de Jean-Paul Delahaye. Vous connaissez les carrés magiques. Alors vous allez parcourir avec plaisir son article sur Les carrés magiques d’aires. L’histoire des carrés magiques se perd dans la nuit des temps. Le carré de Luo Shu (et la légende de sa tortue) remonte à près de quarante-huit siècles. Nombre de mathématiciens, et non des moindres, se sont passionnés pour les carrés magiques. Henry Dudenay écrivait au début du XXe siècle : « presque tout a déjà été dit sur le sujet ». Mais l’histoire ne s’est pas arrêtée là. Des amateurs d’énigmes nous dit Jean-Paul Delahaye « leur ont récemment associé des exigences géométriques, ce qui enrichit spectaculairement le domaine ». Comme d’habitude son article permet de faire le point sur les développements les plus récents et ouvre une fenêtre sur des perspectives passionnantes. Une très agréable récréation mathématique.

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Une illustration de Lison Bernet

Terminons avec un tout nouveau site qui ne ressemble à rien de connu, Les mathématiques du ciel, réalisé par trois doctorant·e·s en mathématiques (Marie Lhuissier, Olga Romaskevich et Valentin Seigneur) qui ont monté un projet de Labo Junior à l’ENS de Lyon, en collaboration avec le Musée des Confluences et la Maison des Mathématiques et de l’Informatique de Lyon.

C’est une exposition virtuelle, superbement illustrée par Lison Bernet et mise en forme par Bertrand Paris. Elle emmène le lecteur, au gré de sa fantaisie, découvrir tout un pan des mathématiques qui a passionné les auteur·e·s qui en ont fait leur domaine de recherche. Une très agréable promenade saluée par le site Eduscol du ministère de l’Éducation nationale et le site pédagogique du LFI « Victor Segalen » de Hong Kong. Même si l’on est prévenu que ce n’est pas une encyclopédie, on a envie de dire que c’est presque une forme d’encyclopédie interactive. En tout cas une mine d’informations, d’explications, des réponses aux « questions des enfants » bref une nouvelle façon de découvrir et d’apprendre en même temps. Merci Marie, Olga et Valentin pour la fraîcheur de ce travail qui jette un pont entre la recherche et la médiation.

Article édité par Louis Dupaigne

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Pour citer cet article :

L’équipe Actualités — «Revue de presse mai 2018» — Images des Mathématiques, CNRS, 2018

Crédits image :

Image à la une - Publicité Nissan Cube. TBWA 2010.
Programme MechaTree © Centrale Marseille, C. Eloy - Programme MechaTree © Centrale Marseille, C. Eloy
Karl Friedrich Gauss - Wikipédia. Tableau de Gottlieb Biermann (de) (1887), d’après un portrait par Christian Albrecht Jensen (en) (1840)
Une illustration de Lison Bernet - Avec l’aimable autorisation de l’artiste. http://lisonbernet.ultra-book.com
Personnels nouvellement recrutés dans les universités - npa.org

Commentaire sur l'article

  • Une collection de livres sans auteurs ?

    le 1er mai à 14:34, par Massy Soedirman

    Je trouve étonnant cette façon de cautionner cette collection dont les auteurs ne sont mentionnés nulle part et par personne. Étienne Ghys est capable, avec son talent habituel, de présenter de façon fort intéressante Gauss ou Poincaré mais ceci sert à faire vendre des livres dont il n’est pas l’auteur mais on peut le laisser croire à des lecteurs peu attentifs.
    Depuis quand l’information sur les auteurs a -t-elle cessé d’être une information cruciale ?

    Répondre à ce message
    • Une collection de livres sans auteurs ?

      le 2 mai à 06:31, par Étienne Ghys

      Cher collègue,

      Je regrette tout comme vous que le nom des auteurs de ces livres n’apparaissent pas sur la couverture. C’est le cas pour toutes les collections RBA publiées en collaboration avec le Monde, qu’il s’agisse de science, d’histoire ou de littérature, et je n’ai pas pu changer cela. Vous noterez cependant que mon nom n’apparaît pas non plus sur la couverture. Dans la collection précédente sur les mathématiques, le nom du présentateur était sur la couverture et cela pouvait peut-être prêter à malentendu. Dans le cas présent, je n’ai jamais laissé entendre que je suis l’auteur de ces 60 livres et je ne vois pas comment un lecteur, même peu attentif, pourrait le croire. A vrai dire, il n’est pas tout à fait exact de dire que le nom de l’auteur n’apparaît nulle part puisqu’il est indiqué en page 4 en toutes petites lettres, j’en conviens volontiers. J’y suis remercié (avec les mêmes petites lettres) « pour avoir accepté de parrainer cette collection », ce qui ne me semble pas prêter à confusion. En tous les cas, je me suis assuré que les auteurs sont tout à fait d’accord sur la manière dont les livres sont présentés.

      Chacun de ces livres est relu avant publication par un collègue de confiance qui peut proposer des modifications s’il les juge utiles. A titre personnel, je lis un de ces ouvrages par mois. J’ai passé par exemple la journée d’hier à suggérer des corrections importantes dans l’un de ces livres.

      Il me semble que c’est une très bonne chose qu’une telle collection puisse être largement diffusée dans des milieux qui ne sont pas d’ordinaire en contact avec les mathématiques. Cela entraîne de passer par une maison d’éditions qui a ses méthodes propres, même si elles ne me satisfont pas toutes. J’ai considéré qu’il y avait beaucoup plus d’avantages que d’inconvénients.

      Mon médecin généraliste sait que je suis mathématicien et il était content l’autre jour de me dire qu’il avait lu le livre sur Gauss. Il n’avait pas remarqué que j’étais présentateur de la collection et c’était le premier livre de maths qu’il lisait. Il m’a semblé que c’était une petite victoire pour les maths !

      Bien cordialement,

      Etienne Ghys

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      • Une collection de livres sans auteurs ?

        le 2 mai à 09:37, par Massy Soedirman

        Merci beaucoup de ces explications.
        Je regrette simplement que Le Monde n’ai pas jugé utile d’expliquer , dans la présentation des ouvrages, l’absence de noms d’auteurs qui est contraire à tous les usages.
        Cordialement
        Massy Soedirman

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  • Genies des mathématiques

    le 5 mai à 22:42, par LASSALLE Philippe

    Génie, n’est-ce pas un mot également féminin dans son orthographe ? Hélas, il y a, il me semble très peu de portraits de femmes dans cette collection ...

    Personnellement cela me contrarie un peu, compte -tenu des enjeux de parité aujourd’hui, de cette urgence de la place des femmes et de celle de voir de jeunes mathématiciennes brillantes réussir une carrière sans ambûches.

    Il y a pourtant de plus en plus de femmes mathématiciennes dans les derniers siècles (NB Aurons-nous Sophie Germain ?) ; et indéniablement à l’époque comtemporaine (A quand un portrait de Maryam Mirzakhani, à l’oeuvre si lumineuse ?). -

    Cela brosserait, je le crois, une image renouvelée des mathématiques, de la créativité, des concepts aussi et, en filigrane, des idées nouvelles aujourd’hui ...

    Et, concernant les temps d’aujourd’hui, aurons-nous le portrait de l’oeuvre d’Alexandre Grothendieck ?

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