Revue de presse mai 2019

Le 1er juin 2019  - Ecrit par  L’équipe Actualités Voir les commentaires

Au moment où Turkish minute proclame la volonté de Recep Tayyip Erdoğan de « faire de la Turquie un centre d’attraction pour les scientifiques », les autorités turques emprisonnent les « Universitaires pour la paix ». Il est peu vraisemblable que la communauté universitaire surmonte cette contradiction et se plie aux vœux du président turc. Cet événement politique trouve sa place dans la revue de presse du mois parce que l’un de ces universitaires emprisonnés est le mathématicien Tuna Altınel, maître de conférences à Lyon 1. Il domine l’actualité du mois mais heureusement, celle-ci ne s’y résume pas.

Soutiens à Tuna Altınel

Le mathématicien lyonnais Tuna Altınel est emprisonné en Turquie depuis le 11 mai dernier. Les autorités turques lui reprochent son engagement dans le mouvement des « Universitaires pour la paix » et une prise de parole lors d’une réunion publique d’une association « loi 1901 » française à Villeurbanne pour dénoncer les exactions de l’armée turque dans le sud-est du pays, établies et documentées dans un rapport de l’ONU. Elles considèrent qu’il s’agit de propagande en faveur du parti travailliste kurde, le PKK, groupe terroriste établi en Turquie.

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Tuna Altınel

Plusieurs centaines d’autres personnes sont dans la même situation. La peine qu’il encourt est de sept ans et demi. Certains, déjà jugés dans des conditions similaires, ont reçu des peines de quinze mois de prison.

La communauté mathématique a affirmé son soutien via l’Institut des sciences mathématiques et de leurs interactions, les sociétés savantes françaises – la Société mathématique de France (SMF), la Société des mathématiques appliquées et industrielles (SMAI) – et étrangères telles que la European Mathematical Society (EMS) ou encore la London Mathematical Society. Au niveau politique, la ministre Frédérique Vidal et le député Cédric Villani ont aussi apporté leur soutien. Comme le rapportent Le Progrès et Lyon Mag, les sénateurs « Annie Guillemot et Gilbert-Luc Devinaz ont adressé une lettre au Premier ministre concernant la situation de Tuna Altinel ».

La mobilisation pour Tuna Altınel a trouvé écho dans la presse lyonnaise et nationale. Tuna Altınel a été « l’homme du jour » dans l’Humanité, une tribune de soutien a été publiée dans Libération. Le Monde relate les faits et Le Figaro parle de la mobilisation. Le Progrès, Lyon Capitale et Lyon Mag suivent la mobilisation à Lyon, de même que France 3 et Euronews.

Une page de soutien a été créée et une pétition demandant la libération de Tuna Altınel a été mise en place. La revue de presse d’Images des maths apporte aussi son soutien à Tuna Altınel et vous invite à signer la pétition.

Vie de la recherche

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Vladimir Arnold

Grande nouvelle pour les géomètres : le CNRS indique la découverte d’un contre-exemple à une conjecture formulée en 1976 par le mathématicien Vladimir Arnold, portant sur le nombre minimum de points fixes pour une certaine classe de transformations d’objets géométriques (plus précisément, les homéomorphismes hamiltoniens sur les variétés symplectiques en dimension supérieure à $2$—go figure !).

Le « label Carnot » est attribué par l’État français à des laboratoires publics qui effectuent des travaux de recherche en partenariat avec des entreprises privées. Le mathématicien Yvon Maday dirige l’un de ces laboratoires, baptisé Institut Carnot Smiles (Sciences mathématiques pour l’innovation, label d’excellence stratégique). Dans une interview avec La Tribune, il décrit comment les modèles mathématiques que les chercheur·euse·s de l’Institut développent permettent de répondre efficacement aux problématiques des entreprises, qui ont notamment besoin de traiter des quantités de données de plus en plus grandes, par exemple dans les domaines médical ou automobile.

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Joyeux anniversaire aux IREM !

Pour fêter dignement les cinquante ans des Instituts de recherche sur l’enseignement des mathématiques (IREM) était organisé un colloque à l’université de Besançon. L’Est Républicain y a interviewé quelques participant·e·s, qui font part de leur inquiétude quant à l’évolution de l’enseignement des maths au lycée – cf. ci-dessous. Au-delà de nos frontières, le journal en ligne Hespress rapporte la présence de mathématicien·ne·s de nombreux pays à la troisième édition de la conférence « Algèbre, théorie des nombres et applications » à Oujda (Maroc). Un peu plus au sud, à Dangbo (Bénin), avait lieu une école sur les nouvelles interactions entre mathématiques et physique, mettant notamment un accent sur la question de la parité en sciences, selon La Nation Bénin. Peut-être étiez-vous présent·e à l’un de ces événements, cher·e lecteur·rice ?

Applications

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“Winter is coming”

Que vous soyiez fan de la première heure ou réfractaire endurci·e, vous n’avez pas pu échapper ce mois-ci au battage autour de la diffusion de l’ultime saison de la série Game of Thrones (Le Trône de Fer en version française). La célébrité (et l’originalité) de cette saga tient en partie à son « taux de mortalité » extrême : on ne compte plus les épisodes durant lesquels des personnages importants ou appréciés sont brutalement assassinés. Ainsi, les spéculations concernant la survie de telle héroïne ou tel héros sont allées bon train à l’arrivée de la huitième saison le mois dernier. Le sujet est de la plus haute importance, si bien que l’on se doit de l’étudier scientifiquement : Europe 1 présente le travail de deux statisticien·ne·s qui ont compilé des milliers de données « démographiques » glanées dans la série pour tenter de calculer la probabilité de survie des personnages principaux, et rassemblé leur résultats sur ce site.

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En plein cours d’une partie endiablée du jeu le plus complexe du monde

Si vous n’aimez pas les séries, vous préférez peut-être les jeux de société. Ceux-ci inspirent aussi de nombreuses analyses mathématiques, notamment concernant la question de leur complexité. Si l’on cite souvent le go comme un des jeux les plus complexes à résoudre par une intelligence artificielle, Slate indique qu’il n’en est rien : selon le manuscrit récemment publié sur arXiv par une équipe de recherche britannico-américaine, le jeu de cartes Magic : The Gathering, créé en 1993, est d’une complexité telle qu’il est impossible de calculer une stratégie gagnante. En des termes plus techniques, ce jeu serait Turing-complet. Ce résultat surprenant ouvre, selon ses auteurs, de nouvelles perspectives en théorie des jeux.

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Le kilogramme étalon tire sa révérence

Nous en parlions déjà en décembre dernier, à l’issue de la Conférence générale des poids et mesures. Depuis le 20 mai dernier, c’est officiel : le kilogramme n’est plus égal à la masse du kilogramme étalon du pavillon de Sèvres, mais il est défini à partir de la constante de Planck. Le Monde revient en vidéo sur cet événement à la fois infime et fondamental pour le monde scientifique.

Quand les télescopes ne voient pas assez loin, les mathématiques prennent le relais : Radio Canada s’intéresse à un article publié par une équipe de l’université Harvard, qui a conçu un modèle et effectué des simulations pour mieux comprendre la composition des exoplanètes. Surprise ! selon leurs calculs, les planètes dites « super-Terres », plus massives que notre planète, mais pas suffisamment pour être entièrement gazeuses comme Jupiter ou Saturne, pourraient être recouvertes d’eau. Ces planètes océaniques où la profondeur des océans atteindrait des milliers de kilomètres constitueraient jusqu’à 35 % des exoplanètes connues...

Webtimemedia signale que le colloque mensuel de l’Inria de Sophia-Antipolis (06) sera consacré le mois prochain à l’émergence progressive des modèles mathématiques en médecine, notamment pour offrir aux patient·e·s des thérapies personnalisées. Enfin, Sciences et Avenir consacre un article aux nombreuses contributions que les mathématiques peuvent apporter au secteur humanitaire : modélisation de la propagation de maladies (par exemple par les moustiques), diffusion de messages d’alerte, ou encore prévisions météorologiques d’épisodes extrêmes.

Intelligence artificielle

Jean-François Bonnefon, directeur de recherche en psychologie cognitive, est l’auteur d’un billet dans le Journal du CNRS suite à une tribune qu’il cosigne avec une vingtaine de chercheur·se·s dans la revue Nature (en anglais). Il y réclame la création d’une nouvelle discipline scientifique dédiée au comportement des machines. En créant un parallèle avec l’émergence de la science du comportement animal, il montre ainsi que le développement de l’intelligence artificielle requiert aujourd’hui une nouvelle manière d’étudier les algorithmes et leurs interactions de plus en plus complexes avec l’environnement et l’être humain, qui englobe et dépasse les champs actuels de l’informatique ou de la robotique.

Le CNRS, associé à deux centres de recherche britannique et canadien, a sélectionné huit équipes de recherche internationales pour organiser des ateliers de recherche sur des thèmes liés à l’IA.

En Chine, indique xinhuanews, l’IA fait son entrée dans l’enseignement supérieur : trente-cinq universités chinoises proposent désormais une spécialisation en intelligence artificielle aux étudiant·e·s de premier cycle.

Le site actu.fr décrit de façon élogieuse la visite de Cédric Villani au CEA de Gramat (46). Le mathématicien-député y a fait un discours sur les enjeux globaux de l’intelligence artificielle.

Le mois de mai est celui des résultats de Parcoursup pour les élèves de terminale : c’est l’occasion annuelle de faire le point sur les difficultés qu’éprouvent les lycéen·ne·s à faire de bons choix d’orientation pour leurs études supérieures. Faut-il appeler l’intelligence artificielle à la rescousse ? Sciences et Avenir passe en revue quelques outils développés par des start-up et destinés à offrir des conseils personnalisés aux élèves en proie au doute, où à aider les conseiller·e·s d’orientation dans leur travail. L’article rappelle au passage que Parcoursup a toujours mauvaise presse, en partie parce que les algorithmes « locaux » utilisés par certaines universités pour classer les dossiers ne sont pas toujours rendus publics.

Dans la veine de l’enseignement « du XXIe siècle », le site ActuIA présente la nouvelle application développée par la start-up EvidenceB Kidscode comme un outil permettant d’agir « contre le décrochage scolaire ». Cette application offre des quiz personnalisés aux élèves en difficulté. Sans nier l’apport de l’intelligence artificielle pour l’enseignement, on doute un peu du caractère « révolutionnaire » de cette proposition.

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Au cœur de l’ordinateur quantique

Les fameux ordinateurs quantiques représenteraient, eux, une révolution dans le monde de l’informatique. De nombreux obstacles aussi bien théoriques que technologiques restent toutefois encore à surmonter avant de les faire véritablement fonctionner. InternetActu s’attache à l’un de ces problèmes, tout simplement la méthode pour multiplier deux nombres. L’astucieuse technique utilisée par les ordinateurs traditionnels se transpose mal aux ordinateurs quantiques. Un ingénieur de Google aurait trouvé une solution à ce problème ; son manuscrit est disponible sur le dépôt arXiv.

Il n’y a pas loin de l’IA aux big data. En aparté, signalons que les étudiant⋅e⋅s espagnol⋅e⋅s ont bien compris que leur développement ouvrait des débouchés : d’après El País, les demandes d’admission dans les parcours de mathématiques à l’université explosent, ce qui augmente fortement la difficulté pour y entrer [1].

À l’honneur en IA

La presse en ligne met à l’honneur des carrières de femmes dans ce milieu si peu paritaire qu’est celui de l’informatique et des nouvelles technologies. France Inter interviewe trois développeuses sur leur parcours professionnel. L’Express dresse un portrait de la chercheuse Joëlle Pineau, qui a pris la tête du laboratoire d’intelligence artificielle de Facebook à Montréal en 2017. Cette mathématicienne et roboticienne, très appréciée par les doctorant·e·s qu’elle encadre, détaille son parcours académique et souligne l’importance capitale de la question de la parité dans les métiers de l’IA. Enfin, le site de l’université de Montréal Udem nouvelles offre un portrait de la statisticienne Sylvie Makhzoum, « la gardienne des données », pionnière de l’analyse de données pour les entreprises.

Les réformes dans l’éducation

Les ministres en charge de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la recherche poursuivent imperturbablement les transformations profondes engagées depuis leur arrivée il y a bientôt deux ans. L’hostilité de la communauté éducative ne les gêne guère, même quand elle est massive.

Bienvenue en France !

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Un outil d’équité en guise de bienvenue

C’est le cas du projet « Bienvenue en France ! », qui prévoit une augmentation brutale des droits d’inscriptions à l’université pour les étrangers hors union européenne. Le trimestriel syndical VRS (La vie de la recherche scientifique), édité par le SNCS et le SNEsup), publie à ce sujet un dossier complet dans son dernier numéro. Malgré l’ampleur des protestations (qui émanent même de la très modérée Conférence des présidents d’université (CPU) ; voir les revues de presse des mois précédents), la ministre concernée, Frédérique Vidal, a maintenu l’arrêté du gouvernement, tout en tolérant diverses dérogations afin de calmer les esprits. Résultat : des situations variant du tout au tout d’une université à l’autre, ce qui rend presque impossible une vue d’ensemble de ce qui attend les candidats pour l’année qui vient. Certaines universités appliqueront à la lettre l’arrêté, d’autres accorderont des exonérations partielles (selon des critères particuliers à chacune, pouvant aller jusqu’à la fixation du montant des droits au cas par cas !), d’autres enfin ont décidé une exonération globale.

Sous le titre « Étudiants étrangers : une augmentation des droits d’inscription à géométrie variable », Le Monde rend compte de cette situation peu glorieuse et rapporte l’analyse d’opposants à cette mesure qui expliquent qu’elle va dans le sens de l’autonomie et de la concurrence accrues des universités, qu’elle menace l’équilibre des territoires et qu’elle risque d’être utilisée comme moyen de « générer des revenus » dans des universités de plus en plus souvent engluées dans des difficultés budgétaires. Plusieurs recours contre l’arrêté « Bienvenue en France » ont été déposés ou vont l’être. L’un d’eux a déjà été rejeté par le Conseil d’État. On notera pour clore ce chapitre la petite manœuvre peu reluisante de Campus France (l’organisme en charge des demandes d’inscription des étudiants étrangers), dont on trouvera les détails sur le site du collectif Sauvons l’université.

Statut des enseignants-chercheurs

Mais les universitaires ont depuis peu un nouveau sujet de mécontentement (dont les médias ne parlent guère pour le moment) : les changements en perspective dans le recrutement des enseignants-chercheurs (EC). Le statut actuel de ces derniers serait menacé, comme en témoignent d’une part les débats parlementaires sur la réforme de la fonction publique, et d’autre part un récent communiqué de la CPU. Ce communiqué est rédigé dans une novlangue managériale qui laisse peu de doute sur les visées de ses auteurs. Le titre en dit déjà long : « La CPU pour une approche proactive de l’autonomie ». Nos présidents se considèrent comme des chefs d’entreprise et réclament entre autres « une réduction massive des textes réglementaires qui corsètent les initiatives des établissements » et « l’autonomie à la fois de recrutement et de gestion des carrières [des] personnels ». Ce qui ne les empêche pas d’attendre de l’État qu’il dote leurs contrats quinquennaux « de moyens significatifs (en fonctionnement, masse salariale et capacité d’investissement) ». La CPU demande en particulier la suppression de la procédure de qualification, préalable à tout recrutement, et prononcée par une instance nationale : le Conseil national des universités (CNU). Il n’en faudrait pas beaucoup pour convaincre le gouvernement de mettre fin à cette procédure nationale. Un amendement au projet de loi de « transformation de la fonction publique », déposé par des députés de la majorité, donnait aux universités la possibilité, à titre expérimental, de recruter des EC sans passer par la procédure de qualification. Le gouvernement a demandé le retrait de cet amendement (à la satisfaction des syndicats). Mais il en a déposé un autre (n° CL865), qui transforme les instances appelées à se prononcer notamment sur toute évolution du statut des EC. Purement technique en apparence, cet amendement ouvre pourtant la porte a des modifications en profondeur qui donneraient toute satisfaction à la CPU. Le SNESup proteste contre cette mesure et reproche vertement aux présidents d’université de s’être exprimés sans avoir consulté leurs administrés.

Notons que le renforcement de l’autonomie des universités et la liberté de recruter elles-mêmes leurs enseignants-chercheurs figuraient explicitement dans le programme présenté par le président de la République lors de son élection.

Parcoursup

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Et Parcoursup dans tout ça ? Qu’on se rassure, la plateforme d’orientation des futurs étudiants occupe toujours dans les médias une place de choix (comme il se doit...). L’Étudiant nous invite en ces derniers jours de mai à « [suivre] l’évolution des candidats en phase d’admission ». L’article donne de nombreuses indications chiffrées fournies par le ministère de l’enseignement supérieur et tente une comparaison avec des données analogues de 2018. Mais comme le dit elle-même la rédactrice, ces données sont peu fiables et la comparaison s’avère plutôt hasardeuse. Mais ce mois de mai aura surtout été marqué par un « bug » retentissant : environ 67.000 candidats (Parcoursup compte 898.000 inscrits), peu après avoir reçu une proposition d’admission dans une des formations qu’ils avaient demandées, ont été informés qu’il s’agissait d’une erreur et qu’ils étaient en réalité sur une liste d’attente. Le Monde nous explique que cela concerne 400 formations (sur 14.500) qui auraient « surévalué leurs capacités d’accueil ». La ministre de l’enseignement supérieur renvoie donc la responsabilité du couac à ces formations et considère que « la situation des candidats ayant formulé des vœux dans les formations concernées a ainsi été actualisée afin qu’elle corresponde à la réalité des capacités d’accueil ». Les équipes du ministère de l’enseignement supérieur ont procédé « aux vérifications d’usage » au lendemain de la publication des premières réponses. Elles « ont été alertées par des taux anormalement élevés de propositions d’admission formulées par certaines formations par rapport à leurs capacités d’accueil ». L’idée que ces « vérifications d’usage » auraient pu (et dû) être effectuées avant l’envoi des propositions aux candidats ne semble avoir effleuré personne au ministère, où l’on se contente d’estimer que, désormais, la situation « est rétablie ». Libération fait état du tollé provoqué par ce bug sur les réseaux sociaux et des tentatives du ministère pour calmer le jeu. Il donne la parole à des étudiants victimes (directes ou indirectes) de cette erreur et aux professeurs qui doivent gérer cette situation anxiogène. Ce bug de Parcoursup est également rapporté par Capital, Les Échos, Francetvinfo, France Inter ou encore 20 minutes qui a recueilli de très nombreux témoignages de candidats furieux. Les principaux syndicats d’enseignants du secondaire et du supérieur s’indignent de la mise en cause par le ministère des équipes pédagogiques qui auraient transmis des capacités d’accueil excessives et soulignent que ce sont principalement des élèves des voies technologiques et professionnelles qui sont touchés : voir le communiqué du SNES et celui du SNESup. Au mois d’avril, le SNESup avait, dans un appel intitulé « Parcoursup 2019 : toutes et tous ex aequo », dénoncé une fois de plus les effets nocifs de Parcoursup et incité les universitaire à refuser de faire le tri des dossiers. Mais il est peu probable que cet appel ait été vraiment suivi.

Il semblerait que ni les médias ni les syndicats n’aient cherché à connaître les raisons de cette surévaluation des capacités d’accueil. Le problème pourrait provenir de l’intitulé lapidaire d’un champ rempli par les responsables de formations en amont de la procédure : « Rang limite d’appel ». Cela peut être interprété (et l’a effectivement été) comme le rang au-delà duquel les candidat⋅e⋅s ne sont plus accepté⋅e⋅s à la fin de la procédure, alors que pour les gestionnaires de la plateforme, ce nombre désignerait le nombre de candidat⋅e⋅s admis⋅es lors de la première phase.

À côté de Parcoursup, d’autres outils faisant appel à l’intelligence artificielle sont proposés par des startup pour l’orientation scolaire à tous les niveaux. Cette irruption des « algorithmes » dans le monde de l’éducation fait l’objet d’un article dans Science et Avenir. Il a été publié le lendemain du bug de Parcoursup mais la journaliste n’en avait visiblement pas encore eu connaissance au moment où elle l’a rédigé.

Réformes et communication

À propos des réformes dans l’enseignement supérieur, L’Humanité avait publié à la mi-avril les points de vue de deux syndicalistes (un enseignant-chercheur et une ingénieure du CNRS) et du président de la CPU.
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De la communication à la « pinocchiologie »

Le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, est lui aussi sur tous les fronts. Il livre à ses opposants une bataille médiatique où, hélas, la forme l’emporte largement sur le fond. C’est ce qu’a observé Libération qui publie le même jour trois articles à ce sujet. Le premier évoque la « guerre des fake news » en cours et recueille les points de vue d’une sémiologue et d’un sociologue de l’éducation qui tentent de décrypter la parole du ministre et sa stratégie de communication, qui ne serait qu’une incarnation de celle du président de la République et du gouvernement. Nous serions dans « l’ère du soupçon », où prolifèrent « fake news », « intox », « désinformation », « post-vérités », « mensonges », « boniments » ou encore « bobards ». Si l’on apprend que le mot « bobard » est « une bonne traduction française du “bullshit” américain, souvent représenté par la figure de Donald Trump » et qu’il est « moins synonyme » de « mensonge » que de « boniment », on chercherait en vain dans les propos de nos spécialistes la moindre allusion au contenu de la politique conduite rue de Grenelle et fortement contestée par une grande partie des acteurs du système éducatif. Dans son deuxième article, Libération soumet à un « craques-test » sept « bobards » : quatre émanent du ministre et trois des enseignants. Libération a corrigé les copies et attribué à chacune l’une des mentions « faux », « partiellement faux » ou encore « faux, mais en voie d’être modifié ». Une fois de plus, on reste sur sa faim en ce qui concerne les grands enjeux des réformes en cours, le journal s’étant focalisé sur un petit nombre d’affirmations, mettant sur le même plan la promesse du ministre annonçant à son arrivée rue de Grenelle – « Il n’y aura pas de Loi Blanquer, j’en serai fier » – et une déclaration sans doute intempestive glanée dans un tract distribué par des enseignants d’une école maternelle. Le troisième article est un éditorial intitulé « Pinocchiologie ». Paul Quinio y déplore pour commencer l’« ambiance de cour de récré » qui règne entre le ministre et les syndicats d’enseignants, le premier parlant de « festival de bobards » propagés par les seconds, lesquels accusent le ministre de « dire n’importe quoi ». Semblant ainsi renvoyer dos à dos les belligérants, l’éditorialiste change soudain de ton et constate pour conclure que Jean-Michel Blanquer « porte en la matière une responsabilité particulière », que, « pour réussir à réformer le système en profondeur, [il] préfère ne pas le dire trop fort » et que « cette stratégie crée, mécaniquement, ou en même temps, de la méfiance, alors que le ministre parle à longueur d’entretiens “d’école de la confiance” ». Le Figaro Étudiant relève lui aussi que « Blanquer s’insurge contre les fausses nouvelles sur la réforme du lycée », ajoutant que « cette dernière suscite de vives interrogations chez les élèves, les parents, mais aussi certains professeurs ». Quant au Monde, à la veille de l’examen par le Sénat du projet de loi pour une école de la confiance, dont l’article 1 portant sur « l’exemplarité des personnels de l’éducation » est particulièrement décrié, il énumère les nombreuses raisons pour lesquelles « des enseignants s’alarment du dirigisme du ministre Jean-Michel Blanquer ». Le ministre trouve tout de même un défenseur en la personne de Vincenzo Esposito Vinzi, « président du concours Sesame, commun à 13 écoles de commerce et de management international, et président de l’Essec », qui, dans une tribune des Échos, énumère les vertus de la réforme du lycée et du baccalauréat. Il précise que « la parfaite maîtrise des fondamentaux en mathématiques acquis jusqu’en classe de seconde apparaît suffisante pour réussir dans la plupart des études supérieures » (mais ajoute prudemment : « Il n’en demeure pas moins qu’un lycéen dont l’ambition est de travailler dans des secteurs où les données, leur analyse et leur compréhension sont au coeur de l’activité devra compléter ce socle de fondamentaux en mathématiques dès la première »). M. Esposito Vinzi estime par ailleurs que, « en proposant aux élèves de concevoir leur propre parcours, ce sont désormais toutes les voies qui sont des routes vers l’excellence ». Il donne là une belle illustration d’un des objectifs que la réforme permettra sans nul doute d’atteindre : « Encourager l’esprit critique ».

Gilles Cohen, professeur de mathématiques et directeur du bimestriel Tangente consacré aux mathématiques, signe dans le numéro 187 (mars 2019) un éditorial virulent. Il y souligne la profonde contradiction entre les principes affirmés dans le rapport Villani-Torossian, qui avaient reçu l’adhésion d’une grande partie des enseignants de mathématiques, et les dispositions adoptées dans la réforme du lycée, qui prétendait pourtant s’inspirer de ce rapport.
Gilles Cohen montre bien qu’avec la réduction drastique du nombre d’heures de mathématiques, que beaucoup expliquent par le manque de candidats à l’enseignement de cette discipline, on entre dans un cercle vicieux, puisque « moins il y aura de formation mathématique, moins il y aura de candidats à l’enseignement de cette discipline ! » Il verrait bien une solution plus astucieuse : « payer plus cher les enseignants de maths », mais avoue aussitôt être conscient qu’il « profère une énormité »... Il égratigne au passage Jean-Michel Blanquer à propos de l’obligation de réserve « récemment rendue plus contraignante par le ministre de l’Éducation nationale ».

En lien avec la réforme du lycée, la création de laboratoires de mathématiques se poursuit, avec de grandes interrogations qui demeurent, notamment quant aux moyens qui seront réellement affectés à cette opération et aux conséquences que beaucoup redoutent sur la formation continue des enseignants en mathématiques. Ces dernières semaines, deux créations de laboratoires de mathématiques ont été rapportées pas la presse : l’une au collège de Vimoutier, dans l’Orne, signalée par Ouest-France, l’autre au lycée Paul Héroult à Saint-Jean de Maurienne, en Savoie, repérée dans Le Dauphiné).

Le blog d’Olivier Rollot sur le site du Monde donne la parole à trois professeurs de mathématiques en classes préparatoires économiques et commerciales, qui cosignent un article décrivant avec précision et sans parti pris les conséquences de la réforme du lycée sur leur filière et les évolutions auxquelles elle pourrait ou devrait conduire. Il s’agit là d’un guide qui devrait être utile aux élèves attirés par cette voie et devant d’ores et déjà faire un choix de spécialités dans le cycle terminal du lycée.

Au cours d’une semaine consacrée au bac 2019, une émission de « La méthode scientifique » sur France Culture traitait plus particulièrement de la place de l’enseignement scientifique dans la réforme du lycée. Alice Ernoult, professeur de mathématiques au Havre et présidente de l’Association des professeurs de mathématiques de l’enseignement public (APMEP) faisait partie des invités.

Un dernier mot sur la réforme du lycée : le programme des spécialités de la classe de première en série STL est consultable sur le site de L’Étudiant.

Ici et ailleurs

Un reportage du Monde nous fait entrer dans l’univers de « Ginette », le prestigieux lycée privée Sainte-Geneviève de Versailles, exclusivement consacré aux classes préparatoires aux grandes écoles et qui accueille uniquement des élèves en internat. Les élèves n’y entrent qu’après une sélection impitoyable. On y revendique fièrement l’élitisme : « Élitiste, au sens intellectuel, pour nous, ce n’est pas péjoratif », dit sa directrice. En 2018, « Ginette » a vu entrer à l’École polytechnique 85 de ses 875 élèves.

Dans le cadre de la semaine académique de l’école maternelle, des professeurs d’écoles maternelles de l’académie de Limoges ont participé le 15 mai à un forum présentant l’enseignement des mathématiques par les jeux. Le Populaire du Centre assistait à cette journée « Jouons pour apprendre les mathématiques à l’école maternelle ».

La tentation d’utiliser les jeux vidéo comme outils pédagogiques pour rendre plus agréable l’apprentissage des mathématique n’est pas nouvelle et le journal canadien Express en apporte une nouvelle illustration en décrivant l’intégration de concepts mathématiques au jeu vidéo Minecraft dans une école secondaire (que l’article en question ne permet pas de localiser).

L’hebdomadaire Courrier International, reprenant un article du quotidien Der Spiegel de Hambourg, fait état d’une étude allemande menée pendant quatre ans auprès de 900 élèves de Bavière par l’université catholique d’Eichstätt-Ingolstadt, d’où il ressortirait que les élèves suivant un cursus scolaire bilingue ont de meilleurs résultats que les autres en mathématiques. Toutefois en y regardant de plus près, on lit dans l’article que « les résultats des élèves bilingues sont en effet “sensationnels” dans plusieurs matières, dont les mathématiques » [2]. Titrer sur les seules mathématiques est donc légèrement abusif...

L’épreuve de mathématiques du baccalauréat 2019 en Bavière était-elle trop difficile ? C’est en tout cas l’avis des élèves allemands qui ont lancé une pétition en ligne pour contester l’examen et réclamer un ajustement de leurs notes. La pétition a récolté près de 60.000 signatures en deux jours, ce qui a contraint le ministre bavarois de l’Éducation à annoncer un contrôle par ses services de l’épreuve controversée. L’information est donnée par Les Échos, qui précisent que « des pétitions similaires ont été lancées dans plusieurs autres Länder ».

À l’honneur

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Une du Monde avec A. Grothendieck

Il n’est pas fréquent qu’un mathématicien fasse la une d’un grand quotidien national. Cela a cependant été le cas pour Le Monde daté des 8 et 9 mai derniers. C’est Alexandre Grothendieck qui apparaît ici sur une photo prise au pied du mont Ventoux en 1987, un an avant sa retraite de l’université de Montpellier et deux ans après l’écriture de Récoltes et semailles, une autobiographie qui est par endroits très critique vis-à-vis de certaines personnes.

Trois articles du Monde présentent les archives que Grothendieck a écrites pendant sa retraite, coupé du monde dans l’Ariège. Il s’agit d’environ 100.000 pages de notes dont 28.000 sont à l’université de Montpellier, scannées et accessible sur le site des archives Grothendieck. Les quelque 70.000 restantes sont dans la cave d’un libraire parisien et n’ont été examinées que sommairement.

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Extrait des archives Grothendieck

La question est de savoir quelle est la valeur de ces écrits, à la fois du point de vue mathématique (les écrits sont-ils les divagations d’un ermite ou des mathématiques nouvelles et exceptionnelles ?) et monétaire. La Bibliothèque nationale de France voudrait s’en porter acquéreur mais avant cela, la loi impose qu’une estimation soit donnée. La première page du Monde Sciences revient sur le parcours de Grothendieck et la double page consacrée à la valeur de cet héritage est illustrée de croquis issus de ces archives.

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Gazette spéciale pour Jean-Pierre Kahane

Jean-Pierre Kahane est décédé il y a deux ans à quatre-vingt-dix ans, quelques jours à peine après avoir fait un exposé à l’Institut Henri Poincaré pour la remise des prix SMF Junior. C’était un grand spécialiste de l’analyse de Fourier et ses généralisations. Il était extrêmement apprécié pour sa bienveillance et son engagement dans le collectif. La SMF lui consacre un numéro spécial de la Gazette.

Les prix Shaw récompensent chaque année une personne en astronomie, biologie et mathématiques. On les surnomme parfois « prix Nobel » asiatiques puisqu’ils sont remis à Hong-Kong et sont accompagnés d’une récompense de 1,2 million de dollars. Cette année, Michel Talagrand, directeur de recherches émérite au CNRS a reçu celui pour les mathématiques.

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Michel Talagrand reçoit le prix Shaw

Michel Talagrand est un spécialiste des phénomènes de concentration de la mesure. Par exemple, si l’on considère des sphères dont la dimension tend vers l’infini, la mesure d’un petit voisinage d’un équateur tend vers la masse totale de la sphère. On trouve un entretien avec Michel Talagrand dans la dernière Gazette des mathématiciens de la SMF, bien inspirée ou bien informée.

À cheval entre honneurs et histoire, « La conversation scientifique » sur France Culture évoque la figure de « Jean Cavaillès (1903-1944), l’“agrégé du sabotage” », un philosophe des mathématiques « qui ébranlera plus tard la scène philosophique » et résistant, fusillé par les Allemands en 1944.

Diffusion

Scolaire
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Quelques étapes du tour de Gaule des rallyes

Le mois de mai nous fait voyager partout dans le monde avec les différents concours et rallyes. Ainsi, pour démarrer le tour de France, comme un célèbre Gaulois dont on fête cette année les soixante ans, Ouest-France met à l’honneur les collégiens de Merdrignac qui ont remporté leur régionale du concours Alkindi, destiné à sensibiliser les élèves de collège et lycée à la cryptographie. À Paris, l’INSMI nous rappelle les vingt ans du salon de la culture et des jeux mathématiques qui s’est tenu du 23 au 26 mai, place Saint-Sulpice. L’Alsace consacre un long article au rallye « Mathématiques sans frontières » qui a fêté ses trente ans et qui mobilise 300.000 participants à travers le monde. À Saint-Étienne, c’est bien-sûr Le Progrès qui salue les élèves de 3e du collège Aristide-Briand. En Corse, c’est aussi le concours Alkindi qui a retenu l’attention de Corse Info. Il en est de mếme dans le Bordelais où Sud-Ouest retient que les élèves de 3e du collège de Cadaujac participeront à la finale du concours. Ce tour de Gaule un peu particulier est aussi passé par la Bourgogne, avec le rallye de la Côte d’Or signalé par Le Bien public, par le Centre avec le Kangourou des mathématiques dans Le Journal du Centre et bien d’autres endroits encore. Certains très éloignés de la Métropole, comme la Polynésie, où les élèves participaient au concours « Math’a Ara » repéré par TNTV.

Ces concours sont aussi présents en Afrique, avec notamment le Sénégal, où l’Agence de presse sénégalaise a remarqué le concours de « poésie et mathématiques ». Au Bénin, Les Pharaons présentent les olympiades de mathématiques qui avaient lieu pour leur treizième édition et récompensent les lauréats par une bourse d’études. Quant à la République démocratique du Congo, l’INSMI vante le succès des clubs de mathématiques dans lesquels se sont rendus des mathématiciens français pour rencontrer les lycéens, sous l’égide d’Animath. Pour finir, la Côte d’Ivoire a lancé le concours Houphouët-Boigny de mathématiques pour l’enseignement supérieur, comme l’indique News Abidjan.

On retiendra au-delà des concours, deux actions de médiation intéressantes dans des lycées d’Occitanie, dont parle La Dépêche. La première, Mathématiques et danse au lycée Bossuet de Condom, est une expérience kinesthésique de découverte de la géométrie et de l’arithmétique au travers de chorégraphies. La deuxième est une expérience d’enseignement intégré de mathématiques et de sciences, « Faire ma science ».

Grand public

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Le stand de l’INSMI au 20e salon CIJM

La Machine de Turing, pièce de théâtre déjà évoquée dans ces colonnes [3] a, comme le dit France 3, « fait carton plein à la 31e Nuit des Molières : quatre nominations et quatre récompenses » : spectacle, mise en scène (Tristan Petitgirard), auteur vivant et comédien (Benoit Solès pour ces deux catégories). La nouvelle est reprise par Les Échos et bien d’autres journaux.

Début mai, à Paris, vous avez pu vous rendre à la Cité des sciences et de l’industrie où un atelier Mathémagie permettait de découvrir comment les mathématiques peuvent aider à comprendre des tours de magie. Dans la région nantaise, la radio Le Son Unique fait une compilation de temps de radio dans « Le Fil de l’histoire joue aux chiffres et aux maths » et propose, pour lutter contre les clichés et les traumatismes, une sélection d’émissions autour du numérique, des paradoxes du vote, de la poésie...

Enfin, le centre Galois « pour des mathématiques populaires » d’Orléans fête lui ses dix ans. Que d’anniversaires en ce mois de mai !

Des mathématiques dans la vie courante

Il arrive que des mathématiques entachées d’imprécisions s’immiscent dans la vie courante. Le Figaro Étudiant raconte l’épopée d’un Toulousain de dix-neuf ans, classé deuxième aux olympiades de mathématiques 2017, qui porte plainte contre Auchan parce qu’il estime avoir été lésé : ayant donné ce qu’il pense être la vraie bonne réponse à un jeu-concours à saveur mathématique, il n’a pas reçu le lot promis. La réponse donnée par Auchan était $9$ mais il estime que cela devrait être $8+\sqrt2$.

Ah ! Quelle est la question, au fait ?

La Dépêche nous la donne. Il s’agit de quatre équations dont les inconnues sont des pictogrammes représentant un ordinateur portable, une imprimante ou une souris. La première équation donne l’ordinateur à $5$. De la deuxième on déduit que l’imprimante vaut $3$. La troisième représente la somme d’une imprimante et de deux paires de souris, égale à $7$. Cela met la paire de souris à $2$. La question porte sur la somme d’un ordinateur, d’une imprimante et d’une souris.

Là, les interprétations divergent. Auchan estime sans doute que la juxtaposition de deux souris est une somme, ce qui fait un total mystérieux égal à $9$. L’étudiant, lui, estime que c’est un produit (« Pourquoi écrirait-on le signe $+$ parfois mais pas partout ? » argue-t-il sans doute), ce qui met la souris à $\sqrt2$ et donne un total de $8+\sqrt2$, comme proclamé par l’étudiant.

Libération épingle des graphiques erronés diffusés par plusieurs télévisions – TF1, Cnews et BFMTV – pour présenter les intentions de vote aux européennes ou les projections de vingt heures. Que les erreurs soient fortuites ou intentionnelles, elles biaisent ce que les chiffres expriment – certain(s) parti(s) sont sous-estimé(s) au profit d’autres, sur-estimé(s). Pour terminer sur une note optimiste, réjouissons-nous que ces inexactitudes mathématiques soient signalées et pourchassées.

Parutions

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Mathématiques et amour

Plus de deux siècles après Marivaux et sa célèbre comédie en trois actes, des mathématiciens essaient de décrire les relations amoureuses avec des équations et sans le hasard ! Le jeu de l’amour sans le hasard - Mathématique du couple, écrit par le mathématicien Laurent Pujo-Menjouet et sorti en mai 2019, ne devait pas passer inaperçu. En tout cas L’Express lui consacre un bel article ainsi que Le Figaro. L’auteur était aussi l’invité fin mai de Lyon Mag. Comment aborder l’amour d’un point de vue mathématique ? Pourquoi les mathématiciens investiraient-ils ce domaine, a priori éloigné de toute rationalité ? Quels sont les résultats obtenus jusqu’à présent ? Et surtout : est-ce que ça marche ? En d’autres termes, les mathématiques peuvent- elles prédire qu’une relation est vouée à l’échec ou au contraire à un amour sans limites ? On trouve dans ce livre le fruit d’une réflexion commencée il y a plusieurs années, inaugurée par une conférence à la bibliothèque municipale de Lyon dans le cadre de l’Université ouverte : « Mathématiques et relations amoureuses : les jeux de l’amour et sans le hasard ? ». Un ouvrage original et unique qui explique « comment l’expérience amoureuse aide à aborder sans peur les équations les plus difficiles autant qu’il risque de conduire les plus doués (en calcul) aux noces de chêne ! »

Autre ouvrage ludique mais dans un registre complètement différent : Intelligences artificielles, miroirs de nos vies est une BD qui veut voir le bon côté de l’IA, nous dit France 24. Vous pouvez en lire les premières pages sur 9eme art. On ne compte plus les livres parlant d’intelligences artificielles. Les IA sont omniprésentes sur le devant de la scène ces dernières années. Elles provoquent toutes les émotions et toutes les réactions, de la peur de les voir un jour nous asservir aux espoirs les plus fous. Au carrefour de la réalité et d’une fiction qui se rapproche inéluctablement, ce livre est peut-être une bonne manière d’aborder la question pour les non spécialistes. Sortie chez Delcourt dans la collection Octopus l’ouvrage a reçu un accueil favorable des critiques. Citons par exemple Hub Institute, Sens critique ou La bande du 9.

Nous parlions plus haut du vingtième salon Culture et Jeux mathématiques. Chaque année à cette occasion, le CIJM publie une petite brochure, distribuée gratuitement et téléchargeable sur Maths Express. C’est un recueil d’une quinzaine d’articles écrits par des mathématiciens ou des journalistes spécialisés et en lien avec le thème du salon, qui sera prochainement disponible au format pdf. Le CIJM diffuse aussi pour les enseignants les brochures Panoramaths dont les numéros les plus anciens sont proposés en téléchargement gratuit.

Pour la Science fête son 500e numéro ce mois-ci ! Vous y trouverez un coup de projecteur sur trois des grandes théories qui marquent la science moderne : la théorie quantique, celle de l’évolution et celle de l’inconscient. Dans sa rubrique Logique & calcul, Jean-Paul Delahaye traite un sujet totalement différent : Découper un triangle en triangles plus petits. La question initiale semble d’une simplicité déroutante : « Est-il possible de découper un triangle en un nombre donné de morceaux triangulaires plus petits ? » Pourtant, certains des résultats présentés dans l’article « serviront aux enseignants pour animer leurs classes avec des problèmes amusants que l’on résout en réalisant de petits dessins ; d’autres serviront à concevoir des exercices de programmation et montreront l’utilité des ordinateurs en mathématiques ; d’autres encore illustreront que partout, même au sujet des plus élémentaires structures géométriques, se glissent de délicates questions qui exigent de longs raisonnements, et parfois restent non résolues. » Une passionnante promenade mathématique avec au départ un énoncé simple et facile à appréhender mais qui débouche sur des questions qui peuvent devenir particulièrement ardues. Cette promenade peut vous emmener loin et pour longtemps ! Le site Triangles mentionné dans la bibliographie permet d’explorer quelques-unes des questions qui se posent, mais d’autres problèmes continuent à faire l’objet de recherches.

En avril un article du Journal du CNRS, titré Modéliser l’évolution des opinions, insistait sur l’importance de mieux comprendre la manière dont se forment et évoluent nos opinions. Dans sa chronique mathématique du numéro de juin de La Recherche, Roger Mansuy nous explique comment comprendre l’évolution des opinions politiques. Il rebondit sur un modèle simplifié, un « modèle-jouet » que l’on peut manipuler plus facilement, évoqué par Amic Frouvelle dans son exposé donné au Mathematic Park en mars. Ce modèle proposé par Amic Frouvelle et Jian-Guo Liu (université Duke aux États-Unis) « explique avec succès les mouvements synchronisés des oiseaux dans le ciel ou le déplacement des bancs de poissons ». Il permet de rendre compte de certaines situations rencontrée dans les paysages politiques, paysages politiques bipolaires où s’opposent une majorité et une minorité. On peut parier que d’autres modèles se développeront pour décrire des situations plus complexes.

Enfin signalons le numéro de mai-juin du magazine Tangente, Les maths dans la musique contemporaine. Ce numéro offre pas moins de sept articles portant sur le thème de la musique. Les rubriques habituelles sont bien sûr présentes. Emmanuel Trélat vous propose « Un ticket gratuit vers les étoiles »... Un joli programme !

Article édité par Jérôme Germoni

Notes

[1Pour chaque discipline, un score minimal est fixé en fonction des demandes : seul⋅e⋅s les étudiant⋅e⋅s ayant eu une note supérieure à ce seuil à la selectividad, appelée désormais « PAU », l’examen de fin des études secondaires, sont admis.

[2C’est nous qui soulignons

[3Voir la rubrique « à l’honneur ».

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