Revue de presse mars 2014

Le 1er avril 2014  - Ecrit par  L’équipe Actualités Voir les commentaires (2)

Outre des marronniers printaniers et moult cogitations sur la meilleure manière de diffuser les mathématiques à la surface du globe, l’équipe Actualités vous propose ce mois-ci des exclusivités. En particulier, elle est en mesure de vous révéler en avant-première la liste des médailles Fields 2014... Alors, jetez-vous dans la lecture de ce tour du monde !

Portrait de femme (et d’hommes)

Il y a toutes sortes de mathématiciens et de mathématiciennes, et la presse nous offre ce mois-ci une belle palette de portraits, où l’on verra qu’on peut faire bien des choses en plus des mathématiques.

En cette période d’élections municipales, le journal La Dépêche nous présente Jules Bambaggi, professeur de mathématiques à Agen, où il conduit aussi la liste du « Nouveau Parti Anticapitaliste », et le décrit comme un « militant, amoureux fou des livres ». Le site Boursorama consacre pour sa part un article au mathématicien Antony Gautier, maître de conférences à Lille, arbitre international de football et présent sur la liste socialiste à l’élection municipale. Il « pourrait bientôt devenir conseiller municipal, mais il a déjà un emploi du temps de ministre » et il reconnait qu’il a « la chance d’avoir une épouse formidable ».

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Mandelbulb

Dans le journal La Croix, on retrouve le mathématicien et grand vulgarisateur Jean-Paul Delahaye, professeur et chercheur à l’université de Lille. Pour lui, « faire, inventer, créer des mathématiques, c’est encore souvent un travail solitaire, mais, de plus en plus, émergent des travaux en collaboration ». Et de préciser que « le travail, l’effort et la sueur sont aussi importants que l’intuition » et que « la rédaction d’ouvrages grand public » est « un très bon exercice pour un mathématicien ». Il exerce personnellement ses talents sous diverses formes : ouvrages mais aussi dossiers en ligne, comme celui consacré aux nombres premiers que l’on peut trouver sur le site Futura Sciences. Dans un style plus discutable, le site Toute La Culture nous parle d’une autobiographie de Benoît Mandelbrot (1924-2010), célèbre pour l’introduction de la notion de fractales, intitulée « La forme d’une vie ».

Il semble que le printemps soit aussi une belle saison pour les prix et autres honneurs. Commençons par le « Brain Prize », qui « vient d’être décerné, cette année, au neurobiologiste Stanislas Dehaene [1] ainsi qu’à deux autres scientifiques européens, Giacomo Rizzolatti et Trevor Robbins, pour leurs recherches novatrices sur les fonctions cérébrales supérieures », selon le site universcience.fr. Pour l’occasion, le site rediffuse « une interview de Stanislas Dehaene donnée au Collège de France sur des expériences menées chez les bébés pour connaître les bases cérébrales de l’arithmétique ».

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Merci, Leslie Lamport !

Autre prix prestigieux, le prix Turing vient d’être attribué à l’informaticien Leslie Lamport, ainsi que nous l’apprend le blog binaire. Leslie Lamport est aussi connu comme « le concepteur du logiciel de préparation de documents LaTeX », fort utile aux mathématiciens. Rappelons que ce prix, « souvent considéré comme l’équivalent du prix Nobel pour l’informatique », est nommé en l’honneur du mathématicien anglais Alan Turing, dont nous avons déjà parlé en décembre dernier à l’occasion de sa grâce royale, et auquel le blog de Claude Cherblanc consacre un article ce mois-ci [2].

Concernant directement les mathématiques au plus haut niveau, le prix Abel, vient d’être attribué au mathématicien Iacov Sinaï. La nouvelle est annoncée brièvement par Le Parisien, Le Figaro et le site Boursorama. On trouvera plus de détails sur le blog Dé-Formatage. Pour La Science précise que ce prix est « avec la médaille Fields l’une des plus prestigieuses récompenses dans le domaine des mathématiques ». Selon le comité Abel, les travaux de Sinaï « ont eu et continuent d’avoir une vaste portée et un profond retentissement sur les mathématiques et la physique, ainsi que sur l’interaction toujours fructueuse de ces deux domaines ». Il a notamment « développé le concept d’entropie des systèmes dynamiques » et « étudié ces systèmes avec le billard qui porte son nom. Il s’agit d’un billard carré dont le centre est occupé par un disque ». Quant au magazine La Recherche, il décode quelques apports majeurs de Iacov Sinaï, en expliquant notamment la notion fondamentale d’ergodicité.

Pour le cru 2014 des médailles Fields, il faudra attendre encore un peu, puisqu’elles seront seulement dévoilées en août prochain lors du congrès mondial des mathématiciens en Corée. Mais les lauréats précédents sont toujours présents dans la presse. Cédric Villani bien sûr, sur qui le site Le Chêne Parlant publie une sorte d’ode, vidéos à l’appui, mais aussi Wendelin Werner, médaillé en 2006. Ce dernier présidait cette année le jury du Prix Maurice Audin [3].
Il vient d’être remis à la mathématicienne « Kaoutar Ghomari de l’Enset d’Oran pour la partie algérienne et San Vu Ngoc de l’université de Rennes pour la partie française », comme le rapportent Liberté Algérie, Algérie Presse Service et Alger Républicain. Selon ce dernier journal, le « prix a été décerné à ces deux lauréats par l’association Maurice Audin pour leurs travaux de recherche, communs et innovants, dans le domaine de la physique-mathématique et d’analyse semi-classique ».

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Anne Eyraud-Loisel

Plus près de nous, L’Argus de l’assurance propose un portrait intéressant d’Anne Eyraud-Loisel, maître de conférences à « l’Institut de science financière et d’assurances (Isfa), la fameuse école lyonnaise de l’actuariat ». Elle déclare ainsi : « On peut critiquer les dérives de la finance. Mais stigmatiser la modélisation mathématique est absurde. » On y apprend aussi qu’elle a « eu la chance d’avoir Cédric Villani comme professeur ». Le Midi Libre évoque un mathématicien du passé et méconnu, Antoine Deparcieux, qui fut « bibliothécaire à l’université de Strasbourg, membre de l’académie de Paris, Montpellier, Lyon, Amiens, Metz, Berlin et Stockholm ». Le site tunisien Leaders.com signale une « conférence internationale à la mémoire de Mohamed Salah Baouendi »,
qui « fut un des plus grands géomètres de son temps, récipiendaire de nombreuses distinctions ». Pour l’Institut méditerranéen des sciences mathématiques, qui organise cet événement sur le thème de la géométrie complexe, une mission consiste « à inspirer et à guider les jeunes du Maghreb vers le monde de la recherche mathématique ». Et puis voici le portrait de Maximilian, jeune garçon suisse de dix ans et mathématicien en herbe, dans le journal suisse L’Illustré. L’auteur de l’article (qui semble un peu échaudé vis-à-vis des mathématiques) nous apprend que le jeune homme étudie « les fonctions linéaires dans les espaces vectoriels », qu’il lit « Mickey entre deux équations », et qu’à « 4 ans, il multipliait les chiffres des plaques minéralogiques ». Un futur Mozart des mathématiques, peut-être ?

Orgueil et préjugés

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Mr Darcy

Est-ce leur intransigeance ? Leur rigidité apparente ? Les mathématiques ont contre elles nombre d’idées reçues. La première, c’est qu’elles seraient plus accessibles aux hommes qu’aux femmes. Le magazine L’étudiant s’y attaque, dans un article qui cherche à « mettre KO les clichés » et pose la question intéressante : « les choses peuvent-elles changer ? » La distinction des genres lorsqu’on parle de mathématiques a une incidence non seulement sur l’éducation mais aussi sur l’emploi, c’est l’Agence science presse qui nous le dit : « Il faut voir là des manifestations du même préjugé contre les femmes : celles-ci étant jugées à l’avance moins bonnes en maths, elles partiraient donc avec une longueur de retard, du moins dans un processus d’embauche pour un emploi où les chiffres seront importants ». Deuxième idée reçue sur les mathématiques : elles seraient déconnectées de notre environnement socio-éco-politico-technologique. Eh bien non ! Non ! nous dit Maria Esteban dans une tribune sur Mediapart : « il y a une face des mathématiques dont on parle très peu ou pas du tout, et qui à mon avis est pourtant d’une importance capitale : c’est l’utilité des mathématiques dans les développements technologiques et industriels, et leur utilité pour le progrès de notre société ». En effet, « contrairement à ce que pensent certaines personnes, la recherche mathématique est aujourd’hui plus vivante que jamais, et cela en grande partie parce qu’elle doit répondre aux nombreux défis posés par l’avancement technologique de nos sociétés. » À noter que cette tribune a suscité un nombre impressionnant de commentaires : qui devise sur « la beauté, l’esthétique des mathématiques », qui déplore « l’extrême symbolisation du langage mathématique » ayant « rendu cette science abstraite voire absconse », qui encore s’inquiète d’être « réduit à une donnée mathématique », ou fait des blagues pour initiés, sans parler d’une contrepèterie graveleuse...

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Maria Esteban

Autre idée reçue : les mathématiques seraient un instrument de torture potentiel suscitant tremblements, angoisses, sueurs froides. Une étude récente reprise dans le Huffington post (mais aussi Futura Sciences, santé log ou metro) leur donne le crédit de la théorie génétique : « La peur innée des mathématiques que ressentent certains élèves pourrait s’expliquer par des prédispositions génétiques. » Mais bien sûr ! Comme cela, même plus la peine d’expliquer « Comment j’ai détesté les maths ! » Du film d’Olivier Peyon, on reparle précisément ce mois-ci avec l’interview d’un de ses protagonistes, Jean-Pierre Bourguignon, dans La Libre Belgique. Relevons en particulier les propos suivants : « En France aujourd’hui, les diplômés qui trouvent le plus rapidement un emploi stable, ce sont les mathématiciens. Chômage zéro donc mais en acceptant de se dire que faire des maths, ce n’est pas devenir prof de maths. Il y a plein d’autres débouchés. Du coup, il y a la dimension de la responsabilité des gens qui font des maths. Il faut qu’ils aient une réflexion sur leur pratique du métier. On voit par exemple que certains, parmi les plus brillants, sont allés faire de la finance et pas toujours avec la réflexion éthique nécessaire… » C’est dit ! On a pu écouter le même Jean-Pierre Bourguignon à La grande table sur France Culture.

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Sisyphe en plein exercice de maths

Telle Elizabeth avec son Darcy, il faudrait donc que le public et les élèves abandonnent leurs préjugés pour découvrir le vrai visage des maths, une démarche mise en avant par Geneviève Fioraso. Comme le rapportent lyonmag, viva ou newpress, la ministre était
présente lors de l’inauguration de la Fédération de recherche en mathématiques Rhône-Alpes / Auvergne. « Les applications des mathématiques sont au cœur de tous les secteurs de la société […]. Il faut donc mettre en place une politique volontariste qui vise à déconstruire les stéréotypes pour que les jeunes filles ne renoncent pas à ces carrières, elles y ont toute leur place ». Sur ce point on ne la contredira pas. Le reste du discours laisse néanmoins planer quelques doutes sur sa vision de la discipline. Exemple : « Jean Kuntzmann, « père » des mathématiques appliquées, c’est-à-dire de l’informatique en France. »
Sans doute est-ce pour contrebalancer l’indignation que l’on peut lire sur le blog binaire à propos de « la fresque qui recouvre l’intégralité de l’interminable corridor qui relie Montparnasse à Bienvenüe »
et « qui laisse croire aux Parisiens, aux provinciaux et aux touristes que le tout peut se faire sans une science informatique, sans algorithmes, sans analyse des données, sans recherche en image. »

La vie devant soi

Après la fameuse enquête PISA (Programme international pour le suivi des acquis des élèves), l’OCDE a entrepris d’évaluer les « compétences des adultes ». Le site Greenetvert en résume les résultats par de belles lapalissades :
« les individus peu qualifiés sont plus susceptibles de se trouver au chômage, d’être en mauvaise santé et d’être moins bien rémunérés », et « les pays aux fortes inégalités de compétences présentent aussi les plus grandes inégalités de revenus ». La vidéo est plus instructive. Elle nous explique comment certains pays se distinguent dans l’absolu - le Japon et la Finlande arrivant en tête pour les compétences « en particulier en compréhension de l’écrit, en mathématiques, en sciences et en résolution de problèmes », ou par des évolutions remarquables : en Corée, les jeunes ont de bien meilleures compétences que les anciens ; c’est l’inverse au Royaume-Uni et aux États-Unis ! Et de conclure sur une note optimiste, prônant la formation tout au long de la vie. Le Sénégal mise clairement sur les jeunes générations. Comme nous l’apprend l’Agence de presse sénégalaise, l’Université Gaston Berger abritera bientôt un « centre d’excellence pour le développement de l’enseignement des mathématiques », le but étant principalement de « faire venir des sommités mondiales pour former des jeunes capables d’assurer le développement des sciences ».

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Futur fortiche

Et la France dans tout ça ? Elle s’autorise un « cocorico ! » à l’occasion du Congrès international des mathématiciens qui se tiendra cet été à Séoul. Dans une lettre éditée par le CNRS et les trois sociétés savantes SMF, SMAI et SFdS, on trouvera la liste bien fournie
des invités français ou formés en France ou encore travaillant en France. En effet, sur 212 conférenciers invités cette année, 41 « relèvent directement de l’école mathématique française ». Vous souhaitez que votre enfant soit un jour invité à ce prestigieux événement ? Alors maigrichons, attention ! C’est la sonnette d’alarme que semblent tirer des chercheurs allemands et anglais. D’après le site
Pourquoi docteur, ils auraient établi que « les enfants ayant un bas poids par rapport à leur âge gestationnel, auraient statistiquement plus de difficultés en maths que les autres ». Curieusement, la suite de l’article se focalise sur les prématurés : « Ils auraient près de 40% de risque d’avoir des difficultés générales en mathématiques, comparé à 15% pour ceux qui sont nés à terme. » Le contraire nous aurait étonnés. Décidément, monsieur de La Palice semble avoir de la descendance. Mais bon, « le risque de souffrir de dyscalculie n’est pas significativement accru entre les enfants prématurés et les enfants nés à terme ». Vous suivez ? Ex-prématuré ou pas, on vous recommande cette amusante énigme repérée sur le site Gentside. Vous y trouverez une vidéo où « l’internaute Dereck Muller » se livre à une expérience de psychologie consistant à faire deviner à des passants « une règle mathématique à partir d’une suite de nombres », illustrant au passage le pouvoir de la réfutation en sciences. La conclusion de Muller ? « Si vous pensez que quelque chose est vrai, vous devez tout faire pour essayer de le réfuter. Et ce n’est qu’après que vous pourrez être certain d’avoir la vérité et de ne pas vous tromper. »

« Réseaux : une science en devenir », tel est le titre d’un article sur le site Informatiquenews, qui nous explique comment l’étude de réseaux plus ou moins complexes devient omniprésente dans nos sociétés, sollicitant mathématiciens, physiciens et informaticiens. Pour plus de détails on pourra visionner la conférence Les mathématiques donnent la réplique de « Marc Barthélémy, chercheur à l’Institut de Physique théorique au CEA Saclay ». Le site de l’université de Strasbourg revient quant à lui sur la carrière de Philippe Clauss, chercheur en informatique qui a eu l’« idée novatrice à la fin des années 90 […] d’utiliser la géométrie pour analyser et transformer un programme informatique ». Le point de départ est « la représentation des boucles de calcul sous forme géométrique, de polyèdres (polygones à plusieurs dimensions) ». « Une fois que l’on a retravaillé le polyèdre, on régénère un programme informatique plus rapide, qui consomme moins d’électricité, moins de mémoire vive, etc. ». Les mathématiques sont aussi au service du numérique à l’Ensimag, école d’ingénieurs à Grenoble « spécialisée dans les mathématiques appliquées et l’informatique » mise à l’honneur par l’Usine digitale dans son 22ème épisode sur les écoles du numérique. On y apprendra par exemple avec plaisir que les mathématiciens ont eu une forte influence dans la création de cette école, et que les jeunes ingénieurs qui en sortent ne se dirigent pas tous vers la finance.

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Les cristaux, c’est pas mal non plus !

Géométrie à nouveau, en compagnie d’Alain Cadix qui nous explique sur le site Usine digitale comment les « néo-objets », à la différence des objets classiques qui nous entourent, vivent dans « un espace non-euclidien à N dimensions ». Les plus curieux auront droit ici à une définition précise de ces néo-objets, dont fait partie l’ensemble des objets connectés, et les plus téméraires pourront même philosopher en musique autour d’eux à cet endroit. En plus académique, on pourra explorer avec Sciences et avenir le monde fascinant des quasi-cristaux, dont les atomes « suivent des règles mathématiques ». « Ils ont été décrits pour la première fois par Daniel Shechtman, scientifique israélien, en 1982 », qui fut récompensé du prix Nobel de Chimie 2011 pour cette découverte. Dans la revue Nature, des chercheurs de l’université américaine Notre Dame « annoncent avoir découvert une nouvelle forme de quasi-cristaux ». Ils affichent « des formes telles que des étoiles et des pentagones », que l’on retrouve dans « certaines mosaïques islamiques médiévales comme celles du palais de l’Alhambra en Espagne », et « peuvent rentrer dans la composition de certains revêtements ou en tant qu’isolant thermique dans les moteurs diesels. »

Et l’avenir des prévisions météorologiques ? BFM TV « vous fait découvrir en exclusivité » la nouvelle acquisition de Météo France. Pour 30 millions d’euros, « l’un des supercalculateurs les plus performants au monde » permet de faire des prévisions plus précises à 4 jours, avec « des modèles de calcul qui ont un point tous les 500 mètres ». Air du temps oblige, « c’est le groupe informatique français Bull qui a été choisi pour fournir ces nouveaux monstres de calcul intensif. » Les problèmes à plus long terme sont de nature différente. Le site Arcinfo mentionne une conférence du mathématicien Olivier Besson de l’université de Neuchâtel, où l’on apprend notamment que le lac de Neuchâtel « s’est réchauffé de près d’un degré en 55 ans ». Si vous n’êtes pas impressionné, sachez que « pour arriver à ce résultat, « il aurait fallu des dizaines de centrales nucléaires », a relevé Olivier Besson. »

L’étudiant étranger

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Examen de maths à Wuhan

Les résultats de la dernière étude PISA révélés en décembre 2013, et tout particulièrement les performances des jeunes Français en mathématiques, font encore couler beaucoup d’encre. C’est plus largement l’« innumérisme » des Français en général, et pas seulement des jeunes, qui est pointé du doigt. On peut lire dans l’hebdomadaire Le Point que « 70 % des 18-65 ans français sont innumérés, c’est-à-dire qu’ils ne maîtrisent pas les notions permettant les calculs de base (la numération, l’addition, la soustraction, la multiplication, la division, ainsi que la proportionnalité, les pourcentages et les fractions simples) ». Et pourtant, ces notions sont indispensables dans près de 70 % des métiers : « l’impact au niveau économique peut être considérable ! » La Grande-Bretagne, confrontée au même problème, « estime que l’innumérisme lui coûte 20 milliards de livres chaque année ». La solution britannique ? On lit dans le quotidien belge
Le Soir que Londres « va faire venir soixante professeurs chinois pour l’aider à “relever le niveau” des salles de classe », et envoyer des enseignants britanniques en Chine pour « s’imprégner du savoir-faire local » (Shanghai a terminé à la première place de la dernière étude PISA).

L’innumérisme, la faute à qui ? En France aussi, on accuse les profs de maths. Géo Ado, se demande pourquoi les mathématiques sont « la bête noire des élèves français » ? « Parce que leur enseignement les rendrait ennuyeuses ! » Dans Le Point encore, « certains pointent même du doigt le niveau en maths des professeurs des écoles, souvent issus de formations littéraires, et eux-mêmes confrontés à des difficultés avec les nombres et qui ont de fait du mal à transmettre l’amour de la matière. » Dans un entretien à vous, nous, ils, le « sage » Jean-Pierre Kahane, membre de l’Académie des sciences, modère ces avis, mais déplore la for­ma­tion continue « anar­chique et déri­soire » proposée par l’Éducation nationale. Michel Vigier, président de l’Association pour la prévention de l’innumérisme, parle quant à lui d’erreurs pédagogiques, citant par exemple la suppression de l’apprentissage de la règle de trois.

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Bête noire

Un éclairage sociologique sur les résultats à l’étude PISA montre de grandes différences entre les pays : le site greenetvert pointe que « la performance relativement élevée de la Corée, de la Finlande et de Hong-Kong (Chine) résulte du fait que l’écart de performance en mathématiques entre les enfants dont les parents exercent une profession qualifiée et les enfants dont les parents exercent une profession non qualifiée y est relativement faible. » Dans La Croix, Michel Fayol, professeur de psychologie à l’Université Blaise-Pascal de Clermont-Ferrand, considère que « le système éducatif élitiste de la France, faisant de surcroît des mathématiques un outil de sélection, contribue à détourner plus d’un élève de cette discipline alors même qu’on manque d’étudiants embrassant des carrières scientifiques. »

Des solutions ? On pourra en chercher par exemple dans l’ouvrage Transmettre, Apprendre, du philosophe et historien Marcel Gauchet et des enseignants-chercheurs en sciences de l’éducation Marie-Claude Blais et Dominique Ottavi,
dont Le Figaro publie quelques « bonnes feuilles ». En tous cas, à la question posée par les auteurs : « est-il bon d’augmenter encore le temps d’exposition des enfants aux écrans ? », la mode des MOOC ne répond pas non. La ministre de l’Enseignement Supérieur, Geneviève Fioraso se targue d’avoir 200 000 inscrits (de grands enfants, vraisemblablement) sur la plate-forme France Université Numérique et dit en espérer beaucoup plus après la mise en ligne du cours de « Cédric » (sic, dans son discours pré-cité), un « MOOC sur les équations d’évolution ». Ses propos et l’avis de l’intéressé sont rapportés par le site Digischool.

Moins « massives » sont les innovations proposées par Sabine Bouveret (professeure en collège à Scey-sur-Saône) et décrites encore par La Croix. Elle « enregistre son cours avec un MP3 puis le met à la disposition des élèves afin de les aider, par exemple, à retrouver un raisonnement au cœur d’un devoir à réaliser à la maison ». Elle a aussi repéré les « écarts de niveaux de langue » entre elle et ses élèves. « Cela nous a incités à concevoir une affiche placardée en permanence dans la classe. On y lit que les mots “segment” et “droite” peuvent, dans le langage courant, être remplacés par “trait” et “ligne”. »

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Qui a dit que c’était mauvais ?

On pourra certainement découvrir les mots créoles pour ces notions dans le premier manuel de mathématiques en créole mauricien, qui vient de paraître. Le site Le Mauricien.com se demande s’il sera « plus facile d’apprendre les mathématiques en kreol que dans les autres langues utilisées à Maurice ? » Histoire de mots, histoires de goûts aussi. Dans un billet sur son blog, le gastronome moléculaire Hervé This ose une comparaison entre les mathématiques et … les épinards ! « Quand un enfant dit “c’est mauvais” [les épinards], cela signifie qu’il n’aime pas, [...] l’enfant n’a pas compris que l’épinard pouvait être bon : soit parce qu’on lui a mal cuit, mal assaisonné, soit parce que l’enfant n’a pas compris qu’il pouvait prendre son destin en main, et assaisonner à son goût ».

« Mon prof de maths est un génie ». Il a inventé la « méthode Game of Thrones ». De quoi s’agit-il ? On peut lire ça sur un site de chat, repéré par
Le Point. Ce serait terriblement efficace pour obtenir le silence dans un amphi. L’étudiant raconte que son professeur de mathématiques, fatigué de ne pas réussir à calmer ses élèves, a menacé de dévoiler des éléments clés de l’intrigue de la série fantastique la plus regardée au monde. Menace mise à exécution, silence obtenu. Dans un style plus conventionnel, on apprend par le journal canadien La presse que Pieter Hofstra, logicien à l’Université d’Ottawa, a créé un cours intitulé « Probabilités et jeux de hasard : Poker 101 » [4]. Il nous dit qu’il a profité de l’« engouement autour du poker » pour « intéresser un public plus large aux mathématiques ». « Il constate que ses étudiants sont moins enclins à s’adonner aux jeux de hasard. “Ils comprennent les risques et les conséquences à long terme.” »

Le joueur

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2048
© 2014 Gabriele Cirulli

Et oui, jeu et mathématiques vont assez bien ensemble. Exemple avec le jeu DragonBox,
« un jeu numérique français qui aide les enfants de 5 à 18 ans à comprendre l’algèbre en s’amusant », dit le Huffington Post.
Primé comme le « Best Serious Game » aux International Mobile Games Awards 2013, étudié par le Center for Game Science de l’Université de Washington, il a séduit l’auteur de l’article, Victoria Belz : pour elle, « le côté rébarbatif de l’apprentissage des mathématiques a disparu ».
Un peu moins convainquant, le jeu Blackboard Madness « transforme les mathématiques en jeu d’action », selon Videogames Pockett.
Sinon, les puissances de 2 (bien connues des vendeurs de clés USB) sont à l’honneur dans le jeu 2048 et ses variantes
relevées par Slate et
pour le journal de Montréal : Slice Fractions « est devenu le chouchou d’Apple. L’équipe de rédaction de la multinationale l’a placé en vedette sur son site de ventes en ligne d’applications pour ses produits
mobiles. » Par ailleurs, Atlantico relève la complexité de Candy Crush Saga, « classé dans la catégorie NP (problèmes non résolus) » et « jeu le plus populaire du monde ».

En plus scolaire, l’engouement pour les concours de mathématiques est net. À l’occasion de la Semaine des Mathématiques dont nous parlons plus bas et de la commémoration du 50ème anniversaire des relations diplomatiques entre la France et la Chine, « plus de 30 000 lycéens français et chinois » étaient invités à plancher « simultanément sur un même devoir de mathématiques » au travers du concours Compter avec l’Autre [5], indique le Ministère de l’Éducation nationale. Les lauréats de chaque établissement gagneront un voyage de huit jours en Chine au mois de juin, relève Ouest France.
Pour les curieux, les sujets sont disponibles sur le site de la représentation diplomatique de La France en Chine.
D’autres concours ont lieu outre-mer : en Polynésie, avec le « défi de calcul mental Tata’u Upo’o (…) pour toutes les classes de Polynésie Française du CM2 à la Seconde » relevé par Tahiti Infos, en Martinique où « une participation record, 12 510 élèves ont participé (…) au Rallye mathématiques » nous indique France-Antilles ou encore au Sénégal avec le concours Miss mathématiques, miss sciences. « J’ai entendu dire que les mathématiques étaient réservées aux garçons, alors que l’avenir est réservé à ceux qui travaillent, a souligné la Miss mathématiques », comme l’indique l’Agence de Presse Sénégalaise.

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Logique !

Et pour séduire le public, les mathématiques se donnent à voir dans des lieux parfois insolites. « L’exposition de mathématiques la plus haute du monde » s’est ainsi montrée sur les pistes de la station de ski Serre-Chevalier. Le site de la radio locale Alpe1 précise qu’elle « a été réalisée par les élèves du Lycée d’Altitude de Briançon qui participent à l’atelier « Maths en Jeans » ». Au niveau de la mer,
« la Bibliothèque Louis Nucéra [à Nice] vous invite à découvrir une exposition itinérante autour des mathématiques. Images, textes, objets, instruments sont présentés autour de cartes montrant comment la science mathématique s’est développée et diffusée », annonce le blog Euro-Méditerranée. Autre initiative originale :
« Monter des spectacles pour faire comprendre les maths » : c’est l’objectif de la compagnie de théâtre L’Île Logique [6], et de ses clowneries salvatrices relevées par Le Nouvel Observateur.

La semaine Sainte

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Semaine des mathématiques 2014
© Ministère Éducation Nationale

Du 17 au 22 mars s’est déroulée, pour la troisième fois consécutive, la semaine des mathématiques en France. Les journaux en ont abondamment parlé, pour nous montrer à quel point cette matière peut s’avérer bien plus « fun » qu’elle n’y paraît.
Le quotidien DOMactu.com signale ainsi l’événement, « autour du thème « Mathématiques au carrefour des cultures » » et dont le but est de donner « une image actuelle, vivante et attractive des Mathématiques » : « Il s’agit de démontrer l’importance des mathématiques à la fois pour la formation des citoyens et dans leur vie quotidienne » explique le Rectorat de Guadeloupe. » Un objectif qui ne convainc pas tous les internautes, malheureusement. En Poitou-Charentes, le programme de ces « cinq jours pour tordre le cou aux idées reçues » est détaillé par la chaîne locale de France 3, avec en particulier une projection du film Comment j’ai détesté les maths dans l’académie de Poitiers. Sur la Côte d’Azur, France 3 nous parle carrément de « redorer le blason des mathématiques » et ce avec de nombreuses animations proposées par les « étudiants de l’ESPE, l’école supérieure de professorat et d’Éducation à Nice » auxquelles « près de 200 élèves ont assisté ».

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Ne pas dépasser la dose prescrite

Pour l’occasion, les établissements scolaires eux-mêmes ont organisé toutes sortes d’événements : rallyes, jeux en équipes, conférences… Comme à Rouen par exemple, et c’est Tendance Ouest qui nous en parle. On peut ainsi citer « les épreuves des Olympiades des mathématiques pour les classes de première » ou encore des conférences à l’attention des premières également. En Eure-et-Loir, L’écho Républicain mentionne un certain nombre de collèges, lycées et autres établissements scolaires très investis dans cette semaine des Mathématiques et « le Rectorat propose aux volontaires de participer à des épreuves » et ce pour montrer « l’aspect vivant et dynamique » des mathématiques. « Défis à relever, énigmes à trouver, problèmes à résoudre, tous les ingrédients sont réunis pour vivre les mathématiques et les sciences autrement et apprendre par plaisir », c’est ce que l’on peut lire sur le site de l’Académie de Montpellier. Et si l’on a vu que les premières se prêtaient bien au jeu des mathématiques, c’est valable pour tous les âges. La voix du nord nous raconte comment certaines collégiennes ont épaté leurs camarades de « la classe de CM2 de l’école primaire Leopold-Parent de Cauchy-à-la-Tour » avec le fameux jeu du Rubik’s cube. Les mathématiques sont une discipline pour petits et grands, surtout lorsqu’elles deviennent un véritable jeu en équipe. Un jeu sérieux tout de même : « Les élèves de CM1 sont tellement concentrés que l’on pourrait presque apercevoir la fumée s’échapper de leur cerveau », dit La Dépêche, « neurones en ébullition pour trois classes de troisième du collège Beaulieu » signalés par La Nouvelle République.

Les journaux se sont aussi prêtés au jeu. Sud Ouest en publiant chaque jour du 17 au 21 mars une énigme sur un célèbre réseau dit social. Voici par exemple la première : « On dispose de 80 billes pleines et une creuse indiscernable au toucher. On dispose d’une simple balance à deux plateaux. Comment trouver la bille creuse en seulement quatre pesées ? ». Si vous séchez, les solutions sont sur leur site. Et Nord Littoral de citer quelques énigmes proposées par « un professeur de mathématiques en retraite », Christian Duhaut. Ce qui ne devrait pas vous empêcher de continuer à plancher sur les Défis du Calendrier Mathématique 2014.

Alors, convaincus ?

Parutions

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Alexandre Grothendieck en 1970

Peu de gens ont des nouvelles d’Alexander Grothendieck et encore moins l’ont rencontré ou approché ces dernières années. Il prend sa retraite en 1988 et refuse la même année le prix Crafoord décerné par l’Académie royale des sciences de Suède. Trois ans plus tard il quitte son domicile sans donner d’adresse. Il disparaît ainsi de notre monde et se retire « quelque part dans les Pyrénées » où il mène une vie d’ermite, laissant une œuvre mathématique immense. Des projets de publication se dessinent il y a quelques années, mais, en 2010, il se manifeste et publie une « Déclaration d’intention de non-publication » : « Je n’ai pas l’intention de publier, ou de republier, aucune œuvre ou texte dont je suis l’auteur, sous quelque forme que ce soit, imprimée ou électronique, que ce soit sous forme intégrale ou par extraits, textes de nature scientifique, personnelle ou autres, ou lettres adressées à quiconque – ainsi que toute traduction de textes dont je suis l’auteur. » Alors ? Récemment le site GQMagazine.fr nous apprend qu’un film de Catherine Aira et Yves Le Pestipon, « Alexandre Grothendieck - Sur les routes d’un génie » (disponible aussi en DVD), sera projeté le 10 avril à Toulouse à l’INP et le 25 juin à Nantes dans le cadre d’un séminaire de géométrie algébrique. Mais c’est la une du magazine La Recherche d’avril qui retient l’attention en lui consacrant entièrement un dossier du mois abondamment illustré et commenté : « Le génie d’Alexandre Grothendieck. Pourquoi il inspire les mathématiciens du XXIe siècle ». Sa vie « que l’on n’efface pas », la dimension collective de ses travaux, l’ampleur de son œuvre et de son héritage. Un éclairage synthétique non seulement sur un géant mais sur un pan entier des mathématiques contemporaines.

En avril, Pour la Science s’interroge sur les coïncidences qui paraissent improbables (voire très improbables), s’intéresse aux jupes des derviches tourneurs et nous invite à découvrir « les preuves de travail ».

Le premier article, qui revisite ce que l’auteur appelle le « principe d’improbabilité », est adapté de l’ouvrage de David Hand, The Improbabilty Principle : Why Coincidences, Miracles, and Rare Events Happen Every Day, sorti en février 2014. On le savait déjà : les chances de voir une météorite tomber sur le capot de votre voiture ne sont pas nulles …

Le second article, placé dans la rubrique « Art et Science », et dans le prolongement d’une actualité postée sur le site de la revue en décembre, nous rappelle le lien entre jupes, ouragans et forces de Coriolis. La physique du mouvement de la jupe a son charme.

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Paresseux branché

Au fil des mois, Jean-Paul Delahaye nous régale dans la rubrique « Logique et calcul » d’articles variés et complets qui forment pour les curieux une véritable encyclopédie de vulgarisation. Les preuves de travail nous font découvrir une procédure « utile pour lutter contre les attaques sur le réseau Internet, pour limiter l’envoi de spams ou pour organiser des courses entre machines ». On retrouve aussi les fonctions de hachage à usage cryptographique et les bitcoins : « cette émission contrôlée, prévisible et faible de bitcoins toutes les dix minutes est la seule façon d’en créer. Cela a pour intérêt que les détenteurs de bitcoins sont certains de ne pas être victimes des phénomènes inflationnistes provoqués par l’émission massive de devises, comme c’est parfois le cas pour les monnaies contrôlées par les banques centrales ».

Pour finir

Les mathématiques, c’est tendance et artistique ! En effet, d’après Cosmopolitain avec le retour du printemps « les bijoux géométriques ont la cote ». Pas besoin de faire des maths pour être stylée, et il y en a pour tous les goûts : « boucles d’oreilles triangles ou encore colliers aux formes élaborées », « les manchettes ou les joncs » qui « mettent en valeur le poignet » ou enfin « si vous n’êtes pas sûre que la tendance bijoux géométriques soit pour vous, optez pour une bague ».
Un article de 20 minutes quant à lui reprend « les savants calculs du blog Priceonomics » qui « a créé un index en corrélant la note décernée par Pitchfork et le nombre de « likes » et de partages de la critique sur Facebook », le « Hipster music index ». Il s’agirait donc de définir le degré « hipster » de différents groupes de musique. On peut évidemment émettre des « critiques, notamment sur la régression linéaire utilisée », ce n’est donc pas un modèle sans failles, d’autant que la définition du hipster est, à l’heure actuelle, de plus en plus vague et confuse.
Enfin, pour la « brève exposition » « Solutions en Lumière » qui se déroulait du samedi 22 au lundi 24 mars « dans le cadre d’une vente aux enchères caritative le lundi (...) au Palais d’Iéna », Cédric Villani a, aux côtés « de nombreuses personnalités » apporté sa touche personnelle à « la lampe « Miss Sissi », créée par Philippe Starck en 1991 ». Le journal Les Echos nous explique que cette « célèbre lampe » fut à l’occasion revisitée par « des artistes, aux profils variés » et que « les profits seront reversés à l’association Reporters d’Espoirs, qui agit depuis 2004 en faveur de la diffusion d’initiatives originales à destination du grand public ».

Notes

[1dont Images des mathématiques vous a parlé à plusieurs reprises, que ce soit dans cet article ou encore dans la revue de presse de décembre à l’occasion de son prix INSERM.

[2On pourra également écouter l’émission Rendez-vous avec X du 25 janvier sur France Inter.

[3décerné en mémoire du mathématicien Maurice Audin, dont nous avons parlé à diverses reprises.

[4« Matière 101 » est la dénomination habituelle du premier cours de la matière « Matière » dans les universités américaines.

[5Devinez qui en est le parrain ?

[6À voir aussi dans cette précédente revue de presse.

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Pour citer cet article :

L’équipe Actualités — «Revue de presse mars 2014» — Images des Mathématiques, CNRS, 2014

Commentaire sur l'article

  • Revue de presse mars 2014

    le 2 avril 2014 à 11:00, par Karen Brandin

    Après de longues semaines d’attente et n’ayant pu assister à la projection organisée à Talence en Décembre, j’ai enfin pu acquérir un exemplaire du film autour d’Alexandre Grothendieck « Sur les routes d’un génie » évoqué dans cette revue de presse (et assez étrangement pas cité en référence possible dans le numéro de la Recherche mais je n’ai peut-être pas été assez attentive) et j’ai presque honte de cette impatience à visionner ce qui ressemble trop souvent à une véritable « chasse à l’homme ».

    J’ai été en particulier très choquée (je n’ai pas eu d’autres avis donc j’ignore si je n’ai tout simplement pas su interpréter convenablement et sereinement ce document finalement) par ces images où l’on dépossède cet homme de son intimité au point de fouiller ses poubelles.

    Car bon sang c’est d’un être humain qu’il s’agit, c’est d’un drame humain dont on parle, pas d’une bête de foire ou d’une simple attraction locale.
    A t-on vraiment évolué depuis le temps où l’on exhibait dans des baraquements les enfants « sauvages » ?
    Aurait-on par hasard envisagé de le mettre en cage et de faire payer un droit d’entrée ?

    Comment ne pas être attristé(e) par voire en colère contre une société capable de traiter de la sorte ses semblables ?
    On se sent voyeur, on se sent spectateur aussi de cette détresse que l’on côtoie en l’ignorant, de cette détresse que les « acteurs » de ce documentaire semblent traquer, scruter sans véritablement la comprendre voire presque sans paraître compatir.

    Qu’est-ce qu’ils croyaient ?, que Grothendieck ému aux larmes allait ouvrir son coeur meurtri quand toutes les démarches apparaissent tout sauf désintéressées et anonymes ?
    C’est l’histoire d’un drame,
    l’histoire d’une vie finalement sans affection, sans soutien, sans échange, à la limite donc du supportable depuis plus de vingt ans narrée avec un détachement inattendu par ces enseignants de classes préparatoires.

    Il y a heureusement quelques moments d’humanité avec les interventions de Leila Schneps
    et de Pierre Cartier bien sûr, qui représente la sagesse, l’érudition incarnées, la mémoire d’une époque, le garant aussi d’une honnêteté intellectuelle ; je ne lui connais pas d’équivalent malheureusement.
    S’il n’est pas sur la route d’un génie exactement, il est vraiment tout à côté.
    Il y aurait eu quelques Pierre Cartier de plus sur la route du génie Alexandre, peut-être que ...

    Même lorsque l’on est très doué(e), pour le commun des mortels, les mathématiques sont une langue étrangère avant tout ;
    à force de pratique, de ténacité, on les parle plus ou moins bien, avec plus ou moins de finesse, de bonheur et d’accent ; on parvient parfois même à se convaincre, à convaincre que l’on est originaire de cette région de la pensée mais il y a toujours un moment où quelque chose nous échappe et nous ramène à notre condition d’Être laborieux.

    Comme disait John Von Neumann : « En mathématiques, on ne comprend pas les choses, on s’y habitue. »

    Grothendieck lui pense « mathématiques », il incarne pour le coup la discipline toute entière, il ne connaît pas ce mécanisme, fut-il très rapide, très efficace, de traduction.

    En maths, il était, il est chez lui, en « accès direct » et c’est pourquoi il est « d’ailleurs ».

    La contrepartie (ou pas), c’est qu’en revanche, il n’avait pas les armes qui permettent d’accepter que le monde est décevant, que tout le monde ment, que tout ou presque est prémédité, que la trahison est partout, que c’est une donnée presque naturelle, inévitable.
    La trahison et avec elle cette incapacité à l’accepter, à l’assimiler et puis à l’oublier, c’est ce qui a détruit sa vie je pense et l’a laissé suffisamment amer, suffisamment en colère aussi pour continuer 20 ans plus tard de souhaiter nous punir en nous privant de ses contributions d’où qu’elles viennent. Il ne s’agit pas juste de se retirer de la société pour « cultiver son jardin », il est toujours en quête de quelque chose qui l’apaiserait, qui viendrait lui expliquer le monde et ce faisant lui apporterait enfin la sérénité qu’on voudrait tant pouvoir lui offrir. Il cherche à comprendre ce que tout le monde a depuis longtemps accepté comme un postulat à la base de l’existence humaine parce que l’instinct de survie nous le dicte, nous l’ordonne tout simplement.
    Comme disait ma prof de maths de troisième : « Heureux les simples d’esprits. »

    Pour tous les instituts de mathématiques du monde avant d’être un collègue, un ami, avant d’être un être pensant, un être souffrant, avant d’être un Homme finalement, il était sans doute « la poule aux d’or » ; il a tué la poule aux oeufs d’or. En ce sens la boucle est bouclée.

    Mais le comble de l’ironie, c’est qu’en 2014 on vend
    25 euros un morceau de sa vie en dvd ; la sérénité pour Alexander Grothendieck, ce n’est donc pas pour demain. :-(

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  • Revue de presse mars 2014

    le 2 avril 2014 à 12:04, par ROUX

    Votre commentaire est à la hauteur de cet être humain, et de tous les autres êtres humains : sublime, poignant et je l’entends (vos mots font du son dans les boyaux de ma tête).
    Merci pour ces très belles quelques minutes à vous lire et à vous relire.

    Répondre à ce message

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