Revue de presse mars 2016

Le 1er mars 2016  - Ecrit par  L’équipe Actualités Voir les commentaires (1)

Au menu ce mois-ci : crise de l’enseignement toujours, mais aussi plantes carnivores, Babylone, e-learning en action au Ghana et géoglyphes de Nazca. Bonne lecture.

Astronomie, vivant, décisions

La presse revient ce mois encore sur l’annonce d’une hypothétique neuvième planète du système solaire ; rappelons que Pluton avait été déclassée en 2006, considérée désormais comme planète naine. Le site de France 3 Picardie évoque « une planète dix fois plus grosse que la terre ». Dans un entretien pour Destimed, l’astronome marseillais Olivier Groussin fait des rappels très utiles sur les ordres de grandeur dans le système solaire. Le site propose aussi une incursion dans le monde des très grands télescopes et un dossier récapitulatif sur les huit planètes gravitant autour du Soleil. Les plus curieux pourront aller sur Next Inpact, pour un jeu de questions-réponses : on en profitera par exemple pour en savoir plus sur le « tueur de Pluton ». Autre découverte astronomique médiatisée, la détection des ondes gravitationnelles utilise la théorie des « ondelettes », selon un article du site de l’INSMI. Pour en savoir davantage sur la découverte elle-même, voir Mediapart. Et pour un contrepoint, Atlantico précise que l’on n’a pas vraiment détecté les ondes théorisées par Einstein, mais plutôt que l’on aura désormais des outils pour décrypter l’univers à travers elles.

Passons maintenant aux applications touchant au vivant. Science et Vie évoque la lutte contre le cancer, en particulier un modèle simple de croissance tumorale. L’espoir pourrait venir de la génétique. En effet, « une cellule cancéreuse n’est génétiquement identique à aucune autre, même à l’intérieur d’une même tumeur chez un patient ». Le Dauphiné Libéré se penche sur un sujet plus léger. Fête de la Saint Valentin oblige, la stabilité des relations amoureuses intéresse notre collaborateur Laurent Pujo-Menjouet sous l’angle mathématique. Sur le même sujet peut-être, Maxisciences nous apprend comment une plante carnivore, la dionée, s’y prend pour capturer, analyser, tuer et digérer ses proies.

JPEG - 51.2 ko
Epineuses relations amoureuses

Il est aussi question de prise de décision dans la presse ce mois-ci. Le Soir donne de nombreux exemples, allant de la gestion d’une classe à celle des incendies. La difficulté principale est de répondre à la question « systémique ou aléatoire ? » pour distinguer entre traitement global, en prenant son temps, et réponse ponctuelle et rapide. Les autorités du tennis mondial ont également des décisions délicates à prendre dans leur lutte contre les matchs arrangés par les parieurs. Selon Sciences et avenir, « il reste 15 joueurs dont les échecs restent pour le moins suspects au regard des statistiques ». Pour clore le volet sur les décisionnaires, on parle ce mois-ci de deux entrepreneurs atypiques. Le premier est le jeune Paul Duan, 22 ans seulement. D’après Le Figaro : « [son] application devrait proposer à chaque chômeur des offres d’emplois et des formations plus adaptées à son profil ». Quant à Héloïse Pierre, dont parlent Les Echos, il s’agit d’une étudiante de Sciences Po qui s’est lancée dans le domaine « des activités pour les enfants où les maths deviendraient un jeu, un truc beau et magique ». Pour en savoir plus sur « Déclic et des trucs », voir ici.

Signalons enfin une n-ième tentative d’analyse sémantique appliquée à la littérature : des physiciens polonais auraient découvert une structure multifractale dans les romans écrits dans de nombreuses langues européennes, comme l’indique le site Actualitte. En effet, « la composition des œuvres, passée au crible, démontre l’existence d’une structure narrative en cascade ». Et ceci pour « [des livres] anglais, allemands, français, italiens, polonais, russes et espagnols ».

A la recherche de grands nombres et calculs anciens

Comme le mois dernier, les très grands nombres sont à l’honneur ; tout d’abord 2^74207281 - 1, le nouveau plus grand nombre premier, découvert récemment par Curtis Cooper, professeur à l’Université du Missouri. Ubergizmo précise qu’il a été découvert grâce au système informatique GIMPS (Great Internet Mersenne Prime Search), l’Express nous fait savoir qu’il faudrait 130 jours pour le lire et 160000 tweets pour l’écrire et enfin Sputnik nous rappelle qu’il s’agit d’un nombre de Mersenne, en nous expliquant le pourquoi de ce nom. Face à cet enthousiasme médiatique, Gérald Tenenbaum, professeur à l’université de Nancy, tempère : il explique sur National Geographic que cette découverte est assez anecdotique et qu’elle ne nous apprend rien sur la répartition des nombres premiers.

JPEG - 74.8 ko
Partie gagnée par l’ordinateur

10^170 fait aussi bonne figure dans la presse mensuelle : c’est une approximation du nombre de combinaisons dans le jeu de Go. Selon Le Monde, c’est une première : un ordinateur a battu un joueur de go professionnel, l’actuel champion européen, Fan Hui. Dans La Croix, on trouvera quelques réflexions de Martin Andler, en particulier une analyse plus détaillée de cette « intelligence artificielle », qui intègre plusieurs techniques développées par différents mathématiciens et informaticiens français.

Toujours au sujet des grands nombres (de données) et de l’intelligence artificielle, Le Monde Informatique
nous informe qu’en combinant topologie et informatique quantique, des chercheurs du MIT et des universités de Waterloo et de Californie du Sud pensent avoir trouvé une approche pour les big data très volumineuses.

Une autre grande nouvelle (signalée sur de nombreux sites et entre autres dans Images des Maths) : selon une étude publiée dans la revue Science par Mathieu Ossendrijver (astrophysicien et assyriologue), les Babyloniens avaient trouvé un moyen géométrique de calculer les mouvements de Jupiter en utilisant des outils mathématiques qui ne seront redécouverts que beaucoup plus tard en Europe. Une nouvelle page de l’histoire de la géométrie est peut-être en train de s’ouvrir !

JPEG - 54.2 ko
Jupiter et Babylone

Culture

Si vous n’êtes pas encore convaincu-e de l’utilité des mathématiques, lisez cet article dans The Conversation, qui cite Laurent Schwartz : « les mathématiques, ça sert à faire de la physique. La physique, ça sert à faire des frigidaires. Les frigidaires, ça sert à y mettre des langoustes, et les langoustes, ça sert aux mathématiciens, qui les mangent et sont alors dans de bonnes dispositions pour faire des mathématiques, qui servent à la physique, qui sert à faire des frigidaires, qui… ». Toujours sur ce même site, voir The Conversation, des textes de mathématiciens et leur histoire sont étudiés. Il s’agit d’abord des conférences grand public « Un texte, un mathématicien » organisées par la Société mathématique de France et la Bibliothèque nationale de France. Les textes ont une importance cruciale. The Conversation, revient enfin sur une erreur célèbre (et fertile) de Poincaré. Découverte par le jeune étudiant Lars Phragmen, elle concernait le problème des trois corps. Henri Poincaré parvint à corriger son erreur, « en découvrant au passage un phénomène qui lui avait échappé en première analyse : la possibilité d’un comportement désordonné – c’est le point de départ de ce qu’on appelle aujourd’hui théorie du chaos. »

JPEG - 13.6 ko
Laurent Schwartz

Nous vous parlons régulièrement dans la revue de presse des fractales. La Libre consacre un article à ces objets mathématiques fascinants aux mille et une applications. On les retrouve dans les choux romanesco… ou dans une chorégraphie de vingt-cinq interprètes mise en scène par Clément Thirion ! Ce dernier « illustre par l’exemple la géométrie fractale, établie pour décrire des systèmes d’apparence chaotique et pourtant présents autour de nous et en nous, des fougères aux brins d’ADN. » D’autres expériences à caractère géométrique, visuelles ou sonores, vous attendent sur Übergizmo et Patwhite.com.
On ne s’étonnera plus alors, que pour le professeur en CPGE Jean Leblanc interrogé par La Dépêche, les mathématiques soient solubles dans la chanson « à condition de bien agiter, pour ne pas faire de grumeaux. »

Qui n’a jamais joué à un sudoku ? Chacun a ses techniques. Mais personne ne les formalise vraiment. Sauf peut-être André Catherin. Il a développé une méthode « infaillible » pour gagner au sudoku pour peu que l’on ait la patience et la rigueur. Le Progrès révèle une partie de la méthode. Autre jeu qui demande de la patience : le rubik’s cube. Le Républicain Lorrain consacre un article à des jeunes passionnés par ce casse-tête.

Lors d’une précédente revue de presse, nous vous parlions du concours « Bulles au carré », vos bandes dessinées mathématiques. Nous vous informons que les votes sont désormais ouverts : Image des Mathématiques.

Des maths avant et après le bac ?

L’épineuse question de l’enseignement des mathématiques revient une fois de plus sur le devant de la scène. Le dernier bilan PISA du 10 janvier dernier révèle qu’un élève sur quatre est sous le seuil de compétences, selon l’économiste. C’est bien sûr la faute des enseignants : « les élèves fréquentant des établissements où le soutien et le moral des enseignants sont meilleurs sont moins susceptibles d’être peu performants. Tandis que les élèves dont les enseignants ont un niveau faible d’attentes à leur égard et sont absents plus souvent sont plus susceptibles d’être peu performants en mathématiques ». Et pour continuer d’enfoncer des portes ouvertes, l’OCDE rappelle que « les gains sociaux et économiques de la lutte contre les mauvais résultats scolaires sont de loin supérieurs aux coûts de l’amélioration » avant d’émettre ses recommandations, reprises par Economie Matin.

Face à ce constat, la réforme du collège 2016 suscite un engouement relatif. Pour l’APMEP, « l’interdisciplinarité » au coeur de cette réforme « est problématique pour les profs de maths », selon le magazine vousnousils. Celle-ci annonce également les changements profonds du Capes 2017, avec l’arrivée de l’option informatique. La réforme prévoit en effet une introduction à la programmation. LudoMag évoque une première expérimentation en ce sens au collège de Feucherolles dans les Yvelines.

Et l’élitisme bien de chez nous se porte toujours aussi bien : l’ancien proviseur du lycée Louis Le Grand et le rédacteur en chef de la RMS recrutent des agrégés pour des cours de terminale en ligne, le Lycée Numérique, destinés à pallier les carences du système, pour un public choisi et payant. 

D’autres initiatives sont mentionnées. A Besançon, FranceTv3 présente Eric Trouillot, enseignant en mathématiques au collège qui mise sur les séances de calcul mental sous forme de jeu. Dans le même registre, aux Etats-Unis, la professeure Mary Johnson propose sa méthode « SiLMA » (Succes in Learning Math Approach), selon le vif.be : « expliqu[er] le pourquoi de chaque étape » : tout s’explique…

JPEG - 20.2 ko
Tablette en braille

Pour sortir du noir, misons sur les mathématiques en braille et en version numérique. C’est désormais possible selon l’Atelier.net. Un groupe de chercheurs de l’université de Michigan a développé une tablette utilisant du liquide ou de l’air pour remplir des micro bulles qui forment ensuite les blocs de points caractéristiques de l’alphabet braille. Ces nouvelles tablettes sont de taille réduite et sont capables d’afficher toute une page contrairement aux (coûteuses) tablettes existantes.

Mentionnons enfin qu’en période de pré-inscription aux filières post-bac, il peut être utile de regarder quelques présentations de métiers (autour) des mathématiques. Le site de l’UREM propose un court et sympathique panorama des différentes formations et débouchés, tandis que Capital évoque le métier d’actuaire. Sur le site de l’Onisep on peut aussi consulter quatre portraits de jeunes docteurs en mathématiques ou informatique qui exercent en entreprise. Mentionnons enfin un métier de plus en plus nécessaire et semblant susciter de moins en moins de vocations : nous vous invitons à lire l’article de Sciencepresse sur l’évolution du rôle des journalistes scientifiques. Un article du Soir illustre l’utilité de leur combat contre les pseudosciences et la déformation/manipulation de l’information scientifique et rassurera par la même occasion les « hexakosioihexekontahexaphobes ».

Nouvelles de francophonie

En Afrique, le journal en ligne Gabon Actualité revient sur le programme de formation d’enseignants en mathématiques mis en place au Cameroun avec l’AIMS (African Institute for Mathematical Sciences) et soutenu par des partenariats privés. Les retombées concerneraient à terme plusieurs milliers d’enseignants, selon Camernews.

En Algérie, plus précisément à Oran, Algérie Presse Service, évoque une journée d’étude proposant un éclairage historique sur les problèmes de l’enseignement des sciences et des mathématiques et faisant la promotion de l’histoire des sciences dans leur enseignement.

Pour les sceptiques du numérique, Le Monde.fr nous emmène au Ghana (Afrique de l’Ouest) à l’heure du e-learning. Environ 500 jeunes filles de 24 écoles de différentes régions du pays suivent le cours de mathématiques de la professeure Esther Kwapong enregistrés depuis un studio au centre-ville d’Accra (capitale du Ghana), avec le concours de l’ONG Britanique MGCubed (Making Ghanaian Girls Great), pionnier en matière de e-learning via satellite, webcam et utilisation de panneaux solaires.

JPEG - 73.7 ko
Esther Kwapong

En Amérique du Nord, au Canada, Metro reprend les propos de Mario Charette, spécialiste du marché du travail et de la formation, pour qui le niveau d’exigence trop élevé des mathématiques est un frein à des formations pluridisciplinaires jugées prometteuses mais boudées par les jeunes Canadiens (en partie) de ce fait. Le ministère semble sur la même ligne et désire réduire dès l’automne prochain les préalables en mathématiques du secondaire, au grand dam des enseignants québécois.

Aux Etats-Unis, l’heure est plutôt à la jouissance et à la fierté ! Oui fiers d’avoir enregistré leur dixième jeune mathématicien ayant réalisé un score de 108 points sur 108 possibles lors du test “Calculus AP (Advanced Placement) ” nous révèle t-on dans le Figaro.fr. Landon Labuskes, âgé de 14 ans, a reçu pour l’occasion une invitation à la Maison-Blanche et un tweet de la part du président Barack Obama.

Parutions

JPEG - 77.7 ko
Un géoglyphe de Nazca

Vous vous êtes peut-être déjà demandé comment repérer et identifier sur Terre et dans l’Univers des traces de vie ou d’intelligence. Dans le numéro de mars de « Pour la Science », Jean-Paul Delahaye pose la question : Vie ou intelligence : comment en repérer les traces ? et nous explique : « Les erreurs commises à propos de l’identification de traces de vie ou d’intelligence font comprendre pourquoi il est important de savoir mesurer la complexité ». Une question difficile, et pas encore résolue, mais bien éclairée par cet article synthétique.

Dans La Recherche, la chronique mathématique de Roger Mansuy revient sur l’exposé présenté par Matthieu Merle il y a un peu plus d’un an : Quelques propriétés de grands graphes aléatoires (clairsemés).
Rappelons que Mathematic Park est un séminaire qui cible les étudiants et les enseignants. Il présente, une fois par mois, à l’Institut Henri Poincaré des mini-cours sur des sujets mathématiques variés. Le prochain (inscription gratuite et obligatoire) se tiendra le 12 mars et Sylvain Perifel y traitera des questions de complexité à travers la question « P vs NP ».

La remarquable revue semestrielle Accromath a sorti il y a quelque temps son numéro « Hiver-Printemps 2016 ». Diffusé gratuitement au Canada et intégralement disponibles (depuis 2006) sur la toile ces volumes constituent une véritable mine d’articles de vulgarisation mathématique accessibles à un jeune public. Dans ce dernier numéro vous pourrez, par exemple, découvrir comment classifier des objets ou comment zoomer le climat, retrouver Edouard Lucas, les tours de Hanoï, des paradoxes (signés par Jean-Paul Delahaye), des problèmes … Encore une belle moisson !

Partager cet article

Pour citer cet article :

L’équipe Actualités — «Revue de presse mars 2016» — Images des Mathématiques, CNRS, 2016

Crédits image :

Image à la une - Lignes de fond, Nikolas Fouré, exposition d’art contemporain. Pour en savoir plus : https://openagenda.com/bretagne-en-scene/events/nicolas-fourre-et-carlos-bernal?lang=en et http://ddab.org/fr/oeuvres/FOURE
Un géoglyphe de Nazca - Wikipédia
Epineuses relations amoureuses - Wikimedia
Jupiter et Babylone - Wikimedia
Esther Kwapong - Pierre Lepidi
Tablette en braille - U. Michigan
Laurent Schwartz - Wikimedia
Partie gagnée par l’ordinateur - Wikimedia

Commentaire sur l'article

  • Revue de presse mars 2016

    le 3 mars à 13:18, par Karen Brandin

    Merci pour cette nouvelle revue de presse.

    Outre l’ouvrage tant attendu (deux ans et demi malgré tout) de Michèle Audin,
    le mois de Février a été l’occasion de la parution chez Allary Éditions d’un ouvrage sur Grothendieck ; je ne sais pas si l’on peut déjà dire : « encore un ? », je ne suis même pas sûre qu’écrire sur Grothendieck soit « vendeur ». Dans tous les cas, je ne crois pas que cet ouvrage soit un livre « d’opportunité. »

    S’agit-il d’un récit original ? ; pas vraiment et c’est justement parce que l’auteur, Philippe Douroux, ne donne pas dans un registre « sensationnel » qu’on le croit volontiers sincère, sincèrement fasciné, intrigué et forcément ému. Grothendieck et le public, c’est déjà un vieux couple finalement : on redécouvre autrement plus qu’on découvre réellement. Tout semble avoir été dit, les anecdotes sont toujours un petit peu les mêmes mais elles sont ordonnées, ressenties, éclairées différemment.

    Il y a des passages surprenants de pertinence, des moments où l’auteur semble réellement imprégné, habité de l’esprit « d’Alexander le grand » et d’autres où l’on sent que de nouveau, cet être lui échappe. C’est l’occasion de rappels historiques et de s’essayer timidement à évoquer certains des grands moments de la carrière mathématique du maître.

    Les métaphores en maths ne sont pas toujours très éclairantes ou pertinentes mais elles ont le mérite d’exister.

    C’est bien d’avoir essayé en tous cas.

    Comme nous tous ou presque l’auteur est partagé ; à la fois ému, voire terrifié par ce drame humain de devoir fuir les Hommes pour rester en vie. Dans le même temps, on se rend compte que toute sa vie d’adulte, Grothendieck s’est écouté mais vivre selon ses convictions à n’importe quel prix, c’est non seulement une démarche profondément égoïste mais c’est un luxe inouï.

    On sort de l’ouvrage avec des regrets ; on pense à la théorie des catastrophes telle qu’elle est présentée au grand public. On pense qu’à un battement d’aile près, tout aurait pu être si différent.

    Un homme qui veut soit disant se couper du monde de la Recherche, de « son monde », fait-il paraître dans un journal local : « Professeur d’université à la retraite cherche alcool de pays » ? Je ne suis pas sûre ; pas sûre qu’il n’y ait pas eu des bouteilles (justement) jetées à la mer que l’on a décidé d’ignorer.

    Comme dirait Maupassant, c’est l’histoire d’une Vie et de quelques monstres ordinaires comme nous tous sans doute.

    Des monstres ordinaires un peu lassés qui ont accepté par confort probablement d’abandonner un camarade devenu ingérable car même le génie use et n’excuse pas tout. On l’a laissé aller, laissé se perdre par instinct de survie, de peur qu’il entraîne tout le monde dans une chute possible ; Grothendieck était lui-aussi dans son rôle de monstre ordinaire, conscient de sa valeur, convaincu de détenir la vérité ou de pouvoir l’atteindre, dégoûté de ne pas être suivi comme le messie. Il s’est perdu par instinct de survie, voyant la trahison partout.

    Un amour de soi démesuré comme revanche sur la vie, pour combler tout l’amour dont on l’a privé trop tôt, de tout celui qu’il n’a pas su entretenir, qu’il n’a pas su protéger, pas su voir, de tout l’amour auquel il n’a probablement pas cru.
    Décidément, rien ne ressemble plus à un Homme qu’un autre Homme alors on est un peu amers ; on se dit « tout çà pour çà. » Tout cette souffrance, cette solitude, ce gâchis (quand même), ce poids pour les uns, ce poids pour les autres pour mourir ... à l’hôpital.

    On imaginait une autre fin, une fin de roman, on l’imaginait se consumer ; on imaginait retrouver un matin un petit tas de cendres au pied d’une chaise, à côté d’un bureau usé.

    Bref, c’est un livre à lire pour comprendre et se souvenir que rien n’est simple.

    « Alexandre Grothendieck : sur les traces du dernier génie des mathématiques. »
    Philippe DOUROUX
    Allary Éditions
    Février 2016

    Répondre à ce message

Laisser un commentaire

Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?

Suivre IDM