Revue de presse mars 2018

Revue de presse mars 2018

Le 1er mars 2018  - Ecrit par  L’équipe Actualités Voir les commentaires (1)

L’actualité des mathématiques était très chargée ce mois-ci, avec notamment l’arrivée de deux rapports très attendus sur l’enseignement des mathématiques et la réforme du bac, mais aussi de nombreux sujets allant de la modélisation du cerveau du nourrisson à un livre reproduisant le plus grand nombre premier connu à ce jour !

Culture mathématique

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Marion Darbas

On ne le répètera jamais assez, les mathématiques sont partout. Même dans les têtes des nourrissons. Plus exactement, ce qu’il se passe dans la tête de ceux-ci n’échappe pas à la mathématique. Et tant mieux ! Dans Sciences et Avenir, on apprend ainsi que Marion Darbas (chercheuse à Amiens, spécialiste de la propagation des ondes) a fourni un modèle mathématique du cerveau des nourrissons. Pour quoi faire direz-vous ? Pour éviter les erreurs de mesures chez les nouveau-nés prématurés ayant des problèmes de développement. En effet, l’EEG « a été développée pour des crânes terminés » si bien que la mesure est faussée pour ceux qui ne le sont pas.

Pour ce qui est des crânes et des cerveaux terminés, rien de tel pour les renforcer que des cours du soir. L’Est Républicain indique qu’André Stef, chercheur à l’IREM de Lorraine anime à ce sujet un théâtre mathématique à Lunéville. On croit connaître la multiplication. Et bien, pas tant que ça. Dans cette animation, on apprend notamment qu’il y a plusieurs façons de la poser. « André Stef en a donc fait la démonstration passant par la numérotation égyptienne, les chiffres romains, la numérotation babylonienne, la multiplication russe ou maya et la méthode Per Gelosia (avec l’aide de cases). » Pendant que nous sommes à Lunéville, signalons aussi la troisième édition des journées théâtre et sciences proposées par la Méridienne, l’IUT et l’association Sciences en lumière. En tête d’affiche, nous retrouvons François Sauvageot « qui propose un spectacle interactif le vendredi avec le public », selon L’Est Républicain. Son « one maths show (...) nous montre que les mathématiques accompagnent l’évolution de notre société. » On pourra aussi retrouver Gérald Tenenbaum qui « animera un cabaret littéraire en partenariat avec la librairie Quantin » ainsi que le comédien Romain Dieudonné et le YouTuber Thomas Durand. Allons maintenant en Auvergne, plus précisément à Clermont-Ferrand avec La Montagne. Vous pourrez y voir à partir du 20 février l’exposition Mathissime. « Cette exposition s’adresse aux familles et aux enfants de plus de 6 ans. Une place importante est laissée à l’expérimentation, permettant à chacun d’exercer et d’évaluer ses capacités d’attention, d’observation, de persévérance, de logique et de raisonnement. » Le même journal donne quelques précisions : « Construction de pyramides à l’aide de triangles et de boules ; réflexion autour de la possibilité de décomposer un triangle en carrés de différentes tailles ; reconstruction d’un cube à l’aide de neuf pièces, etc. Les propositions sont multiples. Elles se déclinent également via le numérique à travers plusieurs séquences qui mettent la logique en péril, ou en exergue c’est selon. »

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Autre manière de faire aimer les mathématiques : en faire des œuvres d’art. C’est ce que fait Dan dans ses créations, selon Bénin Web TV. « Matheuse de formation et enseignante de mathématiques depuis vingt ans en France, Claudine Dan s’est reconvertie en artiste-peintre depuis plus d’un an. » La grande toile n’est pas en reste puisque le célèbre Institut Henri Poincaré (IHP) poursuit son ciné-club comme relaté dans Sciences et Avenir. « Voir un film d’anticipation, de science-fiction ou un documentaire scientifique cela peut être passionnant. Ça l’est à coup sûr lorsqu’il est possible, à l’issue de la projection, d’échanger de vive voix avec un spécialiste capable d’analyser et de décrypter ce que vous avez vu à l’écran. » C’est le leitmotiv de Quentin Lazzarotto, responsable du pôle audiovisuel de l’IHP. « Pour l’édition 2018, l’IHP a opté pour la formule du parrainage. D’où la présence de noms prestigieux tels qu’Hubert Reeves, Cédric Villani, ou encore Roland Lehoucq. » Pour rester à Paris, petit communiqué de presse du CNRS repris par Techno-Science.net sur la Maison des Mathématiques. « Lieu de recherche, de partage, de transmission et de communication, la Maison des mathématiques, également dédiée à la physique théorique, répondra aux attentes d’un public désireux de comprendre des phénomènes scientifiques, de découvrir ce que représentent les mathématiques dans le monde dans lequel on vit, de s’interroger sur ces concepts abstraits et de rêver avec cette discipline en perpétuel mouvement. » C’est dans les anciens locaux du Laboratoire de chimie physique - matière et rayonnement que la Maison des Mathématiques prendra ses quartiers au printemps 2020.

Quittons momentanément la France pour la Pologne avec MATh.en.JEANS. En effet, huit élèves du lycée Louis Vicat (accompagnés de leurs enseignantes Christel Cazals et Marie-Christine Osmont) sont allés à Varsovie dans le cadre de l’atelier. « Un programme d’activité orienté par ailleurs vers la recherche scientifique au musée Copernic et lors de la visite de la prestigieuse université de mathématiques de Varsovie menée par son doyen. », rapporte LaDepeche.fr.

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Qui dit mois de février dit Saint Valentin. Outre les fleurs, les boîtes de chocolat, les peluches, que pouvons-nous offrir à celui ou celle qui partage notre vie ? Pourquoi pas une courbe mathématique ? C’est ce que suggère Hervé Lehning dans Futura Sciences (à titre d’anecdote, l’auteur de ces lignes a offert dix mille décimales de Pi à sa moitié il y a quelques années). Pas n’importe quelle courbe bien sûr. Pourquoi pas une cardioïde ? « On l’obtient en faisant rouler un cercle sur un autre, de même rayon. » Mieux, pourquoi pas l’équation de la cardioïde ? Comme courbe plus simple, on a le cercle. Trop simple ? D’accord, partons pour treize cercles. C’est le pari que s’est lancé l’artiste Dorota Pankowska : illustrer treize animaux en n’utilisant que treize cercles pour chacun d’eux ! Le résultat du travail sur torréfacteur mérite votre clic.

Recherche et applications

Intelligence Artificielle (IA), informatique, bitcoin
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Les cryptomonnaies et la plus connue d’entre elles, le bitcoin, inquiètent. Même si elles représentent l’avenir de la finance, selon Alexis Roussel, de la société Bity, cité par arcinfo.ch, la technologie sur laquelle elles s’appuient, le blockchain, est très gourmande en énergie, s’est inquiété Cédric Villani lors d’un débat à la banque de France, à lire sur latribune.fr.

Elle inquiète aussi les états, qui sont de plus en plus nombreux à légiférer contre ces monnaies, note sputniknews. Malgré cela, David Terruzi, mathématicien spécialiste du blockchain croît à l’avenir à long terme du bitcoin, en comparant son apparition à celle du peer-to-peer (l’illégalité en moins), qui a eu les effets que l’on sait sur l’industrie de la musique.

Sur le site pseudo-sciences, Jean-Paul Delahaye pointe la relation entre le bitcoin et le virus « ransomware » WannaCry. Outre les technologies cryptographiques classiques inviolables, c’est aussi le bitcoin qui assure le succès de ce type de virus, puisqu’il permet un paiement de la rançon complètement anonyme.

IA et éthique

Peut-on traduire des questions éthiques en code informatique ? C’est ce qu’essaie de faire un groupe de 50 scientifiques états-uniens piloté par Nicholas Evans. Cruciales pour la voiture autonome, ces questions (en cas d’accident inévitable, faut-il percuter un animal plutôt qu’un humain, par exemple) ont également donné lieu à un rapport remis au ministère des Transports en Allemagne.

Comme le pointe le journal du CNRS dans un long article sur la morale et l’IA, l’important sera aussi de décider qui décide de ces règles éthiques, quitte à ce que les machines reproduisent les préjugés des humains qui les ont programmées.
Au-delà du fonctionnement même de l’IA, c’est dans son utilisation qui en est faite par les humains que des questions éthiques et morales se posent.

Franceinter relaie ainsi l’appel d’un groupe d’experts pour que les gouvernements contrôlent mieux les conséquences potentielles de l’utilisation de l’IA, en relation avec le terrorisme ou la démocratie, notamment en renforçant la protection des données personnelles.

Mathématiques pour lutter contre le cancer

Le cancer est toujours la première cause de mortalité chez l’homme et la deuxième chez la femme. C’est une justification, si nécessaire, pour les applications toujours plus nombreuses des mathématiques à la lutte contre le cancer.
Le site senioractu annonce la collaboration de Thierry Colin, mathématicien bordelais expert en modèles mathématiques de croissance tumorale à partir d’examens radiologiques, avec la société Sophia Genetics. L’idée est d’associer ces modèles avec les données génétiques et biologiques qui sont à la base des traitements personnalisés du cancer, de plus en plus utilisés.

Ces modèles d’évolution d’une tumeur se développent aussi beaucoup au CHU de Poitiers, selon le site 7apoitiers.fr, avec l’équipe de recherche Dactim-MIS. Leur originalité est la correction d’image (IRM) en temps réel.

Le site forbes.fr met en exergue des starts-up qui luttent contre le cancer, notamment Owkin, créée par un mathématicien et un cancérologue, dont le but est de prédire l’effet des médicaments en comprenant pourquoi la réaction à un traitement varie autant d’un patient à l’autre.

Mais aussi...

L’Agence universitaire francophone veut créer un centre d’étude des catastrophes naturelles en Afrique, selon le site africanews. Reposant plus spécifiquement sur l’utilisation des EDP [1] pour la modélisation, ce projet associerait une université française et trois africaines. Il reste à convaincre les états de le financer.

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La rubrique sciences du Monde.fr tente ce mois-ci d’expliquer quelles lois biologiques sont à l’origine des régularités mathématiques observées sur les plantes (nombre de spirales du tournesol, angle reliant les écailles d’une pomme de pin). La tâche est ardue mais donne envie d’en savoir plus.

La chronique mathématique de La Recherche ce mois-ci traite d’un de ces problèmes attirants car faciles à énoncer : que peut-on dire de la parité de la somme des chiffres d’un nombre premier ? Eh bien il y en a autant de paires que d’impaires. Cette conjecture de Gelfond vient d’être démontrée par les mathématiciens marseillais Christian Mauduit et Joël Rivat.

Le journal du CNRS a mis en ligne une vidéo très didactique qui présente le résultat que Michaël Rao a démontré en 2017 : il n’existe que 15 familles de pentagones qui permettent de paver le plan. Ces 15 familles étaient connues, mais M. Rao a montré que ce sont les seules.

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Vie de la recherche

Le CNRS change de tête. Antoine Petit remplace Anne Peyroche. Le Figaro revient sur les raisons de l’éviction de la scientifique.

Il y a du changement aussi à l’Institut Henri Poincaré : Sylvie Benzoni en prend la direction. Son projet pour l’IHP est décrit dans un entretien publié par le site cnrsinfo.

Avant le Congrès international de mathématiques qui s’y tiendra en août, le Courrier International cite les propos réjouis de Marcelo Viana, directeur de l’IMPA (Instituto de Matemática Pura e Aplicada), après que le Brésil ait rejoint le groupe 5, la première division des mathématiques mondiales.

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Faire-part de naissance : Le Monde et le CNRS annoncent la naissance de la dixième UMI (unité mixte internationale) en mathématique, le laboratoire Abraham de Moivre. Les parents, le CNRS et l’Imperial College de Londres, ont choisi le nom d’un géomètre et probabiliste français établi à Londres après la révocation de l’édit de Nantes.

Pour finir, une application vitale : comment couper les pommes de terre pour avoir la meilleure cuisson au four ? Slate.fr donne la réponse apportée par la Samuel Withbread School fondée sur le constat suivant : ce sont les surfaces plates qui grillent.

Enseignement

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Les deux rapports Villani-Torossian et Mathiot ont fait couler beaucoup d’encre ce mois-ci. Nous leur consacrons une page spéciale : tous les détails en suivant ce lien. Voici les autres nouvelles.

L’éducation doit-elle se plier aux lois du marché ? Certains signes indiquent qu’il est au moins légitime de se poser la question. Les médias traitent de plus en plus souvent ce sujet avec le même langage, pour ne pas dire la même novlangue, que l’actualité de l’économie, de la finance, du commerce et des « affaires ». Productivité, rentabilité, performance, valorisation, communication, gouvernance, management... : autant de termes qui, il y a seulement une trentaine d’années, n’appartenaient pas au lexique de la communauté éducative. Mais les temps changent. Aujourd’hui, de même que les actionnaires exigent des dividendes, les bailleurs de fonds des programmes éducatifs veulent des résultats tangibles. Le site belge Express Business (rien à voir avec l’hebdomadaire français L’Express), sous le titre-choc « Chaque jour, 1,5 milliard d’enfants vont à l’école : ils y apprennent peu de choses, voire rien du tout », fait les comptes, et ne les trouve pas satisfaisants ! Reprenant le rapport annuel de la banque mondiale, déjà évoqué ici (voir la revue de presse du mois de novembre), il en retient que les dépenses mondiales pour l’éducation s’élèvent chaque année à 5% du PIB [2]. Et il ajoute : « Mais une grande partie de cet argent est perdu, de même que le temps qu’ils passent à l’école pour apprendre des choses qui ne seront jamais utiles dans le monde moderne. » N’y a-t-il pas là un argument pour justifier une modération de cet investissement ? Et n’est-ce pas au fond le chemin que prennent nos sociétés libérales ?

Autre signe de l’incursion du monde économique et financier dans la sphère éducative : la télévision publique fait appel à un journaliste spécialisé en économie pour interroger le ministre de l’Éducation nationale. Sur son blog de Télérama, Samuel Gontier décrypte avec une rare férocité l’émission politique de France 2 qui recevait le 15 février Jean-Michel Blanquer. En l’occurrence, la férocité vise bien plus les journalistes et « experts » de la chaîne que l’invité ! Honneur donc à François Lenglet, que son étiquette d’expert en économie semble autoriser à parler de n’importe quel sujet. Ancienne vidéo de Claude Allègre à l’appui, il ressort tous les poncifs sur le dégraissage du mammouth, l’absentéisme des professeurs, leurs quatre mois de vacances, etc. À noter que Jean-Michel Blanquer a battu ce soir-là tous les records de l’émission en séduisant 71% des téléspectateurs sondés.

Et si les enseignants de mathématiques monnayaient leur compétence et leur savoir-faire, comme dans une entreprise privée ? Dans un contexte de grave pénurie du recrutement, pourquoi ne pas afficher des prétentions en hausse ? C’est l’idée qu’a eue, et qu’a mise en pratique avec succès, un jeune collègue belge. L’histoire avait été racontée par l’intéressé fin janvier sur la page Facebook du site enseignons.be, qui la reprend ce mois-ci.

Affaires encore, avec un article de l’édition Afrique du Monde évoquant le « business » des livres scolaires en Côte d’Ivoire ». On y apprend que « le livre scolaire, c’est une affaire de gros sous », que « le gâteau éditorial [...] aiguise les appétits », que « la liste des manuels agréés [...] change à chaque rentrée » et que le marché est dominé par une filiale du groupe Hachette. Ce n’est pas chez nous qu’on verrait ça...

Le privé, ça a décidément du bon ! Les Dernières Nouvelles d’Alsace (DNA) sont en admiration devant la pédagogie révolutionnaire en vigueur à « La doctrine chrétienne », établissement privé (comme son nom l’indique) de Strasbourg. Pensez donc ! On y constitue des groupes de niveau, en fonction des acquis, pour l’enseignement des mathématiques en cinquième, on y a recours aux « questions flash » (tous les enseignants du public connaissent cette méthode et beaucoup la pratiquent), on « note les réponses au tableau et on verra lesquelles sont justes » (quelle audace !), on partage ses réponses, tout le monde s’exprime, « Ah ! », « Ah mais oui ! », « C’est bon, tout le monde a compris ». Nous sommes dans le groupe des élèves « les moins à l’aise avec la matière ». Ils sont une quinzaine.
Si toutes les classes de cinquième de France étaient à quinze élèves...

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Si vous êtes éblouis par l’intelligence du champion de tennis Rafael Nadal ou par celle de l’entrepreneur milliardaire François Pinault, précipitez-vous sur le livre d’un « coach mental », dont VSD fait la promotion. Vous y apprendrez que vous êtes « dix fois plus [intelligent] que ce qu’on vous a seriné », que vous devez « arrêter de vous sous-estimer », et vous saurez enfin de quels maux vous souffrez : « bridé par les mathématiques », vous êtes victime de « la victoire du calcul sur toute autre forme de pensée », de la « fascination pour les chiffres ». Vous pourrez alors devenir enfin un champion, « grâce notamment aux intel­li­gences que les diffé­rents systèmes scolaire, fami­lial, social ont censu­rées au cours de [votre] vie ». Le terreau sur lequel prospèrent Luc Ferry et tous ceux qui avec lui proclament « l’inutilité des mathématiques dans la vie courante » est décidément fertile. Villani et Mathiot ne sont pas au bout de leurs peines...

Les élèves de Terminale sont en train de formuler leurs vœux pour les études supérieures sur la nouvelle plateforme Parcoursup. L’algorithme mis en place est censé résoudre une équation impossible : créer les places manquantes pour l’accès aux études supérieures de tous les postulants (3700 sont restés sur le carreau à la dernière rentrée avec la procédure APB, et plus de 60000 ont été affectés à des formations qu’ils n’avaient pas souhaitées), donner aux universités les moyens de traiter tous les dossiers, et ce sans accroître les dépenses... Les universités ont été invitées à augmenter leurs capacités d’accueil dans les filières déficitaires, mais celles qui ont répondu positivement n’ont pu le faire qu’en déshabillant Pierre pour habiller Paul, voire en fermant purement et simplement certaines formations. On en a un exemple à Limoges : Le Populaire du Centre a cru pouvoir annoncer en titre « De nouvelles formations et plus de places à la rentrée 2018 », sans qu’on trouve dans l’article d’éléments précis permettant de justifier la deuxième affirmation. La vice-présidente de l’université en charge des formations répond de façon évasive à la question « Qui dit nouvelles formations, dit plus de places ? », en indiquant en premier lieu qu’« il y a aussi des formations à faibles effectifs qui ferment », citant la licence de mathématiques et informatique appliquée aux sciences sociales...
Mais dans son reportage sur les journées portes ouvertes de l’université de Besançon, France 3 Bourgogne-Franche-Comté n’a pas jugé utile d’évoquer la question de l’accueil de tous les étudiants potentiels.
L’Étudiant donne des précisions sur le dispositif qui se met en place en vue de « la création de 22000 places pour la rentrée 2018 afin de faire face à l’arrivée de 28000 bacheliers supplémentaires et de désengorger les filières en tension. » De mauvais esprits pourraient faire un rapprochement entre les trois constats suivant : 1°) 3700 postulants n’ont trouvé aucune place dans l’enseignement post-bac à la rentrée 2017 ; 2°) 28000 bacheliers supplémentaires sont attendus en 2018 ; 3°) 3700 + 28000 n’est pas tout à fait égal à 22000.

Science et Avenir annonce le premier colloque du Comité Scientifique de l’Éducation, créé très récemment par le ministre de l’Éducation nationale et présidé par Stanislas Dehaene. Nous avions évoqué dans la revue de presse de février les critiques dénonçant la place excessive qui serait faite aux neurosciences au sein de ce comité. Ce premier colloque, intitulé « Conférence internationale sur le rôle de l’expérimentation dans le domaine éducatif » donne la parole à sept conférenciers (sans compter une intervention du ministre). Cinq sont des membres du comité scientifique (mais ni le mathématicien, ni l’informaticien, seuls parmi les 21 membres du comité à représenter les sciences exactes, n’ont été sollicités). L’un des buts annoncés est pourtant de « promouvoir la notion d’éducation fondée sur des preuves. » Mais que les mathématiciens ne s’y trompent pas, il ne s’agit pas là de redonner à la notion de démonstration la place que beaucoup estiment qu’elle a perdue dans l’enseignement de notre discipline ! Ce dont il est question, c’est de valider la « méthode expérimentale » dans les choix éducatifs. Parallèlement, Olivier Houdé, professeur de psychologie du développement, dans une tribune du Monde, apporte de l’eau au moulin de Dehaene et de son équipe en expliquant que « le cerveau était jusqu’ici l’« angle mort » de l’Éducation nationale ».

C’est une vieille habitude française que d’opposer enseignement scolaire et apprentissage, travail intellectuel et travail manuel. L’éducation nationale est souvent accusée de dévaloriser l’enseignement professionnel ou technique, au profit des filières générales, dites « nobles ». Inversement, les tenants de l’apprentissage décrivent volontiers les parcours scolaires classiques comme coupés des réalités et incapables de former à de « vrais métiers ». Que les lois qui régissent l’apprentissage soient du ressort du ministère du Travail et non de celui de l’Éducation nationale est une des illustrations de cet antagonisme. Dans Ouest-France, Serge Gaujour, promoteur du travail manuel et artisanal dans le Morbihan, présente les concours « Meilleur Ouvrier de France » et « Meilleur Apprenti de France » et souligne les belles perspectives de carrière qu’ouvre un succès à l’un ou à l’autre. Mais il ne peut s’empêcher d’opposer cette voie à ce qu’il appelle les « études » ! Il affirme que l’objectif « d’une génération avec 80 % de bacheliers », fixé en 1985, « était une façon de remiser l’apprentissage au fond du placard, de dire que ceux qui se dirigeaient vers des CAP ou des apprentissages, c’étaient les mauvais, les nuls. ». Il ajoute sans ambages : « à quoi ça sert d’avoir des ânes capables de faire des mathématiques, s’ils ne sont pas habiles de leurs mains ? S’il y a autant de chômage aujourd’hui, c’est aussi à cause de ça. » Et voilà un disciple de plus pour Luc Ferry !

Un article du Monde remet en question la sélection par concours, spécificité de l’enseignement supérieur français. Autrefois réservé aux plus prestigieuses des grandes écoles d’ingénieurs, ce système tend maintenant à se généraliser. Des chercheurs dénoncent son caractère « profondément élitiste » et estiment que, « loin d’être équitable », il « favorise les élèves scolaires issus de milieux favorisés ». Mais les attaques récurrentes contre les concours ne suffisent pas à en enrayer l’expansion, ni à troubler la quiétude des partisans de ce mode de sélection, qui continuent à proclamer que « c’est un système juste qui fonctionne très bien » et qu’« il n’y a aucune raison d’y toucher. »

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L’utilisation des calculatrices aux examens et concours est un problème récurrent. Les fabricants croyaient l’avoir résolu en créant un « mode examen » qui interdit l’accès à tout document préalablement stocké dans la mémoire de la calculatrice. Le ministère de l’Éducation nationale avait annoncé dès 2015 que les calculatrices programmables classiques seraient interdites au baccalauréat à compter de la session 2018, où seul le mode examen serait admis. Mais, explique Slate, la mise en pratique s’es avérée bien plus compliquée que prévu. À tel point que le ministère vient en catastrophe de faire, si l’on ose dire, machine arrière, comme l’indiquent Le Télégramme, nextinpact ou encore Ouest-France, qui fait état du mécontentement légitime d’élèves que l’on avait contraints à dépenser environ 80 euros pour un nouveau matériel qui ne leur servira finalement à rien. On notera aussi que les professeurs de terminale auront perdu leur temps à former les élèves à l’utilisation, plutôt complexe, de ce nouvel outil. Ils peuvent déjà réfléchir à la prochaine innovation pédagogique : le journal télévisé de TF1 s’est intéressé à l’utilisation des robots pour faciliter l’apprentissage des mathématiques.

On le voit, la revue de presse de ce mois est très française. Terminons par un petit tour hors de nos frontières.

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Surdoué

L’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) n’oublie pas les surdoués en mathématiques ! Le quotidien suisse Le Temps nous présente le cours Euler, que l’EPFL organise à l’intention d’enfants « à très haut potentiel », « scientifiquement précoce[s], mais aussi assez mûr[s] pour savoir s’organiser, gérer le travail et les longs trajets éventuels. »

Reprenant des articles du Telegraph et du Times, de Londres, Le Figaro rapporte que le département de mathématiques et d’informatique de l’université d’Oxford a décidé d’augmenter d’un quart d’heure la durée des examens, faisant l’hypothèse qu’une telle mesure profiterait principalement aux femmes et leur permettrait d’améliorer leurs résultats, notoirement inférieurs à ceux des hommes dans ces disciplines. Au risque de se tromper, les étudiants répondraient plus vite que leurs condisciples féminines, lesquelles prendraient le temps de vérifier que leur réponse est correcte. Les premiers résultats étant jugés encourageants, l’université entend poursuivre l’expérimentation, mais il ne semble pas être question de faire composer séparément filles et garçons, bien que « les étudiantes [soient] moins efficaces dans la résolution de problèmes quand il y a des étudiants hommes dans la même salle », selon une militante pour la féminisation des mathématiques.

À force de vouloir à tout prix mettre en scène les problèmes de mathématiques dans des « contextes familiers », on tombe facilement dans le discutable ou dans le ridicule, mais parfois aussi dans le franchement inopportun, obtenant alors l’effet inverse de celui qui était escompté. La promotion des mathématiques n’a pas besoin que l’on fasse calculer à des élèves la durée de la dépendance à la cocaïne en fonction de la quantité absorbée... Aux États-Unis, le professeur d’une école secondaire de l’Illinois qui a eu cette brillante idée a déclenché une avalanche de protestations indignées de la part des parents d’élèves, comme le rapporte le site canadien tvanouvelles.ca.

Enfin La Diplomatique d’Abidjan met à l’honneur un jeune ivoirien passionné de technologie, Alexis Konan Kouadio. Cet inventeur a créé « Jeu Z », un jeu de société inspiré du Ludo et permettant de se familiariser avec les nombres entiers relatifs.

Honneurs

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Michel Mendès France

Le site du CNRS fait part de la mort du mathématicien Michel Mendès France. « Né en 1936, [il] était spécialiste de théorie analytique des nombres. À côté de son œuvre scientifique, il a contribué à la diffusion des mathématiques ; en 1999, il a été récompensé, avec Gérald Tenebaum, du Prix Paul Doistau-Émile Blutet de l’information scientifique de l’Académie des sciences pour leur ouvrage Les nombres premiers dans la collection Que Sais-je. »

Autre décès, celui de Jean-Louis Koszul, annoncé par le site de l’Académie des sciences. « Surtout connu pour ses travaux en algèbre, il a réalisé des découvertes pionnières dans les domaines des suites spectrales associées à un complexe filtré, des cohomologies des espaces simpliciaux calculées à l’aide d’un complexe double, ou encore des cohomologies des algèbres de Lie pour lesquels il a pu définir ce qui a ensuite été appelé les complexes de Koszul. »

On pouvait lire trois portraits de Cédric Villani ce mois-ci : un éloge panégyrique sans nuance dans le magazine du Monde ; comme en réponse, des piques sur le côté narcissique du personnage dans le Canard enchaîné et enfin un retour sur l’impressionnante capacité de travail de l’homme dans Libération.

Un autre député-mathématicien est mis à l’honneur par The Times of Israel : Alex Lubotzky, chercheur renommé en théorie des groupes, reçoit le prix d’Israël en mathématiques et informatique.

Reparlons enfin de l’illustre et infatigable Jean-Pierre Serre, qui continue les maths (et l’escalade !) à 91 ans « pour le plaisir » (le sien et le nôtre), rappelle guadeloupe.fr.

Parutions

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Chambre anéchoïque

En février, le magazine La Recherche avait publié un entretien avec le mathématicien Stéphane Mallat qui est à l’initiative de la nouvelle chaire de sciences des données au collège de France.

On parle de plus en plus d’expérience de son en relief, de son en 3D, une révolution comme le fut, en son temps, l’arrivée de la stéréo. En 2016, à l’occasion du Pi Day, François Alouges avait fait une conférence, Le son aussi est en 3D, dans laquelle il expliquait que les êtres humains (et la plupart des animaux) peuvent déterminer de quels endroits proviennent les sons qu’ils entendent. X-AUDIO travaille d’ailleurs activement au guidage des personnes non-voyantes pour leur permettre de pratiquer des sports sur piste comme la course à pied ou le roller en autonomie totale.
Justement, dans la chronique mathématique de mars, du mensuel La Recherche Roger Mansuy nous en parle. Il rebondit sur la vidéo Audimath de Matthieu Aussal, Leçon de son en 3 dimensions, et explique comment les mathématiques apparaissent.

Signalons qu’Audimath a mis en ligne récemment une page qui rassemble des ressources audiovisuelles de diffusion des mathématiques destinées aux enseignants, chercheurs, étudiants, lycéens, collégiens et plus largement à un public curieux avec une entrée par thème et une entrée par niveau scolaire. Une véritable mine pour les enseignants !

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Murex pecten

Qui ne s’est pas extasié devant la beauté et les formes quasi parfaites de certains coquillages et la géométrie de leurs motifs ? Une longue histoire commencée au dix-neuvième siècle qui amorça l’avènement des biomathématiques et dans laquelle on trouve les noms d’Henry Moseley ou D’Arcy Wentworth Thompson (dont l’ouvrage Forme et Croissance est disponible en français). Dans son rendez-vous mensuel logique et calcul dans Pour la Science Jean-Paul Delahaye s’intéresse à ces mathématiques du monde vivant et aux algorithmes d’impression 3D qui permettent de produire des formes aussi belles que les vraies mais qui n’existent pas dans le nature ! En effet des chercheurs comme Francesco de Comité, passionné par la forme et les motifs des coquillages, ont écrit des programmes permettant de reproduire par impression 3D à partir d’une unique formule traduite en programme non seulement la forme des coquillages, mais aussi les motifs colorés à leur surface. En jouant avec les paramètres, il obtient ainsi des coquillages imaginaires. Cependant les choses ne sont pas si simples, la nature ne se laisse pas appréhender si facilement et les murex par exemple donnent du fil à retordre au chercheur.
Le « monde du vivant ne se limite pas aux coquillages et son inventivité ne se laissera pas réduire facilement à quelques formules mathématiques, quels que soient le soin et l’intelligence que nous y consacrerons »...

Vous connaissez probablement les carrés magiques, mais connaissez-vous ces nombres magiques qui font l’Univers ? 2, 8, 20, 28, 50, 82, 126... Découverts au milieu du siècle dernier, il s’agit des nombres de protons et de neutrons pour lesquels le noyau d’un atome est particulièrement stable. Sans que l’on soit actuellement en mesure d’expliquer pourquoi ou de prévoir les nombres magiques suivants. Les physiciens espèrent que la mise en service de Spiral2 permettra de progresser et, peut être, de percer ce mystère.

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Réplique de la « bombe »

Espionnage : des maths partout titre en première de couverture le magazine Tangente. Il y est question (bien sûr) du décryptage dans le renseignement mais aussi du téléphone portable, des mots de passe, de la stéganographie et ... des métiers des mathématiques dans les agences de renseignement. Car, l’explosion des nouvelles technologies aidant, « les agences de renseignement emploient beaucoup de mathématiciens et sont sans doute les premiers employeurs pour la profession ». Comme d’habitude le journal regorge d’articles et d’informations abordant tous les sujets. Comme, par exemple, dans la rubrique histoire : un article sur la formule de Héron ou l’article d’Agnès Desolneux, Buffon et le hasard en géométrie, un sujet que l’auteur avait abordé sous un autre angle l’an dernier à la BNF dans le cadre du cycle un texte, un mathématicien. Et dans la rubrique savoir, on lira l’article de Roger Mansuy (qui a été le lauréat du prix du meilleur article 2017 décerné lors de la cérémonie des Trophées Tangente) des points, des traits : en avant pour la fête des maths !

CNRS le journal mouture « hiver 2018 » vient de sortir et est disponible en téléchargement gratuit. Vous y retrouverez en particulier une rencontre avec Hélène Morlon (CNRS et ENS, Institut de biologie) lauréate du prix Irène Joliot-Curie 2017 pour ses travaux sur la modélisation de la biodiversité, à la croisée des mathématiques et de l’écologie.

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L’Atacama

Si vous passez en librairie vous pourrez voir dans la collection bibliothèque Tangente le soixante-deuxième numéro consacré aux mathématiques de l’économie. Dans un tout autre ordre d’idée vous trouverez le dernier roman d’Alain Connes, Danye Chéreau (son épouse) et Jacques Dixmier (son directeur de thèse) : Le spectre d’Atacama.
L’ouvrage est présenté par l’éditeur sur la chaine YouTube. France Culture et RFI lui ont consacré une émission. Toujours sur France Culture, la conversation scientifique traite de la question « les mathématiques font-elles partie du monde réel » en invitant Alain Connes.
Les auteurs avaient déjà publié en 2013 Le Théâtre quantique. Il s’agit comme le dit lui-même Alain Connes d’un roman d’un nouveau genre, un roman scientifique, qui rend accessible au fil du texte des idées profondes à un large public. Nous vous laissons le plaisir de le découvrir.

Pour terminer un mot sur un ouvrage inhabituel, surprenant, inclassable et probablement indigeste ou somnifère...

Un livre de 719 pages contenant plus de vingt-trois millions de chiffres, sans une lettre, un livre qui liste les décimales du plus grand nombre premier connu à ce jour ! Et oui, le plus grand nombre premier est devenu un livre nous annonce le Huffington Post. Il faudrait d’après l’Express près de 130 jours pour le lire à haute voix, au rythme de deux chiffres par seconde. Si Nanairo-sya, l’auteur, s’est affranchi des problèmes de traduction, combien réussira-t-il à en vendre ?

Article édité par Louis Dupaigne

Notes

[1équations aux dérivées partielles

[2produit intérieur brut

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Pour citer cet article :

L’équipe Actualités — «Revue de presse mars 2018» — Images des Mathématiques, CNRS, 2018

Crédits image :

Image à la une - Victor Vasarely. Photo : Halvor Bodin.
img_18222 - Casey Mann/University of Washington Bothell
Murex pecten - Wikipedia
Chambre anéchoïque - Wikipedia
Réplique de la « bombe » - Wikipedia
L’Atacama - Wikipedia
img_18271 - Wikimedia
img_18276 - Wikimedia
Surdoué - Wikimedia
Michel Mendès France - Avec l’aimable permission de sa famille.

Commentaire sur l'article

  • Revue de presse mars 2018

    le 2 mars à 16:45, par Diego

    Merci pour toutes ces nouvelles ! Détail, l’établissement « La Doctrine Chrétienne » pourrait très bien être public, étant situé dans une région sous concordat ;-)

    Répondre à ce message

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