Revue de presse novembre 2013

1er décembre 2013  - Ecrit par  L’équipe Actualités Voir les commentaires (2)

Toutes sortes d’animaux s’invitent une fois de plus dans la revue de presse. De même que des personnages hauts en couleurs, qui nous parlent de beauté, d’amour, de passion, de mystères et d’art sous diverses formes. Bon mais tout n’est pas au mieux dans le meilleur des mondes possibles : certaines nouvelles vous feront sans doute un peu froid dans le dos. À vous de voir !

Exposés

Plusieurs mathématicien-ne-s s’exposent ce mois-ci sur la Toile. D’abord, le quotidien québécois Le
Devoir
nous présente Thomas Ransford,
professeur de mathématiques à l’université Laval (Québec), spécialisé en analyse fonctionnelle. Le chercheur raconte sa passion pour l’exploration de « concepts de mathématiques pures […] pour lesquels il ne cherche même pas à trouver des applications pratiques ». Pour lui, le monde mathématique tout comme le monde physique
comportent « beaucoup de belles choses intéressantes à découvrir ». Ses deux mondes sont d’ailleurs liés puisqu’après être « tombé en amour » avec une stagiaire post-doctorale, Line Baribeau, il s’est marié et installé avec elle à Québec.

Plus énigmatique, Grigori Perelman, le « matheux de génie qui a prouvé la conjecture de Poincaré et refusé toutes les récompenses ». Sur son blog sciences², Sylvestre Huet présente Dans la tête d’un génie, traduction française parue cet automne d’un livre de Masha Gessen. Elle y décrit notamment
« l’univers kafkaïen des maths soviétiques d’avant la pérestroïka de Gorbatchev où excellence et antisémitisme se mélangent ».
N’ayant pu rencontrer Perelman directement, Masha Gessen s’est entretenue longuement avec nombre de ses proches, et suggère un syndrome d’Asperger pour expliquer la trajectoire hors du commun de Perelman, « un petit garçon élevé par une mère qui a sacrifié sa carrière scientifique pour lui ».

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Le café de Bertrand

Dans un tout autre genre, si vous voulez tout savoir sur Bertrand Monthubert, courez lire le quotidien économique toulousain ToulEco ! On apprend notamment que le mathématicien, président de l’Université Paul Sabatier, a grandi en écoutant Tainted Love, boit du guarana chaque matin et a pour théorème préféré le théorème de l’indice d’Atiyah-Singer. Il pense aussi que « la formation mathématique affecte la manière de penser », mais n’est « pas sûr que les mathématiques impactent la politique ».

Le Monde consacre un article à deux fidèles compagnons des mathématiciens : le tableau noir et la craie blanche. En effet, « les crissements, les coups, les frottements de la craie font partie intégrante » d’une conférence. Étienne Ghys nous confie : « dès que c’est un peu intime, j’utilise le tableau ». Et comme l’observe Michèle Audin, « le temps pendant lequel vous écrivez est un temps pendant lequel l’auditoire peut réfléchir ».

Une future mathématicienne ? La belle histoire de Paloma Bueno, jeune collégienne mexicaine issue des bidonvilles qui excelle en mathématiques, a fait tourner la tête du mensuel américain Wired qui voit en elle « le futur Steve Jobs ». Histoire reprise par Dynamique entrepreneuriale ou L’Express ! Un reportage de France
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montre notamment son professeur, qui a pour leitmotiv de « laisser les élèves trouver les solutions eux-mêmes », une méthode visiblement efficace.

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Origamis mathématiques
© Tito Gonzalez Garcia

Parmi les expositions que vous auriez pu voir le mois dernier, La Montagne
a repéré une création originale de l’IREM du Limousin intitulée « Poincaré-Turing (1854-1912-1954) » à Ussel (Corrèze) : « ces deux savants aux compétences très variées sont morts relativement jeunes [...] et ils
représentent un siècle à eux deux. » La chronique d’Aude Lavigne sur France Culture évoque l’exposition Formes élémentaires, mouvement et géométrie de la pensée et ses nœuds boroméens, qui d’après Lacan « définissent le rapport du sujet au réel ». Tout aussi fascinants, les origamis sont évoqués dans une brève Mathématiques de la planète Terre, mais aussi dans le journal Expressions
Vénissieux
pour une rencontre entre mathématiciens et collégiens. Ces derniers étaient plus qu’enthousiastes : « Moi je ne partirai pas tant que je n’aurai pas terminé mon solide de Platon... »

Aimer ou ne pas aimer les maths

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Comment j’ai détesté les maths
un film d’Olivier Peyon
© Haut et Court

Le film documentaire « Comment j’ai détesté les maths » d’Olivier Peyon, sorti le 27 novembre, fait beaucoup parler de lui sur la toile et les ondes. Ainsi le site aVoir-aLire nous décrit un « documentaire drôle, intelligent et passionnant » qui informe le spectateur sur le « statut ambigu de la discipline ». On apprendra sur Slate que l’idée pour le moins originale de ce film est née d’un entretien d’Olivier Peyon avec Jacques Droulez, professeur au Collège de France, pour qui, « si on enseignait l’esprit de liberté des maths, tous les élèves deviendraient des rebelles ».

La tendance générale de la critique est plutôt très élogieuse, que l’on visite le site Comme au cinéma, celui du Monde ou de Libération, ou que l’on écoute l’émission La tête au carré sur France Inter. Le point de départ serait donc ce cri du cœur universel (et principalement glané auprès d’ados) : « je déteste les maths ! » (DH). Puis le spectateur est emmené en voyage auprès de chercheurs en mathématiques, dont Cédric Villani que l’on ne présente plus mais qui nous explique sur le Huffington Post les raisons de sa participation au film. L’omniprésence et l’importance de cette discipline dans nos existences sont telles que, selon le site Ciao viva la culture, « les maths semblent diriger le monde »...

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L’art de la finance

Eh oui, cette phrase fait naître une légère angoisse, légitime semble-t-il au vu des dérives liées aux applications financières des maths, Slate parlant même de « puissance des maths, inédite et inquiétante ». À ce propos, le lecteur intéressé pourra lire sur le Cercle des Échos l’opinion très alarmiste de Simon Bouteloup, étudiant en management à Grenoble, autour des dangers de l’utilisation des mathématiques dans la finance : selon lui, les « conventions mathématiques nous ont fait perdre le réel ».

En résumé, Olivier Peyon n’a « pas eu peur de s’attaquer aux maths », que d’ailleurs « il semble aimer et vouloir nous faire aimer » (selon Ciao viva la culture). Seul bémol dans ce concert de louanges : la dimension politique de la crise financière n’est pas approfondie... Pas si grave, car comme Slate l’affirme, on voit dans ce documentaire « des mathématiciens cools », et « les mathématiques d’aujourd’hui ont des super pouvoirs » !

La question de l’enseignement des maths, elle, est bel et bien évoquée par Peyon. Le journal La Libre Belgique s’y attaque aussi et retranscrit un entretien avec le didacticien Christian Orange, évoquant la sélection par les maths, le rôle des enseignants et de l’environnement socio-familial... Justement, le Figaro nous apprend que deux universitaires américains (professeurs en économie et en finances, respectivement, comme le signale par ailleurs La Libre Belgique) semblent avoir démontré en quatre étapes qu’être doué en maths n’est pas inné, mais principalement acquis par l’environnement familial. Ainsi « la bosse des maths ne serait donc pas inscrite dans nos gênes », véhiculer cette idée serait même néfaste à l’apprentissage des maths : méfiez-vous car « croire que vous n’êtes pas fait pour les maths relève de l’auto-sabotage » ! En revanche, une étude faite par des neurologues de l’Université de Duke aux États-Unis, montrerait selon Science et Vie, que « l’aisance des bébés à faire la différence entre les quantités avant l’apprentissage des nombres, est prédictive des compétences en mathématiques qu’ils présenteront à l’âge adulte ».

La psychopédagogue Anne Siéty est l’une des protagonistes du film de Peyon et spécialiste des blocages en maths (nous vous en avions parlé ici). Sur le site VousNousIls, elle nous explique que les maths font peur à beaucoup d’élèves, les mettant en échec, alors que selon elle « le blocage en maths n’est pas une tare mais une aventure ». Euh... Ah si, voilà peut-être comment faire : le quotidien algérien El Watan nous explique la façon de réussir à coup sûr ses études en maths. Constatant au passage le déclin de l’intérêt pour la discipline, il prône le travail et la curiosité, sans oublier de préciser que « la mathématique se fait dans la tête ». Ah...

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Un stagiaire de maths

Alors peut-être qu’en fait la clé se trouve là : faire des maths en jouant, ou « jouer aux maths » comme le dit le susnommé Christian Orange. D’ailleurs, le portail d’information canadien Canoë nous révèle que certains jeux vidéos pourraient améliorer l’apprentissage des maths. Voilà qui en réjouira certains ! Moins fun peut-être, mais dans le même ton, le site Ludovia annonce le lancement par Cabrilog du logiciel Cabri Factory destiné à l’enseignement interactif : « la dimension collaborative amplifiera les possibilités de mutualisation de contenus de qualité dans les communautés d’enseignants, et les échanges qualitatifs entre enseignants et élèves ». Assez fun finalement... mais peut-être moins que l’expérience de ces collégiens du collège Saint-Sulpice, qui se sont retrouvés confrontés à de vrais chercheurs en mathématiques, selon La Dépêche, via l’action Hippocampe organisée par l’IREM et l’Institut de mathématiques de Toulouse.

En tout cas, à Strasbourg, on peut s’amuser en faisant des maths, si on a envie d’aller à l’exposition ludique « Mathémanip », accueillie au Vaisseau (centre de découverte des sciences par le jeu), et présentée sur ce blog et Libération. On y apprend donc, semble-t-il, à faire des maths « sans souffrir », même si « les solutions ne sont jamais données » (rappelez-vous, c’est une méthode qui marche au Mexique).

C’est tout naturel

Les mathématiques font le buzz en venant « au secours des abeilles » dans
Le Monde.
À l’aide d’un modèle d’équations différentielles, des chercheurs ont analysé les conséquences d’effets sublétaux sur le développement des colonies
d’abeilles : on considère que les abeilles touchées, même si elles ne meurent pas, sont affaiblies.

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Tornade de poissons

Les mathématiciens et les physiciens s’intéressent depuis quelques années à la modélisation des mouvements collectifs
(voir par exemple ces brèves sur les nuées d’oiseaux
et les bancs de poissons).
Ils seront sans doute intéressés par le nouveau modèle (au sens expérimental plus que mathématique), qui remplace les étourneaux par « un ensemble de millions de petites sphères en Plexiglas de cinq micromètres de diamètre, se déplaçant dans
un bain d’huile dans lequel circule un courant électrique ». Décrit par David Larousserie dans Le Monde, ce modèle permet de tester et d’observer le comportement collectif dans le cadre le plus simple « car les individus n’interagissent que par l’intermédiaire d’une seule force ».
Toujours collectif mais plus humain (quoique), on trouvera, toujours dans Le Monde,
décidément prolixe sur les mathématiques ce mois-ci, un sujet sur les bouchons. En analysant (entre autres) les données sur « trois portions d’autoroute grenobloises contenant une ou plusieurs bretelles d’accès et de sortie » des chercheurs de l’Institut français des sciences et technologies des transports, de l’aménagement et des réseaux (IFSTTAR) et de l’université de Delft se sont rendus compte que « les règles utilisées dans les modèles de simulation du trafic routier étaient fausses ». Ils ont alors construit « un modèle statistique permettant de prédire la survenue d’un changement de voie dans 98 % des cas ». Le lecteur intéressé par les questions de trafic routier pourra consulter quelques billets ici ou . De son côté et comme nous vous en parlions le mois dernier, la mathématicienne Amandine Aftalion s’intéresse à la course à pied. Le site VousNousIls nous parle de son exposé dans le cadre des Fondamentales du CNRS.
Les travaux menés par Amandine Aftalion et Fréderic Bonnans (que l’on peut trouver ici) retrouvent mathématiquement les résultats connus sur la façon de gérer une course : « il vaut mieux courir la deuxième partie de la course plus vite que la pre­mière : c’est l’effet “negative split” ». L’autre exposé relaté dans l’article concerne la modélisation des cheveux par le physicien Yves Pommeau, étude qui pour l’anecdote « a débouché sur un dépôt de brevet, et une meilleure modélisation des cheveux dans les dessins animés 3D et les jeux vidéo. »

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De drôles de petits canards

Laissons nous entraîner vers les mouvements de particules encore plus nombreuses et plus petites. D’un côté, le site européen Cordis nous décrit les succès de Francis Filbet et son équipe concernant l’étude numérique des plasmas, des travaux financés par l’ERC. De l’autre, le CNRS (INSMI) communique ce mois-ci sur les travaux de Pascal Noble et Miguel Rodrigues avec des collègues américains, qui ont effectué « une avancée décisive dans l’étude de la stabilité des ondes périodiques et de la validité de la théorie de la modulation ». Toujours à propos d’ondes, on apprendra par ailleurs quel genre de vagues on trouve dans le sillage aussi bien des bateaux que des canards, grâce aux travaux d’Elie Raphaël signalés par Le Monde.
« En mai 2013, deux physiciens de l’université Paris-Sud (Orsay), Marc Rabaud et Frédéric Moisy » observent grâce à des photos satellites
que l’angle du sillage formé par un bateau n’est pas indépendant de la vitesse contrairement à ce qui était supposé depuis les travaux de Lord Kelvin en 1887. » On vous rassure, on n’est pas complètement dans le faux puisque la « nouvelle équipe démontre en effet qu’il existe en fait deux sillages », dont l’un suit bien les prédictions de Kelvin.

Et l’humain dans tout ça ? Sur les écarts prétendument naturels entre les performances mathématiques des filles et des garçons, une étude relevée par l’Étudiant montre que
« globalement, tous pays confondus, on ne trouve pas de différences statistiques entre les sexes sur le niveau en mathématiques » mais que par contre
« il existe une grande variabilité dans les écarts de performance en maths entre les pays ». Comme le résume
l’Express,
qui interviewe la psychologue Virginie Bonnot : « Arrêtons de dire aux filles qu’elles sont nulles en maths ! »

Le meilleur des mondes

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Dérives de l’eugénisme : Einstein par Tim Blais

« Le “Projet Einstein” prévoit de séquencer les génomes de 400 génies des mathématiques. Pourquoi pas 400 génies en choucroute garnie ? » L’auteur de ce billet du Temps [1] est un généticien qui s’inquiète de dérives eugénistes de ce type de projets consistant à tenter de « trouver les variations génétiques à l’origine de leur capacité intellectuelle hors norme », ce qui « permettrait de [les] sélectionner pour autant que l’on choisisse attentivement les génomes des futurs parents. » Il ne faut pas confondre ce projet avec « Next Einstein » lancé par l’Institut africain des sciences mathématiques (AIMS) qui consiste à former et détecter le nouvel Einstein, si possible en Afrique. Newswire s’en fait l’écho, de même que le Centre de recherches pour le développement international et Le Lézard.

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Fabrication automatique de portraits

Ce « meilleur des mondes » a aussi un air désormais familier de 1984. Naissez, mourez, vous êtes filmé ! Ou presque : Zébulon a repéré cette carte décrivant en temps réel les naissances et décès dans le monde. Levons le voile : il s’agit en fait d’une simulation. Moins innocent : France TVinfo vous explique « comment Facebook voit clair dans votre “je”. Grâce aux mathématiques, le réseau social explore votre personnalité, découvrant certaines parcelles de votre intimité. » L’article présente plusieurs études publiées dans des revues spécialisées (dont les prestigieux Proceedings of the National Academy of Sciences) ou en voie de l’être, écrites par des mathématiciens ou [2] des ingénieurs de Facebook. Les auteurs observent de façon automatisée le compte Facebook d’une personne et réussissent à déterminer de façon fiable son conjoint, son genre, sa religion, son orientation sexuelle, le statut marital de ses parents, son éventuelle dépendance à la drogue...

Ces recherches entrent dans le domaine de l’intelligence artificielle, dans lequel Facebook, Google ou Microsoft semblent investir massivement. Un des objectifs est « de traiter des données à la manière de votre cerveau pour saisir vos intentions et vos émotions derrière les mots que vous publiez » pour « vous [proposer] ainsi un fil d’actualité plus personnalisé avec des contenus – notamment publicitaires – encore plus ciblés ». Dans une autre direction, le webzine eparsa décrit le projet « Projet Todai Robot » développé par « les informaticiens de Fujitsu Labs », qui « veulent faire entrer un robot à l’Université de Tokyo en 2021 ». Après des premiers résultats encourageants, leur robot ayant su traiter deux cinquièmes des questions de l’examen d’entrée à l’université de Tokyo (Todai), « l’objectif de Fujitsu est de rendre la technologie de calcul plus robuste pour aider à résoudre divers problèmes mathématiques, comme l’analyse mathématique et la technologie d’optimisation, et automatiser l’analyse mathématique avancée pour le monde réel ». Tout un programme !

Intelligence artificielle, statistiques sont des ingrédients de ces recherches. Le frisson qu’elles vous causent relève-t-il de l’exaltation ou de l’inquiétude ? C’est un contraste étonnant avec cet étrange billet de Gilbert Pouillart sur Mediapart réagissant à la lecture de Mathématiques en liberté, livre tiré d’entretiens entre mathématiciens de premier plan [3]. Voici sa conclusion : « On en vient à se dire qu’on n’y comprend rien... et qu’en conséquence, on n’y peut rien. Deux axiomes qui sont tout bénéfice pour le conservatisme... » Est-il raisonnable de tirer une conclusion aussi obscurantiste alors que jamais la science n’a été aussi puissante ? Gageons que ce n’était pas l’intention des mathématiciens du livre !

La science marchand(is)e

« La science menacée par une bulle spéculative de l’édition ? » Une tribune du Monde alerte une fois de plus sur les pratiques des éditeurs (hausse démesurée des prix des revues ; voir aussi ce graphique de l’Association des librairies de recherches (ARL) montrant l’explosion des prix entre 1986 et 2011) et un financement paradoxal : une fois « mis[e] en place une politique du chiffre » lançant « comme à la télévision » une « course effrénée à la publication et à l’audience », les coûts sont supportés par les institutions de recherche qui paient les éditeurs pour acheter la production de leurs propres chercheurs — « un vrai jackpot ». Les auteurs proposent des « alternatives efficaces » : « publier moins pour publier mieux » et organiser « un pôle public d’édition scientifique en accès libre ». Et pourtant : d’après Le Devoir, « la recherche universitaire est rentable », au-delà de « la simple commercialisation ». Le « vice-recteur à la recherche et aux études de l’Université Concordia, Graham Carr, invite à voir, au-delà des statistiques, comment se décline la rentabilité de la recherche. »

Parutions

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challenge coin

Ces derniers temps les articles sur le « bitcoin », cette devise virtuelle créée en 2009, se multiplient dans les médias. Dans le numéro de décembre du mensuel Pour la Science Jean-Paul Delahaye nous livre un éclairage sur les différents aspects d’un phénomène qui n’a pu se développer qu’avec d’importantes puissances de calcul et de mémorisation informatique. Bitcoin, la cryptomonnaie est une intéressante synthèse sur un sujet très à la mode et sur une application des mathématiques de la cryptographie qui risque de se révéler de première importance dans un futur proche !

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Fragment de la machine d’Anticythère

Science et Vie livre en décembre un article sur la machine d’Anticythère. « Retrouvés au large d’une île grecque, les vestiges d’un incroyable mécanisme conçu il y a plus de 2000 ans viennent de livrer leurs secrets ». L’auteur, Yanis Bitsakis, avait aussi proposé sur le site MPT 2013 en novembre une brève : « Trois nombres et un siècle pour décrypter Anticythère ».

Justement La Recherche nous rappelle dans sa rubrique « web du mois » qu’il ne reste plus que quelques jours avant la fin de l’année des mathématiques de la planète Terre… La première de couverture de ce numéro annonce le dossier principal, « Big data : traitement massif des données ». L’accroissement continuel du nombre de données stockées et l’amélioration rapide des algorithmes de traitement et d’analyse de ces données sont porteurs autant de promesses que de questionnements sur la préservation de la vie privée des individus. « Connaître les possibilités et les limites des technologies est indispensable pour en réglementer l’usage sans en entraver les développements utiles, et pour que chacun, individuellement, puisse mieux les maîtriser. »

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Big Data

Pour finir

Yann Pineill et Nicolas Lefaucheux proposent sur parachutes.tv une balade mathématique tout en beauté, repérée notamment par Morgan sur gizmodo. Dans un autre style, La Dépêche consacre un article à Élisabeth Valle, peintre autodidacte inspirée par la géométrie. Et après le plaisir des yeux, celui des papilles : au choix, une recette mathémagique pour créer du chocolat à partir de rien par Mariano Tomatis sur Youtube, ou quelques trucs et astuces pour un poulet au curry idéal sur maxisciences, également mentionnés dans un article du quotidien marocain Libération. Bon appétit !

Post-scriptum :

L’affiche du film d’Olivier Peyon, « Comment j’ai détesté les maths », est reproduite avec l’aimable autorisation de la société Haut et Court.

Notes

[1Accès apparemment restreint mais on peut s’inscrire gratuitement.

[2Ici, le « ou » n’est pas exclusif.

[3Éditions « la ville brûle », collection 360, dirigée par Sylvestre Huet, 2012. Fiche.

Commentaire sur l'article

  • Revue de presse novembre 2013

    le 2 décembre 2013 à 18:24, par Gilbert Cram

    Bonjour,
    bravo cette revue de presse mensuelle, un sacré boulot ! Cependant, j’avoue être un peu heurté par le concert de louanges pour le film Comment j’ai détesté les maths. Il me semble en effet que ce film rate son objectif et dit pas mal de bêtises sur les maths. Les maths méritent vraiment mieux que cela.
    J’ai écrit un petit truc sur ce que j’en ai pensé ici : http://dans-le-pli.blogspot.fr/2013/11/comment-jai-deteste-un-film.html.
    Alors, bien-sûr, je ne suis ni Le Monde, ni Libé et encore moins la Tête au carré mais c’est un autre regard sur ce film.
    Cordialement

    Répondre à ce message
  • Revue de presse novembre 2013

    le 3 décembre 2013 à 11:13, par Karen Brandin

    Je rebondis sur le commentaire précédent concernant le film documentaire « Comment j’ai détesté les maths » avec des mots un peu moins « sévères » sans doute.
    Comme un certain nombres d’entre nous, j’attendais cette sortie avec une grande impatience ; le 27 Novembre promettait d’être ni plus ni moins que mon 25 Décembre ! Cette date allait d’ailleurs être pour moi l’occasion de renouer avec les salles obscures 20 ans plus tard (mon dernier souvenir remontait à l’âge de 15 ans avec le film de Jean-Paul Rappeneau Cyrano de Bergerac :-)).

    Un premier « problème » sans doute est que le film, pas seulement par souci de promotion (ce qui serait au demeurant légitime) mais aussi de « partage », a été par trop défloré, c’est-à-dire que lorsque vous vous étiez procurés le dossier de presse (un joli petit livret relié d’une vingtaine de pages), lorsque vous aviez lu les articles concernés dans les journaux, les magazines (je pense au magazine Tangente entre autres), écouter les interviews ( Pour la science, « la tête au carré ») et regarder la bande annonce ; lorsqu’en outre vous avez dans votre bibliothèque et en mémoire les ouvrages d’Anne Siety, ma foi vous aviez de quoi reconstituer le film et c’est dommage.
    Moralement, j’ai le sentiment qu’on en a « trop dit, trop tôt » d’autant que c’est un documentaire « à voir » mais aussi « à lire » car les sous-titres sont nombreux.

    C’est peut-être un autre problème pour le public visé en priorité à savoir, j’imagine, les élèves ou du moins « les jeunes ». La démarche d’aller voir un film autour des maths, même s’il s’agit d’un portrait de la discipline et pas d’un cours magistral ou d’une série d’exercices avec un questionnaire à la sortie, ne va pas de soi et finalement cet effort va en demander un autre, à savoir celui de la lecture donc je crains que cela soit trop contraignant pour la plupart des élèves.
    On expérimente chaque jour dans les classes à quel point il est difficile de capter leur attention, de susciter leur intérêt et de gagner le combat contre le portable et les SMS. C’est un public exigeant, de moins en moins pudique, qui ose soupirer, qui ose se lasser et pour lequel il faut déployer une énergie démentielle de séduction. Le documentaire, même s’il est vivant car basé sur des êtres vivants parfois attachants (je pense à C. Villani et F. Sauvageot) qui vivent intensément la matière, manque peut-être de cette énergie vitale qui tient en haleine et qui interroge
    (le seul exemple sur lequel je puisse statuer est celui de Bordeaux où « Comment j’ai détesté les maths » n’est diffusé que dans un cinéma de quartier tout à fait charmant mais d’une autre époque disons et à des créneaux horaires inattendus ... Pour le moment, je n’ai pas d’écho d’un établissement scolaire qui projette d’y accompagner ses 1S ou ses Tale S ce qui est vraiment regrettable).

    Ensuite, qui va ou est allé voir ce film spontanément, en particulier sans appréhension ? : les gens qui sont bien loin de détester les maths et que cette discipline rassure au contraire, sécurise. C’est un public hétérogène autour ce fil conducteur que sont les mathématiques, pas plus difficile à séduire qu’un autre mais qui instinctivement va rechercher une structure, une cohérence, une unité, des correspondances et dans tous les cas, quelque chose de dense, d’abouti et c’est peut-être là que le dcumentaire pêche le plus.
    On assiste à des sauts de puce d’un intervenant à l’autre, d’une époque à l’autre, des maths dites « pures » aux maths dites « appliquées » mais on sort de cette 1h40 un peu frustrés, un peu sur notre faim. On a le sentiment que ce documentaire est une première partie mais qu’il ne peut pas s’arrêter là parce qu’il y a tant à dire.
    Je pense que pour Olivier Peyon cette aventure a été fascinante (on rêve tous d’accéder à ces temples de la pensée mathématique dont on n’a pas su mériter l’accès tout simplement) ; sa motivation était vraiment de la partager mais est-ce que c’était vraiment possible ? Il est réalisateur mais aussi acteur et nous vraiment « spectateur », presque « patient. » Dans tous les cas, bravo pour l’initiative et surtout « l’envie ».

    Je suis allée voir ce film pas en tant que docteure en théorie des nombres mais vraiment en tant qu’enseignante dans le but d’être stimulée, d’être rajeunie dans mes convictions ; je voulais me souvenir pourquoi c’était et c’est encore cette matière plus qu’une autre parce qu’à force d’enseigner (même dans des conditions favorables), d’essayer de convaincre, on perd régulièrement la foi. Ils sont plus nombreux, plus jeunes, plus forts et c’est difficile de garder le cap.
    Malheureusement, j’ai quitté cette petite salle où nous êtions une dizaine à peine plutôt triste, pleine de regrets d’avoir revu ces instituts et de leurs bibliothèques et de penser qu’il avait falloir quelques heures plus tard « remonter sur scène », changer les exos sur les complexes, la dérivation en pièce de théâtre pour avoir une chance de se faire entendre, de se faire comprendre.

    Bref, je ne sais pas si ce film est destiné à ceux qui détestent mais je ne sais pas s’il est destiné à ceux qui les aiment ; il faut aller le voir dans tous les cas parce que cela permet de se rendre compte à quel point elles vous manquent ou elles vous ont manqué.

    Dans la même lignée même s’il s’agit cette fois d’un film plus ciblé, plus circonscrit, je signale un documentaire que j’attends depuis presque 15 ans autour du génie d’Alexandre Grothendieck, un génie presque morbide quand il avait tout (apparemment) pour être un génie généreux. Il sera diffusé à Bordeaux I le jeudi 19 Décembre à 18h30 ; cette projection sera suivie d’un débat animé par Pierre Lochack dont j’écoutais émerveillée il y a plus de 10 ans les conférences retransmises sur le site « l’Université de tous les Savoirs ». Comme Pierre Cartier, c’est un conteur né, passionnant et passionné. Je suis désespérée à l’idée d’avoir cours jusqu’à 19h30 ce jour-là sans vraiment d’espoir de pouvoir me faire remplacer ; il est cependant question d’un DVD et donc d’une seconde chance.

    Je lance un appel à toute personne qui pourrait me renseigner sur la date de sortie.

    http://grothendiecklefilm.tumblr.co...

    Il est aussi question d’un film autour de Grigori Perelman (une production américaine).

    À suivre ... mais en attendant, je vous conseille sans modération la lecture du livre de Masha Gessen : « Dans la tête d’un génie » ; un ouvrage passionnant, comme était passionnant le bouquin de S. Nasar :« Un homme d’exception ».

    Répondre à ce message

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