Revue de presse novembre 2014

1er novembre 2014  - Ecrit par  L’équipe Actualités Voir les commentaires

Si la crise de l’enseignement des mathématiques est toujours aussi préoccupante, le mois d’octobre est aussi celui de la Fête de la Science : il sera donc question de magie, de l’origine des chiffres et des lettres, ou de sangaku.
On apprendra que les mathématiques s’appliquent aussi bien à l’authentification de photographies d’art, au déclin de la faune à l’Antiquité égyptienne, au bitcoin ou encore à la prédiction du nouvel opus de la saga Game of Thrones.
Louons ici le travail de tous les enseignants, chercheurs et vulgarisateurs anonymes qui participent à cette effervescence. Bonnes lectures !

Sciences en marche

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Le mouvement Sciences en marche

Le mouvement de protestation « Science en marche » dont la pérégrination est arrivée à Paris le 17 octobre n’a pas attiré une attention débordante des journaux. Dans une vidéo du Monde, David Larousserie tente d’expliquer les sources du malaise. Les moyens de fonctionnement sont légèrement en baisse mais surtout, la multiplication des financements par projets ampute les crédits permettant d’investir sur le long terme et favorise ainsi la création de postes précaires au détriment des postes pérennes. En outre, en France, beaucoup de décideurs croient à une prééminence des Grandes Écoles sur les universités. Ceci désavantage fortement les titulaires d’un doctorat par rapport aux ingénieurs. David Larousserie relaye la demande de redistribution du crédit impôt recherche. Celui-ci s’avèrerait à la fois ruineux par une baisse des cotisations des entreprises et très peu efficace pour l’effort de recherche. Les Échos sont allés interviewer le brésilien francisé Artur Avila. Le lauréat de la médaille Fields 2014 signale qu’ « en mathématiques, le nombre de postes de chercheur décroît de manière importante. S’il devient improbable de trouver un poste, les jeunes vont s’orienter vers d’autres carrières. » Geneviève Fioraso a opposé une fin de non-recevoir à une revendication de 500 millions d’euros de plus au budget 2015, en voyant dans les récents succès académiques la preuve que la recherche française se porte bien. Quand on le lui mentionne, le jeune homme hausse les épaules : « On répète souvent cela en France, alors qu’on ne fait pas des investissements comparables à ceux des États-Unis. Si on regarde les salaires des deux pays, la comparaison ne tient pas la route. Si on veut d’autres médailles Fields, il faut s’en donner les moyens. »

Enseignement et formation

Même si le lien n’est pas fait avec la dégradation que dénonce Artur Avila, le vrai sujet qui semble dominer la presse encore ce mois-ci est l’inquiétude face au niveau des élèves francophones en mathématiques. Cela ne touche pas que la France. Le site communication de l’Université du Québec mentionne une étude récente de membres du Département des sciences économiques qui émet de forts doutes sur le bien-fondé de la réforme scolaire de 2000. Si elle n’a que peu modifié les performances des élèves les plus forts, « les résultats aux tests de mathématiques des élèves des premières cohortes de la réforme scolaire sont environ 5 % plus faibles que ceux obtenus par les élèves des cohortes pré-réforme. » Et les chercheurs de l’UQAM d’ajouter que « la différence est encore plus marquée chez les élèves qui éprouvaient déjà des difficultés en mathématiques avant la réforme scolaire ». En Belgique, ça ne va pas mieux. « Les mathématiques, gros point faible des élèves francophones » titre La Libre Belgique. Analysant les résultats de la session 2014 du Certificat d’études de base (CEB) et du Certificat d’études du 1er degré (CE1D), le journal mentionne que « sur les 66,9% qui étaient en échec dans une seule matière, 49,4% étaient en difficulté en maths » contre « 16% en français ».

Pas sûr que ça s’arrange si l’on en croit la réapparition régulière d’articles consacrés à la crise du recrutement d’enseignants en mathématiques. Cette fois, c’est la Voix du Nord qui s’alarme. « Depuis la rentrée, des élèves de plusieurs classes du lycée Coubertin de Calais n’ont pas encore eu de cours de mathématiques. Le professeur, en arrêt maladie, vient juste d’être remplacé. Faute de personnel remplaçant disponible, c’est une assistante d’éducation titulaire d’un diplôme d’ingénieur qui assurera les cours. » Le rectorat, interrogé par le journal, fait un constat d’impuissance : « Les mathématiques, c’est une discipline où nous éprouvons de grandes difficultés à recruter ». Tous les professeurs remplaçants sont déjà employés dans d’autres établissements. « La pénurie est telle que l’académie publie régulièrement des annonces, via Pôle Emploi, pour dénicher des enseignants en maths ».

Comme on sait, ce qui est rare est cher et il y a des débrouillards qui savent exploiter le filon. Le Télégramme expose le cas d’un jeune finistérien de 29 ans, « titulaire d’une licence de mathématiques », qui « s’est tout nouvellement installé en auto-entreprise afin de donner des cours particuliers de mathématiques » après avoir regroupé des professeurs particuliers. A l’autre bout de la pyramide des âges, le Nouvel Observateur présente Madeline Scotto, « toujours professeur de mathématiques » qui « vient de fêter ses 100 ans à New York ». « Vendredi, elle était en congé pour fêter son anniversaire », précise le journal, « mais lundi, elle sera de nouveau à pied d’œuvre, assurant des cours de soutien aux enfants de l’école catholique St Éphrem de Brooklyn, l’école de son enfance. » Faut-il en déduire que mettre la retraite à 100 ans pour les enseignants serait une solution à la crise des vocations ?

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Madeline Scotto centenaire et toujours professeure de maths

Plus sérieusement, La Dépêche et l’Etudiant se sont intéressés tous deux à des initiatives dans le sud-ouest de la France destinées à améliorer la formation des élèves en mathématiques. La Dépêche mentionne ainsi les brillants résultats du lycée Las Cases à Lavaur dans le Tarn où quatre élèves ont été distingués aux Olympiades des mathématiques.

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Lycée Las Cases (Lavaur) distingué aux Olympiades de mathématiques

« Le but est d’intéresser les élèves aux mathématiques et aux sciences. Aimer les mathématiques, chercher, travailler… C’est quelque chose de stimulant » explique au journal Jean Aymes, inspecteur honoraire de mathématiques à l’occasion de la remise des prix. Le proviseur du lycée Joël Laporte dit lui aussi sa satisfaction « d’avoir chaque année beaucoup de candidats, filles et garçons, venant de toutes les séries ». L’Etudiant, quant à lui, s’est penché sur « un programme expérimental [..] lancé à la rentrée 2014 pour mieux préparer les futurs bacheliers des sections ES aux études supérieures en économie ». Ce programme est commun au lycée Pierre-Paul-Riquet et à la Toulouse School of Economics (TSE). Rappelons que c’est à cette institution qu’appartient Jean Tirole, récent lauréat du prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel (fort improprement, et significativement, appelé « prix Nobel d’économie »).

David Alary, directeur de la TSE, fait un constat : « au fil des années (…) les étudiants ont de plus en plus de mal avec les mathématiques, qui sont au fondement de l’économie d’aujourd’hui. Nos taux d’échec en L1 stagnent autour de 40 à 50% des présents aux examens ! ». Et d’ajouter en forme de paradoxe : « Nos étudiants qui réussissent le mieux sont des bacheliers S, alors que théoriquement c’est le bac ES qui ouvre la voie aux études supérieures d’économie ». Il a donc été décidé de créer un parcours expérimental où seraient renforcés « les programmes de section ES en mathématiques. L’idée a été de piocher dans le programme de S ce qui pouvait être utile, afin d’aider les élèves à formaliser l’économie par les mathématiques ». L’initiative reste très limitée : « Sur 25 élèves intéressés, 14 ont été retenus, sur critères de niveau ». On verra à l’avenir si ces choix portent leurs fruits. En tout cas, s’ils ne trouvent pas leur bonheur dans la voie économique, les élèves pourront toujours songer à se tourner vers l’enseignement…

En dépit des inquiétudes que nous venons une nouvelle fois de relayer, l’enseignement des mathématiques est bien vivant. Une nouvelle preuve ce mois-ci avec le congrès annuel de l’APMEP, à Toulouse, ce mois-ci, auquel France 3 consacre un reportage, nous montrant des enseignant-e-s studieux-ses, consacrant le début de leurs vacances à réfléchir à l’enseignement de leur discipline. Ou avec un nouvel outil : l’appli Mathchat, qui permet de faire ses exercices de maths à plusieurs.

Mathématiques et grand public

Les occasions pour le grand public de se frotter aux mathématiques n’ont pas manqué, en ce mois de Fête de la Science, en commençant avec la magie, toujours à l’honneur quand il s’agit de le séduire. Le blog-note mathématique du coyote nous enseigne un tour époustouflant, expliqué en détail par Michel Rigo sur notre site.
Et la Dépêche du Midi encense le mathémagicien Dominique Souder, convaincu depuis toujours de l’importance d’associer mathématiques et jeux. A l’occasion de la Fête de la Science, il anime chaque année un stand et des conférences de Mathémagie à la Maison de Fermat. On trouve dans le même lieu de nombreux ateliers autour des mathématiques et des sens, selon le même journal.
Les jeux sont une valeur sûre.
Le site lavenir.net nous décrit l’ambiance du championnat des jeux mathématiques et logiques en Belgique, par la voix de son organisatrice depuis plusieurs décennies, Annette Parent. Le site de la Nouvelle République (voir aussi ici) vante les expositions ludiques et concrètes réalisées à l’occasion de la Fête de la Science, à Issoudun ou à Vatan, grâce à l’aide précieuse de Centre Sciences, habitué des expositions. On peut ainsi expérimenter les mathématiques concrètement, la célèbre courbe en cloche de Gauss qui apparait grâce à une planche de Galton-Watson, ou bien encore les mathématiques de la cristallographie illustrées sur des carrelages.

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Planche de Galton-Watson ou l’illustration de la courbe de Gauss

Le Midi Libre évoque une exposition très instructive de l’IREM d’Aix-Marseille, au lycée Philippe Lamour à Nîmes. En particulier, elle nous rappelle que le mathématicien nimois Gergonne, fut le fondateur de la première revue de mathématiques française, les Annales de Mathématiques Pures et Appliquées, dites Annales de Gergonne. Par ailleurs, on y apprend beaucoup sur l’origine des lettres et des chiffres, celles-ci étant précédées par ceux-là.

Dans l’Union-L’Ardennais est évoquée une exposition, à l’hôtel de ville de Vitry-Le-François, consacrée à un mathématicien local, René Gateaux, connu pour une notion de différentiabilité, mais mort très jeune, au début de la guerre de 1914-1918. L’exposition est due à Laurent Mazliak, qui a également donné une conférence sur le sujet.

Sur France Info, on apprend que l’association Fermat Science utilise maintenant les réseaux sociaux pour attirer le jeune public.
La Voix du Nord s’intéresse aux moyens d’attirer les jeunes filles vers les mathématiques en interrogeant Laurence Broze, Professeure à l’Université Lille 3 et présidente de l’association Femmes et Mathématiques, qui œuvre tout particulièrement à destination des jeunes filles, par exemple avec les journées Filles et maths, une équation lumineuse.

En écho au goût des mathématicien-ne-s pour la beauté, il est plaisant de voir que les liens entre art et mathématiques sont à l’honneur [1]. Selon Ouest-France, la Fête de la science à La Baule proposait de nombreuses activités consacrées à ces liens au travers de sujets classiques mais toujours fascinants comme le nombre d’or ou les pavages. La Libre Belgique recommande l’exposition (à Gand) des œuvres du français François Morellet, d’inspiration très géométrique, qu’elle qualifie de géométrie humoristique. L’œil mathématicien y verrait volontiers l’illustration d’un exposé sur la percolation.
Le Monde, sous le titre « Sous les carrés des visages », recommande lui la très complète rétrospective Malevitch à la Modern Tate Gallery à Londres.

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Vision mathématique de la femme avec des seaux par Malevich (MOMA, NYC)

Plus confidentielle, l’exposition des œuvres de Pierre Collenot au château des Izards était chaudement recommandée par Sud Ouest. L’artiste prend des objets de la vie domestique, et les itère de manière fractale.

Le blog techno-sciences rappelle les liens entre mathématiques et musique. Pour la lectrice déçue par la brièveté des explications, un vieux numéro de l’APMEP s’y consacre en détail.

Les mathématiques servent aussi dans la photographie d’art. En effet, il arrive que l’origine de certains tirages soit controversée voire contestée. Pour vérifier qu’une photographie d’art est authentique, les experts « examinent une à une les œuvres ». Mais une nouvelle méthode mathématique et plus systématique pourrait les aider dans leurs décisions rapporte le CNRS. Le musée d’art moderne de New York a en effet organisé une compétition entre diverses équipes. Parmi celles-ci, on trouve des « physiciens, mathématiciens et experts en traitement du signal » issus du Laboratoire de Physique de l’ENS Lyon, du Laboratoire d’Analyse et de Mathématiques Appliquées et de l’Institut de recherche en informatique de Toulouse. Les différentes équipes devaient trier 120 images par familles et ne disposaient que de données de texture. La première phase de l’analyse proposée par l’équipe française consistait à faire de la transformée en ondelettes. Les résultats obtenus par les différentes équipes ont reçu un accueil positif des experts.

Les mathématiques peuvent enfin être rapprochées de la poésie.
Dans Manière de Voir d’octobre-novembre 2014 un article de Jean-Marc Lévy-Leblond intitulé « Les Grecs, les calmars et l’universalité de la science » nous interroge sur l’universalité de la science, et des mathématiques en particulier. A titre d’illustration, il nous rappelle - ou nous apprend - ce que sont les sangaku au Japon, pendants mathématiques des poétiques haïkus, vérités mathématiques non nécessairement démontrées, mais ornées et dédiées aux Dieux.

Et n’oubliez pas notre concours de BD Bulles au carré, consacré cette année au thème de l’égalité.

Explications et applications mathématiques

On dit souvent que les mathématiques sont partout. On pourrait aussi ajouter qu’elles sont en tout temps. Elles nous mènent loin en espace et en temps. Jusqu’à la civilisation égyptienne. L’équation « proie-prédateur » de Lotka-Volterra permet d’expliquer la perte de biodiversité de la vallée du Nil. Cette équation appartient à la théorie des systèmes dynamiques. Une étude de Justin Yeakel permet d’expliquer comment « la vallée du Nil a perdu 29 de ses 37 espèces de grands mammifères, en l’espace de 6000 ans » d’après Europe 1. L’équation modélise les interactions entre les prédateurs et les proies dans un même milieu. L’appauvrissement de l’écosystème s’explique par cinq grandes crises (des bouleversements environnementaux et l’augmentation des densités humaines). Et cet appauvrissement entraîne son instabilité. En effet, « la disparition d’une seule espèce peut avoir des conséquences dramatiques ». L’auteur de l’étude souhaite par ailleurs que celle-ci aide à prévoir les changements à venir.

Si d’aucuns doutaient encore que l’économie soit un domaine intrinsèquement mathématique, France Culture nous rappelle l’existence d’un nouveau type de monnaie, le bitcoin. Nakamoto a ainsi publié un texte où il explique comment mettre en place une monnaie numérique qui ne souffre d’aucun contrôle généralisé. Il fonde pour cela sa monnaie sur les réseaux et sur la cryptographie mathématique. Cette monnaie, bien que controversée, suscite aujourd’hui l’intérêt du monde entier et elle a pris son envol.

Se plaindre des services publics et de leurs changements n’est pas l’apanage du Français. Ainsi, les services publics japonais souffrent du même désamour par leurs usagers. C’est pourquoi « l’Université de Kyushu et Fujitsu crée une unité de recherche commune sur les techniques mathématiques applicables aux systèmes de services publics » selon bulletins-electroniques.com. L’objet de cette unité de recherche est de prendre en compte les comportements humains lorsque des établissements publics sont conçus et de manière plus générale lorsque des politiques et des programmes sont menés. Il y avait parfois un mauvais retour de la part du public. Il s’agit donc d’associer les recherches en sciences sociales et les « techniques mathématiques basées sur les mégadonnées ». Le but final est d’obtenir un retour plus favorable de la part des usagers.

Récemment, sur le site newswire.ca, une lettre éditoriale écrite par Jean Lebel, président du Centre de recherches pour le développement international, évoque l’application des mathématiques dans la lutte contre les maladies. Sont mentionnés des travaux de l’Éthiopienne Dessalegn Melesse sur l’épidémie de sida, la tuberculose et d’autres maladies, ainsi que ceux d’une jeune Malgache se servant d’algorithmes complexes en imagerie cérébrale.
Il mentionne aussi l’épidémiologiste camerounais Martial Ndeffo qui utilise des modèles mathématiques dans la lutte contre le très virulent virus Ebola pour -semble-t-il- évaluer le nombre de lits d’hôpital nécessaires ou la couverture vaccinale à mettre en œuvre pour endiguer l’épidémie. LeSoleil évoquait déjà les méthodes utilisées par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) pour calculer le taux de létalité du virus qui sévit depuis des mois en Afrique de l’Ouest. Pour la même souche de cette maladie, l’écart calculé d’un pays à l’autre (par exemple 39% en Sierra Leone et 64% en Guinée) suscite des interrogations. Une étude récente parue dans Science confirme que les chiffres sont sous-estimés. En suivant 77 patients Sierra Léonais jusqu’à ce qu’ils aient tous guéri ou succombé, ils évaluent à 70% la proportion des patients emportés par la maladie, très loin des 39% annoncés par l’OMS [2].

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Les mathématiques se retrouvent même dans les séries télévisées malgré leurs auteurs. Prenons l’exemple de Game of Thrones. Avant d’être une série à succès planétaire, il s’agit d’une œuvre littéraire écrite par George Martin. Aussi le monde des fans se divise-t-il en trois. D’un côté, certains se contentent de suivre les péripéties des nombreux personnages à travers la série télévisée. De l’autre côté, certains dévorent les livres. Et, au milieu, on trouve Richard Vale, professeur de mathématiques à l’université de Cornell. Trop impatient pour attendre la sortie du tome six au cours de l’année 2015, il a décidé de deviner la suite de la saga littéraire grâce à des modèles mathématiques comme le notent mcetv.fr, tomsguide.fr, geek.niooz.fr et neozone.org. Par exemple, le tome cinq laisse un certain personnage en fâcheuse posture. Nous ne dirons pas de qui il s’agit mais vous pouvez le lire sur gizmodo.fr. Le mathématicien a fondé ses travaux sur la manière dont est écrite la saga du Trône de fer : chaque chapitre met en scène un seul personnage principal, porte son nom et est écrit de son point de vue. « En associant un modèle à effet aléatoire à une matrice des chapitres point-de-vue dans les romans précédents grâce aux théories de Bayes », le mathématicien a établi que le personnage mystère n’avait pas moins de 60% de chances de survivre. Il est intéressant de noter que certaines hypothèses avancées par Richard Vale semblent en accord avec l’univers de Game of Thrones.

Prix et célébrités

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Jean Tirole, lauréat du prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel

Jean Tirole, lauréat du prix de la banque de Suède en l’honneur d’Alfred Nobel, est un ancien élève de l’École Polytechnique, qui a notamment eu comme professeur Laurent Schwartz. Le blog Classe Eco dresse son portrait et donne une description succincte de son travail, qui ne se limite pas au paradigme du marché parfait mais prend en compte les comportements individuels et l’asymétrie de l’information. Sont aussi évoquées sur le blog les « plateformes » telles que Netflix ou encore l’idée d’une justice du travail remplacée par une « taxe de licenciement ». Signalons aussi un bref portrait dans La Croix. Autre prix d’économie signalé par la presse : le prix Louis Bachelier de recherche quantitative (mathématiques financières) reçu par Joseph Teichmann signalé par Boursier.com. Celui-ci a été donné pour l’étude « des risques financiers que l’on rencontre sur les marchés de taux, de matières premières et les marchés de produits dérivés ». Il est rappelé qu’il s’agit d’un prix « décerné par l’Académie des Sciences, en association avec la Société de Mathématiques Appliquées et Industrielles (SMAI) ».

24 heures signale également que la Médaille Nationale de la Science, « plus haute distinction scientifique américaine » , a été décernée cette année au mathématicien Alexandre Chorin, expert des aspects calculatoires de la mécanique des fluides, la turbulence et la mécanique statistique. Quant à Joel Lebowitz, grande figure de la physique mathématique, c’est l’Académie des Sciences française qui lui décerne sa plus haute distinction. Le Monde dresse le portrait de cet homme engagé, « chef d’orchestre d’une communauté », d’une « grande générosité » et dont la « longévité et [l’]activité font envie ! ».

La Croix souligne un paradoxe en Amérique Latine : l’investissement en sciences augmente - avec notamment un nombre croissant d’universités - mais le continent comptabilise toujours un faible nombre de prix scientifiques prestigieux. Sont pointés du doigt la « fuite de cerveaux vers l’Europe et les États-Unis » et le fait qu’en Amérique Latine « moins d’un professeur d’université sur dix a le doctorat ». Puisse la médaille Fields d’Artur Avila servir de catalyseur pour cette région à grand potentiel scientifique !

Cédric Villani est toujours aussi présent dans les médias, avec trois entretiens fleuves (dont un en duo avec Artur Avila). Sur Europe 1, il revient notamment sur son livre « Théorème Vivant ». Lors d’une conférence organisée par IncubAlliance et retransmise sur Dailymotion, il parle de mathématiques et d’innovation au sens large (de la transformée de Fourier aux modèles de sociétés préhistoriques). Enfin, sur le site du Journal du CNRS, il est question d’une célèbre (mais féconde) erreur de Poincaré, l’ayant mené à l’invention du chaos dans l’étude des systèmes dynamiques, comme l’expliquent Etienne Ghys et Artur Avila, au cours d’un numéro de la Tête au Carré consacré à ce sujet.

Signalons enfin un entretien de 10 minutes avec Laure Saint-Raymond disponible sur Universcience, où il est question du financement par projets, des avantages du système français mais aussi du rapport entre les mathématiques et la physique dans son travail.

Parutions

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Allumettes suédoises

Dans un film où l’on retrouvait Daniel Prévost, Jacques Villeret, Thierry Lhermitte, Jacques Villeret jouait le rôle d’un personnage passionné par les constructions de maquettes en allumettes. Peut-être savait-il qu’en disposant des allumettes sur une table sans qu’elles se croisent, en les faisant se toucher par leurs extrémités et en composant une forme d’un seul tenant, on dessine des graphes d’un type particulier ? Dans son article « Les graphes-allumettes » Jean-Paul Delahaye nous invite à une promenade à travers des problèmes géométriques ou topologiques sur les dessins faisables avec des traits ayant tous la même longueur. L’étude de ces graphes-allumettes est à la fois ludique et sérieuse. Certaines questions se révèlent ardues et créent de véritables sujets de recherche où les mathématiciens ne progressent que lentement.
En conclusion Jean-Paul Delahaye nous dit : « La beauté et l’importance des mathématiques sont sans doute liées à ce que nous constatons en étudiant les graphes-allumettes : au départ, le sujet est simple, et semble n’être qu’une question combinatoire assez facile à maîtriser. Pourtant, en allant y voir de plus près, toutes sortes de mathématiques y glissent leur nez (dénombrements délicats, topologie, polynômes, classes de complexité, etc.) pour, finalement, constituer des vrais et difficiles sujets de recherche dont personne ne sait faire le tour et dont les avancées enrichissent les mathématiques d’objets fascinants, tel le graphe de Harborth.- » 


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La planète bleue

En 2013 pour l’année des « Mathématiques de la planète Terre » un blog du CNRS, « Un jour, une brève », avait publié chaque jour un court texte écrit par des mathématiciens pour un large public présentant un problème scientifique où les mathématiques en interaction avec les autres sciences, ont aidé à comprendre ce que nul n’avait compris jusque-là. Brèves de maths : Mathématiques de la planète Terre en est issu et nous propose une sélection de contributions à ce projet (publié chez Nouveau Monde) qui illustre, de façon accessible, la variété des problèmes scientifiques dans lesquels la recherche mathématique actuelle joue un rôle important.

Un problème mathématique à résoudre chaque jour (ou presque) en 2015 (comme en 2014) ? Oui, vous les trouverez dans le nouveau calendrier mathématique 2015 concocté par la même équipe. C’est la version française du « Calendario matematico ». Un reto diario » publié chaque année au Mexique depuis 2002. Un reto diario). Sous titré « Un défi quotidien » chaque mois est consacré à un motif mathématique de la nature expliqué par Ian Stewart : arcs-en-ciel, galaxies, ondes, flocons de neige, mouvement des animaux, dunes, spirales de Fibonacci, rayures des animaux, plantes fractales, coquillages, buckminsterfullérène, virus. Il est accompagné d’un livret de solutions commentées accessible à un large public. L’édition de 2014 (illustré par de très belles images de Jos Leys) avait remporté un franc succès. À tel point que dès décembre 2013 il n’était plus disponible qu’en « occasion » (et vendu à un prix très supérieur au « neuf ») … Nous lui souhaitons le même succès !

L’Institut Henri Poincaré (IHP) est peut-être la plus ancienne des « Maisons consacrées aux Mathématiques » de France. Cédric Villani, son directeur, et le physicien Jean-Philippe Uzan, son directeur adjoint, lui consacre un ouvrage, La maison des mathématiques, et nous invitent à découvrir comment travaillent les mathématiciens qui fréquentent cette prestigieuse institution. Un éclairage original sur toutes les dimensions scientifiques, esthétiques et poétiques des mathématiques. Édité au « cherche midi » dans la collection « Beaux Livres », l’ouvrage est superbement illustré par le photographe Vincent Moncorgé.

« Mélange des genres : panique chez les taxons ! » : Depuis cinq ans l’ENSTA ParisTech, organise (sous le patronage du ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche) un concours de nouvelles baptisé « Nouvelles avancées » ouvert au grand public, aux classes et élèves du secondaire (collèges et lycées) et aux étudiants. Les prix ont été remis en avril, les textes envoyés viennent d’être publiés et la nouvelle édition est d’ores et déjà lancée.

Ouest France présente « La Topologie de l’Amour », d’Emmanuel Arnaud. Le roman relate les péripéties d’un jeune mathématicien prometteur dont la carrière est malmenée par la catastrophe de Fukushima et un amour japonais.
Mentionnons aussi la sortie du DVD du film « Comment j’ai détesté les maths ». C’est l’occasion de nouveaux commentaires élogieux, mais aussi de rappeler les anciennes élogieuses ou réservées quant à la place réservée aux mathématiciennes dans le film.

Notes

[1voir aussi sur ce sujet le débat du 18... sur notre site.

[2voir aussi sur ce sujet le billet « Taux de mortalité du virus Ebola » sur notre site.

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