Revue de presse novembre 2020

Le 1er décembre 2020  - Ecrit par  L’équipe Actualités Voir les commentaires

Les mois se suivent et se ressemblent : la pandémie de COVID-19 donne lieu à force modélisation, traitements statistiques et discussions qu’ils engendrent, et le confinement qu’elle provoque a des répercussions fortes sur l’enseignement, en particulier des mathématiques. Pendant ce temps, la loi de programmation pluriannuelle de la recherche semble avoir terminé son parcours législatif, au grand dam d’une grande partie de la profession, provoquant même quelque scepticisme à l’étranger face à une mise en compétition précoce et forcenée.

Lisez tout de même ! Plusieurs portraits valent le détour, sans négliger la myriade habituelle de découvertes tous azimuts.

Recherche et applications

Beaucoup d’articles sur la question de l’IA ce mois-ci. Est-ce l’intelligence qui est à la mode ou bien l’artifice ? Si Gilles Dowek, sur Futura Sciences, tente de définir l’intelligence avant de la qualifier, son discours reste concentré sur des acceptions assez mécanistes de l’intelligence, tout en critiquant ou interrogeant les tentatives de définition provenant des neurosciences. On pourra comparer ce point de vue avec le livre d’Hubert Krivine Comprendre sans prévoir, prévoir sans comprendre sur les mystifications de l’IA.

Quoi qu’il en soit, Futura Sciences, tout comme Trust My Science font la part belle à une IA qui revisite la résolution des EDP, dont celle de Navier-Stokes, ce qui permettrait de calculer des approximations des mouvements des fluides bien plus rapidement qu’avec les modèles classiques. L’intérêt dans les applications de la mécanique des fluides est important. L’approche mécanistique de l’IA et des millions de dollars ont permis à Elon Musk et Microsoft de développer leur nouveau jouet GPT-3 qui, selon Le Monde, « a appris presque toute seule à tout faire »... Outre le gouffre financier, cette IA est aussi un monstre énergivore qui réussit des prouesses dans l’écriture automatique de texte en langue naturelle, au point que l’on ait maintenant du mal à distinguer un texte écrit par un humain de celui écrit par un robot. La machine reste encore douteuse sur certains points, notamment sur la cohérence du texte. Pas sûr, comme le dit Krivine, qu’une IA soit un jour capable d’inventer le nouveau Zola, même si elle est très habile à imiter Zola. Comme les applications de l’IA ne manquent pas et permettent de profiler des liens entre des individus, le site Linkedin, a rencontré Laetitia Audoin, de Cleverm8, qui cherche à intégrer des outils de psychologie cognitive dans des modèles d’IA. Dans le même ordre d’idées sur l’IA, plusieurs journaux se sont fait l’écho ce mois-ci de travaux sur une potentielle conscience de l’univers. On pourra lire le résumé par Courrier international d’un hors-série de New Scientist. Johannes Kleiner, mathématicien allemand, propose une définition de la conscience comme une variante de la théorie de l’information, dans l’espoir qu’elle puisse s’appliquer à diverses formes de conscience.

Science Post s’attaque à un sujet moins spéculatif en expérimentant un jeu galactique. L’idée est d’expérimenter un simulateur d’univers intégrant les lois de la gravitation. La National Science and Technology Medals Foundation (NSTMF) désire inculquer des connaissances en lien avec la gravité par l’intermédiaire de cette pratique ludique. L’histoire ne dit pas comment ils vont mesurer cet apprentissage.

Une application en biologie qui ne porte pas sur COVID retient l’attention du Journal du CNRS : elle concerne l’origine des populations anciennes. Le point est fait sur les techniques statistiques de traitement des « échantillons d’ADN humains ancestraux » entre le Néolithique et le Moyen Âge. De nouvelles méthodes permettent maintenant d’estimer, à partir d’un jeu de données dont la taille est loin d’atteindre celle des big data, les mouvements des populations et leur évolution.

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Gerrymandering

On trouvera bien évidemment son lot d’articles sur COVID et sans doute peut-on anticiper un tournant initié par le club de Mediapart sur la vaccination. L’article essaye de montrer l’intérêt et la difficulté de la vaccination. L’intérêt est illustré par une description succincte d’un modèle SIR d’épidémiologie et comment on peut les utiliser pour calculer le taux de couverture vaccinale optimal pour un virus donné. La difficulté quant à elle, fait appel à la théorie des jeux et au célèbre équilibre de Nash autour du jeu de la vaccination, prenant en compte les deux caractères dominants que sont le comportement égoïste d’un individu s’affrontant au comportement altruiste. Cela devrait être le sujet à la mode de la rentrée 2021.

Comme il se doit, le feuilleton automnal et bissextil des élections américaines a donné lieu à quelques mathématiques dans Le Monde. Un article décrit le gerrymandering, l’art du charcutage électoral dans le découpage des circonscriptions américaines ou « comment gagner une élection en étant minoritaire ? ». Étienne Ghys signe sa chronique sur la stabilité des élections faisant intervenir des millions d’électeurs et induisant un risque d’erreurs ou de fraude dans le décompte électoral. Il renvoie à un théorème difficile qui a été publié il y a dix ans dans la prestigieuse revue Annals of Mathematics et qui est dû à Mossel, O’Donnel et Krysztifoleszkiewicz. D’après ce théorème, le vote majoritaire est le scrutin le plus stable en un certain sens de modèle d’élections. Sur le même sujet, Rida Laraki a écrit pour The Conversation un article montrant que le problème est le scrutin majoritaire et pas le collège électoral. Le point de vue qu’il y développe n’est pas ici celui de la stabilité du scrutin, mais de la sensibilité du scrutin majoritaire à la présence de petits candidats, illustré par le paradoxe d’Arrow, à propos duquel il y a de nombreuses références sur Images des maths.

En vrac

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Le métro parisien

Pour ceux qui pour la beauté du geste souhaiteraient parcourir toutes les lignes du métro parisien en y passant le moins de temps possible, le site interstices, vous propose un résultat optimal pour visiter. On appréciera la prouesse, car s’agit d’un problème NP-difficile, comme celui du voyageur de commerce : cela veut dire qu’il demande inévitablement beaucoup de calculs (du moins si l’on croit à la conjecture que « P ≠ NP »). Ouest-France a, lui, remarqué le travail d’Amandine Aftalion – fondatrice de VideoDiMath – qui propose de revoir la forme des pistes d’athlétisme pour améliorer le record du 200 m d’Usain Bolt. Une mauvaise traduction par Japan FM attire l’attention sur un article intéressant mais ardu de Quanta Magazine (en) où « les scientifiques dévoilent la géométrie universelle de la géologie ».

Variations autour du coronavirus

Le coronavirus tel qu’en lui-même. Qui est-il ? D’où vient-il ? Où va-t -il ?

Sur ce qu’il est, une bande dessinée du Monde apporte de manière ludique les réponses essentielles. La pauvre Fiamma qui l’a invité pour en savoir plus ne peut plus s’en débarrasser (les images à trouver dans Le Monde ici et peuvent prendre du temps à télécharger)...

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Toujours sous une forme ludique, un chercheur « dans la peau d’un coronavirus » répond à la même question dans The Conversation.

Sur ses origines, Le Journal du CNRS fait le point des connaissances et des doutes actuels. Si le réservoir principal des souches de SARS-CoV-2 est sans doute constitué des colonies de chauves-souris chinoises, le malheureux pangolin n’est pas un très bon candidat comme vecteur intermédiaire : les habitats des deux espèces sont très différents et éloignés de 1 500 kilomètres, et les études de pourcentages d’identité génétiques ne suffisent pas pour le moment pour mettre en évidence un intermédiaire satisfaisant.

Où va-t-il ? Pour Catherine Smallwood, responsable des situations d’urgence à l’OMS-Europe analysant l’évolution de la pandémie, nous allons vivre avec pour des années (et non « pour toujours » comme l’indique le titre de cet article dans Le Parisien (accès restreint)), ce qui montre que le coronavirus n’a pas l’esprit philosophique du regretté Pierre Dac, dont la réponse à la triple question était « je suis moi, je viens de chez moi, et j’y retourne ! »

Le virus se découvre petit à petit : un gène « caché » vient d’être découvert dans le génome, indique Futura-sciences. Une protéine nouvelle créée par ce gène est difficilement détectable, mais on peut estimer ses effets potentiels.

Autour des vaccins

Le 11 novembre, Le Journal du CNRS décrivait les généralités sur les vaccins avec de superbes illustrations en couleurs.

Dès la première annonce de Pfizer, La Question du jour sur France Culture donne en 9 minutes les informations essentielles sur ce vaccin et a corrigé l’effet potentiellement néfaste des informations parues dans la presse, tout en restant prudente. La course aux vaccins engendre en effet une guerre de communication entre les laboratoires (sur le thème « mon vaccin est plus efficace que le tien ») : Pfizer-BioNTech annonce d’abord une efficacité de 90 %, puis les Russes de 92 %, Mondera surenchérit avec 94 %, Pfizer contre attaque avec 95 %... Les Chinois et AstraZeneca-Oxford semblent en retard. Quand Le Monde parle de « course », pour France Culture « la guerre des labos aura bien lieu ».

Les annonces de Pfizer ont pourtant relancé l’espoir, « résultat extraordinaire » selon Le Monde (accès restreint) mais qui interroge aussi d’après le même journal (accès restreint). Cependant, Le Monde note que les conditions de stockage (à la température de l’azote liquide) rendent ce vaccin mal adapté à une vaccination de masse. De plus, de nombreux points restent à étudier selon le HuffingtonPost (effets par tranche d’âge, cas des personnes asymptomatiques, durée de la protection...).

Dans cette course, dit Capital, le vaccin Astra-Zeneca semble en retrait, avec une efficacité de 70 % en moyenne, mais il a l’avantage d’une conservation analogue à celle du vaccin contre la grippe.

Plusieurs publications, certaines citées ci-dessus ou RFI, qui offre des services de téléconférence.

Mais les préventions et oppositions à la vaccination montent lentement dans les pays développés, en particulier en France, alors que la confiance reste élevée dans les pays asiatiques comme l’indique l’Ipsos. Cela peut, même avec un vaccin efficace en lui-même, entraîner un effet global réduit...

Modèles, intelligence articifielle, statistiques

L’usage politique des modèles épidémiologiques, principalement celui du modèle de Ferguson (Imperial College) a soulevé de nombreuses contestations.

À ce sujet, le blog epistemofinance renvoie à une publication récente, très critique et pédagogique. Il décrit plusieurs modèles simplifiés utilisant les réseaux d’interactions et montre par exemple les effets des paramètres sur l’évolution des contaminations (on peut voir par exemple à la page 71 la brutale transition entre les interactions réduites de 80 % et celles réduites de 85 %) .

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Une équipe de chercheurs a créé le site covprehension, un site interactif pour répondre aux questions que l’on peut se poser sur l’épidémie en utilisant des modèles. On peut y effectuer en ligne des simulations et avoir accès à des liens ressources sur le sujet.

Les phénomènes de super-contamination sont de plus en plus étudiés. On estime que 10 % des malades, les « super-contaminateurs », sont responsables de plus de 80 % des cas de contamination, et que ceux-ci sont plus nombreux que prévus (ou que pris en compte dans le modèle Ferguson). C’est un argument de plus pour les modèles en réseau, ce qu’expliquent Le Monde (accès restreint), et pour ceux qui ne sont pas abonnés au quotidien, Pourquoi Docteur en plus court.

La mesure de la charge en covid par litre des eaux usées est maintenant utilisée en France, après d’autres pays, pour prévoir avec quelques jours d’avance la variation des contaminations. Un modèle mathématique (non précisé) est utilisé pour déterminer les lieux à analyser, nous informent Marianne, et son concurrent L’Express.

Une startup de La Rochelle développe en partenariat avec l’hôpital un algorithme permettant avec 95 % de certitude de prédire si un malade va développer une forme grave, fondée sur l’analyse de biomarqueurs sanguins, rapportent France Bleu, et Web Babbler. L’objectif est de permettre une meilleure prise en charge et d’améliorer les ressources disponibles.

Pour finir, une information sur un algorithme d’intelligence artificielle qui cherche à tester les infections covid éventuelles en écoutant le son de la voix au téléphone et en analysant le son de la voix et la force de la toux, les performances respiratoires et l’état émotionnel ! D’après Fredzone, ce serait un projet de recherche du MIT, mais il n’y a rien de concret pour le moment. Le titre contient pourtant « peut savoir »...

(DÉ-RE)confinement et société

Ettore Recchi et Mirna Safi (Sciences po) tirent cinq leçons du premier confinement, globalement bien supporté (avec des bémols pour les couches les plus défavorisées) dans The Conversation.

Le reconfinement était attendu fin octobre, dit Sciences et Avenir, mais France Inter rapporte les inquiétudes des infectiologues dès la première semaine d’octobre, tandis que France 3 s’intéresse à celles des artistes, de l’inconscience et de l’égoïsme de certains.

Le plateau des courbes (le frémissement) est visible sur les entrées hospitalières et les taux d’incidence aux alentours du 28 octobre, sans vraie différence entre les villes soumises au couvre-feu et les autres, montre le Huffington Post.

En Belgique, la RTBF se demandait le 30 octobre si « [on a] reconfiné trop tard » et déroulait les scénarios possibles, pour conclure à la nécessité d’agir « immédiatement et pour longtemps ».

Le second reconfinement relance le débat global (politique, démocratique, épistémologique et éthique). Une conférence de Jean-François Delfraissy, président du Conseil scientifique dont s’est doté le gouvernement, fait le tour de la question. France Culture critique le problème éthique : renvoyer les différences internationales de traitement des malades aux particularités des sociétés évacue l’éthique, qui disparaît dans le culturel.

Stéphane Van Damme, historien des sciences, dans la lignée d’Alain Desrosière (la politique des grands nombres) sur « quantifier, encadrer, contrôler », met en cause une trop forte confiance dans le modèle Ferguson et cite le livre de Juliette Rouchier et Victorien Barbet dans Le Monde (accès restreint).

Sur les suites du reconfinement, le Conseil scientifique est pessimiste : « En conclusion, évoquant les difficultés sociales qui s’annoncent, le Conseil scientifique finalement demande : “La société française est-elle prête à consacrer une partie importante des moyens de santé au COVID-19, éventuellement au détriment de la prise en charge d’autres pathologies, avec comme conséquences des pertes de chance pour des pathologies COVID ? À l’inverse, la société française est-elle prête à affronter un nombre de décès très élevé dans sa population la plus fragile et la plus âgée ?” » selon le Huffington Post.

Marseillenews.net, qui avait publié un article bizarre (disparu depuis) dans la précédente revue de presse, récidive sous le titre « Un mathématicien prévient qu’il ne pourrait y avoir aucun pic dans la deuxième vague ». À la lecture, c’est qu’il est trop difficile de le prévoir.

La recherche des mesures étatiques les plus efficaces contre le covid est étudiée par des méthodes statistiques, indique Heidi.news. Des chercheurs italiens et autrichiens testent par quatre méthodes 6 000 mesures prises entre mars et avril par 79 États, avec les marges d’erreur. Enfin, une étude statistique, relayée par Le Monde (accès restreint), menée par des géographes sur la mortalité dans l’espace urbain montre en particulier la surmortalité des zones où se conjuguent précarité, bas revenus et logements insalubres, avec pour la Seine-Saint-Denis (et d’autres) le sous-équipement médical.

Varia

Paroles de médecins. Le professeur Rodolphe Thiébaut décrit dans Sud Ouest (accès restreint) son expérience sur les difficultés dues au caractère nouveau du virus, sur les modèles utilisés qui sont une « simplification de la réalité traduite en langage mathématique » : « tous les modèles sont faux mais certains sont utiles ». Il insiste aussi : « on ne peut plus continuer à évaluer les impacts du confinement en négligeant la dimension socio-économique qui lui est corollaire. » Pourquoi le monde médical est-il dérouté ? Les Échos interrogent un médecin de Nice qui évoque les difficultés à prévoir l’évolution de la pandémie, de la maladie (avec exemples), des rechutes inexpliquées. Il y a néanmoins un énoncé curieux : « Comme nous l’avions inclus dans un protocole d’essai de traitement en double aveugle, nous ne savons pas s’il a guéri grâce à la substance testée ou tout seul (s’il était dans le groupe placebo) », peut-être dû à l’interviewer. On trouve encore un point sur le coronavirus et l’épidémie, par une virologue de l’université Versailles-Saint-Quentin.

« Pédagogie ». La Cité des sciences propose des réponses à des questions d’enfants en ligne et accessibles au téléchargement.

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On pourra rafraîchir ses connaissances de terminale scientifique ou économique et même aller un peu plus loin sur la fonction exponentielle (et donc la croissance du même nom célèbre depuis quelque temps) sur France Culture.

La vie des anticorps. L’annonce d’une étude donnant une durée d’au moins quatre mois pour la présence d’anticorps anti-Sars-CoV-2 France Culture, et l’article en anglais Scienceemag. Un flash de presse de l’Institut Pasteur, récupéré après son enfouissement dans la base : la réponse immunitaire neutralisante est plus longue chez les femmes que chez les hommes

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Varia-varia Boeing et l’université d’Arizona présentent leurs techniques efficaces de nettoyage des avions contre le covid dans Hespresse. Dans la même veine, Ouest France décrit une machine conçue par une Palestinienne de Gaza, qui désinfecte les mains, prend la température et ouvre la porte du magasin, sinon refuse si la température est trop élevée. Enfin, l’Institut Pasteur annonce la condamnation d’un auteur de fake news pour diffamation à son égard, ce qui avait entraîné menaces et harcèlement sur les réseaux.

Vie de la recherche

Politique de la recherche : HCERES et LP(P)R

Passons rapidement sur la nomination « contestée » du mathématicien Thierry Coulhon à la tête du Haut conseil d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (HCERES) signalée comme telle par Le Monde (accès restreint). France Culture précise qu’elle est « contestée par le monde académique » et « une majorité de députés » (sur un tout petit effectif). Le problème vient du fait que « comme Thierry Coulhon est conseiller d’Emmanuel Macron, le risque de conflits d’intérêts ou de manque d’indépendance sont évoqués ». Passons aussi rapidement sur la démission du directeur général de la recherche et de l’innovation qui « balance sec contre la ministre, Frédérique Vidal », que note Libération.

Le gros dossier en cours est la loi de programmation pluriannuelle de la recherche (LPPR ou LPR). Vu de l’étranger, Nature loue le Lego institutionnel ayant conduit à la création de Paris-Saclay mais prône que « les réformes de la recherche française trouvent un équilibre entre compétitivité et bien-être » : le prix à payer (toll) pour mettre les chercheurs en situation de compétition permanente pour des emplois, des financements, des promotions ou des publications est bien documenté : c’est leur santé et leur bien-être qui est en jeu. D’après Times Higher Education, « l’Allemagne défend un système d’“excellence distribuée” », à l’opposé de la logique française de regroupement de la plus grande partie des moyens sur quelques pôles universitaires.

Le Monde revient sur trois amendements sénatoriaux à la LPR rejetés en bloc par trente-quatre Sociétés savantes académiques de France dans un communiqué de presse. Le premier propose de supprimer la qualification par une instance nationale, le CNU, comme condition pour un recrutement permanent. Pour une tribune du Point, c’est « une réforme désastreuse » qui donne « la prime au localisme et au clientélisme ». Pour la sociologue Beatrice Mabilon-Bonfils dans The Conversation, qui examine l’équité des « pratiques de recrutement des enseignants-chercheurs », « la remise en cause de la validation collégiale du CNU par l’amendement des sénateurs accroit encore le caractère inéquitable de ces recrutements ». Le second amendement sanctionne « une intention d’entrave » qui constitue, d’après Patrick Lemaire, le président de la Socacad, « une limitation du droit de manifester ». Le troisième amendement limite les « libertés académiques » et, d’après les sociétés savantes, n’en donne pas de définition mais « les asservit à une notion encore plus floue » alors que « la seule limite des libertés académiques, c’est l’intégrité scientifique ». Le climat général n’est guère favorable à l’exercice de ces libertés, note France Culture.

Malgré ce qui précède, malgré l’indifférence générale que ce tweet de la députée Elsa Faucillon ne parvient guère à changer, la loi progresse dans son élaboration, note Le Monde, qui dénonce par ailleurs des « avancées en trompe-l’œil » et des « moyens déployés sur dix ans [qui] se révèlent moindres que les chiffres ne le laissent penser » consacrant une « France à la peine » et une « érosion des postes ». L’expression « réforme en trompe-l’œil » est reprise dans Le Monde lors de l’adoption définitive, qui donne lieu à un éditorial fustigeant « une occasion manquée ».

Parité

Colette Guillopé revient sur son parcours de femme scientifique dans le blob et insiste sur les difficultés qu’elle a dû surmonter : « les filles sont toujours tirées vers le bas », « il faut toujours qu’elles se battent ». Des initiatives comme le camp mathématique « Les Cigales » organisé par Aix-Marseille université pour des lycéennes sont donc précieuses mais, programmé pendant les vacances de la Toussaint, il ne s’est certainement pas déroulé pour cause de confinement.

Histoire

Ce mois-ci, France Culture partage une vidéo de Jean Dhombres enregistrée en février dernier et une émission de 2011 avec Jean-Pierre Demailly sur un « académicien nommé Fourier ». On trouve dans La Nouvelle République un article sur un autre Joseph, contemporain de Fourier, le colonel Louis. Ce colonel matheux avait fait un legs à sa ville natale d’Issoudun avec « pour but de propager d’une manière spéciale dans l’éducation populaire des enfants, l’étude des sciences exactes, à savoir : l’arithmétique, les éléments d’algèbre, la géométrie, la géométrie descriptive, le dessin, la cosmographie, la géographie ». Le journal propose un petit portrait de cet homme alors que sa tombe vient d’être nettoyée.
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Cent mille milliards de poèmes
Poésie combinatoire par Raymond Queneau

L’INA fait ressurgir une vidéo déjà ancienne : le mathématicien François Le Lionnais, cofondateur de l’Oulipo avec Raymond Queneau, parle du mouvement : « Nous n’avons pas fondé une école littéraire, nous nous occupons de créer des structures nouvelles et nous laissons les écrivains en faire des chefs-d’œuvre », expliquait-il en 1972. Nous retrouverons l’Oulipo plus loin.

Enfin, la Maison Poincaré a publié le neuvième épisode du podcast L’Oreille mathématique, dans lequel Frédéric Brechenmacher, mathématicien de formation qui enseigne maintenant l’histoire des sciences à l’École polytechnique, nous parle du mathématicien polycéphale Nicolas Bourbaki.

En plus de toutes ces ressources audio(visuelles), Le Café pédagogique présente dans son Expresso du 24 novembre le travail de Bernard Ycart. Celui-ci, qui pense qu’il est essentiel que l’élève « s’identifie au mathématicien », par exemple en expliquant aux « jeunes issus de l’immigration […] que pendant 700 ans les sciences se sont écrites en arabe », a rédigé 228 histoires autour des mathématiques, recouvrant l’essentiel du programme du secondaire.

Honneurs

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Pierre Rosenstiehl

Pierre Rosenstiehl, spécialiste de théorie des graphes, ancien professeur à HEC et à l’EHESS et membre du groupe littéraire l’Oulipo, est décédé fin octobre à l’âge de 87 ans. Dans le portrait que trace Le Monde, il est question de son enthousiasme pour les mathématiques loin des manuels scolaires. Ce qui le passionnait, c’était la fantaisie et l’imagination qu’il faut avoir pour découvrir un nouvel argument. Il est aussi question de littérature avec l’Oulipo évoqué ci-dessus et les romans qu’il a écrits, comme Le Labyrinthe des jours ordinaires, sorti en 2013. On trouvera sur YouTube un entretien d’une heure tourné par son fils en 2006.

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Doodle Benoît Mandelbrojt par Google

À l’occasion de l’anniversaire de la naissance de Benoît Mandelbrojt et des dix ans de sa mort, de nombreux médias lui ont rendu hommage. Tout d’abord Google, qui a consacré un de ses fameux Doodles au père des fractales. Sciences et Avenir et La Recherche republient des entretiens qu’il leur avait accordés. C’est l’occasion de revenir sur son histoire marquée par la Seconde Guerre mondiale, son passage chez IBM, l’invention du mot « fractal », sa popularisation et l’application de cette notion à des domaines comme la finance. Cédric Villani a même quitté un instant la politique pour consacrer un fil sur Twitter à celui qui est le plus connu pour l’ensemble qui porte son nom.

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Prix Faurre pour Patricia Reynaud-Bouret

L’automne n’est pas que la saison des prix littéraires. L’Académie des sciences a remis quatre prix pour les mathématiques. Le Prix Faurre à Patricia Reynaud-Bouret pour ses travaux appliqués aux neurosciences. Le Prix Sophie-Germain va à Georges Skandalis pour ses travaux sur les algèbres d’opérateurs. Le Prix Marc-Yor est décerné à Kilian Raschel pour ses travaux entre probabilités et combinatoire. Olivier Schiffmann reçoit le Prix Gabrielle-Sand pour ses travaux en théorie géométrique des représentations. Et le Prix Leconte va conjointement à Philippe Eyssidieux, Vincent Guedj et Ahmed Zeriahi pour des travaux en analyse complexe.

Le CNRS mettait aussi en avant certains de ses chercheurs primés. Édouard Pauwels – encore un Toulousain ! –, médaille de bronze 2020, présente dans une vidéo de deux minutes ses travaux liés à l’intelligence artificielle et son quotidien de chercheur. Bill Allombert, ingénieur d’étude, a reçu une médaille de Cristal pour avoir développé un logiciel de calcul formel, adapté aux formes modulaires par exemple.

Les institutions scientifiques françaises peuvent reconnaître les qualités les unes des autres puisque conjointement, INRIA et l’Académie des sciences ont remis un prix à un chercheur du CNRS. Pierre-Louis Curien a reçu ce grand prix pour sa carrière, qui a rapproché mathématiques et informatique. Il a pris part à la conception du langage de programmation Caml. Il est aussi question dans l’entretien avec La Recherche de « types », notion issue de l’informatique, qui influence désormais les fondements des mathématiques.

Enseignement

Enseignement supérieur : baisse des moyens et recomposition

Libération- rappelle opportunément que les moyens donnés aux universités pour l’enseignement ne cessent de se dégrader. Extrait : « l’État a donné l’autonomie aux universités en 2009, mais il refuse de leur donner les moyens de l’exercer. » Après la recherche, c’est désormais aussi l’enseignement universitaire qui est soumis à la logique funeste des appels à projets. La courbe donnant l’évolution de la dépense annuelle par étudiant de l’enseignement supérieur en France depuis 1980 est édifiante : on y observe une croissance à peu près régulière jusqu’à la fin des années 2000, puis une baisse jusqu’à 2018, dernière année prise en compte.

L’autonomie des universités s’est accompagnée d’une vaste réorganisation du paysage universitaire, avec une cascade de fusions et la création d’une quinzaine d’universités tentaculaires, accaparant l’essentiel des moyens et laissant sur le bas-côté des établissements de seconde zone. Destinés à faire bonne figure dans les classements internationaux (objectif loin d’être atteint), ces prétendus « pôles d’excellence » se sont vite avérés être de véritables monstres administratifs, dans lesquels la recherche et l’enseignement sont phagocytés par la bureaucratie et l’obsession de la communication. Mais Les Échos nous apprennent que l’université de Saint-Étienne vient de décider de faire de la résistance. Au nom du « droit à la différenciation territoriale », les deux tiers du conseil d’administration ont voté contre la fusion avec les universités Lyon 1 et Lyon 3 et l’École normale supérieure de Lyon, mettant en minorité la présidente de l’université. Saint-Étienne aurait représenté 15 % (140 000 étudiants) du grand pôle qui aurait été ainsi créé et qui aurait porté le joli nom d’Ulyse (Université Lyon Saint-Étienne). Las ! les communicants auront phosphoré pour rien (mais pas pour rien, rassurez-vous : ils seront quand même rémunérés). L’article indique que le vote a eu lieu « dans un contexte d’opposition croissante depuis juin, marquée par une série de démissions d’universitaires stéphanois de leurs fonctions administratives ». La ministre de l’enseignement supérieur « regrette le vote négatif » et laisse craindre d’éventuelles représailles en annonçant pour les prochains jours une réunion pour « tirer les conséquences de ces résultats » sur la poursuite de la labellisation Idex acquise en 2017. Autonomie, on vous dit !

Le confinement côté universités

Mais la préoccupation majeure dans les universités, comme partout, c’est évidemment la crise sanitaire. Alors que différentes étapes de déconfinement sont annoncées pour les prochaines semaines dans plusieurs secteurs, le maintien jusqu’à fin janvier au moins de la fermeture des universités suscite incompréhension et colère. Le Monde (accès restreint) fait notamment état des réactions de la Conférence des présidents d’université (CPU), qui réclame une réouverture dès le début janvier, avec une jauge à 50 % de présentiel, du SNESup-FSU, qui dénonce « une décision arbitraire et lourde de conséquences », du SNPTES (un syndicat de personnels techniques), qui se demande « pourquoi différencier la reprise universitaire de l’ensemble des autres retours à la normale » ou encore de l’Alliance des universités de recherche et de formation (AUREF), qui ne comprend pas « l’ordre de priorité établi pour les semaines à venir ». Le site Academia a également rassemblé diverses réactions à ce déconfinement tardif, notamment celle du collectif RogueESR sur lequel on peut signer une pétition réclamant une réouverture plus rapide des universités.

Le confinement prolongé fait courir aux étudiants des risques à la fois pour leur santé mentale et pour leurs conditions de vie (matérielle et sociale), les deux aspects étant évidemment liés. Invité de Caroline Broué dans la matinale du samedi de France Culture, Alain Fuchs, président de l’université Paris Sciences et Lettres (PSL), ancien président du CNRS, estime qu’« il est urgent de mieux prendre en compte la santé mentale des étudiants », dont « la détresse s’accroît ». L’Instance régionale d’éducation et de promotion de la santé Bourgogne-Franche-Comté a édité un petit recueil de « conseils pour prendre soin de sa santé psychologique, pour les étudiants à l’heure de la COVID 19 ». L’initiative est excellente (et l’aurait été encore plus si les concepteurs n’avaient pas éprouvé le besoin d’utiliser le vocable booklet pour désigner ce document). Le Parisien (accès restreint) signale une « alerte sur la santé mentale de certains étudiants de l’université Paris-Saclay », précisant que « la direction s’inquiète de l’appel au secours de plusieurs jeunes soumis à la précarité ainsi qu’à l’isolement pédagogique et social durant cette nouvelle période de confinement ». Libération rapporte un communiqué de la CPU dans lequel les présidents d’université, qui « veulent garder le contact avec leurs étudiants » et qui redoutent « un décrochage massif », réclament trois mesures immédiates : 1) maintien des mesures minimales d’ouverture (notamment pour l’accueil des examens et l’accès aux travaux pratiques) ; 2) financement de mesures exceptionnelles pour du suivi personnalisé ; 3) accord avec les opérateurs de télécoms pour obtenir des forfaits mobiles beaucoup plus adaptés au tout en ligne. Cette inquiétude des présidents d’université a fait aussi l’objet d’un article du Figaro (accès restreint).

« De plus en plus d’étudiants s’enfoncent dans la précarité », constate France 3 Bretagne, qui indique que « l’université Rennes 2 propose à ses étudiants les plus démunis une aide exceptionnelle de 50 euros ». L’université a consacré 80 000 euros à cette action.

La Nouvelle République s’est intéressée aux aspects concrets des cours à distance et publie un reportage sur un cours d’électronique (à distance, donc, comme tous les cours) de l’université de Poitiers dont sa journaliste a observé le déroulement. Le Monde (accès restreint) a recueilli des témoignages d’étudiants qui décrivent leur difficulté, voire leur souffrance, à suivre leurs cours uniquement en ligne : problèmes de concentration, sollicitations diverses qui détournent l’attention, connexion réseau trop faible, incidents techniques répétés, fatigue des yeux, « Zoom fatigue », sentiment de solitude... Ce que viennent confirmer des enseignants interrogés, dubitatifs quant à la réceptivité des étudiants : outre la déperdition considérable (c’est souvent moins de la moitié des inscrits qui suivent les cours à distance), ils se plaignent de « perdre » aussi celles et ceux qui sont connectés, d’avoir très peu d’échanges avec eux. Mais certains trouvent des vertus à l’enseignement à distance. Ainsi, dans un entretien au Figaro (accès restreint), l’un des vice-présidents de la Conférence des grandes écoles, inquiet du « potentiel yo-yo des fermetures pour une semaine, quinze jours », affirme : « Il est parfois plus simple d’interagir avec les étudiants à distance que dans une salle. »

Le confinement pose aussi la question des examens (en présentiel ou à distance ?). Le Monde (accès restreint) expose les vifs débats que cela provoque. En réponse aux interrogations d’un étudiant, la rubrique CheckNews de Libération prend l’exemple de l’université de Lille qui, comme l’annonçait au début du mois La Voix du Nord, a maintenu les examens en présentiel, en s’appuyant sur l’article 34 du décret du 29 octobre. Cette décision a provoqué la colère des étudiants. Quant au Parisien, il répond à quelques questions que peuvent se poser les étudiants après le plan de déconfinement par étapes annoncé par Emmanuel Macron le 24 novembre.

Idéologie et université

Le débat reste vif après les déclarations de Jean-Michel Blanquer sur « les ravages de l’islamo-gauchisme » à l’université (voir notre précédente revue de presse). « Idéologie et université : déni ou droit à la recherche ? » Tel était le thème de l’émission Signes des temps sur France Culture le 15 novembre.

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Ludivine Bantigny
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Nedjib Sidi Moussa
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J.-F. Braunstein

Étaient invités pour en discuter : le philosophe Jean-François Braunstein et les historiens Ludivine Bantigny et Nedjib Sidi Moussa.

Plusieurs tribunes ont continué d’alimenter le débat. Parmi celles qui prennent la défense du ministre de l’Éducation nationale : Le manifeste des 100, paru dans Le Monde (accès restreint) et une tribune dans L’Opinion qui, sans citer explicitement Blanquer, soutient clairement son point de vue. Côté opposants à Blanquer, on relève dans Le Monde (accès restreint) une réponse au manifeste des 100, signée par « environ 2000 chercheurs et chercheuses », ainsi qu’un texte de Roland Mehl, professeur de philosophie : « Insinuer que l’université distille l’idéologie des fanatiques est un outrage à la République » (encore dans Le Monde (accès restreint)). Mentionnons également une tribune de Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, dans L’Opinion, qui fait écho aux déclarations controversées de son collègue Blanquer et prend clairement quelque distance avec elles.

En lien avec ces débats idéologiques, rappelons que la reprise des cours dans les lycées et collèges après les vacances de la Toussaint, après le drame de Conflans-Sainte-Honorine, suscitait beaucoup de craintes chez les enseignants. Invitée de Guillaume Erner dans la matinale de France Culture, la philosophe Monique Canto-Sperber évoque notamment l’enseignement de la laïcité et des valeurs républicaines, la lutte contre l’obscurantisme, l’actualité de la lettre de Jean Jaurès aux instituteurs, la polémique très ancienne entre universalisme et relativisme, et voudrait que « ce retour en classe [soit] l’occasion de trouver un langage commun à tous les élèves ».

Le confinement côté primaire et secondaire

La colère était encore vive parmi les enseignants au début du mois à propos des conditions sanitaires dans lesquelles s’est effectuée la rentrée (voir notre précédente revue de presse. Plusieurs se sont mis en grève ou ont exercé leur droit de retrait, comme l’a rapporté Le Monde (accès restreint). Un appel national à la grève le 10 novembre a été lancé, mais le mouvement a été peu suivi. Comme l’indique Le Monde (accès restreint), les syndicats estiment que la faible mobilisation masque en fait « la grande colère du monde enseignant sur la gestion du Covid et la peur de voir les établissements fermer de nouveau ». Le journal précise que, selon le SNES-FSU, il y a eu une grande disparité dans les taux de grévistes entre écoles, collèges et lycées, la mobilisation étant particulièrement forte dans les collèges. Fait plutôt rare, les assistants d’éducation (AED) ont été nombreux à participer au mouvement. Cet appel à la grève avait été maintenu bien que le ministre de l’Éducation nationale ait accédé quelques jours avant à une des revendications des enseignants : le fonctionnement en demi-groupes dans les lycées. Les grévistes demandaient notamment que cette mesure soit étendue aux collèges. Le Parisien décrit pour sa part l’inquiétude et la forte mobilisation des enseignants en Seine-et-Marne. Et dans Libération, on peut lire la colère de professeurs d’un collège de Seine-Saint-Denis, qui demandent « Que fout l’Éducation nationale ? » et décrivent les conditions catastrophiques dans lesquelles ils doivent faire le travail, notamment la quasi-impossibilité de faire appliquer les règles sanitaires. La rubrique CheckNews de Libération explique, région par région, « pourquoi le nombre d’élèves contaminés donné par Blanquer est mensonger ». On y trouve une comparaison des chiffres donnés par le ministre avec ceux émanant des laboratoires effectuant les tests et repris par Santé publique France. L’écart est « colossal » et le constat est sans appel. Le journal conclut à une désinformation délibérée de la part d’un ministre qui veut à tout prix être rassurant.

La crise sanitaire a eu aussi des conséquences sur le bac, dont les épreuves d’évaluation communes ont été annulées. Lire à ce sujet les articles du Monde et du Figaro.

Un article de L’Obs (accès restreint) a pour titre : « Le confinement a eu des effets positifs sur le niveau de certains élèves ». Mais à la lecture du « chapeau » qui suit immédiatement, on comprend que les choses ne sont pas si simples ! Et que l’auteur de l’article ne fait pas dans la nuance. Il se réfère aux résultats des évaluations nationales en CP-CE1 et en sixième. Si les élèves de CP-CE1 ont pâti du confinement, les résultats pour la sixième montreraient une nette progression. Et le rédacteur ajoute : « notamment dans les collèges les plus favorisés » ; précision importante quand on sait combien le fossé continue de se creuser entre les élèves en difficulté et leurs camarades les plus favorisés !

La gestion des personnels… et celle des élèves ! (ajout du 2 décembre)

Jean-Michel Blanquer a fait des annonces sur le dossier épineux de la revalorisation des enseignants (Le Monde (accès restreint). Il les présente comme une « première étape », avant l’issue du Grenelle de l’éducation, fin février. Une enveloppe de 400 millions d’euros (pour 2021) sera répartie entre les enseignants des écoles, collèges et lycées. Mais la mesure sera dégressive sur les quinze premières années de carrière, ce qui fait que les deux tiers des enseignants n’en bénéficieront pas, et que parmi les plus chanceux, les débutants auront une prime de 100 euros nets par mois et ceux qui ont entre 11 et 15 ans d’ancienneté devront se contenter de 36 euros nets mensuels. À cela s’ajoutera une prime « d’équipement », qui sera versée à tous les enseignants et psychologues de l’éducation nationale. Chacun d’eux recevra ainsi dès janvier 150 euros pour l’année 2021.Le site vousnousils, qui détaille ces annonces, rapporte des réactions très hostiles des enseignants, qui considèrent ce geste comme une aumône. L’Humanité parle, elle, d’un marché de dupes. Le Café pédagogique analyse aussi cette question.

Mais le ministre entend aussi avoir une bonne gestion des élèves... Et il a cru pouvoir être aidé dans cette lourde tâche par une organisation lycéenne compréhensive, qu’il avait généreusement subventionnée : « Avenir lycéen ». Il ne prévoyait sans doute pas que l’affaire tournerait au scandale. Mediapart (accès restreint) a révélé des dérives financières et plusieurs médias lui ont emboîté le pas, évoquant une organisation noyautée par l’administration. Libération parle d’« un syndicat modèle modelé pour Blanquer » et, dans un autre article, de « la tourmente » dans laquelle se trouve le ministre depuis ces révélations. La même expression est utilisée dans Le Monde (accès restreint), dont un autre article (accès restreint) décrit « le tollé » provoqué par de nouvelles révélations sur ce sujet.
Enfin, Mediapart (accès restreint est revenu à la charge en recueillant le récit d’un lycéen affirmant, preuves à l’appui, avoir été démarché par son rectorat lors de la création d’Avenir lycéen.

Parlons tout de même un peu de science et de mathématiques ! mais très brièvement !

  • « Être bon en maths, c’est (en partie) dans notre ADN », nous dit L’Obs (accès restreint).
  • Le Figaro a constaté que les mathématiques restent la spécialité la plus choisie par les lycéens (60,6 %), devant les sciences économiques et sociales (43,6 %), la physique-chimie (41,5 %) et les sciences de la vie et de la Terre (39,5 %). Information donnée sur le site ministériel quandjepasselebac.
  • « Les sciences en voie de disparition à l’école primaire. » C’est, dit Le Point, ce que constatent l’Académie des sciences et l’Académie des technologies, qui dressent dans un rapport un état des lieux alarmant de l’enseignement des sciences dans les petites classes.
  • Enfin, c’est L’Obs (accès restreint) qui l’affirme et qui explique comment : la réforme du lycée a eu la peau des maths !

Diffusion

Alors que la Fête de la science s’est déroulée en octobre en métropole, c’est en novembre qu’elle a eu lieu en Corse et en Outre-mer. On trouve sur le site d’Imaz Press Réunion un article sur les activités proposées sur cette île. Il faut en profiter : une grande part des contenus en ligne est toujours disponible en ligne jusqu’à la fin de l’année.

L’Institut de mathématiques de Rennes (IRMAR) a lui organisé comme l’an passé avec le groupe de recherche Mathématiques de l’optimisation et applications un mois de l’optimisation. Quatre conférences ont eu lieu de manière hybride, ainsi que des ateliers dans les lycées de l’académie.

Enfin, le colloque bisannuel genevois Wright « pour la science » proposait pour sa 19e édition une semaine autour de « l’art des maths », en collaboration avec le site d’information Heidi News. Au programme, cinq invité·es de premier plan : Étienne Ghys sur le chaos, Laure Saint-Raymond sur le désordre, Martin Hairer sur les échelles de l’infiniment petit à l’infiniment grand, Alain Connes sur la musique et le quantique, et Stanislav Smirnov sur les mystères des mathématiques et de la recherche. Toutes les interventions sont en ligne sur le site du colloque.

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Un YouTubeur passionné par « l’architecture technique, l’infrastructure et les nouvelles tendances IT »

En plus de ces nombreuses conférences disponibles en ligne, il y a toujours les chaînes de vulgarisation, sur YouTube notamment. Le site d’info Geek Junior a proposé en début de mois une sélection de vidéos diffusées par différentes chaînes pour en savoir plus sur les nombres de Fermat, les réseaux informatiques, ou sur d’autres sujets moins mathématiques. À Poitiers, l’université elle-même a recours à des vidéos YouTube comme complément pédagogique pour les première année de physique, grâce à un doctorant en physique de la matière qui a lancé sa propre chaîne.

Une autre manière de rendre les maths ludiques, mise en place dans l’académie de Nantes est de proposer une correspondance entre des notions mathématiques variées allant du CM1 à la terminale comme les constructions géométriques, la lecture de graphiques, la conversion d’unités, les probabilités et des activités à bord d’un Imoca pendant le Vendée Globe, le tour du monde à la voile en solitaire parti des Sables-d’Olonne le 8 novembre sous l’œil du Monde. Ce projet est parrainé par Kevin Escoffier, skipper du bateau PRB qui évoluait en troisième position après 22 jours en mer avant de déclencher sa balise de détresse au large du cap de Bonne-Espérance, et dont le sauvetage est en cours.
Pour revenir aux maths, il n’y en a pas que pour les élèves du secondaire, parce que la conception et l’optimisation de performance des bateaux font aussi appel à des notions beaucoup plus complexes, comme la CFD.

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De la simulation à la réalité : des milliers d’heures de travail pour développer la structure composite et optimiser les performances hydrodynamiques.
Carte de pression hydrodynamique sur la coque lors d’un impact de vague, comparaison de performances hydrodynamiques, et un Imoca.

Le quotidien espagnol El País a mis en place une rubrique intitulée Nosotras respondemos - Las científicas responden, où des femmes scientifiques répondent à des questions posées par mail ou via Twitter. Le 3 novembre, Marta Macho Stadler une professeure de géométrie et de topologie à l’université du Pays Basque a répondu à Víctor, un élève de Cuarta Primaria (équivalent du CM1), qui se demandait quel était le nombre juste avant l’infini.

Pour finir, quelques nouvelles de divers concours mathématiques. Ouest-France publie un article sur une lauréate aux Olympiades, et Vietnam Plus se félicite que des élèves vietnamiens et indonésiens participent pour la première fois au concours Bricsmath dont c’est la quatrième édition.

Parutions

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Constellation du Sagitaire

La nouvelle mouture de La Recherche est arrivée au début du mois de novembre en kiosque comme annoncé.
Plus « épais », avec une présentation et un graphisme renouvelés, c’est désormais un trimestriel qui se veut à la fois magazine et livre. Il devrait être distribué à la fois en kiosque et en librairie. Les abonnés à La Recherche le recevront en plus des numéros mensuels de Sciences et Avenir-La Recherche comme Claude Perdriel s’y était engagé dans Le Monde au moment de la fusion des deux titres. Ce premier numéro 563 de 146 pages, qui se veut maintenant un « trimestriel de référence », fait suite au... 561 et couvre les mois de novembre, décembre et janvier. Nous souhaitons tout le succès qu’il mérite à ce nouveau venu, titré « Univers et physique quantique ». La directrice de rédaction, Dominique Leglu (Philippe Pajot est le rédacteur en chef), explique dans l’éditorial qu’une trentaine de chercheurs ont collaboré à sa sortie.

La rubrique « mathématiques » des fondamentaux, De la régularité dans le désordre, est signée par Antoine Chambert-Loir. Un voyage à travers les liens qu’entretiennent les formes géométriques et les nombres, la théorie de Ramsey, de nombreux jeux (morpion, Hex, Set...) qui emmène le lecteur à travers une belle aventure, les nombres entiers, le théorème de Roth, jusqu’aux récents résultats de Thomas Bloom et Olof Sisask.

Nous retrouvons par ailleurs au fil des pages d’autres sujets en lien direct avec les mathématiques. En particulier un remarquable portfolio de François Apéry, À la recherche des équations perdues, consacré aux modèles mathématiques de la bibliothèque de l’Institut Henri-Poincaré. Les photos de Vincent Moncorgé, l’auteur de La maison des mathématiques, qui illustrent l’article sont tout simplement superbes ! François Apéry s’était déjà intéressé à la construction de modèles en fil de fer. La rubrique « Arts et sciences » est complétée par une évocation par Philippe Pajot du film Man Ray et les équations shakespeariennes. Signalons que ce documentaire est diffusé gratuitement durant le confinement par le site Beaux-Arts.

N’oublions pas le mensuel Sciences et avenir. En décembre c’est l’IA au service de l’intelligence humaine qui fait la une. Et, comme chaque mois maintenant, vous retrouverez la chronique mathématique animée par notre rédac’chef Aurélien Alvarez : Riemann chasse l’ambiguïté.

La Grande Guerre a été le point de départ de profonds changements dans les idées et cela s’applique aux mathématiciens, qui n’ont pas été épargnés par la tourmente. David Aubin qui a publié aux Presses de l’École normale supérieure L’Élite sous la mitraille. Les normaliens, les mathématiques et la Grande Guerre, 1900-1925 il y a deux ans, nous présente dans la rubrique Histoire des sciences du numéro de décembre de Pour la Science un article sur le même thème : « Des mathématiciens sous la Grande Guerre » revient sur l’impact probable de la première guerre mondiale sur la vision abstraite et universelle développée par le groupe Bourbaki.

Dans la rubrique mensuelle Logique et calcul de Pour la Science, Jean-Paul Delahaye se demande comment « Envoyer des messages à retardement ». Si l’on sait faire depuis longtemps des mécanismes d’horlogerie permettant d’ouvrir à retardement des boîtes, des coffres, etc., la chose n’est pas évidente dans le monde numérique. C’est une affaire pour les cryptologues, qui étudient « les moyens de livrer une information en fixant une date avant laquelle elle restera cachée et inaccessible ». Que la blockchain du Bitcoin joue un rôle pourrait en surprendre plus d’un... « Le problème est difficile, mais la science cryptographique avance, en produisant d’année en année d’étonnants résultats ! »

Signalons que Pour la Science vient de mettre en accès libre un « Thema » : « Covid-19 : la science face au défi du coronavirus ». Il s’agit d’une sélection parmi la centaine d’articles des plus pertinents que la rédaction a publiés sur le sujet depuis mars.

Pour ceux qui rêvent de savoir ce qu’il y a Dans la tête d’un mathématicien, le dernier ouvrage de Pierre-Louis Lions est incontournable ! « Le mathématicien... raconte avec humour, et parfois humeur, les événements marquants de son parcours et ses collaborations surprenantes dans une autobiographie au style vif », écrit David Larousserie dans Le Monde. « Tout ce qu’un grand mathématicien peut nous apprendre », précise Olivia Recasens, directrice des éditions humenSciences qui publient le livre. Dans La Recherche, Philippe Pajot écrit que « l’itinéraire du mathématicien Pierre-Louis Lions est passionnant pour qui veut entrer dans les arcanes d’une carrière qui a commencé il y a plus de quarante ans ». Il nuance toutefois : après avoir lu l’ouvrage « il n’est pas certain que l’on sache ce qui se passe dans la tête d’un mathématicien »... Tant pis, on aura passé un bon moment !

Dans un tout autre registre, L’Anomalie vaut à Hervé Le Tellier le prix Goncourt. Hervé Le Tellier est depuis 2019 président de l’Oulipo. Mathématicien de formation, docteur en linguistique puis journaliste scientifique, il est un spécialiste des littératures à contraintes. « Son livre traverse le paysage littéraire comme une astéroïde » affirme France Culture. La nouvelle fait l’objet de brèves dans Le Figaro, La Provence, France Info, Le Monde, Le Midi Libre qui publie un entretien, etc.

Pour finir

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Côté arts, on se contentera ce mois-ci de deux événements fortement contrariés par le reconfinement. D’une part, l’exposition Visual Space de Go Segawa à La Ferté-Bernard, se serait terminée le 27 novembre même si La Laverie était restée ouverte. L’auteur de Desmaths.fr y a fait des photos qu’il nous a aimablement autorisés à utiliser. Go Segawa fait naître des formes tridimensionnelles en imprimant leur trace sur un réseau de plans verticaux transparents – soit par des lignes, soit par des aplats de couleurs, soit au contraire en creux. L’œuvre la plus frappante est tout de même sans doute la moins géométrique, la main qui ouvre cette revue de presse.

D’autre part, une rétrospective au Centre Pompidou sur Martin Barré, « un grand de l’abstraction », vantée par Les Échos et Le Journal des arts. La présentation de l’exposition par son commissaire permettra de décider si l’on regrette ou non que le Centre soit fermé.

Le blob, l’extra-média propose un joli film d’animation intitulé Tête de linotte, qui souffre le martyre à cause d’un problème de robinets.

Peut-on finalement rater Le Gorafi, qui énumère « les chiffres incroyables à retenir de l’élection présidentielle américaine », « du jamais vu dans cette élection d’ores et déjà historique » ? Vous en jugerez !

Article édité par Jérôme Germoni

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Pour citer cet article :

L’équipe Actualités — «Revue de presse novembre 2020» — Images des Mathématiques, CNRS, 2020

Crédits image :

Image à la une - Photo de Nicolas Desmarets tirée de son billet sur l’exposition Visual Space de Go Segawa au centre culturel La Laverie, La Ferté-Bernard (Eure). Droits réservés.
De la simulation à la réalité : des milliers d’heures de travail pour développer la structure composite et optimiser les performances hydrodynamiques. - KND
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Constellation du Sagitaire - A. Fujii Wikipédia
Gerrymandering - Source : Wikimedia Commons
Le métro parisien - Source : Interstices
img_23239 - Nicolas Desmarets, droits réservés
img_23241 - Nicolas Desmarets, droits réservés
Pierre Rosenstiehl - Capture d’écran de Les Belles Mathématiques par Marin Rosenstiehl

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