Revue de presse octobre 2013

Le 1er novembre 2013  - Ecrit par  L’équipe Actualités Voir les commentaires

Des innovations surprenantes à base de mathématiques — voilà qui devrait faire plaisir à Mme la ministre, des histoires de gros sous et des scandales, qui n’entament pas pour autant l’enthousiasme de quelques mathématiciens engagés, de la gastronomie, de l’art et de l’humour, voilà le menu du mois.

Innovations

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Course à pied en dimension 4

Rien ne sert de courir, il faut ralentir à point. C’est une des conclusions de l’étude sur la gestion de l’effort dans la course à pied que résume le Huffington Post, et ce sont les maths qui l’affirment ! « À partir d’équations mathématiques, nous avons développé [nous disent les mathématiciens Amandine Aftalion et Frédéric Bonnans], un modèle qui est capable de prédire comment doit se dérouler la course optimale, une fois qu’on a décidé de la distance à parcourir. Nous savons calculer, à chaque instant, la vitesse que doit avoir le coureur et l’énergie qu’il a dépensée depuis le début de la course. » Bigre ! Voilà qui va intéresser les coureurs et coureuses du monde entier, et Dieu sait qu’ils sont nombreux à user leurs semelles sur routes et chemins ! D’autant, ajoutent les auteurs, que l’« on pourrait, à partir des équations que nous avons établies, imaginer un logiciel qui calcule sur un smartphone la vitesse optimale de course et donne des indications au coureur sur des bases scientifiques […] avec un calcul exact instantané. » Une révolution dans la gestion de l’effort de fond ?

La géométrie différentielle au service de nos rejetons, ou un nouvel exemple de l’apport des mathématiques dans un domaine qui en est a priori fort éloigné. Le site bulletins-electroniques.com rapporte la conception de masques d’inhalation adaptés aux nouveau-nés par des chercheurs du laboratoire de Geometric Image Processing du Technion Institute for technology. En effet, « la respiration assistée est un cauchemar pour beaucoup de parents qui se heurtent aux réticences de leur progéniture à porter un masque d’inhalation. » C’est terminé, grâce aux « modèles de masque […] imprimés en 3D » par les scientifiques. Leur conception est basée sur « un domaine des mathématiques qui analyse des métriques sur des structures géométriques comme des surfaces, et qui est utilisé en reconnaissance faciale ».

Avec Serge Lama, twittons « Je suis mala—de » : nous propagerons une épidémie « sociale » sur les réseaux sociaux tout à fait parallèle à l’épidémie médicale (grippe ou autres) dont nous sommes la victime. Quel intérêt y trouver ? Eh bien la différence notable entre une épidémie « sociale » et une épidémie médicale, c’est que la première peut s’avérer bien plus simple à pister que la seconde. Cette idée est à la base de l’étude d’un mathématicien appliqué et d’une épidémiologiste sur cette façon « innovante » de tracer les épidémies, une information reprise par metronews ou les sites web dédiés à la santé (voir Santé-log et Futura-Sciences), dont on conseille aussi le résumé (en anglais) dans Science.

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Les maths en action

Pognon, pèze, fraîche, flouze, grisbi... c’est aussi ça l’actualité des maths dans la presse, avec les « trois millions $ investis dans les mathématiques sur Kindle » que signale le site ActuaLitté. « C’est pour renforcer l’offre de contenus éducatifs qu’Amazon se lance dans cet investissement. » Communication sur le mode idyllique de la firme au nom de fleuve : « Ensemble, Amazon et TenMarks ont l’intention de développer un contenu riche et des applications éducatives, au travers de multiples plateformes, que nous pensons que les enseignants, les parents et les élèves vont adorer. » Et l’auteur du billet de commenter : « le géant du net tente bien entendu de diversifier son contenu, pour mieux vendre encore sa tablette, tout en profitant d’un appareil numérique et de l’écosystème propriétaire. On enfermera un peu plus et un peu mieux, les clients. » Eh oui ! Blé, fric, mitraille, ronds et pépettes, c’est l’actualité toujours avec Anatec qui ouvre ses portes, apprend-on sur le site boursier.com. « S’inspirant des réalisations de certaines start-ups américaines, la solution développée par Anatec permet à l’investisseur de déterminer son profil de risque et de fixer le nombre moyen de transactions par mois souhaité. » Pour les amateurs de finance donc, une « technologie est développée par Anatec […] en collaboration avec Jacques Printems, spécialiste en mathématiques financières ». On pourra d’ailleurs tenter de trouver soi-même la formule secrète du magot, pactole, cassette ou cagnotte à l’aide de ce moteur de recherche d’équations mathématiques, Symbolab, un « produit […] développé par une startup israélienne nommée Eqsquest », qui « permet aux utilisateurs de rechercher des équations, des formules et des expressions utilisant des symboles mathématiques et notations scientifiques mais aussi d’effectuer une recherche en texte intégral » nous dit Thot cursus. Le café pédagogique commente : « Est-ce utile ? Peut-être. En tout cas, pour quelqu’un qui a des connaissances en mathématiques, c’est amusant ! »

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Erreur de calcul

La course à pied du premier paragraphe vous a peut-être mis(e) en appétit ? Une part de pizza optimisée vous est offerte par la mathématicienne Eugenia Cheng ! On peut saliver avec Le Matin : « c’est après avoir constaté qu’une bouchée d’une pizza de 28 centimètres contient en moyenne 10% de garniture supplémentaire que la même bouchée d’une pizza de 36 cm que la chercheuse s’est mise à plancher sur la question. Et a fini par élaborer une formule grâce à laquelle on saura désormais précisément quelle quantité de garniture mettre en fonction de la taille de la pizza. Du coup, plus de pizza trop sèche par manque de matière ni détrempée par excès... En théorie tout au moins... » Pour les gastronomes à qui les pizzas ne disent rien, ce blog culinaire, Lyon Saveurs, titre « La gastronomie moléculaire : une discipline scientifique qui fait monter l’aliment à la tête (Hervé This) ». Et il y est question de mathématiques ! On y lira quelques considérations sur l’enseignement des math., telles : « il y a une différence entre mathématiques et calcul, évidemment : les mathématiques sont une exploration des structures... mathématiques, alors que les calculs font usage des outils forgés par les mathématiciens » ou bien : « comment en est-on arrivé à faire détester le calcul, alors que le formalisme (des mathématiques, de la chimie...) a été précisément introduit “pour soulager les opérations de l’esprit” ? » Vastes questions, et un manque de réponses qui nous laisse sur notre faim !

Comment ça marche

Les mathématiques sont à l’honneur, et les mathématiciens s’expriment, en particulier à la radio. À commencer par Cédric Villani, que nos lecteurs fidèles connaissent bien, invité sur RFI dans l’émission Autour de la question. À l’occasion de la sortie en poche de son livre Théorème vivant et de la prochaine sortie en salles du documentaire Comment j’ai détesté les maths d’Olivier Peyon, il parle notamment de son implication dans la conférence Europa à la Sorbonne (« l’Europe c’est l’affaire de tout le monde ») et dans le développement des mathématiques en Afrique. On peut noter la diffusion d’une intéressante chanson Mathématiques comme intermède musical. Quelques semaines plus tôt, dans la même émission, le mathématicien et historien Ahmed Djebbar évoquait l’âge d’or des mathématiques arabes, leur rôle dans la transmission vers l’Europe des mathématiques grecques et asiatiques, mais aussi leurs propres accomplissements.

Dans un style plus léger, l’émission musicale Cosmic Fantaisie sur France Inter a pris pour thème d’un soir les nombres et les chiffres. On y entend entre autres quelques extraits du jeu Des chiffres et des lettres, quelques mots sur le nombre d’or et aussi des chansons et comptines sur les nombres. Si vous êtes plus tournés vers la philosophie, vous serez comblés par la série d’émissions Les nouveaux chemins de la connaissance sur France Culture consacrée à Leibniz, dont une en particulier porte sur « les mathématiques et l’infini ». On y aborde notamment les relations entre le calcul infinitésimal et le Discours de métaphysique.

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Plan de Lyon ?

Dans la presse, plusieurs mathématiciens ont l’occasion de faire clairement entendre leur point de vue. Dans Les Échos, Michel Broué, mathématicien à l’université Paris-Diderot, déclare que « les mathématiques sont partout » et « pourtant si mystérieuses aux yeux de presque tous nos contemporains ». Il regrette qu’un « usage excessif et nocif de la sélection par les mathématiques » fasse disparaître « le plaisir… et la démonstration, cœur de l’universalité, de l’honnêteté intellectuelle que portent les mathématiques ». Jean-Pierre Demailly, professeur à l’Université de Grenoble, exprime un avis similaire dans un entretien avec Atlantico. Selon lui, « le problème vient de ce que les mathématiques sont souvent abordées de manière formelle et dogmatique ». Il pense aussi que « dans de bonnes conditions, tout le monde pourrait atteindre un niveau substantiel en mathématiques ». Il évoque de plus le mathématicien indien autodidacte Srinivasa Ramanujan, qui était « certainement bien plus fort en calcul et en algorithmique que la plupart de nos contemporains », même aidés par leur ordinateur. Quant à Nicole El Karoui, professeur de mathématiques à l’université Pierre et Marie Curie, elle s’exprime dans une longue tribune sur le site NextFinance.net, concernant l’historique du développement des mathématiques financières, sur leur rôle dans les erreurs commises et sur leur avenir possible. On y apprend qu’« au début des années 1990 », elles se sont appuyées « sur des modèles mathématiques toujours plus élaborés ». Les choses ont changé très vite, car « en 1990, à Chicago, on utilisait encore des systèmes informatiques de 1973 ». L’article se conclut par un appel au dialogue entre « les différentes disciplines impliquées ». Beaucoup plus court, on peut lire dans le supplément Science et Technologie du Monde un billet d’Étienne Ghys sur l’urbanisme anarchique ou contrôlé, et le rôle que pourraient jouer les mathématiques dans la planification des systèmes complexes. Avec quelques surprises : il est fort aisé de confondre un « plan de Paris au Moyen Âge » avec une image de « nervures des feuilles » ; ou bien, fermer une rue peut parfois améliorer la circulation.

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Géométrie améthystique

Passons à la rubrique Art et science. Toujours dans le supplément du Monde, un article dresse le portrait de Clémence Gandillot, « illustratrice et scénographe », dont la pièce Fromage de tête a été présentée « lors de la biennale arts-sciences à Grenoble » les 5 et 6 octobre. Elle a aussi écrit un livre jeunesse intitulé De l’origine des mathématiques, « où elle démontre, entre autres, que l’enfant est le produit d’une opération appelée la soustraction de naissance ». La pièce Fromage de tête s’intéresse notamment « aux mécanismes de la pensée communs à chacun d’entre nous, lorsque nous doutons ou que nous avons un cheveu sur la langue ». Sur le site ArtsHebdoMedias, on trouve un entretien avec le chimiste Gérard Férey, qui a donné une conférence « à l’intitulé aussi inattendu que prometteur : “Art et science : qui inspire qui ?” » lors du festival Curiositas 2013. Il confie que « la géométrie a été à l’origine de [sa] vocation de chimiste ». Il est question des formes comme « les cristaux de pyrite, des polyèdres parfaits, ou les cristaux d’améthyste, à la forme pyramidale », de Platon qui « assimilait les formes géométriques aux éléments » et du fait que la « perspective n’est pas une technique innée, il suffit de regarder les représentations dans les tombeaux de l’Egypte ancienne pour s’en convaincre ». Pour finir, Le Nouvel Observateur et Le Parisien nous présentent une nouvelle exposition au Musée Städel de Francfort, célébrant l’œuvre d’Albrecht Dürer, qui « appartient également à cette génération d’artistes pour lesquels l’étude de la géométrie et la recherche des justes proportions ont constitué une quête fondamentale. » [1]

Des rencontres et des hommes

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Du temps où Euclide était obligé de se déguiser en femme

En commençant par une surprise, pour laquelle le tableau de Domenico Marolì (ci-contre) montré par le coyote tombe à point nommé : l’intervention des militantes de l’association des Femmes à Barbe, relatée par France Inter (voir également ce billet),
lors d’une rencontre à l’Institut Henri Poincaré, pour dénoncer Trente ans de mathémachisme. Il est vrai que pour fêter les 30 ans d’existence de la SMAI, 10 orateurs sur 11 étaient des hommes. Pas de quoi être fiers. Les Femmes à Barbe ne sont d’ailleurs pas seules à protester contre le manque de filles en Sciences. Dans Elle, la physicienne Myriam Paire exhorte les femmes à agir : « Venez ! Il n’y a pas de barrières, sauf celles que vous vous construisez dans la tête » dit-elle.

En parlant de barbes, Le Monde nous invite à lire la version française de la biographie de Grigory Perelman par Masha Gessen : « Dans la tête d’un génie », qu’elle n’a malheureusement pas pu rencontrer. Plus accessibles, « Jacques Tits [prix Abel 2008], Pierre Deligne [prix Abel 2013] et Ingrid Daubechies [une des pionnières de la théorie des ondelettes] sont de grands mathématiciens belges », nous rappelle l’avenir.net à l’occasion
d’un « exposé, sans technique, formules ou équations, consacré à des génies mondiaux actuels » par « le Stéphanois Francis Buekenhout, professeur de mathématique honoraire de l’ULB et membre de l’Académie royale de Belgique ».

Des rencontres prometteuses, il s’en tient par exemple en Algérie. Le quotidien Liberté-Algérie signale qu’un « Colloque international sur les applications des mathématiques » a eu lieu à Mila. Le renouveau des mathématiques algériennes semble en route !

Et bien sûr, en France octobre est le mois de la Fête de la Science, prétexte à l’organisation de nombreuses rencontres avec le public non-mathématicien, souvent scolaire. Cette année l’accent est mis sur les Mathématiques de la Planète Terre,
comme l’expliquent la Dépêche à Beaumont-de-Lomagne (village natal de Fermat),
ou encore la Nouvelle République à Poitiers. La Dépêche nous montre par ailleurs des lycéens s’initiant au métier de chercheur avec les
mathématiciens toulousains. Toutes ces rencontres feront-elles naître des vocations ?

Le management de la science à l’amende

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Un remède champignonesque contre le cancer ?

Deux tendances aussi lourdes que récentes dans le pilotage de la science se font épingler ce mois-ci par des scientifiques. D’une part, la lourdeur de l’administration. Cédric Villani pointe que « l’Europe des sciences, comme l’Europe tout court, souffre d’une bureaucratie héritée du souci de ménager les susceptibilités dans un jeu compliqué avec plus de 20 pays. Elle manque d’un leadership. Ce leadership autour de stratégies communes, c’est ce que nous appelons le plus ardemment de nos vœux. » L’article complet est dans Les Échos, repris par Bruno Duvic dans sa revue de presse sur France Inter. Dommage, car l’Europe est un « continent riche de compétences et de talents variés », dit en substance Cédric Villani dans un entretien sur RTL à l’occasion de la conférence Europa évoquée plus haut. D’autre part, le blog Sciences2 de Libération signale un dysfonctionnement majeur dans la diffusion des idées scientifiques, dont l’un des maillons essentiels est le réseau des revues spécialisées. Depuis le début des années 2000, les revues en open access se développent considérablement. Comme leur nom l’indique, elles sont en « accès libre sur internet ». Cependant, le modèle économique qui tend à s’imposer est « la voie dorée », selon laquelle les revues en question « publient contre paiement par l’auteur ». Le 4 octobre, « la revue Science a publié une petite bombe qui va exploser dans de très nombreux laboratoires ». De quoi s’agit-il ? « L’un de ses journalistes, John Bohannon a concocté un faux article de recherche pharmacologique » sous un nom inventé, rattaché à un laboratoire fictif. « L’article comportait des erreurs d’un niveau détectable par un étudiant de biologie », « le tableau de données montre clairement l’inverse » des conclusions annoncées. Pourtant, « 157 des 304 revues contactées ont accepté la publication d’une version » de cet article ! Preuve s’il en est que « les revues en accès libre ont aussi fait l’objet d’une prédation capitaliste », au détriment bien sûr du sérieux des publications. L’article de Sylvestre Huet se double d’un entretien avec l’un des fondateurs de la « voie dorée », étonné de ce détournement du système, qui n’avait pas cru à l’autre voie, la « voie verte ». Allez, il est encore temps de réagir ! (Voir ce prochain billet.)

Mais qui seront les scientifiques de demain ?

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L’enseignement des math. en danger

Si l’on en croit certains signaux, les questions précédentes seront bientôt sans objet, faute de scientifiques. Les résultats de l’étude biennale PISA, qui mesure les acquis fondamentaux des enfants de quinze ans dans les pays de l’OCDE (en lecture, écriture, mathématiques pour simplifier), vont paraître en France en décembre. Vincent Peillon, ministre de l’Éducation nationale, l’annonce déjà dans Le grand journal, repris dans VousNousIls : « La France décroche totalement. Et sur un certain nombre de compétences, ça devient dramatique. » « C’est pas seulement la lecture, ce sont les mathématiques, c’est la confiance des élèves en eux-mêmes, c’est ceux qui finissent le moins leurs exercices. »

Au Canada, les mêmes études semblent difficiles à interpréter : « Les Canadiens dans la moyenne en lecture, plus faibles en maths » d’après La Presse, mais « au-dessus de la moyenne en mathématiques, lecture et résolution de problèmes » pour Le journal de Québec. Toujours est-il que l’inquiétude s’installe sur l’enseignement des sciences, d’après le Lézard : « Nous perdons la course. Un nouveau rapport sur l’apprentissage des sciences illustre le fardeau économique que représente l’abandon des cours de sciences au secondaire ». Le rapport met en évidence le coût « financier » du phénomène, mais surtout « coûts d’opportunité associés aux pertes d’options professionnelles et de revenus futurs » et « les coûts liés à la perte de personnes talentueuses clés qui possèdent les compétences dont le Canada a besoin pour prospérer et croître ». Le rapport émane d’un organisme privé, Parlons sciences.

Au Sénégal, on retrouve les mêmes préoccupations relayées par PressAfrik : « Face au péril qui guette des disciplines telles que les mathématiques et la philosophie, le pouvoir en place a décidé d’agir à travers un recrutement de pas moins de 8.000 fonctionnaires. » [2]

Évidemment, faire un lien entre le niveau moyen en mathématiques des élèves de quinze ans et le niveau des futurs scientifiques est un raccourci dangereux. Témoin, en Suisse, ce « petit génie » suisse qui, à dix ans, « pourra suivre un cours spécial à l’Université de Zürich » : il est loué par La Rép Romandie, 20 minutes et même la RTBF. Aparté : dix ans pour la détection d’un génie, n’est-ce pas déjà tardif ? Une étude américaine relayée par Famili et Canoë suggère qu’il est possible de déceler les aptitudes en mathématiques d’un nourrisson dès six mois ; si elle établit une corrélation entre les réponses de bébés à cet âge et trois ans et demi plus tard, l’étude ne va évidemment pas jusqu’à proposer la création de crèches pour surdoués ; on se fera sa propre idée sur ce qu’elle signifie, par exemple sur la part d’inné et d’acquis dans l’activité ou les capacités mathématiques.

Pour en revenir au recrutement des futurs scientifiques français, relevons (cyniquement ?) que les études PISA ne disent rien de négatif sur le sujet. En effet, comme le dit Vincent Peillon : « Et en plus, et ça c’est terrible pour nous tous, [la France] est le pays dans lequel les inégalités sociales et scolaires s’accroissent le plus. On laisse sur le côté 25 % de la jeunesse. » La baisse des résultats observés est donc avant tout un décrochage des plus faibles : pas un titre de gloire, assurément !

Parutions

Le site de la revue canadienne Accromath a fait peau neuve et nous propose un nouveau numéro, encore largement consacré aux mathématiques de la planète Terre. On y trouve notamment un article sur l’évolution des glaciers, dont la prédiction demande de « construire un modèle mathématique qui combine hydrologie, climatologie et mécanique », et un autre sur l’avenir des lagunes du bassin méditerranéen. Des « équations » aussi, celles du temps et des plantes. Mais les maths, ce ne sont pas que des équations ! L’explosion continue est une nouvelle brochure destinée à montrer leur vivacité, recommandée notamment aux professeurs par le café pédagogique : « Ce travail peut donner des idées (bonnes) à vos élèves de lycée ! » Mentionnons aussi une nouvelle version du site Culture Math, qui propose un grand nombre de « ressources scientifiques pour les enseignants de mathématiques », beaucoup plus ergonomique — on notera en particulier des conférences très agréables à visionner sur deux fenêtres, une pour l’orateur, l’autre pour son diaporama.

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L’attracteur de Lorenz vu par Jos Leys

Cinquante ans de chaos … Les lecteurs comprendront qu’il ne s’agit pas du film Chaos, une aventure mathématique. «  » en 2013 celui-ci devra attendre encore un peu pour célébrer ses noces d’or. C’est de l’anniversaire de la publication par Edward Norton Lorenz de son article Deterministic Nonperiodic Flow dont il est question dans la rubrique histoire des sciences du numéro de novembre de Pour la Science. Depuis la deuxième moitié du siècle dernier la théorie du chaos s’est imposée petit à petit dans différents domaines scientifiques en opérant une rupture épistémologique forte. Même si les travaux d’Henri Poincaré puis de Jacques Hadamard ont entraîné un nombre important de développements pour les « experts », beaucoup situent le point de départ de la théorie du chaos dans les années 1960-70 c’est-à-dire au moment où l’informatique a permis de visualiser pour les non-mathématiciens l’incroyable complexité des systèmes dynamiques. Pour la Science se fait l’écho des « cinquante ans de la théorie du chaos » avec la version française d’un article paru dans Physics Today en mai sous le titre Chaos at 50. Les auteurs concluent en affirmant que le chaos déterministe « a amené l’un des changements les plus importants de notre vision de la nature depuis Isaac Newton ».

Dans le précédent numéro du mensuel « Pour la Science » la rubrique « logique et calcul » traitait de la classification des pavages pentagonaux. En novembre Jean-Paul Delahaye nous invite à la découverte de la quête du pavé apériodique unique. Le chapeau est alléchant : « Les spécialistes des pavages et des quasi-cristaux espéraient depuis longtemps découvrir un pavé unique avec lequel le pavage du plan serait nécessairement non périodique. Un tel pavé a été trouvé... enfin, presque. » L’article se termine par un appel pour participer à une expérience organisée par l’Algorithmic Nature Group : Aider la science et simuler le hasard. Une belle occasion de vivre l’aventure de la science en live !

La Recherche publie dans son numéro de novembre sous le titre Un analogue de l’analyse complexe une interview de Jérôme Poineau qui étudie les espaces de Berkovitch sur Z et montre que l’on peut y faire l’équivalent de l’analyse complexe qui se fait sur l’ensemble des nombres complexes. [3]

Les classiques du Kangourou ont profité des Journées Nationale de l’APMEP pour sortir une petite brochure présentée par Ahmed Djebbar (qui était un des conférenciers pléniers), Al-Khwârizmi. L’algèbre et le calcul indien. Il s’agit d’un choix de textes permettant de découvrir quelques-uns des apports d’Al-Khwârizmi, parfois surnommé le père de l’algèbre, qui a diffusé une grande partie des connaissances de l’Inde en mathématiques.

Pour finir

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Une chaussée, ça ?

Le blog Ludomus nous propose des jeux qui se développent depuis quelques années comme le Sudoku et autres « qui ne laisse[nt] pas indifférent les petits et les grands ». Le Forum TIC Education nous montre où se cachent les mathématiques dans les parcs d’attractions. Et si cela ne vous a pas encore décroché un sourire, allez donc jeter un œil aux blagues
relevées par eljjdx et ses lecteurs.
Une petite (tirée du recueil de Bruno Winckler) pour nous initier ? « La vie est complexe : elle a une partie réelle et une partie imaginaire ». Ou alors un peu de géométrie ? « L’hiver dernier, elles avaient déjà fait leur apparition mais cette année, les formes géométriques sont partout » : ce mois-ci RTL.be nous donne quelques leçons de déco. La géométrie c’est décidément tout un art, comme nous le montre l’artiste Nicolas Fouré avec ses publications sur DD’AB. Et puis on la trouve aussi au naturel : c’est le Coyote qui nous en parle avec ce joli chou ou encore la belle chaussée des géants en Irlande du Nord. Pour le plaisir des yeux à défaut des zygomatiques, lesquels ne seront pas de reste avec son dernier post.

Article édité par Sylvie Benzoni

Notes

[1On peut lire sur notre site le billet de Christine Huyghe à propos d’une gravure de Albrecht Dürer.

[2C’est nous qui soulignons.

[3Voir ici l’article de Michèle Audin : Portrait de mathématicien en jeune homme

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Pour citer cet article :

L’équipe Actualités — «Revue de presse octobre 2013» — Images des Mathématiques, CNRS, 2013

Crédits image :

Géométrie améthystique - Wikimedia Commons/Yoruno
Plan de Lyon ? - Wikimedia Commons/USGS Native Bee Inventory and Monitoring Laboratory
Une chaussée, ça ? - Wikimedia Commons / Chmee2
Du temps où Euclide était obligé de se déguiser en femme - Wikimedia Commons, domaine public.
Les maths en action - Wikicommons : Illustration de George Roux (1850 - 1929) pour l’édition de 1885 de « L’Île au trésor » de Robert Louis Stevenson
Erreur de calcul - Flickr par Joming Lau
Course à pied en dimension 4 - By Nevit Dilmen (Own work) [GFDL (http://www.gnu.org/copyleft/fdl.html) or CC-BY-SA-3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/)], via Wikimedia Commons
Un remède champignonesque contre le cancer ? - Wikimedia Commons/Hans Hillewaert
L’enseignement des math. en danger - Wikimedia Commons / Johann H. ADdicks
Un scientifique de demain ? - Wikimedia Commons/Johnny Edward
L’attracteur de Lorenz vu par Jos Leys - Avec l’aimable autorisation de Jos Leys

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