Revue de presse octobre 2014

1er octobre 2014  - Ecrit par  L’équipe Actualités Voir les commentaires

Ce mois-ci, les médailles Fields font reparler d’elles de Paris à Rio. Les actions grand public se multiplient de la maison Fermat au château de Guédelon. Les expérimentations pédagogiques s’appuient sur les plateformes en ligne ou la pédagogie inversée. Le cinéma célèbre Alan Turing, la recherche s’applique aux chiens de berger, aux empilements d’oranges, à la dynamique des populations. Et la rentrée littéraire nous offre une foison de lectures autour des mathématiques. On vous le montre, notre science est en marche.

Médailles Fields, suite

Les réactions faisant suite à l’attribution des médailles Fields continuent d’arriver en ce mois de septembre. Dans Les Échos, Michel Broué rappelle que « le prix de mathématiques qui s’apparente le plus au prix Nobel est plutôt le prix Abel » et insiste sur les faits marquants de cette cuvée 2014 : la présence d’une femme et le parcours très international des médaillés. Et si la médaille Fields est attribuée aux moins de 40 ans, c’est pour « encourager les jeunes » précise Cédric Villani sur France Inter.

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ICM 2018 à Rio de Janeiro
Par une heureuse coïncidence, le prochain Congrès international des mathématiciens aura lieu au Brésil, un des deux pays où travaille Artur Avila.

En tant que médaillé français de l’année, Artur Avila a été très sollicité par les médias, notamment dans le Grand journal. Il rappelle qu’il a été formé au Brésil, que son premier contact avec des « maths plus créatives » s’est fait grâce aux olympiades, que la beauté des maths pour elles-mêmes motive son travail et que le métier de chercheur n’est pas assez valorisé. Interrogé par téléphone dans l’émission « La tête au carré » sur France Inter, il parle de la « responsabilité » que lui confère le prix. Sa récompense a eu un écho très fort dans son pays : le Brésil n’avait jusqu’à aujourd’hui aucune médaille Fields ni aucun prix Nobel à son palmarès. Artur Avila sait sans doute qu’il est devenu un modèle à suivre. S’il déclare avoir « peu de talent » pour la communication auprès du grand public, façon sans doute de se protéger, l’image glamour qu’il véhicule du mathématicien réfléchissant à ses équations en bord de plage a été immédiatement reprise dans toute la presse. Dans Le Monde, il évoque son domaine de recherche consistant à « mettre un peu d’ordre dans le chaos » et le travail au quotidien d’un chercheur où « le déclic peut arriver pendant la nuit, parfois sur un problème qu’on avait laissé de côté ». Il insiste sur le rôle de la rigueur scientifique : « quand on estime avoir fini, on essaie nous-mêmes de détruire notre propre résultat pour y trouver des failles ».

Dans le même numéro du Monde, l’Iran, le pays d’origine de la première femme médaillée Fields de l’histoire, est décrit comme un « champion de l’exode des élites ». À l’instar de Maryam Mirzakhani, partie aux États-Unis dès son doctorat, les jeunes Iraniens sont confrontés au fait qu’« il est extrêmement difficile, voire impossible, d’y effectuer des travaux de recherche approfondie » mais aussi aux « frustrations sociales » liées notamment à « l’absence de certaines libertés individuelles ».

Notons aussi les portraits qu’Universciences (vidéos en anglais sous-titrés français) consacre à Artur Avila, Manjul Bhargava, Martin Hairer et Maryam Mirzakhani, une présentation des travaux de Manjul Bhargava, « celui qui compte » et d’Artur Avila, « celui qui mélange » dues au Coyote, ainsi que les portraits des lauréats sur notre site : Artur Avila, Manjul Bhargava, Martin Hairer et Maryam Mirzakhani.

Et après ?, s’interroge enfin Etienne Ghys dans Le Monde, « quelles peuvent être les conséquences d’un tel honneur sur le travail d’un jeune scientifique, alors qu’il est en pleine période de créativité ? ». Une étude semblerait montrer que « la médaille réduit (...) la probabilité que les lauréats produisent de grandes avancées en mathématiques ». Pour l’auteur, il faut plutôt « essayer de comprendre chaque situation individuellement » et se rappeler l’exemple de René Thom, dont l’« œuvre post-médaille est remarquable, même si elle est d’une nature différente ».

Grand public

Le nouveau cru de médailles Fields n’a pas fait oublier le chouchou des médias. Cédric Villani est partout. Dans le livre « Comment conjuguer passion et création », il dialogue avec Bartabas pour parler création artistique, comme le rapporte le blog d’Antoinette Delylle. Sur boursorama.com, il discute avec un chef cuisinier, Thierry Marx, à propos d’excellence, ou longuement avec Anne Sinclair, sur Europe 1, évoquant la détestation des maths, le beau ou l’émerveillement. La journaliste, elle, s’étonne du besoin du mathématicien de travailler en chaussettes...

À côté de Villani, signalons quelques portraits.

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Le chou Romanesco : un exemple célèbre d’objet fractal.

Le Nouvel Observateur publie ce mois-ci un « article paru le 21 mai 2013 dans « la New York Review of Books » ». Il dresse le portrait de Benoît Mandelbrot, « brillant mathématicien polono-franco-américain ». « Son génie […] l’a (entre autres) conduit à fonder une nouvelle branche de la géométrie » avec « l’autosimilarité ». Ceci signifie que « chacune (des) parties (d’un objet comme un chou-fleur) est un reflet de la totalité ». Il est également considéré comme étant à l’origine du mot de passe informatique. Alors qu’il travaillait à IBM [1], sur la demande d’un « professeur de lycée de son fils » il accepta de mettre en place « un cours d’initiation à l’informatique ». Seulement « des lycéens utilisaient les ordinateurs […] en empruntant son nom », suite à quoi « l’administration du centre informatique n’eut d’autre choix que d’assigner un mot de passe à ses employés ».

Arte dresse le portrait d’ « Adam Ries, père du calcul moderne : maître mathématicien allemand du XVIe siècle, il publia trois livres sur le calcul et un sur l’algèbre » et RCF [2] Radio Jura propose un bref portrait du géomètre Charles Dupin. À la radio toujours, « Les Nouveaux chemins de la connaissance », sur France Culture, évoquent Bertrand Russell. À moins que vous ne préfériez relire la BD « Logicomix » qui lui est consacrée.

Loin des stars, ne boudons pas le plaisir de voir tant d’inconnu-e-s partager avec talent le plaisir des mathématiques. La maison Fermat, animée par l’association Fermat Science, a rencontré un grand succès tout l’été, nous apprend La Dépêche. Elle a par exemple été le point de départ de l’aventure mathématico-théâtrale d’une classe de collégiens qui ont découvert entre autres Hypathie, Emmy Noether ou Sophie Germain, nous apprend le même journal.

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Le château de Guédelon en août 2012

Les vacances d’été ont été l’occasion de démonstrations de mathématiques atypiques. Ainsi, on apprend avec délectation, grâce à Auxerre TV, et un extrait du documentaire « Le château de Guédelon », réalisé par Joël Bourdeaud’hui, comment faisaient les bâtisseurs illettrés du Moyen-âge pour tracer les figures géométriques de base, grâce à de simples cordes à nœuds. Les Mayas utilisaient des techniques similaires, si l’on en croit cette vidéo qui nous explique comment ils faisaient pour tracer un angle droit.

Certain-e-s ont profité des vacances pour... aller à l’université faire des maths ! C’est ainsi qu’à Grenoble et ailleurs, les stages MathC2+ rencontrent un succès renouvelé, permettant à de jeunes élèves de se frotter avec des thématiques de recherche mathématique contemporaine. Le tourisme à Bibracte, dans le Morvan, et dans son musée d’histoire gauloise, est l’occasion pour A. Moatti de nous expliquer comment un bassin monumental a pu être construit à la règle et au compas, comme nous l’indique aussi Sciences et Avenir. Mais la rentrée des classes ne doit pas nous faire oublier de nous amuser. Le Populaire nous conseille d’aller voir l’expo Mathissime, à la bibliothèque de Limoges, pour ne plus avoir peur des maths. Et si vous doutiez que les mathématiques sont partout, voilà qu’elles se cachent derrière votre part de pizza, vous apprenant comment ne pas la faire tomber, en faisant appel à la courbure, comme l’explique le site gizmodo. Enfin, le quotidien scientifique La Presse nous parle d’une conjecture, due au mathématicien québécois Jean-Marie De Koninck, compréhensible avec un minimum de connaissances (la définition d’un nombre premier) mais dont la preuve n’est pas encore connue.

Enseignement

L’idée d’un examen d’entrée à l’université fait son chemin en Suisse. Ainsi, le président de l’École polytechnique de Zurich a émis le souhait que les entrants aient une note minimale en mathématiques. Dans 20 minutes, l’ex-directeur de l’Instruction publique du canton de Zurich, indique que « la maturité ne suffit plus à préparer aux hautes études. » D’autres suggestions ont toutefois été émises, notamment de s’inspirer du système allemand.

En France, on l’a déjà évoqué,
nous manquons d’enseignant-e-s. Cas extrême à Hiva Oa : selon Tahiti-info, une même classe cumule l’absence d’enseignants dans quatre disciplines. Si cela reste exceptionnel, il n’est pas rare que des classes n’aient pas de professeurs de mathématiques. Ces derniers sont donc particulièrement recherchés par les rectorats. Ainsi, d’après La Dépêche, une demi-douzaine de classes se sont retrouvées sans professeur de mathématiques dans les collèges et lycées du Lot. Certains collèges demandent même aux parents de rechercher des gens susceptibles de venir renforcer l’équipe pédagogique, comme témoigne un parent d’élève dans Le Parisien. « La pénurie de professeurs de mathématiques n’est pas un phénomène nouveau » indique le journal.

Interrogé sur France Inter, Cédric Villani relie la baisse du niveau des élèves en math avec ce problème du recrutement des enseignants, et « une relation de défiance grave » entre tous les acteurs de l’Éducation Nationale. Il faudrait selon lui augmenter les volumes horaires (et non les diminuer comme cela a été fait ces dernières années) et donner toute leur place aux initiatives pédagogiques pour retrouver une atmosphère de confiance.
Dans Libération, Pierre Arnoux, professeur à l’Université d’Aix-Marseille et membre de la Commission française pour l’enseignement des mathématiques, met en cause la mastérisation et remarque que la licence de mathématiques mène à d’autres professions que le professorat.

Studyrama aide celles et ceux qui ont toujours la fibre en détaillant l’épreuve d’admissibilité de mathématiques au concours de professeur des écoles.

Et puis, il y a toujours plus de façons d’apprendre et de transmettre. Ainsi, les enseignants intéressés pourront se former à l’utilisation des ressources numériques avec le mooc (massive open online course) vousnousils présenté par les ENS de Cachan et de Lyon.
Ils pourront aussi regarder du côté de la Khan academy, dont l’histoire est narrée par La Croix. Salman Khan, un analyste financier, a voulu aider sa cousine à surmonter ses difficultés en mathématiques. Pour cela, il lui a envoyé des vidéos aussi parlantes que possible. Puis, des internautes découvrirent les vidéos et se mirent à suivre ses cours en ligne. Est-ce là une révolution de l’enseignement des mathématiques ? C’est la question posée par Le Monde, à laquelle Bénédicte Assogna, enseignante qui expérimente cette méthode avec sa classe de CM1, répond par l’affirmative. Un cours de maths sous forme de vidéo permet d’individualiser l’enseignement, comme l’explique une enseignante de collège au Monde. Ainsi, chaque collégien va à son rythme. Un test complet de la plateforme a été réalisé sur Francetvinfo. [3]

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Pédagogie inversée

La pédagogie inversée a le vent en poupe en Belgique. Le Soir rappelle que la méthode inversée est une pédagogie centrée sur l’élève plutôt que l’enseignant. RTL nous présente une expérience pilote menée à Namur pour deux cents élèves. Valérie Beguin, l’enseignante à l’origine de l’expérimentation, explique que « les élèves vont regarder des capsules vidéo (…) avec la théorie à la maison et (...) les exercices en classe. (…) Ceci permet de consacrer beaucoup plus de temps aux élèves qui ont des difficultés », comme le rapporte la RTBF. Selon L’Avenir, les élèves étaient d’abord réticents, mais ont finalement été motivés à l’idée d’utiliser un ordinateur ou une tablette.

Autre innovation ou démagogie ? André Antibi, professeur à l’Université Paul Sabatier et à Aérosup, souhaite que ses étudiants soient heureux en travaillant. Dans La Dépêche, il expose ses idées sur la « constante macabre », une propension qu’auraient les enseignants à falsifier inconsciemment les résultats pour qu’une proportion constante d’étudiants soient en échec. Eric Gaspar, enseignant en mathématiques, porte lui le projet dit Neurosup dans lequel les élèves et lui-même se réunissent pour apprendre à mieux utiliser le cerveau. Il explique à France3 que sa méthode permet de mieux apprendre avec plus de plaisir. Quant à Nicolas Rayez, il décrit dans le Courrier Picard la méthode de récompense qu’il utilise, analogue à un jeu de cartes. À chaque pas en avant, l’élève reçoit une carte et passe au niveau supérieur, alors qu’à chaque pas en arrière, il perd un point de vie.
Bien sûr, avec une méthode traditionnelle ou nouvelle, l’implication et la passion de l’enseignant-e sont déterminantes. Ainsi, francetvinfo a accompagné François Sauvageot lors de sa rentrée au lycée Clémenceau à Nantes, et témoigne de son plaisir intact d’année en année. Il fait aimer les maths et n’hésite pas à faire des tours de magie pour ses élèves.

Cinéma

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Alan Turing

Primé le 15 septembre en clôture du festival international du film de Toronto, « Imitation Game » retrace l’histoire d’Alan Turing. Réalisé par Morten Tyldum et adapté de la biographie d’Andrew Hodges, ce film suscite de bonnes critiques. Il est cependant difficile d’évaluer à la lecture des articles du Monde, des Inrocks, de Yagg ou du Huffington Post, la part que le film consacre à la description de l’œuvre scientifique de Turing (le lecteur intéressé pourra, sans attendre de voir le film, se rendre sur la page Alan Turing, la réhabilitation d’un grand mathématicien que la Cité des sciences a consacrée au savant et qui donne accès à de nombreuses ressources documentaires). Les critiques du film décrivent Turing comme un mathématicien et un informaticien « avant l’heure », mais ses travaux en cryptographie dans le cadre du projet Enigma sont parfois évoqués avec une curieuse légèreté, puisqu’ils auraient permis de « craquer le code secret utilisé pour les communications militaires nazies en combinant des techniques de puzzle, de scrabble et de mots croisés assez incompréhensibles pour celui qui n’a jamais résolu une équation même au premier degré ni jamais terminé la moindre grille de sudoku ». Les persécutions dont il fut l’objet en tant qu’homosexuel sont mentionnées avec davantage de gravité. Dans un entretien à Daily Beast dont Yagg se fait l’écho, l’acteur principal, Benedict Cumberbatch, relève que « dès que des difficultés se présentent, les minorités servent immédiatement de bouc émissaire ». La performance de M. Cumberbatch dans le film soulève l’enthousiasme des critiques, qui en font un candidat sérieux à l’Oscar du meilleur acteur.

Fin août, Cinemur.fr annonçait la sortie le 5 septembre au Canada de « X+Y » du réalisateur Morgan Matthews. Le film met en scène le jeune Nathan, diagnostiqué autiste depuis l’enfance, en proie à des difficultés d’interaction avec les autres, et qui trouve du « réconfort dans les mathématiques ». Parti à Taïwan pour s’y préparer avec l’équipe d’Angleterre aux prochaines Olympiades internationales de mathématiques, Nathan découvre l’amour « qu’aucune formule mathématique ne peut expliquer ». Cette prise de conscience vertigineuse a-t-elle décontenancé d’aucuns ? Le film n’a pas encore de distributeur en France.

Le blogducinema.com nous apprend que l’acteur Channing Tatum commencera prochainement le tournage de « Struck by genius » où il interprétera un « type moyen devenu un génie des maths suite à une blessure cérébrale ». Ce film est inspiré de l’histoire survenue à Jason Padgett qui, à la suite d’une commotion cérébrale consécutive à une agression, aurait développé des capacités à dessiner des courbes fractales. Est-ce possible ? Le bouleversement vécu par M. Padgett semble, en première approximation, contredire Cédric Villani qui déclarait sur Europe 1 qu’il est plus facile d’aimer, de manière innée, la littérature plutôt que les mathématiques.

Recherche actuelle

On estime à environ 600 000 le nombre de récepteurs du toucher répartis sur la peau de notre corps, avec une densité plus importante sur le visage et les extrémités — la pulpe des doigts compte environ 2500 récepteurs par centimètre carré. La science a longtemps considéré que les récepteurs du toucher ne transmettaient que des informations très primitives, et que seul le cerveau avait la capacité de recouper les informations sensorielles pour identifier la géométrie d’un objet. La réalité semble plus complexe d’après une étude de chercheurs de l’université d’Umea (Suède) parue dans Nature Neuroscience et que relate le site topsante.fr : les corpuscules de Meissner (récepteurs sensoriels pour le toucher léger) et les corpuscules de Merkel (pour le toucher très léger, du bout des doigts) peuvent fournir des informations sur la géométrie de l’objet, plus exactement des informations du premier ordre à en croire le titre de l’article scientifique « Edge-orientation processing in first-order tactile neurons » auquel le site fait référence. Il faut cependant que ces informations soient transmises au cerveau, puis traitées, pour que naisse la conscience de la forme de l’objet.

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Des moutons et des chiens

Une dépêche de l’agence France Presse, dont l’émission « La tête au carré » sur France Inter se fait l’écho, évoque une collaboration récente entre un biologiste gallois et des mathématiciens suédois qui a permis de mieux comprendre comment un chien de berger garde un troupeau de moutons. Grâce à la collecte et à l’analyse des données GPS, les scientifiques ont pu identifier deux règles qui régissent le comportement du chien : rassembler les moutons lorsqu’ils se dispersent et les pousser vers l’avant lorsqu’ils sont réunis. Cet « algorithme du chien de berger » se prête bien à la simulation numérique et offre plusieurs perspectives, notamment dans le domaine de la robotique et de la gestion des mouvements de foules... sans doute une illustration de notre panurgisme... "

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Sphères grossièrement empilées
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Un empilement optimal de sphères

Il est plus facile d’empiler des oranges que des moutons. Mais quelle est la meilleure façon de les empiler pour que l’espace perdu entre les oranges soit le plus petit possible ? Johannes Kepler, comme le raconte Pour la Science, a conjecturé en 1611 que l’arrangement optimal devait être un empilement de plans où chaque sphère repose dans le creux formé par trois sphères adjacentes du plan inférieur (voir le Klein project blog pour une introduction au problème). En 1953, le mathématicien hongrois Toth a montré que l’étude de ce problème d’optimisation pouvait se réduire à l’analyse d’un ensemble fini de configurations (alors qu’il existe une infinité de façons d’empiler des sphères). Cette avancée cruciale a ouvert la voie à la mise en œuvre de l’informatique pour tester toutes les configurations. C’est ce qu’a fait Thomas Hales qui a proposé en 1998 une démonstration par approche numérique parue à Annals of Mathematics. Il a fallu quatre ans à une équipe de relecteurs pour valider la preuve à 99%. Et le 1% restant ? Il s’agit de certains calculs internes induits par l’algorithme et dont il n’a pas pu être prouvé qu’ils n’introduisaient pas d’erreurs. T. Hales a donc lancé en 2003 le projet Flyspeck consistant à utiliser deux « assistants de preuve » qui, se fondant sur une syntaxe logique, « construisent » la preuve. Et enfin, le 10 août dernier, T. Hales et son équipe ont annoncé qu’ils avaient obtenu la preuve formelle de la conjecture de Kepler. L’avenir est-il aux assistants de preuve ?

Le Labomatic est l’émission « Sciences et Recherche » de la wikiradio, la webradio participative de la communauté universitaire. L’émission du 11 juin était consacrée aux mathématiques appliquées. Rozenn Texier-Picard, une mathématicienne du laboratoire IRMAR de l’ENS Rennes, était invitée pour parler des équations de réaction-diffusion, qu’on utilise par exemple pour modéliser l’évolution d’une population au cours du temps. Modèles classiques, linéarité, non linéarité n’auront plus de secret pour vous grâce à cette émission pédagogique, où l’on apprend le lien entre l’évolution d’une population de papillons et la diffusion de la température dans un matériau (mais non, rien à voir avec le réchauffement climatique).

La dynamique des populations est justement au cœur d’une étude de chercheurs américains, parue dans le numéro de septembre des PNAS, et dont le site Europe1.fr se fait l’écho. Les auteurs de l’étude ont cherché à comprendre à l’aide du modèle « proie-prédateur » de Lotka et Volterra pourquoi, en l’espace de 6000 ans, la vallée du Nil a perdu 29 de ses 37 espèces de grands mammifères. Pour régler les paramètres de leur modèle, les chercheurs ont utilisé une base de données issue de l’archéologie regroupant toutes les représentations animales de l’ancienne Égypte. Il ressort de l’étude que cinq crises, notamment environnementales, sont à l’origine de la disparition de 29 grands mammifères dont les lions, les girafes et les éléphants. Les scientifiques ont également mis à jour des phénomènes — somme toute assez logiques — d’instabilité dynamique : la disparition d’une seule espèce peut avoir des conséquences dramatiques sur d’autres espèces.

Peut-on prédire grâce aux mathématiques la rentabilité d’un investissement dans un film français ? C’est ce que promet Dominique Morena, « mathématicien et financier de formation » interrogé par la revuedudigital.com. Partant d’une base de données construite à partir de 2600 films et enrichie de 300 données « utiles », M. Morena a identifié des variables « fortement prédictives » avec l’aide de producteurs confirmés, et développé ensuite des algorithmes de prédiction. Parmi ces variables fortement prédictives, la revuedudigital.com cite l’attractivité des acteurs, la force du scénario, la popularité du réalisateur, la date de sortie, etc. Pour Dominique Morena « cette rencontre des mathématiques avec le cinéma rappelle celle des mathématiques et du crédit à la consommation dans les années 90 » , qui aurait « révolutionné les méthodes d’évaluation des risques d’impayés ». Parmi les données statistiques de cette révolution moderne, citons-en une : le taux de succès d’un film dont la fin est heureuse s’élève à 30%, mais il tombe à 15% si la chute est dramatique. Cette chronique y survivra-t-elle ?

Et aussi...

Au rayon jeux, le blog Le Coyote reprend une page du site nymphomath pour nous parler du Défi Turing. Vous êtes « programmeur débutant » et « amateur d’énigmes mathématiques » ? Alors ce défi est fait pour vous. Il s’agit en effet d’« une série d’énigmes mathématiques qui pourront difficilement être résolues sans un programme informatique ». Si vous ne trouvez pas cela très compliqué sachez qu’il faut « que votre programme trouve la réponse en moins d’une minute ! ». Lancez-vous et retrouvez un « nouveau problème (…) chaque dimanche ».
La mémoire se travaille. Certains ont ainsi des capacités étonnantes et parviennent « en quelques minutes, (à mémoriser) des centaines de chiffres, de noms ou de symboles ». Mais comment font-ils ? Découvrez les secrets pour exercer et développer sa mémoire sur l’émission de France Inter, la tête au carré.

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Le Mur

Dans la catégorie art et mathématiques, Rue 89 évoque l’exposition « Le Mur » qui se tenait à la Maison Rouge jusqu’au 21 septembre. Pour cette exposition qui « célèbre les dix ans (de ce) lieu parisien dédié à l’art contemporain », « son fondateur Antoine de Galbert » « voulait […] rendre compte de sa collection dans son caractère débordant, envahissant, non hiérarchique ». Pour cela, il a eu « l’idée d’un accrochage parfaitement aléatoire ». Pour « faire rentrer le plus d’œuvres possible sur le mur », il a confié « l’arrangement de sa collection […] à une formule mathématique ». Il voulait ainsi que « l’accrochage rende compte de la densité de la collection ». Effectivement, la journaliste Claire Richard qui s’est rendue à l’exposition explique « devant moi se déroule le premier mur de l’expo, couvert de cadres du sol au plafond ».

Pour finir, une actrice porno japonaise en couverture d’un manuel de mathématiques en Thaïlande, ça fait du buzz. Malgré le niveau de cette information, on peut constater qu’elle est reprise partout, cf. 20minutes, le Huffingtonpost, ActuaLitté, La dépêche.

Parutions

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La galaxie NGC 1300

En octobre, dans le mensuel « Pour la Science », Jean-Paul Delahaye nous invite à un voyage inhabituel dans sa rubrique. Son article, Cosmos : l’art de spéculer sérieusement, analyse les réflexions d’un jeune philosophe des sciences, Clément Vidal, et son ouvrage « The Beginning and the End : The Meaning of Life in a Cosmological Perspective ». En conclusion il estime que « les exercices intellectuels proposés par le livre de Vidal, sont un sommet inégalé de liberté et de rigueur (autant qu’elle est possible), dans un domaine où la science et le rêve semblent s’accorder et dialoguer passionnément ».
On ne présente plus Marcus du Sautoy, mathématicien et vulgarisateur, dont vous connaissez certainement des ouvrages comme « La Symphonie des nombres premiers » (The Music of the primes) ou « La symétrie ou Les maths au clair de Lune ». Depuis septembre vous pouvez aussi lire de lui « Le mystère des nombres », version française de « The Number Mysteries : A Mathematical Odyssey through Everyday Life ».
Vous pourrez (probablement) trouver en librairie la version française du livre de Stanislas Ulam, Adventures of a mathematician, une autobiographie écrite en 1983. La sortie de cet ouvrage sous le titre Les aventures d’un mathématicien. Des problèmes de théorie des ensembles au problème de la bombe est en effet prévue dans la seconde semaine du mois.
En attendant les plus jeunes (et leurs parents) pourront lire Les merveilles du calcul de Benoît Rittaud.

Sciences en marche

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Sciences en marche
Un mouvement pour défendre la science qui converge vers Paris, à pied, à vélo, en train ou même en kayak.

Mentionnons enfin le mouvement Sciences en marche dont parle ce mois-ci Boursorama, qui vise à faire rallier à Paris les chercheurs de différentes villes de province et de la région parisienne afin de défendre la recherche. À noter « le soutien de grands noms de la recherche, comme le mathématicien Artur Avila, Médaille Fields 2014, ou les biologistes Jules Hoffmann, Prix Nobel de médecine 2011, et Margaret Buckingham, médaille d’or du CNRS 2013 ».

Notes

[1International Business Machines

[2Radios Chrétiennes Francophones

[3On notera que le site utilise parfois des notations américaines pouvant mener à des contre-sens de notre côté de l’Atlantique, pour une division euclidienne par exemple.

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Pour citer cet article :

L’équipe Actualités — «Revue de presse octobre 2014» — Images des Mathématiques, CNRS, 2014

Crédits image :

Image à la une - « La science en marche en dépit de l’ignorance » de Victor Peter, Wikimedia.
ICM 2018 à Rio de Janeiro - http://www.icm2018.org
Sciences en marche - http://sciencesenmarche.org
Un empilement optimal de sphères - http://commons.wikimedia.org/
Sphères grossièrement empilées - http://commons.wikimedia.org/
Alan Turing - http://commons.wikimedia.org/
Des moutons et des chiens - http://commons.wikimedia.org/
Le château de Guédelon en août 2012 - http://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Gu%C3%A9delon_in_2012?uselang=fr#mediaviewer/File:Ch%C3%A2teau_de_Gu%C3%A9delon_%28ao%C3%BBt_2012%29.jpg
Le chou Romanesco : un exemple célèbre d’objet fractal. - Wiki Commons
La galaxie NGC 1300 - NASA, ESA, and The Hubble Heritage Team STScI/AURA
Pédagogie inversée - http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/4/4d/Salle_de_classe_nature.jpg/1024px-Salle_de_classe_nature.jpg?uselang=fr

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