Revue de presse octobre 2017

Revue de presse octobre 2017

Le 1er octobre 2017  - Ecrit par  L’équipe Actualités Voir les commentaires (1)

Si l’intelligence artificielle tient toujours la tête de l’affiche, vous trouverez aussi ce mois-ci dans cette revue de presse des formules mathématiques en chocolat, une simulation des écoulements sanguins dans le cerveau, une sphère réduite, une ferme dopée au Big Data et un canapé pour vous remettre de tout cela !

Diffusion, culture mathématique

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La musique des astres, selon Kepler

Aujourd’hui, pour apprendre les mathématiques - et plus généralement les sciences - on peut compter sur les chaînes de vulgarisation youtube. Certaines ont plus de succès que d’autres. Science étonnante se propose d’analyser leur succès à l’aide des statistiques. Comme rappelé dans l’article, les chaînes anciennes ont une meilleure assise que celles plus récentes qui doivent faire face à une concurrence plus féroce. L’auteur souhaite quantifier la relation entre l’âge et le succès. On retrouve la classique gaussienne dans un histogramme. « Au moins 3 paramètres [ont] une influence sur le “succès” d’une chaîne : le nombre de vidéos, l’âge de la chaîne, et la fréquence de publication. On peut donc essayer de construire un modèle, c’est-à-dire une formule qui estime au mieux le nombre d’abonnés à partir de ces paramètres. » Puis, l’article propose une formule pour prévoir le nombre d’abonnés. Certes, il manque le paramètre essentiel : le talent inhérent de la chaîne, plus difficile à quantifier.

Pour ceux qui préfèrent le contact humain, il reste bien sûr la Maison des Mathématiques et de l’Informatique, à Lyon. La gazette des mathématiciens, par le biais de Jérôme Germoni (Maître de conférences à Lyon), en parle en détail. Après un entretien avec Étienne Ghys (Directeur de Recherche à l’UMPA de l’ENS Lyon), la médiation scientifique en général est évoquée. Le projet Mathalyon où des enseignants-chercheurs vont dans les collèges et lycées est également relaté avec les différents ateliers ludiques qui y sont proposés. Pour rester dans le thème des jeux, parlons de la nouvelle appli pour smartphones : Euclidea. Geek Junior lui consacre un article. « 120 niveaux sont disponibles pour, petit à petit, construire des figures géométriques complexes. On commence avec plusieurs niveaux qui servent de tutoriels pour découvrir les outils disponibles. Chaque niveau expérimente des règles géométriques bien précises. Une sacrée révision ou l’occasion de découvrir de nouvelles règles de géométrie ! » Vous voulez quelque chose d’encore plus ludique ? D’accord, que diriez-vous de formules mathématiques sur du chocolat ? Vous ne rêvez pas, certains l’ont fait. Pierre Carrée relate le pari un peu fou d’un chocolatier de Séoul, Ko Eun Su. Ce dernier ne s’en est d’ailleurs pas contenté : « il a associé un petit document explicatif de chacune des formules ».

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Revenons en France avec la maison Fermat qui est le sujet d’un article de La Dépêche. « Jusqu’au 8 octobre, la salle Expérimaths de la maison natale de Pierre Fermat se métamorphose en un espace dédié à la géométrie et aux jeux ». Ainsi, que vous souhaitiez vous remettre dans le bain pour une rentrée sereine ou simplement vous amuser avec des mathématiques, la maison du mathématicien à la marge trop courte saura vous aider. Autre mathématicien célèbre : Fibonacci. La suite qui porte son nom est très connue mais comme le rappelle France Culture, Leonardo Pisano n’est pas l’homme d’un seul coup. Ainsi, en écoutant Stéphane Douady, physicien naturaliste à l’université Paris 7, vous en saurez plus sur celui qu’on a du mal à dissocier de la multiplication des lapins. En parlant de multiplication, celle des petits pains ne vous évoquerait-elle pas Jésus ? Si maintenant nous vous disons que Jésus était peut-être un mathématicien, vous voudrez nous crucifier. Pourtant, RTBF se permet de poser la question à l’occasion du quarante-troisième congrès des mathématiciens à Liège. Il faut dire que Stefan Vaas a fait un exposé sur le paradoxe de Banach-Tarsky qui permet la multiplication des oranges. Comme le souligne l’auteur de l’article, « le théorème ne s’applique pas à un monde fini, autrement dit, à notre réalité. » Mais, il n’en est pas moins dénué d’intérêt pratique puisqu’il est relié au concept de moyennabilité, lequel est fondamental pour internet. Or, aujourd’hui, internet permet à nos smartphones d’avoir un GPS intégré. Que ferions-nous sans GPS ? C’est justement la question posée par Éric Chapelle (animateur à l’Espace Mendès-France de Poitiers) lors d’un atelier scientifique, voir La Nouvelle République. Et, de déclarer : « Les GPS sont très bien pour aller d’un point à un autre mais ils ne décrivent pas ce qu’il y a autour. En général, on ne se souvient pas du trajet et on est souvent incapable de faire le retour seul… Les cartes se sont un peu perdues, les enfants n’en utilisent pas, alors que c’est très instructif ».

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Qui suis-je ?

Si vous avez la chance d’habiter à Paris, Le Mans, Angers, Brest, Bordeaux, Limoges, Toulouse, Albi, Marseille, Lyon, Besançon ou Dijon, sachez que vous auriez pu assister à la nuit des chercheurs, un évènement d’envergure européenne. Pendant cette nuit (de 18h à 23h), les chercheurs ont expliqué leurs travaux (des tenants aux aboutissants) aux gens des différentes villes citées plus haut, voir Up’magazine. Si vous avez raté la nuit des chercheurs, nous vous invitons à vous consoler en essayant de résoudre cette énigme sur RTL ou SudInfo.be. « Jack regarde Anne, et Anne regarde George. Jack est marié, George non. Une personne mariée regarde-t-elle une personne non-mariée ? » L’auteur de l’énigme, le mathématicien Alex Bellos, peut être fier de lui puisqu’il arrive à piéger huit personnes sur dix. Nous ne donnerons pas la solution mais nous contenterons d’esquisser une indication : pensez à tester les différents cas. Si vous vous énervez sur l’énigme, rappelez-vous que la musique adoucit les mœurs. Écoutons donc un peu de symphonie en cosmos majeur avec France Culture. « Le sentier qui rapproche le cosmos de la musique en passant par les mathématiques est à la fois une balade interdisciplinaire, et une ballade indisciplinée. C’est à ces deux bal(l)ades – avec un et deux L – que nous convie Jean-Philppe Uzan dans le sillage de Pythagore, Kepler et Stockhausen. »

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œuvre de Jean Dewasne

On ne le dira jamais assez, la peinture est liée à la géométrie. Ainsi, quand le Journal de Millau.fr se propose de nous faire visiter une peinture monumentale (au lycée Jean Vigo), nous pensons de suite à de la géométrie. « En 1976, Jean Dewasne conçoit la peinture monumentale qui devra rythmer sur six étages le couloir central du futur lycée Jean-Vigo. Jean Dewasne (1921-1999), quasi contemporain de Pierre Soulages, a lui aussi choisi l’abstraction, mais en développant des formes d’une géométrie rigoureuse ». Pour rester dans le thème de l’art, RTBF nous initie à l’artiste Raphaël Zarka dont les passions sont le skate et les mathématiques. « Pour la création des volumes, il s’est inspiré des travaux d’un mathématicien allemand, Arthur Schoenflies (1853-1928), qui avait entrepris un classement des cristaux. Raphaël Zarka a intégré ces objets mathématiques du passé dans sa pratique de sculpteur et assemblé les modules obtenus en une installation artistique qui est approchée par les adeptes du skate sur le seul mode mécanique. »

Applications

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Alan Turing

IA et autres Big Data

Le site Clubic donne un bref historique de
l’IA (Intelligence Artificielle), décrite comme un « vaste domaine qui touche non seulement à l’informatique mais aussi aux mathématiques,
à la neuroscience et même à la philosophie ». Il s’agit surtout d’un domaine à la fois source des plus grands espoirs et des
craintes les plus folles...mais pas pour tout le monde ! En effet, Les Échos
narrent comment, en 1973, le scepticisme de certains membres éminents de la communauté informaticienne au Royaume-Uni a conduit au gel du financement de la recherche en IA.

Passons maintenant à l’aspect stratégique et politique de l’utilisation des Big Data. Le Point présente l’Europe comme un « nain de l’intelligence artificielle »...la vérité est comme toujours plus nuancée et mêle facteurs politiques,
économiques (avec la taxation des géants du Web), linguistiques... A ce sujet, de nombreux médias relèvent la mission confiée à une équipe pilotée par
Cédric Villani sur le développement de l’IA. On trouvera notamment un entretien avec le médaillé Fields-député dans
Le Monde
et son passage chez Elkabbach

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Les risques de dérive de l’intelligence artificielle

L’IA a aussi sa face sombre, comme ces « algorithmes sexistes/racistes/homophobes » dont parlent ce mois-ci Actu IA et France Info. Il s’agit des dérapages potentiels du Big Data : un algorithme serait prétendument en mesure de prédire, avec une certitude autour des 75 pour cent, l’orientation sexuelle d’une personne à partir de sa photographie. Si l’utilisation potentielle d’un tel algorithme est dangereuse et doit être encadrée, dans un souci d’honnêteté intellectuelle, il ne faut jamais oublier que « l’intelligence artificielle n’est rien d’autre qu’un outil scientifique puissant sans compréhension du monde. »

Une facette célèbre de l’IA est la « science des grandes données » ou Big Data. Nonfiction nous parle de deux livres : « Les Big data à découvert » écrit par un collectif de scientifiques, publié aux éditions CNRS, et « Weapons of Math Destruction », de la mathématicienne américaine Cathy O’ Neil. Ils évoquent respectivement les promesses et les dangers que renferme cette technologie. Ainsi, « l’imagerie cérébrale se trouve révolutionnée par ces nouvelles données massives et leurs analyses. Elles permettent de construire des outils de détection des tumeurs (…). Des pistes s’ouvrent aussi par le séquençage et l’analyse de l’ADN des cancers (…). La chirurgie pourrait se retrouver aussi révolutionnée par de nouveaux outils d’assistance aux chirurgiens ». D’autres applications scientifiques sont évoquées, notamment exemple en physique, en climatologie et en sismologie.
Mais, la grande valse des données est aussi source d’accroissement des inégalités. Exemple ? Les universités (américaines) « dont les diplômes ne valent presque rien, mais coûtent très cher » (!) assène le site sans nuance, et qui « jouant sur la volonté des classes populaires de faire des études pour s’en sortir, (…) achètent d’énormes quantités de publicité » ciblées vers ce public (grâce aux Big Data) et « rentabilisent ainsi leur activité. »
Libération propose un exemple plus inattendu : une « ferme du Big Data » nourrissant ses vaches « au gramme près », « soignées avant même de tomber malades » et fait le tour des acteurs du domaine qui font part de leurs attentes. L’agronome Marc Dufumier (cela ne s’invente pas) prévient toutefois que les modèles mathématiques ne font pas tout : « On l’a vu avec la vache folle, quand on avait découvert que les farines animales faisaient mieux l’affaire que certains acides aminés du soja »

Mais aussi

La presse évoque aussi de nombreuses applications dans les domaines de la médecine et de la biologie, un peu d’histoire des maths et pour finir
des choses plus ou moins inclassables avec notamment la réponse à la question que vous vous êtes tous déjà posée au moins une fois : "Mais comment faire
rentrer ce f.... canapé ?"

Tout d’abord, sur le site du CIJM, Stanislas Dehaene, souvent évoqué dans cette revue de presse, répond à la question « À quoi ressemble le cerveau d’un mathématicien ? ».

Dans Le Monde, Étienne Ghys
évoque les mathématiques derrière les vaccinations. Cet article a le mérite d’expliciter des notions clés comme le « seuil d’extinction » d’une épidémie.

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Simulation du réseau veineux cérébral

Le site du CNRS parle d’une collaboration interdisciplinaire
impliquant notamment des mathématiciens de Grenoble, Reims et Strasbourg au sujet de la simulation de liquides
biologiques et notamment de la circulation du sang dans le cerveau. Plus insolite, Pour la Science parle de tours formées par des fourmis, qui « se comportent de façon semblable à un fluide » !

Actu IA parle de son côté d’une « modélisation de la psychologie humaine ». Vaste programme, aussi excitant que potentiellement dangereux, avec une « modélisation intégrant les émotions, la temporalité et la spatialisation ».

Du côté de l’histoire des maths, voici deux morceaux d’actualité :
une tablette babylonienne « pré-trigonométrique » déjà mentionnée
chez nous
(cf. les nombreux liens présents dans cet article) et une mention du zéro bien plus ancienne que ce qu’on pensait
auparavant relatée notamment par Swiss Info.
Bien plus près de nous, France Info
nous parle des lettres de Turing retrouvées à l’Université de Manchester. Au risque de décevoir les amateurs de
scoops, celles-ci « disent peu de l’homme, mais beaucoup de son travail de chercheur. »

Revenons dans le domaine de la recherche contemporaine. Siècle Digital parle d’algorithmes reconstituant avec une fidélité impressionnante les objets 3d à partir d’images en 2d.
Pour la Science
nous parle de la « sphère réduite », objet contre-intuitif réalisé par l’équipe lyono-grenobloise HEVEA et successeur
du tore plat déjà évoqué de nombreuses fois par la revue de presse.

Un article très détaillé et en même temps très accessible de ce même journal
fait également l’écho de la résolution d’un problème combinatoire très ancien dont l’énoncé se résume ainsi : trouver l’ensemble des pavages périodiques polygonaux convexes du plan.

Dans l’esprit des cartes des univers imaginaires (voir par exemple ici), voici une vidéo qui présente une carte des différents domaines mathématiques et de leurs interactions.

Slate vous dit tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la manière de faire entrer un canapé dans
un virage. Concrètement, on parle du « canapé de surface maximale qu’il était possible de déplacer le long d’un parcours constitué de deux couloirs
mesurant un mètre de large et formant un virage en angle droit » et avec une vidéo sur YouTube.

Pour finir, une question de moindre intérêt pratique que le déplacement des meubles mais que vous vous êtes
tout de même peut être déjà posés : « comment visiter toutes les lignes du métro parisien en passant par le plus petit
nombre de stations ? » La réponse dans Sciences et Avenir.

Enseignement

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La rentrée s’annonçait tendue, elle l’est ! La suppression de contrats aidés crée évidemment des tensions dans plusieurs établissements scolaires. Les exemples sont nombreux. Retenons-en trois :Europe1 signale un collège de Grenoble en grève depuis trois semaines ; Le Parisien fait état de la mobilisation dans les écoles du Val-d’Oise, que l’on retrouve à Bonnefont (Haute-Loire), selon La Montagne.

Autre sujet de mécontentement : les fermetures de classes. Il y en a eu un peu partout sur le territoire, conséquence inévitable du dédoublement de classes de CP dans les zones « difficiles » (mesure très médiatisée mais assez contestée, justement à cause de ses conséquences prévisibles) conjugué à une tension persistante sur le budget. La presse cite de très nombreux cas où ces fermetures ont provoqué de vives réactions. « Consternation à Kergeis, titre Le Télégramme. Ouest-France relate la mobilisation des parents d’élèves à Caen. Le Parisien cite l’exemple de Levallois-Perret, où des parents ont occupé une école, et celui de Carrières-sur Seine. Le site actu.fr fait état d’une lettre ouverte adressée au président de la République par 15 maires du département de Seine Maritime pour essayer de sauver leurs classes.

Par ailleurs, il décrit la situation à Hérouville-Saint-Clair, et le deuxième article qu’il lui consacre confirme l’impression d’une grande improvisation de la part des autorités, qui semblent souvent réagir en fonction du degré de protestation que provoquent leurs annonces.

Ainsi, dans le Var, si la détermination des parents et des enseignants de l’école maternelle de Régusse, rapportée par Var-Matin, et par la chaîne YouTube VarAzur, a fini par payer (France 3-Provence-Alpes-Côte d’Azur), le rectorat semble rester inflexible à propos de Gonfaron, nous dit Var-Matin.

Jean-Michel Blanquer a été très présent dans les médias et a fait plusieurs annonces provoquant des réactions parfois vives. L’instauration (ou plutôt le retour et la généralisation) d’évaluations au début du cours préparatoire et au début de la sixième, rapportée notamment par Le Monde et par l’Obs, si elle laisse sceptiques certains syndicalistes et certains experts, qui évoquent « des protocoles générateurs de stress » ou un risque de mise en concurrence des écoles, n’a pas déclenché de vague de protestations.

Mais les déclarations du ministre sur l’enseignement de l’histoire, du français et des mathématiques à l’école primaire ont, elles, provoqué un tollé. C’est dans une interview à l’Express que Jean-Michel Blanquer a préconisé, entre autres mesures spectaculaires, l’enseignement des quatre opérations dès le CP (où l’on se contente actuellement de l’addition et de la soustraction, la multiplication venant en CE2 et la division en CM1). L’information est reprise sur de nombreux sites, comme France-Bleu, Le HuffPost, LCI. Syndicalistes et experts contestent le bien-fondé de cette mesure (voir notamment Public-Sénat, vousnousils. Ce qui étonne, c’est que les critiques portent surtout sur le fond, et beaucoup moins sur la méthode employée, le ministre se substituant aux spécialistes pour décider tout seul de ce qu’il convient d’enseigner. Michel Lussaut a tout de même réagi sur le site L’Alsace.fr : il est concerné au premier chef, car la définition des contenus enseignés relève en principe du Conseil supérieur des programmes, qu’il préside et qui n’a manifestement pas été consulté. Europe 1 a eu la bonne idée de demander son avis à une spécialiste de l’enseignement des nombres, Christine Chambris, qui a opportunément rappelé l’importance cruciale de la formation des enseignants, actuellement bien malmenée. BFM-TV nous dit que cet apprentissage des quatre opérations dès les deux premières années d’école s’inspire de la « méthode de Singapour ». Outre le fait que les explications ne sont pas d’une grande limpidité, l’auteur de l’article contribue à accréditer l’idée que c’est grâce à cette méthode que « Singapour s’est hissé en tête des classements internationaux sur l’enseignement des mathématiques ».
On retrouve là la confusion classique entre corrélation et causalité : certes, Singapour a adopté cette méthode, certes Singapour est depuis lors en tête des classements internationaux, mais qu’est-ce qui prouve que le deuxième fait est une conséquence du premier ? À noter que la vidéo consacrée par France-Info à cette méthode de Singapour n’est guère plus convaincante. Le ministre a tout de même reçu, via Sud-Radio un soutien inconditionnel : celui de Jean-Paul Brighelli, l’auteur de « La fabrique du crétin », qui fait parler de lui depuis de nombreuses années. On nous permettra de penser qu’un professeur de lettres, si brillant soit-il, n’est pas spécialement qualifié pour indiquer la bonne façon d’enseigner l’arithmétique.

Cela dit, Jean-Michel Blanquer voit plus loin : il compte sur l’intelligence artificielle pour améliorer notre enseignement ! L-Étudiant nous explique que, dans cette perspective, l’état va financer à hauteur de 6 à 8 millions d’euros des projets de recherche innovants menés par des entreprises ou des start-up, lesquelles ne manqueront pas, comme le dit un internaute réagissant à l’article, d’en retirer ensuite les bénéfices. On ne sait pas si les enfants du Yucatan apprennent simultanément les quatre opérations, ni s’ils bénéficient des vertus de l’intelligence artificielle, mais Epoch Times nous assure qu’ils « apprennent mieux les maths grâce à l’ancien système numérique maya ».

On pourrait peut-être observer ce qui se passe au Portugal, où des mesures simples mais apparemment efficaces ont permis de faire sensiblement reculer le décrochage scolaire (taux divisé par 3 en 5 ans), comme l’explique France-Info.

Les stages de remise à niveau avant la rentrée ont du succès. Les officines privées qui profitent de cette manne (et auxquelles les médias font de fait une grande publicité), se voient timidement concurrencées par des établissements publics. La Nouvelle République a observé que deux collèges de Blois ont proposé d’accueillir des élèves de CM2 quelques jours avant leur entrée officielle en sixième. Le site rappelle aussi que la recherche de cours particuliers peu onéreux est toujours d’actualité. Des stages d’été analogues sont signalés un peu partout, notamment par L’Union, par La Voix du Nord et par Ouest-France. Certains enseignants ne sont pas en reste : ils ont aussi des stages avant la rentrée. France-Info en a observé un dans la région de Toulouse.

La difficulté à recruter des professeurs compétents dans certaines disciplines ne se dément pas, et le recours aux petites annonces est hélas devenu banal. L’Écho Républicain semble pourtant étonné que le l’académie d’Orléans-Tours ait publié une telle annonce pour recruter d’urgence des enseignants de mathématiques et de physique.

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L’Eker

Si nous manquons de professeurs, nos professeurs et nos ingénieurs ne manquent pas d’idées. L’informaticien.com nous raconte qu’un ingénieur français a tout simplement réinventé la calculatrice, tandis que France 3-Bretagne se félicite de l’invention d’une nouvelle équerre par un professeur de mathématiques de Vannes.

Terminons par la très vive polémique provoquée par la parution chez Nathan d’un manuel de mathématiques de Terminale ES contenant un exercice pour le moins malencontreux. Les auteurs, qui voulaient faire travailler les élèves sur la notion de suite géométrique, n’ont rien trouvé de mieux que d’illustrer cela par l’exemple d’un groupe de 100 migrants ayant fui leur pays, arrivant sur une île de Méditerranée, et dont le nombre va ensuite augmenter de 10% par semaine. L’exercice s’accompagne de la photo d’une embarcation de fortune surchargée de passagers. Nathan, manifestement très embarrassé, s’est excusé et s’est engagé « à modifier la thématique de l’exercice » lors des prochaines publications. L’affaire a été rapportée sur d’innombrables sites, parmi lesquels RTL, L’Alsace, Libération, Valeurs Actuelles, Marianne...

Parutions

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Roger Penrose

Vous trouverez ce mois-ci en kiosque ou sur le site de « POLE éditions » le dernier numéro Tangente hors série : Entre art et mathématiques, découpages et pavages. Deux dossiers principaux qui regroupent chacun six articles qui incitent à réfléchir mais aussi à essayer, à manipuler, à se poser des questions, à découvrir (ou redécouvrir) sous un autre angle des problèmes qui ont traversés différentes époques.
Le magazine Tangente fêtera prochainement ses 30 ans.

La mouture « été-automne 2017 » d’Accromath est disponible en ligne, librement téléchargeable (comme tous les numéros publiés par l’Institut des sciences mathématiques de l’UQAM. Le dossier sur l’histoire des mathématiques retrace les travaux et les découvertes de Nicolas Copernic, James Bradley, Foucault et brosse un tableau des idées développées pour expliquer les mouvements de la Terre depuis le XVIe siècle. Le dossier « applications des mathématiques » est découpé en quatre parties très différentes avec le problème du partage équitable (présenté par Christiane Rousseau), le problème de déterminer la meilleure stratégie, « Existe-t-il une stratégie gagnante ? », où l’on parle de John Forbes Nash, l’équilibre des unités en modélisation mathématique et une excursion typographique ou comment définir correctement les fontes. La rubrique des paradoxes, toujours animée par Jean-Paul Delahaye, complète ce volume. Un bel ouvrage, passionnant et accessible à un large public.

Et dans le numéro d’octobre de Pour la Science, Jean-Paul Delahaye nous propose dans sa rubrique Logique et calcul une nouvelle promenade mathématique « 121, 404 et autres nombres palindromes ». Si le palindrome littéraire est un art fort ancien, le mathématicien préfère explorer les nombres palindromes (là aussi, depuis longtemps). « Amusements sans prétention ou résultats profonds et difficiles, voire seulement conjecturés, les palindromes occupent passionnément les mathématiciens qui y découvrent mille merveilles insoupçonnées ». Jean-Paul Delahaye guide agréablement au fil de son article le lecteur de résultats élémentaires vers des découvertes étonnantes et beaucoup plus subtiles comme ce résultat de Boris Adamczewski et Yann Bugeaud qui « établit que si la suite de nombres entiers est infiniment palindrome, alors le nombre réel défini par la fraction continue associée est soit un nombre quadratique, soit un nombre transcendant ».

Dans La Recherche de ce mois Roger Mansuy nous parle dans sa « Chronique Mathématique » du traitement d’image et de la conférence de Jean-Michel Morel à l’ENS Paris-Saclay le 20 juin 2017 à l’occasion la « Journée Yves Meyer, prix Abel 2017 ». Quand la réalité rattrape la fiction … « Pour s’en convaincre, jetons un œil au journal de recherche en traitement de l’image IPOL (pour Image Processing On Line). Celui-ci propose, outre la publication des articles, des implémentations libres et accessibles des algorithmes sous- jacents. Le lecteur peut ainsi constater quelques réussites extraordinaires en traitement de l’image, dont certaines sont vraiment aussi bluffantes – voire davantage – que celles présentées dans votre série télévisée. ». En une page un voyage, passionnant, au cœur de la science.

On sait depuis peu que les étoiles chantent. Jean-Philippe Uzan (qui a été directeur adjoint de l’institut Henri Poincaré de 2013 à 2017) invite dans son dernier livre, L’Harmonie secrète de l’Univers, le lecteur à « écouter autant qu’à observer le cosmos » nous dit Anna Musso dans l’Humanité. Une bal(l)ade cosmique entre sciences et musique. Avec Comme une rivière bleue c’est à une balade dans l’histoire que nous convie Michèle Audin. Elle nous fait découvrir la Commune de Paris sous un éclairage à la fois historique et humain. Elle évoque cette « période, non pas du point de vue global de l’histoire, mais de celui des Communards de base » écrit Stéphane Bret dans La Cause Littéraire. Terminons dans un registre très différent. Dans la liste des ouvrages écrits par Donald Knuth on trouve un livre bien particulier et même inattendu, 3:16 Bible Texts Illuminated, écrit en 1990. Il s’était posé la question : « Comment puis-je faire découvrir la substantifique moelle de la Bible à un nouveau venu, avec un minimum d’investissement ? ». Il a utilisé un algorithme pour sélectionner au hasard un échantillon de versets dans chaque livre de la Bible. En commentant ce tirage d’une soixantaine de versets, on parvient à une connaissance relativement bonne du contenu de la Bible (étant entendu que les commentaires conduisent à examiner d’autres versets). La version française vient juste de sortir, traduite par un mathématicien, Denis Serre.

Article édité par Louis Dupaigne

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Pour citer cet article :

L’équipe Actualités — «Revue de presse octobre 2017» — Images des Mathématiques, CNRS, 2017

Crédits image :

Image à la une - Bactéries fractales. Prof. Eshel Ben-Jacob, Tel-Aviv University
Simulation du réseau veineux cérébral - O. Génevaux (LSIIT)-St. Salmon (EA4535)
Les risques de dérive de l’intelligence artificielle - Google
Alan Turing - John Callas, Wikimedia Commons
Qui suis-je ? - Wikimedia
La musique des astres, selon Kepler - Wikimedia
Roger Penrose - Wikipedia

Commentaire sur l'article

  • Revue de presse octobre 2017

    le 2 octobre à 04:16, par Pierre Colmez

    Concernant les 4 opérations, on peut penser que le texte suivant, plein de bon sens, a pu avoir une influence.

    Répondre à ce message

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