Revue de presse septembre 2013

1er octobre 2013  - Ecrit par  L’équipe Actualités Voir les commentaires (2)

Retrouvez quelques moments de grâce ou de détente (encore que, vous verrez que faire du crochet fait réfléchir, en fait), des objets étranges voire insolites (si ce n’est pas l’inverse), des appels aux amateurs et aux efforts collectifs, des théorèmes de toutes sortes (dont l’intérêt n’est pas forcément corrélé avec leur véracité). Initiez-vous aussi à une palanquée de sigles, aux technologies modernes, au chaos, bref, à plein de choses plus ou moins compliquées. Il y en a pour tous les goûts !

Créativité

La toile et les ondes ont vibré ce mois-ci au son de la créativité mathématique, à commencer par ce riche entretien avec Alain Connes dans « Les Savanturiers » sur
France Inter,
durant lequel il présente entre autres « le théâtre quantique », fiction à vocation vulgarisatrice coécrite avec son épouse Danye Chéreau et son ancien directeur de
thèse Jacques Dixmier dont nous avons déjà parlé ici. Médaillé Fields en 1982, Alain Connes est non seulement
présenté comme l’« un des plus grands mathématiciens de son temps », mais aussi « un homme délicieux qui parle de tout, même de lui...sans retenue ». Outre ses découvertes en géométrie non commutative et en physique quantique, on pourra ainsi
découvrir la place occupée selon lui dans les mathématiques par le hasard, l’art, le
rêve, l’imagination, l’intuition, le subconscient, le passage du temps et ce moment
de grâce qu’il dénomme l’« illumination », à commencer par celle d’Heisenberg qui donna
naissance à la mécanique quantique. Avis aux amateurs : « les plus grands problèmes mathématiques et physiques ne sont pas résolus ». Alors à vos crayons ! Ou pas : Alain Connes pense que c’est mieux sans...

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Faire des maths en se promenant

Encourager les vocations, c’est aussi ce que semble préconiser la commission
européenne dans ce
billet.
Le projet CREATIVELITTLESCIENT (pour « Creative Little Scientists : Enabling
Creativity through Science and Mathematics in Preschool and First Years of Primary
Education », rien que cela !) concerne nombre de pays européens dont la France,
y est ainsi présenté. Il vise à analyser « en profondeur des politiques communes et
des nouvelles pratiques pertinentes et éducatives à travers le continent » pour que
« les sciences, les mathématiques, la créativité et l’innovation » deviennent une
priorité, et ce dès le plus jeune âge... Ah oui ?
Et bien il y a du travail, selon Sylvie Bonnet, la première présidente de l’UPS [1] dans le bulletin de la Commission française pour l’enseignement des mathématiques. Son « cadeau de rentrée » est l’évocation de ces trop rares « petits moments de grâce », au cours desquels tel jeune enfant ou étudiant plus avancé découvre par lui-même une propriété mathématique. Aussi elle lance un appel vibrant, en proposant « que nous décidions qu’il y a eu assez de casse. Monsieur le Ministre, il faut reconstruire l’enseignement élémentaire des mathématiques, celui qui peut mener les gosses jusqu’aux étoiles. » Car pour elle, « rien ne rend créatif comme la brutale prise de conscience de notre finitude ».

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Polycéphale

Créativité encouragée encore, collective cette fois, évoquée par Etienne Ghys
dans Le Monde.
Son article intitulé « Mathématiciens polycéphales » nous reparle de Terence Tao, autre médaillé Fields, et du huitième « Polymath » [2] dont nous avons parlé ici. Rappelons que le
projet Polymath a pour but d’« encourager la “collaboration massive” de chercheurs en mathématiques, aboutissant (si possible) à la résolution “collective” de problèmes difficiles ». Encore du travail pour les grands !

Sur le site talentdifferent.com, c’est un texte posté par une abonnée qui met à l’honneur l’intuition mathématique, en guise d’illustration de l’utilisation des réseaux neuronaux pour résoudre un problème. Elle s’appuie sur de nombreuses réflexions d’Henri Poincaré pour différencier l’« intelligence fluide » plutôt associée à la créativité et l’« intelligence cristallisée » liée aux compétences, tout en soulignant que la frontière et l’interaction entre les deux sont sans doute floues...

Poincaré est une référence bien connue des lecteurs-auditeurs d’Images des mathématiques. Il l’était aussi du généticien Albert Jacquard, décédé le 11 septembre, auquel France Culture a rendu hommage toute la semaine du 23 septembre. On a pu notamment écouter dans l’émission À voix nue la rediffusion d’une interview de 1993 par Jacques Lacarrière, concernant « le temps, les mathématiques, l’imprévisible ». Albert Jacquard s’appuie sur le problème des 3 corps, auquel s’était attaqué Poincaré, pour illustrer des questions liées au hasard et au déterminisme. Cette interview nous emmène ainsi de Laplace à Gödel, en
passant par la conjecture forte de Goldbach ou l’écrivain Borgès. Avec de subtiles nuances : « 2 plus 2 font 4 » n’a pas la même portée que « 2 et 2 font 4 »... On en retiendra, entre autres et avec grand plaisir, que « les mathématiques ajoutent quelque chose et enrichissent les événements ».

Sur France Culture toujours, une autre rediffusion dans l’émission La Marche des Sciences. Stella Baruk, « femme de lettres, de mots et de mathématiques », professeur de mathématiques et chercheur en pédagogie, y parle ainsi autant de ses convictions pédagogiques que de sa passion pour la musique, nous permettant de comprendre le surnom de « musicienne des mathématiques » qui lui est parfois attribué.

Complexité

Le monde qui nous entoure est complexe, tout le monde en est bien conscient, les médias inclus : ce mois-ci on nous a donc parlé de complexité en mathématique et informatique, mais aussi en physique, biologie et ... dessin animé !

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Une autre idée du pliage

Pour commencer, Marc Tertre nous entretient sur son blog des mathématiques de la complexité, en nous parlant pêle-mêle de « la crise des fondements » des mathématiques, et de l’influence de l’arrivée de l’ordinateur, de calcul de décimales de Pi, de bioinformatique et du jeu de la vie de Conway. D’ordinateurs il est aussi question dans cette présentation à la conférence TEDGlobal 2012, repérée par le coyote. L’intervenant Michael Hansmeyer est architecte, mais se débrouille aussi avec l’outil informatique : il a eu l’idée de partir d’un simple cube et de lui appliquer un certain nombre de fois des opérations de « pliage », via des simulations informatiques. Certains choix de paramètres permettent d’obtenir des formes architecturales assez stupéfiantes. Mais il y a loin de la coupe aux lèvres, et la réalisation physique de ces structures reste la partie la plus délicate de cette entreprise ; pour l’instant, on peut toujours rêver devant les images sur son site. Enfin, pour les passionnés d’informatique, notons aussi ce mois-ci cet article sur decideo.fr, concernant la révolution dans le monde des bases de données au début des années 60. L’auteur y évoque les nouvelles idées à l’origine du langage SQL.

La physique des particules aussi, c’est compliqué. Dans une délectable chronique sur France Culture, Étienne Klein nous croque à grands traits le « modèle standard » de la physique des particules, qui explique l’existence des forces électromagnétique et nucléaire. Les mathématiciens chevronnés seront ravis d’entendre qu’à toute particule est associée « une représentation irréductible du groupe de Lorentz inhomogène »... Que les autres se rassurent : ils pourront jouer à deviner l’âge et la pointure des jeunes filles, ou à trouver une sobre anagramme de « le boson scalaire ».
Pour aller plus loin tout en restant sur la même fréquence, un long débat au titre provocant : L’avenir de la physique a-t-il besoin d’un nouvel Einstein ? La question naît en particulier de la découverte récente du boson de Higgs (le boson scalaire !), particule dont l’existence était prédite par le modèle standard. L’émission Science publique se fait ainsi l’écho du problème posé par la théorie de la relativité générale : car le modèle standard n’est pas compatible avec cette dernière ! Ceci nous renvoie à Alain Connes et son modèle unifié, dont nous vous parlions ici.

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Crocodile à proximité !

Comment classe-t-on les êtres vivants ? C’est une excellente question, et nous remercions l’émission Continent sciences, sur France Culture encore, de la poser. Sachant qu’environ 1,7 million d’espèces ont été décrites scientifiquement, on aborde là une question complexe s’il en est.
Les biologistes Hervé Le Guyader et Hervé Lecointre nous racontent l’histoire des efforts de classification depuis Linné au XIXème siècle jusqu’à aujourd’hui, pour expliquer taxonomie et arbres phylogénétiques. L’auditeur sera sans doute surpris d’apprendre par exemple que la plupart des experts contemporains considèrent les crocodiles comme plus proches des oiseaux que des lézards.

Les mathématiques et les Simpson ? À première vue, on évoque là deux sujets diamétralement opposés, mais cet article de Slate révèle que plusieurs scénaristes de la série sur la famille jaune ont un passé de mathématiciens. Des dizaines de références mathématiques se retrouvent ainsi dans les épisodes au cours des années. Simon Singh donne de nombreux exemples dans son article en anglais dans The Guardian, et sans doute encore plus dans un ouvrage entier sur le sujet qui paraîtra prochainement. L’épisode « La dernière invention d’Homer » de 1998 contiendrait ainsi un contre-exemple au Théorème de Fermat ! Tout compte fait, il s’agissait d’un quasi contre-exemple ; Andrew Wiles l’a échappé belle ! Et les auteurs ont fait encore mieux dans la petite soeur, la série Futurama. À ce propos, on (re)lira avec délectation un billet de eljjdx qui recense racines carrées, bouteilles de Klein, décimales de Pi, hypothèse de Riemann, j’en passe et des meilleures. Jusqu’à cette prouesse, racontée (en anglais) sur geekosystem : un nouveau théorème de théorie des groupes, dû à l’un des réalisateurs, est prouvé dans un épisode de la série !

Institutions

Ce mois-ci, plusieurs passages de témoins d’importance pour les
mathématiques françaises sont signalés. Tout d’abord, le CNRS
publie un
communiqué pour
présenter Christoph Sorger, qui devient le nouveau directeur de
l’Institut national des sciences mathématiques et de leurs interactions (qui regroupe tous les mathématiciens associés au CNRS), à partir du 16 septembre. Il était « jusqu’ici professeur de mathématiques à l’Université de Nantes », et ses travaux portent notamment sur « les théories conformes de champs de la physique théorique » et sur « la géométrie symplectique complexe ». Souhaitons-lui de réussir dans ce nouveau poste !

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Les tribulations de Jean-Pierre Bourguignon

Lieu emblématique de la recherche mathématique en France, l’Institut des hautes études scientifiques (IHÉS) change également de directeur. Un article du
Monde

nous apprend qu’une cérémonie de départ a eu lieu le 1er juillet pour célébrer le départ de Jean-Pierre Bourguignon, qui a assumé cette fonction pendant 19 ans. Durant ce temps, il a multiplié les « voyages pour inviter ou recruter les meilleurs chercheurs du monde entier, ou pour trouver des fonds, ou encore développer le rayonnement de cet établissement atypique, mi-public mi-privé, créé en 1958 et souvent comparé à Princeton, aux Etats-Unis », en passant « pas loin de mille fois par l’aéroport de Roissy ».

Un institut semblable a été créé au Vietnam il y a deux ans sous le nom d’Institut des hautes études mathématiques, et le journal VietnamPlus dresse le bilan de ses débuts. Il a ainsi « accueilli 137 mathématiciens, dont 40 étaient étrangers ou vietnamiens résidant à l’étranger », a publié « 21 articles scientifiques » et organise « des formations de courte durée [et] des conférences et des colloques internationaux consacrés aux mathématiques ».

De retour en France, le Figaro s’intéresse, à l’occasion de la parution d’un livre sur le sujet, à la vocation de l’École polytechnique. Doit-elle se concentrer sur les sciences, ou devenir davantage une « école de pouvoir » ? Christian Gérondeau, « ex-président de l’association des anciens », se prononce dans son livre pour la seconde option. Il « considère que l’ouverture au monde économique est insuffisante » et propose de « de mettre fin au classement de sortie ». Le nouveau président de l’école, Jacques Biot, n’est pas franchement d’accord. Il déclare que « Polytechnique existe pour former des scientifiques qui ont le sens de l’intérêt collectif », mentionne « les 182 polytechniciens que peut compter l’Académie des Sciences » et affirme que « Polytechnique est l’école d’ingénieurs qui développe le plus les humanités et les sciences sociales », dans un « cursus en perpétuelle évolution ».

Toujours en France, mais en province comme disent les parisiens, l’université de Franche-Comté n’a pas gagné à la loterie des « Initiatives d’excellence ». Elle est d’autant plus fière d’annoncer dans sa revue En Direct le début du premier trimestre thématique du « laboratoire de mathématiques de Besançon », qui « démarrera le 16 septembre prochain pour s’achever le 10 janvier 2014 ». Il porte sur le thème « méthodes arithmétiques et applications » et s’adresse aux « chercheurs, doctorants et post-doctorants venant eux aussi des quatre coins de la planète ». Il sera suivi de quatre autres trimestres dans les cinq années à venir, avec le soutien de la région.

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La quadrature du cercle
© Ivars Peterson

Pour finir avec un autre style d’institution, signalons l’article du site
FrenchMorning portant sur le musée MoMath, « Museum of Mathematics de New York », dont nous avons déjà parlé lors de son inauguration. Selon sa
co-directrice Cindy Lawrence, ce musée cherche à « changer la perception que les gens ont des mathématiques », en montrant qu’elles « permettent de créer un tas de choses », qu’« elles sont utilisées tous les jours » et qu’« elles peuvent être belles ». L’article est illustré par l’« attraction principale du musée [qui] consiste à faire rouler des vélos dont les roues sont carrées ».

Acronymes

Avez-vous entendu parler des MOOC ? Cet acronyme anglo-saxon pour
l’expression « massive online open courses », qui signifie « cours en ligne massif ouvert », semble très à la mode. Un article de 20 minutes signale à son tour la création d’une version francophone de la « Khan Academy » (dont nous vous parlions le mois dernier et la sortie en librairie du livre de son fondateur Salman Khan. Sur le site de la Khan Academy, « des cours de mathématiques, physique, biologie ou économie d’environ dix minutes sont accessibles aussi bien aux enfants qu’aux adultes ». La version française, mise en ligne par « Bibliothèque sans frontières », propose pour commencer « 250 leçons vidéo de mathématiques pour les élèves du primaire ou du collège ». Sur le même sujet, Jol Press publie un extrait du livre « L’éducation réinventée » paru aux éditions J.-C. Lattès. Salman Khan y écrit notamment : « je crois que notre façon d’enseigner et d’apprendre doit changer ».

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Python, c’est trop cool

Les universités françaises sont dans le mouvement. Est-ce dû à la création de la cellule FUN ? (Comprenez France Université Numérique !) En particulier, l’université de Lille 1 ouvre un « cours de mathématiques d’un niveau de première année de licence [ayant] pour objet l’arithmétique », comme nous l’avons signalé dans une brève. Des détails sont fournis par le site
Ludovia et Réussir ma vie. On apprend que ce cours est « conçu et animé par Arnaud Bodin et François Recher, enseignants-chercheurs en mathématiques », qui « contribuent tous deux également au projet Exo7, un projet national de fiches d’exercices de mathématiques à destination des étudiants et des professeurs ». Le contenu du cours est classique : « les bases de l’arithmétique : division euclidienne, théorème de Bézout, nombres premiers, congruence », mais le cours se veut « plus ludique qu’un cours classique grâce aux outils technologiques d’internet ». Et en plus, « on pourra en plus mettre en pratique ses connaissances en apprenant quelques notions du langage de programmation Python ».

Des techniques plus simples et peut-être moins modernes sont
parfois aussi dignes d’attention. Le journal belge L’Avenir
nous présente Multix, inventé par « deux instituteurs du Namurois ». Il s’agit d’un « un outil pédagogique ludique qui doit permettre de toucher les multiplications du bout des doigts ». Fondé sur un plateau de jeu et des cartes, il fait en sorte que « les multiplications ne sont plus seulement algébriques, elles deviennent aussi géométriques ». Il sera « disponible en français, anglais, néerlandais et allemand ».

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Exercice désuet

On peut aussi mélanger l’ancien et le moderne, même si c’est parfois un peu tiré par les cheveux. Le site GameBlog.fr nous raconte l’initiative d’un professeur de mathématiques, qui pour changer des problèmes du style « sachant que le robinet de la baignoire goutte », a utilisé pour les exercices de ses élèves de
troisième des chiffres « en rapport avec le jeu vidéo », et plus précisément avec le jeu GTAV, dont la sortie a fait récemment événement.

Applications

Les maths au secours de l’environnement ! Ndarinfo.com
relaie les propos du mathématicien lyonnais Daniel Le Roux, « en marge des activités du Centre International des Mathématiques Pures et Appliquées (CIMPA) » à Saint-Louis (Sénégal). Selon lui, les mathématiques appliquées « permettent de gérer et prévoir certains problèmes comme le transfert de polluant dans les lacs et rivières, l’écoulement pluvieux en milieu urbain, sans oublier les problèmes épidémiologiques ». Et « Mamadou Sy, professeur titulaire de mathématiques » le confirme :
« Nous avons évoqué des questions liées à la dynamique d’eau avec la mécanique des fluides et ceci nous a permis d’évoquer le problème des trois marigots et de la brèche sur la langue de barbarie. »

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Travaux pratiques à Saint-Louis

Vous avez peut-être remarqué que le mois de septembre comprenait un vendredi 13. Conséquence : nous avons eu le droit aux habituelles théories sur les loteries prétendument « truquées ». C’est
l’occasion pour metronews.fr de réfléchir à ce qu’est le hasard. Pour le mathématicien lyonnais
Grégory Miermont, « le hasard désigne l’ensemble des phénomènes dont l’issue est incertaine ». Mais Richard Riblet, le « poil à gratter de la Française
des Jeux » est absolument certain « que chaque bande de 50 tickets ne comporterait qu’un seul et unique ticket gagnant. Il a même dépensé 33.000 euros pour en avoir le coeur net ». Et l’article de
conclure que, par conséquent, « il n’y a plus de hasard » !

Apprivoiser le hasard peut parfois être fructueux. Nicole El Karoui résume ainsi dans Paris Tech Review l’histoire des mathématiques financières : « à mesure que les modèles se renforçaient, chercheurs et praticiens en sont venus à
s’intéresser de plus près [...] aux éléments aléatoires qui brouillaient les courbes ». Les paradigmes changent : « le « bruit » brownien devient alors l’objet de toutes les attentions ». Le défi
actuel est de gérer le « risque de chaos », et Le Figaro et Les Echos vantent la
refonte post-crise des masters de mathématiques financières.

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Troupeau en pleine réflexion

Moins sérieux : comme chaque année les prix IgNobel récompensent de manière décalée les recherches les plus bizarres.
FranceTVinfo nous apprend qu’un des lauréats a démontré un théorème de probabilités appliquées : « plus une vache reste couchée, plus il est probable qu’elle se relève bientôt ». On découvrira les autres lauréats sur
erenumerique.fr ou Le Nouvel
Observateur
, où entre canards castrateurs et esthétique des buveurs
de bière, on apprendra que le dictateur Alexandre Loukachenko a reçu l’IgNobel de la paix pour avoir fait mettre en prison un citoyen biélorusse pris en flagrant délit d’applaudir à une seule main ...

Culture

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Modèle d’élégance

Qu’est-ce que l’élégance ? Pour les mathématiciens, il y a l’élégance des démonstrations et des résultats ; on apprend par Francetv.info que Nathalie Rykel s’intéresse elle aussi à l’élégance, ce qui est normal quand on porte un grand nom de la mode : « elle apporte sa vision du bon goût à travers les témoignages de plusieurs de ses amis eux-mêmes défenseurs de l’élégance à la Française ». S’agit-il de la même notion d’élégance ? Peut-être, si on considère qu’elle donne la parole à Cédric Villani dans son dernier livre... peut-être.

Les liens entre les maths et la littérature ne sont pas neufs. L’Ouvroir de littérature Potentielle (Oulipo) les a explorés dès années 60. La
Gazette Littéraire
se propose à son tour d’explorer les interactions entre littérature et mathématiques : « Il vous sera proposé dans une première partie d’appréhender la représentation des mathématiques dans la littérature. Vous aurez le loisir de retrouver une brève anthologie auprès d’auteurs immenses tels que Platon, Descartes, Pascal, Poincaré, Verlaine et bien d’autres encore. Nous envisagerons tour à tour la question de la logique, du calcul, des plans etc… »

Doit-on rapprocher cette initiative d’une enquête récente due à parents.fr qui montre que les enfants bons en maths lisent plus ?

La Culture s’intéresse aux maths ! Mais qu’en est-il de la culture mathématique ? Puisque l’été est propice aux marronniers, on nous redit sur topsante.fr que les filles sont plus stressées par les maths que les garçons (ben voyons).

Un peu de pessimisme : les Marocains, selon yabiladi.com ne sont pas meilleurs que les élèves français. Et un peu d’optimisme : on assiste à un boom des inscriptions en math à l’Université, selon lavenir.net : « Les responsables de l’Université Catholique de Louvain ont constaté une hausse substantielle des inscrits en sciences mathématiques » qu’ils attribuent à « l’opération DédraMATHisons », une opération de promotion des maths dans le secondaire ! Mais c’est en Belgique.

Parutions

Des cercles aux courbures [3] entières. En octobre le magazine La Recherche nous propose une rencontre avec Elena Fuchs, une spécialiste en théorie analytique des nombres. Avec, en particulier, Hee Oh, Alex Kontorovich, Peter Sarnak et Jean Bourgain, elle a étudié la répartition des nombres entiers qui apparaissent comme valeurs des courbures des cercles dans les badernes d’Apollonius.

Les pavés pentagonaux : une classification qui s’améliore. Si vous aviez raté ça, sachez que l’’énigme des pentagones a déjà fait couler de l’encre (numérique, ici et ). C’est l’histoire d’un théorème, le « théorème de Kershner pour les pentagones », qui s’avéra faux quelques années plus tard. Dans la rubrique logique et calcul du numéro d’octobre de Pour la Science, Jean-Paul Delahaye apporte un éclairage intéressant et fait le point sur des avancées les plus récentes sur la question. « L’énumération des pavés convexes pentagonaux a plusieurs fois été proposée. À chaque fois, elle s’est révélée incomplète. […] Qu’on ne puisse énumérer les pavages pentagonaux non convexes, ou non isoédriques, voilà de quoi encourager l’humilité des mathématiciens, qu’ils soient amateurs patients, programmeurs experts ou théoriciens acharnés. »

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« Hyperbolic Crochet Coral Reef »
(musée de l’université de Tübingen, 19 avril - 1er Sept 2013)

Le crochet, le corail et la géométrie. Pour la Science de juillet invitait ses lecteurs à une visite guidée d’objets mathématiques en tricot (voir la revue de presse de juin). En octobre, dans la rubrique « Arts et science », c’est une nouvelle rencontre pour le moins originale entre l’art et les mathématiques qui est proposée. L’art du crochet était quelque peu tombé en désuétude à la fin du siècle dernier. Depuis 1997 des mathématiciens se sont avisés que le crochet est un moyen idéal pour recréer certaines surfaces complexes présentes dans la nature. L’Hyperbolic Crochet Coral Reef (récif corallien hyperbolique au crochet) a été conçu et réalisé par l’Institute for Figuring et exposé dans le monde entier. C’est Margaret Wertheim qui dirige le projet pour recréer les formes des récifs de corail en utilisant une technique de crochet inventée par un mathématicien.

Les nombres premiers ne cessent de fasciner, d’émerveiller et de passionner les mathématiciens et les curieux (voir entre autres ce billet) depuis l’aube des temps. De nombreux articles et ouvrages leurs sont régulièrement consacrés. Le dernier en date est le dossier du numéro 800 de Sciences et Avenir qui titre en une : L’énigme des nombres premiers. En huit pages l’auteur, Azar Khalatbari, présente un rapide éclairage pour un large public de quelques aspects de travaux récents (et moins récents), ainsi que les mathématiciens qui y sont associés, le tout accompagné d’illustrations agréables et bien choisies. Dans ce même numéro d’octobre, et dans un tout autre domaine, Azar Khalatbari nous apprend, graphique à l’appui, que la statistique et l’œnologie font bon ménage. Deux chercheurs ont utilisé l’analyse des correspondances pour étudier les corrélations entre les noms de vins et les adjectifs qui les caractérisent. Le travail a porté sur dix vins de Loire. Libre à vous de poursuivre avec d’autres cépages …

Le magazine Science et Vie a lancé une série intitulée « 7 idées neuves pour le XXIe siècle ». Le septième et dernier volet consacré aux mathématiques sort ce mois-ci : « Penser types plutôt qu’ensembles ». L’article qui part de la réforme dite des « mathématiques modernes », lancée à la fin des « sixties », retrace l’évolution des mathématiques depuis quatre décennies. « Alors que la théorie des ensembles a fondé les mathématiques modernes … la notion de “type” a peu à peu remis en question cette formalisation » écrit Philippe Pajot, qui termine avec une interrogation sur un impact possible dans l’enseignement des mathématiques à l’école.

Dans Paris-Match, on pourra lire une recension du premier roman, intitulé La Théorie du Chaos, de Leonard Rosen, « professeur à Harvard et à Bentley » qui « fait irruption dans le monde du polar de façon très originale ». Si vous lisez l’anglais dans le texte, vous verrez ici qu’un « prequel » est déjà sorti. Parmi les personnages de ces deux romans, « Henri Poincaré, commissaire à Interpol et arrière-petit-fils du mathématicien Jules Henri Poincaré » ! Dans un autre genre, sachez que le roman de Cédric Villani, Théorème vivant, vient de sortir en livre de poche.

Pour finir

Si vous êtes plutôt bon enfant, on vous propose un tour de magie à un penny signalé par le coyote. Si vous aimez vous faire peur,
lisez dans gentside.com comment « un professeur de mathématiques a mis au point un modèle qui permet de prévoir la vitesse de contamination en cas de pandémie zombie ». Brrh ! Et en plus c’est très sérieux (la presse anglophone s’en était fait l’écho cet été, jusque dans le South China Morning Post).

Post-scriptum :

La photo de tricycle à roues carrées est reproduite avec l’aimable autorisation d’Ivars Peterson.

Notes

[1« L’UPS, c’est des camions marron et jaune. C’est aussi une association de professeurs de classes préparatoires qui se sont longtemps appelées classes de mathématiques spéciales, avant d’entrer dans la modernité des sigles plus ou moins heureux qui tissent le quotidien de nos métiers. » décode Sylvie Bonnet

[2Sur le thème des nombres premiers jumeaux, voir le blog de Terence Tao

[3La courbure d’un cercle est l’inverse de son rayon.

Commentaire sur l'article

  • Revue de presse septembre 2013

    le 1er octobre 2013 à 09:32, par Antoine Chambert-Loir

    Sur le site de Cédric Villani, on trouve une plus belle
    photo encore de la quadrature du cercle :

    Sinon, Heisenberg est mort dimanche soir.

    Répondre à ce message
  • Revue de presse septembre 2013

    le 3 octobre 2013 à 09:23, par Karen Brandin

    Un grand merci de nouveau pour cette revue de presse et ce tour d’horizon toujours aussi complet, passionnant et efficace.

    Parce que j’ai achevé il y a une quinzaine de jours la version française de « La théorie du chaos » de L. Rosen, je précise - sans doute parce que j’ai été un petit peu déçue- que la filiation du principal protagoniste avec Henri Poincaré est évoquée de manière plutôt anecoctique. Chez Mollat par exemple, ce roman est disponible au rayon « polars ». Il y a quelques allusions faîtes au mathématicien de génie mais ce n’est pas du tout un thème central dans l’ouvrage. C’est un livre distrayant mais de mon point de vue moins orienté « mathématiques » que par exemple « Le carnet de la mathématicienne » de M. Richmond pour citer un ouvrage relativement récent.

    Je signale aussi comme faisant partie de la rentrée littéraire : « Le cas Eduard Einstein » de Laurent Seksik (un très bon moment de lecture) et à paraître
    chez Cassini l’indémodable « Qu’est-ce que les mathématiques ? » de Richard Courant (il était annoncé pour le 01 Octobre 2013 mais pour le moment, il se fait attendre) ainsi que : « Dans la tête d’un génie » qui propose une biographie écrite par Masha Gessen de Grigori Perelman, l’insaisissable virtuose des maths.
    La sortie est prévue le 10 Octobre.

    Pour les plus jeunes (aussi ...!), devrait paraître dans la foulée : « L’affaire Olympia - Les secrets mathématiques de T. Folifou », premier roman aux éditions Le Pommier d’un ancien élève de l’ENS Ulm, Mickaël Launay.
    Bonne Lecture.

    PS : De nombreux ouvrages autour de l’enseignement viennent d’être publiés ; on peut citer en particulier « L’éducation réinventée » par le fondateur de la Khan academy. C’est un document qui a éveillé en moi des sentiments extrêmement contradictoires ...

    Répondre à ce message

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