Revue de presse septembre 2016

Le 1er septembre 2016  - Ecrit par  L’équipe Actualités Voir les commentaires

Cet été, actualité olympique oblige, il était beaucoup question de sport et d’olympiades ! Retrouvez aussi de grandes conjectures (résolues ou pas) et les nombreuses activités de médiation qui ont eu lieu tout l’été.
Bonne rentrée à vous !

Honneurs

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Médaille d’or catégorie benjamin

En cet été 2016, il n’y a pas qu’aux Jeux Olympiques que les médailles ont plu. Différents champions futurs, présents et passés étaient à l’honneur.

Commençons par le benjamin. La Presse nous présente Guillaume Paré, “champion de maths à 11 ans” qui a remporté la finale québécoise des Jeux mathématiques et vient à Paris pour disputer la finale internationale. Son papa est tout ému : « J’ai toujours su que mon fils a beaucoup de potentiel. On ne lui met pas de pression pour participer à ce concours, il adore les mathématiques (...) Le voir gagner la finale ici et savoir qu’il représentera le Québec à Paris, c’est une grande fierté comme parent. C’est simple, ma tête ne passait plus dans la porte ! ». Guillaume, lui, se voit en Léonard : « J’aimerais créer un triporteur, une machine à voyager dans le temps », a-t-il confié.

Aura-t-il le même singulier destin que Ruth Lawrence ? Selon The Times of Israel, celle-ci est devenue à 10 ans la plus jeune personne au monde à être admise à l’université d’Oxford, en 1981. Instruite à la maison par un père autoritaire dans le domaine des mathématiques depuis ses cinq ans, elle avait été saluée dans les médias britanniques comme un enfant prodige sans précédent. On la retrouve aujourd’hui juive orthodoxe en Israël, démêlant les secrets des nœuds à l’université hébraïque de Jerusalem. Papa, encore lui, a a déclaré être « immensément fier » d’elle, puis souligné que si elle n’est jamais devenue un génie connu mondialement, ce n’était pas un « échec » pour lui...

Quittons le vert paradis des amours enfantines. Elle y était pourtant il n’y a pas si longtemps, la jeune Belge Marion Hallet, dont nous parle le site dayly science Belgique, qui alterne la pratique du hockey et les maths. On nous apprend aussi que son programme de thèse à l’Université de Mons est déjà organisé pour les quatre ans à venir. Il suffit de parler de théorie des jeux évolutionnaires pour voir son regard s’illuminer. « J’ai été aux cours ouverts en physique et en mathématiques de l’université. Je n’ai rien compris à la physique, et j’ai été passionnée par les mathématiques. Mon choix n’a donc pas été très difficile… ». Marion, c’est le futur.

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Paradis mathématique

Selon le site Paperjam, ses voisins du Luxembourg ont eux choisi leur champion actuel en la personne de Simon Campese qui vient de recevoir le prix de la meilleure thèse de doctorat pour son travail probabiliste « Optimal rates, Fourth Moment Theorems and non-linear functionals of Brownian local times ». Le lauréat ne manque pas de souligner que « les conditions de travail étaient parfaites : des bureaux spacieux et bien équipés, des outils informatiques modernes, des visites régulières d’experts internationaux, un accès facile à toutes les revues importantes et des moyens aisés pour les déplacements. Sans parler de mon directeur de thèse, qui était toujours disponible et a été une source constante d’inspiration. » Ne boudons pas le plaisir d’ajouter que ses deux interlocuteurs étaient enseignants-chercheurs à Paris avant d’aller enrichir le Grand-Duché.

Mais les mathématiques françaises ont surtout brillé lors du congrès de Berlin de l’European Mathematical Society (EMS) qui a couronné Hugo Duminil-Copin et Vincent Calvez. Sur Image des Maths
Christoph Sorger nous présente les travaux probabilistes d’Hugo qui a réussi à déterminer « avec Stanislav Smirnov, une constante qui caractérise le nombre de chemins possibles pour des marches aléatoires auto-évitantes (c’est-à-dire qui ne passent pas deux fois au même endroit) dans le cas où le marcheur se déplace sur un réseau en deux dimensions en forme d’alvéoles d’abeille. Ces travaux relèvent de la recherche fondamentale, mais les marches aléatoires sont souvent utilisées pour modéliser les mouvements browniens des particules dans les gaz et elles ont de nombreuses applications en physique.“ Quant à Vincent Calvez, le Télégramme de Brest nous apprend que ses travaux “concernent la modélisation des mouvements collectifs des bactéries vers leurs sources de nourriture (...) En lien avec des biologistes expérimentaux, Vincent Calvez développe un nouveau modèle inspiré de la théorie cinétique des gaz. Ce modèle décrit à la fois les mouvements individuels des bactéries et le déplacement des colonies dans leur ensemble, et explique de manière satisfaisante l’onde de propagation qui caractérise ce déplacement. » Par un communiqué de Newspress la présidente de la région Île-de-France, Valérie Pécresse, n’a pas manqué de féliciter chaleureusement les deux lauréats. Sa passion des mathématiques est bien connue : elle avait su la partager en tant que ministre de l’Enseignement Supérieur avec le président Sarkozy inaugurant en fanfare la fédération mathématique de Paris, à l’aube d’un quinquennat qui fut si généreux pour les chercheurs.

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T’as dit Bâle ?

Les travaux de Vincent Calvez semblent être l’objet d’une petite querelle de clocher. Sa ville natale Brest et son territoire d’adoption scientifique Lyon [1] en revendiquent l’une et l’autre la genèse. Il pourra cela dit se consoler en lisant un article sur un autre mathématicien, assez célèbre, déchiré lui aussi entre plusieurs lieux. La Suisse, par la voix de la Tribune de Genève semble en effet décidée à revendiquer haut et fort le caractère helvétique et bâlois d’Euler, « un des premiers découvreurs du calcul infinitésimal et de la théorie dite des graphes », dont Berlin et surtout Saint-Pétersbourg pourraient aussi légitimement se montrer dépositaires. Il y a cependant un argument imparable : « Pour tout Helvète qui avait l’âge de raison il y a 5 lustres, Euler était cet homme enturbanné figurant sur les billets rosâtres de nos 10 francs en cours de 1976 à 1995 ». Vu le cours du franc suisse, la balance (des paiements) penche nettement de ce côté.

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Ce thème du pouvoir symbolique prisonnier du pouvoir financier aurait pu être abordé par notre globe-trotter mathématico-national Cédric Villani dont la presse du mois suit toujours avec assiduité les aventures qui le placent cette fois en une singulière posture. D’une part, il sera une des vedettes de l’édition 2016 de la Fête de l’Humanité, ce dont l’Humanité se félicite. Même s’il se déclare politiquement sans étiquette (“donc de droite”, aurait dit Roger Godement qui vient de nous quitter ?) – « je suis universaliste et fédéraliste européen, comme l’était le grand mathématicien Henri Cartan », Villani reconnaît : « Dans la Fête de l’Huma, il y a des valeurs qui me parlent : transmission, musique, joie, politique… Et puis, les sciences et le communisme sont historiquement liés en France. » Mais d’autre part, nous apprend La Croix, il vient d’être nommé membre de l’Académie pontificale des sciences par le pape qui, comme nous le rappelle le journal, fondée en 1847 par Pie IX, renouvelée en 1936 par Pie XI, a pour but de « promouvoir le progrès des sciences mathématiques, physiques et naturelles, et l’étude des problèmes épistémologiques qui leur sont liés », dans une « totale liberté » de méthode et de recherche (Pie XII). Le but ultime de Cédric serait-il de mettre Jésus et Marx dans une même équation ?

S’il veut l’exposer sur Canal+, l’intervieweuse est toute trouvée. Ophélie Meunier, la brune égérie de Yann Barthès se confie en effet à Téléstar et déclare n’avoir pas toujours souhaité devenir journaliste. Elle se destinait à un tout autre métier... Très forte en mathématiques, elle pensait décrocher un emploi dans ce domaine : « J’ambitionnais de devenir professeur agrégé de mathématiques. Enseigner aux lycéens, c’était mon rêve. » La télévision rapporte sans doute légèrement plus, mais explorer les zones interdites de Cédric permettra à la charmante rêveuse de reprendre contact avec ses anciennes amours.

Olympiades, Culture mathématique

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Les Olympiades Mathématiques Internationales 2016

Cette année, les Olympiades Internationales des Mathématiques ont eu lieu à Hong Kong.
La France n’a pas répété sa brillante performance de l’année dernière. Elle avait fini 14e - la marche était tout de même très haute. Elle finit cependant à un 25e rang plus qu’honorable et tout à fait conforme aux résultats des années passées. Le Monde évoque la performance de l’équipe. Le site Animath présente les candidats, leur performance ainsi qu’un compte-rendu détaillé de leur séjour. Les chiffres bruts de la compétition sont disponibles sur le site officiel. On pourra noter qu’à l’exception des Etats-Unis 1ers, de la Russie 7e et du Royaume-Uni 8e, le Top 11 est composé exclusivement de pays de l’Asie de l’Est.
À lire aussi, pour un panorama complet, le Huffington Post Maghreb qui évoque l’équipe d’Algérie, le Times of Israel celle d’Israël, Agefi celle de Suisse et Le Courrier pour celle du Vietnam.
Notons que Henning Zhang, l’un des membres de l’équipe suisse, aurait aussi pu participer aux Olympiades Internationales de Physique... sauf que les deux compétitions avaient lieu en même temps. Espérons donc que le calendrier des compétitions soit harmonisé le plus rapidement possible.
Le Monde, mentionne enfin un des membres de l’équipe de la Corée du Nord ayant profité de l’occasion pour fuir son pays et passer au sud.

Autres compétitions mathématiques

L’exploit est comparable à la victoire de la Grèce à l’Euro 2004 : l’équipe du Lycée Bellevue à Toulouse a brillamment remporté le 8e Tournoi international des jeunes mathématiciens face à des Russes, Bulgares, Roumains ou encore des lycéens du prestigieux lycée Henri-IV à Paris. A lire dans La Dépêche du Midi.

Une autre compétition originale est évoquée dans de nombreux articles de presse français et francophones : le Mediterranean Youth Mathematical Championship. Présentée sur le site de l’université organisatrice La Sapienza (Rome) (en anglais), son format original requiert des équipes de quatre lycéens devant comporter obligatoirement deux filles et deux garçons. Le Huffington Post se fait l’écho de la troisième place de l’équipe d’Algérie. L’équipe de France, quant à elle, termine brillamment première du tournoi : pour un compte-rendu (tout sauf aride), voir le site d’Animath.

Une autre compétition par équipes que nous mettons en avant a eu lieu cet été en Guinée : comme rapporté par Guinéenews, le Lycée Donka a été sacré champion. Parmi les prix, une bourse pour l’Université d’Agadir (Maroc).
Enfin, au Luxembourg, L’Essentiel nous présente le concours Maach Math où chaque équipe est formée d’une classe entière !

Culture mathématique

Laissons maintenant le monde des compétitions mathématiques. Cet été, de nombreux acteurs de la médiation étaient également à l’honneur. Le Journal du Pays Yonnais (il s’agit du pays d’Yon en Vendée, et non de l’Yonne !) se fait l’écho d’un stage mathématique d’excellence pour collégiens. A Montréal, Radio Canada parle d’un parcours d’énigmes urbaines organisé par deux étudiantes de l’UQAM. Exemple : « si l’on ferme une voie rapide, les trajets des automobilistes seront-ils plus longs pour se rendre du point A au point B à l’heure de pointe ? »

Dans La Dépêche du Midi, on trouve la mention d’une accroche pour le moins originale pour le festival de musique classique de Saint-Lizier (Hautes-Pyrénées) : « La beauté des nombres, hommage à Alexander Grothendieck ». Le journal toulousain nous amène également dans la ville de Mirepoix (Ariège) qui constitue décidément un terreau fécond pour le mélange entre mathématiques et art. Tout d’abord, nous allons au festival de la marionnette où de nombreuses créations sont le travail commun de scientifiques et d’artistes. Puis nous rendons visite au club Maths en art regroupant des élèves de cinquième et sixième dont les activités consistent par exemple à « réalis[er] la décoration du mur du fond du gymnase sur le thème du cirque » tout en « [faisant] tracer aux élèves des personnages avec des figures de géométrie, sur le principe des tangrams, un puzzle chinois ».

La Nouvelle République (du Centre-Ouest) fait une présentation de l’exposition d’art abstrait sur le thème « Rythme et géométrie » au couvent des Cordeliers à Châteauroux.
Ce même journal nous amène à la Nuit des Maths à Tours pour entre autres du « théâtre algébrique » et à Blois avec un portrait du mathématicien belge Daniel Justens qui a coréalisé avec le célèbre auteur de bandes dessinées Philippe Geluck deux livres sur les liens entre les mathématiques et Le Chat.

La statistique expliquée à mon chat

Passons maintenant du côté des chaînes Youtube. Le site Numérama présente la bien connue et très ludique Micmaths de Mickaël Launay, déjà évoquée dans ces colonnes. Le même site parle également d’une nouvelle chaîne très prometteuse ayant pour nom La statistique expliquée à mon chat. Celle-ci fait œuvre de salubrité publique dans la mesure où l’on fait souvent dire tout et n’importe quoi aux nombres.

Nous donnons également deux liens plus ludiques. Tout d’abord, le site Konbini nous fait découvrir les formes géométriques des grandes villes vues du ciel. Ensuite, des échos d’une exposition d’art géométrique au musée Goya de Castres signalée (encore une fois !) par La Dépêche du Midi. Finalement, France 3 nous fait découvrir le Rikudo, un petit jeu « cousin du sudoku et des mots croisés » (même si d’après nous le lien avec les mots croisés est plus que discutable...) créé par deux chercheurs de l’Institut d’Optique.

Applications, recherche

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Après l’effort...

Les quarante-deux médailles de la France aux jeux olympiques de 2016, on y revient. Comme le titre Le Point, « les scientifiques se mettent au sport en laboratoire ». Au programme : mécanique des fluides pour la natation, système d’équations pour le sprint et calcul numérique pour parer les coups des adversaires. La Dépêche en pleure de joie : la chercheuse Amandine Aftalion (CNRS) a mis au point « le modèle mathématique de la course optimale après avoir étudié les performances d’athlètes de haut niveau ». Contrepoints semble lui s’étonner que la culture scientifique ne soit pas le fort des commentateurs sportifs. Dans Vousnousils, le statisticien Pierre Bertrand (Clermont-Ferrand) donne des éléments plus concrets : « Des statisticiens analysent (...) permettant à l’équipe d’encadrement de détecter si un joueur est fatigué, s’il a des risques de blessures ».

L’analyse de données nourrit bien d’autres fantasmes. Libération se demande ainsi : « Demain, pourrons-nous prévoir les attentats grâce aux algorithmes ? » Ce n’est pas une blague, « un célèbre hacker (le Jocker) aurait mis au point un tel algorithme. Celui-ci fonctionne en partie avec de l’intelligence artificielle. Au total, ce sont plusieurs térabits de données qu’il décrypte chaque semaine. Et en plus d’en analyser le contenu brut, l’IA serait capable d’en déterminer le ton, indiquant le degré de violence de la conversation, et les intentions dissimulées des auteurs ». Brave new world.

De tels algorithmes devront en tous cas faire preuve de rapidité. Espérons qu’il faille moins de dix milliards d’années pour que l’alerte soit donnée. Pourquoi dix milliards d’années dites-vous ? Et bien, il s’agit du temps dont un homme aurait besoin pour lire la plus grande preuve de mathématiques de tous les temps. Cette preuve a été obtenue par un supercalculateur. Le Point, 20 Minutes, Europe 1, CNRS Le journal et MaxiSciences consacrent chacun un article à ce sujet. Cela faisait trente-cinq ans que la bicoloration des triplets de Pythagore occupait les spécialistes du domaine. Et ce sont trois informaticiens qui ont pu résoudre le problème à l’aide d’un algorithme de conception française et bien sûr du supercalculateur. L’énoncé du problème est le suivant : « est-il possible de colorier chaque entier positif en bleu ou en rouge de telle manière qu’aucun triplet d’entiers a, b et c qui satisfait la fameuse équation de Pythagore a au carré plus b au carré égal à c au carré soient tous de la même couleur ? » Réponse : il est possible de le faire jusqu’à l’entier sept mille huit cent vingt-quatre. Au-delà, ça ne l’est plus. On a alors une preuve « d’une taille équivalente à tous les textes numérisés détenus par la bibliothèque américaine du Congrès » soit deux cent mille milliards d’octets. Mais qui va relire la preuve ?

À moins bien sûr qu’un super-génie ne voit le jour, une sorte de Will Hunting. C’est justement l’histoire qu’a vécu récemment la Chine, comme le relatent Metronews et News SFR. « Yu Jianchun, employé dans une entreprise spécialisée dans la livraison de colis, a surpris plusieurs universitaires chinois en proposant une solution alternative à un célèbre problème mathématique ». Yu Jianchun a en effet réussi l’exploit de vérifier si un nombre est dit de Carmichael ou non. Pourtant, il n’est jamais allé à l’université.

La recherche universitaire a elle aussi fait les titres cet été. Actualité Houssenia Writing revient ainsi sur la conjecture ABC et la preuve de cinq cents pages qu’en aurait donnée Shinichi Mochizuki… si ses pairs arrivent un jour à la déchiffrer. Une autre conjecture continue à résister comme l’indique le Blog de Pascal Gavillet. « La conjecture de Polignac affirme que tout nombre pair peut s’écrire d’une infinité de manières comme la différence de deux nombres premiers consécutifs ». Pascal Gavillet rappelle au passage que certaines avancées récentes dans ce sens sont dues au Chinois Zhang Yitang et à l’Anglais James Maynard. De leurs côtés, Christophe Sabot et Pierre Tarrès sont parvenus à établir un « lien explicite entre les marches aléatoires renforcées par arêtes et un modèle supersymétrique sigma hyperbolique en théorie quantique des champs ». C’est d’ailleurs l’objet d’un article du CNRS INSMI (Institut National des sciences mathématiques et de leurs interactions).

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...le réconfort

Nos capacités mathématiques ne dépendraient pas du langage. C’est ce que relate l’Agence Science Presse. Selon certaines théories, les capacités mathématiques s’appuient sur des « circuits cérébraux anciens ayant évolué pour traiter les nombres et l’espace ». D’autres postulent que « ces capacités mathématiques font appel à nos compétences langagières ». Ce débat est-il sur le point d’être tranché ? Après avoir scanné les cerveaux de mathématiciens professionnels et de non-mathématiciens ayant un bagage académique comparable, il semblerait que les zones activées lors de réflexions mathématiques ne soient pas celles du langage.

Et si les capacités mathématiques étaient plutôt situées dans l’estomac ? En effet, Qc Lifestyle nous convie à toujours choisir une pizza en format large et ce, au nom des mathématiques. À moins qu’elles ne soient une affaire de cœur ? Un blog de France TV Info livre aux âmes solitaires quelques astuces pour maximiser leurs chances de succès sur les sites de rencontre. Elles pourront ensuite utiliser l’équation du mathématicien James Murray pour estimer leurs chances de divorce...

Enseignement

Les jeux vidéo, c’est bien !
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Minecraft

Une étude australienne menée par le Royal Institute of Technology de Melbourne montre une corrélation entre l’usage des jeux vidéo en ligne et de meilleures notes au lycée, selon Le Monde et Les Echos. Les différences sont statistiquement significatives, mais minimes ! Par contre, les élèves qui passent la majorité de leur temps sur Facebook sont moins bons, ça, c’est certain ! Sur le même thème,
Cédric Villani s’exprime sur le site rue89 et acteurspublics. Selon lui, l’apprentissage du numérique devrait être un apprentissage du code, dès 10 ans, et pas celui d’une tablette. Ce, pour forger une conscience citoyenne de l’informatique. Il livre aussi ses réflexions dans l’opinion sur la sélection à l’université, la réforme du collège, le brexit !

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Les yeux d’une araignée sauteuse

Sur les écrans toujours, la Khan Academy propose deux énigmes sélectionnées par le journal Le Monde.
Quelle fraction des yeux d’une araignée te regarde t-elle ? C’est ici et l’énigme du troll et des systèmes d’équations, c’est .

En attendant, la pénurie de profs est toujours là. Les chiffres parlent : 304 admis à l’agrégation pour 467 postes, 1134 admis pour 1440 postes au CAPES. De nombreux sites, dont francetvinfo et Boulevard Voltaire font part de la crise du recrutement des professeurs, pas seulement en mathématiques et pas seulement dans le second degré. Les causes sont multiples : dévalorisation du métier (salariale et dans son contenu), trop de réformes et des normes pédagogiques aberrantes pendant la formation (selon Boulevard Voltaire).

Tout aussi sombre, une étude de l’OCDE sur les inégalités, résumée par mediapart et l’économiste pointe la mauvaise place de la France dans ses rapports entre les inégalités sociales et l’apprentissage des mathématiques. Les parcours socialement différenciés, l’homogénéité des classes, les différences d’efficacité du temps d’instruction accroissent les inégalités de performances entre élèves. Dans la plupart des tests quantitatifs, le France obtient un résultat inférieur à la moyenne des pays de l’OCDE.

Car, c’est bien connu, le niveau baisse ! On entend aussi cela en Belgique, d’après le Soir. Les résultats du CE1D, examen de fin de deuxième année secondaire sont les pires des cinq dernières années, surtout en mathématiques. Pourtant, d’après Marie Jaspers, docteur en mathématiques, les questions n’étaient pas plus difficiles. Selon elle, les causes sont nombreuses et parmi elles le refus d’étudier la théorie et la culture de la moyenne. Ces considérations sont résumées dans un second entretien : « ce qu’un ado doit apprendre, c’est l’effort ». Selon lalibre.be, la solution se trouve en Flandres et en… Asie !

Les Britanniques sont aussi arrivés à la même conclusion.
De nombreux sites, dont french.china, express business (en français) et telegraph, dailymail, guardian (en anglais) annoncent la volonté du gouvernement britannique d’appliquer à la moitié des élèves de primaire le programme d’enseignement traditionnel des mathématiques utilisé en Chine. Cette décision a été guidée par le bon classement de la Chine dans les tests internationaux. Elle se traduit par l’arrivée de 68 enseignants de Shanghai ; elle est toutefois critiquée pour aller à l’encontre du principe de libre choix des méthodes pédagogiques des enseignants anglais.

En Israël, il y a encore plus simple : arrêter les maths.
Le timesofisrael, le site tel-a-vivre, l’express, entre autres, rendent compte de la décision de la Knesset annulant une loi qui visait à supprimer les subventions d’états pour les écoles juives ultra-orthodoxes qui n’enseignaient pas des matières fondamentales comme les mathématiques. C’est le résultat du retour des deux partis ultra-orthodoxes au gouvernement en 2015.

Sur le continent africain, le premier colloque sur les mathématiques (et la vie quotidienne) qui s’est tenu à l’Ecole Normale Supérieure de Yaoundé, au Cameroun, du 18 au 19 août, a tenté de répondre à la question : « A quoi ça sert, les maths ? », rapporte le journal du Cameroun. Problématique plus locale, la Dépêche de Kabylie évoque un colloque à Barbbacha (Algérie) portant sur l’enseignement des mathématiques à l’école primaire en tamazight (langue berbère), langue maternelle des élèves dans cette région de l’Algérie.

Genre, stéréotypes, biais positifs, déformations d’espaces vectoriels.
Une étude parue dans Science, relayée par le Huffington Post, franceinter, Le Monde montre que les femmes bénéficient d’un biais positif lors de l’évaluation pour le recrutement au CAPES et à l’agrégation dans les matières où elles sont sous-représentées (notamment les mathématiques). Les solutions pour réduire cette sous-représentativité se trouvent donc en amont de ce recrutement. Il est à noter que les hommes bénéficient du même biais dans les sciences humaines, mais l’effet est plus faible.

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Le site madmoizelle publie un article assez général sur les stéréotypes en rappelant cette expérience de Spencer, Steele et Quinn (1999) qui montre que les capacités mathématiques des femmes sont inférieures à celle des hommes lorsqu’elles sont conscientes d’être victimes de ce stéréotype. Ce n’est pas le cas sinon.

Le site Houssenia writing explique comment les réseaux neuronaux créés par Google pour analyser la structure du langage s’appuient sur une base de données qui comporte un biais sexiste important. Ces réseaux étant modélisés par un espace vectoriel, des chercheurs de Microsoft Search et Tolga Bolukbasi, de l’Université de Boston ont montré que ce biais pouvait être vu comme une déformation dans l’espace vectoriel. Il suffit donc d’appliquer la déformation inverse pour rendre la base de données plus neutre !

Parutions

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0,111...=1 !

Est-ce-que 0,999… est bien égal à 1 ? Dans le numéro d’août de Pour la Science Jean-Paul Delahaye brosse une synthèse de ce qui a été écrit sur le sujet de Leibniz à Robinson. Car la question n’est pas si anodine que ça et mérite que l’on s’y arrête. « De nombreuses études réalisées en divers endroits du monde confirment que même après une ou plusieurs démonstrations en bonne et due forme, tout le monde n’est pas convaincu de l’égalité ». L’auteur passe en revue plusieurs démonstrations et propose au lecteur différents angles d’attaque. Clair et bien documenté, agrémenté d’encarts permettant d’approfondir les points les plus cruciaux, cet article est une agréable promenade mathématique qui devrait « désembrouiller » une question que beaucoup considèrent comme contre-intuitive. Il serait intéressant de savoir si, finalement, « l’étudiant récalcitrant » a été convaincu. Toujours dans le numéro d’août les amateurs de cryptographie retrouveront dans la rubrique Histoire des sciences « comment on a sécurisé les cartes à puce ». Réputées au départ inviolables, il s’avéra assez rapidement que la sécurisation ne pouvait passer que par des algorithmes de cryptage suffisamment puissants.

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Srinivâsa Aiyangâr Râmânujan

Beaucoup considèrent Ramanujan comme la figure la plus fascinante et la plus attachante des mathématiques du vingtième siècle. L’édition des « carnets de Ramanujan » est maintenant achevée et un film retrace cette vie courte et intense. En septembre, la rubrique « mathématiques » de La Recherche consacre un article au « destin prodigieux et fugace » de l’homme qui connaissait l’infini. On doit à son intuition exceptionnelle plusieurs milliers de formules et de résultats qui ont profondément marqué et continuent de marquer de nombreux domaines mathématiques. « Comment est-il parvenu à tous ces résultats ? » s’interroge Philippe Pajot. La question qu’inévitablement tout le monde se pose.

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Le plafond de verre

Roger Mansuy a choisi de son côté de nous parler de la conférence de Claire Mathieu prononcée à l’IHP en mai, « Le plafond de verre dans les réseaux sociaux ». La parité dans le domaine de la recherche mathématique est et reste un problème profond qui résiste à toute explication simpliste. Il est régulièrement abordé sous tous les angles sans qu’une solution n’apparaisse. La condition des femmes parmi les chercheurs a été récemment étudiée par une équipe internationale qui a publié un article : « Homophily and the Glass Ceiling Effect in Social Networks » qui tentait d’expliquer le très faible nombre de thésardes parmi les directeurs ayant eu beaucoup d’étudiants. C’est aussi pour Roger Mansuy l’occasion d’évoquer la mémoire de son directeur de thèse Marc Yor décédé en 2014. Le plafond de verre (une expression apparue aux États-Unis à la fin des années 1970) avait fait sur ce site l’objet d’un article écrit il y a six ans par Michelle Schatzman.

Article édité par Louis Dupaigne

Notes

[1cf. Tout Lyon

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Pour citer cet article :

L’équipe Actualités — «Revue de presse septembre 2016» — Images des Mathématiques, CNRS, 2016

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