Revue de presse septembre 2017

Le 1er septembre 2017  - Ecrit par  L’équipe Actualités Voir les commentaires (1)

C’est une revue de presse étoffée que nous vous proposons en cette rentrée 2017. L’été aura été marqué par de nombreuses disparitions, dont celle de Maryam Mirzakhani. On vous parle aussi des Olympiades internationales ou de la construction explicite d’une « sphère réduite ». Quant à la rentrée scolaire, elle s’annonce à nouveau compliquée par la pénurie d’enseignants. Bonne lecture !

Honneurs

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Cathleen Synge Morawetz

Cette fin d’été se présente sous des couleurs automnales et la presse de la rentrée invite au recueillement. Il faut dire que la moisson de la grande faucheuse fut abondante pendant l’été des mathématiciens, et tout spécialement des mathématiciennes. Cathleen Synge Morawetz nous a quittés. Comme le rappelle le site science.ca elle était “responsable des plus récentes avancées dans les équations aux dérivées partielles et les mathématiques de propagation des ondes utilisées dans l’aérodynamique, l’acoustique et l’optique”. Elle a été également la première femme directrice du Courant Institute à New York University de 1984 à 1988. Elle ne manquait pas d’ironie et avait déclaré : “Peut-être que je suis devenue mathématicienne parce que j’étais tellement minable dans les travaux ménagers."

Une autre disparition rapportée par le New York Times est celle de Marina Ratner, à 78 ans chez elle en Californie. Émigrée juive russe, elle avait établi avec succès une connexion entre la physique et la théorie des nombres. Comme l’a déclaré Artur Avila, Marina Ratner a fait mentir le mythe selon lequel il faudrait être jeune pour faire de bonnes mathématiques puisque c’est à plus de 50 ans qu’elle obtint la plupart de ses résultats importants.

Gérard Tronel vient lui aussi de disparaître. « Il avait suivi Jacques-Louis Lions lors de la création, en 1969, du Laboratoire d’analyse numérique [de l’Université Paris 6] où il a fait ensuite toute sa carrière » relate Benoît Perthame, directeur du laboratoire. Il était connu pour son implication dans la diffusion des mathématiques et surtout pour son combat pour la réhabilitation de la mémoire de Maurice Audin.

Mais c’est évidemment la mort de Maryam Mirzakhani à 40 ans qui a plongé la communauté mathématique dans la stupeur. Elle était la première femme à avoir reçu la médaille Fields comme la présente revue de presse s’en était fait largement l’écho en 2014. Repris par rtl.fr, son compatriote Firouz Michael Naderi, scientifique américo-iranien passé par la Nasa, twittait : « Une lumière s’est éteinte aujourd’hui. Cela me brise le cœur… Partie bien trop tôt ».

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Maryam Mirzakhani, médaille Fields 2014, morte à 40 ans

Repris dans le Teheran times, le ministre iranien des Affaires étrangères Zarif a lui immédiatement écrit sur son compte Instagram “sa profonde tristesse ainsi que celle de tous les Iraniens qui sont fiers de leurs scientifiques éminents et reconnus”. Libération rappelle que Maryam Mirzakhani était l’auteure de nouvelles méthodes de calcul relatives aux objets dont les surfaces sont hyperboliques, telle une selle de cheval. Le journal rapporte aussi le commentaire du Stanford News pour qui, malgré leur nature hautement théorique, ses résultats avaient des applications en physique, mécanique quantique et d’autres disciplines hors des mathématiques.
Mais pour le journal Pour la Science, « Maryam était tout sauf quelqu’un d’incompréhensible (...) Elle nous rappelait, par ses mots et ses actions, que les concepts mathématiques pouvaient être compris de tous si l’on y mettait assez de cœur à l’ouvrage. (...) Elle parlait clairement, d’une manière posée et expliquait les étapes de son raisonnement avec plaisir et passion. » Et Le Monde ajoute à ce portrait le propre commentaire ironique de la mathématicienne. Dans l’interview accordée à la Fondation Clay, elle se décrivait alors comme une « chercheuse lente », ayant besoin de réfléchir longuement aux problèmes. D’ailleurs, « la majorité du temps, faire des maths est comme grimper une montagne, sans chemin et sans perspective devant », estimait-elle.

Maryam est maintenant arrivée au sommet. Au-delà du recueillement auquel nous invitent ces tristes nouvelles, elles nous rappellent aussi cette évidence : les mathématiques sont une activité humaine dont elles ont les joies et les fragilités. Sans doute est-ce pour cela qu’il ne faut jamais perdre une occasion de les regarder avec humour, comme c’est le cas dans le concours “Science et humour” dont science et avenir présente les lauréats. C’est une mathématicienne qui a remporté le prix catégorie photo avec un acrobatique retournement, mais c’est un ingénieur biologiste, Mohammed Moudjou, qui a obtenu la distinction pour son dessin sur la science infuse qui illustre bien lui aussi notre finitude et dont on remarque qu’elle inclut un triangle de Pascal.

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La Science Infuse, par Mohammed Moudjou

Se pourrait-il que la vue de ce dessin ait soudain inspiré le pape François pour évoquer une béatification de Blaise Pascal ? À dire vrai, la perspective ne manque pas de sel quand on se rappelle comme le signale La Montagne combien le philosophe, mathématicien, polémiste et théologien français du XVIIe siècle s’était vivement opposé aux jésuites à son époque. Le Télégramme de Brest surenchérit en s’étonnant qu’un pape jésuite reconnaisse les « vertus héroïques » d’un proche des jansénistes, ennemis jurés de la compagnie de Jésus. “Pascal n’a-t-il pas eu la plume féroce, dans ses « Provinciales », contre ces « frères » accusés de morale relâchée ? « Ironie de l’histoire », a commenté le père Patrick Goujon, sur CNews. « Un geste d’ouverture, de tolérance », selon ce père jésuite, pour qui le pontife argentin cherche ici « peut-être moins la provocation que la réconciliation ».”

Regardons un peu vers l’avenir. D’abord pour se réjouir avec L’Orient Le Jour des quatre élèves libanais reçus cette année à l’École Polytechnique. Comme le rapporte le journal, “unanimement, les quatre jeunes gens constatent que les deux années préparatoires furent une étape difficile." L’un d’eux précise : « Ce qui m’a sauvé, c’est le sport. Je m’entraînais presque quotidiennement. ». Non sans mentionner aussi qu’en tant qu’étrangers, le financement de leurs études en France ne va pas de soi. « Nous sommes à la recherche de bourses pour couvrir les frais des années qui nous attendent. » Est-ce l’abus de sport qui a aussi propulsé le jeune Yasha comme enseignant de mathématiques à 15 ans dans une université britannique ? Comme le rappelle Le Figaro, “ce génie des mathématiques faisait déjà la Une des médias britanniques à 10 ans”. Et le journal de rapporter le commentaire douteux de la BBC en 2012 : « Cet enfant de 10 ans a une calculette à la place du cerveau ». Pour que les mathématiques gardent leur part d’humanité, souhaitons qu’il s’agisse là d’un commentaire essentiellement comique…

Enseignement

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La rentrée s’annonce plutôt tendue dans l’éducation nationale.
Le Monde parle du « chamboule-tout et des contradictions » de Jean-Michel Blanquer, nouveau ministre de l’Éducation nationale. La FSU, principal syndicat d’enseignants, s’inquiète dans un communiqué des conditions de cette rentrée, en particulier de la suppression des contrats aidés. Cette mesure a provoqué, nous dit France-Info, la colère de la maire d’une commune du Calvados, qui a décidé de retarder la rentrée d’une semaine, initiative sans précédent.

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À Valorbiquet, rentrée scolaire retardée d’une semaine faute d’emplois aidés

Dans les universités, la situation est au moins aussi grave, comme le souligne Le Monde. Les couacs du système APB (admission post-bac) ont alimenté la chronique pendant tout l’été : Le Parisien recensait à la mi-juillet 65000 bacheliers sans affectation. Un mois plus tard, selon LCI, ils sont encore 6000 à n’avoir été admis dans aucun établissement d’enseignement supérieur. De plus, MCE, qui confirme ce chiffre, révèle que 11000 jeunes ont abandonné la procédure APB au cours de l’été. Manifestement, la forte poussée démographique (plus de 40000 étudiants potentiels selon LCI) n’a pas été anticipée, ce qui laisse pantois. La ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Frédérique Vidal, annonce dans Le Monde sa volonté de revoir entièrement la procédure APB, de refuser la méthode du tirage au sort pour les inscriptions, et surtout de mettre fin au taux intolérable d’échec en première année d’université (60%). Elle se défend de songer à la mise en place d’une sélection à l’entrée de l’université, mesure pourtant annoncée dès le début de l’été par le premier ministre pour la rentrée 2018, nous disaient Les Échos. Cette question a été abordée en juillet dans la matinale d’été de France-Culture, lors d’un débat (en deux parties) sur l’avenir de l’université auquel participait Martin Andler, mathématicien, professeur émérite et co-responsable du pôle enseignement supérieur et recherche du « think tank » Terra Nova.
L’élément essentiel de la crise dans l’éducation reste la pénurie de professeurs, même si les médias restent plutôt discrets sur le sujet. Parions qu’il reviendra au premier plan une fois que les élèves auront repris le chemin de l’école. Le nombre toujours important de postes non pourvus aux concours de recrutement avait tout de même attiré l’attention de la presse au début de l’été, mais La Croix se contente de rapporter les chiffres à l’état brut, et si Le Monde tente de trouver quelques explications à cette désaffection persistante, il passe sous silence ce qui en est de toute évidence le facteur le plus important : la réforme catastrophique de la formation et du recrutement des enseignants imposée au début de la présidence de Nicolas Sarkozy, la fameuse « mastérisation » annoncée dès 2008 et mise en œuvre peu après. Presque unanimement critiquée au sein de la communauté éducative, cette réforme portait en germe la désertion des étudiants des métiers de l’éducation, comme l’expliquait Pierre Arnoux dès 2013 dans Tangente-Éducation (voir aussi le dossier consacré à ce sujet en 2014 par la Commission Française pour l’Enseignement des Mathématiques (CFEM)). Si l’élection de François Hollande en 2012 a permis de revenir sur quelques mesures parmi les plus nocives (comme la suppression de l’année de formation professionnelle), le changement profond qui s’imposait n’a pas eu lieu et nous payons aujourd’hui, et hélas pour longtemps encore, cette réforme absurde.

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Nombre de candidats et nombre de postes au CAPES depuis 50 ans

Les mathématiques sont une des disciplines les plus touchées par le manque d’enseignants. Elle se serait bien passée du « bug » qui s’est produit lors de la publication des résultats du CAPES, signalé par de nombreux sites, dont Le Figaro, France 3 - Nouvelle Aquitaine ou encore La Dépêche, qui fait état des recours envisagés par les candidats qui en ont été victimes. Ce qui choque le plus dans cette affaire, c’est la légèreté avec laquelle le ministère s’est adressé aux candidats mécontents, en particulier la formule laconique utilisée pour leur répondre (« Veuillez nous excuser pour la gêne occasionnée » !), et l’absence de toute explication quant à l’origine de l’erreur.
Des professeurs absents non remplacés, cela risque d’être le lot de pas mal d’élèves dans l’année qui commence. Heureusement, la justice veille et sait très bien mesurer le dommage qui en résulte pour les familles : Le Parisien nous apprend ainsi que l’État a été condamné à verser la somme de 96 euros aux parents d’un élève du collège Lakanal de Colombes qui avait été privé de cours en français, histoire et mathématiques. Comment le tribunal administratif a-t-il calculé le montant de la condamnation ? C’est simple : ce sont 96 heures qui ont été manquées.
Une heure de cours non fourni = un euro ! Cette estimation en dit plus long sur la valeur de notre système éducatif que bien des commentaires !
On comprend que certains, comme le Gorafi préfèrent rire de tout cela...
Dans notre revue de presse de juillet, nous mentionnions les nombreux sites qui proposent les sujets du bac. Le brevet n’a pas tardé à suivre, notamment dans Le Monde, ou dans l’Étudiant, qui donne en prime des corrigés. Nous rapportions aussi l’histoire des copies de bac volées à un correcteur, ce qui avait obligé une soixantaine de candidats à repasser une épreuve de mathématiques. Eh bien France-Soir a appris que ces copies ont été retrouvées ! Mais il était trop tard : les candidats étaient déjà en train de plancher sur l’épreuve de remplacement.
Pour le reste, la presse s’est intéressée cet été à un système mis au point par une enseignante grenobloise pour initier les élèves mal voyants à la programmation informatique (France-Bleu-Isère et France 3 - Auvergne-Rhône-Alpes), au succès grandissant du « boulier mental » chinois dans les écoles occidentales (french-people.cn : à noter que l’article ne permet pas vraiment de comprendre en quoi consiste cette nouveauté !), à Cubetto, un robot qui apprendrait aux enfants le codage, de façon ludique et sans recourir à un écran d’ordinateur (les rédacteurs du Huffpost, qui l’ont testé, ne semblent pas vraiment enthousiastes, et l’on n’obtient aucune explication sur la façon dont cela fonctionne), et enfin, une fois encore, à l’utilisation des jeux vidéo pour enseigner les mathématiques : il s’agit ici de « minecraft », cela se passe au Canada (Québec), dès le CE2, c’est rapporté par le site vousnousils, et ça s’appelle du « serious gaming » ; les Québécois ne nous avaient pas habitués à ces anglicismes !
Bonne année scolaire !

Applications

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Qui a dit que les mathématiques ne servaient à rien ? En tout cas, pas Charles Lebon Mberi Kimpolo, le manageur général de l’Institut africain de mathématiques et de sciences (AIMS). En effet, comme le relate Infos Plus Gabon, ce dernier a exhorté la jeunesse africaine (et en particulier gabonaise) à se consacrer à l’étude des sciences en général et les mathématiques en particulier. Selon lui, les mathématiques sont un outil essentiel au développement du pays.
Donnons quelques exemples d’applications pratiques. Pour commencer, Le Monde nous apprend que le prix des billets de train n’est pas une simple fonction de la distance à parcourir. On croyait en effet la finance reine de l’embauche des data scientists. C’était sans compter la SNCF : « Le travail de ces spécialistes consiste à remplir chaque train de façon rentable ». Selon le directeur marketing de Voyages SNCF, Pierre Matuchet, les data scientists « gardent aussi un œil sur la concurrence, plus précisément aérienne ». Restons dans les transports en commun avec cette fois la disposition des arrêts de bus. France Inter s’intéresse à « ces équations mathématiques qui ont fait irruption dans notre vie quotidienne » par le biais des algorithmes qui décident de l’emplacement des arrêts de bus. Personne n’y échappe : les services de co-voiturage, Uber ou même Coup (service de deux roues dans la capitale française)... D’ailleurs, Matt Shubert, le patron de Coup a déclaré : « il faut des algorithmes intelligents pour équilibrer l‘offre et la demande ». Et si vous tenez à utiliser votre voiture, vous serez contents de savoir que les mathématiques peuvent réduire les embouteillages. Ainsi, Le Devoir a interrogé Étienne Ghys, mathématicien français qui s’est intéressé aux comportements individuels des automobilistes et leurs répercussions globales sur la fluidité du réseau routier et autoroutier. On pourrait croire - à tort - que l’ajout d’options au réseau est la panacée mais Étienne Ghys obtient des résultats contre-intuitifs. Par exemple, « lors de la fermeture d’avenues principales pour accueillir des événements dans de grandes villes comme Boston ou New York, on a déjà observé que, au lieu de créer des embouteillages, cela avait fluidifié le trafic habituel ».

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Congestions routières : de nouvelles solutions ?

Si vous n’êtes pas encore convaincus que les mathématiques sont bonnes, sachez qu’elles le sont pour la santé comme le révèle une étude récente mise à l’honneur dans Futura Santé. Pour être plus précis, « selon des chercheurs de l’université de l’Ohio (États-Unis), avoir de bonnes connaissances en maths nous permettrait de faire des choix plus judicieux dans la vie de tous les jours, notamment en matière de santé ». Vous ne rêvez pas, ceci n’est pas un canular. D’ailleurs, en parlant de fausses nouvelles, Pour la Science consacre un article à leurs propagations. Des modèles de type multi-agents (similaires à ceux utilisés pour expliquer la propagation d’une épidémie) entrent en jeu. Kristina Lerman, informaticienne à l’université de Californie du Sud, tempère toutefois en rappelant que l’information n’est pas un virus et possède un nombre de souches colossal.

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La planète bleue dans votre poche ?

Saviez-vous qu’on pouvait faire tenir la Terre dans un ballon de foot ou dans une balle de ping-pong ? Non, non, ce n’est pas une fausse nouvelle. C’est la plus stricte vérité comme le rapportent Lyon Capitale et Le Monde. Ce sont des chercheurs lyonnais et grenoblois qui sont parvenus à cet exploit. Mieux : s’ils réduisent le volume, ils conservent la surface. Il s’agit de l’objet d’un « travail démarré en 2012 qui a nécessité des compétences multiples, en informatique, mathématiques pures et appliquées » explique Vincent Borrelli, maître de conférences en mathématiques à l’Institut Camille Jordan, à la tête du projet. Notons que des grands noms des mathématiques comme Gauss et Nash se sont attaqués à ce problème ardu par le passé.

Math et société

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Les maths, c’est un métier
Et selon Marie Claire, c’est le métier le plus épanouissant. Bibamagazine prétend que le salaire en est la principale cause. Cela se discute. Bien sûr, il faut d’abord être bon en maths et cela n’est pas donné à tout le monde. Pourtant, selon Stéphane Seuret, président de la SMF, interrogé par vousnousils ce n’est que rarement un don, mais c’est du travail.
Les maths sont aussi au cœur d’un des métiers les plus recherchés, notent Le Figaro et Capital. Il s’agit du data scientist, qui se sert des volumes de données de plus en plus importants dans les entreprises, pour en tirer des stratégies, des conseils aux entreprises. Peut-être que le salaire, très intéressant, contribuera à rendre ce métier épanouissant.
Encore un métier attirant : celui de chargé de protection planétaire (ce n’est pas une blague). Selon Les Echos, et sciences et avenir, la NASA cherche un profil de mathématicien statisticien mécanicien pour s’assurer qu’aucune contamination bactérienne n’ait lieu entre la terre et l’espace, et inversement. Salaire annuel à six chiffres.
Le métier de prof, quant à lui, attire beaucoup moins. Cela est confirmé par La Croix avec des chiffres inquiétants : un cinquième des postes offerts dans le secondaire serait non pourvu, et les maths y sont pour beaucoup. L’académie de Créteil est la première victime de ce déficit.
Israël, de son côté, a décidé d’augmenter le volume d’enseignement des mathématiques et de l’ingénierie aux adolescents pour former les futurs ingénieurs qui manquent cruellement dans l’industrie high-tech. Usine digitale note que ce manque pourrait être l’occasion d’accroître l’embauche d’ingénieurs palestiniens.

Le journal du CNRS publie un entretien avec Leila Schneps qui analyse l’utilisation, parfois mauvaise, des mathématiques dans le domaine judiciaire. Elle donne plusieurs exemples de calculs de probabilité dont le résultat est contre-intuitif et relate des procès dont le verdict fut guidé par un « biais de confirmation » : faire un mauvais usage des mathématiques pour confirmer une opinion déjà forgée. On peut aussi réécouter l’émission sur France Culture dont Leila Schneps était l’invitée.

Le deuxième congrès mathématique des Amériques a lieu cette année à Montréal. Il donne l’occasion au site quebecscience qui le perçoit comme une invasion de mathématiciens, d’évoquer le problème de Syracuse, un des problèmes ouverts simples à énoncer les plus célèbres. Le Congrès Mondial de Statistiques s’est tenu quant à lui à Marrakech. Lereporter y voit une confirmation du rayonnement international de la ville ocre.
La formation scientifique des jeunes en Afrique est mise en avant ce mois-ci. D’abord, scidev annonce la tenue de l’African science week au Malawi. Cette manifestation qui a lieu dans le cadre du « Next Einstein Forum », une initiative de l’Institut africain des sciences mathématiques, vise d’une part à convaincre les investisseurs de miser sur les sciences et l’innovation et d’autre part à convaincre les jeunes (filles en particulier) de choisir l’étude des sciences. C’est le même but que vise l’organisation d’un camp scientifique pour jeunes filles par l’ambassade des États-Unis en Côte d’Ivoire, selon laminute.

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Pour comprendre un concept mathématique, ou sociologique, rien de tel qu’un jeu. lemonde.fr annonce la sortie de « The Evolution of Trust », un serious game inspiré du lemme du prisonnier, résultat célèbre de la théorie des jeux.

Quant au Figaro, il explique comment reconnaître les fausses informations (la méthode pourrait s’appliquer à cet article). Des cours « anti bullshit » sont ouverts à l’université de Washington et sur youtube pour apprendre à les reconnaître, des plus évidentes aux plus subtiles utilisant des statistiques et des mathématiques.

Genre

Housseniawriting se demande ce mois-ci si la très faible présence des femmes dans les sciences et technologie peut s’expliquer par la biologie. Cette question illustrée par le manifeste antidiversité de Google (voir lemonde.fr), écrit par un employé qui a été licencié depuis, selon lemonde.fr, mérite d’être sérieusement traitée. Alice H. Eagly, chercheuse en sciences sociales, le fait. Contrairement à l’idée répandue que ces différences entre les genres s’expliquent par des causes socio-culturelles et nullement biologiques, elle conclut que la vérité pourrait être plus contrastée et combiner les deux, même si cela est politiquement moins correct.

Math et art

Pour tous les genres, la Tribune de Lyon annonce l’exposition de l’artiste polonaise Marlena Kudlicka à la BF15. Ses « dessins dans l’espace » utilisent des signes mathématiques qui en font des œuvres assez conceptuelles.
La fondation Vasarely accueille Vera Röhm, elle aussi passionnée de mathématiques et d’intelligence artificielle. Sa forme de prédilection est le tétraèdre, selon laprovence.com.

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Le site Largeur publie un article très fouillé sur le mythe moderne du nombre d’or. S’appuyant sur les travaux de l’historienne de l’art Marguerite Neveux, elle soutient que ce nombre a eu beaucoup moins d’influence sur l’art que ce qui est admis communément. L’article est suivi d’un entretien avec Nicoleta Sala, mathématicienne rappelant que la réputation de ce nombre est aussi due aux travaux du psychologe Gustav Theodor Fechner. Il souhaitait prouver son importance esthétique. Il faut lire l’article qui comporte beaucoup plus.
Ce nombre célèbre est aussi utilisé… en jardinage ! La voix du Nord nous propose de visiter le jardin de Dick Cooper à Inxent, dont l’architecture a été construite à coup de nombre d’or et de suite de Fibonacci. Sa maison aussi d’ailleurs ; obsession quand tu nous tiens...

Compétitions

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Les Olympiades internationales se tenaient à Rio cette année

Les Olympiades internationales de mathématiques (IMO en anglais) se déroulaient cette année à Rio de Janeiro, du 12 au 24 juillet dernier.

En haut du podium par nation, « les sud-coréens ont terminé la compétition avec six médailles d’or, devant la Chine (5 d’or et une d’argent) et le Vietnam (4 d’or, une d’argent et une de bronze) », rapporte L’Orient le Jour. La performance du Vietnam, dont la totalité des 6 candidats inscrits a reçu une médaille, suscite l’enthousiasme de Ngô Bao Châu (médaille Fields 2010) interrogé par Vietnam plus : « Depuis trois ans, le Vietnam récolte de très bons résultats aux IMO, en particulier cette année, où l’on peut véritablement parler d’excellence ! ».

La France termine en 34e position, avec deux médailles d’argent, deux de bronze et deux mentions honorables. C’est notamment Olivier Garçonnet qui fait les titres de la presse régionale. Dans Ouest France, il expliquait « cette année, ma motivation, ce n’était pas le bac : c’était le Brésil (…) Je me suis entraîné toute l’année. ». « Il visait la médaille de bronze, il l’a obtenue. » ajoute le journal avec fierté.

L’Algérie et le Maroc décrochent chacun une médaille de bronze, sans compter les nombreuses mentions honorifiques, à lire sur APS Online et Medias24.
Quant à la Tunisie, elle prépare déjà les Olympiades de 2018, selon Direct info.

De nombreux médias insistent sur la présence au concours du fils de Bachar el-Assad. « Nous sommes venus pour montrer au monde que le pays va mieux, bien mieux » avait-il affirmé au journal O Globo, selon L’Obs. Rappelons que des centaines de milliers de civils sont morts dans le conflit syrien.
Retenons plutôt que Maryam Mirzakhani avait remporté les olympiades deux années de suite, en 1994 et 1995, avec un score parfait à l’issue de la seconde édition.

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La France remporte la Robocup 2017

Il y avait aussi des olympiades panafricaines à Rabat (Maroc), avec une médaille d’or pour la Côte d’Ivoire selon news.abidjan.net, un concours de robotique à Washington (USA) où Haïti, l’Algérie, le Mali, l’Afghanistan se sont distingués d’après loop, L’Expression, MaliActu, TV5. L’équipe burundaise s’est volatilisée durant la compétition, fuyant probablement son pays, dont l’ONG Human Rights Watch dénonçait des « meurtres et des tortures » de milices pro-gouvernementales, selon TV5.

La France est championne du monde d’une compétition similaire : le robot football, nous apprennent L’Usine Nouvelle et Fredzone. Quant aux championnats du monde de Rubik’s cube, ils se tenaient à Aubervilliers cette année, d’après France3. Et c’est aussi à Paris que se tenaient le Championnat international des jeux mathématiques et logiques, selon lapresse.ca

Parutions

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L’exposition « Surfaces » à la MMI en 2014

Le numéro de juillet de « la Gazette des Mathématiciens » nous propose dans la rubrique diffusion des savoirs un article de Jérôme Germoni, ancien directeur de La Maison des mathématiques et de l’informatique de Lyon (MMI). Cet article est l’occasion de faire un point sur une vision de la médiation des mathématiques, ses objectifs, ses enjeux, son impact et ses perspectives. Il présente en préambule un long entretien avec Étienne Ghys. Étienne Ghys, académicien, directeur de recherche CNRS à l’UMPA (ÉNS de Lyon), co-auteur de Dimensions et Chaos (avec Aurélien Alvarez et Jos Leys), fondateur et rédacteur en chef (2009–2014) d’Images des mathématiques, lauréat du premier prix Clay pour la diffusion des mathématiques, a joué un rôle moteur dans la mise en place de la MMI. « À l’heure où l’innumeracy (« innumérisme » - Note du secrétariat de rédaction-) est un handicap social de plus en plus lourd, où les instruments numériques et les applications des mathématiques sont partout, au moment où ces instruments semblent incompréhensibles, il importe de sensibiliser au fait que les mathématiques et l’informatique sont deux sciences vivantes et de renforcer les vocations scientifiques » écrit Jérôme Germoni. Nous ne pouvons que l’approuver !

Toujours publié par la Société Mathématique de France, le premier volume des « Œuvres mathématiques de René Thom » est disponible sur le site de la SMF ! Ouvrage incontournable (voir des extraits ici), il contient les articles publiés avant 1960, assortis d’inédits passionnants et de commentaires les mettant en perspective.

Chaque été, La Recherche nous propose un numéro double. Cette année dans ce « numéro » Roger Mansuy explore un monde particulier, celui des casinos avec son article Déjouer le hasard à Las Vegas. Quelle stratégie choisir pour optimiser vos chances de gains ? Ou : de l’exposé d’Émilie Kaufmann à Las Vegas. Le magazine n’a pas oublié non plus les jeux mathématiques pour agrémenter votre période estivale. Onze pages y sont consacrées pour s’amuser en faisant des maths avec des carrés et cubes magiques, des « énigmes maths », des sudomaths (c’est à dire faire des maths avec des sudokus). Les problèmes sont classés de une à trois étoiles selon le niveau de difficulté. Il y a aussi des solutions… sauf pour « le problème n°8 p. 103 », pour lequel aucune solution n’est connue depuis 2010. Avis aux amateurs : un prix de 1000€ et une bouteille de champagne sont offerts au premier qui en trouvera une…

Ne quittons pas les jeux mathématiques sans parler de la rubrique « Affaire de logique » que vous pouvez suivre chaque mercredi dans le journal Le Monde et le concours « Dans le mille ! » animé par Élisabeth Busser, Gilles Cohen et Jean-Louis Legrand. Lancé en mars pour célébrer le numéro 1000 ­d’Affaire de logique et les vingt ans de cette aventure mathématique, il se clôturera début octobre. Mais, rassurez-vous, la suite est déjà en train de se préparer.

Comme septembre est synonyme de rentrée scolaire (dans de nombreux esprits) signalons le dernier numéro du magazine Tangente qui cible prioritairement les lycéens (mais qui passionne aussi les étudiants, les parents…). Le magazine, toujours très riche en nouveautés, propose entre autres aux lecteurs un hommage à Jean-Pierre Kahane (aussi ici), un article sur « les étonnantes inventions de John Neper », « Paul Erdös et la vision probabiliste de l’arithmétique »… D’autre part le numéro hors série de cette rentrée est consacré à Mathématiques et Architecture, à la recherche de l’harmonie qui complète un numéro de Tangente, sur le même sujet, sorti l’an dernier. Au fil des années cette bibliothèque thématique constitue une véritable encyclopédie !

Et comme chaque mois dans le mensuel Pour la Science nous retrouvons la chronique logique et calcul de Jean-Paul Delahaye. Le tout est-il plus que la somme de ses parties ? en juillet, La suite de Fibonacci et ses suites en août, Cinq énigmes pour la rentrée en septembre. Une belle variété de sujets qui s’égrènent depuis de longues années.

Et côté livres ?

Alice Under Ground, le manuscrit original, est disponible en ligne nous annonce RTBF.be. La British Library propose de consulter le manuscrit écrit et dessiné par Lewis Caroll (le nom de plume du mathématicien Charles Lutwidge Dodgson). Il s’agit de l’ouvrage à l’origine du chef d’œuvre mondialement connu « Alice au Pays des Merveilles ».

David Louapre (connu pour son blog « Science étonnante ») sort son second livre toujours illustré par Lison Bernet. Après « Mais qui a attrapé le bison de Higgs ? » vous trouverez dans votre librairie préférée Insoluble mais vrai ! Ces énigmes et casse-tête qui résistent encore à la science. Bonne lecture !

Pour terminer, quelques mots sur un livre publié dans un format tout à fait nouveau, un livre numérique interactif, un iBook : les géométries non euclidiennes en manipulation directe d’Yves Martin. Chercheur et animateur à l’IREM de La Réunion, auteur de très nombreuses publications pour les enseignants et les enseignants-chercheurs, l’auteur a choisi de publier directement en ligne cet ouvrage qui est téléchargeable gratuitement. Un plus indéniable, mais en contrepartie le lecteur doit disposer d’outils compatibles avec la plateforme iBooks (sur iOS, pour iPad et iPhone ou OSX-Mac) pour le lire. Il s’agit d’un premier tome qui « présente les géométries hyperbolique et elliptique, à travers la manipulation directe de 84 figures dont certaines sont proposées à la finalisation par le lecteur ». D’autres tomes sont d’ores et déjà prévus.

Article édité par Louis Dupaigne

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Pour citer cet article :

L’équipe Actualités — «Revue de presse septembre 2017» — Images des Mathématiques, CNRS, 2017

Crédits image :

Image à la une - Maryam Mirzakhani, Université de Stanford
Maryam Mirzakhani, médaille Fields 2014, morte à 40 ans - Wikimedia
La Science Infuse, par Mohammed Moudjou - Mohammed Moudjou
Cathleen Synge Morawetz - Irish Times
La planète bleue dans votre poche ? - Projet Hévéa. http://hevea-project.fr
L’exposition « Surfaces » à la MMI en 2014 - Régis Goiffon
Congestions routières : de nouvelles solutions ? - By Mario Roberto Duran Ortiz Mariordo - Own work, CC BY 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=3681079
Nombre de candidats et nombre de postes au CAPES depuis 50 ans - Ministère de l’Education nationale
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La France remporte la Robocup 2017 - Wikipedia
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Commentaire sur l'article

  • Revue de presse septembre 2017

    le 1er septembre à 20:01, par FDesnoyer

    Bonsoir,

    une petite réaction (très attristée) à la disparition de Maryam Mirzakhani. Je viens de voir le film « Gifted » que je ne peux que recommander tellement il trouve écho aujourd’hui dans cette malheureuse nouvelle.

    Bien amicalement,

    F.D.

    Répondre à ce message

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