Revue de presse septembre 2020

Le 1er octobre 2020  - Ecrit par  L’équipe Actualités Voir les commentaires (1)

Projet de loi de programmation pluriannuelle de la recherche, massivement contesté mais adopté en première lecture à l’Assemblée, difficultés de l’enseignement liées au coronavirus : la tristitude menace ! Heureusement que l’actualité ne s’y résume pas !

Recherche et applications

Tuna Altınel définitivement acquitté

Tuna Altınel, mathématicien turc travaillant à Lyon, a été définitivement acquitté. Poursuivi pour avoir signé la pétition des Universitaires pour la paix et pour avoir participé à une réunion publique d’information sur le massacre des sous-sols de Cizre, il a été acquitté dans les deux procès. L’événement de l’été, rapporté par Lyon Capitale, c’est que l’acquittement dans le deuxième procès est devenu définitif après l’appel interjeté par le procureur. Tuna Altınel est donc libre. Du moins, en principe, car les autorités turques retiennent toujours son passeport – désormais sans aucune raison.

Vie de la recherche

Pour l’organisation de la recherche, l’événement dominant est l’adoption en première lecture à l’Assemblée du projet de loi de programmation pluriannuelle de la recherche malgré une très forte opposition dans la profession. Cinq professeurs du Collège de France signent une tribune dans Le Monde favorable au projet, contrastant avec l’avis quasi-unanime exprimé entre autres par cette autre tribune du Monde signée par 800 équipes de direction de laboratoires, par l’avis de l’Académie des sciences ou par « l’avis au vitriol » du Conseil économique, social et environnemental sur ce projet de loi, analysé par L’Usine nouvelle et que l’on peut lire sur le site du Cese. Les directrices et directeurs de laboratoires reprochent à la loi de « réorganiser la science selon un modèle exclusivement concurrentiel » « au détriment de l’émulation collective, alors qu’elle seule permet de développer une recherche constructive et attentive aux besoins de la société, attractive au niveau international et productrice de succès scientifiques ». Le financement de projets à court terme empêche le développement de « stratégies scientifiques cohérentes » et le recrutement sur des postes « qualifiés artificieusement comme étant à durée indéterminée », en réalité « dans des conditions incertaines en vue d’une hypothétique titularisation », semble aller à l’encontre de l’objectif affiché de renforcer l’attractivité.

La recherche malmenée ? C’est un peu l’avis des invités de Nicolas Martin dans la Méthode scientifique, qui se demandaient si « la recherche française est à vendre ». Pour l’un d’eux, il faut séparer la recherche des applications de la finance. S’ajoute au malaise la confusion entre choix politiques et scientifiques alors que statistiques et modèles sont brandis de tous les côtés. Au lieu d’utiliser ces outils comme « des boîtes noires utiles pour clore les débats, faire taire les oppositions et faire accepter des états d’exception », un collectif de chercheur·es a publié un manifeste pour qu’ils servent plutôt à « soulever des problèmes, faire valoir certains droits et nourrir des échanges contradictoires » : c’est à lire dans The Conversation.

Applications

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Cercles de fées en Namibie

Dans les applications des maths apparues en septembre, on trouve dans Le Monde des structures de Turing pour modéliser les cercles de fées en Australie. Le mois dernier, ces structures avaient déjà fait parler d’elles dans Science Daily pour aider à comprendre comment les passereaux se répartissent l’espace.

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Différents paramètres utilisés pour estimer la taille du Mégalodon
J. A. Cooper, C. Pimiento, H. G. Ferrón & M. J. Benton

On trouve aussi dans Geo un paléontologue qui explique que des calculs mathématiques ont permis à son équipe d’obtenir de nouvelles estimations sur la taille du Mégalodon (voir l’illustration), un requin géant qui a vécu il y a entre 23 et 3 millions d’années.

On trouve aussi ce portrait d’un professeur de médecine « pas médecin », qui s’occupe de la Clinique des données. Ce professeur travaille donc sur le numérique pour essayer de tirer le maximum des données à l’hôpital. Statistiques pour mesurer la progression du Covid (projet Argos), conception d’un respirateur artificiel (projet Makair – comprendre « make air ») en collaboration avec une start-up, recevant en cours de projet le support du CEA et de beaucoup d’autres...

Intelligence artificielle

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« Les machines informatiques et l’intelligence »
Article de Turing (le même qui a donné son nom aux structures de Turing) aux débuts de l’IA (... en anglais)

« Le sanskrit, langue ancienne, trouve sa place dans l’intelligence artificielle et deviendra la langue de l’avenir. » C’est l’avis d’un professeur de l’IIT-Indore, où est proposé en cette rentrée un cours pour étudier des textes classiques rédigés en sanskrit, dans l’India Times.

Du russe à l’anglais... au sanskrit ? On peut lire dans UdeM Nouvelles un portrait de la chercheuse Irina Rish, qui après des études en Russie et aux États-Unis a passé vingt ans chez IBM avant de déménager au Canada et d’obtenir une chaire d’excellence.

À Paris, on pourra désormais se spécialiser en IA dans l’école privée Aivancity School, indique L’Usine nouvelle, ou en étudiant auprès des chercheurs du nouveau centre « Hi ! Paris » crée par l’École polytechnique et HEC et dont le but est non moins que de « concurrencer les États-Unis et la Chine », comme l’a déclaré Cédric O. À lire dans l’Usine Nouvelle pour les abonnées ou dans l’Usine Digitale en libre accès.

Coronavirus

La montée des inquiétudes

La plupart des experts font part de leurs inquiétudes, par exemple sur Francetvinfo, tandis que d’autres évoquent une croissance « exponentielle », comme dans Le Monde (accès restreint), ou bien Libération. Un article d’Europe 1 détaille un peu plus ce que signifie, dans ce cas, « progression exponentielle », ce qui n’est pas une évidence pour un mathématicien qui regarde les courbes de progression sur les sites des services officiels : elle ressemble à une coupe de mâchoire de requin, avec les dents des rangs suivants prêtes à remplacer celles de devant.

Des voix critiquent ce pessimisme entretenu : Usine Nouvelle, posture normale pour des défenseurs de la bonne marche de la production ; ou bien Le Monde (accès restreint), et le texte de la tribune, toujours d’actualité par sa critique de fond de gestion de la crise par les autorités.

Cependant, une tribune du Monde (accès restreint) d’Abhijit Banerjee et Esther Duflo appelle à un reconfinement du 1er au 20 décembre, pour permettre aux fêtes de Noël de se dérouler normalement (avec scolarité en ligne et si besoin bascule d’une semaine de vacances de la Toussaint vers Noël). Reste qu’un nouveau reconfinement peut avoir de graves conséquences sociales et sociétales, qu’explore France Culture.

Coronavirus, statistiques et chiffres en question

Des mises en garde contre l’utilisation non raisonnée des chiffres et des statistiques pleuvent. Ainsi Antoine Houlou-Garcia, à l’occasion de la sortie de son livre écrit avec Thierry Mangenest (Le Théorème d’Hypocrite), est intervenu plusieurs fois dans les médias : une vidéo de Francetvinfo ; une interview sur Challenges (accès restreint) est plus centrée sur l’épidémie.

Naissance, usages, mécomptes et malheurs du traçage par l’application StopCovid sont évoqués d’une part, pour la genèse et l’avenir, par Usine Nouvelle, alors que les limites sont décrites par The Conversation.

Début septembre, France Culture se consacrait à la « pédagogie » : comment lire les chiffres de l’épidémie (surtout son évolution), en insistant sur la différence des données entre la première vague et la montée actuelle. Une page du Monde (accès restreint), dans le même esprit pédagogique, décrit sur un exemple ce que l’on peut attendre d’un test en fonction de sa fiabilité et de la proportion des personnes infectées [1]. Devant les difficultés des tests de masse (principalement la longueur des délais de retour et la non prise en compte des asymptomatiques), une tribune dans Le Monde (accès restreint) d’un collectif de médecins préconise des tests groupés.

Modèles et publications

C’est un peu l’inflation dans les médias, sans que l’on comprenne toujours de quels types de modèles il s’agit. Par exemple, un modèle est donné « d’après mes calculs » sur le site sénégalais leral.net. Trois modèles dans un article unique de marseillenews.net ont disparu. Ils utilisaient des techniques statistiques controversées, et deux d’entre eux prédisaient la fin de l’humanité en 200000. Canular, fake news ou intox ?

D’après Trust my science, un modèle neuronal d’apprentissage avancé tendrait à prouver que le virus devient plus infectieux, en étudiant les mutations de la protéine de surface. Enseignant-chercheur à l’université de Nantes, le mathématicien nantais Philippe Carmona a mis au point, avec le biologiste du CNRS de Montpellier Sylvain Gandon, un modèle mathématique qui permet de prédire le risque d’émergence d’une épidémie en fonction du moment où est introduit le pathogène, relaie Ouest France (accès restreint).

On trouve sur le site du CNRS un modèle d’évolution de la seconde vague, issu de la physique des particules et des hautes énergies, avec comme données les taux d’infection et de circulation entre les pays européens. En paquet cadeau, une vidéo de l’évolution jusqu’en décembre et, en anglais, la description du modèle (les liens pour la vidéo et l’article complet sont intérieurs à l’article). Le modèle laisse espérer qu’en France, la situation s’améliore beaucoup en décembre). D’après La Nouvelle République, un laboratoire de Poitiers cherche à savoir à partir de quel taux de propagation du virus les applications de type StopCovid peuvent être efficaces, en utilisant un modèle en graphe. Au Canada, dit le site de Nouvelles UMontréal, Manuel Morales, professeur au département de mathématiques et de statistique de l’Université de Montréal et spécialiste de l’intelligence artificielle (IA), a participé à un groupe d’études sur l’introduction et la gestion de l’application Alert Covid, principalement sur le modèle de données.

Vaccins, traitement et autres

La BBC, et Le Point l’affirment : l’université d’Oxford reprend les essais de son vaccin anti-Covid19, après une interruption et va passer au stade 3 (le dernier).

Le Royaume-Uni va infecter des volontaires pour tester des vaccins contre le Covid-19. Piloté par l’Imperial College de Londres et prévu en janvier 2021, ce premier « challenge infectieux humain » pose de lourdes questions éthiques Le Monde (accès restreint). Compte tenu de la vision « ultra-libérale » du gouvernement britannique, il est probable que ce soit accepté, peut-être avec des modifications mineures, et qu’il y ait de nombreux candidats parmi les plus défavorisés (une rémunération substantielle est prévue).

Sur les espoirs de traitement (hors vaccins), une émission de France Culture fait le point sur les recherches et les difficultés (avec des comparaisons (Sida...)). D’autre part, les bienfaits du lavage nasal à l’eau salée et des gargarismes en cas de rhumes à virus ont amené l’université d’Édimbourg à lancer une étude pour mettre en évidence un possible effet sur les débuts d’infection au Covid d’après tntvnews Édimbourg.

Comme le remarque France Info, la retraite peut être utilisée pour faire des découvertes : un agriculteur a remarqué qu’un désinfectant et fongicide pouvait en pulvérisations tuer le coronavirus en trente secondes. Validé par des laboratoires, les commandes de ce produit comme désinfectant affluent.

Varia

Deux témoignages : un, sur le site de la SMF du mathématicien Bertrand Maury où il explique comment il a été amené à travailler avec un établissement scolaire sur un modèle de diffusion interne du Covid, en coopération avec des physiciens et des biologistes ; l’autre dans Le Monde (accès restreint), de l’épidémiologiste Arnaud Fontanet qui retrace sa carrière (MSF, Institut Pasteur, cinq ans en Éthiopie sur le Sida...) et donne son sentiment sur la situation actuelle.

Après l’explosion des préprints consacrés au Covid du printemps (et peut être les mésaventures de publications), on observe un net reflux. John Inglis, cofondateur de deux bases de données, le met en évidence dans Le Monde (accès restreint).

L’énoncé d’Olivier Véran « les cas contacts des cas contacts ne sont pas des cas contacts » ayant laissé rêveurs mathématiciens, logiciens, sémanticiens, vous trouverez la description de la stratégie de test dans le Huffingtonpost.

Histoire

Maurice Audin était un mathématicien français, communiste et partisan de l’indépendance algérienne. Il est mort à vingt-cinq ans en Algérie après avoir été arrêté par l’armée française le 11 juin 1957. Officiellement, il a été un « fuyard abattu » mais pour ses proches et le journaliste Pierre Vidal-Naquet, auteur de L’affaire Audin, il a été assassiné par l’armée française au cours d’un interrogatoire. Après des annonces de François Hollande, Emmanuel Macron a officiellement reconnu la responsabilité de la France dans la mort de Maurice Audin. Le Monde revient sur la journée du 13 septembre 2018 au cours de laquelle Emmanuel Macron s’est rendu auprès de Josette Audin, veuve de Maurice Audin, en présence des ses enfants Michèle et Pierre Audin, tous deux mathématiciens, et de Cédric Villani qui avait contribué à cette reconnaissance. Cette journée devait aussi marquer le début d’un accès facilité aux documents classés de la guerre d’Algérie et mettre en évidence que Maurice Audin est loin d’être le seul à avoir été torturé et assassiné au cours de cette guerre. En pratique, les archives restent très difficiles à consulter et il faut faire une demande de lever de secret pièce par pièce pour les consulter.

Depuis, une chaire Maurice Audin a été créée pour favoriser les coopérations entre mathématiciens algériens et français. Abdennasser Chekroun, maître de conférences à l’université Abou Bekr Belkaid de Tlemcen, est le premier à en bénéficier. Il sera accueilli à l’Institut Camille Jordan de Lyon, comme le rapporte l’INSMI.

La biographie d’un mathématicien est rarement attrayante pour les journaux. La vie d’Alexandre Grothendieck est exceptionnelle en tout point. Le Journal du Dimanche revient dessus en mettant particulièrement en avant la partie concernant la revue Survivre... et vivre, présentée comme le berceau de l’écologie politique.

À l’honneur

Le Centre international de rencontres mathématiques (CIRM) est un lieu très important pour la recherche mathématique française. Chaque semaine, une ou plusieurs conférences y sont organisées. Patrick Foulon l’a dirigé pendant dix ans : il a joué un rôle particulièrement moteur pour en développer les capacités d’accueil avec la construction d’un nouveau bâtiment. Depuis septembre, Pascal Hubert, spécialiste des systèmes dynamiques, prend la suite dans un contexte d’incertitudes dû au coronavirus.

La Nouvelle-Calédonie n’est pas connue pour être une terre de mathématiques. On y trouve pourtant d’excellents mathématiciens. Silvère Bonnabel en est un exemple. Il a reçu récemment un prix pour un article publié dans la revue Automatica concernant l’amélioration des images obtenues par la technique d’IRM, comme le rapporte France Info.

Vaughan Jones, lauréat de la médaille Fields en 1990, est mort début septembre. Il est surtout connu pour avoir découvert un lien entre la théorie des nœuds et la mécanique statistique. Il était apprécié de la communauté des spécialistes d’algèbre d’opérateurs. Il est proche de l’IHES et celui-ci lui rend hommage. Étienne Ghys lui consacre aussi sa carte blanche mensuelle dans Le Monde : il partage quelques moments personnels de ce « faiseur de nœuds » et de la section de mathématiques de l’université de Genève, où Vaughan Jones a effectué sa thèse et qu’Étienne Ghys a très bien connue.

Enseignement

Enseignement et parité
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Triangles pour filles ou pour garçons ?

Deux manuels de mathématiques pour le collège : un rouge pour les filles, un bleu pour les garçons. Les contenus diffèrent, tenant compte des « forces et faiblesses des différents sexes ». L’éditeur précise : « La version masculine comprend du contenu plus ludique, par exemple, car les garçons aiment jouer à des jeux, et pour les filles, nous avons des scénarios plus pratiques, comme l’achat de légumes et de fruits sur le marché. » Cela se passe en 2020, sur la planète Terre. Les citations proviennent du réseau social We Chat. L’éditeur en question est l’Université normale de la Chine de l’Est. L’information est donnée par le site ActuaLitté. La polémique que cela a provoquée a tout de même contraint l’université à effacer ces propos de We Chat, à s’excuser « pour l’impact négatif de cette affaire » et à interrompre la publication de ces manuels.

Ces éditeurs chinois ont de sérieux concurrents en Iran. Là-bas, les écolières et les écoliers de troisième année du primaire ont certes un seul et même manuel de mathématiques, mais sa couverture est évolutive. Craignant sûrement la monotonie, le ministère iranien de l’Éducation, éditeur de ce manuel, en a un peu modifié la couverture, dont l’illustration représentait jusqu’à l’année dernière un groupe d’enfants, deux filles (un voile autour du visage) et trois garçons, jouant dans un décor champêtre. Cette année, une nouvelle édition est parue, et seuls les trois garçons apparaissent (la végétation, elle, ne semble pas avoir changé). La graphiste qui a créé l’image d’origine n’a pas été prévenue de la modification. Les premières explications fournies par le ministère sont lumineuses : la modification a été faite conformément à l’avis d’experts en esthétique et en psychologie qui ont estimé que la couverture était « trop chargée »...

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L’image était trop chargée...

Cependant, comme en Chine, les réactions ont été vives et, comme en Chine, le ministère a dû faire machine arrière : il promet une nouvelle modification pour l’année prochaine (indiquant toutefois que c’est trop tard pour cette année, les livres ayant déjà été imprimés et distribués). Le ministre a présenté des excuses : « Un acte de mauvais goût a été réalisé en retirant l’image des filles. Nous nous excusons donc et corrigerons cela. » La plupart des médias se sont saisis de cette histoire, notamment France Inter, France 24, TV5 Monde, Le Nouvelliste (en Suisse), L’Orient-Le Jour (au Liban), VOAfrique (site américain).

Dans les derniers jours d’août, Le Monde (accès restreint) avait publié un article intitulé « À Normale-Sup, les concours sans oraux ont fait bondir la part de femmes admises ». Les rédactrices s’appuyaient sur les résultats du concours d’entrée aux filières littéraires des écoles normales supérieures (ENS). Comme pour tous les concours d’entrée dans les grandes écoles, en raison de la crise sanitaire, les candidat⋅es n’ont été départagé⋅es que par les épreuves écrites. Et la proportion de femmes reçues aux ENS a effectivement sensiblement augmenté par rapport aux années antérieures. Cette constatation a été interprétée comme la preuve que les femmes sont généralement défavorisées lors des épreuves orales. Cela tiendrait au fait que les femmes sont plus « scolaires », réussissent mieux à l’écrit, sont plus timides à l’oral, tandis que les hommes sont plus sûrs d’eux, plus à l’aise pour parler en public, plus habités par l’esprit de compétition. Une tribune du même journal (accès restreint), publiée début septembre, dénonçait à ce propos « la misogynie d’une partie du milieu académique français » qui « est notoire » et « fait des ravages ». Son auteure, Loriane Lafont, estime que « les oraux des concours s’apparentent souvent à de petites séances de torture pour les candidates ». Dans une autre tribune du Monde (accès restreint, l’économiste Claudia Senik s’inscrit en faux contre ces arguments : « Ce n’est pas servir les femmes que de les présenter comme de bonnes élèves, sérieuses, scolaires et timides. » Elle observe que si l’explication du phénomène résidait dans la timidité, le sérieux et la meilleure adaptation au cadre scolaire des femmes, alors il aurait dû se manifester indifféremment dans toutes les filières. Or, analysant les résultats des concours scientifiques, elle remarque que ce qui est vrai en lettres ne l’est pas en sciences (constat déjà présent dans le premier article du Monde). L’explication que propose Claudia Senik, qui reste prudente dans ses propos, est que « les épreuves orales tendent à rétablir un peu l’équilibre entre les populations en faveur du groupe minoritaire : donc en faveur des garçons en lettres et en faveur des filles en sciences ».

Mais en matière de parité, le sujet brûlant de ce mois de septembre, c’est bien sûr celui du nombril des jeunes filles ! Le mouvement du « #Lundi14septembre » voulait protester contre des règlements jugés « misogynes » imposés aux élèves de nombreux établissements pour leur tenue vestimentaire. Pratiquement tous les médias s’en sont fait l’écho. Citons simplement France-Inter et Ouest-France. Le ministre de l’Éducation nationale a contribué à raviver la polémique en invitant les élèves à adopter pour aller en cours « une tenue républicaine ». De La Croix à L’Humanité, en passant par France Culture, le flot de commentaires auxquels cette déclaration a donné lieu est impressionnant.

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Tenue républicaine

Le site Terrafemina rapporte notamment la réplique cinglante de la chanteuse Jeanne Cherhal au ministre.

L’IFOP a réalisé pour le compte de Marianne un sondage dont le choix des questions est pour le moins discutable. Les réactions d’indignation ont été immédiates, comme on peut le voir par exemple sur les sites de France Info ou de Sud-Ouest.

Signalons enfin un article de L’Usine Nouvelle (accès restreint) qui indique que, dans les carrières scientifiques, « le fossé des genres ne se réduit plus » et qui souligne l’importance des témoignages de femmes qui se sont engagées dans ces carrières.

La rentrée sous le signe de la COVID

Dans le primaire et le secondaire

Tous les élèves, du CP à la terminale et au post-bac des lycées, étaient censés retourner en classe le 1er septembre, avec un protocole sanitaire flou, très contesté par nombre d’enseignants et de chefs d’établissement. Moins de 48 heures après, les premières fermetures d’écoles pour cause de COVID étaient annoncées. Libération en dénombrait 3 le 3 septembre, Le Monde et Ouest-France en étaient déjà à 22 le 4. Ce qui donnait au Gorafi l’occasion de persifler en faisant dire à Jean-Michel Blanquer : « Les cours auront lieu tout à fait normalement jusqu’au 4 septembre ». Au 9 septembre, « 28 établissements scolaires ainsi que 262 classes étaient fermés en France en raison de cas de Covid-19 » indiquait Le Monde dans un article qui annonçait que les salariés du privé dont les enfants seraient concernés par ces fermetures de classe pourraient bénéficier du chômage partiel. Une semaine plus tard, le 16 septembre, on apprend, toujours dans Le Monde, que Jean-Michel Blanquer a recensé 81 établissements scolaires et un peu plus de 2 100 classes fermés en France pour cause de coronavirus. Enfin, faisant le point le 26 septembre sur la crise sanitaire, Libération écrit : « Quelque 1 152 classes et 19 structures scolaires étaient fermées vendredi [25 septembre] en raison de cas de coronavirus. Des chiffres en baisse par rapport à la semaine dernière, durant laquelle un nouveau protocole allégé, fondé sur un avis du Haut conseil pour la santé publique, a été mis en place dans les établissements scolaires, avec l’objectif de limiter les fermetures. Il y a quelques jours, les derniers chiffres officiels faisaient état d’environ 2 000 classes et 90 établissements fermées. »

On note par ailleurs une polémique autour du port du masque par les enseignants. Le Monde (accès restreint) rapporte que, « depuis la rentrée, des enseignants de primaire portant des masques en tissu ont été considérés comme “contacts à risque” dans des enquêtes de traçage » et précise : « Le ministère assure pourtant que les protections qu’il a distribuées sont efficaces ».

Le Monde (accès restreint) évoque enfin une étude de la Drees (direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques au ministère de l’Éducation nationale) sur « la santé mentale des adolescents de 3e en 2017 ». Elle révèle que celle-ci est « dégradée pour plus d’un élève de 3e sur dix » et que « la détresse psychique est plus forte chez les filles que chez les garçons ».

Dans les universités

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« Universités. Une rentrée en démerdentiel » C’est le gros titre à la une de Libération du mercredi 16 septembre. Le journal (accès restreint) décrit, « entre amphis et ordis », « l’équation insoluble des universités ». De son côté, France Inter recense à la mi-septembre des cas de Covid-19 « dans une dizaine d’universités françaises » et explique que « des étudiants dénoncent sur les réseaux sociaux la gestion des sites, avec des amphis bondés et des gestes barrières parfois impossibles à respecter ». Dans une tribune du Point, le politologue Arnaud Mercier affirme que « de nombreux clusters vont apparaître dans les amphis » et dénonce les injonctions paradoxales des autorités.

L’organisation pratique de la rentrée est évidemment le gros problème dans toutes les universités. Elles auront de plus à faire face à des difficultés budgétaires (dépenses liées à l’épidémie et baisse des recettes), comme l’explique L’Étudiant. La Marseillaise a interrogé Éric Berton. Le président d’Aix-Marseille-Université détaille les mesures prises dans son établissement pour cette rentrée et affirme : « Nous ne voulons pas d’une université ubérisée. » Les bibliothèques universitaires sont contraintes de limiter drastiquement le nombre d’étudiants qu’elles peuvent accueillir, ce qui, comme l’indique Le Monde (accès restreint) pose un problème grave. On le sait, l’afflux d’étudiants est un des problèmes de cette rentrée. Le Monde (accès restreint) a observé par exemple une augmentation « historique » du nombre d’étudiants à La Réunion, en pleine crise sanitaire. La plateforme Parcoursup est loin d’avoir pu proposer une place à tous les postulants. L’Humanité (accès restreint) nous parle d’un père de famille qui a entamé une grève de la faim pour dénoncer la situation des étudiants privés d’affectation par Parcoursup.

Le Monde (accès restreint) décrit « la rentrée à plusieurs vitesses des universités françaises ». Le port du masque est désormais exigé en tout temps et en tout lieu, mais c’est à peu près la seule règle qui s’applique uniformément. Pour le reste, suivant les établissements, on pratique le présentiel, le distanciel, ou une formule mixte. Dans Libération (accès restreint), Christian Verrier, ancien enseignant « ayant beaucoup pratiqué la formation à distance, explique que celle-ci « peut être performante si elle est bien utilisée », ce qui signifie pour lui qu’on y met les moyens. Il ajoute qu’en ligne, « il faut faire de la pédagogie active ». BFM TV signale que près de 500 étudiants devaient être dépistés au coronavirus, après 43 cas positifs à l’université de Rennes.

Hors de nos frontières, Courrier International s’est intéressé à des universités « qui promettent des campus “Covid secure” » pour continuer d’attirer des étudiants étrangers. Il en a repéré en Australie, au Canada et au Rouaume-Uni. Libération a lui aussi voulu savoir « comment se déroule la rentrée scolaire chez nos voisins » et a enquêté pour cela en Italie, en Belgique, au Luxembourg, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni, en Espagne, en Allemagne, en Suède, en Grèce, en Croatie, en Slovaquie, au Danemark (mais aussi en France !).

Enfin, Le Monde a lu dans le bulletin hebdomadaire de l’agence Santé-Publique France du 24 septembre que près d’un tiers (285 sur 899) des clusters en cours d’investigation au 21 septembre concernent le milieu scolaire et universitaire (chiffre arrêté au 21 septembre).

Et aussi...

Les violentes explosions qui ont frappé Beyrouth cet été ont provoqué un grand élan de solidarité. L’université de Clermont-Auvergne a décidé de s’y associer. Les étudiants libanais qui s’y inscrivent pour cette rentrée seront exonérés des droits d’inscription. La Montagne, qui donne l’information, indique qu’il s’agit surtout d’un geste symbolique, qui ne devrait concerner qu’une vingtaine d’étudiants.

À un internaute titulaire d’un bac pro qui voudrait faire des études supérieures scientifiques (en astronomie), Slate propose les conseils (encourageants) d’un physicien. Sur le même site, un article explique que la crise sanitaire aura peut-être marqué les limites de la « méritocratie scolaire ». Les « surdiplômés », qui constituent ce qu’Emmanuel Todd avait appelé il y a trois ans (voir Libération) une « élite de masse », pourraient perdre leur écrasante domination sur le marché des offres d’emploi. Délaissant « la contrainte sociale du monde d’hier, les entreprises reverraient à la hausse la côte des filières professionnelles, de l’apprentissage, de la formation en alternance, de l’engagement associatif, mais aussi de la « débrouillardise ». Cette analyse est à rapprocher de propos d’Emmanuel Macron tenus à l’occasion d’une rencontre avec les élèves d’un lycée professionnel en Auvergne-Rhône-Alpes et rapportés par Le Monde. Le président de la République affirme sa volonté de promouvoir l’égalité des chances. Il annonce un renforcement significatif du dispositif « cordées de la réussite », qui aide les jeunes à accéder à l’enseignement supérieur et aux filières sélectives. Le nombre de bourses consacrées à cette aide passerait de 80 000 à 200 000. Parallèlement, on passerait d’ici 2022 à un « internat d’excellence » par département. Il y a actuellement une quarantaine d’établissements qui proposent ce système destiné aux jeunes issus de milieux défavorisés. Enfin, Emmanuel Macron entend redoubler d’efforts sur l’apprentissage et l’alternance.

Malheureusement, l’efficacité des dispositifs de soutien n’est pas toujours au rendez-vous. La plupart des universités proposent un « accompagnement personnalisé » aux étudiants, notamment ceux dont le niveau a été jugé insuffisant (les « oui si » de Parcoursup). Le Monde (accès restreint) faisait état au mois d’août d’un rapport de l’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche datant de février 2020 et où on apprend que près de 40 % des étudiants bénéficiant de cet accompagnement quittent l’université dès la fin de leur première année.

Ouest-France annonce la création à la rentrée 2021 d’une nouvelle filière de classes préparatoires axée sur l’informatique : MPI (mathématiques, physique, informatique). L’enseignement d’informatique y sera de six heures hebdomadaires.

La dyspraxie est un trouble neurologique qui affecte l’acquisition ou le développement de la coordination des mouvements. Elle concernerait 2 à 4 % des enfants dans le monde, et 4 à 6 % en France. Le site d’informations médicales Destination santé signale une étude de l’Inserm consacrée à cette maladie. Elle a montré que les enfants qui en sont atteints ont, en plus des problèmes moteurs (comme les perturbations de l’écriture manuscrite), des difficultés dans l’apprentissage des nombres.

Diffusion

Diffusion dans le monde réel

Les Journées du patrimoine ont été perturbées comme il se doit par la situation sanitaire. Peut-être aurez-vous plus de chance avec la Fête de la science qui commence le 3 octobre. Inria, prudent, virtualise ses exposés, comme ceux de Christophe Godin sur « L’étude des plantes à la croisée des sciences » ou d’Odalric-Ambrym Maillard qui se demande « si demain jardiner devenait une expérience de vie massivement collaborative ». Vous pourrez les écouter en direct sur le site dédié d’Inria. Pour ceux qui seront à Paris, il vous sera éventuellement possible de vous rendre à l’Institut du monde arabe qui vous propose un joli programme pour le dimanche 4 octobre, ou encore au Palais de la Découverte les samedi 3 et dimanche 4.

Une journaliste aventureuse s’essaie sur Futura Sciences à expliquer pourquoi on ne peut diviser par zéro, quand un autre sur LCI tente de nous expliquer toutes ces mathématiques qu’on utilise au quotidien sans le savoir. Les développements ne sont pas très convaincants, d’autant moins qu’il cite l’auteur d’« un réquisitoire contre le despotisme de la pensée calculante » (cf. BFM TV).

Vous apprécierez aussi ce petit dessin animé kirghiz sur la bataille des chiffres que nous fait découvrir le média franco-allemand Novastan dédié à la culture de l’Asie centrale post-soviétique.

Nous vous invitons à suivre les activités de la jeune association Les Mathématiques vagabondes, créée par Olga Paris-Romaskevich et Marie Lhuissier. Un ensemble d’expériences pour faire vivre l’art et la science, avec des expositions, des promenades et des contes. Et comme nous le montrent Olga et Marie, les mathématiciennes, ça existe ! Vous retrouvez en podcast et six épisodes le projet Sophie Germain, une réalisation fort intéressante pour tenter de comprendre pourquoi les filles manquent dans les filières scientifique. À écouter et à faire écouter !

Sciences & Vie republie un article de The Conversation sur l’étonnant hôtel de Hilbert dont il est souvent question dans Images des mathématiques, comme ici, ici, ici ou encore ici et ...

Mediapart consacre dans ses miscellanées scientifiques une recension du livre de Clara Grima qui fait des maths en laçant ses chaussures dont il a déjà été question dans cette revue de presse. De même d’Atlantico pour le livre de Mickaël Launay qui, lui, fait des maths sous son parapluie.

Pour ceux qui auront l’occasion de se déplacer dans la cité des Gaules, Le Progrès de Lyon vous invite à réserver votre place à la MMI pour l’exposition intitulée « Sous la surface, les maths » consacrée à la face cachée des jeux vidéo et des films d’animation, parcours ludique sous forme d’escape game pour petits et grands : explorer les dessous de la conception de l’animation numérique.

Le café pédagogique profite lui de cette rentrée pour vous inviter à revisiter le blob, le magazine de la Cité des sciences et de l’industrie, qui propose une série de « Petits contes mathématiques ».

Pour finir, un petit point de météo. Le projet Silenseas profite des bienfaits du vent et explore grâce à des modélisations complexes la possibilité d’équiper les navires de grandes voiles rigides comme celles qui ont déjà équipé les récents vainqueurs des coupes de l’America. Dans le cadre de la semaine européenne du développement durable, vous n’avez pas dû manquer l’événement berlinois sur les mathématiques du climat. Plus près de nous, le dernier épisode cévenol n’a pas manqué de calculs, mais de données fiables pour ses prévisions comme nous le relate la Gazette de Montpellier.

Diffusion en milieu scolaire

Quelques résultats de concours sont publiés dans les journaux des différents pays. Ainsi, Israël remporte la première place aux Championnats du monde de mathématiques pour étudiants selon I24news, le Bénin publie sa remise des prix sur Youtube et le journal L’Expansion consacre un article à cette jeune Algérienne qui s’est illustrée par sa troisième place aux Olympiades internationales scolaires de mathématiques. En France, ce sont les rallyes qui redémarrent, comme celui de la Sarthe.

Numerama a sélectionné quelques chaînes YouTube à visionner, dont celle de Sophie Guichard qui propose des courtes vidéos pour les élèves du collège au post-bac.

Le Café pédagogique vous invite lui à utiliser en cette rentrée l’application pour téléphone MathCityMap. Vous pouvez soit utiliser un parcours déjà existant, soit le créer si vous êtes motivé⋅e.

Enfin, Google va maintenant à l’école avec des lunettes. C’est ce que nous apprend Québec Hebdo, puisqu’après Photomath, c’est au tour de Google de développer un « élève Dubocu » artificiel qui reconnaît et résout les exercices de mathématiques. De quoi développer l’imagination des professeurs pour faire progresser Google ?
Pour finir, l’association « Les Maths en scène » lance la quatrième édition du dispositif “Regards de Géomètre”.

Parutions

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Un kiosque à Lyon

Vous ne retrouverez pas La Recherche dans les rayons des mensuels. Le dernier numéro est daté de juillet-août. Comme nous l’écrivions le mois dernier, les abonnés recevront en attendant Science et Avenir sous-titré La Recherche. Les deux revues sont très différentes et ne ciblent pas le même public. L’offre de culture scientifique se restreint donc, l’inquiétude est grande sur la diversité, à terme, d’une information de qualité. D’autres nuages s’annoncent-ils ? Libération faisait état dans son édition du 23 septembre d’une [menace d’une démission collective de la rédaction de Science & Vie : « Détenus par le groupe Reworld, les journalistes du magazine scientifique s’inquiètent pour leur indépendance et leur avenir ». On pourra lire aussi l’article de Télé Obs intitulé « Entre “Science & Vie” et Reworld Media, le torchon brûle » et celui de CB News.

Heureusement les autres revues semblent devoir se maintenir. La très belle revue Quadrature devrait pouvoir poursuivre ses activités. L’alerte a été chaude mais une solution est en train de s’esquisser. Le numéro 117, qui couvre juillet-août-septembre, offre un sommaire riche. La particularité de cette revue qui s’adresse aux passionnés (enseignants, chercheurs, ingénieurs, étudiants, et à tous les amateurs de mathématiques pures et épicées) est de ne proposer que des articles de mathématiques d’un très haut niveau de qualité et de rigueur dans un journal qui ne contient pratiquement pas de publicité. Bravo ! Un exploit initié par Jean-Pierre Boudine il y a plus de trente ans. Le meilleur moyen de soutenir la revue serait de lancer une campagne d’abonnement (comme Tangente l’a fait il y a quelques mois).

La rubrique Logique et calcul d’octobre dans Pour la Science prend le parti « Du flou et du faux en mathématiques », avec Jean-Paul Delahaye. Les mathématiques sont communément supposées être « la plus exacte des sciences exactes ». « Leur histoire nous montre pourtant de nombreux exemples d’erreurs importantes. » Les mathématiciens peuvent parfois « énoncer des théorèmes faux, ou des théorèmes vrais s’appuyant sur des démonstrations fausses ». L’erreur en mathématiques est loin d’être réservée aux élèves... Un encart présente trois causes principales d’erreur. La conclusion se veut rassurante : « Les erreurs qui se produisent sont non pas la preuve d’un risque général et croissant auquel les mathématiques seraient soumises [...] mais la manifestation de la vitalité d’une science curieuse et assoiffée, et qui depuis toujours explore et défriche sans répit des terres nouvelles. »

Les interactions entre arts et mathématiques sont un thème classique. Le dernier bulletin de l’APMEP le prend comme « fil rouge » (l’éditorial est en ligne ici). Superbement illustré il fait découvrir la magie des azulejos (voir aussi ici), donne en particulier la parole à des artistes ou à la mathématicienne Bérénice Delcroix-Oger qui réalise de superbes surfaces au crochet, parle de musique...

Il est beaucoup question en ce moment d’école virtuelle et de l’enseignement à distance. Le dernier numéro de Tangente Education titré « Repenser la classe » traite des problèmes engendrés par la « distanciation scolaire », l’importance de la construction d’un lien qui irait au-delà du pédagogique, des nouveaux outils qui ont émergé, des difficultés rencontrées par les enseignants et tout particulièrement les jeunes enseignants. L’accès à la version numérique est exceptionnellement gratuit...

Dans un tout autre registre le romancier et essayiste Philippe Forest a publié début septembre chez Gallimard un court essai (64 pages) L’Université en première ligne. À l’heure de la dictature numérique dont vous pouvez consulter en ligne des extraits sur le site de l’éditeur.

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De Alea, 1642

Ian Stewart est un vulgarisateur connu. On se souvient des chroniques de Rose Polymath (Ah, les beaux groupes, Les Fractals, Oh catastrophe). La chasse aux trésors mathématiques, Petites énigmes mathématiques et logiques, 17 équations qui ont changé le monde, Mon cabinet de curiosités mathématiques, Les mathématiques du vivant ou La Clé des mystères de l’existence sont ses titres les plus récents. Son dernier ouvrage, Do Dice Play God ? The Mathematics of Uncertainty, est sorti en juin dernier dans les pays anglo-saxons. Vous en trouverez une critique signée par Adhemar Bultheel sur le site de la European Mathematical Society. La version française, Les dés jouent-ils aux dieux ? Les mathématiques de l’incertitude, est parue courant septembre chez Dunod. Vous trouverez une critique (de Robert Maggiori) du livre sur le site de Libération et un entretien avec l’auteur sur Sciences et avenir, d’Olivier Hertel. Le titre fait bien sûr immanquablement penser à l’un de ses best-sellers Dieu joue-t-il aux dés ? Les mathématiques du chaos qui a connu plusieurs rééditions depuis 1989. Souhaitons au nouveau venu le même succès !

« Et si on se (re) mettait aux maths ? » propose Claude Vincent dans Les Échos. Il présente de manière très alléchante deux livres qui devraient permettre aux plus « revêches » de (re)prendre goût et plaisir aux mathématiques. Dans le secret des mathématiques, publié début 2020 par Ivan Kiriow, cible les lecteurs « complètement rétifs aux mathématiques, allergiques aux équations ou à la géométrie, aux nombres premiers, aux fractales, à l’infini, à Pi »... Il propose un « voyage au pays des maths, [...] une invitation à redécouvrir ces mal-aimées de la culture, rejetées parce que mal connues ». Un pari sympathique qui mérite que l’on s’y arrête. Ce serait intéressant de savoir quel accueil recevra ce livre et surtout si ceux qui fuient les mathématiques depuis l’école seront 1) convaincus de l’ouvrir et 2) réconciliés après sa lecture... Second ouvrage retenu par Claude Vincent, Vous aimez les maths sans le savoir d’Antoine Houlou-Garcia. Quadrature en fait une recension. Il en est question aussi dans Marianne (accès restreint), dans un article qui confronte les points de vue de Mickaël Launay (Le Théorème du parapluie), Stefan Buijsman (Un café avec Archimède), Sabine Hossenfelder (Lost in Maths) et Antoine Houlou-Garcia.

Pour finir

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Robe céleste de Toshimasa Kikuchi
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Un tweet-y

Un tweet de Roger Mansuy nous invite à aller admirer et méditer les mathématiques cachées dans l’art du tressage du bambou des artistes japonais à la galerie Mingei. On trouvera notamment les œuvres de Sugiura Noriyoshi, artiste géomètre.

Savez-vous ce que veut dire le « 007 » de James Bond ? RTL nous l’explique. Ouest-France propose un quiz et une devinette classique (ci-contre ; réponse en cliquant sur l’image). Une autre question standard a « fait chauffer les neurones » sur le fort Boyard, rapporte 24 matins.

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Devinette d’Ouest-France

Si ces petits jeux ne vous font pas rêver, si tel ou tel élément de la presse vous serre le cœur, vous êtes en phase avec le tube de l’été pointé par La Voix du Nord : La Tristitude mathématique est une version très réussie de la chanson éponyme d’Oldelaf réalisée par deux professeurs du Nord avec l’aide de leurs irrésistibles élèves et collègues. On y retrouve le mélange d’humour et de nostalgie de l’original, avec des éléments « inspirés de faits réels » empreints de tendre moquerie. Par chance, cette « détresse dans le creux de nos voix » a de quoi nous consoler !

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La Tristitude mathématique
Article édité par Jérôme Germoni

Notes

[1C’est un exercice classique d’application de la formule de Bayes au lycée : même s’il y a relativement peu de « faux positifs », un test positif ne donne pas une probabilité si élevée d’être vraiment infecté.

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Pour citer cet article :

L’équipe Actualités — «Revue de presse septembre 2020» — Images des Mathématiques, CNRS, 2020

Crédits image :

Image à la une - Cercles de fées dans la zone du Marienflusstal en Namibie.
Source : Stephan Getzin (via Beavis729) sur Wikimedia Commons.
Devinette d’Ouest-France - Source : Ouest-France
Différents paramètres utilisés pour estimer la taille du Mégalodon - https://www.nature.com/articles/s41598-020-71387-y
De Alea, 1642 - Wikipédia
Un kiosque à Lyon - R. Goiffon
Robe céleste de Toshimasa Kikuchi - Source : Galerie Mingei, Paris
Un tweet-y - Source : Dan McCoy sur Wikimedia Commons
La Tristitude mathématique - Source : Stéphane Delobel, Adrien Deslypper, YouTube
Cercles de fées en Namibie - Source : Wikimedia Commons

Commentaire sur l'article

  • Revue de presse septembre 2020

    le 2 octobre à 20:42, par Diego

    Suite à la lecture de l’article du JDD sur Grothendieck et sa participation à la manif du 10 juillet 1971 : à 5:22 dans la vidéo ci-après, ça pourrait être lui non ?
    https://www.dailymotion.com/video/xjs52a

    Répondre à ce message

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