Un exercice à propos de la promotion des mathématiques.

Le 28 juin 2014  - Ecrit par  Étienne Ghys Voir les commentaires (6)

Un communiqué nous apprend cette semaine que :

"Cinq mathématiciens installés dans de prestigieux instituts ou universités internationalement reconnus se verront remettre le “Breakthrough Prize of Mathematics” lors d’une cérémonie prévue les 9 et 10 novembre dans la Silicon Valley : Terence Tao (Université de Californie), Jacob Lurie (Harvard University ), Simon Donaldson (Simons Center for Geometry and Physics) ; Maxim Kontsevich (Institut des Hautes Études Scientifiques), Richard Taylor (Institute for Advanced Study in Princeton).

À l’initiative du milliardaire Yuri Milner et de Mark Zuckerberg, fondateur du célèbre Facebook, ce prix est le plus lucratif jamais établi. Semblable aux prix déjà existants pour la physique fondamentale et les sciences de la vie. Il vient récompenser les efforts de mathématiciens et se veut un outil de promotion de cette discipline."

Outil de promotion des mathématiques ?

Exercice :

Sachant que le montant du prix est de 3 millions de dollars pour chacun des cinq lauréats.

Sachant qu’un dollar vaut environ 75 centimes d’euros.

Sachant qu’une bourse post-doctorale pour un jeune chercheur coûte environ 50 000 euros par an (charges comprises),

Calculer combien de bourses Yuri Milner et Mark Zuckerberg auraient pu financer pour des jeunes ?

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Pour citer cet article :

Étienne Ghys — «Un exercice à propos de la promotion des mathématiques.» — Images des Mathématiques, CNRS, 2014

Commentaire sur l'article

  • Un exercice à propos de la promotion des mathématiques.

    le 29 juin 2014 à 13:38, par Thomas Sauvaget

    Bonjour,

    un calcul assez perturbant ! En même temps, si le nombre de postes permanents de chercheur n’augmente pas en conséquence, il semble qu’il ne serait peut-être pas judicieux de financer autant de jeunes. Pour rester dans votre idée, cette même somme pourrait par contre donner lieu à 2 ou 3 postes permanents ainsi que toute une gamme de contrats plus courts.

    Manifestement, ce n’est pas l’optique des mécènes en question, pour qui il s’agit avant tout de faire de certains mathématiciens brillants des « superstars », avec donc en implicite « avant vous n’étiez pas bien riche, donc vous n’étiez pas une superstar ».

    Argument évidement faux en ce qui concerne le milieux scientifique (puisque que ce sont précisément des chercheurs déjà reconnus). Donc la question est de savoir si dans la cible grand public des mécènes il y aura bien un changement d’attitude : (a) que ma voisine sache dorénavant qui sont Simon Donaldson et les autres (b) que des collégiens ou lycéens, lisant cela dans la presse junior ou autre, décident de devenir mathématicien « puisque que ça gagne autant qu’avocat ou tradeur » (et, dans le cas d’espèce, si les profils ainsi attirés sont vraiment ce qu’il y a de mieux pour les mathématiques...)

    J’ai, comme vous, quelques doutes à ce sujet, mais l’avenir le dira. En tous les cas, il y aura une cérémonie de remise des prix en Novembre (une espèce de show avec quelques acteurs célèbres en guise de maîtres de cérémonie, si l’on en croit le prix équivalent en physique), qui semble quelque peu en décalage avec les choses habituelles. Ce pourrait être assez cocasse : « et voici George Clooney qui va maintenant décrire les travaux de Richard Taylor avant de lui remettre son prix » :-)

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  • Un exercice à propos de la promotion des mathématiques.

    le 30 juin 2014 à 18:19, par bayéma

    je comprends votre propos mais je ne l’approuve pas et voici pourquoi :
    1°- sachant que les humain.e.s vivent encore dans le système (et l’approuvent massivement !)du bâton et de la carotte, il est non seulement illusoire mais impuissant de croire qu’on pourra y changer quelque chose (au moins pas avant les 40 millénaires suivants) ; 2°- le potlatch est une structure que les anthropologues ont déjà étudiée et à leur suite guy debord qui en a tiré, notamment, de profondes conséquences sur la société du spectacle ; 3°- il y a les riches et il y a les pauvres c’est-à-dire que si l’on pousse mathématiquement à l’extrême ce raisonnement, les mathématicien.ne.s devraient considérer que leur travail et leurs subventions universitaires parasitent la répartition communiste des biens car il faut d’abord penser aux pauvres, aux malades (en ce moment même au gabon ébola poursuit ses catastrophes !), mais le communisme, on a vu ce que ça donne.
    alors que veux-je dire ? le monde du spectacle va son petit bonhomme de chemin et nous avec. quel.le mathématicien.ne oserait prétendre (à part un mathématicien hyperdoué caché au fond de la lozère) que les honneurs ça fait pas du bien ? Est-ce que ce genre de prix ne vaut pas la nomination des théorèmes, étrange culte ? cette sorte de culte de la propriété symbolique engendre et accompagne nécessairement les propriétés matérielles et leurs rituels.
    la bonne conscience gauche caviar n’a pas encore prouvé ses forces de découvertes et ses potentiels d’entraînement à la découverte. pour l’instant, c’est le vedettariat et les peuples qui le soutiennent, qui joue le rôle de locomotive ; combien d’anonymes que vous n’intégrez pas dans vos « jeunes » sont fascinés par ces idoles et désirent leur ressembler ?
    bon ! j’arrête là sinon vous allez croire que j’ai écrit un billet d’humeur. les américains resteront les américains... et tant mieux pour nous....
    j’adore vos rubriques.
    josef bayéma, plasticien, guadeloupe.

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    • Un exercice à propos de la promotion des mathématiques.

      le 1er juillet 2014 à 08:43, par Aurélien Djament

      il y a les riches et il y a les pauvres c’est-à-dire que si l’on pousse mathématiquement à l’extrême ce raisonnement, les mathématicien.ne.s devraient considérer que leur travail et leurs subventions universitaires parasitent la répartition communiste des biens car il faut d’abord penser aux pauvres, aux malades (en ce moment même au gabon ébola poursuit ses catastrophes !), mais le communisme, on a vu ce que ça donne. alors que veux-je dire ? le monde du spectacle va son petit bonhomme de chemin et nous avec. quel.le mathématicien.ne oserait prétendre (à part un mathématicien hyperdoué caché au fond de la lozère) que les honneurs ça fait pas du bien ?

      Quel raisonnement admirable ! Non seulement, il peut y avoir de nombreux autres types d’honneur que les espèces sonnantes et trébuchantes, mais encore, il faudrait peut-être se demander qui il convient d’honorer et quand. La recherche est de plus en plus un travail collectif qui se mène sur le long terme. La meilleure façon de l’honorer consiste à lui donner les moyens de travailler correctement, en particulier de cesser de la précariser.

      Quant au passage plus particulier :

      mais le communisme, on a vu ce que ça donne.

      je me garderais de commenter de manière générale sur ce forum cette affirmation assénée comme une évidence, ce n’est pas le lieu. Mais je retournerais volontiers la formule : la précarisation et l’étranglement financier de la recherche, on a vu ce que cela donne. Et ce n’est qu’un début, les dégâts à venir s’annonçant bien pires que ce qu’on voit déjà si la politique actuelle se poursuit, justement parce que la recherche se mène sur le long terme. Pour mémoire, rappelons que le prix Nobel français Albert Fert avait déclaré que, si la recherche avait fonctionné comme aujourd’hui (financement sur projets finalisés de court terme en grande majorité) au début de sa carrière, il n’aurait pas pu parvenir aux découvertes qui lui ont valu la distinction suprême.

      Rappelons également les mises en garde récentes solennelles et quasi-unanimes du conseil scientifique du CNRS et la session plénière du Comité National de la recherche scientifique, disant que l’on va dans le mur si l’on continue à supprimer des emplois stables comme aujourd’hui. N’y aurait-il que des bolcheviks dans ces instances ?

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      • Un exercice à propos de la promotion des mathématiques.

        le 1er juillet 2014 à 16:26, par bayéma

        Un exercice à propos de la promotion des mathématiques

        1°- qui il convient d’honorer n’appartient pas aux peuples mais à ceux qui les manipulent.
        depuis l’antiquité, depuis même l’invention de la hiérarchisation sociale, il n’y a pas de contre-exemple. c’est malheureux mais c’est ainsi. mais on peut toujours fantasmer sur le pouvoir qu’on pense détenir.
        2°- des honneurs sans espèces sonnantes et trébuchantes c’est l’ensemble zéro ; ces espèces sont toujours à côté, derrière, ou dessous, pensez aux « produits dérivés » : livres, chaires universitaires « honorifiques », conférences, voire améliorations de certains budgets, etc, etc, les professionnels pourraient ici témoigner (ça d’ailleurs été faits dans la littérature « critique » de la science) ; 3°- quel.le.s mathématicien.ne.s n’écrit pas en anglais ? combien de livres de haut niveau (je ne parle même pas de vulgarisation !!!) sont traduits ou écrits en français et qui s’en soucie ??? un exemple seulement : l’ouvrage de connes sur les géométries non commutatives qui y a accès (je parle d’une lectrice ou d’un lecteur acceptant, par goût, de faire l’effort) mais en anglais...gratuit sur la toile certes mais alors ! 4°- « LA » recherche a toujours été un travail collectif car c’est le travail de l’humanité elle-même. MAIS « LE » travailleur scientifique est une caste comme une autre et c’est dans la nature des choses que cette caste défende son bifteck. donc vous avez raison de pas être content mais s’il vous plaît pas de simagrées, soyez comme tous les travailleurs qui réclament « normalement » leur dû sans faire de morale. alors seulement le travailleur collectif ne vous considérera plus comme une espèce bizarre qui serait la seule à œuvrer pour le bien commun ! 5°- le communisme : quelle drôle de remarque ! le paradoxe EPR dit : vous entrez un communiste ou un juif dans la boîte et vous ne savez plus s’ils sont vivants ou morts ! 6°- pauvre albert fert ! 7°- cnrs : pas besoin d’être bolchevik pour revendiquer (c’est même le contraire qu’ont produit les états en question : malheur à qui revendique « vu l’idéal que nous vivons » !). le capitalisme se développe sur la base du malheur COMME TOUS SYSTEMES DE GESTIONS DES CORPS HUMAINS, mais, il réduit la peine que subissent les femmes et les enfants relativement à tous les systèmes qui l’ont précédé ou qui ont prétendu le remplacer. jamais il n’y a eu autant de femmes dans les travaux scientifiques, MAIS à part Sophie germain, Emmy Noether et la spécialiste américaine de théorie des nœuds combien de théorèmes « féminins » ? ça, c’est un vrai problème, y compris d’honneur !

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  • Un exercice à propos de la promotion des mathématiques.

    le 14 juillet 2014 à 08:25, par sergiescu

    On pourrait aussi poser cette deuxième question :

    Combien de bourses on pourrait financer avec le seul prix

    du lauréat qui n’en n’avait plus besoin, car il en avait déjà un ?

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