Une blague que je ne ferai plus

Le 16 février 2009  - Ecrit par  Bertrand Rémy Voir les commentaires (1)

Il m’est arrivé plusieurs fois de faire la même « blague » en amphi.

Dans le contexte suivant : fin de semestre, on arrive au bout ; j’ai déjà écrit pas mal de théorèmes au tableau depuis le début des cours, je les ai presque tous prouvés et les étudiants sont déjà en surchauffe. Voici un énoncé de plus. Et la preuve ? Cette fois, pas de chance : ou bien elle est trop difficile (une de trop), ou bien elle ressemble à des arguments déjà vus, ou bien on n’est pas loin de la fin de la séance ce jour-là...

Bref, la démonstration ne s’impose pas. Alors, pour une fois, j’admets le résultat. Ce n’est pas un scandale en soi, mais j’ai l’idée - peut-être parce que je m’en veux, peut-être parce que je veux réveiller les étudiants - d’accompagner ça d’un peu de provocation. Après avoir écrit « Preuve : admise. », je me tourne vers les étudiants et je leur dis en souriant : « Heureusement que l’inspecteur de l’enseignement supérieur ne me voit pas ». Un petit silence et ensuite : « Mais au fait, il existe, l’inspecteur de l’enseignement supérieur ? Non, évidemment ! »

Cette provocation a été bien accueillie une demi-douzaine de fois. Mais la dernière fois, il y a eu un malaise. Contresens par certains dans l’amphi, ton mal ajusté de ma part, je ne sais pas. Toujours est-il que j’ai compris que certains étudiants avaient été blessés. L’absence affirmée de contrôle (sous sa forme usuelle, disons lycéenne) sur nos enseignements est apparue à ce moment-là comme un manque d’égard.

En matière de recherche, nous sommes (quoi qu’on en dise) bien évalués, de façon régulière, assez impartiale et diversifiée (demande de promotion, de financement ANR, expertise de nos papiers, évaluation quadriennale etc) [1]. Quid de l’enseignement à titre individuel ? Rien que pour l’argument de l’anecdote ci-dessus (égard pour les étudiants), nous pourrions peut-être imaginer une évaluation de nos enseignements similaires à celle de notre recherche. Pour bien me faire comprendre : il me semble que l’évaluation nationale et internationale de notre recherche - qui existe déjà ! - est assez satisfaisante pour qu’on puisse envisager de l’adapter à l’enseignement. L’évaluation (centralisée) des activités individuelles d’enseignement est, me semble-t-il, un préalable nécessaire à toute modulation de service des enseignants-chercheurs.

Notes

[1Voir également le billet : L’évaluation

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Pour citer cet article :

Bertrand Rémy — «Une blague que je ne ferai plus» — Images des Mathématiques, CNRS, 2009

Commentaire sur l'article

  • Une blague que je ne ferai plus

    le 17 février 2009 à 15:59, par Zindine Djadli

    C’est en effet, Bertrand, une question qui se pose légitimement. En restant dans la logique du projet de décret sur les statuts des EC.
    Le projet de décret prévoit la modulation, mais à aucun moment on se demande si on ne risque pas de faire enseigner plus des gens qui enseignent mal. Il est vrai que l’on peut se demander ce que signifie « enseigner mal ». Les étudiants eux-mêmes ont du mal à s’entendre sur la question.
    Toutefois il y a certaines situations où, objectivement, on ne risque pas très gros en parlant de mauvaise pratique d’enseignement.
    Un exemple. Récemment j’ai assisté à l’un des exercices favoris de l’université Grenoble 1 : la commission pédagogique. Sorte de grand messe où les étudiants, par filière, viennent exposer leurs griefs (contre les enseignants éventuellement, ou contre l’organisation des emplois du temps, ou contre toute autre chose qui concerne l’enseignement qu’ils reçoivent). Au cours de cette commission pédagogique les étudiants présents (qui sont des délégués de leur groupe de TD) ont unanimement expliqué qu’ils n’arrivaient pas à suivre les cours en amphi. La raison : des gens qui parlent à voix haute, qui font autre chose, etc... Un étudiant a même tenu le discours suivant : M. par exemple (en désignant un collègue physicien), à votre amphi je me mets toujours au premier rang, je suis à 2 mètres de vous et je n’entends pas ce que vous dîtes. Réponse de ce collègue : normal, moi-même je n’entends pas ce que je dis...

    Stupeur de ma part. Question posée à ce collègue : et que fait-on pour changer cela ?

    Réponse : on ne peut rien faire... C’est ainsi !

    Je me permets d’affirmer qu’un tel comportement de la part d’un enseignant n’est pas acceptable. Je rangerais cela, sans aucun scrupule, dans la catégorie du mauvais enseignement (attention je ne dis pas que ce collègue est un mauvais enseignant). Se demande-t-on s’il est sain de faire enseigner plus des gens qui acceptent de faire des amphis dans ces conditions, pire qui trouvent cela normal ou « fatal » ?

    Je ne suis pas favorable à l’évaluation-sanction. Je l’ai déjà écrit ici même. Par contre je suis favorable à l’évaluation-conseil. Et l’idée de Bertrand pourrait être une façon, à étudier dans ses modalités, de vider certains abcès.

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