Univers Convergents : le chaînon manquant.

Piste verte 12 septembre 2014  - Ecrit par  Lydia Ben Ytzhak Voir les commentaires (2)

On en rêvait, l’IHP l’a fait. Qui n’est jamais resté perplexe après un film de science-fiction, se demandant ce qui était scientifiquement plausible ? Qui n’a jamais rêvé après le visionnage du film Agora d’aller questionner un « vrai » spécialiste pour savoir si Hypatie, l’antique mathématicienne et philosophe d’Alexandrie avait vraiment découvert les trajectoires elliptiques des planètes avec un simple bout de corde et deux cercles dessinés au sol ? Si dans Gravity lorsque le casque explose dans le vide, on meurt d’abord d’implosion ou si on est congelé avant, avec une pression et une température tous deux à zéro absolu ? S’il sera un jour possible de naviguer en sous-marin miniaturisé dans un corps pour le soigner comme dans Le voyage fantastique ?

La petite équipe de l’IHP, sous la houlette de Cédric Villani et de Jean-Philippe Uzan secondés par Quentin Lazzarotto, responsable du pôle audiovisuel, ont eu la bonne idée depuis deux ans de s’installer une fois par mois au cinéma voisin Le Grand Action (Paris 5e) pour un Ciné-club intitulé Univers Convergents : Sciences, Fictions et Société, où la projection d’un film ou d’un documentaire ayant une dimension scientifique sert de prétexte à une discussion avec des scientifiques, philosophes, etc. Rien de tel qu’un biologiste moléculaire pour évoquer les questions soulevées par les techniques de séquençage génétique et pour répondre aux interrogations qui planent après avoir vu Gattaca...

L’avantage de l’exercice, c’est qu’on est ici très loin du colloque didactique. Dans une atmosphère bon enfant, la discussion se déroule à bâtons rompus, et les scientifiques présents mettent un point d’honneur à rendre accessibles des notions parfois très complexes. Aucune question du public, même naïve, n’est laissée de côté. Le Grand Action propose ces séances gratuitement, avec l’enthousiasme communicatif de sa directrice, la pétillante Isabelle Gibbal-Hardy, et les discussions peuvent se prolonger ensuite lors d’un pot amical qui suit les séances. Seule contrainte, l’inscription doit se faire quinze jours avant sur le site mais les places partent très vite ! Il vous reste toutefois une petite chance en vous présentant sur place cinq minutes avant la séance, en cas de désistements.

Mardi 24 juin, il s’agissait d’un documentaire chilien intitulé Nostalgie de la lumière qui ouvre une réflexion assez profonde sur le rôle de la science et sa place dans la société. Si la sélection passe des films hollywoodiens à gros budgets, elle n’hésite pas à diffuser également des films, documentaires, et « docu-fictions » plus confidentiels. L’expérience est vivante, une petite librairie est proposée à chaque fois sur des thématiques autour du sujet. Parfois, les mésaventures subies par la copie du film comme celle de Malevil qui a rougi avec le temps nous sont racontées par le menu (avec tous les détails sur la chimie de la pellicule, s’il vous plaît), une catastrophe toute relative puisque la couleur sépia du film collait parfaitement avec son propos post-apocalyptique !

On a donc l’occasion unique d’y voir des films rares : ma palme d’or personnelle revient à Codebreaker, une étonnante biographie du grand Alan Turing en forme de réhabilitation, offrant un subtil jeu d’acteurs tout en réserve qui n’entre pas en conflit avec de vraies images d’archives ou des témoignages réels. Ce docu-fiction très réussi a même été diffusé deux fois dans le cadre du Ciné-club mais mériterait largement une télédiffusion en France.

Une seule mise en garde : dès la première séance, Univers convergents est addictif ! Mais si vous avez raté une séance, une séquence de rattrapage vous est proposée ici avec au choix une vidéo du débat ou une retranscription.

Après une pause bien méritée, le ciné-club de l’IHP devrait reprendre son activité vers le mois de janvier... on vous en reparlera !

Article édité par Xavier Caruso

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Pour citer cet article :

Lydia Ben Ytzhak — «Univers Convergents : le chaînon manquant. » — Images des Mathématiques, CNRS, 2014

Commentaire sur l'article

  • Univers Convergents : le chaînon manquant.

    le 12 septembre 2014 à 09:12, par Karen Brandin

    Juste un mot pour dire que « Breaking the code » qui doit être un titre alternatif à « Codebreaker » vous est automatiquement recommandé sur le site Youtube pour ne pas le citer lorsque vous tapez « Alan Turing ».
    https://www.youtube.com/watch?v=S23...

    On peut aussi visionner un reportage diffusé en son temps sur Arte intitulé :« La drôle de guerre d’Alan Turing ou comment les maths ont vaincu Hitler.  »

    Enfin, parce que j’ai chaque année l’immense douleur :-( de voir la très grande majorité de mes terminales S abandonner les maths pour embrasser des études de médecine (mais on fait tous des erreurs ! ;-) ), je suis allée voir en leur honneur « Hippocrate »(en salle en ce moment), là encore un documentaire romancé plus ou moins dans la lignée de « Comment j’ai détesté les maths » (dont on attend la sortie DVD courant Octobre) qui m’a permis de passer un très bon moment.

    J’étais presque « chez moi » dans ces couloirs d’hôpitaux, ces salles de garde à force de récits de mon frère d’abord et de mes perpétuels anciens élèves. À voir donc pour la dose d’humanité.
    Bien sûr comme à chaque fois qu’il faut faire entrer une année en 1h40, il y a quelques raccourcis , un dénouement attendu aussi mais c’est une bien jolie initiative.

    Je dois en outre à ce film un crochet par une petite librairie de quartier (car j’étais plutôt en avance) qui m’a permis de découvrir un petit ouvrage à visée caritative dont je n’avais pas repéré la parution dans le flot de la rentrée littéraire : « Comment conjuguer passion et création » ou le dialogue inattendu (ou pas) entre Cédric Villani et Bartabas (paru chez FAVRE).

    Une deuxième dose d’humanité finalement ...

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    • Univers Convergents : le chaînon manquant.

      le 13 septembre 2014 à 18:13, par orion8

      parce que j’ai chaque année l’immense douleur :-( de voir la très grande majorité de mes terminales S abandonner les maths pour embrasser des études de médecine

      On fait un club ? On sera nombreux...

      Répondre à ce message

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