Véronique Bertrand, ingénieure

Piste verte Le 5 février 2009  - Ecrit par  Michèle Audin Voir les commentaires (2)

Véronique Bertrand n’est pas une mathématicienne. Elle se déclare même « fâchée avec les maths ». Pourtant, elle travaille au cœur d’un laboratoire de mathématiques, l’IRMA (à Strasbourg).


Ce qu’elle y fait ? Elle est « webmestre », c’est-à-dire responsable des sites web de l’IRMA. Elle est aussi chargée de la communication interne et vers l’extérieur. C’est à ce titre par exemple qu’elle s’occupe de la publicité des colloques organisés par les équipes et qu’elle coordonne les différentes activités publiques du laboratoire, comme sa participation à la fête de la science. Si vous préparez un poster [1]
« grand public » pour cette manifestation elle n’hésite pas à vous dire si elle n’y comprend rien et, pour quelqu’un de fâché avec les maths, elle montre un fort désir de comprendre...

Véronique, parmi les mathématiciens, est comme un poisson dans l’eau... au point qu’elle travaille non seulement avec ceux de l’IRMA, mais aussi avec d’autres en France, pour réaliser le portail des mathématiques et le site web de l’Institut des Sciences Mathématiques et de leurs Interactions du CNRS (en cours).

Cette bonne intégration n’a pas été sans mal. Ses premières années à l’IRMA (de 1996 à 2002) n’ont pas été toujours enthousiasmantes, au point qu’elle a décidé de partir en 2002.

Elle a changé de monde en rejoignant la Communauté Urbaine de Strasbourg : trois ans et demi en contact avec la « vraie vie ». Elle était chargée des écoles, et confrontée à des problèmes de propreté des locaux, de taux d’encadrement, de chantier de mise en sécurité ou de qualité de la restauration, travaillant au quotidien avec des concierges, des architectes, des parents d’élèves, des élus locaux...

Retour chez les mathématiciens

Et c’est presque en traînant les pieds qu’elle a réintégré le monde des mathématiques en janvier 2006.

Mais depuis, les choses ont changé : des responsabilités accrues, plus de choses à faire, et voilà Véronique souriante et sereine dans son travail :

A l’IRMA, j’ai les moyens de faire correctement et sereinement mon travail. Au départ je voyais comme un handicap le fait d’atterrir dans un laboratoire de mathématiques. Mais avec le temps je me suis aperçu qu’un niveau « normal » en mathématiques ne m’aurait de toute façon pas permis de comprendre les concepts très abstraits et pointus qui sont manipulés par les mathématiciens. Et aujourd’hui, je ne suis pas sûre que mon activité professionnelle serait plus enrichissante si je travaillais pour les sciences humaines. Non, les mathématiques, ce n’est toujours pas mon truc... mais c’est plus facile de travailler parmi les mathématiciens : ils se sont approprié les nouveaux outils (ordinateurs, web), ils sont très ouverts aux nouvelles technologies. J’ai l’impression que mes compétences et mon travail sont utiles, ce qui est ma principale source de motivation et d’épanouissement professionnels.

Le CNRS, mon village

Si Véronique est aujourd’hui ingénieure d’études, elle a passé un baccalauréat de secrétariat (et donc arrêté les maths en 3ème, rappelle-t-elle volontiers), puis un DUT de documentation, après lequel elle est entrée au CNRS. Des études courtes, par nécessité dit-elle sobrement, qu’elle a poursuivies en formation continue : diverses formations en informatique, une maîtrise en cours du soir et un DESS à temps partiel alors qu’elle travaillait déjà à l’IRMA. Elle gagne sa vie depuis 1985, et n’a jamais travaillé qu’auCNRS.

J’y suis sentimentalement attachée. Le CNRS, c’est mon village. Je m’y sens bien. Il m’a permis d’évoluer, de reprendre des études, de bouger quand je le souhaitais. J’ai reçu du CNRS autant que je lui ai apporté, je crois. Je suis très affectée et révoltée par ce qui s’y passe en ce moment.

Et en dehors du travail ?

Je suis née dans les Vosges il y a 45 ans, au milieu des sapins et des lacs. J’en garde un besoin vital de la proximité avec la nature et un goût pour la solitude.

J’ai vécu 2 ans à Paris mais j’y dépérissais. Aujourd’hui, je me sens plus provinciale, voire rurale ou même sylvestre (ça se dit ?) que jamais. J’aime la compagnie, mais si j’étais mathématicienne, je choisirais probablement de travailler dans une maison au fond des bois.

Pendant mes heures de loisirs, je lis et je pratique l’aquagym, le Taï chi, la gymnastique douce, le jardinage et la randonnée. Je suis présidente d’une petite association, et membre de deux autres : Kokopelli et Greenpeace.

Le reste, je le garde pour moi.


Avouons-le ici, le billet Du papier, des crayons, mais aussi... paru sur ce site, devait beaucoup à une discussion avec Véronique Bertrand.

Article édité par Michèle Audin

Notes

[1Un poster est une feuille (format A1 ou A0) de papier imprimé destiné à
être affichée sur un mur ou une surface verticale et servant à présenter
les résultats d’une recherche ou d’un travail. Ils contiennent
généralement des textes et des schémas, et parfois des photographies.
Quand ils sont à destination du grand public, les textes sont en général
concis, les illustrations servant à visualiser les idées contenues dans
les travaux.

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Pour citer cet article :

Michèle Audin — «Véronique Bertrand, ingénieure» — Images des Mathématiques, CNRS, 2009

Commentaire sur l'article

  • Véronique Bertrand, ingénieure

    le 5 février 2009 à 12:02, par Charles Boubel

    Bravo et merci pour cet article. La vie d’un labo n’est pas qu’affaire de chercheurs et de pensée éthérée, mais aussi d’ingénieur(e)s, bibliothécaires, secrétaires, agents de service, administratifs ... sans lesquels on ne tourne pas.

    En outre, ce simple portrait humain est très bienvenu et, mieux qu’un discours général, fait découvrir un aspect de la vie des maths.

    Répondre à ce message
  • Véronique Bertrand, ingénieure

    le 2 mars 2014 à 23:46, par fluvial

    merci pour ce joli portrait qui dégage plein de gentillesse et de tendresse !!!

    Répondre à ce message

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