Victor Hugo et la dynamique

23 juin 2010  - Ecrit par  Jacques Lafontaine Voir les commentaires (6)

Ce titre fait allusion à un livre de Pierre Costabel [1]
que je me suis toujours promis de lire,
sans en avoir trouvé l’occasion ....

Mon précédent billet avait suscité des réflexions intéressantes sur les allusions à caractère scientifique chez certains écrivains.
On peut aussi consulter l’article suivant que j’ai lu avec beaucoup d’intérêt.

Il est des auteurs qui ne sont pas à proprement parler anti-scientifiques
mais a-scientifiques. C’est bien le cas de Victor Hugo.

A la fin de Notre-Dame de Paris, l’horrible Claude Frollo (pour qui certains contributeurs de Wikipedia
manifestent de l’empathie, après tout donnons un droit de parole à la défense)
est arrivé à ses fins : la malheureuse Esmeralda est pendue
pour sorcellerie.
Du haut des tours de Notre-Dame, il assiste au supplice, et Quasimodo, qui a vu son rire sardonique, le balance par dessus
la rambarde. Après s’être agrippé quelques longues minutes, il tombe.
Et alors, dit notre auteur

UNE CHUTE DE SI HAUT EST RAREMENT PERPENDICULAIRE

C’est quand même fascinant, deux siècles après Galilée, un siècle et demi après la parution des Principia Mathematica de Newton, quatre ans après la mort
de Pierre-Simon Laplace,
de lire de telles choses sous la plume d’un grand écrivain.
Ce comique involontaire est la seule chose qui me console (un peu) du sort de l’infortunée Esmeralda.

Notes

[1Pierre Costabel, Leibniz et la dynamique. Les textes de 1692, Paris, Hermann & Cle, 1960

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Pour citer cet article :

Jacques Lafontaine — «Victor Hugo et la dynamique» — Images des Mathématiques, CNRS, 2010

Commentaire sur l'article

  • Victor Hugo et la dynamique

    le 23 juin 2010 à 09:05, par Yvan Velenik

    Ne fait-il pas simplement allusion à l’effet du vent (qui a largement le temps d’influencer la trajectoire si la chute dure suffisamment longtemps) ? En tout cas, c’est bien ce que semble indiquer le texte :

    Quasimodo le regarda tomber.

    Une chute de si haut est rarement perpendiculaire. L’archidiacre lancé dans l’espace tomba d’abord la tête en bas et les deux mains étendues, puis il fit plusieurs tours sur lui-même. Le vent le poussa sur le toit d’une maison où le malheureux commença à se briser.

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    • Victor Hugo et la dynamique

      le 23 juin 2010 à 09:54, par Jacques Lafontaine

      J’avais pensé à votre objection.

      La hauteur des tours de Notre-Dame est de 69 mètres. Le temps de chute est un peu moins de 4 secondes, mettons 4,5 ou 5 pour tenir compte de la résistance de l’air.

      Un vent suffisamment violent pour dévier une masse d’environ
      60 kg vers les toits les plus proches (même si à l’époque Notre-Dame était entourée de maisons)
      aurait empêché - à mon avis - Frollo et Quasimodo de se tenir
      en haut de la tour.

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      • Victor Hugo et la dynamique

        le 23 juin 2010 à 13:45, par Yvan Velenik

        C’est possible, mais d’ici à en conclure à l’inculture scientifique d’Hugo... Je ne pense pas que de nombreux écrivains aujourd’hui en activité soient capables de faire ce type de calculs (n’oublions pas que l’on vit dans une société où le ministre de l’éducation est incapable de faire une règle de 3) !

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  • Victor Hugo et la dynamique

    le 23 juin 2010 à 14:37, par Jacques Lafontaine

    Hugo a reçu une solide formation en humanités classiques.
    Mais à cette époque l’enseignement scientifique était quasi inexistant.

    Digression : il y a une anecdote intéressante dans le Mémorial de Sainte Hélène. Voyant Las Cases enseigner des maths à son fils, Napoléon s’étonne et s’attriste
    d’apprendre qu’on fait si peu de maths au lycée
    et dit en substance (malheureusement je n’ai plus le livre)
    qu’il aurait du s’occuper de ça au lieu de faire la guerre.

    Revenons à Hugo. Il me semble clair d’après sa vie et son oeuvre, que je crois connaitre assez bien, que les sciences ne l’intéressent pas, mais qu’importe ... nous serons d’accord j’imagine pour trouver que ce final de Notre-Dame de Paris a de la gueule !

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    • Victor Hugo, Stendhal, et les maths

      le 26 juin 2010 à 11:18, par Michèle Audin

      Hugo a reçu une solide formation en humanités classiques.
      Mais à cette époque l’enseignement scientifique était quasi inexistant.

      A propos de l’enseignement qu’a reçu VH : il est clair qu’il a bénéficié d’un enseignement scientifique. On cite toujours, complètement à contre sens d’ailleurs, le

      J’étais alors en proie à la mathématique

      (après lequel il y a une remarquable rime (« bec » avec « y »)), dans « A propos d’Horace » (les Contemplations), il suffit de lire le poème pour s’apercevoir qu’il a appris du latin et des maths !

      Pour la façon dont on enseignait les maths à cette époque, un témoin passionnant est Stendhal, qui, dans la Vie de Henri Brulard, rapporte avec émotion (entre autres activités mathématiques) comment il a appris à résoudre les équations du troisième degré.

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  • Victor Hugo et la dynamique

    le 26 juin 2010 à 23:40, par Frédéric Le Roux

    Cher Jacques,

    tu écris :

    Revenons à Hugo. Il me semble clair d’après sa vie et son oeuvre, que je crois connaitre assez bien, que les sciences ne l’intéressent pas.

    Cependant un petit texte du grand poète, intitulé L’Art et la Science et extrait de son Shakespeare, montre clairement le contraire. Je donne juste deux citations :

    « La science est l’asymptote de la vérité. Elle approche sans cesse, et ne touche jamais. »

    « Vénérons cette servante magnifique. »

    http://fr.wikisource.org/wiki/William_Shakespeare_(Victor_Hugo)/I/III/4

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