Vladimir Igorevich Arnold est mort

3 juin 2010  - Rédigé par  Michèle Audin Voir les commentaires (3)

Nous venons de l’apprendre, Vladimir Igorevich Arnold est mort, ce matin, 3 juin, à Paris, à l’âge de 73 ans.

Les théorèmes d’Arnold (le théorème KAM, les autres [1]). Les livres d’Arnold. Les équations différentielles ordinaires, les méthodes mathématiques de la mécanique classique, les singularités, c’est dans ses livres que nous les avons apprises. Dans les livres rouges des éditions MIR, qui arrivaient d’URSS.

Les livres arrivaient, mais Arnold, lui, ne sortait pas.

Souvenirs. Plusieurs d’entre nous l’avons rencontré pour la première fois au Congrès international de Varsovie, en 1983, nous y étions même allés pour ça.

Trois semaines, à l’automne 1986, à Moscou, le séminaire d’Arnold, une quarantaine de participants, presque tous ses élèves, des « vieux », Varchenko, Khovanski, des très jeunes, une ambiance de travail rare, les questions qui fusent [2], les discussions. Une sacrée école... Les discussions avec Arnold, Vassiliev, Givental le soir chez lui.

Et puis, Arnold est venu en France. Une grande interview dans la Gazette des mathématiciens. Il détestait le système français, il vitupérait Bourbaki, l’ENS... Il admirait Poincaré et Hadamard. Et c’est à l’Ecole normale que se tint son séminaire lorsqu’il prit un poste de professeur à Paris.

Son séminaire à Paris. Ses nouveaux élèves, Emmanuel Ferrand, par exemple.

Vladimir Igorevich Arnold était un monument. C’était un mathématicien qui pose des problèmes. Un semeur d’idées. Il a écrit des listes de problèmes, de questions, géométriques, originales, fécondes.

Il était charmant, provocateur [3], brillant, de mauvaise foi, cultivé, drôle, caustique, parfois même méchant, adorable, rapide, vif, incisif, oui, tout ça à la fois.

Pour ses mathématiques, pour son approche et ses questions, pour son humour, il était irremplaçable, il va nous manquer.

Post-scriptum :

Photographie : wikipedia.

Notes

[1Il y aura bien sûr un article plus détaillé sur ce site.

[2Certainement l’épreuve la plus difficile de toute ma vie professionnelle, avoir fait un exposé dans ce séminaire... mais pas la plus désagréable.

[3Dites-moi, à Paris, il y a des gens qui font de l’analyse ? me demanda-t-il par exemple en 1986.

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Pour citer cet article :

Michèle Audin — «Vladimir Igorevich Arnold est mort» — Images des Mathématiques, CNRS, 2010

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