i-MATH-ginez

21 janvier 2011  - Ecrit par  Pierre Gallais Voir les commentaires (6)

« Si vous pensiez que ce qui est math n’est guère reluisant, nous vous proposons d’égayer vos maths, hier, grises ! »

Tels étaient le titre et sous titre que je donnais à une exposition personnelle en 2010. De fait, si on y regarde bien, tout est math. Ce n’est pas qu’une question de vernis, ni une boutade.

Comparons quelques instants les mathématiques à un marteau. Il y a différents marteaux, étudiés et appropriés à des situations particulières. Ce sont des outils ! Rien ne nous interdit d’utiliser les marteaux pour nous taper sur les doigts. Cela se fait d’ailleurs plus souvent que nous ne le souhaiterions … à notre corps défendant. Ce n’est certes pas leur fonction première, mais si nous trouvons du plaisir à nous taper sur les doigts… voilà un bon outil.

Il faudrait être bien masochiste pour mettre sur un piédestal cette revendication. Je n’irai pas jusque là, mais je voulais seulement taper bien fort pour m’entendre crier qu’il n’est pas interdit d’utiliser les mathématiques à des fins auxquelles aucun professeur ne nous aura préparées.

Selon nos capacités, selon le chemin que nous aurons parcouru dans le paysage mathématique il y a matière (et matHière) à nourrir ou fermenter notre imagination (et i-math-gination). Personne ne saurait nous guider dans ces voies là, mais il y a des terres inconnues encore à découvrir et l’Aventure est stimulante. Comme toute aventure elle peut s’avérer périlleuse ou décourageante. Ce n’est pas chaque matin que l’on découvre une île inconnue. De plus, si cela arrive, il se peut que nous nous y retrouvions comme Robinson Crusoé… un peu, beaucoup isolé. Peut-être qu’en fin de semaine, un certain Vendredi croisera notre chemin… mais rien n’est certain ni acquis.

Il n’est pas commun de revendiquer que les mathématiques puissent soutenir l’aventure artistique. Mais le Petit Poucet n’était-il pas un peu mathématicien en semant ses petits cailloux : afin de retrouver le chemin alors qu’il se sentirait perdu ? C’est de la mathématique au degré presque zéro. Cependant voilà déjà une règle (ou logique) minimum à laquelle il faut songer lorsqu’on part à l’aventure. Évidemment il est pesant de se promener avec des cailloux dans les poches. Qu’à cela ne tienne, il existe d’autres instruments plus légers et universels qui, avec un peu de réflexion et certaines connaissances, permettent de se repérer. Déjà : une boussole, c’est mieux.

Vous ne trouverez pas dans le commerce la boussole mathématique qui vous permettra de vous orienter dans l’aventure artistique. Construisez-la. Selon vos connaissances et vos moyens elle sera plus ou moins sophistiquée. Mais, comme ce sera vous qui l’aurez construite, vous saurez au moins l’utiliser… et la réparer au cas où elle ne fonctionnerait plus très bien.

Dans les quelques billets précédents j’ai présenté Roman Opalka, Markus Raetz, Piet Mondrian, Sylvie Pic, et moi-même. A des degrés divers ces personnes ont utilisé de manière consciente ou inconsciente des éléments qui réfèrent aux mathématiques. Leur production est singulière. Il ne saurait être question de généraliser leur résultat. Pour Mondrian (et ses proches), peut-être… notre société se l’étant bien approprié. J’en présenterai d’autres, pas seulement plasticiens, et si vous en connaissez n’hésitez pas à les faire partager.

L’univers des mathématiques est bien souvent contraignant car il n’accepte pas l’incohérence… ce qui n’est pas toujours aisé d’accommoder avec l’art. Mais les mathématiques nous appartiennent ou, tout au moins, en possédons nous la jouissance. Alors ne nous en privons pas, même si parfois nous les faisons un peu grincer des dents. Souvenons-nous de la vinaigrette !

Les images sont extraites d’un travail personnel sur les géodésiques [1] qui me prit au dépourvu et me fit songer, après détourage des lignes, à la calligraphie. Fallait-il m’interdire cette dérive ou aventure ? Elle aura des conséquences inattendues dans mon travail suivant.

La dernière est une composition utilisant des faisceaux de cercles à points de base et points limites, projetés sur des surfaces seinpathiques... se mathamorphosant en seinsectes !

Le logo est une composition de trois anamorphoses… pour chacune, au bon point de vue, vous ne verriez que des carrés.

Notes

[1la géodésique est la généralisation à une surface courbe de ce qu’est la ligne droite sur le plan : le chemin le plus court entre deux points

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Pour citer cet article :

Pierre Gallais — «i-MATH-ginez» — Images des Mathématiques, CNRS, 2011

Commentaire sur l'article

  • i-MATH-ginez

    le 21 janvier 2011 à 17:59, par Gouanelle

    Bonsoir
    Quel bonheur aujourd’hui de vous avoir croisé dans cet archipel d’images et de jeux de mots ! Avec le regret de ne point me nommer Vendredi. Cl G

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  • i-MATH-ginez

    le 22 janvier 2011 à 00:07, par Rémi Peyre

    Pour ma part je n’ai pas du tout aimé ce billet. Certes les images présentées sont jolies, mais le texte n’a ni queue ni tête et le ton employé tend à la mégalomanie. On n’y comprend rien, si ce n’est quelques jeux de mots sans intérêt : ce n’est que de la poudre aux yeux. J’ai eu exactement la même impression avec un autre billet de l’auteur intitulé « De la vinaigrette ? », et je trouve cela d’autant plus regrettable que j’avais bien aimé certains de ses billets précédents, notamment « Crise de croissance » et « CECI, OUI ou NON, CELA ? ».

    Maintenant, je sens que les censeurs de tous poils vont encore me tomber sur le dos en me traitant d’affreux jojo suffisant dénué de tolérance et de poésie... Mais « sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur ».

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    • i-MATH-ginez

      le 22 janvier 2011 à 16:28, par Pierre Gallais

      Ouille,ouille,ouille !
      Je réponds par politesse et parceque je ne suis pas indifférent à ces remarques. Ce n’est pas à moi d’entrer dans ce débat. Ce qui m’étonne toutefois, c’est la nécessité d’invoquer : « sans liberté de blâmer... » pour se justifier.

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      • i-MATH-ginez

        le 23 janvier 2011 à 13:25, par Shaggy

        Je suis assez d’accord avec Rémi, en ce que le texte tel quel n’a pas beaucoup à voir avec les mathématiques. Il aurait été plus intéressant que l’article se concentre sur la façon dont ces dessins ont été produits ainsi que sur leur sens (quels objets mathématiques), c’est-à-dire que la fin du texte soit bien plus détaillée (sinon l’intérêt est limité) :

        « Les images sont extraites d’un travail personnel sur les géodésiques », « des conséquences inattendues dans mon travail suivant », « composition utilisant des faisceaux de cercles à points de base et points limites, projetés sur des surfaces seinpathiques », « composition de trois anamorphoses… pour chacune, au bon point de vue, vous ne verriez que des carrés » : il y a matière à précisions et développement !

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        • i-MATH-ginez

          le 3 février 2011 à 10:34, par Paul Vigneaux

          Cher Shaggy,

          Nous vous remercions pour votre commentaire qui permet de rappeler le fonctionnement du site.

          Comme vous pouvez le constater, ce texte de Pierre Gallais est un Billet (et non un Article, pour utiliser la terminologie d’Images des mathématiques), ce qui explique cette description assez courte.
          Bien évidemment, les mathématiques qui ont inspiré Pierre pourraient être développées au sein d’un Article d’une autre rubrique (par exemple « Objet du mois », « Images et Visualisation », etc) qui contient des textes plus longs.

          Bien à vous,
          Paul

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          • i-MATH-ginez

            le 3 février 2011 à 12:16, par Pierre Gallais

            Je suis attentif à vos commentaires mais je souhaite préciser, afin d’éviter toute confusion.
            L’idée de ces billets est né d’un échange avec Etienne Ghys et de l’intention de porter un regard oblique (modeste) sur les liens qui peuvent se tisser ou nouer entre art et mathématique. Il serait certainement bien nécessaire de développer. Ce serait long et ce n’est pas ici le cadre. Je tiens seulement à souligner, au travers de ces billets suivis, que les mathématiques (au sens large ou vague : leur imaginaire, leur logique, leur rigueur, leur « champ philosophique », leur spécificité ...) peuvent travailler ou bien questionner, de manière consciente ou inconsciente, certains artistes, et les amener à produire des « objets » qui s’adressent à la sensibilité ; une sensibilité avec laquelle on peut entrer en dialogue si on a le tempérament scientifique. Bien évidemment cette approche, légère, peut heurter les spécialistes des deux bords (art comme science) car elle donne l’impression de surfer sans approfondir. C’est là, une limite et une contrainte difficile à tenir, car l’envie de développer est grande.
            Je dirais que ce n’est qu’une mise en bouche et si cela ouvrait l’appétit... je me trouverais ravi.

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