22 avril 2014

17 messages - Retourner à l'article

Voir tous les messages - Retourner à l'article

  • Intervalle de confiance : pourquoi tant de défiance ?

    le 1er mai 2014 à 10:55, par jerome

    Bonjour,

    Ce qui me gêne beaucoup dans cet article comme celui-ci http://images.math.cnrs.fr/Pourquoi-enseigner-les.html, c’est que beaucoup de personnes ne semblent pas se rendre compte que ce qui est exposé dans ces articles passent très largement au dessus de la tête de la plupart des élèves. Quels sens donner aux mots « approximation », « converger », « limite », etc à des élèves de terminale à qui on a retiré tout le bagage nécessaire pour comprendre les choses. Les stats-probas sont un peu pour moi la poursuite de ce qui a été fait en physique. La physique a été très largement détruite dans les programmes de lycée. La physique est en quelque sorte devenue une simple étude de texte scientifique. On doit tout y dériver à base de l’énergie si bien qu’on y raconte n’importe quoi ou des choses vraiment fausses. Je suis agrégé en Maths, mais j’ai une thèse en physique et je suis horrifié de ce qui est désormais enseigné au lycée en physique tout comme de nombreux collègues de physique. Il faut désormais juste savoir trouver la bonne ligne dans un texte pour répondre à telle question.

    On est en train de faire la même chose en maths. Je ne vais pas revenir sur l’absurdité des programmes de maths au lycée : introduction de la fonction exponentielle comme unique solution d’une équation différentielle alors qu’elles ne sont plus au programme (même y’=ay avec a constant), exit l’intégration par partie, exit la définition d’une limite, interdiction de parler de factorielle, on calcule un coefficient binomial à la calculatrice comme pour faire croire qu’elle est indispensable (ou on fait compter le nombre de branches dans un arbre).... Il suffit de parcourir les discussions de nombreux profs de maths sur les forums pour remarquer à quels points ils sont catastrophés de ces programmes qui encore une fois sont jetés du plus haut étage du ministère sans aucune discussion avec ceux qui sont sur le terrain.

    Je ne suis vraiment pas un adorateur des maths hyper rigoureuses, très loin de là, puisque j’ai une formation de base purement physicienne. Mais nous sommes en train de nous égarer totalement et l’effet sur les élèves est désastreux -surtout sur les plus faibles- contrairement à l’effet souhaité. Plus on coupe dans le programme de maths, plus on allège, plus on rend complétement farfelu les choses en introduisant des notions qui font très jolies sur le papier (mais dont les élèves n’y comprennent rien car ils retiendront une simple recette), plus on met en difficulté les élèves les plus fragiles. Cela ne va pas avoir d’effets dans les grands établissements, mais chez moi, en Rep+, ça se paye comptant.

    Je serai très heureux de faire des stats-probas au lycée (même si je suis actuellement en collège Rep+) mais sincèrement, il suffit d’aller dans une classe de lycée pour voir l’état de la catastrophe en maths (et c’est encore pire en physique ! Combien d’étudiants s’orientent en physique en fac et rebroussent chemin en étant incapable de comprendre un mot de ce qui est fait ? Il y a toujours la solution de transformer la physique en pure étude de texte scientifique en licence comme ça le problème sera masqué).

    Il est temps de se remettre en question, et de cesser de croire que l’introduction de tel truc va totalement révolutionner l’enseignement et que tout les problèmes vont se régler.

    Les élèves qui payent le prix de ces expérimentations sont les plus faibles. Dans les grand établissements on intégrera toujours les prépas puis les grandes écoles et l’écart se sera encore un peu plus creusé avec les plus faibles.

    Je rajoute enfin que de plus en plus de collègues, que ce soit en Maths ou en physique commencent à exprimer haut et fort leur agacement face à un corps d’inspection qui semble totalement incapable d’entendre ceux qui sont sur le terrain.

    Au lieu d’aller introduire des intervalles de confiance dans un programme qui se résument en pratique pour 95% des élèves à utiliser la bonne touche de la calculatrice sans rien y comprendre, il aurait peut-être fallu entendre avant les revendications des professeurs en postes.

    Cordialement.

    Répondre à ce message
Pour participer à la discussion merci de vous identifier : Si vous n'avez pas d'identifiant, vous pouvez vous inscrire.