18 de noviembre de 2015

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  • Il n’y a plus de place pour Cauchy !

    le 18 de noviembre de 2015 à 23:30, par Karen Brandin

    Merci Aziz pour cet article et cet exemple dont on a compris qu’il était la manifestation de quelque chose de bien plus général et inquiétant ; sans grande surprise, je partage ton désarroi mais j’ai le sentiment que la situation est désormais trop grave pour que l’on puisse espérer inverser la tendance.

    Aux petits, on dit : «quand on veut, on peut» ; seulement nous, on est grands alors on n’y croit plus vraiment.

    Ce qui est incontestable, c’est que les aptitudes au raisonnement, la capacité de concentration des élèves a très largement baissé ces dernières années et qu’on ne peut pas ne pas en tenir compte. Bien sûr, faire descendre les exigences jusqu’à eux au lieu de les hisser vers ces mêmes exigences n’est une solution qu’à court terme et en outre «une fausse solution» mais j’imagine qu’elle est guidée par l’urgence et la nécessité de recruter malgré tout voire, «envers et contre tout.»

    Je suis de mon côté confrontée à un public en général issu de la section prétendue scientifique mais je reconnais être complètement démunie face à l’ampleur des lacunes au point de ne pas avoir d’autres choix désormais que de renoncer à certains exercices plus évolués et pourtant riches d’enseignement.

    On ne doit pas se mentir : c’est une forme de lâcheté doublée d’un aveu d’impuissance mais ...

    Reste que lorsqu’on a le malheur de déplorer un peu vivement que les élèves ne connaissent toujours pas l’aire d’un triangle en 1S, confondent médiatrice et médiane, cercle et disque, on nous dit que ce n’est pas si grave, qu’on doit modérer nos exigences ; qu’un mot pour autre, ce n’est pas si important finalement.
    Du moment que le champ lexical n’est pas trop éloigné, il faut valoriser l’intention !

    Après dix jours sur les équations de droites (en 1S, pas en troisième), on a toujours des élèves qui ne comprennent fondamentalement pas ce que représente une équation de droite ; on croule sous les jeunes qui ne parviennent tout simplement pas à intégrer cette notion «de liaison», «de contrainte» si bien que celle, plus générale d’ensembles de points est devenue inaccessible et lorsqu’elle est évoquée en terminale lors du chapitre (sacrifié) sur les nombres complexes, les élèves procèdent trop souvent par identification en mémorisant les deux cas au programme : «cercle et médiatrice» sans aucun discernement ou conviction.

    Pas plus tard que cet après-midi, j’ai été prise à partie par des élèves de tale ES révoltées qu’on ait osé leur demander de résoudre à la main un système linéaire «deux équations, deux inconnues» avant de leur autoriser la résolution dite «matricielle» (outil complètement démesuré d’ailleurs dans ce cas) c’est-à-dire à l’aide de la calculatrice tout simplement car on en se permettrait pas de demander d’inverser une matrice, même 2x2.

    Elles ne savent plus faire et ne souhaitent pas réapprendre ; pour quoi faire ? puisqu’il y a (selon elles) plus simple (en fait non mais c’est leur ressenti qui est la preuve de l’ampleur de l’incompréhension).

    Être un consommateur en fin de chaîne et surtout ignorer le maximum de choses, voici le Saint Graal désormais.

    Il y a tellement de cas où l’on veut, on voudrait donner mais où clairement, ils ne souhaitent pas recevoir. D’une certaine manière, ils n’en demandent pas tant. Autour de cet éternel défi qui consiste à faire boire un cheval qui n’a pas soif, je me permets de citer P. Meirieu dans «Comment aider nos enfants à réussir» Bayard):
    «Dans le cas du cheval, ce dernier finira toujours par avoir soif ! Alors qu’un élève que l’on prive de mathématiques ne viendra pas réclamer spontanément le théorème de Pythagore. Quand il s’agit de faire boire des chevaux, on peut se contenter d’attendre ; quand il s’agit d’enseigner les mathématiques à des enfants qui n’en veulent pas, nous ne pouvons pas nous croiser les bras.»
    Mais alors que faire ?

    On est plus que jamais me semble-t-il tenus (es) responsables de la difficulté de la discipline et finalement les élèves (mais parfois aussi les parents) nous reprochent de les «mettre en échec» alors que l’erreur, le doute font partie intégrante de l’apprentissage. On ne cesse d’y être confrontés de notre côté, à des échelles différentes simplement.

    Les maths ne sont pas un langage naturel pour la plupart d’entre nous, c’est une langue qu’il faut pratiquer, expérimenter, qui a ses codes, ses exigences. C’est vrai qu’il faut du temps, un peu d’envie et de courage aussi pour la parler assez correctement. C’est difficile comme tout ce qui vaut la peine.

    Quand j’entends que c’est lamentable qu’un élève de fin de lycée doivent travailler le week-end, je ne sais plus quoi répondre sinon qu’ on n’est pas encore à l’ère de l’enseignement par intraveineuse !

    Il faut enfin penser qu’un enseignant est un être humain, rien de plus ou de mieux et c’est presque devenu un problème. On se demande parfois
    si une machine ne serait plus indiquée tant ce métier est devenu répétitif et éprouvant lorsqu’il est dispensé par des Hommes, c’est-à-dire accompagné d’émotions (à ranger surtout parmi les échecs et les déceptions).
    C’est usant de tenter de convaincre, d’encourager un esprit jeune, volatile et souvent très expansif, très franc dans la résistance à rester concentré sur un problème abstrait dont il ne voit pas l’intérêt immédiat (immédiateté : le maître-mot) puisqu’un exercice ne se consomme pas ... encore.

    Nous avons depuis longtemps épuisé les arguments concrets qui devaient soit-disant tout arranger tels les téléphones portables, GPS et autres imageries médicales ... Tout les laisse sceptiques ; il faut une énergie extraordinaire pour compenser, contrer une indifférence qu’ils ne cessent de revendiquer et d’entretenir.

    De cette ’énergie vitale (puisque le cours finit par prendre des allures de lutte avec de vraies stratégies d’attaque et de riposte), on finit par manquer cruellement. Les réserves de motivation des profs sincères ne sont pas inépuisables et quand elles existent encore, elles sont désormais très largement entamées au point qu’un endettement menace.

    Beaucoup ont depuis longtemps «démissionné» et ont intégré que la donne a changé tout simplement, qu’il faut l’accepter pendant que quelques irréductibles gaulois se retrouvent sans potion magique plus isolés que jamais.

    Il reste quelques rares élèves réellement investis, volontaires (pas forcément doués d’ailleurs, c’est à dire que l’apprentissage pour eux demandent un effort véritable et sincère) mais en général, il y a une famille derrière qui pour des raisons en général très variées encourage, cultive ce goût de l’étude, y voit et y fait voir une manière de grandir, de s’affranchir d’une forme de servilité.

    Apprendre est plus que jamais un état d’esprit voire une vertu. Platon avait peut-être tort lorsqu’il affirmait
    que «la faculté d’apprendre et l’organe à cet usage résident dans l’âme de chacun.»

    Une chose les embête pourtant un peu et les fait (enfin) réagir : que j’écrive sur eux (car je ne me prive pas de leur dire), qu’on écrive sur cette attitude -la leur- qui génère une solitude usante, épuisante, une lassitude tout simplement. Donc, «J’ÉCRIS» au cas où ...

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