18 novembre 2015

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  • Il n’y a plus de place pour Cauchy !

    le 19 novembre 2015 à 22:29, par Karen Brandin

    Bonsoir François,

    Parce que j’ai regardé beaucoup d’intérêt et apprécié dans « Comment j’ai détesté les maths » cette version (votre version) très affective, très impliquée, voire « habitée » de l’enseignement, je pense -j’espère- de mon côté être très proche de mes élèves (je cumule 35h de cours par semaine sans compter le temps de préparation parce que je dois suivre toutes les sections, toutes les spécialités avec quelques séances dans le supérieur qui viennent diversifier l’ensemble) et je crois savoir qu’ils sont proches de moi donc je ne leur veux pas de ne pas comprendre ce qu’est une droite (c’est à dire que je n’aime pas plus les maths qu’eux, c’est un attachement différent et complémentaire), je leur reproche de ne pas s’interroger, de ne pas m’interroger et je m’en veux avant tout de ne pas parvenir à leur donner l’intuition de l’importance de ce lien entre « moralement » une abscisse et une ordonnée pour revenir à cet exemple (dans le cas classique pour abréger) parce que je sais ce que cela risque de leur coûter lorsqu’ils seront confrontés aux espaces vectoriels deux ans plus tard.

    Comme Arnold donc (et sans doute Aziz ! ;-) ), je sors en colère de cours bien sûr et tant mieux ; en fait, je regrette qu’il y ait si peu de profs en colère, si peu de profs ambitieux pour ces jeunes.

    Le jour où je n’aurai plus le courage de me révolter contre tout ce qui se perd et tout ce qui ne se crée plus, j’espère que j’aurai celui de changer de métier.

    J’enseigne depuis dix ans mais je n’ai pas une formation de prof puisque je suis issue d’un doctorat en théorie algébrique des nombres donc même si j’ai une expérience très conséquente, je considère ma légitimité modérée mais malgré tout, il y a un problème fondamental avec cette vraie-fausse section scientifique dans laquelle désormais tout le monde s’engouffre, pas par conviction mais simplement parce que c’est possible. En effet, en 1S, il y a seulement 4 h de maths donc même si cette discipline vous indiffère, le créneau n’est pas dissuasif.

    Comment dès lors peut-on envisager d’initier durablement ces jeunes à une discipline tentaculaire sans jamais avoir le temps de les immerger ? C’est impossible ; la frustration est donc partout et elle est légitime.
    Je ne sais pas si « je plains tout », je sais que je suis épuisée et forcément un peu abîmée mais ce qui est certain, c’est que je ne peux pas tout aimer.

    Amicalement

    Karen

    PS : Décidément, les temps sont durs pour les éditeurs (je pense aux publications chez Cassini sans cesse différées depuis plus de deux ans parfois) car nous attendons de feuilleter et de faire feuilleter : « Je n’ai jamais rien compris aux maths mais ça je comprends » dont la date de parution vient encore d’être repoussée apparemment. :-(

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