27 juillet 2018

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  • L’essor de la « fausse science »

    le 31 juillet 2018 à 14:39, par Emmanuel Jacob

    Merci Aboubakar pour ce commentaire foisonnant et riche.

    Il me semble bon de rappeler, ou de préciser, que les « chercheurs du tiers-monde » ne sont pas les seuls concernés par ces revues prédatrices. Et s’il y a des disparités, elles sont bel et bien présentes partout !
    En France par exemple, ce serait en 2014 environ 1% des articles publiés qui le sont dans de telles revues (contre environ 3% au niveau mondial)... et probablement plus en 2018 !
    Après, si la situation en Afrique est celle que vous décrivez... c’est en effet malheureux.

    Si l’on cherche à améliorer la situation, il me semble y avoir deux axes au problème, deux axes sur lesquels travailler.

    Le premier est cette « culture du chiffre » que vous décrivez bien. Dans cette course, les chercheurs doivent augmenter leur nombre de publications, et tous les moyens sont bons pour y arriver. Ce sera en effet le premier critère sur lequel ils seront évalués...

    Sur cet axe je suis assez pessimiste car cela ne semble aller qu’en empirant. Cela est renforcé par la mise en concurrence qui ne semble aller qu’en se renforçant, au niveau des chercheurs et de leur carrière, au niveau des équipes et des universités, avec la course aux bourses, aux prix (européens, ANR, etc), aux classements (de Shanghai et autres consorts). Un autre aspect est la fréquente surcharge des comités d’évaluation, qui, à l’ouverture d’un poste, doivent évaluer une centaine de candidats aux profils variés, chacun avec une production scientifique hyper-spécialisée, et en sélectionner quelques-uns. Dès lors, le nombre de publications peut facilement devenir un premier critère de sélection...

    Le deuxième axe est celui de l’édition scientifique et de son modèle. J’ai déjà parlé de la voie dorée qui fait payer les auteurs plutôt que les lecteurs/bibliothèque, et dont les journaux prédateurs sont une perversion somme toute assez naturelle. Mais cette voie dorée est pourtant une tentative de réponse aux problèmes posés par le modèle d’édition traditionnel représenté principalement par Elsevier et Springer, à savoir principalement son coût (ces éditeurs semblant profiter abondamment de leur position de duopole) et la restriction d’accès à la production scientifique qui en découle.

    Sur ce deuxième axe, je suis beaucoup plus optimiste sur l’avenir, ... quoique bien peu satisfait de la situation actuelle. Car des bonnes solutions existent, et certaines sont déjà utilisées. Déjà, la voie verte, au premier rang arXiv, qui se propose d’archiver gratuitement toute production scientifique. Son seul inconvénient est qu’il n’y a pas de relecture par les pairs, donc pas de garantie de qualité (c’est aussi un avantage, ici pas de censure, tout article y a sa place, y compris les plus exotiques). Or cette relecture est essentielle pour garantir la cohésion de l’édifice scientifique (d’ailleurs les références données dans un article sont, dans la mesure du possible, celles des journaux à comité de relecture dans lesquels elles ont paru). Il existe également des journaux avec comité de relecture on ne peut plus sérieux, comme l’épijournal de géométrie algébrique, qui sont entièrement contrôlés par la communauté scientifique (pas d’éditeur tiers), et sont gratuits pour les auteurs, compatibles avec le livre accès. Ce modèle semble véritablement vertueux mais de tels journaux sont encore trop peu nombreux, sans doute principalement pour des raisons historiques. Enfin, l’on peut espérer que des solutions originales émergent, comme le processus de relecture anonyme et relativement opaque remplacé par les « avis des lecteurs » ou un autre système reposant sur le réseau scientifique mondial connecté. Par exemple, la plateforme Wikipedia ne fonctionne pas si mal que cela... Bien-sûr, tout cela reste à inventer... et spéculatif en l’état.

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