17 juin 2019

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  • Confiance

    le 18 juin 2019 à 21:21, par Alice Ernoult

    Merci François pour ce billet. Nous sommes nombreux à dénoncer le traitement fait aux mathématiques dans la réforme de la voie générale du lycée (d’autres problèmes se posent aussi pour les voies professionnelles et, dans une moindre mesure, en voie technologique). L’APMEP, la SMF mais aussi des syndicats, des associations de professeurs et des sociétés savantes d’autres disciplines, des associations de parents, se sont exprimés à ce sujet, la rubrique de l’APMEP consacrée à ce sujet en témoigne. Malgré cela, le silence a été assourdissant jusqu’en décembre dernier. L’attachement que nous portons à notre discipline n’a d’égal que l’amertume que certains nourrissent contre elle : il est parfois bien difficile de se placer sur le terrain de la rationalité lorsque les arguments que l’on nous oppose sont émotionnels.

    Je m’associe aussi pleinement aux autres sujets que tu abordes dans ton billet, il rend bien compte de l’ampleur des décisions prises par un ministre qui avait annoncé à son arrivée qu’il ne ferait pas de réforme parce que nous avions besoin de stabilité !

    Encore merci donc à toi pour ce billet et à l’équipe de la revue de presse d’IdM qui est toujours attentive aux questions liées à l’enseignement.

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  • Confiance

    le 19 juin 2019 à 09:49, par Mathieu

    Sans parler de l’hypocrisie de notre ministre et du député-mathematicien sur la place des maths dans l’enseignement scientifique.
    Ayant aimé Villani pour la visibilité qu’il a apporté, j’ai été d’autant plus déçu de sa défense concernant la présence des maths dans l’enseignement scientifique : en épluchant le programme, une pauvre dizaine d’heures dans l’année !

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    • Confiance

      le 19 juin 2019 à 12:22, par ROUX

      Et cette pauvre et petite dizaine d’heures dans l’année de première NE sera PAS faite par les professeur.e.s de mathématiques mais par les professeur.e.s de SVT et de PC en charge de cet enseignement (scientifique).

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  • Confiance

    le 20 juin 2019 à 14:57, par Karen Brandin

    Bonjour et merci pour ce billet de triste circonstance ...

    Pour rebondir sur l’un des commentaires, il faut reconnaître que l’énergie longtemps communicative, la personnalité atypique de Cédric Villani pouvait nous laisser espérer que cet ex- ambassadeur des mathématiques défendrait corps et âme l’enseignement d’une discipline, la nôtre depuis trop longtemps malmenée. Alors forcément, on se sent à l’aube de cette réforme qui rien ne semble de taille à interrompre un peu orphelins, un peu trahis aussi. Cette réforme n’est juste pas adaptée au lycée, à un public très diversifié et scientifiquement en construction car apprendre, c’est long. Très long même.

    Je pense que le « député mathématicien » comme on l’appelle (la deuxième partie de l’étiquette vise-t-elle à l’excuser par avance en cas de faux pas, je ne sais pas trop ?) a une vision un peu idyllique de l’enseignement. Il envisage un lycée comme une ENS miniature finalement, un grand laboratoire de pensées où les idées circuleraient, s’affronteraient pour mieux s’enrichir. Un lycée (au sens d’Aristote) où le prof de physique (par exemple) qui passerait par là un matin, s’inviterait au cours de maths pour apporter un éclairage complémentaire sur les objets dans une grande orgie de savoirs. On pourrait imaginer des activités autour de la topologie pourquoi pas ? et cette fois convier l’enseignant de SVT qui pourrait rebondir et nous expliquer que l’activité des protéines dépendent de leur forme, de leur structure des pliages, que l’action des virus est conditionnée par sa géométrie (cf le Hors Série n°70 du magazine Tangente) . Ce serait fantastique pour les élèves et pour nous bien sûr car c’est un métier où la lassitude, l’absence de stimulation intellectuelles ont raison des plus téméraires en quelques années à peine. Ce serait fantastique comme le sont tous les rêves.

    Sauf que là, on est plein cauchemar. C’est un cauchemar qui dure en plus. Et quand on nous réveille, c’est pour mieux nous endormir.

    Car avec cette réforme, l’un des problèmes majeurs au lieu d’être solutionné va être amplifié. En effet les maths, qui comme d’habitude n’ont rien demandé à personne et surtout pas à être perçues comme une discipline élitiste, vont être présentée comme une spécialité nécessaire. On va prendre maths non pas par conviction, dans le cadre d’un « menu » motivé et cohérent mais finalement sous la menace, la menace des représailles, de ces fameuses portes qui vont se fermer, voire vous claquer à la figure. Si bien que l’on va se retrouver avec un public ni dynamique, ni convaincu, comme aujourd’hui la plupart des premières S qui ma foi, ont fait S parce : c’était possible, que le conseil ne s’y est pas opposé, que le grand frère a fait « S » alors qu’il était nul (je cite) et puis parce qu’ils détestent l’éco. ils détestent les maths aussi à vrai dire mais ils aiment bien la SVT donc l’un dans l’autre. Sans compter qu’après ce bac S le mal nommé, ils voudraient faire Sciences Po. Quand vous leur dites : « Ce n’était pas le chemin le plus court » ... Ils vous répondent : « et alors ? ».

    Et alors rien.

    Ensuite, est-ce que le programme de cette fameuse spécialité maths est de taille à déclencher des passions, des vocations scientifiques et surtout à favoriser les interactions ? Pas du tout selon moi. C’est pauvre et ennuyeux à pleurer. Je croyais au retour de la notion de limites (les conditions au limites, les recherches d’états stables sont après tout des problèmes concrets que l’on retrouve partout), de celle de barycentre bien sûr si l’idée
    sous-jacente est bien de faire en sorte que les frontières entre les disciplines soient poreuses ; j’ai cherché le repérage polaire (autant de choses qui étaient enseignées en 1S il y a moins de 10 ans). En vain.

    Alors ma foi, il y a une brève présentation de la fonction exponentielle qui n’a strictement aucun intérêt (bien sûr le logarithme n’est pas évoqué, il faut quand même un peu de suspens et surtout faire en sorte d’être le moins cohérent possible. Ne changeons pas une équipe qui perd).

    On suppose donc que ce sera un outil plaqué là et rien de plus si ce n’est annoncer le retour éventuel des équations différentielles en terminales (si elles sont absentes des futurs programmes, je pense que l’on aura touché le fond ).

    Il manque tout dans cette réforme : de la cohérence, du temps et des compétences : les nôtres car nous aussi nous sommes limités par note passé, notre formation qui n’est exhaustive, notre sensibilité, nos aptitudes. On ne sait ni tout faire, ni tout expliquer donc encore moins tout transmettre.

    Faire fusionner des situations physiques et des objets mathématiques qui dans l’esprit des élèves sont figés, c’est difficile même si c’est une noble cause Cela demande une vraie maturité intellectuelle et une envie aussi. Constater un phénomène physique, c’est plutôt simple, même distrayant ; s’approprier les objets mathématiques qui vont permettre de le décrire au mieux, c’est plus ingrat. Mes élèves en sont incapables d’abord parce que ça ne les intéressent pas. En fait non, ils n’ont pas envie que les disciplines soient décloisonnées. Cela ne les libère pas, ça les étouffe au contraire. C’est trop tôt.

    Entre 2017 et 2018 (la session 2019 est assez pauvre pour le moment mais demain, c’est la France qui entre en scène avec un sujet fouillé et dense dont elle a en général le secret) de nombreux exercices de bac prenaient appui sur des fonctions « logistiques ». En cours particuliers ou collectifs, j’ai confronté des terminales S notamment à l’exercice 3 de Centres étrangers 2017 qui porte sur un contexte de pharmacocinétique avec en partie A : Administration par voie intraveineuse et en partie B : Administration par voie orale etc ... L’échec a été cuisant. Pourtant la plupart revendique l’envie de faire des études de santé, on croit donc les intéresser, les atteindre mais pas du tout.

    Ces énoncés concrets et pourtant limpides sont une obstruction parfois insurmontable à la compréhension. On est contraint de reformuler avec et pour eux chaque question en les dépouillant de ce fait complètement du contexte pour qu’ils parviennent à répondre. Ils sont littéralement submergés par cette tentative de double casquette (idem lorsqu’en ES on demande d’interpréter un résultat, même en probas). Si tout l’enseignement doit conjuguer dans une grande farandole du savoir : les maths, la physique, la programmation, la SVT et puis l’art pourquoi pas ? on va, je le crains, faire un peu de tout et beaucoup de rien.

    A côtés de cette ambition démesurée, on continue de déplorer une éternelle absente : l’histoire des sciences, Elle a pourtant toute sa place me semble t-il dans ce magnifique intitulé (« fourre-tout » c’est moins glamour) : Les Humanités.

    Quelques connaissances en histoire des idées ne pouvaient pas nuire sans doute ce lundi lors de l’épreuve de philo de Métropole s’agissant du commentaire d’un extrait d’un texte de Freud ?

    Ce qui est terrible et impardonnable, c’est que l’on est en train de sacrifier parce qu’on l’atrophie l’intelligence de toute une génération, on refuse de transmettre, on retient le savoir au contraire. L’intelligence au sens large est en danger, on est en train de tout perdre : de l’esprit critique, à la résistance à l’effort en passant par l’échange, le respect, l’argumentation. On fait du pointillisme mais sans le talent qui va avec.

    C’est comme cela que l’on se retrouve une fois de plus avec une pétition parce que l’épreuve de français du Bac a osé être littéraire pour les sections S/ES. Depuis quand est-ce qu’on se permet d’être ambitieux pour les élèves ? Un extrait de Manga aurait fait l’affaire non ? Il faudrait en rire j’imagine. Pour reconnaître, apprécier la beauté des poèmes, il y aura l’intelligence artificielle. Pourquoi d’embêter ?

    C’est sans pudeur aucune par contre, qu’on lisait sur internet à propos d’une auteure magnifique et parfaitement accessible à des jeunes de 17 ans : « les élèves ont été choqués d’apprendre que Andrée Chedid est une femme. »

    (La première version donnait en fait une alternative au mot « femme » peu glorieuse en plus.)

    Pourtant lorsque à la radio j’entends parfois des interviews d’enfants de CM1 ou CM2 qui sont médiateurs dans leur classe ou évoquent les enjeux écologiques, on est muets d"admiration tant ils sont clairvoyants, pertinents et ouverts aussi. Tout est réuni alors pour faire de ces bouts de chou des étudiants stimulants, stimulés et créatifs. Qu’est ce qui peut se passer ensuite pour qu’à 17 ou 18 ans, on ait le sentiment que tout a été perdu, éventé ?
    On a parfois le sentiment que l’esprit de ces jeunes, qui sont à ce moment exceptionnel de la vie où tout est possible, est comme « sous cellophane ». Il faut alors déployer une énergie magistrale, parfois destructrice, pour percer la poche et les réveiller.

    C’est peut-être volontaire ... Après tout, au lieu d’apprendre aux Français à décrypter les emballages et éduquer les foyers sur des substances controversées, on a trouvé plus simple : on a crée un nutricode avec des couleurs primaires. Moralité : si vous connaissez vos couleurs, vous êtes sauvés. Et on vous vend tranquillement que l’on vous responsabilise, que vous êtes acteur de votre nutrition comme on vend aux élèves qu’ils vont être acteurs de leur formation. Partant de là ...

    "Aie confiance

    Crois en moi

    Que je puisse

    Veillez sur toi..."

    Non merci ; ça va aller. Ou pas.

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