Arts et maths au collège

Témoignage d’enseignants autour du concours « Bulles au carré »

Le 10 avril 2022  - Ecrit par  Anastasia Scepi, Maxime Senez Voir les commentaires

À l’heure où les chaires « Arts et Sciences » se multiplient dans les établissements supérieurs, le couple binaire mérite qu’on s’y intéresse dès le secondaire. C’est ce que deux professeurs du collège Yves du Manoir (92, Vaucresson), Mme Scepi et M. Senez, ont proposé à la classe de 3e A dans laquelle ils enseignent les lettres et les mathématiques.

Il s’agissait de montrer à des élèves qui sont sur le point de quitter le collège que les disciplines ne s’opposent pas, qu’elles ne sont pas à envisager comme « deux cultures » distinctes selon les mots de Charles-Percy Snow, mais qu’elles pourraient, bien au contraire, participer d’une culture commune, partagée. Pour ce faire, il a fallu « (re) mettre la science en culture » selon l’expression de Jean-Marc Lévy-Leblond. Le projet « Bulles au carré » était une entrée parfaite !

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Dès lors, les deux professeurs ont souhaité montrer comment l’art – la littérature, le cinéma- , se mêle aux technologies intrinsèquement liées aux mathématiques, tout en questionnant le monde qui est le nôtre et en mettant en lumière certaines problématiques sociétales et éthiques. Voici, très brièvement, la démarche adoptée :

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En Lettres, outre la lecture de certaines nouvelles d’anticipation (« Le robot qui rêvait » ; « Automates, société anonyme » ; « Crime sans châtiment ») et l’inscription de la science-fiction au sein de l’histoire de la littérature et des genres, des œuvres d’art en lien avec les sciences, notamment les mathématiques, ont été étudiées – comme, par exemple, la performance « Are you human ? » d’A. Bartholl, présentée au Jeu de Paume, directement inspirée du Test dit de Turing – ou encore l’œuvre « Keywords » de Samuel Bianchini.

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Dans cette œuvre, le test « Captcha » [1] devient le vecteur non seulement d’une création artistique mais aussi d’une interrogation métaphysique, ontologique : qu’est-ce différencie un humain d’une créature artificielle ? Des liens étroits ont pu être tissés avec les nouvelles d’Asimov dans lesquelles le romancier fait de la découverte du cerveau positronique d’une créature artificielle par un personnage l’origine du basculement diégétique.

Afin de poursuivre cette réflexion, les élèves ont été invités à visionner des extraits de deux œuvres cinématographiques qui appartiennent à l’histoire du cinéma – Blade Runner de Ridley Scott (1982) et Blade Runner 2049 de Denis Villeneuve (2018) et se sont demandés si les créatures artificielles, automates d’Asimov ou Replicants de Blade Runner, pouvaient éprouver les mêmes sentiments que les humains : peuvent-ils aimer et être aimés ? Peuvent-ils éprouver de l’amitié ? Éprouvent-ils, expérimentent-ils, le libre arbitre pouvant les pousser à se rebeller, à se protéger ?

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Ces questions non limitatives ont nourri l’imaginaire des élèves : c’est ainsi qu’ils ont décidé, lors de l’écriture du scénario, de mettre en scène une maison connectée qui se rebellait via un bras robotique - ce sont les dernières vignettes de la bande dessinée.

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La problématique ayant guidé l’écriture du scénario était la suivante : peut-on contrôler ce que l’on a créé ou ces créatures ou objets artificiels peuvent-ils, voire doivent-ils nous /s’ échapper ? Dans quelle mesure l’intelligence artificielle nous emprisonne t-elle ? Ainsi, ils ont tenté de cristalliser, par l’écriture du scénario et la réalisation de la bande dessinée, les limites et dangers de l’I.A.

En mathématiques, le point de départ a été la nouvelle « Le robot qui rêvait » d’Asimov dans laquelle il est question de la découverte d’un cerveau positronique.

Une illustration mettait en valeur l’acmé du texte, celle d’une image abstraite d’un cerveau illustrant la récursivité de certaines formes. C’est ainsi que les élèves ont été initiés aux algorithmes récursifs ainsi qu’à la théorie du chaos par l’intermédiaire du tamis de Sierpiński.

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Ce projet pluridisciplinaire a été on ne peut plus fédérateur : les élèves se sont emparés du projet avec enthousiasme et plaisir. Nul doute qu’ils en garderont un beau souvenir !

Voici la planche BD réalisée par les élèves. Elle n’a pas passé le 1er tour de vote des internautes mais elle est arrivée 15e sur les 63 planches proposées !

BD 26

Post-scriptum :

Les lauréats du concours BD sont ici.

Notes

[1

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« Captcha » est l’acronyme de Completely Automated Public Turing test to Tell Computers and Humans Apart, soit, en français, « test public de Turing complètement automatique ayant pour but de différencier les humains des ordinateurs ».

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Pour citer cet article :

Anastasia Scepi, Maxime Senez — «Arts et maths au collège» — Images des Mathématiques, CNRS, 2022

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