Contourner les barrières de genre au XIXe siècle grâce à la coopération entre conjoints : l’exemple de Mary et William Somerville

Piste verte Le 14 septembre 2020  - Ecrit par  Brigitte Stenhouse Voir les commentaires (1)

La vie et le travail de Mary Somerville en tant que mathématicienne et savante dans la Grande-Bretagne du XIXe siècle ont été fortement influencés par son genre ; en tant que femme, elle eut un accès très limité aux idées et aux ressources développées et circulant dans les universités et les sociétés scientifiques. Sa participation active au sein des institutions savantes a cependant été réelle. Alors qu’elle n’a été élue membre à part entière d’une société qu’à l’âge de 89 ans (Società Geografica Italiana, 1870), Somerville a bénéficié des ressources et des réseaux sociaux cultivés par ces institutions dès 1812. Un intermédiaire clé entre Somerville et ces sociétés fut son mari, le Docteur William Somerville ; sa médiation a été essentielle pour l’accès au savoir et la carrière d’auteure scientifique de sa femme.

Introduction

Bien souvent, les sociétés et institutions scientifiques ont été et sont toujours une barrière à l’entrée des femmes dans les sciences. En Grande-Bretagne, les femmes n’ont pu bénéficier de formation universitaire qu’à partir de la fondation du Bedford College de Londres en 1848. Le poste d’astronome royal, l’une des positions les plus prestigieuses pour un·e mathématicien·ne du XIXe siècle, n’a jamais été occupé par une femme. Bien qu’aucune société savante n’ait eu de statut formel refusant les femmes du vivant de Somerville, il y avait néanmoins une grande réticence à les accueillir comme membres ou même dans ses bâtiments. A l’exception de la visite controversée en 1667 de l’auteure prolifique Margaret Cavendish (1623-1673), les femmes n’étaient pas invitées à la Royal Society of London jusqu’en 1876, date du commencement de ses conversaziones annuelles (Ferry, 2010, p. 163) [1]. En 1886, alors que la candidature de Isis Pogson lui était soumise, le Conseil de la Royal Astronomical Society (RAS) choisit d’interpréter sa constitution comme excluant explicitement les femmes (Dreyer & Turner, 1987) [2]. Les sociétés nationales qui visaient à promouvoir spécifiquement les mathématiques n’ont été fondées que vers la fin de la vie de Somerville, à savoir la London Mathematical Society en 1865 et la Société Mathématique de France en 1872, et là encore il a fallu attendre de nombreuses années pour que des femmes en soient enfin élues membres [3].

Se concentrer uniquement sur l’adhésion à une société savante peut cependant fausser notre compréhension de l’influence qu’ont eue ces institutions et nous conduire en outre à sous-estimer le rôle qu’ont joué, en marge des institutions elles-mêmes, les échanges informels de connaissances par la correspondance épistolaire ou la sociabilité savante mondaine [4]. Comme le nota Charles Babbage (1791-1871) dans sa polémique de 1830 contre la Royal Society, seuls 109 des 714 membres avaient publié un article dans ses Philosophical Transactions [Phil. Trans.] (Babbage, 1830, p. 154-155). À l’inverse, Caroline Herschel (1750-1848), qui ne fut jamais affiliée à la Royal Society, même à titre de membre honorifique, y apparaît à trois reprises, avec des extraits de lettres décrivant ses découvertes de nouvelles comètes [5]. De plus, nous allons voir que dans la Grande Bretagne de la première moitié du XIXe siècle, l’adhésion des femmes à des sociétés savantes pourrait bien être l’interaction la moins importante qu’elles aient eu avec ces institutions.

Mary Somerville, membre honoraire de sociétés savantes

Mary Somerville (1780-1872) était une mathématicienne et scientifique écossaise, désignée par la suite comme Somerville [6], dont on se souvint à sa mort comme « d’un des astronomes et philosophes les plus éminents de l’époque » (Anon, 1872). Somerville a grandi dans une ville côtière près d’Édimbourg, en Écosse, dans une famille ayant des liens lointains avec l’aristocratie. Son intérêt pour les mathématiques a commencé dès sa plus tendre enfance, mais elle fut fortement découragée par sa famille et il n’existe que peu de preuves de ses études scientifiques jusqu’aux années 1810. Néanmoins, au cours de sa vie elle a publié quatre livres, qui ont fait l’objet de 17 éditions, sans compter les nombreuses éditions pirates publiées aux États-Unis d’Amérique, ainsi que des traductions en français, en allemand et en italien. Elle a également fait publier des articles dans les Phil. Trans. et la Quarterly Review, et des extraits de ses lettres ont été publiés dans les Comptes Rendus de l’Académie des Sciences et le Edinburgh New Philosophical Journal (Secord J. A., 2004).

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Figure 1 — Auto-portrait de Mary Somerville (1780-1872)

Bien que son genre l’ait empêchée de fréquenter l’université ou d’être membre à part entière d’académies scientifiques en lien avec ses recherches scientifiques, Somerville s’est vu décerner plusieurs titres de membre honoraire. La plupart d’entre eux étaient en reconnaissance de son premier livre, Mechanism of the Heavens, publié en 1831 (Somerville, 1831). Traduction et adaptation du Traité de mécanique céleste de Pierre-Simon Laplace, ce livre en quatre volumes a joué un rôle clé dans la circulation du « calcul différentiel » en Grande-Bretagne [7] et a été adopté comme manuel à l’Université de Cambridge dans les années 1830 (Somerville & Somerville, 1873, p. 172).

La Naval and Military Library and Museum de Londres a été la première société à compter Somerville comme membre honoraire ; elle y fut élue le 21 septembre 1832. Suivirent en 1834 la Société de Physique et d’Histoire Naturelle de Genève et la Royal Irish Academy (Dublin). Mary Somerville et Caroline Herschel furent les premières femmes à être élues membres honoraires de la Royal Astronomical Society en février 1835, et plus tard cette même année, Somerville put ajouter à sa collection un certificat de membre honoraire de la Bristol Philosophical and Literary Society (Somerville & Somerville, 1873, p. 172-176) [8]. Ces élections et ces distinctions honorifiques ont souvent résulté du parrainage de Somerville par une de ses connaissances. C’est par exemple William Rowan Hamilton (1805-1865, mathématicien), que Somerville avait déjà rencontré lors d’une visite à Cambridge, qui proposa l’élection de Somerville comme membre honoraire de la Royal Irish Academy [9]. En effet, les sociétés en question ont souvent demandé la permission de Somerville d’inclure son nom dans leurs listes de membres honoraires après que les membres avaient déjà voté pour lui décerner cet honneur, comme le montrent les communications concernant son élection à la Bristol Philosophical and Literary Society. Bien que Somerville n’ait jamais été élue membre de la Royal Society, en 1832 64 membres s’engagèrent à verser 156,10 £ pour financer un buste en marbre à son effigie (Patterson, 1983, p. 90). Placé dans la salle de réunion de la société, il était censé « rendre hommage aux pouvoirs de l’esprit féminin et en même temps rendre compte éternellement de la parfaite compatibilité de l’accomplissement le plus exemplaire des plus doux devoirs de la vie domestique, avec les plus hautes recherches en philosophie mathématique » [10].

Ces honneurs furent décernés à Somerville quinze ans après qu’elle se soit fait connaître comme experte en mathématiques, en soumettant des solutions à des énigmes mathématiques dans les New Series of the Mathematical Repository dans les années 1811-1819, et en s’engageant dans la circulation informelle des connaissances mathématiques au sein de la bonne société savante. Ce n’est d’ailleurs pas par hasard que la première publication de Somerville fut une traduction de Laplace ; en 1826, Henry Brougham (1778-1868, premier baron Brougham et Vaux et fondateur de la Society for the Diffusion of Useful Knowledge) souhaitait financer une traduction de la Mécanique céleste en anglais. Brougham affirma en effet que si Somerville était incapable de terminer le travail, il faudrait le laisser inachevé, puisque « personne d’autre qu’elle ne le peut » (Somerville & Somerville, 1873, p. 161-162).

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Figure 2 — Copie en plâtre du buste de Chantrey commandée par la Royal Society en 1832, conservée au Somerville College, Oxford.

Ces adhésions n’ont apparemment pas profité de manière significative à Somerville. Beaucoup de ces sociétés étaient basées loin de Londres, où Somerville vécut entre 1816 et 1838, de sorte que même si elle avait été invitée à assister aux réunions (qui étaient souvent réservées aux membres à part entière), il lui aurait été coûteux et difficile de s’y rendre. De plus, bien que Somerville décrive dans un passage de son autobiographie chargé d’émotion, l’honneur qu’elle ressentit lors de son élection en tant que membre honoraire de la RAS, il semble qu’elle avait depuis longtemps tout oublié de cette élection ! En septembre 1844, Augustus De Morgan (1806-1871, professeur de mathématiques à l’University College de Londres et secrétaire de la RAS) se sentit ainsi obligé de lui écrire lorsqu’il apprit qu’elle avait visité la RAS et affirmé ignorer qu’elle en était membre honoraire (MS, Dep. c. 370, Folder MSD-3). Il est donc douteux que cette élection ait réellement changé la vie de Somerville. Comme nous le verrons, bien avant d’en être membre honoraire, Somerville avait déjà réussi, en grande partie grâce à son mari, à contourner les obstacles auxquels elle était confrontée pour accéder à des communautés centrées sur les académies savantes de Londres, Paris et Genève.

Dr William Somerville, membre de sociétés savantes

Mary Somerville a épousé son cousin, le Docteur William Somerville (1771-1860) en mai 1812. Tout au long de sa vie, William s’intéressa à la philosophie naturelle, même si, comme c’était souvent le cas à l’époque, il s’agissait là plus d’un loisir cultivé, pensé comme partie intégrante de la vie de gentilhomme, que d’une vocation scientifique soutenue. Dans les années 1790, en tant que chirurgien de l’armée William fut affecté en Afrique du Sud où il écrivit sur ses interactions avec la population et sur des descriptions de la faune locale. Envoyé ensuite en Italie, à Malte et au Canada, il revint en Écosse en 1811 et demanda Somerville en mariage. Après un bref séjour à Portsmouth, le couple de jeunes mariés s’installa à Édimbourg en 1813 lorsque William fut nommé à la tête de l’Army Medical Department in North Britain (Patterson, 1983, p. 6-8).

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Figure 3 — Portrait de William Somerville (1771–1860)

Les liens sociaux que les Somerville établirent pendant leur séjour à Édimbourg furent essentiels à leur introduction ultérieure dans la bonne société scientifique à Londres ainsi qu’au cours de leurs tours en Europe en 1817, 1824 et 1831. En janvier 1813, William fut élu membre ordinaire [11] de la Royal Society d’Edinburgh (RSE), sur proposition de John Playfair (1748-1819) qui était alors titulaire de la chaire de philosophie naturelle de l’université d’Édimbourg et secrétaire de la RSE (Royal Society of Edinburgh, 1815, p. 542 ; Royal Society of Edinburgh, 2006, p. 869). Le même jour, Georges Cuvier (1769-1832) et Pierre-Simon Laplace (1749-1827), deux savants que les Somerville rencontreront à Paris lors de leur première visite en 1817, furent aussi élus membres honoraires [12]. En 1816, juste avant de s’installer à Londres à la suite de la nomination de William comme inspecteur principal de l’Army Medical Board, les Somerville firent la connaissance de Leonard Horner (1785-1864, inspecteur d’usine et membre de la RSE à partir de 1816), peut-être grâce à leur lien avec la RSE.

Horner joua un rôle clé dans la nouvelle vie des Somerville à Londres ; grâce à une lettre d’introduction de sa part, les Somerville semblent avoir été accueillis à bras ouverts dans la société scientifique londonienne (Patterson, 1983, p. 12-14). Horner décrit William Somerville comme « un très bon garçon, & sa femme une femme très intéressante. C’est une personne aux connaissances extraordinaires, particulièrement en mathématiques ». Dans l’année, William Somerville fut élu membre de la Royal Society ; parmi les dix-sept signataires de son certificat d’élection figuraient l’astronome Royal John Pond (1767-1836) ainsi que des chimistes et futurs présidents de la Société, Sir Humphry Davy (1778-1829) et William Hyde Wollaston (1766-1828). Le certificat note les connaissances de William en histoire naturelle et en minéralogie, et mentionne également qu’il était déjà à ce moment-là membre de la Linnean Society et de la Geological Society (Certificat d’élection de William Somerville, 2019).

Ce qu’il faut souligner ici, c’est que ce sont uniquement les facultés de William qui l’ont rendu éligible pour devenir membre de la Royal Society. William n’avait écrit ou publié aucun livre ou article et n’était pas connu non plus pour avoir fait une découverte ou une invention particulière ; ses connaissances en minéralogie avaient suffi pour faire sa notoriété [13]. En 1816, les connaissances mathématiques de Mary Somerville, qui avaient été mentionnées dans la correspondance de John Playfair et de Leonard Horner, lui avaient déjà valu une médaille pour ses résolutions d’énigmes mathématiques dans les New Series of the Mathematical Repository [14]. De plus, en 1816, deux membres furent élus à la RS explicitement pour leurs connaissances des mathématiques [15]. Par conséquent, l’absence d’une nomination pour Somerville a clairement été une question de genre.

Somerville n’était toutefois nullement à l’écart des sociétés scientifiques. Elle put s’engager dans la sociabilité scientifique mondaine qui entoure et relie ces institutions fermées, une composante clé de l’activité scientifique. De plus, William partageait activement les bénéfices dont il jouissait en tant que membre de telles sociétés et, selon la situation, jouait alternativement les rôles de chaperon, secrétaire, représentant ou même d’agent littéraire de Somerville. Nous allons étudier successivement chacun de ces rôles afin d’éclairer les différentes façons dont la participation de Somerville dans les communautés scientifiques a été affectée et facilitée par l’aide de son mari.

William Somerville, chaperon

Dès le début de son mariage, son mari partageant ses intérêts scientifiques et son appréciation de la bonne société, la vie sociale de Somerville changea complètement. Avec un compagnon toujours présent et un chaperon zélé, elle fut ainsi considérablement plus mobile, tant au plan géographique que social.

Bien que les femmes des classes moyennes et supérieures aient voyagé dans le monde entier depuis au moins le début du XVIIIe siècle, il était très rare qu’une femme voyage seule. Très souvent, les femmes voyageaient avec leur époux, soit comme collaboratrices, soit comme compagnes, ou devaient sinon chercher des domestiques rémunérés ou des guides locaux prêts à les accompagner dans leurs déplacements (Meyer, 1978, p. 29) [16]. Il était également très important pour les voyageurs d’avoir des lettres d’introduction pour les personnes de marque (ou celles qui pourraient leur être utiles) qui résidaient dans leur lieu de destination, par exemple les diplomates britanniques ou les « étrangers respectables » (Meyer, 1978, p. 48). En 1834 encore, Somerville refusa de se rendre à Édimbourg pour la réunion annuelle de la British Association for the Advancement of Science (BAAS), affirmant que William ne pouvait voyager aussi loin de Londres à ce moment (MS, Dep. c. 371, Folder MSJ-1) [17]. Les frais de voyage étaient prohibitifs pour les Somerville, même sans le coût supplémentaire des gages d’une servante qui à la fois lui servirait de compagnon et assurerait la garde des enfants lors du voyage ; plus tôt en 1832, Somerville s’était plainte de devoir être « sédentaire tout l’été, [car] se déplacer est si coûteux » (Patterson, 1983, p. 94).

Néanmoins, accompagnée de son mari, Somerville put voyager non seulement au Royaume-Uni, mais aussi en Allemagne, en France, en Suisse et en Italie. Juste après leur mariage en 1812, les Somerville entreprirent le voyage de treize jours entre Édimbourg et Marlow (près de Londres) pour rendre visite au mentor de Somerville, William Wallace (1768-1843, professeur de mathématiques au Royal Military College), avec qui elle n’avait eu auparavant que des contacts épistolaires [18]. C’est peut-être à ce moment là que Wallace offrit à Somerville son exemplaire de la Théorie des fonctions analytiques... de Joseph Louis Lagrange, et lui donna des conseils sur les ouvrages qu’elle devait acheter pour sa bibliothèque mathématique personnelle (Somerville & Somerville, 1873, p. 79) [19]. Wallace escorta également les jeunes mariés à Slough où ils rencontrèrent l’astronome William Herschel (1738-1822) et son fils John Herschel qui fut plus tard signataire du certificat de William Somerville pour l’élection à la RS et contribua à la préparation de Mechanism of the Heavens.

En 1817, les Somerville se lancèrent dans un voyage à travers la France, la Suisse et l’Italie. Leur première étape fut Paris où, ayant déjà rencontré Jean-Baptiste Biot (1774-1862) et François Arago (1786-1853) à Londres, ils eurent un accès facile à la société parisienne. Pendant ses deux semaines parisiennes, Somerville assista à la lecture de mémoires à l’Institut de France, rendit visite à l’astronome Claude Louis Mathieu (1783-1875) à l’Observatoire de Paris. Elle reçut également « la plus grande attention » de Gabrielle Biot (1781-1851, traductrice scientifique et épouse de Jean-Baptiste), qui organisa un dîner afin de présenter à Somerville « les personnes distinguées », dont le mathématicien Siméon-Denis Poisson (1781-1840) et le géographe Alexander von Humboldt (1769-1859) (MS, Dep. c. 355, MSAU-1). Vers la fin de leur visite, le couple fut accueilli à Arcueil par Pierre-Simon Laplace, avec lequel Somerville discuta de son Système du monde et de sa Mécanique céleste. Sept ans plus tard, Laplace écrivit une lettre à Somerville, à laquelle il joignit une copie de la cinquième édition de son Système du monde, et écrivit que « L’intérêt que vous [Somerville] daignez prendre à mes ouvrages me flatte d’autant plus, qu’ils ont bien peu de semblables lecteurs et de juges aussi éclairés » (Hahn, 2013, pp. 1250-1) [20]. Que Somerville ait pu rencontrer et impressionner le mathématicien dont elle connaissait si bien les travaux pour les avoir étudiés, alors que peu d’autres en Grande-Bretagne étaient capables de le faire, a été inestimable tant pour ses recherches intellectuelles que pour sa réputation.

En plus d’une mobilité géographique accrue, son mariage avec William a également augmenté la mobilité de Somerville au sein même de la société scientifique mondaine. De retour à Londres, les Somerville assistèrent souvent ensemble à des conférences à la Royal Institution, sur Albemarle Street, auxquelles William s’abonnait chaque année : il figurera plus tard sur la « Liste des managers de la Royal Institution » (Patterson, 1983, p. 11, 91). Leur maison à Hanover Square était idéalement située au centre de Londres, à quelques pas de la Royal Institution, de sorte que leurs connaissances scientifiques leur rendaient fréquemment visite (Somerville & Somerville, 1873, p. 107).

En outre, grâce à son activité dans les « gentlemen’s clubs » [21] et les sociétés où se réunissaient les hommes de science, William était invité à participer aux dîners et aux réunions sociales qui se déroulaient en dehors des espaces physiques des académies. Il est clair que, en offrant et en acceptant ces invitations, il incluait sa femme dans ces lieux où sa présence n’était pas interdite.

On peut voir cela dans une lettre non datée entre le mathématicien Charles Babbage et William, dans laquelle Babbage invite William et Somerville à un dîner mondain, puis indique l’heure et le lieu de la réunion inaugurale de la Statistical Society, cofondée par Babbage en 1834 (MS, Dep. c. 369, MSB-1 ; RSS, 2017). Bien que Somerville ait été auparavant directement invitée chez Babbage pour voir sa « machine à calculer », et qu’elle ait, en couple, assisté à de nombreux dîners organisés par Babbage, ce n’est qu’à William que l’invitation à la Statistical Society a été adressée. Ceci est particulièrement remarquable si l’on considère que la correspondance entre Babbage et William concernait le plus souvent des arrangements sociaux, tandis que Babbage avait avec Somerville des échanges spécifiquement mathématique, partageant des papiers tels que les articles de John Herschel et Augustus De Morgan dans l’Encyclopedia Metropolitana, un extrait de l’ Analyse d’Augustin-Louis Cauchy, et les manuscrits de cinq de ses propres travaux qui sont toujours conservés dans les Mary Somerville Papers (MS, Dep. c. 369, MSB-1) [22]. Ainsi Somerville ne pouvait s’investir que dans la bonne société savante qui gravitait autour des institutions scientifiques, et non dans les institutions elles-mêmes.

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Figure 4 — Première page d’un manuscrit de Charles Babbage

William, porte-parole de Somerville

Dans les lieux mêmes des sociétés scientifiques, William a joué le rôle de représentant et porte-parole de Somerville. En février 1826, c’est lui qui communiqua à la Royal Society son article « On the Magnetizing Power of the More Refrangible Solar Rays », qui fut ensuite imprimé dans les Phil. Trans.. Ce fut la première publication de Somerville sous son propre nom (Somerville, 1826).

Selon leur fille, éditrice des Personal Recollections de Somerville, William se rendait dans les bibliothèques pour Somerville afin de se procurer les livres dont elle avait besoin (Somerville & Somerville, 1873, p. 85). Il semble que William ait pu faire bon usage de la bibliothèque de la Royal Society ; son nom apparaît 15 fois dans les registres de prêt entre 1825 et 1840. Il emprunta des textes coûteux, dont beaucoup étaient publiés à l’étranger et auraient été très difficiles à obtenir autrement. Somerville avait ainsi accès à ces textes dans les années 1832, 1834 et 1837 durant lesquelles elle a préparé les éditions successives de son deuxième livre, On the Connexion of the Physical Sciences ; les textes empruntés par William étaient vraisemblablement indispensables à la préparation et à la révision de cet ouvrage [23].

À cette époque, la communication des idées ne reposait pas uniquement sur des textes imprimés. Les informations étaient également transmises à Somerville via des correspondances épistolaires. L’astronome Francis Baily (1774-1884, co-fondateur de la RAS et à l’époque vice-président), écrivit à William en février 1833 pour répondre à une demande d’informations de Somerville sur la figure de la Terre. Résumant les mesures du demi-axe de la Terre tirées de l’article de George Biddell Airy (Airy, 1830), il les compara aux résultats de ses propres expériences sur le pendule. Il demanda également à William d’assurer à Somerville qu’il serait « à tout moment très heureux de [lui] communiquer toute information en [son] pouvoir » (MS, Dep. c. 369, MSB-4).

De plus, lors d’une réunion du conseil d’une société savante en mars 1832 [24], William Somerville sollicita au nom de sa femme William Broderip (1789-1859, magistrat, collectionneur enthousiaste de coquillages et membre fondateur de la Zoological Society) pour des informations sur les plantes des montagnes de l’Himalaya. Le lendemain, Broderip écrivit directement à Somerville pour compléter les « quelques conseils qu’il avait pu donner à William pendant la réunion du conseil » (MS, Dep. c. 369, MSB- 12). Dans cette lettre, Broderip conseille à Somerville la consultation de l’ouvrage A Century of Birds from the Himalaya Mountains de John Gould (Gould, 1831), énumère vingt plantes pour démontrer que les mêmes genres (mais des espèces différentes) de fleurs se trouvent à la fois dans l’Himalaya et dans les Alpes, et supplie Somerville d’aller observer un spécimen de la fleur népalaise Rhododendron Arboreum dans la pépinière d’un certain « Mr. Knight » avant la fin du printemps, afin de le voir fleurir.

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Figure 5 — Rhododendron Arboreum. Mario Biondi writer

Par conséquent, bien que Somerville n’ait pas été directement impliquée dans les échanges fréquents ayant lieu dans les « gentlemen’s clubs » et sociétés savantes du XIXe siècle à Londres, elle a néanmoins pu profiter de ces circulations directes et informelles d’informations grâce à la participation active de son mari. De plus, comme ses contemporains, Somerville étudiait les mathématiques parallèlement au moins à la minéralogie, la botanique et la chimie ; cette étendue de ses intérêts a permis une implication plus significative dans une communauté scientifique qui accordait alors peu de valeur à la spécialisation ou aux connaissances ésotériques, comme le montre le fait que la plupart des acteurs mentionnés dans cet article appartenaient à de multiples sociétés.

William Somerville, secrétaire

Bien que Somerville ait été une épistolière prolifique et qu’elle ait entretenu un vaste réseau de correspondants personnels dans toute l’Europe occidentale pendant une grande partie de sa vie, une part importante de sa correspondance a été tenue par l’intermédiaire de son mari. Cela s’explique notamment par la visibilité importante de William en tant que professionnel, en particulier en tant que chirurgien général au Royal Hospital : il était donc plus facilement joignable que Somerville. Si leur adresse personnelle était inconnue, les lettres pouvaient être adressées plutôt à cette institution, pour lui être transmises. Le cas de Henry Ingersoll Bowditch (1808-1892, médecin américain et abolitionniste) illustre bien cela. De retour aux États-Unis après avoir été accueilli à Chelsea par les Somerville, il écrivit directement à Mary Somerville mais adressa la lettre « Mme Somerville, aux bons soins du Dr Somerville, Chirurgien du Royal Chelsea Hospital » (MS, Dep. c. 369, MSB-12). Dans sa lettre, Bowditch informait Somerville des progrès de la traduction annotée de Laplace faite par son père Nathaniel Bowditch de la Mécanique céleste de Laplace. Suite à une conversation avec William à Chelsea où Bowditch entendit parler de son désir d’obtenir un échantillon de « feldspath vert », il expédia une sélection de minéraux qui, selon lui, pourraient intéresser Somerville. Bowditch envoya trois autres lettres à Somerville via l’hôpital de Chelsea, la dernière lettre étant à nouveau adressée aux « soins du Dr Somerville » et envoyée après une période de silence de trois ans (figure 6) [25].

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Figure 6 — Lettre de Henry Bowditch adressée à Mrs Somerville, aux soins de Dr Somerville, Chelsea Hospital, près de Londres
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Figure 7 — Lettre d’Adolphe Quetelet adressée à Monsieur le Docteur Somerville de la société royale &c., hospital de Chelsea à Londres

De même, Adolphe Quetelet (1796-1874), astronome et mathématicien belge que les Somerville avaient rencontré lors de leur visite à Bruxelles en 1824, adressa sa lettre du 26 septembre 1827 au Dr William Somerville à l’hôpital de Chelsea (figure 7) ; elle fut ensuite redirigée vers leur logement loué dans le centre de Londres, 6 Curzon Street (MS, Dep. c. 372, MSQ-1 ; Patterson, 1983, p. 51). Ainsi, dans un milieu où les familles avaient souvent plusieurs maisons, ou changeaient fréquemment de lieu d’habitation selon la mode, il était avantageux d’avoir une adresse professionnelle permanente à laquelle les lettres pouvaient être envoyées.

William servait non seulement de point de contact, mais aussi d’intermédiaire par lequel les livres et les articles pouvaient être transmis à Somerville. Quetelet accompagna sa lettre susmentionnée du deuxième volume de Correspondance mathématique et physique, journal dont il était éditeur, qu’il demandait de présenter à Somerville comme « un bien faible témoignage de respect pour les talens (sic) et les qualités aimables qui la distinguent » (MS, Dep. c. 372, MSQ-1). Ce volume contenait une traduction française de l’article de Somerville sur le magnétisme, qu’il avait lui-même réalisée en 1826 (Quetelet, 1826). Dans un autre cas, le mathématicien Augustus De Morgan envoya à William les volumes de l’Histoire de l’astronomie moderne de Jean Sylvain Bailly (Bailly, 1785), lui demandant de les présenter à « Mme Somerville » et de lui assurer qu’elle pouvait les conserver aussi longtemps qu’elle le souhaitait (MS, Dep. c. 370, MSD-3).

Deux ans avant l’élection de Somerville en tant que membre honoraire de la RAS, lors de l’assemblée générale annuelle de 1833, le Conseil ordonna que les Greenwich Observations soient mises à sa disposition pour l’aider dans son travail. Les Greenwich Observations, ou The Astronomical Observations made at the Royal Observatory, Greenwich, étaient un recueil d’observations publié annuellement sous la responsabilité de l’astronome royal. La Royal Society de Londres et la RAS ont eu toutes les deux le privilège de distribuer un certain nombre d’exemplaires comme elles l’entendaient. Somerville a été inscrite dans les Mémoires de la RAS comme destinataire des Greenwich Observations depuis le volume 5, en 1833, jusqu’au volume 27, publié en 1859, après quoi les listes ont cessé de paraître (Royal Astronomical Society, 1833). Dans sa lettre de février 1833 (mentionnée ci-dessus), Francis Baily informa William que tous les volumes des Greenwich Observations imprimés jusqu’à présent étaient prêts à être livrés à Somerville. Baily suggéra qu’ils soient laissés à William à l’Athenaeum Club, où il pourrait les récupérer à sa convenance et assurer leur livraison à Somerville en toute sécurité (MS, Dep. c. 369, MSB-4) [26].

William Somerville, agent littéraire

A partir des années 1830, Somerville utilisa ses connaissances scientifiques afin de compléter ses revenus, en publiant des livres. Son mari commença donc à jouer auprès d’elle un nouveau rôle, celui d’agent littéraire informel. En d’autres termes, William s’occupait de la correspondance avec ses éditeurs concernant les finances et la comptabilité, ainsi que d’autres tâches commerciales nécessaires à la publication d’un livre (Patterson, 1983, p. 117  ; Neeley, 2005, p. 69).

Bien qu’Henry Brougham (1778-1868) connût Mary Somerville depuis le début du siècle, c’est à William qu’il s’adressa lorsqu’il chercha un auteur pour une traduction de la Mécanique céleste de Laplace. Dans sa lettre du 27 mars 1827, reproduite dans (Somerville & Somerville, 1873, p. 161-162), Brougham informait William qu’il souhaitait un compte rendu de l’ouvrage de Laplace, en anglais, expliquant « son immense mérite, les merveilleuses vérités exposées ou systématisées — et le calcul par lequel tout cela est accompli » [27]. Lorsque Brougham décida par la suite que le compte rendu que Somerville avait écrit était trop long et trop technique pour être imprimé dans le cadre de sa Library of Useful Knowledge comme prévu initialement, c’est William qui fit alors imprimer le livre chez John Murray (Patterson, 1983, p. 75). En Novembre 1831 le livre parut sous le titre Mechanism of the Heavens ; environ 70 exemplaires furent présentés par Somerville à ses contemporains, dont beaucoup répondirent par des lettres à William en exprimant leur gratitude et leur joie (Patterson, 1983, p. 118). Le rédacteur en chef de la Edinburgh Review, Macvey Napier, écrivit à William pour discuter des dispositions à prendre en vue de la publication d’une recension dans l’édition de mars de ladite revue et, après avoir entendu parler par John Herschel du « grand ouvrage sur la Mécanique Céleste » de Somerville, Quetelet écrivit à William pour l’informer qu’une annonce du livre paraîtrait dans la Correspondance mathématique et physique (MS, Dep. c. 372, MSQ-1).

Dans sa lettre de remerciement, adressée à William, le physicien Henry Kater (1777-1835) remarqua que « Mme Somerville a maintenant publiquement pris sa place dans la science... [qui] est très élevée & telle qu’aucune femme ne l’a jamais atteinte auparavant » [28]. Les sphères « publique » et « privée » ont souvent été identifiées comme distinctes et séparées dans la Grande-Bretagne du XIXe siècle, les femmes étant de plus en plus confinées à la sphère privée domestique à cette époque. La lettre de Kater souligne cependant combien la nature de la présence de Somerville dans ces sphères, comme pour tant d’autres femmes des classes moyennes et supérieures à l’époque, était tout sauf évidente [29]. Certes, Somerville ne pouvait pas s’engager pleinement dans le discours scientifique public, que ce soit par l’adhésion à des sociétés savantes ou par des nominations dans des universités ou des observatoires, néanmoins, avec ses activités scientifiques, Somerville évoluait dans ces deux sphères.

Presque immédiatement après la publication de Mechanism of the Heavens, Somerville commença à préparer son prochain livre (Somerville, 1834). William continuait à aider Somerville dans la préparation de Connexion of the Physical Sciences, assurant la liaison avec Francis Baily pour la mise en forme et la composition des mesures, et envoyant des copies à William Whewell (1794-1866, ancien membre de l’Analytical Society et plus tard doyen du Trinity College à Cambridge) pour qu’il les relise avant la publication (Patterson, 1983, p. 130). Lors de son séjour à Paris entre 1832 et 1833, Somerville avait discuté de ses travaux à venir avec le nouveau professeur d’histoire naturelle de l’université d’Édimbourg, James David Forbes (1809-1868). Comme Connexion ne devait être publié qu’après le début de l’année universitaire, Forbes demanda à William une copie manuscrite de l’ouvrage, afin qu’il puisse en rendre compte dans ses conférences (MS, Dep. c. 370, MSF-2). Deux mois plus tard, Forbes écrivit à nouveau, remerciant William de lui avoir envoyé les pages manuscrites du « charmant livre de Mme Somerville », notant deux corrections mais refusant la demande de rédaction d’un compte rendu pour la revue trimestrielle (MS, Dep. c. 370, MSF-2). Encore une fois, ces lettres à William arrivèrent après que Forbes a écrit directement à Somerville plus tôt cette même année et qu’il a manifestement rencontré Somerville en personne lors de leur visite à Paris. Ainsi, pour les questions d’affaires, et la publication de ses livres était perçue comme telle, beaucoup de correspondants de Somerville préféraient communiquer avec elle par l’intermédiaire de son mari, qui ne semblait que trop heureux de lui rendre ce service.

Conclusion

Le fait de considérer les Somerville comme un couple de collaborateurs ajoute une perspective entièrement nouvelle à la littérature existante sur les couples mariés scientifiques au XIXe siècle. Bien que (Lykknes, Opitz, & Van Tiggelen, 2012) aille un peu plus loin dans la déconstruction du récit omniprésent fondé sur le mari-créateur et la femme-assistante, dans la majorité des études de cas de couples hétérosexuels, l’homme était le membre le plus visible, le plus productif ou le plus respecté du partenariat, surtout lorsqu’il s’agit de considérer le travail scientifique comme principal objet. De plus, l’implication soutenue de Somerville dans les institutions scientifiques de l’époque, qui étaient officiellement fermées aux femmes, ajoute une plus grande profondeur aux histoires centrées généralement sur les « premières » à surmonter les obstacles à leur inclusion : première femme à publier un article, première femme à être élue membre, etc [30]. Somerville a pu s’engager de manière significative dans les communautés scientifiques centrées sur ces institutions, plus d’un siècle avant que la Royal Society ne commence à élire des femmes comme membres, ou que l’université de Cambridge n’accorde des diplômes aux femmes.

Somerville a activement profité de son mariage avec William de multiples manières. Avec William comme chaperon consentant, Somerville a pu voyager plus librement dans la société et à travers l’Europe, ce qui lui permit d’échanger personnellement avec des philosophes et des savants de toute l’Europe occidentale. William Somerville a également servi de médiateur pour une partie de la correspondance de Somerville, y compris pour la réception des livres et des articles, et a servi de point de contact stable grâce à ses affiliations professionnelles. Enfin, au fur et à mesure que la carrière d’auteure de Somerville s’est développée, William a joué un nouveau rôle dans leur relation en prenant en charge les tâches commerciales nécessaires pour mener ses livres de leur conception à leur publication. Par conséquent, grâce en partie au soutien actif de son mari, bien que Somerville ait été empêchée d’être élue de son vivant à des postes de membres d’académies et de sociétés savantes en raison de son genre, elle a néanmoins pu s’engager de manière productive et significative dans les communautés scientifiques et mathématiques.

Références

Ressources archivistiques

La majorité des lettres et des documents dont il est question ici sont conservés dans les papiers de Mary Somerville à la Bodleian Library à Oxford, au nom du Somerville College. Les références des boîtes et des dossiers sont indiquées dans le texte, par exemple (MS, Dep c. 369, Folder MSB-1). Le catalogue peut être consulté en ligne. Les citations et les images sont reproduites avec l’aimable autorisation de la directrice et des membres du Somerville College, et de Sir Edmund Ramsay- Fairfax-Lucy, Bart. La citation de la Somerville Collection, Girton est reproduite avec l’aimable autorisation de la directrice et des membres du Girton College, Cambridge. Merci également à la Royal Society of London pour l’accès aux fonds d’Herschel.

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Post-scriptum :

La traduction de cet article de l’anglais a été faite par Jenny Boucard et Hélène Gispert, puis relue par Thomas Morel.

L’auteure et la rédaction d’Images des Mathématiques remercient les relecteurs dont les noms ou les pseudos sont janpol3, Jean Delcourt et Diego pour leur relecture attentive et leurs suggestions.

Article édité par Jenny Boucard

Notes

[1Une Conversazione était une soirée annuelle, hébergée par le conseil de la Royal Society of London pour exposer des sujets d’interêt et des expériences des membres de la société : voir ici.

[2C’est en 1916, pour la Royal Astronomical Society, et en 1945, pour la Royal Society of London, que des femmes furent élues membres pour la première fois : Mary Adela Blagg, Ella Church, Alice Grace Cook, Irene Elizabeth Toye Warner et Fiammetta Wilson pour la première, Kathleen Lonsdale et Marjory Stephenson pour la seconde.

[3La première femme élue à la London Mathematical Society fut Charlotte Scott en 1881, et Sophie Kovaleskaya fut la première femme élue à la Société Mathématique de France en 1882.

[4Un autre groupe social souvent exclu des institutions scientifiques a été celui des personnes de faible statut social. Voir par exemple la description de la participation des « artisans » à la production de savoirs en histoire naturelle, par le biais de correspondances avec des « gentlemen » donnée dans (Secord A., 1994).

[5Les publications datent de 1787, 1794 et 1796. Les deux premiers extraits de ces lettres ont été écrits aux secrétaires de la Royal Society de l’époque (Charles Blagden (1748-1820) puis Joseph Planta (1744-1827)), tandis que le troisième a été écrit au président de la Royal Society, Joseph Banks (1743-1820). Ce sont probablement ces destinataires qui ont lu les lettres adressées à la RS.

[6Somerville est née Mary Fairfax, mais elle sera appelée « Somerville » tout au long de cet article, car c’est le nom sous lequel elle a publié et a été connue. C’était en fait son troisième nom ; en 1804, elle avait épousé son cousin au second degré Samuel Greig et avait pris le nom de Mary Greig. Nous disposons malheureusement de très peu d’informations concernant ses liens sociaux avec la communauté scientifique pendant ce premier mariage. Greig est brièvement mentionné dans (Somerville & Somerville, 1873) où, contrairement à William Somerville, il est décrit comme étant très peu intéressé et ne soutenant pas les activités scientifiques de Somerville. Greig meurt en 1807, laissant Somerville avec deux fils en bas âge, dont un seul atteindra l’âge adulte (Woronzow Greig, 1805-1865, avocat et élu membre de la Royal Society en 1833).

[7À l’époque, en Grande-Bretagne, l’expression « calcul différentiel » était utilisée pour établir une distinction avec le « calcul fluxionnel », plus couramment utilisé : voir (Craig, 2016)

[8Les certificats d’adhésion sont détenus dans (MR, Dep. c. 375), ainsi que d’autres certificats d’élection plus tard dans la vie de Somerville.

[9De la même façon, Jane Marcet (1769-1858) et Pierre Prevost (1751-1839) facilitèrent l’élection de Somerville à la Société de Physique et d’Histoire Naturelle de Genève (Patterson, 1983, p. 142).

[10« [to pay] proud tribute to the powers of the female mind, and at the same time establish an imperishable record of the perfect compatibility of the most exemplary discharge of the softer duties of domestic life, with the highest researches in mathematical philosophy. » (MS, Dep. c. 375, MSDIP-2)

[11Les termes de « Member » et « Fellow » étaient utilisés indifféremment par la RAS (Dreyer & Turner, 1987, p. 20).

[12Le père de William, le Révérend Thomas Somerville, fut membre de la RSE à partir de 1793 (Royal Society of Edinburgh, 2006).

[13Un compte rendu, attribué à Petrus Johannes Truter (1747-1825), de l’expédition conduite par lui et William Somerville au sud de l’Afrique en 1801-2 a été publié en annexe de (Barrow, 1806).

[14Pour plus d’information sur ses solutions dans les New Series of the Mathematical Repository, voir (Stenhouse, 2019). La lettre de Playfair à laquelle il est fait référence est une lettre d’introduction pour les Somerville écrite par John Playfair à William Herschel, conservée dans la Royal Society, Herschel Papers, HS 14.169, 16/06/1812.

[15Sir Stephen Remnant Chapman (1776-1851) et Sir Augustus Simon Frazer (1776-1835) ; en 1817 Nathaniel Bowditch et Simeon-Denis Poisson ont été élus comme membres étrangers pour leurs connaissances mathématiques. Les certificats d’élection sont disponibles en ligne : royalsociety.org.

[16Meyer ne donne aucune indication sur la manière dont les servantes engagées comme compagnes de voyage pour un aller simple pouvaient rentrer chez elles, ni sur le fait qu’elles l’ont fait.

[17Pour plus d’informations sur la British Association for the Advancement of Science (BAAS), voir (Morrell & Thackray, 1981  ; Ellis, 2017). Francis Jeffrey (1773-1850), rédacteur en chef de l’Edinburgh Review, écrivit à Somerville pour l’implorer d’assister seule à la réunion de la BAAS s’il le fallait, car ils « ne peuvent pas se permettre de se passer d’un nom tel que le sien » ; il lui rappela que « le Dr vous a permis de rester sans lui dans le Paris débauché Dieu sait combien de mois. Je ne peux qu’espérer qu’il consentira à ce que vous restiez autant de semaines dans notre Édimbourg moral »(MS, Dep. c. 371, Folder MSJ-1, 20).

[18Somerville a commencé à correspondre avec William Wallace après lui avoir envoyé sa solution à une énigme mathématique. Pour plus d’information sur la correspondance de Somerville avec William Wallace voir (Stenhouse 2019).

[19L’exemplaire de Somerville du (Lagrange, 1797) a été légué au Girton College de Cambridge, où il est conservé aujourd’hui avec les autres ouvrages mathématiques que Somerville possédait au moment de sa mort (Somerville & Somerville, 1873, p. 80, 347), (Girton College, 2019). Il porte l’inscription « Mary Somerville, from Professor Wallace » (Girton College Library : Somerville Collection (073119)).

[20Cette copie du Système du monde de Laplace est également conservée dans les collections de Girton College, Cambridge (Girton College Library : Somerville Collection (073196) et cf plus haut).

[21Un « gentlemen’s club » était un club privé pour des gentlemen partageant des intérêts communs. Les membres payaient une cotisation qui leur donnait droit au libre accès au « Clubhouse » avec sa bibliothèque, ses fumoirs et salles à mangers. Le plus celèbre, parmi les clubs qui s’adressaient plus particulièrement aux gentlement s’intéressant aux sciences, était The Athenaeum Club.

[22« An Essay Towards the Calculus of Functions », Phil. Trans., Charles Babbage, June 1815 ; « An Essay Towards the Calculus of Functions Part 2 », Phil. Trans., Charles Babbage, March 1816 ; « Observations on the Analogy Which Subsists between the Calculus of Functions and other Branches of Analysis », Phil. Trans., Charles Babbage, April 1817 ; « Observations on the Notation Employed in the Calculus of Functions », Transactions of the Cambridge Philosophical Society, Charles Babbage, May 1820 ; « On the Influence of Signs in Mathematical Reasoning », Transactions of the Cambridge Philosophical Society, Charles Babbage, Dec 1821. (MS, Dep. C. 369, MSB-16).

[23En 1832, William emprunta la Nouvelle théorie de l’action capillaire de Poisson, le Précis élémentaire de physique expérimentale de Biot, et le volume 106 des Phil. Trans. qui contenait des articles mathématiques de Babbage et de John Herschel datant de leur époque au sein de l’Analytical Society (Enros, 1983). Les entrées de 1834 comprennent le volume 9 de la Revue philosophique et le volume 3 des Mémoires d’Arcueil. Enfin, en 1837, William emprunta les volumes 1 à 13 des Comptes rendus de l’Académie des sciences. Les « Library lending books of the Royal Society » sont conservés dans la Royal Society, MS/401.

[24La lettre n’indique pas clairement de quelle société il s’agit ; William Somerville et William Broderip ont tous deux participé à la Geological Society et à la Linnean Society. Le « conseil » d’une société savante était la réunion des membres responsables de la gestion de la société, généralement dirigée par le président, le trésorier et le secrétaire.

[25Bowditch souhaitait que Somerville écrive une critique de la traduction de Laplace de son père pour l’insérer dans la biographie de Nathaniel Bowditch.

[26William s’est impliqué dans l’Athenaeum club dès sa fondation en 1824 ; l’Athenaeum club n’a pas admis de femmes en tant que membres avant 2002.

[27« … the vast merit, the wonderful truths unfolded or methodized - and the calculus by which all this is accomplished… »

[28« Mrs Somerville has now publickly [sic] taken her station in science [which] is a very lofty one & such as no woman ever before reached. »

[29Pour en savoir plus sur les femmes dont la vie a surmonté la séparation construite entre les sphères « publique » et « privée » en Grande-Bretagne grégorienne, voir (Vickery, 1999).

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Pour citer cet article :

Brigitte Stenhouse — «Contourner les barrières de genre au XIXe siècle grâce à la coopération entre conjoints : l’exemple de Mary et William Somerville» — Images des Mathématiques, CNRS, 2020

Crédits image :

Image à la une - La majorité des lettres et des documents dont il est question ici sont conservés dans les papiers de Mary Somerville à la Bodleian Library à Oxford, au nom du Somerville College. Les références des boîtes et des dossiers sont indiquées dans le texte, par exemple (MS, Dep c. 369, Folder MSB-1). Le catalogue peut être consulté en ligne. Les citations et les images sont reproduites avec l’aimable autorisation de la directrice et des membres du Somerville College, et de Sir Edmund Ramsay- Fairfax-Lucy, Bart. La citation de la Somerville Collection, Girton est reproduite avec l’aimable autorisation de la directrice et des membres du Girton College, Cambridge. Merci également à la Royal Society of London pour l’accès aux fonds d’Herschel.
Figure 5 — Rhododendron Arboreum. Mario Biondi writer - [CC BY-SA 3.0 (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)]

Commentaire sur l'article

  • Contourner les barrières de genre au XIXe siècle grâce à la coopération entre conjoints : l’exemple de Mary et William Somerville

    le 10 septembre à 00:54, par fabian

    Quel Magnifique article

    Répondre à ce message

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