Les condisciples de Galois en Maths spé

El 9 agosto 2016  - Escrito por  Olivier Courcelle Ver los comentarios (4)

Évariste Galois a effectué l’essentiel de sa scolarité au Collège royal de Louis-le-Grand (aujourd’hui Lycée Louis-le-Grand), avant d’intégrer l’École préparatoire (aujourd’hui École normale supérieure), d’où il sera renvoyé un an plus tard [1].

Lors de sa dernière année à Louis-le-Grand, en 1828-1829, Galois a suivi le cours dit de « Mathématiques spéciales », un enseignement particulièrement destiné à ceux qui visaient les concours des grandes écoles.

Le jeune homme avait auparavant tenté sans succès l’examen d’entrée à l’École polytechnique ; il le tentera une seconde fois ensuite (un mois après le suicide de son père), sans plus de bonheur.

Ce cours de Mathématiques spéciales n’était pas réservé aux élèves de Louis-le-Grand, mais ouvert à un certain nombre d’établissement privés – des boites à concours –, dont la redoutable Institution Mayer [2].

L’enseignement était alors dispensé par Louis Richard, un estimé professeur, à qui le talent mathématique de Galois n’avait pas échappé. Dans un relevé de notes trimestriel souvent publié, il jugeait ainsi que son élève témoignait d’une « supériorité marquée sur tous ses condisciples » [3].

De fait, Galois obtint le premier prix d’excellence parmi les élèves qui suivaient ce cours ; et arriva sixième au concours dit « général », organisé cette fois à l’échelle des toutes les Mathématiques spéciales de Paris et Versailles – ce dernier fut gagné par Auguste Bravais, du Collège royal de Saint-Louis, qui, ironie de l’histoire, laissera plus tard son nom en théorie des groupes.

Veut-on connaître le nom des condisciples de Galois en Mathématiques spéciales à Louis-le-Grand ?

Voici la composition de sa classe :

Abinal (Institution Mayer),
Aimé (Institution Mayer),
Amiel (Institution Delormeau),
Aubert (Externe libre),
Baillaud (Institution Mayer),
Belgrand (Institution Mayer),
Bellecroix (Externe libre),
Belgarric (Institution Mayer),
Berlier (Institution Mayer),
Bernard (Jacques-Pierre-Victor), né à Danzig (Prusse) (Institution Mayer),
Bissey (École préparatoire),
de Bladis ou de Blasis (Externe libre),
Boca (Institution Mayer),
Boden ou Bodin (Institution Mayer),
Bonneau (Louis-Adrien), né à Semelay (Nièvre) (Institution Mayer),
Boucheron (Institution Delormeau),
Cailliau (Institution Mayer),
Casteleyn (Institution Mayer),
Chalus (Institution Mayer),
Chandellier (Institution Mayer),
Collard (Institution Mayer),
Costar ou Costaz ou Cottard (Institution Mayer),
Cotignon (Institution Mayer),
Cormieu (Institution Mayer, puis Institution [Guyot]),
Damade (Institution Mayer),
Damas (François-Auguste), né à Dusseldorff (Institution Mayer),
De Bourge ou Debourge (Institution Mayer),
Degros (Institution Mayer),
Delaroque (Institution Mayer),
Delbousquet (Interne Louis-le-Grand),
Deleyrac (Institution Mayer),
Dellard (Institution Mayer),
Delord (Institution Mayer),
Desclaux (Institution Mayer),
Detaulle (Institution Mayer),
Domet (Institution Mayer),
Donzé (Institution Mayer),
Dubois (Externe libre),
Duhesme (Institution Mayer),
Evrard (Externe libre),
Fabre (Institution Delormeau),
Faissolle ou Fessol (Institution Mayer),
Féray (Henri), né à Paris (Institution Mayer),
Ferri-Pisani (Jean-Baptiste-Félix), né, le 12 avril 1809, à Paris (Institution Jubé),
Fleurans (Institution Mayer),
Forgeot (Institution Mayer),
Fort (Institution Mayer),
Forth (Institution Mayer),
Fournier (Institution Mayer),
Galois (Évariste), né, le 25 octobre 1811, au Bourg-la-Reine (Seine) (Interne Louis-le-Grand),
Gagneur (Institution Mayer),
Gary (Institution Mayer),
Grillet de Serry (Marie-François-Jules), né à Auxerre (Yonne) (Institution Mayer),
Guynoyseau (Institution Mayer),
Hervieu (Institution Mayer),
Holker (Institution Mayer),
Jaquet (Externe libre),
Jolly ou Joly (Institution Mayer),
Jubin (Institution Mayer),
Julien (Externe libre),
Juillé (Interne Louis-le-Grand),
Juillet (Théodore-Eugène-Armand), né à Saint-Anne (Guadeloupe) (Institution Duhamel, ou Institution Mayer, ou Externe libre),
Kergolay (Externe libre),
Kolb (Institution Mayer),
Labat (Institution Mayer),
Lagriverie ou Lagreverie (Institution Mayer),
Lalanne ou Chrétien-Lalanne (Léon-Louis[-Chrétien]), né à Paris (Interne Louis-le-Grand, puis Externe libre),
Langlier (Institution Mayer),
Larroche (Jean-Pierre), né à Terraube (Gers) (Institution Mayer),
Laudren (Institution Delormeau),
Legrand (Externe libre),
Lessan (Institution Mayer),
Lesueur (Institution [Rivaud]),
Mallet (Institution Mayer),
Marion (Institution Mayer),
Martenet (Institution Mayer),
Martin (Institution Mayer),
Maruy (Externe libre),
Mavromachi ou Mavrommati ou Mavrommaty (Institution Mayer),
Méhu (Externe libre),
Meynadier (Pierre-Jacques-Ernest), né à Saint-André de Valborgne (Gard) (Institution Mayer),
Mottard (Externe libre),
Montbrun (Institution Mayer),
Mourlhon (Jean-Louis), né à Autoire (Lot) (Institution Mayer),
Pardieu (Institution Mayer),
Paumalle (Externe libre),
Paul (Institution Mayer),
Paumalle (Externe libre),
Penhoat (Institution Mayer),
Perrio (François-Raphaël), né à Quintin (Côtes-du-Nord) (Institution Mayer),
Perrot ou Peyrot (Institution Mayer),
Perrot (Institution [Verger]) ou Externe libre),
Petier (Externe libre),
Petit (Externe libre),
Picard (Interne Louis-le-Grand),
Pinaut (Ecole préparatoire),
Pouliot (Institution Mayer),
Poyen (Institution Mayer, puis externe libre),
Quinegagne (Externe libre),
Rabault (Institution Mayer),
Rejou (Institution Mayer),
Réquier (Edouard-Jean), né à Montignac (Dordogne) (Institution Mayer),
Reverseaux (Institution Mayer),
Richaud (Institution Mayer),
Rivet (Marie-Constant-Alphonse), né à Coblentz (Institution Mayer),
Schaller (Institution Mayer),
Souen ou Rouen (Institution Mayer),
Tesson (Interne Louis-le-Grand, puis Institution ??),
Testot-Ferri ou Testot-Ferry (Institution Mayer),
Theveneau (Institution Mayer),
Tremiolles (Institution Mayer),
Vautré (Institution Mayer),
Viaris (Externe libre),
Vibraye (Institution [Verger]),
Vigier (Institution Mayer),
Vincent (Antoine) (Institution Mayer),
Vincent (Hippolyte) (Institution Mayer),
Widmer (Jules), né à Corbeil (Seine-et-Oise) (Institution Mayer).

Cette liste a été établie en compilant directement les relevés de notes trimestriels conservés parmi les archives de Louis-le-Grand, elles-mêmes déposées aux Archives de Paris [4]. La graphie des patronymes (ou sa lecture) varie parfois d’un trimestre à l’autre, de même que les affiliations. Les rares indications d’état-civil proviennent des brochures publiées à l’occasion des distributions de prix (Louis-le-Grand ou Concours général), annonçant les lauréats [5].

J’ai résisté à la tentation de regarder sur le web via mon moteur de recherche favori ce qu‘étaient devenus ces élèves, afin de mieux exciter la curiosité du détective amateur qui sommeillerait en mon lecteur.

Après tout, quand bien même ils seraient un peu oubliés aujourd’hui, ces jeunes gens promis à de brillants avenirs ont pu laisser à leur mort divers mémoires, journaux ou correspondances évoquant, nommément ou non, leur camarade au talent et à la destinée hors norme.

Des témoignages sur Galois inconnus des biographes se trouvent-ils à portée de clics ? Dont un qui éclairerait les circonstances bien mystérieuses du célèbre duel qui lui coûta la vie ? Voilà ce que j’ignore !

Post-scriptum :

Merci à mon relecteur Norbert Verdier pour ses pertinentes suggestions.

Notas

[1Dupuy (Paul), « La vie d’Évariste Galois », Annales scientifiques de l’École normale supérieure, 3e série, 13 (1896), 197-266 ; sur l’entrée à l’École préparatoire : Ehrhardt (Caroline), Évariste Galois. La fabrication d’une icône des mathématiques, Éditions de l’EHESS, 2011.

[2Belhoste (Bruno), « La préparation aux grandes écoles scientifiques au XIXe siècle : établissements publics et institutions privées », Histoire de l’éducation, 90 (2001), 101-130. D’autres travaux de Bruno Belhoste apportent de précieuses informations sur l’histoire de enseignement durant cette époque : Les sciences dans l’enseignement secondaire français, tome I, 1789-1914, Éditions Economica, 1995 ; « Anatomie d’un concours : l’organisation de l’examen d’admission à l’École polytechnique de la Révolution à nos jours », Histoire de l’éducation, 94 (2002), 141-175 ; La formation d’une technocratie : l’École polytechnique et ses élèves de la Révolution au Second Empire, Belin, 2003...

[3Dupuy, op. cit., p. 209 ; sur Richard : Brasseur (Roland), « Louis Paul Émile Richard, 1795-1849 », Bulletin de l’Union des Professeurs de Spéciales, 232‎ (Octobre 2010), 11-18.

[4D3T3 230.

[5Distribution des prix faite aux élèves du collège royal de Louis-le-Grand le 18 août 1829, Paris, 1829, p. 83 ; Distribution générale des prix aux élèves des collèges de Paris et Versailles, Paris, 1829, p. 10.

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Olivier Courcelle — «Les condisciples de Galois en Maths spé» — Images des Mathématiques, CNRS, 2016

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  • Les condisciples de Galois en Maths spé

    le 19 de agosto de 2016 à 10:49, par Olivier Courcelle

    Yes !

    Sur Aubert, je vois qu’il y a eu une nouvelle édition en 1953, augmentée de « Souvenirs civils ». D’ailleurs une recherche dans le texte montre qu’il contient deux occurrences du terme « Gallois ».

    Dans les sources de la première note biographique sur Belgrand que vous mentionnez se remarque une « Notice biographique par Léon Lalanne (1881) », or Léon Lalanne était condisciple de Galois et Belgrand en Maths spé. Enquête faite, cette notice doit être : « Notice sur la vie et les travaux de M. E. Belgrand », Annales des Ponts-et-Chaussées, 1881, tome II, pp. 337-380. Et elle contient effectivement un témoignage sur Galois :

    C’est dans la classe de mathématique spéciale du Collège Louis-le-Grand [que Belgrand] reçut d’un excellent professeur, feu M. Richard, une instruction qui ne se bornait pas aux matières du programme restreint dont on se contentait alors pour l’admission à l’École. Évariste Galois, ce profond analyste si malheureusement moissonné dans sa vingtième année, et qui cependant a immortalisé son nom, était de notre classe ; et ce n’était pas chose indifférente que de passer une année entière au contact d’un pareil condisciple, sous la direction d’un professeur auquel n’échut pas seulement la chance d’avoir des élèves tels que Galois et plus tard J. A. Serret et Hermite, mais encore le bonheur de les juger et d’apprécier leur valeur.

    Bravo à vous !

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