Nouveau programme

Le 30 mars 2010  - Ecrit par  Michèle Audin Voir les commentaires (15)

L’un de nous, Langlands, encouragé par les travaux d’un deuxième, Ngo, sur le lemme fondamental dont l’absence d’une démonstration pendant plus de deux décennies entravait à maints égards tout progrès sérieux de la théorie analytique des formes automorphes, avait esquissé un programme pour établir la fonctorialité, l’un des deux objectifs principaux de cette théorie. Le troisième, Frenkel, a observé que quelques idées et formules extraites de la forme géométrique de la correspondance (parfois dite réciprocité ou correspondance de Langlands) prévue entre formes automorphes et représentations galoisiennes appuient fortement la stratégie envisagée. Ce sont là les trois points de départ de cet article.

Ainsi commence un article, Formule des traces et fonctorialité, le début d’un programme, déposé sur le site de prépublications ArXiV le 24 mars (tout nouveau, tout chaud) par les trois mathématiciens Edward Frenkel, Robert Langlands et Ngô Bao Châu.

Cherchez l’erreur...

Tous les trois travaillent aux États-Unis (et aussi en France dans le cas de Ngô). Ils sont originaires respectivement de Russie, du Canada et du Vietnam.

Le sujet est chaud lui aussi, on a d’ailleurs vu récemment quelques articles de journaux ici ou là, consacrés à Ngô Bao Châu et à sa démonstration du « lemme fondamental » (voir notre revue de presse). Il ne fait pas partie de mon domaine de compétence et je ne vois aucune façon d’expliquer simplement aux lecteurs d’Images des mathématiques de quoi il est question dans cet article.

Vous avez trouvé l’erreur ?

Eh bien, l’article est écrit en français. Il y a eu une sorte de débat, ici, à propos de cette question de la langue. Le français utilisé dans cet article est une langue riche et bien tournée. Non contents d’avoir démontré des résultats mathématiques difficiles, les auteurs se sont aussi donné la peine de rédiger leur travail dans une langue qui est, au mieux, leur deuxième langue, et ont brillamment réussi.

Ah ! Si ceux d’entre nous qui « préfèrent » l’anglais ou trouvent que c’est une « bénédiction » écrivaient aussi bien dans cette langue !

Lisez l’article de Frenkel, Langlands et Ngô, il vous suggérera peut-être aussi d’autres réflexions. Si vous y dénichez tel ou tel anglicisme, telle ou telle erreur, pensez à l’horreur que doit être, pour les anglophones, la lecture de nos articles en « anglais » à « cinquante mots de vocabulaire » (comme dit un de nos lecteurs [1]).

Merci à Claude Sabbah pour sa suggestion d’écrire ce billet.

Notes

[1Je confirme cette évaluation.

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Pour citer cet article :

Michèle Audin — «Nouveau programme» — Images des Mathématiques, CNRS, 2010

Commentaire sur l'article

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  • Nouveau programme

    le 2 avril 2010 à 15:15, par Michèle Audin

    Bravo Damien !

    Et, si ça a l’air bête, sachez que ça ne l’est pas, pas du tout. Voilà qui fait partie de la diversité. Au Vietnam on s’appelle Nom Prénom Prénom, en France Prénom Nom, sauf à l’école, en Hongrie Nom Prénom partout, aux États-Unis, le first name est le prénom, en Islande le nom « de famille » n’existe pas, en Russie on utilise un troisième nom (qui apparaît en deuxième et qui est construit sur le prénom du père) et les noms de famille s’accordent en genre, etc.

    tout cela ne choquera pas un anglophone mais doit faire tiquer les français

    Franchement, ce que nous écrivons en « anglais » doit faire tiquer pas mal les anglophones... Après avoir fait relire et corriger diverses versions de divers livres en « anglais », je suis devenue assez modeste sur la qualité de ce que j’écris dans cette langue.

    quand je compare des écrits contemporains avec ceux écrits il y a trente ans, il me semble que les textes perdent en saveur et en authenticité

    Le premier article de mathématiques que j’ai lu (il y a plus de trente ans) était la thèse de Seifert, écrite en allemand et en 1933. Il est sûr que cet allemand-là était riche (et, je l’avoue, pas très facile à lire). Pour remonter encore plus loin, l’anglais, par exemple, des livres de Whittaker, est d’une grande beauté. Le français des articles de René Thom dans les années 1950, était aussi remarquable.

    Il est vrai que tout ça n’était pas écrit dans le but d’allonger une liste de publications.

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