Revue de presse avril 2021

Le 1er mai 2021  - Ecrit par  L’équipe Actualités Voir les commentaires (1)

Ouvrir ou fermer (les écoles, les bars et restaurants, les salles de spectacle, les musées, etc.) ? Priver les enfants et les étudiants d’apprentissages fondamentaux et d’interactions sociales ou prendre le risque de les exposer au coronavirus ? Préférer la protection vaccinale malgré les complications éventuelles du vaccin ou préserver l’intégrité de la personne malgré l’absence de couverture vaccinale ? Privilégier les vaccins à ARN messagers qui font défaut ou les vaccins plus risqués dont on dispose ?

Il est singulier que ces questions de recherche d’équilibre, ce thème de la « balance bénéfice-risque » qui s’applique à tant de situations, soient le même mois si présent dans l’actualité et l’objet de recherches de mathématiques appliquées.

Au-delà de la coïncidence du moment où cela apparaît dans la presse, ce n’est sans doute pas très étonnant. C’est que « les humains sont dotés d’un sens unique de la géométrie », et plus largement des mathématiques, comme l’affirment « Mathias Sablé-Meyer et le Pr Stanislas Dehaene du Collège de France » dans cette brève dont l’image à la une est tirée.

Recherche et applications

Modéliser mathématiquement comment nous prenons des décisions : une question difficile qui fait l’objet des recherches de l’équipe Inria Mnémosyne, et dont le responsable Frédéric Alexandre parle dans La Tribune. Il s’agit de détecter, notamment à l’aide de réseaux de neurones, les indices qui nous font pencher d’un côté ou de l’autre d’un choix, de mesurer leur force et de déterminer quand la balance est suffisamment déséquilibrée pour qu’une décision soit arrêtée. Dans le contexte de la lutte contre le changement climatique, ces travaux permettent de mieux orienter les actions à mettre en place pour qu’elles influent efficacement sur le comportement des individus.

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Allégorie d’une prise de décision

Zoom avant sur le comportement, non plus des êtres humains, mais de leurs cellules : la revue en ligne de l’Inria Interstices propose un aperçu de la modélisation booléenne, un outil qui permet de comprendre comment les cellules différencient leur fonction dans le corps, voire se reprogramment d’elles-mêmes (par exemple, d’une cellule sanguine à une cellule de la peau). L’article, assez technique, décrit comment modéliser les cycles d’influences entre les différents composants d’une cellule et montre qu’une attention particulière doit être portée sur la façon dont ces cycles s’actualisent au cours du temps.

Pour finir, la rubrique « Entreprendre » de l’Agence Ecofin évoque Diarra Bousso, une mathématicienne sénégalaise, ancienne trader, reconvertie en créatrice de mode et qui utilise, pour créer les vêtements de sa marque, des « équations mathématiques et [des] algorithmes » — malheureusement, l’article n’en dit pas plus.

Cryptographie

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La cryptographie fait bien souvent intervenir des lignes de codes vertes sur fond noir

Le blog du Monde Binaire nous propose un petit tour d’horizon des problématiques actuelles en cryptanalyse, branche de la cryptologie qui s’attache à déchiffrer les messages codés dans le but de tester la force des méthodes de chiffrement. L’article fait notamment une description de la célèbre notion de clé publique, largement utilisée pour chiffrer les messages qui transitent sur nos réseaux, et qui repose sur un problème si difficile qu’il est supposément insoluble en un temps raisonnable, typiquement la factorisation d’un très grand nombre entier en produits de facteurs premiers. Cependant, l’émergence de l’informatique quantique, qui démultipliera les capacités de calculs des ordinateurs, nécessite de mettre au point une nouvelle génération d’algorithmes de cryptographie « post-quantique », explique le Journal du CNRS dans une interview avec la chercheuse Adeline Roux-Langlois. En particulier, un des nouveaux problèmes dont le niveau de difficulté pourrait résister aux ordinateurs quantiques consiste à trouver les vecteurs les plus courts possibles sur une grille de points (un réseau) en très grande dimension.

Pour approfondir vos connaissances en cryptologie, le podcast « Autour de la question » de RFI réalise un grand entretien avec le cryptologue Jacques Stern, parcourant l’histoire de la discipline au cours des dernières décennies et les questions qui se posent à elle aujourd’hui, avec entre autres bien sûr le passage au « post-quantique ».

Mathématiques non appliquées

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Un autre pavage en dimension 3, un peu plus complexe

Seul Pour la Science nous propose un peu de mathématiques non appliquées, à propos de la résolution de la conjecture de Keller dont il a déjà été question dans cette revue de presse en octobre dernier. Pour plus d’informations, l’article de Pierre-Antoine Guihéneuf s’impose.

Intelligence artificielle

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L’intelligence artificielle en 1987

Quand a été inventée l’intelligence artificielle ? Son essor triomphal au cours des dernières années pourrait faire croire à tort qu’il s’agit d’un concept relativement récent. Une amusante vidéo d’archives diffusée par l’Espace Turing (géré par le laboratoire de mathématiques J. A. Dieudonné de l’université Côte d’Azur) nous remet les idées en place en montrant des interviews de chercheur·es au sujet de l’IA datant de 1987 ! Y est abordé notamment le sujet, toujours d’actualité trente-cinq ans plus tard, de la vulnérabilité des machines, dépendantes d’une source d’énergie centralisée telle qu’une batterie, en comparaison aux êtres vivants, dont chaque cellule est une entité autonome. Pour finir en beauté, un robot délicieusement rétrofuturiste vient discuter avec la journaliste.

D’ailleurs, non contentes d’être dépendantes d’une unique source d’énergie externe, les machines consomment une quantité d’énergie démesurément plus élevée que le cerveau humain pour accomplir des tâches similaires. Pour améliorer leurs performances, la chercheuse Julie Grollier, interrogée sur le site du CNRS pour célébrer son obtention d’un financement ERC, cherche à mieux approcher le fonctionnement du cerveau par les machines, en se basant sur l’idée que le fonctionnement « imparfait » – comprendre « un peu fouillis » – du cerveau, peut être un atout pour la conception d’algorithmes d’IA.

Revenons dans le présent avec le sujet épineux de la reconnaissance faciale par des machines, dont les risques pour les libertés individuelles et la protection des données personnelles inquiètent un peu partout. La Commission européenne planche justement sur un texte pour encadrer le recours à la reconnaissance faciale et à l’IA en général, relate L’Usine digitale, ajoutant qu’un comité indépendant chargé de produire un avis sur le texte a toutefois jugé la partie sur la reconnaissance faciale pas assez stricte.

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Faut-il avoir peur de la reconnaissance faciale ?

De l’autre côté de l’Atlantique, on craint aussi des utilisations malveillantes de la reconnaissance faciale, signale Sciences et Avenir (réservé aux abonné·es). Il est question d’ImageNet, un corpus de presque 15 millions de photos utilisé pour la recherche en traitement et reconnaissance d’images. Pour éviter que cette base de données ne serve à développer des algorithmes de reconnaissance faciale, l’équipe de recherche à l’origine du corpus a entrepris de flouter tous les visages présents sur les photos. Conséquence surprenante : suite au floutage, certains algorithmes de reconnaissance d’objets ont vu leurs performances augmenter ou diminuer pour reconnaître certains objets n’ayant rien à voir avec un visage (lézard, baignoire...), ce qui en dit long sur la méconnaissance que l’on a parfois du fonctionnement exact des algorithmes d’apprentissage !

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Reconnaissance automatique d’une émotion

Les limites de ces algorithmes d’analyse des visages apparaissent aussi quand on essaye de leur faire reconnaître des émotions, raconte The Conversation. S’il est facile de faire reconnaître à une machine des émotions simples et surjouées sur des photos prises spécialement pour les besoins de l’expérience, la réalité est bien entendu plus complexe et les expressions faciales d’une personne dépendent de ses émotions de façon complexe et très variable en fonction de son contexte social et de son environnement immédiat. Un challenge qui n’est pas près d’être résolu, ce qui le rend d’autant plus stimulant, conclut l’article.

Autre champ d’application de la reconnaissance d’image : celui de l’aide au diagnostic dans le domaine médical, par exemple quand il s’agit d’analyser un scanner ou une IRM pour un patient atteint de cancer. La Méthode scientifique sur France Culture aborde la question, accueillant des médecins pour débattre de l’apport de l’IA dans le traitement des données médicales, l’imagerie et le choix des traitements.

Signalons enfin, via ActuIA, le lancement d’un générateur de flux artificiels de données, baptisé STREAMER, pour permettre de tester les performances de nouveaux algorithmes d’apprentissage ; mentionnons aussi un court article de la Tribune de Genève sur la « machine de Ranamujan » dont nous parlions déjà il y a deux mois et brièvement le mois dernier.

Vie de la recherche

Conditions de travail

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La France (au centre) dans la course ?

La presse semble s’intéresser un peu aux conditions de travail des chercheurs dans les universités et laboratoires français, sans doute un effet collatéral de la crise sanitaire. Ainsi, Les Échos donnent la parole à Valérie Mignon, professeure d’économie à Paris-Nanterre, dans une chronique « La France est-elle encore dans la course en matière de recherche ? » Les thèmes, hélas communs maintenant, des lourdeurs administratives, de la carence des moyens récurrents, de la course aux projets (souvent à court terme) et de la faible attractivité des carrières y sont abordés. Cela n’arrêtera probablement pas la folie de réformes venues et à venir.

Le collectif RoguesESR a, sur un sujet connexe, les honneurs de Science (en), qui se demande qui est son auteur anonyme Camille Noûs. La presse nationale commente à son tour l’article de Science. On lira avec interêt l’article de David Larousserie dans Le Monde, qui retrace l’arrivée de Camille Noûs dans le paysage scientifique et qui est rapidement devenue la personne la plus citée dans bon nombre d’articles, prouvant l’inanité des outils bibliométriques aveugles. Libération met sur le même sujet qu’est Camille Noûs, l’accent sur la contestation de la loi LPPR et sur l’élection du directeur du HCERES l’an dernier (voir les revues de presse antérieures).

Science ouverte

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Proportion des entiers pairs compris entre 1 et M.

Quand on parle de publications et de bibliométrie, les bibliothèques sont concernées et un gros rapport de l’IGESR vient d’être publié sur l’importance de la science ouverte et sur l’accès aux publications. Le rapport brosse un panorama des enjeux et perspectives de la science ouverte et du rôle que pourront jouer les bibliothèques universitaires françaises si les moyens de fonctionnement suivent. Si la communauté des mathématiques a été en pointe sur ce sujet avec la création du dépôt de prépublications arXiv dès 1991, le rapport y fait peu mention, s’intéressant à des aspects beaucoup plus généraux sur les ressources pour la recherche. Google expérimente, selon le site Abondance, un nouveau jouet de balises structurées sur les problèmes mathématiques : “Practice problems” et “Math solvers”. Si vos sites préférés ont bien balisé leurs pages, votre ami Google vous invitera, par le biais de vos résultats de recherche, dans un cas à évaluer votre maîtrise du concept, dans l’autre à vous fournir des explications pour résoudre votre problème. Pour en revenir à Science, si les auteurs s’émouvaient des questions éthiques que pose un auteur anonyme, ils semblent moins inquiets lorsqu’il s’agit d’un robot.

Le Monde (accès restreint) signale une innovation importante et salutaire dans le domaine de l’édition des revues scientifiques et de l’accès à ces revues pour les bibliothèques universitaires : celles-ci se voient proposer un abonnement « subscribe to open » (s’abonner pour ouvrir) et peuvent ainsi se libérer du joug des éditeurs privés qui devenait insupportable. On ne peut que souhaiter que cette expérience réussisse et s’amplifie. L’article du Monde a recueilli à ce sujet l’avis de Sylvie Benzoni, directrice de l’Institut Henri Poincaré et doublement concernée par cette question.

Classements

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« 5 universités françaises classées parmi les 50 meilleures du monde » ! Attiré par ce titre ronflant des Échos, on se précipite sur la page indiquée, prêt à pousser des cocorico retentissants et certain d’y trouver la matière d’une conclusion triomphale pour cette rubrique que la crise sanitaire rend dans l’ensemble peu enthousiasmante. Hélas, on doit assez rapidement déchanter. Les informations distillées dans l’article sont un peu moins flatteuses qu’on ne l’espérait. Ça commence plutôt bien : on apprend que quatre universités conservent leur rang de l’année précédente : Paris Sciences Lettres (PSL, 21e, qui reste donc en pôle position des universités françaises), Paris-Saclay (32e), Aix-Marseille (AMU, 157e) et Montpellier (168e). Encore mieux, il y a des universités qui montent : Sorbonne Université (du 42e au 36e rang), Université de Paris (du 43e au 42e). Avec PSL, Paris-Saclay, Sorbonne Université et Université de Paris, le cinquième établissement présent dans le top 50 est l’Institut Polytechnique de Paris, mais il perd quelques places, passant de la 35e à la 41e. Mais au paragraphe suivant, c’est la douche froide : « Trois quarts des universités françaises glissent toutefois vers le bas du classement. ». Et Les Échos remuent cruellement le couteau dans la plaie : « Si 14 améliorent leur rang, 61 [universités] françaises reculent ». Et, suprême humiliation : « D’après le CWUR, le principal facteur de ce déclin est la contre-performance de la recherche, ”dans un contexte de concurrence mondiale accrue de la part d’institutions bien financées” ». Mais au fait qu’est-ce que ce CWUR ? Vérification faite, il s’agit d’un concurrent (apparu en 2012) de l’ARWU, promoteur du (plus) célèbre classement de Shanghai, né une dizaine d’années plus tôt. Comme on le sait, nos universités n’ont d’yeux que pour ces classements internationaux qui attisent la concurrence effrénée à laquelle elles se livrent, pour le plus grand bien de la recherche et de l’enseignement, cela va sans dire.

Toujours dans Les Échos, une tribune de Florence Tondu-Mélique (PDG pour la France du groupe Zurich leader de l’assurance) regrette que « la France décroche en mathématiques », ce qui compromet notre « soft power économique », « notre attractivité et [le] progrès social ».

Parité

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Pierre Curie, inventeur de l’androïde inventeur de la radioactivité ?

La Dépêche a repéré une nouvelle étude sur les problématiques de genre posées par les études scientifiques. Il s’agit d’une comparaison entre le Japon et l’Angleterre, deux pays dans lesquels les mathématiques sont perçues comme masculines. Les stéréotypes restent effrayants : les Japonais auraient semble-t-il une mauvaise image des femmes intellectuelles, tandis que les Anglais auraient la croyance que choisir une faculté ou un département particulier pourrait vous rendre moins attrayant aux yeux d’une personne du sexe opposé ! Les concepteurs des sujets du CAPES 2021 ont-ils été influencés par ces stéréotypes, au point d’oblitérer Marie Curie au profit de son époux, comme l’a épinglé l’association femmes & mathématiques dans un communiqué récent.

La perception masculine de la discipline changera lentement, si l’on se fie aux données publiées par la section 41 « Mathématiques et interactions des mathématiques », du CNRS sur les ratios filles/garçons dans les différents laboratoires et sections du Conseil national des universités. Elles figurent dans un rapport faisant un panorama de la recherche en mathématiques en France, qui insiste sur les points forts de la France dans les différents domaines.

Pandémie

La tribu SARS-CoV-2

L’origine de l’ancêtre reste mystérieuse. L’enquête en Chine de la commission de l’OMS estime hautement improbable une fuite du laboratoire de Wuhan mis en cause par les États-Unis selon Futura-Sciences. Guère plus probable n’est la contagion par des surgelés, et les experts de l’OMS ont pu déterminer que le marché de Wuhan était un lieu de propagation de l’épidémie, sans pouvoir montrer que c’en était la source. Le rapport complet se télécharge sur le site de l’OMS.

La famille SARS-CoV-2 s’agrandit par des mutations dont seules quelques-unes modifient l’effet pathogène, mais pour lesquelles on constate des effets de convergence sur des lignées indépendantes, comme l’indique Futura-Sciences. Reste l’effet de recombinaisons entre plusieurs lignées indépendantes, portant sur de gros morceaux de génome, qui peut créer des lignées résistantes aux anticorps acquis, et qui entraîne, comme pour la grippe, la nécessité des vaccinations annuelles.

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les points rose : variants anglais fixés sur des cellues

Le variant brésilien inquiète. Mi-avril, les études l’estimaient plus contagieux que le variant britannique (les points rose à l’attaque sur l’image), avec une charge virale plus élevée, sans conclure sur la létalité. Il semble également que les vaccins connus sont relativement efficaces contre lui. Si ce variant était, à cette date, très minoritaire en France métropolitaine (22 cas), la situation était plus grave en Guyane, relatent le Huffington Post et le Midi Libre.

Les vaccins en question

Les vaccins AstraZeneca et Johnson & Johnson sont en cause dans l’apparition rare de thromboses, certaines étant mortelles. Les réactions des pouvoirs publics de différents pays sont diverses : suspensions, interdictions, reprises, variations des tranches d’âges concernées… The Conversation détaille dans un article la longue chaîne de la piste actuelle : la responsable serait l’auto-immunité en liaison avec les plaquettes sanguines, en particulier le facteur plaquettaire P4. « Les actions combinées de l’adénovirus de ces vaccins et de la protéine Spike agiraient de concert sur les plaquettes et les cellules endothéliales pour aboutir à la formation de complexes stimulant les lymphocytes B producteurs d’anticorps anti-PF4. » Reste alors à identifier les facteurs de risque individuels.

L’Inserm publie les résultats d’un étude demandée par l’OMS à David Smadja (université de Paris, hôpital Pompidou) sur 2000 cas de thrombose.

À ce jour, un nombre significatif de Français refusent le vaccin AstraZeneca, et le discours sur la « balance bénéfice-risque » des diverses autorités nationales et internationales manque d’efficacité. Libération explique qu’il n’y a pas de formule mathématique ou statistique, ni de modèle pour évaluer cette balance, mais un difficile établissement d’un large consensus scientifique et social, révisable dans le temps en fonction de données nouvelles. Il est ici plus difficile que dans le cas d’un médicament qui s’adresse à des personnes atteintes, puisque la vaccination s’adresse à des patients en bonne santé.

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Sur le même sujet, un article d’Étienne Ghys dans Le Monde remet en place l’aspect psycho-cognitiviste de la question.

Le vaccin contre le Covid-19 d’AstraZeneca n’est plus proposé aux moins de 55 ans. La Haute Autorité de santé (HAS) recommande de vacciner avec une deuxième dose différente les plus de 530 000 vaccinés de moins de 55 ans avec une première dose d’AstraZeneca car, d’après Sciences et Avenir, le risque associé à une seconde dose ne peut (à la date du 9 mars) être évalué. Sur l’animal, les tests de doses croisées donnent des résultats satisfaisants.

Le vaccin Johnson & Johnson, lui aussi à adénovirus, pose les mêmes problèmes. Mais la France ne semble pas pouvoir se passer de ces deux vaccins selon le Huffington Post, pour des raisons de doses commandées et de l’impossibilité de les remplacer à court et moyen terme compte tenu des délais de disponibilités.

Privilégier les vaccins à ARN messager ? Axel Kahn met les pieds dans le plat sur LCI, où il passe en revue leurs avantages : « les vaccins ARN sont plus protecteurs contre les souches E484K, ils ont 5 à 10 fois moins d’effets secondaires sévères, ils sont mieux tolérés. Dès que cela sera possible, il serait bon de les instituer en vaccins standards. Je me répète, j’assume. » Certes, mais « quand ce sera possible ».

L’Agence européenne des médicaments (EMA) valide deux nouveaux sites européens de production de vaccins, indique La Tribune.

Les preuves s’accumulent pour vacciner les femmes enceintes, de préférence avec des vaccins à ARN messager, explique Sciences et Avenir, d’autant plus qu’avec la maladie, la grossesse devient à risque pour la mère et l’enfant. La répartition internationale actuelle des vaccins est discutée sur RFI, où, après les généralités sur les vaccins et leur répartition on s’intéresse aussi aux autres pandémies. Greta Thunberg la commente également à l’OMS.

La pandémie flambe de manière incontrôlée en Inde. France Culture y décrit des scènes apocalyptiques dans un podcast de cinq minutes. Et la capacité du pays à produire des vaccins en masse pour le tiers monde est anéantie.

Tests, modèles et statistiques

Des autotests donnant un résultat en une demi-heure sont arrivés le 12 mars dans les pharmacies, rappelle Sciences et Avenir. France Inter en précise le déploiement dans les écoles pour les plus de quinze ans (3 mai) et les lycées (10 mai), et les populations précaires. Outils supplémentaires, ils ne se substituent pas aux tests existants.

Face à certaines complications provoquées par les tests (elles peuvent être graves, notamment des brèches de la base antérieure du crâne), l’Académie nationale de médecine rappelle les bonnes pratiques des prélèvements nasopharyngés par écouvillon (elles s’appliquent donc aussi aux auto-tests). Le CNRS décrit un nouveau modèle de groupement de tests, basé sur la taille optimum des groupes pour dépister un maximum d’individus en limitant le risque de faux négatifs par dilution. Le procédé est déjà utilisé dans divers pays, surtout dans des communautés telles que les EHPAD, les résidences et les universités. À la fin de l’article, l’étude publiée dans PLOS Computational Biology est référencée.

Accromath présente les travaux des pionniers de l’application des méthodes statistiques à la santé et à la médecine : John Graunt, Edmond Halley – celui de la comète – et Daniel Bernoulli.

Interrogés par Laura Dulieu sur France Culture, Simon Cauchenez et Jean-Stéphane Dhersin reviennent sur ce que sont les modèles et ce que l’on peut en attendre. Ils insistent sur la confrontation des modèles et le travail critique collectif pour les améliorer. L’Opinion décrit sans précisions réelles les applications médicales de la technique des « données synthétiques » et des « cobayes virtuels », venant de la finance et des assurances, mise en œuvre en Israël, utilisant des dossiers médicaux réels pour construire des patients virtuels et suivre l’évolution de la maladie sur ceux-ci. L’article parle même de valider les médicaments sur ces patients virtuels…

Pandémie et société

La barre « mythique » des 100 000 décès est passée à la mi-avril. Le Monde revient sur l’accueil de cette annonce par la société française. Celle-ci semble depuis plusieurs mois moins sensible aux signaux d’alerte, et plus traumatisée par l’isolement des parents qui décèdent solitairement dans les EHPAD fermés et par les enterrements réduits. La veille, Le Monde expliquait pourquoi les chiffres de décès de Santé publique France étaient sous-estimés.

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Peste noire

Le premier avril, le ministre Olivier Véran prévoyait le pic de la troisième vague sur LCI dans les 7 à 10 jours à venir, modéré par une semaine de plus par Pierrick Tranouez (université de Rouen). Depuis, le nombre de cas positifs aux tests diminue lentement et la courbe des réanimations reste à peu près constante.

Faire en sorte de terminer la troisième vague et éviter une quatrième ? Les nouveaux variants, plus transmissibles et les avancées de la vaccination rendent illusoire l’immunité collective en Europe vers la mi-juillet annoncée par le commissaire européen Thierry Breton. Libération énonce une série de mesures indispensables. Catherine Hill pense aussi que cette immunité est inatteignable mi-juillet mais que septembre est réaliste, et elle insiste sur les tests massifs, traités en groupe, sur l’isolement et sur l’étude des eaux usées dans Marianne.

« Démoral-usés » : dans un blog du Huffington Post, ce poème en prose conte la lassitude des soignants auxquels on ne cesse de demander des efforts supplémentaires, qui mène au découragement et certains d’entre eux au suicide.

À la fin des vacances scolaires allongées, le milieu médical s’inquiète des annonces plutôt optimistes d’un relâchement proche des restrictions dans Libération : les signes d’évolution sont encourageants, mais les indicateurs restent à un trop haut niveau et la situation hospitalière très critique. Même point de vue pour Odile Launay (infectiologue, université de Paris, Cochin) sur France Culture. Pour Cédric Villani, interrogé par France TV Info, la voix du conseil scientifique doit être entendue. Il précise également son action comme député et président de la commission parlementaire.

L’Institut Pasteur a publié le 27 avril les résultats détaillés de modélisations allant jusqu’à l’été, compte tenu des variants et des scénarios de déconfinement.

Les confinements successifs ont de moins en moins d’effet sur les déplacements et sur le télétravail, affirme Libération à partir de données d’opérateurs téléphoniques et de données Google, et l’illustre par deux graphiques dont l’un interactif.

Des chercheurs israéliens ont tenté de tester l’utilité d’une application sur smartphone, destinée à un usage quotidien et massif, pour rappeler les risques quotidiens. Le test principal se présente sous l’angle d’un jeu (au sens de la théorie des jeux).

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Il est détaillé sur Futura Sciences, et permet de vérifier son aptitude à évaluer un gain individuel.

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Patrick Boucheron

Une très intéressante vidéo peut être visualisée sur France Culture. Y interviennent Patrick Boucheron (historien, Collège de France) et Thierry Wirth (biologie des populations, EPHE) sur la et les pandémies avec un fort accent sur les interactions avec les sociétés.

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Thierry Wirth

Chacun avec sa sensibilité, met en cause finalement (pour l’actuelle pandémie) le mille-feuille administratif, l’un plaidant pour réduire le déficit démocratique et l’autre pour une « task force » à l’américaine ou britannique.

À terme, la pandémie peut-elle devenir une simple grippette ? Marianne, discute du pour et du contre, avec l’objectif de se passer de vaccin (mais même pour la grippe, il y a des campagnes de vaccination).

Anticorps, interférons, traitements

L’Institut Pasteur présente une étude sur les anticorps et leur mode d’action (pour des patients symptomatiques et asymptomatiques), et met en évidence de nouvelles formes d’action.

Dans le même esprit, un article de Futura Sciences est consacré aux gènes activés par les interférons et leurs effets sur le coronavirus, en particulier ceux de l’interféron IFN-1, important pour la lutte contre la duplication du virus. Le défaut d’activité de l’IFN-1 serait d’origine auto-immune. Ce défaut d’activité se retrouve dans un certain nombre de cas graves.

Pour la Science explique que des cellules du système immunitaire, chez des patients ayant été atteints par le covid, peuvent muter au cours du temps et produire des anticorps pouvant reconnaître les infections des mutants. Sont en jeu les lymphocytes dits B et T. La protéine Herv-W ENV est mise en cause dans les formes graves de l’infection dans La Tribune de Lyon : à effet pro-inflammatoire, son action serait déclenchée par la protéine Spike.

L’Institut Pasteur teste actuellement une molécule de champignon susceptible de stopper la reproduction du virus, qui pourrait être efficace au début de la maladie, rapporte France Bleu.

A contrario, concernant l’hydroxychloroquine, une nouvelle méta-analyse relayée par Marianne lui associe un risque accru de mortalité.

Varia

Heidi News se demande où sont passées les chercheuses suisses dans les médias : la proportion des chercheuses en science et en santé serait d’au plus 30 %, alors que de nombreux pays ont atteint la parité.

La France adopte, pour certains vols aériens, la certification électronique de tests de dépistage, indique Le Monde (accès restreint).

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Le Danemark développe un système voisin pour l’accès à certains services et magasins, et ce pourrait être le premier pas vers un « passeport européen », dont les modalités cependant soulèvent de nombreuses discussions.

Les autorités belges étudient deux scénarios pour un déconfinement d’après RTL Be : premier mai et premier juin. Aucun de ces deux scénarios n’est optimiste en cas de déconfinement large.

Le gouvernement canadien investit 10 millions de dollars pour créer cinq réseaux pluridisciplinaires de lutte contre le covid au titre de l’Initiative de modélisation des maladies infectieuses émergentes selon Nouvelles UMontreal.

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Gamechanger

Enfin, France Info relate qu’une œuvre de Bansky atteint un record dans une vente aux enchères au profit des services de santé britanniques.

Honneurs

Depuis quelques années « Ma thèse en 180 secondes » donne l’occasion à des doctorant⋅es de présenter (très) brièvement leur sujet de thèse avec le but de favoriser la diffusion de la recherche dans un format plus accrocheur pour le grand public.

Paul Dequidt, après des études de médecine et un passage en DUT, avant de continuer jusqu’à une thèse en analyse des données appliquée à l’imagerie médicale, a été finaliste régional. Il donne une entrevue à l’université confédérale Léonard de Vinci pour raconter comment cela s’est passé. Vous pouvez aussi revoir la vidéo de sa prestation.

Après des sélections régionales, la demi-finale nationale a eu lieu le premier avril et parmi les 16 finalistes figure James Larrouy, de l’université des Antilles, qui travaille sur l’analyse multivoque et l’analyse fractionnaire. Si voulez savoir de quoi il s’agit et comment ne pas être en retard, vous pouvez regarder la vidéo pleine d’énergie de 3 minutes.

Olga Paris-Romaskevich est une mathématicienne exceptionnelle. Elle est très investie dans la diffusion des mathématiques (vous avez pu déjà la lire sur Images des Maths) faisant des liens entre les mathématiques et l’art. C’est aussi une chercheuse accomplie puisqu’elle a été recrutée au CNRS l’année dernière. Dans cet entretien au Journal du CNRS, elle raconte son parcours depuis la Russie et sa vision particulière des mathématiques.

À Alger se trouvait une fresque représentant Maurice Audin pour garder le souvenir de ce mathématicien, symbole de liberté pour la jeunesse algérienne. Il est mort en 1957 sous la torture des forces françaises, comme l’a reconnu Emmanuel Macron en 2018. Cette petite fresque était très symbolique et de nombreux post-it portant les aspirations de la jeunesse la recouvraient.

Les autorités algéroises ont décidé de recouvrir cette fresque d’un drapeau algérien et de mettre un buste de Maurice Audin devant. Cela a soulevé une vague d’indignation locale et de la part de la famille de Maurice Audin comme le rapporte Sputnik.

Comme signalé en 2019, le futur billet de cinquante livres sera à l’effigie d’Alan Turing et sortira au mois de juin prochain. La banque d’Angleterre dévoile les détails de ce billet avec des références à l’œuvre de Turing. Clubic met en avant quelques-unes de ces références qui plairont aux amatrices et amateurs de mathématiques.

Enseignement

Covid toujours

Ce mois d’avril a commencé avec une information exclusive révélée par Le Café pédagogique : devant la persistance de la crise sanitaire, le ministère de l’Éducation nationale a été contraint de transformer (pour la session 2021) le grand oral du nouveau baccalauréat en épreuve écrite. Il est important de prendre connaissance de la circulaire qui précise les modalités de ce changement inattendu.
On peut se demander si la tradition du poisson d’avril résistera encore longtemps au déferlement de fake news dans les médias. Ceux qui se livraient jusqu’ici volontiers à d’innocentes blagues pourraient désormais hésiter à le faire, par crainte d’être accusés de répandre de fausses nouvelles. « Des faux bruits, des ragots, des sornettes, de basses calomnies, par Satan répandues » disait Georges Brassens, traquant avant tout le monde de sacrées fake news.

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La Commission européenne a publié un rapport à propos de l’impact de la COVID-19 sur l’enseignement supérieur. L’intégralité est apparemment disponible uniquement en anglais. Nous n’avons trouvé qu’un résumé en français. Le jargon technocratique s’y répand jusque dans le titre : « Impact de la COVID-19 sur l’enseignement supérieur : examen des données émergentes ». Ne vous attendez pas à des révélations fracassantes. Il s’agit d’une compilation de données puisées dans des articles de presse et dans diverses enquêtes, assortie de commentaires dont la clarté n’est pas la vertu principale. On y lit notamment, sans surprise que le passage, imposé en urgence, à l’enseignement à distance est considéré comme « bien réussi » par la plupart des dirigeants des universités, que l’appréciation des enseignants est plus nuancée, et enfin que les étudiants ont, dans une grande proportion, « rencontré de sérieux problèmes dans leur apprentissage » et que « l’accès aux outils de communication en ligne et à Internet reste un défi » pour certains d’entre eux. S’agissant de la « dimension sociale de l’enseignement supérieur », le rapport indique que, d’ici à 2025, « les inégalités d’accès et de participation à l’enseignement supérieur sont très préoccupantes ». Devant ces constats évidents, les auteurs font des « recommandations politiques » de caractère très général et qui ressemblent plutôt à des catalogues de bonnes intentions ou à des vœux pieux.

On observe un relatif consensus quant à l’importance du maintien des écoles ouvertes. Cet objectif est partagé par Ghislaine David, invitée de l’émission « Être et savoir », sur France Culture. Mais la responsable du SNUIPP-FSU, principal syndicat de l’enseignement primaire, réclame des protocoles sanitaires très stricts, qui font défaut actuellement. Antoine Flahaut, médecin épidémiologiste, va dans le même sens. Il insiste sur la nécessité de tenir un discours de vérité : oui, il y a un réel danger de propagation du virus dans les écoles, mais les maintenir ouvertes a plus d’avantages que d’inconvénients, et il faut donc prendre des mesures draconiennes pour protéger les enfants. Flahaut est particulièrement convaincant quand il explique : « on peut compenser des tenanciers de bars ou de restaurant financièrement ; on ne peut pas compenser un enfant qui perd des années d’études ».
Toujours sur France Culture, dans la matinale, le neuroscientifique Stanislas Dehaene (président du Conseil scientifique de l’éducation nationale) plaide lui aussi pour un maintien, autant que possible, des écoles ouvertes. Il insiste sur l’importance des interactions entre l’enfant et l’enseignant, mais aussi entre les enfants eux-mêmes. Il ajoute que l’apprentissage à distance « ne marche pas aussi bien qu’on l’espérait ».

Au-delà de ces arguments pédagogiques, les tenants de la présence physique des enfants dans les écoles invoquent aussi les difficultés matérielles liées au distanciel. À l’inégalité flagrante des familles devant l’accès au numérique s’ajoutent les bugs intervenus sur les plateformes. On en a eu un exemple au début du mois, comme le rapportait Libération.

À l’université aussi, on évalue avantages et inconvénients des cours à distance. Et il faut bien dire que ces derniers sont prépondérants ! The Conversation commente une enquête réalisée auprès des étudiants du département de psychologie de l’université Grenoble Alpes. L’article, intitulé « Cours à distance : étudiants, comment s’organiser pour ne pas décrocher ? », évoque les « nouveaux obstacles à l’investissement des étudiants dans leur cursus » provoqués par « le basculement actuel dans un enseignement à distance généralisé ».
Sur table ou à distance ? La question se pose toujours pour les examens. C’est ce « grand dilemme » qu’évoque Le Monde (accès restreint). Les examens en présentiel ont été annulés pendant le reconfinement. « Seuls les concours et quelques autres épreuves sont maintenus dans un climat d’inquiétude sur le protocole sanitaire. » Le Monde (accès restreint) raconte aussi qu’un professeur de droit de l’université Paris 1 a organisé début avril un examen réunissant 170 étudiants, dont certains positifs à la Covid, dans un amphithéâtre ! Il est ainsi passé outre les décisions de son université qui venait de décider le passage en distanciel de tous les examens.
Dans un entretien accordé à Ouest-France, la ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, affirme que son objectif « est de préparer la rentrée universitaire en présentiel et dans les conditions les plus normales possibles ». Elle ajoute que, contrairement à ce qui s’était passé en 2020, la session d’examens aura lieu cette année aux dates normales et les oraux seront maintenus.
Frédérique Vidal confirme ces propos dans le Grand entretien de France Inter et donne des détails supplémentaires. La reprise se fera à partir du 3 mai avec une jauge à 50 % dans les établissements ; il n’y a pas d’obligation à avoir un test pour se présenter à un examen ; on n’enlève pas son masque pendant l’examen ; on demande aux étudiants de ne pas s’attrouper.

Conséquence inattendue de la crise sanitaire, le SNES-FSU vient de mettre au jour une manœuvre peu reluisante de certains lycées privés. Dans la constitution des dossiers de leurs élèves destinés à la plateforme Parcoursup, ils ont souligné le fait que, dans leur établissement, tous les cours ont eu lieu à 100 % en présentiel.

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Comme le souligne Libération, le but était bien sûr de favoriser certains profils d’élèves aux yeux des enseignants en charge du classement des dossiers de Parcoursup. Mais il se pourrait bien que ce soit l’effet inverse qui soit obtenu, maintenant que la combine a été éventée.

Avec la reprise des cours après le confinement, les autotests vont être à l’ordre du jour. Mais leur déploiement suscite déjà de nombreuses et vives critiques. Le Huffington Post fait part du scepticisme de professeurs. Selon Le Café pédagogique, les trois syndicats de personnels de direction considèrent que l’organisation envisagée par le ministère pour ces autotests est « irréalisable ». Quant aux Échos, ils constatent que « les critiques fusent sur les autotests dans les lycées ».

Bilan : L’Étudiant s’interroge sur la valeur qu’auront les diplômes obtenus dans les conditions si particulières de cette crise sanitaire.

Et à part la Covid ?

Un article du site Forbes plaide pour que la suppression de l’ENA, annoncée par Emmanuel Macron, soit l’occasion d’un changement de modèle pour la formation des hauts fonctionnaires et son adossement à la recherche universitaire. « L’avenir de l’ENA ça devrait être le doctorat ! » s’écrie l’avocat Yann-Mäel Larher.

Dans Le Monde (accès restreint), Éric Nunès constate une hausse des cyberattaques contre les serveurs des universités. Les hackeurs s’en prennent de plus en plus aux données des étudiants et des laboratoires, alors que les universités ne sont pas toujours bien préparées à résister à ces attaques.

L’agence Algérie Presse Service annonce l’ouverture à la prochaine rentrée de deux « écoles des mathématiques et de l’intelligence artificielle ». Elles seront édifiées sur le pôle universitaire de la ville nouvelle de Sidi-Abdallah, près d’Alger. L’Agence Ecofin savonne et parle d’« intelligence industrielle » à propos des mêmes (semble-t-il...).

Diffusion

Bande dessinée

L’institut Fourier de Grenoble propose une exposition intitulée Les audaces de Sophie Germain à l’occasion de la sortie d’une bande dessinée éponyme. L’exposition est pour le moment virtuelle, et composée d’une vidéo de 15 min et d’une série de posters autour de la vie de la mathématicienne Sophie Germain. Si son nom est familier pour les amateurices de mathématiques, il l’est un peu moins pour le grand public. C’est donc une agréable surprise de trouver son portrait sur le site Paris Zig Zag, qui propose des balades à Paris « hors des sentiers battus » et des contenus « insolites et secrets ».

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Plaque à l’ancien domicile de Sophie Germain, 13 rue de Savoie à Paris.

La bande dessinée avait aussi été le support d’Operation Lovelace, une histoire de science-fiction à base de panne informatique, de voyage dans le temps, et de la vie d’une autre pionnière, l’informaticienne Ada Lovelace.

Origamis et autres DIY

Puisque les musées n’ont pas encore réouvert, la Maison des mathématiques et de l’informatique (MMI) de Lyon a rassemblé plusieurs liens proposant des activités DIY à faire soi-même branchées maths, comme fabriquer un dodécaèdre.

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Dodécaèdre Romain en bronze et plomb, 4,4cm de diamètre.

Les élèves du collège Baudelaire de Clermont-Ferrand ont eux eu droit à un cours de maths-origamis en présentiel avec la participation d’un artiste japonais, c’est à lire dans La Montagne.

L’art de parler de maths

L’association Maths en Scène continue de diffuser les maths avec beaucoup de créativité, et cela fait plaisir à lire ! On trouve ici quelques images et vidéos (à faire défiler) expliquant la différence entre le tricot d’un tube simple et d’un [ruban de Möbius] à l’occasion d’un joli atelier tricot-topo(logie) animé par Éléonore Bellot pour le festival Les Maths dans tous leurs états.

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Ruban de Möbius construit à partir d’une bande de papier.

Autre exemple, l’intervention dans une classe de collège de Cédric Aubouy, auteur d’un « petit essai de clownologie mathématique » et membre de la troupe L’Île Logique. La professeure de maths a partagé un billet de blog à propos de cette rencontre : « Puis il a terminé son intervention avec des exemples mathématiques qu’on peut présenter de façon clownesque, de la théorie des groupes au repérage, de la topologie des trous d’arrosoir aux équations avec bonshommes, en passant par les symétries. Il nous a proposé de ranger les pommes 2 par 3, aussi, et nous a parlé des contraires des inverses l’un de l’autre. »

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Les clowns scientifiques de L’Île Logique

Dernier exemple, le projet GeomCityLooks mené sur toute une année scolaire et mêlant maths, photographie, architecture par une classe de collège à Draguignan et une classe à Beiuș en Roumanie. Leur projet les a fait rencontrer le photographe Marc Aubé, qui a même créé l’œuvre $\mathbb{NZDQR}$ pour l’occasion !

Podcast

On finit avec un partenariat entre Sorbonne Université et Binge Audio, société de production de podcasts, des émissions très à la mode dont on a entendu parler ce mois-ci dans L’Instant M sur France Inter. Le dernier épisode de 7e Science, podcast pour découvrir les sciences à l’aide du cinéma, est sorti ce 8 avril et s’intitule Peut-on prévoir le hasard comme dans « Las Vegas 21 » ? L’épisode dure 26 minutes et a pour invité le mathématicien Gilles Pagès.

Parutions

Revues

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Un robot androïd
Un futur chroniqueur scientifique ?

Nous avons parlé le mois dernier de la démission de la quasi-totalité des rédacteurs de Sciences et Vie et de l’émoi suscité par cette annonce dans la plupart des rédactions francophones (voir par exemple Le Matin). La rédaction du journal s’inquiétait depuis plusieurs mois pour son indépendance et la qualité de la publication indiquait en substance Le Figaro. Une autre question vient immédiatement à l’esprit : « Un journal sans journalistes est-il encore digne de ce nom ? » Le Monde l’aborde sans ambages dans son édition du 14 avril et s’interroge sur le bien-fondé du modèle économique et éditorial sur lequel s’appuie Reworld Media, premier groupe de presse magazine français (qui affiche par ailleurs une santé financière insolente). La semaine suivante, toujours dans Le Monde, c’est la pertinence des aides publiques dans le cas d’un journal ou un magazine vidé de sa rédaction qui est abordée : « Fragilisées par des médias sans journaliste, les conditions d’attribution des aides à la presse vont évoluer », annonce le quotidien. On se demande quelle sera la prochaine étape de ces tristes péripéties. Des articles dans toutes les langues rédigés par des robots pilotés par une « intelligence artificielle » ?

Durant cette période difficile et délicate, certains titres naguère mensuels sont devenus trimestriels. C’est le cas de La Recherche qui a livré, début avril, le troisième numéro de sa nouvelle mouture. Une nouvelle formule qui se présente sous la forme d’un agréable « magazine-livre » de 148 pages qui conserve l’esprit des mensuels mais qui est maintenant disponible soit en kiosque soit en librairie (et bien sûr sur abonnement). Le « dossier » est consacré à la conscience, aux principales théories pour l’explorer, à la « conscience endormie », aux capacités cognitives des oiseaux... mais aussi aux limites des machines, nouvelles techniques fondées sur l’imagerie et l’intelligence artificielle pour explorer les profondeurs du coma ou à la « brain tech ».

« Les fondamentaux », proposent pas moins de seize articles, tous aussi passionnants les uns que les autres. On repérera parmi ceux-ci celui de Thomas Vidick, Prouver la complexité du quantique. Ses travaux sont « à l’interface de l’informatique théorique, de l’informatique quantique et de la cryptographie ». Vous pouvez voir ici ou revoir sa conférence tout public « L’ordinateur quantique, vraiment quantique ? ». Il fait partie des cinq chercheurs dont parle l’avant-propos et qui ont établi que l’intrication quantique peut, théoriquement, servir de base à la vérification d’un vaste nombre de problèmes. Le dossier du prochain numéro, à paraître en juin, portera sur le temps et l’espace.

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Marie-Antoinette aimait les patiences

Pour la Science arrive à la toute fin d’avril. Le numéro de mai traite à la une un problème de plus en plus envahissant dans notre quotidien, la désinformation, comment des robots logiciels peuvent nous manipuler et les outils que la recherche en intelligence artificielle développe pour lutter contre ce fléau. Dans sa rubrique mensuelle, Jean-Paul Delahaye nous invite à réfléchir un moment sur les jeux de patience qu’il nous présente comme « un stimulant prétexte pour faire des raisonnements stratégiques et des calculs probabilistes ». Saviez-vous qu’il existe des dizaines de travaux mathématiques consacrés à ces jeux, qui sont une riche source de problèmes de tous niveaux ? En tout cas vous trouverez dans cette agréable promenade mathématique matière à patienter et à occuper quelques journées de vacances pluvieuses ou... d’épidémie comme le suggère l’auteur en conclusion.

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Un sextant

En attendant de pouvoir prendre un grand bol d’air en mer, Tangente invite dans son numéro d’avril-mai ses lecteurs à découvrir les mathématiques de la mer ! La projection de Mercator, la détermination du point en mer et les instruments de navigation sont au programme. D’ailleurs, parenthèse en passant, ceux qui considèrent que le sextant est un instrument d’une autre époque tout juste bon à décorer les salons baroques se trompent. Cet instrument n’a pas dit son dernier mot. Korii-Slate, a repéré un article de Popular Mechanics (en) d’après lequel la plus puissante marine du monde, l’US Navy, vient de le remettre à l’ordre du jour dans ses programmes de formation. C’est que le sextant est à l’abri des piratages, pas le GPS... Beaucoup d’autres sujets sont abordés comme les messages chiffrés du Zodiac (dont le second vient d’être décrypté), les arts numériques, la conjecture de Nivat, le transport optimal, ou encore l’émergence de la géométrie cartésienne...

En libraire

Sophie Germain est à l’honneur. La sortie le 16 avril 2021 de la BD Les Audaces de Sophie Germain aux éditions Petit à petit, auxquelles nous devons aussi la BD Les oscillations de Joseph Fourier, complète la bibliographie sur cette mathématicienne méconnue. Je suis... Sophie Germain de Christine Charretton et Anne Boyé ou Sophie Germain, la femme cachée des mathématiques de Sylvie Dodeller sont les plus récents.

Le goût des sciences est un prix initié et soutenu par le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, qui met en relief des ouvrages scientifiques destinés soit aux jeunes soit aux adultes. Sciences et Avenir revient sur la liste des ouvrages nominés cette année publiée par le ministère. L’ouvrage de Sylvie Dodeller cité plus haut apparaît dans la catégorie « jeunesse ».

David Larousserie, dans le Monde, présente Puissance infini - comment le calcul infinitésimal révèle les secrets de l’Univers, un ouvrage du mathématicien Steven Strogatz paru en janvier : « livre là une histoire passionnante, avec un grand talent pédagogique et un enthousiasme plaisant ». « Cet essai a connu un large succès outre-Atlantique dans sa version originale. Il a été nominé par la Royal Society of London comme l’un des meilleurs livres scientifiques grand public jamais publiés » nous dit l’éditeur.

Pour terminer, revenons sur le Zoom sur les métiers des mathématiques, de la statistique et de l’informatique évoqué dans cette brève. Il s’agit de la dernière brochure d’information de l’ONISEP pour les jeunes et leurs familles parue dans la collection Zoom sur les métiers. Elle a été réalisée en collaboration avec l’Amies (Agence pour les mathématiques en interaction avec l’entreprise), la CFEM (Commission française pour l’enseignement des mathématiques), femmes et mathématiques, la SFdS (Société française de statistique), la SIF (Société informatique de France), la SMAI (Société de mathématiques appliquées et industrielles) et la SMF (Société mathématique de France).

Post-scriptum :

L’équipe de la revue de presse recrute ! Si vous voulez participer, contactez le responsable et les secrétaires de rédaction d’IdM.

Article édité par Jérôme Germoni

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Pour citer cet article :

L’équipe Actualités — «Revue de presse avril 2021» — Images des Mathématiques, CNRS, 2021

Commentaire sur l'article

  • Revue de presse avril 2021

    le 1er mai à 11:14, par Diego

    Correction : les vacances scolaires n’ont pas été « allongées », c’est la fermeture des établissements scolaires qui l’a été... Les cours ont bien eu lieu, à distance, avec en général un travail plus long et plus pénible qu’en présentiel, pour les enseignants comme pour les élèves.

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