Revue de presse décembre 2021

Le 1er janvier 2022  - Ecrit par  L’équipe Actualités Voir les commentaires

Un grand mathématicien vient de nous quitter : Jacques Tits est mort le 5 décembre 2021. Notre rubrique Honneurs lui rend hommage. Et au moment de mettre en ligne cette revue de presse, nous apprenons aussi le décès d’une figure de l’enseignement des mathématiques : Jean-Claude Carrega. Son œuvre de référence, Théorie des corps : la règle et le compas, est depuis 40 ans un livre de chevet pour d’innombrables étudiants en mathématiques et il rend de grands services à la plupart des candidats au CAPES ou à l’agrégation. Excellent auteur, Jean-Claude Carrega était aussi un enseignant hors pair et un homme très attachant.
Au fil de cette revue de presse, nous suivrons les péripéties d’un article scientifique imprudemment publié par une prestigieuse revue et qui, très sérieusement remis en cause depuis, a fini par être retiré. Mais il se sera écoulé neuf mois au cours desquels ce sont quatre cent mille lecteurs qui ont pu ainsi être abusés ! Nous verrons comment des ministres d’un pays qui se veut démocratique ont tenté d’empêcher l’attribution d’un prix prestigieux à un scientifique éminent en raison des opinions politiques qu’il exprime, et comment ils ont heureusement jusqu’ici échoué dans leurs manœuvres. Nous croiserons Hypathie d’Alexandrie, « première femme mathématicienne connue ». Nous fêterons une vénérable centenaire : l’Union mathématique internationale. Nous nous réjouirons du foisonnement d’initiatives visant à promouvoir la place des femmes dans les sciences, en espérant en voir des effets concrets (ce n’est hélas pas encore gagné...). Nous découvrirons comme chaque mois des applications très variées des mathématiques. Nous n’échapperons évidemment pas à la peu enthousiasmante rubrique Covid, où nous apprendrons entre autres comment les lettres grecques sont choisies pour désigner les variants du virus. Et nous nous arrêterons comme chaque mois sur les répercussions de la pandémie sur l’enseignement. Mais nous verrons dans la rubrique Enseignement que le Covid n’est pas le seul sujet de préoccupation. Déjà vigoureusement dénoncés depuis longtemps par les spécialistes, les effets catastrophiques de la disparition des mathématiques dans les enseignements obligatoires en Première et Terminale sont maintenant perçus et déplorés bien au-delà de ce cercle restreint. Quant à l’Histoire, la diffusion, les parutions et les Arts, ils tiennent toujours une bonne place dans notre tour d’horizon.
Mais nous aurons aussi l’occasion de nous rappeler qu’à côté de médias de grande qualité, il y en a hélas de nettement plus médiocres. Comment qualifier autrement des articles racoleurs, qui font fi de la rigueur la plus élémentaire et cherchent à attirer le chaland en dévoilant les noms des vainqueurs du « Qui c’est qui a le plus gros QI ? ».

Bonne lecture et bonne année !

Recherche

Que d’efforts pour faire rétracter un article contestable ! RetractionWatch a raconté en détail cette histoire peu banale. Publiée en mars dernier dans les Scientific Reports de la revue Nature, une étude (en anglais) prétendait démontrer l’inefficacité du confinement dans la lutte contre la propagation du covid 19. L’article avait été lu près de 400 000 fois. Fin novembre, un commentaire d’un économiste de San Diego a mis sérieusement en doute les méthodes utilisées dans cette étude et remis en cause ses conclusions. L’article a été finalement retiré à la mi-décembre. On lira plus de détails sur le site Rédaction médicale.

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Oded Goldreich

Le mathématicien et informaticien israélien Oded Goldreich, lui, n’a pas vu ses travaux contestés ! Bien au contraire, ils lui ont valu d’être désigné en mars dernier par le jury pour l’attribution du très prestigieux Israel Prize. Oui mais voilà, Oded Goldreich est un opposant à la politique du gouvernement israélien et le ministre de l’Éducation avait alors demandé (en vain) au jury de reconsidérer son choix, arguant du soutien du chercheur à des appels au boycott de son pays. En novembre, la nouvelle ministre a tranché en opposant son veto à l’attribution du prix à Goldreich. Cette affaire vient de connaître un nouveau rebondissement : le conseiller juridique du gouvernement israélien a fait savoir à la ministre qu’il s’opposait à sa décision, estimant insuffisantes les preuves qu’elle avançait. Le média israélien LPH-info, qui expose cette affaire en détail, indique qu’elle n’est peut-être pas terminée et pourrait aller jusqu’à la saisine de la Cour suprême israélienne. La page Wikipedia (en anglais) consacrée à Oded Goldreich mentionne aussi cette polémique.

Il y a plus de dix ans, à la demande du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, l’Académie des sciences lançait une réflexion sur le thème de l’évaluation scientifique. Elle a depuis produit plusieurs rapports traitant de l’évaluation des chercheurs et des enseignants chercheurs, des limites de la bibliométrie et des nouveaux enjeux de l’édition scientifique.
Le 8 décembre 2021, l’Académie des sciences a finalement ratifié la Déclaration de San Francisco sur l’évaluation de la recherche (DORA), parue en 2013.
Dans son communiqué, l’Académie annonce ainsi s’engager « pour une science ouverte avec, comme prérequis indispensable, une adhésion du plus grand nombre de ses acteurs à de bonnes pratiques en matière d’évaluation scientifique. »

Vie de la recherche

Maths cobayes

Pour tenter de comprendre l’effet d’une petite sieste sur notre créativité, des chercheu·se·r·s en neurosciences ont fait résoudre un petit problème de chiffres à une cohorte de 103 personnes, en leur faisant faire une sieste de 20 minutes avant de retenter leur chance tant qu’ils ne donnaient pas la réponse correcte, comme l’explique le service presse de l’Inserm. Le problème consistait à parcourir une suite de 8 chiffres parmi 1,4,9, et déterminer le chiffre obtenu en suivant les deux règles suivantes : si le chiffre courant et le prochain chiffre de la suite sont les mêmes, continuer, sinon, mettre à jour le chiffre courant avec le 3e chiffre. Ce qu’on demandait aux participants était de remarquer que la 2e itération était toujours la valeur finale.

À l’international

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Sections coniques
Hypatie a écrit un commentaire, perdu depuis, sur le traité d’Apollonios de Perga sur les sections coniques.

Le CNRS célèbre le 200e LabCom (laboratoire en commun) avec une entreprise, en l’occurrence avec TotalÉnergies, et un nouveau laboratoire international franco-italien, le Laboratoire Ypatia des Sciences Mathématiques. Ce dernier a été nommé ainsi en « hommage à Hypathie d’Alexandrie […] qui est la première femme mathématicienne connue ». L’occasion pour Antoine Petit, président du CNRS, de se réjouir. Selon lui, « la raison d’être du CNRS est de faire de la recherche fondamentale au meilleur niveau international, et de la mettre au service de la société » et « c’est la vocation du CNRS de maintenir et développer ses relations avec ses partenaires européens par des actions structurées ».

Les 100 ans de l’Union Mathématique Internationale continuent d’être fêtés et sont à l’honneur à l’antenne de RFI, avec comme invités Laure Saint-Raymond et Mama Foupouagnigni. Le site camerounais News du Camer revient sur la 18e conférence Giraga, une conférence soutenue par l’UMI et organisée à Yaoundé.

Unidivers, dans un article curieusement rédigé, revient sur le lancement de la plateforme web carmin.tv par les membres du LabEx Centres d’Accueil et de Rencontres Mathématiques Internationales (Carmin). Le LabEx est à la recherche de volontaires pour donner leur avis sur la plateforme, et on ne saurait que vous conseiller ces 4614 vidéos autour des maths ! On y trouve notamment une série de 48 conférences données par des mathématiciennes primées.

Égalité des chances

Le café pédagogique publie un entretien avec Clémence Peronnet dans un expresso du 3 décembre. Cette chercheuse en sciences sociales, qui s’intéresse aux inégalités dans les sciences et vient de publier « La bosse des maths n’existe pas », explique que « ce n’est pas parce qu’on observe ces inégalités à grande échelle qu’elles sont naturelles. L’argument naturel est souvent utilisé pour expliquer que les femmes soient moins scientifiques parce que leur cerveau les porterait vers les langues. Mais cet argument marche beaucoup moins quand on l’applique aux pauvres. » Vous étiez peut-être tombé·e·s sur son nom après avoir lu la revue de presse du mois d’octobre, si vous vous êtes intéressé·e·s aux Cigales, une semaine de mathématiques organisée pour des lycéennes par le CIRM. Clémence Peronnet est d’ailleurs venue à l’I2M, le laboratoire de maths d’Aix-Marseille Université, exposer une étude de cas autour des Cigales.

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Le Mont Puget enneigé
Mont qui surplombe le campus de Luminy, où se trouve le Cirm

De son côté, L’Est Républicain revient sur le forum Femmes et Maths des jeunes mathématicien·ne·s organisé à Besançon du 8 au 10 décembre par le Laboratoire de Mathématiques de Besançon qui fête cette année ses 25 ans. Ces forums sont organisés chaque année autour d’un thème, cette fois-ci : « Probabilités, statistique et applications ».

La Délégation CNRS Centre Limousin Poitou-Charentes a réalisé une exposition itinérante de portraits au format BD. Les Sciences’Elles a pour objectif d’informer tous les publics des métiers dans lesquels s’épanouissent des femmes. Tous les métiers présentés sont féminins.

En Côte d’Ivoire, Girls in STEM vise à favoriser la diversité des genres dans les sciences et à développer les carrières des femmes dans ce domaine.

En vrac

Terence Tao méritait certainement mieux que l’article racoleur de Maxisciences qui le place en tête des « dix plus grands QI au monde » !

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Chris Langan
Éleveur de chevaux

Monsieur Ghislain de Haut de Sigy, auteur de l’article, n’éprouve pas le besoin de nous révéler la façon dont dont ce classement a été établi. Peut-être s’est-il souvenu d’avoir consulté en juin dernier le site noovo moi, qui donnait exactement le même classement, mais avec de petites différences de scores très étranges (Tao aurait-il gagné 5 points de QI en six mois ?). Que l’on se rassure, l’article de juin était tout aussi discret sur la méthode pour obtenir ce classement ! On peut cependant tirer des enseignements de la composition de ce « top ten » : on y trouve trois mathématiciens, deux physiciens, un champion et une championne d’échecs, un scénariste de téléréalité, une auteure et dramaturge et enfin un éleveur de chevaux du Missouri. Seulement deux femmes pour huit hommes. Des esprits chagrins pourraient y voir le signe que les tests de QI sont faits pour mesurer l’aptitude à devenir spécialiste de mathématiques ou de physique, star du jeu d’échecs ou éleveur de chevaux dans le Missouri, voire qu’ils ont été mis au point par des membres de ces honorables corporations...

La liberté du chercheur serait aujourd’hui sérieusement menacée en France et aux États-Unis et, avec elle, la pratique même du métier. C’est la thèse d’Olivier Beaud, Professeur de droit public à l’université de Panthéon-Assas, auteur de l’ouvrage Le savoir en danger (PUF, 2021), invité de La grande table des idées sur France Culture (podcast d’une durée de 35 minutes).

Applications

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Le ballon Adidas - Jabulani de la coupe du monde 2010, de groupe de symétrie [3,3]

Nous l’évoquons régulièrement, le monde du ballon rond est un grand consommateur de mathématiques ! Julien Guyon, mathématicien aux universités de Columbia et de New York, aux États-Unis, s’est intéressé au calcul des probabilités associées au tirage au sort des huitièmes de finale de la Ligue des champions.
Dans un article réservé aux abonné·es, L’équipe nous donne sa conclusion : « le PSG et Lille ont respectivement le plus de chances d’affronter le Real Madrid et Chelsea ». Outre leur utilisation pour tirer au sort les équipes qui vont s’affronter, les mathématiques fournissent aussi une aide à l’arbitrage. Les savanturiers de France Inter ont publié un billet où l’on apprend que Sony a développé un algorithme d’intelligence artificielle (IA) qui analyse les images reçues par une dizaine de caméras. Les données sont alors « transmises en temps réel à l’assistance vidéo à l’arbitrage, et la décision finale revient à l’arbitre ».

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La structure en double hélice de l’ADN

Une nouvelle prouesse en biologie a été réalisée grâce aux réseaux de neurones artificiels : Flora Jay, chargée de Recherche au Laboratoire interdisciplinaire des sciences du numérique, a coordonné une recherche qui a permis de créer des génomes artificiels extrêmement réalistes grâce à des réseaux de neurones artificiels. Dans une interview accordée au journal du CNRS, elle revient sur ce résultat important et évoque de potentielles applications : « grâce à l’apprentissage machine, on pourrait construire des génomes artificiels qui procurent des informations importantes sur la population étudiée. [...] ces génomes artificiels pourraient alors servir à la recherche biomédicale ou génétique des populations ».
L’IA s’invite aussi dans des domaines généralement considérés comme réservés à l’intellect et à la sensibilité humaine. Un article publié dans Nature fait sensation.
Plusieurs revues dont ActuIA, lebigdata.fr, Trust my Science et Developpez.com reviennent sur les résultats qui y sont publiés. L’information mérite qu’on s’y arrête. L’IA peut fournir une assistance à la recherche en mathématiques fondamentales. Des chercheurs de l’université de Sidney ont utilisé l’IA développée par Google, DeepMind, pour obtenir de nouveaux résultats dans le domaine de la théorie des représentations. Le travail du mathématicien est en grande partie guidé par l’intuition, avant de prouver un résultat, il faut formuler une hypothèse et avoir une idée de pourquoi elle devrait être juste. C’est là que l’IA intervient en explorant des relations que l’esprit humain aurait du mal à établir.

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Ludwig van Beethoven

Pour finir avec les exploits de l’IA, CBC/Radio-Canada raconte, dans une vidéo, comment le violoncelliste et spécialiste en neurosciences computationnelles suisse Florian Colombo a complété la 10e symphonie de Beethoven, restée inachevée à la mort du compositeur. L’œuvre, complétée par un réseau de neurones artificiels, a été jouée lors d’un concert. Les experts présents pour l’événement s’accordent pour dire « qu’on reconnaît bien la touche de Beethoven, mais qu’il manque l’étincelle du génie ».

Présente, rien que pour cette revue de presse, dans le sport, la biologie, les mathématiques fondamentales et l’art, l’IA représente un enjeu majeur. Outil de nouvelles découvertes, mais qui porte son lot de questions éthiques, on comprend que le défi IA soit inscrit dans le contrat d’objectifs et de performance 2019-2023 signé entre le CNRS et l’État. Dans ce contexte, le CNRS lance son centre dédié à l’Intelligence artificielle dont le mot d’ordre est « L’IA pour les sciences et les sciences pour l’IA ». Dans une interview publiée par le journal du CNRS, Jamal Atif et Alexandre Lagris, respectivement chargé de mission à l’Institut des sciences de l’information et de leurs interactions (INS2I) et directeur adjoint scientifique de l’Institut de chimie du CNRS (INC), décrivent l’organisation et les objectifs de ce centre dédié à l’IA pour les sciences et aux sciences pour l’IA. Les grandes problématiques de ce centre sont « l’IA pour accélérer les découvertes scientifiques ». Mais la « société exige aussi à raison des algorithmes plus efficients, moins gourmands, dont on peut interpréter et auditer le fonctionnement ».

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Refroidissement par laser

Et parce qu’il n’y a pas qu’avec l’IA qu’on obtient de nouveaux résultats, dans une vidéo très pédagogue de la chaîne VideoDiMath du CNRS, Frédéric Chevy, professeur au département de physique de l’École normale supérieure à Paris, présente le grand froid et les méthodes physiques qui permettent d’atteindre de très basses températures. À très basse température, la matière entre dans un état quantique. Amandine Aftalion, directrice de recherche en mathématiques au CNRS, donne ensuite quelques éléments pour comprendre les mathématiques qui décrivent le comportement quantique de la matière.

En prévision du grand loto de Noël , TirageGagnant.com nous apprend quels sont les numéros sortis le plus fréquemment depuis 2008. Tout en rappelant que « il est impossible de déterminer quels seront les numéros gagnants du Grand Loto de Noël à l’avance et les statistiques des tirages passés ne laissent en rien présager des numéros gagnants de ce vendredi 24 décembre 2021 à venir ».

Pour finir, dans un billet, posté sur son blog, Jean-Baptiste Feldmann nous raconte l’histoire de l’hypothétique planète Vulcain. L’hypothèse de l’existence de cette planète, formulée au 1859 pour expliquer les perturbations observées dans le mouvement de Mercure, est écartée en 1916 grâce à la théorie de la relativité générale qui permet, enfin d’expliquer la trajectoire de Mercure.

Covid

Alors que les injections du booster se généralisent et qu’on se réjouissait dans Le Monde de la réduction du risque d’infection au variant Delta de plus de 85%, Omicron est venu bousculer tout ça. The Conversation publiait le 29 novembre dernier un article récapitulatif : où en sont les recherches ? Pourquoi les variants semblent émerger en Afrique du Sud ? Pourquoi est-ce inquiétant ? Quels sont les symptômes ? Quid des vaccins ? L’état des connaissances sur ce variant a un peu évolué depuis, voir par exemple l’article du 19 décembre de The Conversation sur les vaccins et Omicron ou celui du 24 décembre publié par Le Monde (abonné·e·s), et les mesures d’isolation devraient être adaptées bientôt en France à ce variant plus contagieux et moins grave.
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Alphabet Grec
Où sont passés Nu et Xi ?

Mais pourquoi parle-t-on d’Omicron en fait ? Si le plus connu des variants avant celui-là était « delta », huit autres avaient également été identifiés et nommés à l’aide des huit lettres suivantes de l’alphabet grec, de « epsilon » à « mu ». Mais, s’agissant de variants beaucoup plus rares, plus anodins et moins transmissibles, ils sont restés plutôt confidentiels. Voir à ce sujet cette page Wikipedia (en anglais). Or après « mu » et avant « omicron », il y a « nu » et « xi ». Le HuffPost nous apprend que ces deux lettres ont été sautées pour ne pas induire les gens en erreur, « nu » pouvant être confondu avec « new » et « xi » avec le nom chinois (porté par le président de la République populaire de Chine lui-même).

Autrement, Le Monde revient sur l’ « explosion d’articles » scientifiques liés au Covid : « Les délais de publication ont été globalement divisés par deux, et le mode rapide (dit « fast track ») est même devenu la norme dans certains journaux. » Le Canard enchaîné cite lui, dans son édition du 1er décembre, une publication dans le British Medical Journal qui fustige le manque de réaction face au problème des transports en commun : oui cela coûterait d’améliorer l’aération dans les taxis, trains, avions, voitures, métros, mais ce serait utile !

S’appuyant sur une étude américano-israélienne publiée fin novembre dans la revue JAMA Internal Medicine et portant sur plus de 300 000 Israéliens de plus de 40 ans, Le Monde indique que « la troisième dose de vaccin réduirait le risque d’infection de plus de 85 % », en prenant soin de rappeler que, « comme pour toute étude observationnelle, les résultats doivent être considérés avec prudence. »
Le gouvernement israélien a d’ailleurs décidé de prescrire une quatrième dose de rappel pour les plus de 60 ans, rapporte Le Midi Libre.

Pour sa part, L’Express tente de faire le point sur les évolutions de la pandémie dans le monde : nouvelles mesures, nouveaux bilans et faits marquants.

« Surveiller le virus du SARS-CoV-2 dans les eaux usées en France » et « le détecter précocement pour mieux anticiper » : Santé publique France publie ses recommandations dans ce domaine.

Les avis du Conseil scientifique sont désormais consultables sur la plateforme des documents des administrations publiques. Tous les documents y sont publiés « sous licence ouverte ». Le dernier avis du Conseil est intitulé : « Le variant Omicron : anticiper la sixième vague ».

Il n’aura échappé à personne que « L’épidémie flambe en France et en Europe ». Ouest-France indique que « La France bat ses records absolus de tests et de contaminations sur 24 heures » et précise que « le variant Omicron inquiète la planète même si des études montrent un taux d’hospitalisation plus faible. »

Toujours dans Ouest-France, on apprend qu’une étude relayée par les hôpitaux de Paris (APHP) confirme les conclusions de travaux antérieurs montrant que « les femmes enceintes atteintes du Covid-19 présentent plus de risques de complications. »

« Plus de 5 millions de Français n’ont reçu aucune dose de vaccin » annonçait le 21 décembre la Direction générale de la Santé. Rapportant cette information, France Bleu ajoute que « le gouvernement appelle une nouvelle fois à la vaccination, alors que le variant Omicron représente désormais 20% des cas positifs ».
Quant à la Haute autorité de santé, toujours selon France Bleu, elle est favorable à la vaccination des enfants de 5 à 11 ans.

L’Union européenne veut fixer la durée du certificat vaccinal à neuf mois, en l’absence de rappel, pour les voyages intra-européens. L’information est donnée par France Info.

Enfin, une lueur d’espoir ? Selon L’Obs, Pfizer fait état de résultats très encourageants pour sa pilule anti-Covid. « Le laboratoire confirme que sa pilule réduit d’environ 90 % les hospitalisations et les décès chez les personnes à risque. Le traitement devrait aussi être efficace contre le variant Omicron. »

Les toutes dernières mesures gouvernementales annoncées après le Conseil de défense sanitaire et le Conseil des ministres du 27 décembre sont présentées sur les sites de France Info et de L’internaute.

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Université de Zhejiang

Et pour finir, une pensée pour l’Université de Zhejiang, où 60 000 étudiant·e·s et personnels ont été confiné·e·s suite à la détection d’un cas positif comme nous le révèle Le Figaro Étudiant. Heureusement, certains sont capables de voir le verre à moitié plein, comme ce professeur qui raconte : « J’ai retrouvé une très bonne amie [...] qui est directrice du département des études de thé. Ça fait deux jours que je déguste tous les meilleurs thés de Chine. »

Enseignement et Covid

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Quel usage pour les masques de protection usagés ?

Le site 20 minutes nous apprend qu’à Limoges, on a trouvé une manière utile de recycler les masques contre la covid : grâce à l’action de la mairie et d’un chantier d’insertion, ceux-ci vivent une nouvelle vie sous forme de kits de géométrie. Les masques chirurgicaux recyclés peuvent servir comme équerre, rapporteur, ou règle graduée.

Début décembre déjà, l’expresso du Café pédagogique faisait état des divergences de vues entre Jean-Michel Blanquer et Jean-François Delfraissy sur la stratégie à adopter dans les écoles. Le second, président du Conseil scientifique, regrettait notamment que le dépistage n’ait pas été systématisé jusqu’alors, et espérait que cela soit le cas à la rentrée de janvier, étant donné la résurgence due au variant Omicron. Toujours d’après le même site, le 27 décembre, alors que la nouvelle vague se précise et que le débat porte cette fois-ci sur le maintien des cours en présentiel, suite notamment à une tribune de professionnels de santé dans le Journal du Dimanche, le gouvernement affirme tenir son cap et sanctuariser l’école.
On trouve dans le second article du Café pédagogique cité des statistiques éclairantes tendant à montrer que les vacances de Noël freinent actuellement la progression de l’épidémie chez les jeunes d’âge scolaire.

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Frédérique Vidal
Ministre de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation

Du côté de l’université, la ministre de l’Enseignement supérieur Frédérique Vidal a confirmé le maintien de la tenue des examens en présentiel. Cette annonce, faite sur France Info, est relatée par le journal Le Monde, qui note au passage un manque de compatibilité d’une partie de ces déclarations avec les règles d’isolement des cas contacts. Actuellement, un cas contact du variant Omicron doit s’isoler et ne peut en particulier pas participer à un examen ; or les cas de contamination à ce variant semblent déjà majoritaires en Île-de-France et en passe de le devenir sur le reste du territoire, alors même que les tests de la covid relevant du dispositif à grande échelle ne permettaient pas jusqu’à une date récente de connaître le variant en cause lors d’un test positif.

Enseignement

Nous évoquions le mois dernier la baisse préoccupante du volume horaire des cours de mathématiques dispensés aux lycéens, suite à la récente réforme du bac. L’édition du 24 novembre du Canard enchaîné titre, sagace, « le nombre dort » et fournit une évaluation chiffrée : en première et terminale générale et technologique, celui-ci est passé de 183 870 heures à 150 330 heures, soit une chute de 18%. S’il s’agit peut-être là d’une raison de moins se préoccuper de la crise du recrutement d’enseignant·es dans le secondaire, on peut difficilement imaginer que l’effet soit globalement positif sur les apprentissages.

Alain Joyeaux, président de l’Association des professeurs des classes préparatoires économiques et commerciales (APHEC) rappelle dans Le Figaro Etudiant qu’avoir conservé les mathématiques au lycée reste un prérequis pour intégrer la classe préparatoire ECG (Economique et Commerciale, voie Générale), nouvellement créée et résultant de la fusion des anciennes voies économique et scientifique. Il regrette qu’un grand nombre d’élèves ne fassent pas ce choix de conserver les mathématiques : « C’est inquiétant, car ce prérequis pourrait réduire notre vivier potentiel de recrutement. »
Nicolas Bouzou s’alarme également dans son éditorial sur la radio Europe 1 de la baisse de 9% des effectifs en classe préparatoire commerciale, qu’il associe au manque de recrues suite à la réforme du baccalauréat.

Sur le média RTL, Olivier Sidkpohou, inspecteur général de l’Éducation, du sport et de la recherche, reconnait que si les deux tiers des lycéens choisissent encore malgré tout de poursuivre les mathématiques, l’abandon de celles-ci ferme des portes dans l’enseignement supérieur, et doit donc procéder d’un choix d’orientation très clair et assumé assez tôt dans la formation.

Les classes manquant de professeur·es de mathématiques ont encore été nombreuses en cette fin de seconde période.
Au Puy-en-Velay, L’Éveil de la Haute-Loire rapporte que des élèves du lycée public Charles-et-Adrien-Dupuy ont manifesté pour réclamer le remplacement de leur professeur de mathématiques décédé. À Montreuil-Bellay, dans le Maine-et-Loire,d’après Ouest-France (en accès restreint), trois semaines après le départ d’un professeur de mathématiques du lycée Calypso, aucun remplaçant n’avait encore été nommé.
Mais la palme revient finalement au collège Maurice-Jobert à Nice où, d’après France 3 Provence-Alpes Côte d’Azur, une professeure n’a pas été remplacée depuis plus deux mois. Des mères d’élèves ont organisé un faux cours de mathématiques en pleine rue pour dénoncer cette situation.

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Le Lycée Montaigne à Paris

Fin novembre, une enseignante a été agressée par un élève du lycée Montaigne à Paris : l’information est parue sur le média franceinfo. Anne Hidalgo et Valérie Pécresse ont chacune réagi ; d’après leurs propos rapportés dans le journal Le Monde (en accès restreint), la première a condamné « fermement cette violence et cette dégradation du climat scolaire » tandis que la seconde a estimé que « l’institution scolaire doit réagir vigoureusement [face] à la montée des violences ».

Le Parisien revient sur la mobilisation des « sans-facs », qui occupent un bâtiment administratif de l’Université de Nanterre avec leurs soutiens depuis le 27 octobre. L’université, qui regrette des dégradations matérielles, maintient qu’elle n’a pas les moyens humains et financiers d’inscrire ces étudiant· es.

Avant de clore cette rubrique, nous rappelons que notre revue de presse se ressource souvent au Café pédagogique, site d’information et d’expression d’opinions sur l’enseignement en France, fondé sur un modèle associatif et sans publicité, qui connait actuellement des difficultés financières. Nous espérons pouvoir continuer de compter sur l’information de qualité que nous offre depuis très longtemps le Café pédagogique.

Honneur

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Jacques Tits (1930 -2021)

Étienne Ghys dresse un portrait émouvant du géomètre Jacques Tits, décédé le 5 décembre dernier dans Le Monde (édition abonné·es).

On doit notamment à Tits, en partie avec ses collègues François Bruhat et Armand Borel, d’importantes contributions en théorie des groupes algébriques dans les années 1960 et 1970. Il est à l’origine de la découverte des immeubles dits de Bruhat-Tits ainsi que des immeubles sphériques (ou immeubles de Tits), qui servent de modèles géométriques pour des familles de groupes. Ainsi que le retranscrit Ghys, pour Tits, ces immeubles servaient à rendre plus palpables des objets algébriques très abstraits à l’origine. Nous renvoyons les mathématicien·nes qui souhaiteraient découvrir la nature de ses travaux à l’article d’Alain Valette, rédigé à l’occasion de la remise du prix Wolf à Tits.

La SMF et l’Académie des Sciences ont également honoré Jacques Tits dans des communiqués.

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Petit morceau d’immeuble affine

Marseille News met à l’honneur Neena Gupta, lauréate du prix Ramanujan [1] 2021 du Centre International de Physique Théorique. Ce prix prestigieux, soutenu par le fonds Abel, récompense un·e mathématicien·ne de moins de 45 ans, travaillant dans un pays en voie de développement. Gupta, actuellement professeure à l’Indian Statistical Institute, est la troisième femme lauréate depuis la création du prix en 2005. Elle se spécialise en géométrie algébrique affine, domaine dans lequel elle est connue pour avoir résolu le problème d’annulation de Zariski en caractéristique positive en 2014.

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Anne-Laure Dalibard à l’IHP en 2019

RFI a rediffusé ce 27 décembre l’émission Autour de la question au sujet du prix Maurice Audin, nouvellement créé, que nous évoquions en mars dernier. C’est l’occasion d’écouter Anne-Laure Dalibard et Mohammed Hichem Mortad, deux des lauréat·e·s des éditions 2018 et 2020.

En Mauritanie, Sahara Media revient sur la remise des prix étudiants Yahya O. Hamidoune pour les mathématiques et la promotion des sciences.

Enfin, Le Figaro Etudiant loue la qualité de la formation scientifique des étudiant·e·s marocain·e·s d’élite, qui intègrent ces dernières années les plus grandes écoles d’ingénieurs françaises en cohortes de plus en plus nombreuses.

Diffusion

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La Curta, dernière calculatrice mécanique !

On se souvient que le lancement de Dingue de maths, le dernier livre d’Avner Bar-Hen et Quentin Lazzarotto, avait eu lieu en octobre dernier (voir la revue de presse). Les auteurs ont fait ce mois-ci une conférence-débat au musée du CNAM avec un focus spécial sur les « machines qui comptent » conservées au musée des Arts et Métiers et présentées dans leur livre. Un ouvrage atypique et innovant, et pas seulement dans « l’attelage des auteurs » (pour reprendre l’expression de Cédric Villani dans la préface), un mathématicien qui « s’intéresse à la médiation scientifique » et un réalisateur de films passionné de sciences. Il est superbement illustré, facile d’accès et fait très bien partager aux lecteurs la fascination qu’exercent les mathématiques « depuis que les civilisations antiques ont inventé les chiffres ». Articulé autour de quatre grandes parties (dénombrer, prévoir, coder, créer) il invite en quelques 350 pages non seulement à décoder le réel, à mieux comprendre pourquoi les mathématiques sont le ressort de notre monde, mais il apporte un éclairage original sur les concepts et leurs usages. Le texte est émaillé de multiples anecdotes. Il donne la parole à des mathématiciennes et mathématiciens comme Gérard Berry, Lynne Billard, Marie-Paule Cani et Étienne Ghys. Il n’oublie pas également que les mathématiques ont été développées par des femmes et des hommes ! Un très bel ouvrage qui renouvelle l’exercice difficile de la diffusion.

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Stanislaw Ulam en 1945

Stanislaw Marcin Ulam, mathématicien de génie, est plus connu pour ses travaux sur la bombe H américaine (avec le physicien Edward Teller) mais il s’est intéressé à de multiples domaines mathématiques. Il a collaboré par exemple avec Paul Erdős pendant un demi-siècle. Francoise Ulam, sa femme, a écrit en 1976 Adventures of a Mathematician, qui a inspiré le film du réalisateur allemand Thorsten Klein dont le site Culturopoing nous propose une analyse de sa version française : Les Aventures d’un mathématicien (sous-titré « La véritable histoire qui se cache derrière la bombe H »). Vous pouvez voir la bande annonce officielle ici. Toute La Culture parle à son sujet d’une belle réflexion sur le rapport entre science et éthique.

C’est le titre d’un film, mais c’est aussi celui d’un livre (traduit de l’anglais par Sophie Ehrsam) qui vient de sortir chez Cassini. Une autobiographie (mise en page par Francoise Ulam) qui permet de retrouver les échanges et les interactions d’Ulam avec Banach, von Neumann, Fermi, Erdős, Gamov ... L’ouvrage « montre au lecteur comment des mathématiques nouvelles peuvent naître de problèmes pratiques, comment diverses théories mathématiques se lient entre elles et avec la physique et les autres sciences » et il est illustré de nombreuses photos. Il devrait être disponible en librairie début janvier.

Qu’est-ce qu’un algorithme ? C’est la question que pose un article publié par The Conversation (et repris par Contrepoints), le média en ligne dont l’objectif est « de partager le savoir, en faisant entendre la voix des chercheuses et chercheurs dans le débat citoyen ». En effet si les premiers algorithmes sont bien antérieurs à Al-Khwârizmî, le mot est de nos jours de plus en plus utilisé « dans la presse pour désigner le fonctionnement opaque des moteurs de recherche et des réseaux sociaux ». L’article propose une synthèse claire, agréable et bien présentée de ce que « l’honnête homme du vingt et unième siècle » doit savoir d’une notion qui intervient de plus en plus dans notre vie quotidienne, ce qu’elle recouvre et ses impacts sociétaux. C’est aussi une réponse à une question qui se pose de plus en plus fréquemment dans les moteurs de recherche depuis une vingtaine d’années voir ici ou ).

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Street echecs à Lugano

Si News 24 s’intéressait au problème de mathématique le plus recherché par les Indiens sur Google en 2021, Contrepoints se demandait si l’on peut expliquer les échecs par les mathématiques et l’informatique et si l’humain a encore la main dans l’un des jeux de réflexion les plus populaires (et les plus anciens) du monde. Une question que l’on est tenté de se poser alors que « l’informatique permet [...] de jouer mieux que quiconque sur Terre, en tout cas quand le temps est limité ». L’article a été repris par Sud Ouest et la question était déjà au cœur de l’émission de La méthode scientifique, Echecs et mathématiques que vous pouvez revoir ici. Une preuve que le « roi des jeux » ne perd pas son aura et continue à exercer sa fascination.

La Machine de Turing, la pièce de Benoit Solès inspirée par Breaking the Code de Hugh Whitemore, était visible en décembre à Paris, au théâtre du Palais Royal. The Times of Israël annonce qu’elle sera jouée le 28 février prochain à Tel-Aviv au théâtre Beit Lessin en soulignant que cette pièce « a reçu quatre Molières en 2019 : le Molière du meilleur spectacle de Théâtre privé ; le Molière du meilleur metteur en scène pour Tristan Petitgirard ; le Molière du meilleur comédien dans un spectacle de Théâtre privé pour Benoit Solès ; le Molière du meilleur auteur francophone vivant pour Benoit Solès ». Un beau palmarès !

Dans un tout autre registre, à la médiathèque Cœur de Sologne, Bertrand Hauchecorne, le rédacteur en chef de la revue Tangente, a entrainé, lors de la reprise des cafés scientifiques, les auditeurs « entre la Perse, l’Ouzbékistan, l’Espagne, la Suède, l’Allemagne, Vienne et Paris » à la recherche de la belle inconnue. Rien à voir avec le livre de Jean-Claude Lamy. « La belle inconnue » en question n’est autre que « x », l’inconnue des équations chère aux collégiens et lycéens.

La parité en mathématiques et en informatique est un combat qui est encore loin d’être gagné ...
Anne-Cécile Mailfert, fondatrice de la Fondation des femmes et ancienne Porte-parole d’Osez le féminisme, était l’invitée sur France Inter d’en toute subjectivité. Sa Lettre à Ada Lovelace met en lumière le rôle des femmes dans l’émergence et le développement des sciences du numérique et dénonce, avec humour et force, que si, dans les années cinquante, il y avait presque la parité dans les métiers de l’informatique, « aujourd’hui les femmes ne représentent plus que 10% des effectifs formés » ...

Scolaire

Est-ce un hasard ? L’émission de France Inter était présentée quelques jours avant la Journée Filles, maths et informatique : une équation lumineuse qui se déroulait à l’IHP le jeudi 16 décembre avec le soutien de la fondation Blaise Pascal, d’Animath, de Femmes et Mathématiques et l’Institut Henri Poincaré. Initiées en 2009, co-organisées plusieurs fois par an partout en France, l’objectif de ces journées « est d’encourager les filles intéressées par les mathématiques et l’informatique à se tourner vers les études et carrières scientifiques à forte dominante dans ces deux matières ». Deux dates et deux lieux à retenir pour janvier : le mardi 11 janvier 2022 au lycée Douanier Rousseau de Laval (Mayenne) et le jeudi 13 Janvier à la Maison des Mathématiques et de l’Informatique de Lyon.

D’autres rendez-vous émailleront ce début 2022.

Le festival Les Maths dans tous leurs états sera organisé par l’association Les Maths En Scène du 8 au 25 mars 2022 sous le parrainage d’Indira Chatterji et Alessio Figalli (médaille Fields en 2018). Les ateliers sont animés par des chercheurs, des doctorants, des ingénieurs, des médiateurs scientifiques, des enseignants, des étudiants mais aussi par des lycéens et collégiens qui proposent leurs propres ateliers, élaborés avec les clubs mathématiques de leurs établissements. Un temps fort pour l’association depuis 2017 qui est relayé par le site de l’Association des Professeurs de Mathématiques de l’Enseignement Public.

« Les jeux mathématiques sont un excellent moyen de développer des compétences de recherche, de calcul, de raisonnement par le jeu » rappelle Ouest France à ses lecteurs. Les Internationaux de jeux mathématiques se préparent avec des demi-finales qui se dérouleront (dans toute la France) le 19 mars 2022. Ce 36e Championnat organisé par la FFJM cible non seulement les élèves du cours élémentaire (catégorie CE) aux étudiants (catégorie L2) mais aussi les adultes « grand public » (catégorie GP) ou « haute compétition » (catégorie HC). Il est possible de participer en ligne (en téléchargeant le formulaire d’inscription avant le 31 décembre 2021) et des classes peuvent être inscrites par les enseignants.

MagCentre consacre un article à Manu Houdart et son Very Math Trip à la rencontre des collégiens d’Olivet. « Habitué de la scène [...], l’enseignant a fait face à la crise du Covid-19, et a pour l’occasion crée sa propre chaîne Youtube ». On le comprend. Si ses vidéos rencontrent un succès mérité, rien ne peut remplacer les interactions avec le public.

Les jeux sont désormais reconnus comme outils d’acquisition et de consolidation. L’académie de Poitiers fait état d’un intéressant travail inter-établissements et pluridisciplinaire sur son site qui va dans ce sens tandis que La Dépêche consacre un article aux labos de mathématiques pour les élèves du primaire « tutorés » par des élèves de seconde du lycée Michelet de Lannemezan.
Lors de leur participation à des ateliers de mathématiques ils ont « découvert du matériel pédagogique de diffusion de la culture mathématique, celui du projet Salle des mathématiques didactique-ludique (voir le tweet de Fermat Science sur ce sujet), une exposition sur les curiosités mathématiques et une mallette Divertimaths (mise à disposition par Fermat Science) contenant des ateliers interactifs ». Cette action a aussi été l’objet d’un article dans La Nouvelle République des Pyrénées. Un très beau projet qui se concrétise !

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Street math à Lyon

Terminons avec le dernier Street math proposé par la toute jeune association (lancée en 2020) des Mathématiques vagabondes animée par Marie Lhuissier et Olga Paris-Romaskevich. Après diverses actions sur les places et trottoirs lyonnais, elle poursuit l’idée de faire des mathématiques et de l’art dans les rues pour la plus grande joie des passants et des enfants invités à participer ! Le 11 décembre c’est les entrelacs qui étaient de la partie devant la MMI. Un galop d’essai avant d’autres séances. La prochaine est prévue (toujours à Lyon) le 30 janvier et tous ceux qui veulent participer sont bienvenus ! Pour en savoir plus vous pouvez suivre les mathématiques vagabondes sur Instagram ou Twitter ou contacter Marie Lhuissier.

Parution

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Des abeilles géomètres

En décembre le « Thema » de Pour la Science était consacré au monde des abeilles. On y apprend, entre autre, que ces sympathiques insectes ont non seulement des facultés cognitives étonnantes et une âme de géomètre mais sont aussi capables de faire des additions et des soustractions ...

Par ailleurs l’université de Poitiers propose à tous les jeunes (de sept à soixante-dix-sept ans) de jouer pour découvrir le monde des abeilles. « Freddie-Jeanne Richard qui est membre du Laboratoire Écologie et biologie des interactions vous dévoile de façon ludique le monde fascinant et complexe des abeilles ». Un livret est édité par l’association Un Monde Pour Tous et avec le soutien de l’Espace Mendes France. Il est possible de se le procurer directement auprès de l’association ou à la Maison du tourisme et du terroir de Poitiers.

Toujours en décembre Tangente a livré un numéro hors série les groupes, aussi riche qu’intéressant comme le montre le sommaire (nous vous laissons le plaisir de le découvrir), et un nouveau Tangente Education Enseigner avec les jeux sérieux dans lequel Martine Brilleaud et Alice Ernoult nous expliquent ce qu’il faut entendre par « jeux sérieux ». « Les bienfaits de ces jeux utilitaires sont réels, notamment en matière pédagogique... à la condition toutefois que le professeur sache bien faire le lien entre le côté ludique de l’activité et les savoirs mobilisés ». De son côté Jean Fromentin plussoie dans son article : « Jouer sérieusement en classe, c’est possible ! Les enfants n’ont point d’affaires plus sérieuses que leurs jeux considérait Montaigne. »

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Neil Sloane à Oberwolfach en 1987

Dans le numéro de janvier de Pour la Science, la rubrique mathématique de Jean-Paul Delahaye entraine le lecteur dans une promenade mathématique dont les suites fractales d’entiers sont le fil directeur. « Une suite numérique fractale est une suite de nombres dont une partie la reproduit entièrement ».
Les amateurs retrouveront dans l’article la suite de Prouhet (ou suite de Prouhet-Thue-Morse), les suites hésitantes, « l’étonnante suite fractale de Kolakoski » ... Ils pourront faire un jeu avec l’encyclopédie de Neil Sloane (la principale source d’information sur le sujet). « Le jeu consiste à imaginer des suites aussi simples que possible qui ne sont pas dans l’encyclopédie ». Un détail amusant : l’auteur mentionne quelques exemples en précisant que ces suites étaient absentes de l’encyclopédie au 29/9/2021. Mais depuis elles y sont car car Neil Sloane a été informé de l’article par la revue ! Ceux que ce type de mathématiques amusent passeront de très agréables moments. Toujours dans ce numéro les amateurs de sécurité bancaire remarqueront l’article de Sean Bailly, Des retraits bancaires sécurisés sans code secret grâce à la relativité restreinte qui parle des preuves à divulgation nulle de connaissance. Vous pouvez à cette occasion revoir l’article sur les preuves sans transfert de connaissance paru dans Pour la Science il y a juste dix ans. Dans le rubrique les livre du mois vous trouverez une recension signée par Hélène Gispert de l’ouvrage de Clémence Perronnet paru en septembre, La bosse des maths n’existe pas : rétablir l’égalité des chances dans les matières scientifiques.

Sur son site Pour la Science affiche les 10 articles que vous avez préférés en 2021. L’article de Rachel Crowell Vingt et un ans après, les problèmes mathématiques « du millénaire » restent mystérieux fait partie des 10 articles qui ont le plus intéressé les lecteurs cette année. De nombreuses revues ou sites font ce genre de rétrospective. Sciences et Avenir - La Recherche recense par exemple les 10 découvertes de l’année 2021. Le site anglophone Quantamagazine vient de publier un article titré The Year in Math and Computer Science.

La Recherche, couvrant janvier, février et mars 2022 vient de sortir. Ce dernier opus réalisé avec trente-cinq scientifiques et titré Lumière et matière est largement axé, comme l’indique la première de couverture, sur les domaines en interaction avec la physique. Ils sont développés dans les différents articles du copieux « dossier ». Dans les « fondamentaux » l’article sur le Transport optimal : de Monge aux réseaux de neurones est de Gabriel Peyré qui a reçu en 2021 la Médaille d’argent du CNRS et dont les travaux sont « à l’interface entre les mathématiques appliquées, l’informatique graphique, la vision par ordinateur et les neurosciences ». Son article passionnant est très accessible à un large public. Des remblais de Monge à la comparaison des données génomiques il balaie plus de cent trente ans de l’histoire des mathématiques pour déboucher sur les recherches les plus actuelles et permettre au lecteur de mieux comprendre les ressorts de l’explosion récente de la science des données. Dans le rubrique livre vous trouverez une recension enlevée et détaillée du dernier ouvrage d’Avner Bar-Hen et Quentin Lazzarotto, Dingue de maths dont nous parlions plus haut. Manifestement ce livre atypique a séduit Philippe Pajot. Il est loin d’être le seul !

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Jean Perrin en 1926

Jean Perrin nous a laissé une œuvre d’une immense richesse et, à l’occasion du 150e anniversaire de sa naissance, l’Institut Henri Poincaré lui a consacré l’an dernier une exposition Jean Perrin, une œuvre, un héritage (voir la vidéo). En reprenant le titre de l’exposition la Société Mathématique de France (qui fêtera ses 150 ans du 16 au 18 mars 2022) vient sortir un fascicule hors collection qui reprend le titre de l’exposition. Il est « édité dans le cadre de la nouvelle collection Maison Poincaré [Regards mathématiques] qui permet d’aborder sous le regard mathématique de l’Institut Henri Poincaré, les personnages et les idées qui ont marqué et marquent encore l’histoire des sciences, en apportant un éclairage inédit, original et accessible à tous et toutes ».

Ma thèse en 180 secondes commence à être bien connue et l’édition 2022, la huitième, se prépare un peu partout (voir par exemple ici). Ce concours « permet aux doctorants de présenter leur sujet de recherche, en français et en termes simples, à un auditoire profane et diversifié ». Si certains apprécient, d’autres déplorent qu’un jeune chercheur résume trois ans d’un travail intensif en trois minutes et que MT180 passe sous silence plusieurs aspects difficiles du processus de thèse. Jean Frances, Stéphane Le Lay et Jean-Marc Corsi donnent leur point de vue du concept dans l’ouvrage Ma thèse en 180 secondes (sous-titré Quand la science devient spectacle) paru aux éditions du Croquant. Dans les médias France Culture, Le Monde et 20 minutes parlent de ce livre qui va à l’encontre des avis iconiques tranchés.
« Ma thèse en 180 secondes transforme le rapport de ces futurs professionnels de la recherche aux règles du métier scientifique, en favorisant à la fois l’incorporation de dispositions à la promesse et les ficelles du métier de la communication ».

Combien mesure donc la distance entre littérature et mathématiques ? La revue Études littéraires a fait paraitre un numéro dans son volume 50-2 titré Littérature et mathématiques : dérivées variables sous la direction de Catherine Khordoc et Dominique Raymond. « Incompatibles à première vue, les sphères de la littérature et des mathématiques sont ici rapprochées afin d’explorer les pistes qui s’ouvrent par la rencontre improbable des deux disciplines. »

Arts et maths

À Manosque (Alpes-de-Haute-Provence), Haute-Provence Info signale la tenue au Centre Jean Giono d’une présentation par l’artiste et chercheur en sciences économiques Laurent Derobert. En résidence sur place, il a pour projet d’élaborer une allégorie du jardin planté là-bas par Jean Giono, à travers les graines des plantes qui le constituent. C’est en tout cas l’occasion de redécouvrir l’œuvre poétique et mathématique de l’artiste, connu notamment pour ses Fragments de mathématiques existentielles dans lequel figurent des formules telles que celle donnant la « Force d’attraction de l’être rêvé ». Images des maths en parlait déjà en 2010 ici.

Pour finir

« 13, 14, 15... Enfin tous les chiffres impairs jusqu’à 22. » Une réplique déroutante décochée par le célèbre Perceval dans la série Kaamelott d’Alexandre Astier, qui est loin d’être la seule absurdité mathématique proférée par le personnage. Cet hurluberlu s’avère cependant capable, dans certains épisodes, de compter en un clin d’œil les soldats sur un champ de bataille ou le nombre de pierres d’un château. Esprit atypique ou incohérence du scénario ? se demandaient les commentateurs. Alors, Perceval est-il bon en maths ? Allociné répond en citant Alexandre Astier lui-même qui s’exprime dans le commentaire audio du film Kaamelott - Premier volet : « Oui et non. » Voilà notre curiosité assouvie.

Post-scriptum :

L’équipe de la revue de presse recrute ! Si vous voulez participer, contactez les secrétaires de rédaction d’IdM.

Notes

[1A ne pas confondre avec le prix Ramanujan de la SASTRA (Shanmugha Arts, Science, Technology & Research Academy) qui récompense un·e mathématicien·ne de moins de 32 ans, âge de Ramanujan à sa mort en 1920.

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Pour citer cet article :

L’équipe Actualités — «Revue de presse décembre 2021» — Images des Mathématiques, CNRS, 2022

Crédits image :

Image à la une - Bertrand Paris-Romaskevich ; travail personnel ; décembre 2021
img_25498 - CC by SA 3.0 https://en.wikipedia.org/wiki/Oded_Goldreich#/media/File:Oded_Goldreich.jpg
Sections coniques - Wikipedia
Chris Langan - CC BY SA 4.0 https://en.wikipedia.org/wiki/Christopher_Langan#/media/File:Chris_Langan.jpg
img_25493 - CC by 2.0 — adidas Jabulani Official World Cup 2010
img_25494 - CC by SA-3.0 — https://en.wikipedia.org/wiki/DNA#/media/File:Benzopyrene_DNA_adduct_1JDG.png
Ludwig van Beethoven - domaine public
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Frédérique Vidal - CC by-sa 4.0 https://fr.wikipedia.org/wiki/Fr%C3%A9d%C3%A9rique_Vidal#/media/Fichier:Fr%C3%A9d%C3%A9rique_Vidal_INRIA.jpg
img_25486 - https://buildings.gallery/
img_25488 - https://fr.wikipedia.org/wiki/Anne-Laure_Dalibard#/media/Fichier:Anne-Laure_Dalibard.jpg
La Curta, dernière calculatrice mécanique ! - Photo R. Goiffon
Street echecs à Lugano - Franck Arciuolo ; Own work ; 20 October 2012 / Wikipédia
Street math à Lyon - Bertrand Paris-Romaskevich ; Own work ; 11 December 2021
Stanislaw Ulam en 1945 - Los Alamos National laboratory / Wikipédia
Des abeilles géomètres - Waugsberg ; travail personnel ; Wikipédia
Jean Perrin en 1926 - BNF / Agence de presse Meurisse / Wikipédia
Neil Sloane à Oberwolfach en 1987 - Konrad Jacobs, Erlangen / Wikipédia

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