Revue de presse février 2019

Le 1er mars 2019  - Ecrit par  L’équipe Actualités Voir les commentaires

Concentrons-nous sur les bonnes nouvelles : les mathématiques, surtout associées à l’informatique, permettent d’envisager de belles carrières dans l’analyse de données ; on voit une certaine vitalité des actions de diffusion de mathématiques. Cela suffira-t-il à oublier les inquiétudes liées aux réformes du lycée et des concours de recrutement des professeurs ?

Vie des mathématiques

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L’or noir des big data : un filon à exploiter

Engagez-vous, rengagez-vous ! « Les masters en data ouvrent un boulevard vers l’emploi », titre Le Monde. Ces formations qui mêlent mathématiques et informatique sont très prisées, elles offrent des premiers salaires de 35 à 45000 euros bruts annuels, « sensiblement plus que la moyenne des diplômés des grandes écoles », pour exploiter « l’or noir des data ». C’est conforme à cet article du Monde sur les débouchés des masters paru fin 2016. Quel contraste avec la situation de l’emploi dans la recherche ! Très peu de postes d’enseignants-chercheurs [1] et la mise en place dans la recherche publique d’un « contrat de chantier » de six ans non renouvelable, proposée par les députés LREM dans la loi PACTE et qui déclenche la colère des syndicats (CFDT, SNTRS-CGT...).

Une fois n’est pas coutume, voici un article en anglais du New York Times sur la délicate situation des mathématiciens noirs aux États-Unis. Ils ne sont sans doute qu’une douzaine parmi les quelque deux mille mathématiciens des universités et colleges américains et reçoivent des signes d’« hostilité » et de « manque de respect » – certes subtils ou tacites mais fréquents. Face à l’isolement qu’il ressentait et à son impuissance à faire évoluer la situation à Purdue, qu’il présentait en février 2018 dans les Notices of the AMS, Edray Goins (en), professeur à la prestigieuse Purdue University, vient de démissionner pour un poste dans un college bien moins coté et limité à la licence. Engagez-vous...

Sans transition, deux conférences dont la presse fait état : sur la recherche opérationnelle et l’aide à la décision, au Havre, indique Paris-Normandie, ou bien sur l’apport des mathématiques dans les sciences de la santé à Abidjan, d’après @bidj n.net.

Applications

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À qui le tour ?

Gagner au loto à coup sûr en « utilisant les mathématiques » semble être un espoir tout à fait naïf. Il est bien sûr impossible de calculer les numéros gagnants. Cependant... une chose est certaine : si l’on mise sur toutes les combinaisons possibles, on décrochera inévitablement le gros lot. Et si ce dernier est suffisamment élevé pour dépasser le prix total des tickets pour toutes les combinaisons, alors on peut réaliser un bénéfice à coup sûr. Étonnamment, cette situation a pu avoir lieu pour certaines loteries dans le monde comportant relativement peu de numéros et pour lesquelles le gros lot augmente à chaque fois qu’il n’y a aucun⋅e gagnant⋅e. GQ raconte l’histoire de Stefan Mandel, un économiste australien et roumain, qui a mis en pratique cette méthode ! Avant de vous lancer à votre tour, pensez aux problèmes logistiques inhérents à l’achat de millions de grilles de loto et à la recherche de la grille gagnante parmi elles, après le tirage... The Hustle en donne un récit savoureux (en anglais). Dans la même série, Dhnet et Metrotime relatent comment un couple états-unien a gagné 26 millions de dollars en exploitant la mauvaise conception d’une loterie leur permettant de réaliser presque sûrement un bénéfice en achetant suffisamment de tickets.

La plupart d’entre nous utilisent son smartphone au quotidien, sans réaliser ni comprendre les prouesses de technologie qu’il renferme. En Direct, journal en ligne édité par l’Université de Franche-Comté, nous donne quelques explications sur les technologies employées dans ces objets, ainsi que des perspectives de recherche associées : miniaturisation d’une horloge atomique pour améliorer la fiabilité du positionnement GPS, découpe d’écrans au laser femtoseconde, développement du réseau 5G, avancées en cryptographie, outils pour mieux traiter le diabète et les troubles du sommeil, et usage d’ondes radio pour offrir une localisation ultra-précise à l’intérieur des bâtiments. Pour compléter ce réjouissant florilège, Interstices propose des clés pour comprendre comment fonctionne la reconnaissance musicale, dont l’application Shazam est l’une des plus célèbres réalisations.

Des voix alarmistes s’élèvent régulièrement pour avertir du danger imminent pour la santé publique que représente l’apparition de bactéries résistantes aux antibiotiques. Une équipe de chercheur⋅euse⋅s basée à Marseille critique dans The Lancet les travaux sur lesquels sont fondées ces inquiétudes. Selon leurs observations, qui décrivent « la réalité du terrain » grâce à un questionnaire, la situation n’est pas aussi grave que le suggèrent certaines études, qui extrapoleraient de façon erronée à partir de modèles « inappropriés ». Cette critique est relayée par Le Quotidien du Médecin et La Dépêche.

Toujours du côté du monde médical, Actu IA, l’Inria et News Press saluent le soutien financier apporté à un projet de recherche commun à l’Inria, au CNRS et à Bordeaux INP, baptisé Pimiento, qui vise à mieux combattre une forme de cancer du poumon grâce à des modèles mathématiques de croissance de tumeurs, des techniques d’imagerie et de l’apprentissage statistique.

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Une hirondelle ne fait pas le printemps ; cinquante cerisiers, oui !

Sur un ton aussi sérieux mais un fond moins solide, signalons ce billet sur Agoravox au titre qui laisse pour le moins perplexe : « Une méthode mathématique pour démontrer que nous n’avons pas de libre arbitre »... tout un programme, qui associe pêle-mêle des concepts de mathématiques et de physique quantique, comme souvent dans ces articles de science fantaisistes.

Finissons sur une note poétique avec cet article du Quotidien luxembourgeois, qui traite de la floraison des cerisiers au Japon. Cet événement revêt une importance telle pour le pays qu’en prévoir la date le plus précisément possible est crucial. Pour y parvenir, des sociétés de météorologie utilisent relevés de température, données recueillies par des Japonais⋅es partout dans le pays et modèles mathématiques. L’Agence météorologique nationale, elle, se charge d’observer une cinquantaine de cerisiers de référence afin de décréter officiellement le début du printemps.

Intelligence artificielle

Le magazine Parents s’intéresse au lancement d’une nouvelle application mobile proposant un « prof de maths virtuel » aux élèves de CM1, CM2 et 6e. Elle utilise une interface de type chatbot (agent conversationnel en bon français) pour poser des questions personnalisées à l’élève et s’adapter à son niveau.
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Une ville intelligente ?

En vrac, la nouvelle offre de l’université de Nantes en intelligence artificielle à destination des entreprises est présentée dans Ouest France. Cédric Villani, mathématicien-député, menant campagne pour la mairie de Paris dans Le Parisien, espère que l’intelligence artificielle peut améliorer le fonctionnement des métropoles. Le domaine de l’IA s’étend aussi à la banque : Boursorama, qui parle de l’avenir de l’IA en finance dans une interview un peu jargonnante ; dans Le Point, le vice-président de Samsung, Luc Julia, s’exprime sur les limites de l’IA (qui le conduisent, semble-t-il, à s’interroger sur l’existence de Dieu) et les incompréhensions du grand public à son sujet.

Enfin, un article du Monde présente un générateur de texte mis au point par la société OpenIA, qui est supposé pouvoir écrire automatiquement des textes sur n’importe quel sujet et en imitant un style (celui d’un⋅e journaliste ou d’un journal donné, par exemple). OpenIA a choisi de ne pas divulguer son code, au prétexte qu’il fonctionnerait si bien qu’il pourrait être utilisé à mauvais escient. Cela renvoie à cette vidéo du Monde qui présente des méthodes, dont certaines fondées sur le deep learning, pour truquer et dévoyer complètement une vidéo (question immédiate : celle-ci l’est-elle ?).

Encore un témoignage de la vigueur du domaine : en Côte d’Ivoire, annonce l’Agence ivoirienne de presse, l’Institut africain des sciences mathématiques, c’est-à-dire « l’AIMS ouvre les inscriptions pour la 2e promotion de la Maîtrise africaine en Intelligence machine ».

Le choix de l’un⋅e et le choix de tou⋅te⋅s

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Parcoursup, c’est reparti !

La mathématicienne Claire Mathieu, chargée de mission pour la plateforme Parcoursup d’orientation post-bac, tente d’expliquer dans Le Monde le fonctionnement du fameux algorithme et le biais induit dans le prédécesseur APB par une hiérarchisation des vœux des élèves – le fait qu’ils ne le soient pas sur Parcoursup a été violemment critiqué par les usagers.

La difficulté fondamentale, c’est de rendre compatibles des préférences individuelles. Ce problème est le cœur de toute élection. Dans un billet des Échos, l’ingénieur Emmanuel Martin critique les systèmes de vote utilisés dans nos démocraties, et prône la méthode des duels de Condorcet, seule façon selon lui de traduire sans biais la volonté des citoyen⋅ne⋅s. La critique des systèmes de votes est fondée mais ce n’est pas si simple. Dans le billet, le célèbre paradoxe de Condorcet n’est même pas mentionné, ni le théorème d’impossibilité d’Arrow. On lira plutôt cet article ou encore celui-ci sur Images des maths.

Histoire

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Josette et Maurice Audin

Le décès de Josette Audin a marqué l’actualité de la presse nationale et plusieurs articles lui rendent hommage après la reconnaissance tardive, en septembre dernier, de la responsabilité de la France dans la disparition de son mari Maurice Audin pendant la guerre d’Algérie en juin 1957. L’Humanité a naturellement consacré un long article à la mémoire de Josette Audin et à son combat pour la vérité. On trouvera aussi dans Le Monde une courte recension de quelques réactions, dont celle de Cédric Villani, dont le rôle dans cette reconnaissance de l’État français est à souligner (voir aussi ici). L’Obs, Le Parisien ou encore Agora Vox reviennent sur la vie de Josette Audin et son combat pour la reconnaissance de la vérité.

Le journal en ligne Daily Geek Show consacre un texte à la mémoire d’Hypatie d’Alexandrie, une des grandes mathématiciennes de l’Antiquité. Hypatie, philosophe et mathématicienne grecque de la fin du IVe siècle de notre ère, a perpétué une tradition grecque des mathématiques et de la philosophie, notamment dans une démarche néoplatonicienne. Ses travaux en astronomie et géométrie ont marqué son époque durablement, mais n’ont pas suffi à lui épargner une fin violente du fait de ses croyances jugées païennes dans une cité où la chrétienté s’implantait.

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Samarcande : l’observatoire d’Ulugh Beg

La Croix évoque la cité de Samarcande, terre du mathématicien et poète Omar Khayyam, dont la splendeur plus récente qu’Alexandrie doit en partie à ses architectes et artistes islamiques. Carrefour du commerce et de l’humanité, Samarcande reste ce lieu mythique d’Asie centrale où transparaît la grandeur de la pensée perse.

Toujours en Orient, mais bien plus tôt, Epochtime reprend l’interprétation récente de la tablette babylonienne Plimpton 322, comme une table de trigonométrie, de 1500 ans avant celle des Grecs. On en a déjà parlé ici et là.

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De divina proportione : bientôt une émoticône ?

Le 1er mars, à l’occasion des cinq cents ans de la mort de Léonard de Vinci, la bibliothèque de Genève va présenter pour la première fois De divina proportione, un manuscrit écrit par Luca Pacioli dont Vinci aurait fait les illustrations, et promet de lever le mystère sur cette attribution. ActuaLitté annonce la mise en ligne du manuscrit numérisé sur e-codices.ch, ainsi que plusieurs manifestations sur l’histoire de ce manuscrit et sur la théorie des proportions.

Dans un autre registre divin, France Culture a consacré une série d’émissions au philosophe et mathématicien René Descartes, à propos du Discours sur la méthode. La troisième émission d’une série de quatre consacrée à Descartes, porte sur la question du rapport entre la science et la vérité. Porteur d’une philosophie chrétienne dans son rapport avec le monde, Descartes ne peut détacher la question de la vérité d’une métaphysique et à travers sa célèbre formule « Je pense, donc je suis ». Jean-Luc Marion, philosophe de l’université de Chicago, nous invite dans cette émission à suivre la pensée de Descartes et ce rapport qu’il propose entre Dieu, les mathématiques et l’entendement humain.

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Alan Turing, l’icône du XXe siècle

Têtu, lui, salue la nomination d’Alan Turing « par la BBC comme étant la figure la plus emblématique du XXe siècle » : une reconnaissance tardive supplémentaire pour l’un des fondateurs des concepts de l’informatique et de la morphogénèse.

La dernière figure iconique de ce mois-ci est à nouveau Alexandre Grothendieck : une courte vidéo de Sciences et Vie évoque la numérisation du fonds d’archives de l’université de Montpellier et les nombreuses pages qu’il a écrites à Lasserre, sa dernière demeure. Le département de mathématiques de l’université d’Orsay met en ligne un web-documentaire très documenté faisant revivre dans son volet historique, la création du département. On y retrouve avec plaisir des figures iconiques de cette époque dans des images d’archives et une discussion entre Jean Cerf et Jean-Pierre Kahane.

Enfin, on se doit d’évoquer dans cette revue de presse le début des actions du CNRS à l’occasion des 80 ans de cette structure nationale qui a abrité, abrite et abritera, on l’espère, de nombreux mathématiciens français et étrangers pour leur permettre de mener des recherches de haut niveau avec la tranquillité que nécessite notre discipline. Les Parisiens d’un jour ou de toujours pourront apprécier la fresque produite dans la station de la RATP Montparnasse-Bienvenüe.

Honneurs

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Jean-François Le Gall

Le prix Wolf en mathématiques, financé par la fondation du même nom, est un des prix les plus prestigieux en mathématiques après la médaille Fields et le prix Abel. Cette année, il a été remis à Jean-François Le Gall, professeur à l’université d’Orsay. Jean-François Le Gall est un probabiliste, spécialiste du mouvement brownien et de géométrie aléatoire entre autres. En plus d’une carrière brillante, Jean-François Le Gall a encadré et encadre toujours de nombreux étudiants en thèse. Le CNRS lui accorde une interview et l’université d’Orsay retrace son parcours. Pour en savoir plus sur la géométrie aléatoire, on pourra consulter cet article sur les cartes aléatoires de Nicolas Curien, ancien étudiant de l’impétrant.

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Ingrid Daubechies

L’Oréal finance de jeunes femmes scientifiques via son action « Pour les femmes et la science ». Au-delà de ces bourses pour doctorantes et post-doctorantes, L’Oréal remet un prix avec l’Unesco à une scientifique de chaque continent chaque année. Cette année, deux mathématiciennes ont reçu le prix. Il s’agit d’Ingrid Daubechies, mathématicienne américano-belge en poste aux États-Unis, ancienne présidente de l’Union mathématique internationale et connue pour ses contributions à la théorie des ondelettes utilisée notamment dans le format d’images numériques JPEG 2000. Les images numériques recèlent des tas de mathématiques, voir par exemple cet article de Xavier Caruso. La Société mathématique de France consacre un article sur son parcours et ses travaux.

La seconde récipiendaire mathématicienne est la Française Claire Voisin, spécialiste de géométrie algébrique sur le corps des nombres complexes.

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Claire Voisin

La géométrie algébrique s’intéresse aux objets géométriques définis par des équations polynomiales. Professeure au Collège de France, Claire Voisin avait déjà obtenu la médaille d’or du CNRS en 2016, cet article présente son domaine d’études.

L’ancien mathématicien lauréat de la médaille Fields et désormais député de l’Essonne, Cédric Villani se lance dans la candidature à la mairie de Paris ou plus précisément il est candidat au poste de candidat de La République en marche. Cette candidature a été l’occasion d’une tournée médiatique et aussi de la sortie d’un livre intitulé Immersion qui retrace son passage de scientifique à homme politique. Au-delà du sens usuel, une immersion est aussi un type particulier d’application en géométrie différentielle. Ce double sens n’est pas anodin et voici comment l’auteur le met en avant dans l’introduction : « Mais avec un peu de malice, on peut y voir un double sens : en géométrie, la notion d’immersion (ou plus rigoureusement, immersion isométrique) désigne une opération par laquelle on « transporte » un objet géométrique, sans changer sa nature intrinsèque, au cœur d’une nouvelle géométrie ambiante. »

Enseignement

Formation des professeurs

« Comment construire un avenir sans profs ? » demandent les élèves du lycée de Forges-les-Eaux (76) parce que leur professeur de mathématiques n’est pas remplacé depuis des semaines, rapporte actu.fr. La presse quotidienne régionale se fait chaque mois l’écho de telles demandes. Rien d’étonnant puisque depuis plusieurs années, les jurys de concours (CAPES et agrégation de mathématiques, entre autres disciplines) n’arrivent pas à trouver assez de candidats qu’ils jugent au niveau pour pourvoir tous les postes. Le recrutement pose donc problème.

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Après la remise d’un rapport le 18 février, les ministres de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur annoncent que « les concours de l’enseignement [seront] déplacés en master 2 à partir du printemps 2022 », indique Le Monde. Cela correspond à un recul d’un an de la date du concours, ce qui retarde donc d’un an l’entrée en fonction et l’accès à l’emploi. Le rapport l’avait prédit : « Dans le schéma M2 direct [qui a été choisi], les épreuves du concours doivent faire l’objet, nous l’avons dit, d’une évolution très significative, mission à laquelle il conviendra de s’atteler d’urgence. À défaut, ce schéma sera perçu par certains comme un retour en arrière, rejoints en cela par les tenants du statu quo. » En effet ! L’entrée en fonction à temps plein après le concours en M2 a été mis en place par en 2011 : le nombre de candidat⋅e⋅s au CAPES de mathématiques a été divisé par deux d’une année à l’autre et ne remonte que difficilement depuis, et le nombre de démissions dans l’année qui suit le recrutement a explosé. La principale mesure pour contrebalancer ce recul du concours est le pré-recrutement d’environ 3000 étudiants par an. Si l’on compare aux 142000 candidat⋅e⋅s inscrit⋅e⋅s aux concours 2019, on se demande un peu si le dispositif sera d’une ampleur suffisante. Sans compter que les modalités de stages de professionnalisation restent vagues et que l’idée de donner des classes en autonomie à des étudiant⋅e⋅s qui n’ont pas encore été sélectionné⋅e⋅s par un concours (et ne le seront pas tou⋅te⋅s !) pourrait ne pas emporter tous les suffrages.

Le rapport évoque également la « formation continuée » après le recrutement. À l’heure actuelle, c’est si extraordinaire qu’un « séminaire de réflexion autour de l’enseignement des mathématiques » fait l’objet d’un article dans Le Pélican.

Hausse des frais d’inscription pour étudiants étrangers non-européens

Le Monde, voir aussi ici, rapporte les tentatives pour « éteindre l’incendie déclenché par l’augmentation des droits d’inscription des étudiants étrangers, décidée par le gouvernement en novembre ». Rappelons que les frais doivent être multipliés par 15 (par 10 en doctorat). L’exonération des frais pour les doctorants serait à l’étude. D’après Libération, les pré-inscriptions d’étudiants étrangers seraient en baisse de 10 %, quand la ministre Frédérique Vidal relève « une stabilité ». Le plan s’appelle « Bienvenue en France ».

Réforme du lycée

La disparition des mathématiques du tronc commun dans « le grand flou » continue de susciter des inquiétudes relayées par Le Figaro. En tant que spécialité, elles semblent réservées aux élèves qui ont un profil scientifique : « de quoi effrayer les élèves aux résultats fragiles », d’après Le Parisien. Pourtant, pour ceux et celles qui souhaitent une formation généraliste, par exemple pour devenir professeur des écoles ou faire des études de commerce, elles sont indispensables à un niveau moindre. Toujours dans Le Parisien, Cédric Villani semble confiant que « ceux qui ne choisiront pas la spécialité auront tout de même des mathématiques ». « Une petite goutte, quasiment rien, distillée dans deux heures d’enseignement scientifique », d’après la présidente de l’Association des professeurs de mathématiques de l’enseignement public dans Le Parisien.

L’Étudiant décrit les « changements en première » et offre des conseils pour devenir ingénieur. Globalement, faute de repères, les élèves de seconde peinent à choisir les différentes spécialités, comme en témoigne La République du Centre, parlant aussi de grand chambardement. Pour Le Monde, « les parents d’élèves s’inquiètent ».

Ailleurs, le ton monte – un peu. Les Dernières nouvelles d’Alsace relate la mobilisation du lycée de Haguenau. Ma commune présente une parodie du jeu Cluedo réalisée par cinq lycées de Besançon pour découvrir « qui a assassiné Mme Éducnat ».

Bêtes de mathématiques

Consolons-nous, la rubrique « éthologie » s’étoffe. D’après L’Obs, les spécialistes ont découvert il y a une dizaine d’années que les abeilles savent « compter au moins jusqu’à quatre ». Nous savions depuis l’été dernier qu’elles « connaissent le zéro ». Grâce à BFM TV, qui reprend pour l’essentiel l’article de L’Obs, nous découvrons ce mois-ci qu’elles « seraient capables de réaliser des opérations mathématiques », plus précisément des additions et des soustractions. L’information est présentée en vidéo par Sciences et Avenir, elle paraît aussi sur News 24, Houssenia writing et Le Monde (accès réservé).

Maxisciences nous parle de chimpanzés : pas pour leurs capacités mathématiques, mais pour indiquer que leurs communications peuvent être décrites avec les mêmes lois mathématiques que les langages humains : la loi de Zipf, d’après laquelle les mots les plus fréquents sont les plus courts, et la loi de Menzerath (en), qui stipule que plus une construction linguistique (par exemple une phrase) est complexe, plus ses constituants (par exemple ses mots) sont courts.

Diffusion

Scolaire

Ne serait-ce pas la saison des rallyes ? L’info du jour : « 16000 élèves alsaciens relèvent des défis mathématiques » dans la 30e édition de « la compétition interclasses “Mathématiques sans Frontières” ». Est-ce le même que le « rallye mathématique sans frontières » que nous décrit La Dépêche ? Ce n’est « que » la 27e édition du rallye de mathématiques dont nous parle Guyane la 1re. Dans Le Maine libre, c’est le rallye de la Sarthe que l’on découvre, auquel 19400 élèves participent.

Dans Le Télégramme, des élèves de CM qui vont affronter des élèves de sixième dans leur futur collège, dans une compétition mathématique amicale. Même type de dispositif à Sainte-Croix, toujours dans Le Télégramme : un escape game mathématique pour renforcer « la liaison écolle-collège », et une « matinée CM2/6e au collège Carnot » relayée par La Dépêche.

Compétition toujours : Fratmat.info loue « 13 surdoués [qui] ont brillamment représenté la Côte d’Ivoire ».

L’Est républicain et France 3 racontent une séance avec des élèves de CM1 et CM2 de Haute-Saône, autour de « l’atelier des potions », un jeu inventé par Plaisir Maths pour apprendre les fractions. Toujours dans l’Est, Vosges matin, une professeure de mathématiques à la retraite et un épicier ont organisé une après-midi de jeux mathématiques où « certains se sont acharnés » tout en étant « enchantés ». Côté jeux encore, Interstices présente le jeu des sept familles de l’informatique : il « permet de mettre en lumière 42 (+1) personnalités, et de montrer que l’Histoire de l’informatique ne se résume pas à celle des ordinateurs » – et de jouer ! Le Parisien nous invite à découvrir l’exposition « Sous la surface, les maths » au musée des Arts et métiers : ce sont des éléments essentiels pour comprendre comment fonctionnent les jeux vidéos.

Le Républicain lorrain décrit, « à Sarreguemines, une journée dédiée aux filles... et aux mathématiques » comme nous en voyons souvent dans la revue de presse.

Grand public

Le Monde nous invite jusqu’au 10 mars au château de Ladoucette, à Drancy, pour « explorer, construire et jouer » avec l’association Science ouverte. À Lyon, nous avons jusqu’à juin pour visiter l’exposition-spectacle de la Maison des mathématiques et de l’informatique annoncée dans Le Progrès.

La ville de Matera, capitale européenne de la culture 2019, fait d’après « le pari de mêler poésie et mathématiques » que Le Taurillon trouve « aussi attractif que celui d’observer un coucher de soleil en déchiffrant la fiche technique d’un meuble en kit ». On y verra une exposition, des conférences – notamment d’Andrew Wiles –, des ateliers et des spectacles mathématiques du 21 juin au 31 octobre.

La Dépêche rend compte d’une conférence de Jean-Baptiste Hiriart-Urruti sur Pierre de Fermat. Son contemporain Blaise Pascal est le héros d’une exposition numérique réalisée par par la bibliothèque du Patrimoine de Clermont-Ferrand et présentée par RCF et Le journal de l’éco.

Deux petits articles posent un peu question. Santé+ s’amuse de peu : un long article sur l’expression $6\div2(1+2)$. L’interprétation normale est $6\times\frac12\times(1+2)=\frac{6\times3}{2}=9$ ; une convention passée de mode suggèrerait de l’interpréter plutôt comme $6\div\bigl(2\times(1+2)\bigr)=\frac{6}{2\times(1+2)}=\frac{6}{6}=1$. Big deal... Dans Le Point, une présentation des algorithmes de type « diviser pour régner » est illustrée par un exemple étrangement choisi, l’algorithme d’Euclide.

Parutions

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Astrolabe persan

En accord avec le thème de la semaine des mathématiques, qui se déroulera du 11 au 19 mars 2019, à savoir « Jouons ensemble aux mathématiques », le mensuel Tangente, qui a toujours privilégié les aspects ludiques dans son approche des mathématiques, apporte sa pierre avec son dernier numéro, « Mathématiques et jeux : regards croisés ». Plus que des pistes d’activités scolaires ce dossier apporte un éclairage et une réflexion sur les interactions privilégiées entre les mathématiques et le jeu, le rôle que peuvent jouer les jeux dans les cours de mathématiques, leur impact dans la société contemporaine, leur place dans la presse quotidienne... Bien sûr le magazine offre comme d’habitude une moisson d’autres sujets. Pas moins de sept articles autour de Léonard de Vinci (dont on célébrera le 500e anniversaire de la disparition en mai), une promenade dans les hallucinantes propriétés de l’infini en compagnie de Clément Lelièvre, une autre avec l’astrolabe planisphérique présenté par Jean-Jacques Dupas, la découverte d’un street artist de renommée internationale : Astro...

La mouture hiver-printemps d’Accromath, une revue semestrielle de l’Institut des sciences mathématiques et du Centre de recherches mathématiques de Montréal, est en ligne depuis le début du mois dernier. Au menu le théorème des quatre couleurs, l’émergence logarithmes, le concept de forêt aléatoire, une somme qui sème la controverse, de l’information paradoxale dans la rubrique des paradoxes (animée par Jean-Paul Delahaye) et, bien sûr, la section problèmes.

Dans La Recherche Roger Mansuy invite ses lecteurs à enchaîner multiples et diviseurs en partant d’un petit jeu simple (mais qui reste ouvert) que nous vous laissons découvrir et qui a toutes les chances de vous captiver !

L’édifice des mathématiques risque-t-il de s’effondrer brutalement un de ces jours ? Dans sa chronique mensuelle de Pour la Science, Jean-Paul Delahaye se demande si l’on risque de trouver au cœur des mathématiques une contradiction qui les ferait s’effondrer ? Par deux fois, Edward Nelson a cru en déceler une. « Une théorie est contradictoire si elle permet, pour un énoncé E, de démontrer à la fois E et sa négation non-E... Lorsqu’une théorie mathématique est contradictoire, tout y est à la fois faux et vrai : elle n’a donc aucun intérêt ! » Jean-Paul Delahaye donne de nombreux exemples où l’on a découvert « des contradictions dans des théories dont on aurait aimé pouvoir se servir sans risque, ce que l’intuition qui leur donnait naissance laissait croire. » Jusqu’à maintenant la catastrophe a toujours été évitée : en changeant les axiomes – les règles de base – on a résolu les problèmes. « Doit-on penser comme Nelson que cela n’est dû qu’à notre exploration insuffisante des systèmes que nous utilisons, et que si nous n’y prenons pas garde ils finiront par s’écrouler ? » Autre source d’inquiétude : la fiabilité des mathématiciens. Dans certains domaines de recherche les démonstrations sont longues et complexes. Malgré tout le soin apporté aux vérifications, des erreurs peuvent passer inaperçues. L’apparition des assistants de preuve comme Coq « a permis la vérification définitive du théorème des quatre couleurs... et la confirmation, elle aussi définitive, de la justesse de la preuve de la conjecture de Kepler ». L’article se termine sur une note plutôt rassurante et optimiste : « il ne semble pas en définitive que la reine des sciences soit sur le point de s’écrouler ! »

La collection « Génie des mathématiques » qui s’adresse à un large public continue de s’étoffer tous les mois : Cayley, Dedekind, Kepler, Weil, Frege... ce sont déjà 45 livres qui sont sortis.

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Supernovae (1959-1961)

C’est incontestablement la rétrospective Vasarely à Beaubourg qui domine l’actualité. D’origine hongroise, Victor Vasarely a fondé l’art optique – ou Op Art –, explorant sans trêve ni lassitude les figures du disque et du carré. Dans les années 60 et 70, il était autant adulé que détesté. La presse d’aujourd’hui semble toujours aussi partagée. Sans doute son objectif de faire entrer l’art dans chaque foyer et ses aventures dans la publicité, quoique novatrices, continuent de diviser. On trouvera ainsi un article introductif dans Le Monde. Libération dévoile plutôt les facettes cachées de l’artiste, dont sa fascination pour la science et les progrès scientifiques. Le Figaro ou La Croix saluent cette redécouverte des Trente Glorieuses. L’accueil est plus réservé chez les critiques de Time Out. France Culture consacre plusieurs émissions au sujet, dont une rediffusion de « Un homme, une œuvre » avec Victor Vasarely diffusée le 18 février 1967, et « Vasarely le séculier ».

Notons au passage que déconstruire et imiter les œuvres de Vasarely est une source bien connue d’activités mêlant mathématiques, arts plastiques et éventuellement programmation. L’image à la une, réalisée par Patrick Clément, en témoigne.

Article édité par Jérôme Germoni

Notes

[1Pour être précis : 25 postes de maîtres de conférences dans la section 25 des mathématiques pures, dont 6 qui relèvent aussi des mathématiques appliquées, 47 dans la section 26 sachant que chaque année, environ 200 nouveaux-elles candidat⋅e⋅s arrivent en 25, plus de 250 en 26.

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Pour citer cet article :

L’équipe Actualités — «Revue de presse février 2019» — Images des Mathématiques, CNRS, 2019

Crédits image :

Image à la une - À la Vasarely : imitation originale de Patrick Clément
À qui le tour ? - Pascal SITTLER/REA
Une hirondelle ne fait pas le printemps ; cinquante cerisiers, oui ! - Pixabay - pas d’attribution requise
Une ville intelligente ? - Représentation d’une ville intelligente à la « Trade Fair » de Pragati Maidan par Capankajsmilyo
De divina proportione : bientôt une émoticône ? - Source : Wikimedia Commons
Samarcande : l’observatoire d’Ulugh Beg - Source : Wikimedia Commons
Hypatie vue au tournant du XIXe siècle - Tableau d’Alfred Seifert (1901 au plus tard). Source : Wikimedia Commons
Alan Turing, l’icône du XXe siècle - Photo du passeport d’Alan Turing à 16 ans. Source : Wikimedia Commons
Supernovae (1959-1961) - Source : Wikimedia Commons
Astrolabe persan - wikipédia
Josette et Maurice Audin - Source : Wikimedia Commons
Ingrid Daubechies - Wikipedia
Claire Voisin - Patrick Imbert/Collège de France
L’or noir des big data : un filon à exploiter - Source : Wikimedia Commons

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