Revue de presse février 2020

Le 1er mars 2020  - Ecrit par  L’équipe Actualités Voir les commentaires

À l’approche de la semaine des mathématiques, France Culture se demandait « comment redonner la place qu’elles méritent aux mathématiques à l’école et après ». L’enthousiasme du « montreur de maths » Mickaël Launay et de l’Inspecteur général Charles Torossian, naguère chercheur de haut vol, contrastait avec les discours des enseignants, contraints par « des injonctions contradictoires » – d’où peut-être le titre de l’émission : « l’échec des maths ? » Cette tension semble traverser toute la revue de presse : d’un côté, des dizaines de raisons de s’émerveiller et de se passionner pour les mathématiques ; de l’autre, une réforme de la recherche vouée à rendre la carrière encore plus compétitive et une réforme du lycée et du bac crainte par les élèves et leurs parents, combattue par les syndicats et vertement critiquée par l’Inspection générale.

Bah, à mi-chemin entre la Saint-Valentin et la Journée internationale des mathématiques le 3/14, qu’il nous soit permis d’exprimer notre amour des mathématiques !

Recherche et applications

Épidémie de coronavirus et autres questions de vaccination
PNG - 27.4 ko
Représentation simplifiée d’un « modèle compartimental » simplifié
En regardant assez longtemps, ça finit par ressembler à une seringue, non ?

La dissémination du coronavirus, si présente dans tous les médias, met un peu en lumière le rôle des modélisations mathématiques des épidémies, comme l’illustre La Provence. Plus précis, le Journal international de médecine nous offre un entretien avec Jean-Stéphane Dhersin, mathématicien spécialiste en probabilités qui mène des recherches en épidémiologie. Il y présente clairement et brièvement les modèles compartimentaux en épidémiologie, insistant sur le rôle du taux de reproduction de base $R_0$ [1], qui gouverne la possibilité d’une explosion de l’épidémie, et sur la difficulté de l’évaluer de façon précoce. Le coefficient $R_0$ était déjà présent dans L’Express le 2 février.

Ces modèles permettent donc de faire des prédictions sur l’évolution du nombre de personnes infectées. « Selon deux mathématiciens mauriciens : 100 000 personnes infectées d’ici fin février », rapporte Défi média. Cette prédiction faite à la mi-février va un peu au-delà des chiffres observés (80 à 85 000 dans le monde) mais l’ordre de grandeur est correct. C’est visiblement mieux que les projections de Jean-Yves Nau dans Slate, qui évoque des « modèles mathématiques » mais extrapole gaillardement le taux de contamination observé sur le Diamond Princess à la Chine entière avant d’appliquer des correctifs au petit doigt levé. La question est également évoquée par Le Ral, qui évoque les porteurs du virus sans symptômes, Le Vif ou L’Écho (accès réservé), etc.

JPEG - 130.5 ko

Toujours dans le domaine de l’épidémiologie, L’actualité rapporte un article de deux chercheurs québécois, optimiste quant à la possibilité d’éradiquer le cancer du col de l’utérus en vingt ans au Canada ou un siècle. La cause de ces cancers étant virale, il serait efficace de mener une campagne de vaccination contre le virus du papillome humain. « Ces travaux ont servi à établir la stratégie [future] de l’OMS pour l’élimination du cancer du col de l’utérus ».

La chronique d’Étienne Ghys dans Le Monde (accès restreint) porte aussi sur la vaccination. Après une présentation rapide des modèles compartimentaux déjà évoqués et de leur version améliorée qui tient compte des interactions sociales, il applique à la question de la vaccination le « paradoxe de l’amitié », d’après lequel « une majorité d’individus ont moins d’amis que leurs amis ». S’il y a un petit nombre de vaccins à distribuer dans une population, il est collectivement plus efficace de les donner aux personnes qui ont le plus grand nombre d’amis, et donc de fréquentations susceptibles de les voir être contaminés.

Santé encore

JPEG - 538 ko
Tomographie par émission de positrons

Les questions d’épidémiologie ne sont pas les seules qu’attaquent les mathématiciens ce mois-ci. À Aix-Marseille, La Provence décrit les travaux de plusieurs équipes sur l’usage de gros volumes de données pour améliorer le dépistage, « mieux comprendre l’origine » ou « mieux appréhender les traitements » de certaines maladies. Par exemple, celle de Dominique Barbolosi analyse « le passage du sucre dans le sang et les tissus » en complément des images données par « le “Tep-Scan” » pour « prédire mieux les rechutes en faisant ressortir cette [face] cachée des données de santé ».

Économie et politique

La théorie des jeux est un domaine mathématique que les économistes exploitent. John Nash a reçu le « prix Nobel d’économie » « pour son analyse pionnière de l’équilibre dans la théorie des jeux non coopératifs ». Ce mois-ci, Courrier international traduit (en accès restreint) un article de Nautilus (accès libre mais en anglais) dans lequel le mathématicien Christian Hilbe explique « que, entre autres facteurs, les inégalités extrêmes empêchent les joueurs de coopérer en vue d’approvisionner les ressources destinées au bien de tous. »

C’est également la théorie des jeux qui permet d’étudier mathématiquement les systèmes électoraux (voir par exemple « Mathématiques électorales » ou « Le théorème d’Arrow »). Un billet de blogue sur le site de l’Agence Science-Presse canadienne évoque « la dure et froide réalité des mathématiques » pour critiquer la « réforme du mode de scrutin » en cours : « l’électorat se fragmente », ce qui rend « l’Assemblée nationale moins représentative » et le résultat des élections aléatoire. L’élévation des seuils électoraux prévue aurait pour effet d’empirer cet état de fait.

Climat

PNG - 1.2 Mo
Tempête Irene (16/4/18)

Espérant « aider à prendre des mesures fortes et rapides », les auteurs d’une tribune sur Slate affirment qu’il est « rationnel de paniquer » face aux scénarios climatiques, en arguant que même si la probabilité qu’ils adviennent est faible, le prix à payer si cela se produit est tellement élevé – l’existence des humains est en jeu – que son espérance mathématique, ce sur quoi il faudrait raisonner plutôt que la probabilité, est très grande.

Avec le même objectif, nous indique BFM TV, un océanographe néerlandais aidé par un mathématicien propose, pour empêcher la montée des eaux qui menacent les côtes de leur pays, de bâtir deux barrages géants pour fermer la mer du Nord et la transformer en lac, entre l’Écosse et la Norvège et entre la Bretagne et l’Angleterre. L’étude de faisabilité qu’ils ont réalisée est parue dans l’American Journal of Meteorology.

Plus léger

JPEG - 1.4 Mo
Bivalve mathermétiquement fermé

Ou plus corsé, peut-être ? « Un modèle mathématique pour préparer le meilleur café » est présenté dans Technologie Média, Camaraderie limited et Breaking News. Il s’agit d’optimiser la taille de la mouture pour tirer la quintessence du café. « Le résultat : un plus petit nombre de grains plus grossièrement moulus sont la clé d’un espresso. » Est-ce que cela sera suffisant pour un prix Ig-Nobel ? Le Daily Geek Show explique « comment les coquilles des bivalves s’emboîtent à la perfection : grâce aux maths » !

Intelligence artificielle, big data, etc.

On peut classer la plupart des articles sur l’intelligence artificielle (IA) en trois catégories : les applications, dans des domaines toujours plus variés ; l’enjeu de pouvoir qu’elle représente ; les alertes sur des utilisations maladroites ou malveillantes. La presse du mois montre ces trois facettes.

Alertes à propos de l’IA
PNG - 73.9 ko
Reconnaissance faciale généralisée : une grave atteinte aux libertés individuelles ?

La reconnaissance faciale est un des domaines où l’IA devient de plus en plus performante. Slate critique cette technologie « décriée pour les menaces qu’elle pose en matière de vie privée » et sa généralisation imminente. Plusieurs entreprises disposent d’innombrables photos de personnes, ce qui leur « permet de trouver le nom, l’adresse et de nombreuses informations sur une personne à partir d’une simple photographie ». Clearview AI a réuni ces données – à l’insu des personnes concernées – et les a vendues notamment aux forces de l’ordre ; l’entreprise « fait désormais l’objet d’une plainte collective aux États-Unis ». Google semble se refuser à le faire mais en aurait les moyens, d’autant plus facilement que les caméras de réalité augmentée se développent [2].

Le Monde se demande dans un dossier spécial (en accès restreint), si l’IA est « [une] panacée ou [un] fléau ». Dans une tribune, la députée Isabelle Rauch (LRM) appelle « à agir pour une intelligence artificielle inclusive, qui ne soit pas un vecteur supplémentaire de discriminations » : « si l’on n’y prend garde, les algorithmes reproduiront nos stéréotypes de genre ». Par exemple, « une récente étude portant sur les publicités ciblées de Google montre qu’à profil équivalent, les offres d’emploi proposées aux femmes sont moins rémunérées que celles destinées aux hommes » et les traductions de professions de l’anglais au français sont « genrées » en fonction du prestige social. D’autre part, les femmes sont moins présentes dans les professions de l’IA, ce qui pèse sur leur reconnaissance (une autre tribune dans Le Monde le disait déjà en mars 2019). Enfin, « certains algorithmes de rencontres » « reprodui[sen]t une structure de domination patriarcale ». En aparté, Breaking News donne la parole à un data scientist : « Je sais que certains algorithmes sont biaisés – parce que j’en ai créé un. »

Par ailleurs, Hugues Bersini signe une tribune pour « [appeler] plates-formes et réseaux sociaux à redonner une place aux produits et aux savoirs qui ne passent pas par la simple imitation du plus grand nombre. » Dans la sienne, Vincent Bérenger estime que « le terme IA est tellement sexy qu’il fait prendre des calculs pour de l’intelligence ».

L’IA, un enjeu politique

Dans la dernière partie du dossier, Yann Le Cun, lauréat du prix Turing et l’un des leaders de l’IA chez Facebook, estime que « la force des institutions démocratiques permettra d’éviter les dérives » et que « les applications bénéfiques de l’intelligence artificielle vont, de loin, l’emporter ». Dans cette veine, un éditorial du Monde salue le « travail de régulation que prévoit l’Union européenne » à propos de l’IA, une « source de risque pour les individus » car « une multitude de décisions qui impacteront nos vies quotidiennes » sont confiés à « des algorithmes complexes ». Cette volonté de régulation du « marché des données personnelles » se double d’une stratégie pour « devenir championne des données et de l’intelligence artificielle », élaborée dans un livre blanc présenté dans Le Monde (accès réservé). Il s’agit de « soutenir l’innovation et le développement économique d’une technologie de pointe, grâce à des investissements et des règles communes, tout en rassurant les citoyens face aux risques d’une invasion des objets connectés, des algorithmes opaques et des ordinateurs apprenants ». Noter le dessin de Colcanopa : « Quelle que soit la question... la puissance de notre intelligence artificielle est capable de fournir 27 réponses différentes et totalement contradictoires... »

Vitalité de l’IA

Deux conférences sortent des milieux universitaires pour atteindre des médias plus généralistes. Algérie Presse Service annonce un séminaire « pour le développement des applications de mathématiques afin de promouvoir l’intelligence artificielle et son exploitation dans la solution de divers défis de développement » tels que l’épidémiologie, le « traitement des contenus de réseaux de communication sociaux » ou la « cyber-sécurité ». D’après Médiaterre, « les “Big Data” [étaient] au centre d’une conférence Japon-Cameroun sur les mathématiques et leurs applications ». Par ailleurs, l’Agence Écofin relaie l’annonce de « bourses pour un master en intelligence artificielle » à « l’Institut africain des sciences mathématiques ».

Des applications de l’IA

La radiologie serait « un des domaines d’évolution les plus importants de ces dernières années en médecine », note la Tribune de Genève. La multiplication des équipements lourds (par exemple, un deuxième scanner aux urgences de l’hôpital universitaire de Genève quand le premier était sous-utilisé à son installation en 2001) et la multiplication des images pour chaque patient (jusqu’à 2000) ont conduit à de très importants recrutements dans la branche et à l’utilisation croissante d’IA pour analyser les données produites.

Dans un tout autre registre, France 3 présente « Mathia, un assistant vocal intelligent en mathématiques » [comprendre « math IA »], réalisé par « une start-up paloise ». Pas encore convaincant.

PNG - 35.6 ko

La Minute évoque le livre OscarMetrics : les maths derrière la plus grande nuit à Hollywood de Ben Zauzmer, dans lequel il explique comment il est parvenu à faire 20 prévisions exactes pour les Oscars 2018 (sur 21 prédictions réalisées parmi 24 catégories possibles), en analysant automatiquement les données du site Rotten Tomatoes : un peu futile mais frappant.

Cryptographie et sécurité

PNG - 8.6 ko

Dans un article un peu elliptique, Sekurigi fait état de « deux nouveaux records dans le cassage des clés de chiffrement » en « 35 millions d’heures de calcul » : la factorisation du produit de deux nombres premiers d’environ 120 chiffres chacun (le produit fait 795 bits) et un calcul de logarithme discret. Cela va conduire à relever les standards (la taille des clés secrètes) dans les logiciels usuels de cryptage (par exemple, les « systèmes de paiement par carte bancaire et de communication en ligne »). L’article affirme également que la NASA « peut déchiffrer toutes les communications sur Internet en contrôlant le protocole cryptographique SSL/TLS, utilisé par les services de messagerie et les magasins en ligne », sans résoudre les problèmes mathématiques qui protègent les clés mais en exploitant « des erreurs ou failles délibérément introduites ».

Vie et politique de la recherche

Loi de programmation pluriannuelle de la recherche

La future loi pluriannuelle pour la programmation de la recherche (LPPR), qui fixera le cadre budgétaire pour plusieurs années, aura été le sujet d’une bonne partie des discussions dans les laboratoires, mais aussi d’un assez grand nombre d’articles et d’interventions dans les médias.

Pour remettre la loi dans son contexte, La Vie des idées, site géré par des chercheur·ses associé·es au Collège de France, propose un dossier intitulé La recherche est un bien commun. L’un des articles insiste sur le nécessaire équilibre entre enseignement et recherche pour ne pas augmenter encore plus les inégalités entre universités « d’élite » et « de masse », citant enquêtes britanniques, allemandes, québécoises et françaises à l’appui.

En plus d’être peu valorisé, l’enseignement fait aujourd’hui appel à un nombre croissant de vacataires et de CDD pour pallier le manque de personnel permanent (voir par exemple cet article de Libération). Baisse de recrutements au CNRS et dans le corps des maîtres de conférences versus augmentation du nombre d’étudiant·es oblige.
Les vacataires et les enseignants-chercheur·ses sont sous-payé·es ? Le ministère trouve matière à discuter quand, de fait, la rémunération de la profession plafonne à 63 % de la moyenne de l’OCDE, comme le rappelle Le Monde, et que les vacataires touchent moins que le SMIC lorsque l’heure de TD est rapportée au temps de travail effectif, comme l’explique Libération.

En France, l’accord issu du processus de Bologne et visant 3 % du PIB investi dans la recherche dès 2010 n’a jamais abouti.
Alors à coup de tribunes et d’interventions sur Radio France (émissions L’Invité(e) des matins ou Le Journal des idées par exemple), les uns se montrent prudents tout en soutenant l’augmentation de l’autonomie (tribune du 3/2 dans Le Monde), les autres insistent sur la mission de service public et dénoncent la poursuite désespérée de l’excellence (tribunes du 3/2 dans Libération, du 10/2 dans Le Monde et du 12/2 dans Libération) : « ce soutien doit se faire sur la durée, car le temps long de la science n’est pas celui du politique ni celui des attentes du citoyen » commente Yves Gaudin, directeur de recherche CNRS et rédacteur de la tribune du 3 février. Même s’ils ne sont pas d’accord sur leurs attentes vis-à-vis de la LPPR, tous dénoncent la dévaluation du métier, ainsi que l’accès aléatoire aux financements sur projets (voir, déjà en 2016, la démission du comité maths-info de l’ANR).

Sur le site même du CNRS, le président de la Conférence des présidents du comité national (CPCN), qui a participé à l’élaboration d’un diagnostic et de propositions parfois reprises par les groupes de travail du ministère, dénonce les belles paroles du président et des membres du gouvernement. Face à l’enveloppe de « 92 millions d’euros pour engager la remise à niveau salariale » évoquée par la ministre Frédérique Vidal, Olivier Coutard répond que « le groupe de travail qu’elle a mis en place estime les sommes nécessaires entre 2 et 2,4 milliards d’euros supplémentaires par an (hors compensations, le cas échéant, des effets de la réforme engagée des retraites). »
La ministre dénonce les rumeurs et assure que cette loi est « pour les scientifiques, construite avec eux ». Olivier Coutard rappelle au contraire que, « alors que les réflexions et travaux préparatoires à la loi ont été initiés il y a un an, nous ne disposons toujours pas d’une première version du projet de loi et la date de présentation de ce texte a été déjà reportée plusieurs fois ».
Mais « qui peut imaginer que le monde académique puisse passer à côté d’une telle occasion ? » se demandait la ministre dans sa tribune du 10 février dans Le Monde.

Parité

Alors que des comités parité ou égalité commencent à se former dans les laboratoires de mathématiques, la question du déséquilibre femmes-hommes dans les métiers autour de la science, de la technologie, de l’ingénierie et des mathématiques (STIM) a fait l’objet d’un rapport commandé par les secrétaires d’État à l’égalité hommes-femmes et au numérique Marlène Schiappa et Cédric Ô et remis ce 5 février.
Dans ce rapport, la directrice générale du Women’s Forum présente des recommandations pour arriver à un équilibre. La majorité concerne l’éducation scolaire et familiale pour lutter contre les stéréotypes, une seconde partie concerne l’enseignement universitaire, et une troisième le milieu professionnel.
De la publication d’indicateurs de mixité et du conditionnement de certains financements aux efforts pour favoriser la parité aux quotas imposés dans des jurys d’écoles, des comités et des CA, les mesures sont fortes.
On peut se demander si les dernières mesures ne risquent pas de causer un surmenage des femmes qualifiées : c’est un phénomène dénoncé par certaines professeures, qui se trouvent trop souvent sollicitées en périodes d’auditions.

Ce rapport est commenté par des médias généralistes comme L’Express, Challenges, Usine Nouvelle, ou La Tribune, mais aussi par Sciences et Avenir.
Dans Le Figaro-étudiant, la question de la masculinité du métier de data-scientist est d’ailleurs posée.

Toujours sur ces questions de STIM, la branche haïtienne de l’UNESCO a signé le 11 février, journée internationale des femmes et des filles de sciences, un appel pour mettre fin aux stéréotypes de genre.

On trouve dans Les Échos un portrait d’Ersilio Vaudo Scarpetta, astrophysicienne responsable de la diversité à l’Agence spatiale européenne (ASE).
Et à l’université du Havre, France 3 Régions rapporte qu’une exposition photographique à la bibliothèque universitaire a fait le portrait des différentes enseignantes chercheuses de l’université. Cette exposition est maintenant en itinérance dans les lycées de l’académie de Rouen.

Enfin, Ouest-France a relayé l’annonce d’une conférence animée le 4 février par l’historienne des mathématiques Évelyne Barbin et intitulée « Quand il a fallu enseigner les maths aux jeunes filles ».

Enseignement

Réforme du lycée – épreuves anticipées du bac

L’hostilité à la réforme du lycée et au nouveau bac augmente de jour en jour.

JPEG - 36.3 ko

Les épreuves anticipées du bac (les désormais célèbres « E3C », épreuves communes de contrôle continu) ont à nouveau donné lieu ces derniers jours à des protestations diverses et à des incidents (voir Le Monde sur les blocages de lycées parisiens). Le ministre de l’Éducation nationale était le 26 février l’invité de France Inter. Jean-Michel Blanquer a bien entendu cherché à minimiser ces perturbations mais, probablement conscient du mécontentement général, il a dit qu’il fallait « être à l’écoute » des critiques et confirmé que des « simplifications » de ces épreuves seraient effectuées. Il avait en effet annoncé début février qu’il était prêt à « faire évoluer » les E3C, comme l’avaient rapporté Le Monde et Le Figaro.

D’autres articles ont été consacrés à ces E3C, notamment par Le Monde (accès restreint) et par RTL. Interrogé par 20 minutes, le ministre se voulait conciliant : « Le but est de faire réussir les élèves, donc nous allons nous montrer bienveillants. Il n’y aura pas de 0/20, à condition que l’élève n’ayant pas composé soit reçu par son proviseur et qu’il s’engage à passer les épreuves. Il sera ensuite convoqué à une session de rattrapage. »

Pourtant, en janvier, la bienveillance ne semblait pas être le souci principal du recteur de l’académie d’Aix-Marseille lorsqu’il écrivait à ses chefs d’établissement afin, nous dit La Provence (accès restreint), « de leur fournir quelques éléments de langage » pour convaincre les professeurs récalcitrants. Avellino reproduit dans son blog de Mediapart la lettre en question, en y glissant de nombreux commentaires. Voici un passage édifiant de la prose rectorale : « Compte-tenu du contexte, je vous demande, dans les jours prochains, à titre préventif, de rappeler, avec pédagogie mais si besoin avec fermeté (laquelle est le sel de toute vraie pédagogie), ces principes dont certains semblent ignorés de divers enseignants entrés dans une logique de rébellion qui est la négation complète du statut de fonctionnaire. »

Les E3C avaient aussi été à la mi-février le thème de l’émission Le téléphone sonne sur France Inter. Pas sûr que les aménagements évoqués suffisent à faire taire les opposants, par exemple cette professeure d’anglais interrogée par la députée communiste Elsa Faucillon sur YouTube. Pour réfuter les affirmations d’un ministre qui assure que « dans la grande majorité des lycées, les épreuves se passent normalement », des enseignants ont établi une carte interactive des blocages dans les lycées, que l’on peut consulter sur le site Basta !.

Les E3C critiquées par le sommet de l’institution

JPEG - 18.3 ko

Les critiques sur l’organisation des E3C émanent même désormais de la vénérable Inspection générale de l’Éducation nationale ! Un article de Sonia Princet sur le site de France Inter révèle en effet le contenu d’un rapport que les inspecteurs généraux ont présenté en janvier au comité de suivi de la réforme du lycée. Ils y reprennent une grande partie des griefs entendus à ce sujet depuis des semaines. Leur constat est accablant : « des élèves constamment sous la pression de l’évaluation » ; « une complexité excessive pour les parents » ; « un surcoût énorme pour un rendement faible » ; « il semble que se soit instituée une confusion entre la logique de la certification (par l’examen) et la logique de la formation qui devrait être au cœur de la réforme : le poids des E3C déséquilibre l’ensemble au détriment de la formation ». Cette information est reprise dans Le Monde (accès restreint), La Voix du Nord, BFM TV et sur France Info, qui a recueilli la réaction d’Alexis Torchet, le secrétaire national du SGEN-CFDT. Une tribune libre de L’Humanité (accès restreint) dénonce aussi ces E3C. Les syndicats sont évidemment pour la plupart vent debout contre le « bac Blanquer » : le SNES-FSU, Sud-Éducation, le SNFOLC, le SNALC. Malgré son hostilité au boycott des épreuves, le SGEN-CFDT déclarait dès le début de janvier être « favorable à l’abandon complet » des E3C qu’il juge « mal pensées et inadaptées ». Il réaffirme aujourd’hui sa position : « À ce stade seule la suppression totale des E3C serait en mesure d’alléger, simplifier et redonner du sens au baccalauréat. »

Les E3C, la recomposition de l’enseignement et l’avenir des jeunes font l’objet d’une émission sur Radioparleur.
Si l’on en croit la rubrique « Check News » de Libération, la situation est très tendue en Martinique, où les blocages sont généralisés (ils affecteraient entre 95 et 100 % des établissements, selon une responsable locale du SNES-FSU). La situation a conduit les autorités à reporter les E3C dans l’académie et à y suspendre les suppressions de postes.

Ailleurs aussi, les suppressions de postes provoquent de vives protestations. Il en est ainsi en Haute-Loire, où France 3 Auvergne Rhône-Alpes fait état de manifestations à répétition.

C’est l’ensemble de la politique du ministre de l’Éducation nationale, ainsi que la façon dont il traite les enseignants, qui est dénoncée dans une chronique au vitriol publiée dans Libération par l’écrivain Sylvain Prudhomme : « Blanquer, ministère amer ». Presque au même moment, un « collectif de plus de trois cents professeurs » signe dans Le Monde (accès restreint) une tribune également très critique à l’égard de la réforme du lycée dans son ensemble, dont l’affaire des E3C ne serait qu’une des conséquences. Dans une autre tribune du Monde (accès restreint), 23 professeurs du lycée Louis-le-Grand à Paris tirent eux aussi la sonnette d’alarme. Ils représentent la plupart des disciplines et plusieurs d’entre eux enseignent dans les prestigieuses classes préparatoires aux grandes écoles.

On parle moins (pour le moment) du futur « grand oral » du nouveau bac. Une note ministérielle détaillant les objectifs et les modalités de cette épreuve inédite a été publiée au Bulletin officiel de l’Éducation nationale : BOEN spécial du 13 février 2020. Dans l’article qu’il lui consacre, Le Monde (accès restreint) se demande si les enseignants auront les moyens de préparer les candidats à ce grand oral. Une note du BOEN donne des précisions sur plusieurs épreuves du bac 2021, et notamment celle de l’enseignement de spécialité « mathématiques ».

La mobilisation très importante du monde de l’enseignement contre la réforme du lycée va de pair avec celle contre la réforme des retraites et les conséquences catastrophiques qu’elle aura en particulier pour les enseignants. Contraint de promettre une revalorisation des traitements (censée compenser la baisse brutale des pensions de retraite), le ministre a annoncé que le salaire mensuel des professeurs recrutés à partir de 2021 serait majoré de 100 euros. L’information est donnée par Le Figaro et Le Monde. Il est douteux qu’elle suffise à apaiser les craintes des enseignants, dont Le Monde (accès restreint) s’était fait l’écho fin janvier.

Réforme du lycée et études supérieures

Dès qu’on en a connu les grandes lignes, il a été évident que la réforme du lycée aurait des répercussions considérables sur l’enseignement post-bac. Mais ce n’est que depuis peu que cela retient l’attention. La première vague d’étudiants munis du nouveau bac entrera dans le supérieur à l’automne 2021. Et des inquiétudes se font jour.

Le Café Pédagogique, commentant un article de Bernard Egger dans le BGV, bulletin en ligne de l’APMEP, explique que « la réforme du lycée assèche les disciplines scientifiques du supérieur ».
Les Échos (accès restreint) notent que « la réforme du lycée bouscule les classes prépas et les grandes écoles », qui « s’inquiètent de sa mise en œuvre ».

Devant la conférence des grandes écoles, qu’il préside, Pierre Mathiot, dont le rapport a été à l’origine de la réforme du lycée (voir aussi ici), a appelé l’enseignement supérieur à faire « sa révolution copernicienne » en se préparant à « accueillir des élèves à qui il manquera certaines compétences ». Il a ajouté : « Les formations post bac ont vocation à permettre des formes de remédiation. » Ces propos ont été repris sur Twitter par Soazig Le Nevé, journaliste au Monde, et abondamment commentés. Ils ont également fait l’objet d’un éditorial dans Les Échos Start, et d’une discussion sur le forum Les-mathematiques.net. Le principal responsable de la réforme du lycée reconnaît ainsi la dégradation de la formation des bacheliers qui en résultera !

JPEG - 59 ko

En attendant les premiers effets de la réforme, la plateforme Parcoursup fait l’objet de critiques sévères de la Cour des comptes, qui font suite à celles qu’avaient déjà formulées l’ensemble des syndicats du supérieur et le défenseur des droits. Les objections de la Cour portent principalement sur l’opacité des critères de sélection. Dans son rapport de plus de 100 pages, destiné au Comité d’évaluation et de contrôle de l’Assemblée nationale, elle réclame notamment la publication des algorithmes utilisés dans chaque établissement et l’anonymat du lycée d’origine des candidats. Elle remet également en cause le code-source du programme, jugé médiocre, et pointe les failles de sécurité. L’information est reprise dans de nombreux médias : Le Monde (accès restreint ; Mediapart (accès restreint) ; L’Express ; Le Monde Informatique ; La Croix. Elle est également commentée sur le blog de Julien Gossa.

Il y aurait aujourd’hui près de 10000 étudiants français dans les établissements d’enseignement supérieur en Suisse, si l’on en croit Le Dauphiné (accès restreint). Le quotidien alpin conseille aux lycéens tentés de suivre cette voie de choisir les spécialités maths et physique ou SVT.

Et les maths dans tout ça ?

L’Étudiant détaille l’organisation des options offertes en terminale à la rentrée prochaine et explique aux élèves qu’ils pourront avoir 0, 3, 6 ou 9 heures de maths par semaine suivant la combinaison qu’ils choisiront parmi la spécialité maths, l’option maths complémentaires et l’option maths expertes. Les élèves risquent d’y réfléchir à deux fois avant de se précipiter sur ces options de mathématiques, échaudés qu’ils sont par l’expérience désastreuse de la spécialité mathématiques en première inaugurée cette année. L’Humanité (accès restreint) parle de la souffrance des élèves qui l’ont choisie, en prenant l’exemple de Camille, élève de première au lycée Henri IV à Paris, qui avait déjà témoigné dans Libération (voir notre revue de presse du 1er janvier).

Pour un enseignement des maths plus attractif ?

Comment appâter les élèves pour les mathématiques ? Cela semble être plus que jamais la préoccupation des pédagogues. Hélas les recettes miracles ne se bousculent pas tellement. Les jeux de toutes sortes, les compétitions, les nouvelles technologies, la remise au goût du jour d’outils ancestraux... On n’en sort pas ! Ouest-France signale la mise en place du « Jeu maths pour élèves décrocheurs » dans le cadre d’une aide personnalisée en seconde dans un établissement privé à Dol-de-Bretagne (Ille-et-Vilaine). Le journal ne donne malheureusement aucune indication sur la nature et le contenu du jeu en question. Il se contente d’écrire que « toute l’attention se tourne vers l’envie de jouer et de gagner, évacuant les situations de stress générées face à une situation purement mathématique ». Il ne vient pas à l’idée du rédacteur que « l’envie de jouer et de gagner » pourrait aussi être génératrice de stress...

Le recours à des jeux pour « créer ou restaurer le plaisir de faire des mathématiques » était une recommandation du plan Villani-Torossian. Dans l’académie de Poitiers, cela se traduit par une opération « Échecs et Maths », qui associe le rectorat et la Fédération française des échecs. L’initiative est suivie par une vingtaine d’écoles du département de la Vienne. France 3 Nouvelle Aquitaine est allée voir ce que ça donnait dans celle de Mignaloux-Beauvoir. Le jeu d’échecs est aussi présent dans la classe de CM1-CM2 de Machault (Ardenne). Mais L’Ardennais (accès restreint) précise que le jeu s’y pratique « via Twitter » ! Rappelons que des initiatives analogues existent pour le jeu de bridge (voir par exemple les revues de presse du 1er janvier 2019 et du 1er décembre 2019).

En Polynésie aussi, on est convaincu que les maths passent mieux quand elles sont festives. Polynésie la 1ère, la chaîne locale de France Télévision consacre un reportage à l’initiation de « certains élèves de 6e et de 5e » du collège de Mahina à l’utilisation du boulier, à l’occasion des festivités du Nouvel An chinois. Chez nos voisins belges, c’est un robot nommé Thymio qui a pour mission de « réconcilier les enfants avec les mathématiques ». Selon le quotidien DH (Dernière Heure/Les Sports), plusieurs écoles communales de Wallonie picarde expérimentent le projet Alan Turing, coordonné par Philippe Baraduc, qui explique que « l’objectif est de réconcilier les enfants, mais également certains instituteurs, avec les mathématiques qui sont au cœur de leur quotidien ». Le journal ajoute : « En les mêlant à la créativité, au jeu et à la curiosité, Philippe Baraduc parvient à rendre les mathématiques vivantes et accessibles à tous. »

Il n’est pas sûr, en revanche, que jeux et festivités soient au cœur de la « campagne de démystification des mathématiques » et « d’incitation à l’amour de ces dernières » organisée au Bénin. L’article que lui consacre La Nation Bénin ne dit rien sur le contenu et la nature de ces « travaux pratiques », mais rapporte les objectifs ambitieux des organisateurs : « redonner aux apprenants le goût des mathématiques », « les démystifier », « enseigner aux candidats les différentes techniques et astuces pouvant leur permettre de faire face aux difficultés qu’ils rencontrent dans la compréhension de certains chapitres de mathématiques ». Pour les atteindre et obtenir « l’adhésion massive des apprenants aux sciences dures », ils n’hésitent pas à animer « des conférences pratiques de 4 à 5 heures de temps ». La promotion des mathématiques est également à l’ordre du jour en Algérie où, nous apprend El Watan, le gouvernement annonce des « mesures d’urgence ». Déplorant « la prédominance de la mémorisation et la restitution (parcœurisme) sur la réflexion scientifique et logique et l’esprit d’initiative », il entend notamment « augmenter le taux d’accès [aux filières scientifiques et techniques], estimé actuellement à 3,46% », et préconise « l’élargissement des instituts de formation des personnels et la révision du système de formation spécialisée et continue ».

« L’échec des maths » : c’était le thème de l’émission de France Culture « Être et savoir » le 16 février. Les invités étaient Mickaël Launay (mathématicien, youtubeur et écrivain à succès), Charles Torossian (inspecteur général, co-auteur avec Cédric Villani du fameux rapport de 2018), deux profs de maths de l’académie de Créteil (Caroline Cournil, professeure de lycée et Raphaël Andere, professeur de collège et membre du SNES-FSU) et Isabelle Gallagher (mathématicienne, professeur à l’université Paris Diderot et à l’École normale supérieure). Il est frappant de constater que les deux professeurs « de terrain » ont essentiellement parlé des conditions difficiles d’exercice de leur métier et des obstacles auxquels se heurtent actuellement leurs élèves, tandis que Torossian et Launay s’en tenaient à des généralités sur la pédagogie des mathématiques et sur le plaisir que celles-ci peuvent procurer. Quant à Isabelle Gallagher, elle a déploré que les mathématiques soient utilisées à l’école comme outil de sélection, voire de discrimination, qu’elles « clivent », qu’elles « excluent » et qu’elles « cassent », alors qu’elles devraient au contraire être une discipline où l’on apprend à réfléchir, à contredire à l’aide d’arguments appropriés. Isabelle Gallagher s’était exprimée dans le même sens au mois de novembre dans une table ronde que L’Humanité (accès restreint) avait consacrée à la place des mathématiques dans la société, à l’occasion du lancement de l’année des mathématiques et de la poursuite de la mise en œuvre de la réforme du lycée.

Le site PositiveR s’est intéressé à une professeure de mathématiques qui, dans son collège (public) de Seine-Maritime, a adopté une pédagogie très personnelle, inspirée des méthodes Montessori, qui s’affranchit des standards de l’éducation nationale. L’enseignante s’appuie sur tout un matériel pédagogique qu’elle a constitué elle-même, et dont on peut avoir un aperçu sur son blog.

La création de laboratoires de mathématiques dans les lycées, mais aussi dans les collèges, voire dans les écoles, est comme on le sait un des instruments proposés par le rapport Villani-Torossian en vue d’améliorer l’enseignement des mathématiques. Comme nous le remarquions dans notre revue de presse du 1er novembre 2019, il y a deux façons très différentes de concevoir de tels laboratoires. La première version consiste à en faire des lieux de formation (le plus souvent sans formateurs...) des professeurs, ersatz d’une formation continue institutionnelle déliquescente, et où les élèves ne sont guère concernés. Tel est l’esprit dans lequel la mise en œuvre de la plupart de ces laboratoires s’effectue actuellement. Le dernier exemple en date est la création du premier laboratoire de mathématiques en Guyane, rapportée par La 1ère, la chaîne locale de France Télévisions. Il y a heureusement une deuxième conception du laboratoire de mathématiques, plus conforme à ce qu’avaient imaginé Émile Borel et Jean-Pierre Kahane. C’est alors un lieu dédié principalement aux élèves, où ils peuvent s’approprier les mathématiques par l’expérimentation, la manipulation, le travail collaboratif. C’est aussi très formateur pour les professeurs (mais ça ne remplace pas une véritable formation !). Un tel laboratoire, consacré aux mathématiques et aux sciences en général, vient d’être créé dans une école élémentaire du Tarn : Le Journal d’Ici (Tarn Lauragais) nous en parle, et on peut aussi consulter cette vidéo. Cet exemple est encourageant dans la mesure où l’enseignement des mathématiques à l’école primaire est un des sujets les plus brûlants. La formation des professeurs des écoles est gravement insuffisante et y remédier est l’une des mesures les plus urgentes que recommande le rapport Villani-Torossian. Des « RMC » (référents mathématiques de circonscription) doivent être désignés. Mais on n’en est qu’au début du processus et les moyens humains et financiers sont à l’évidence insuffisants pour qu’on puisse espérer avoir à court terme un référent par circonscription. Même l’objectif plus réaliste d’un référent par département ne sera pas facile à atteindre cette année.

L’article que Le Figaro (accès restreint) consacre au bilan des premiers constats faits sur le terrain par les RMC déjà en place n’est guère optimiste. Il fait état d’un « enseignement peu structuré, survolé » et affirme que « les professeurs des écoles ont du mal à changer leurs pratiques ». Il serait mal venu de le leur reprocher, vu la formation qu’ils reçoivent !

Pour la semaine des maths toute proche (9 au 15 mars), les professeurs des écoles peuvent trouver pas mal d’idées d’activités sur ce blog. De nombreuses ressources et des activités « clés en main » y sont librement téléchargeables, et s’il y a aussi une partie commerciale, elle est bien séparée du reste, dans une colonne discrète à droite de l’écran.

Histoire

Quelques mathématiciens d’antan apparaissent ici et là ce mois-ci. Dans Le Devoir, Normand Baillargeon développe le playdoyer du logicien et philosophe des sciences Bertrand Russell pour l’enseignement des mathématiques, jugeant qu’« il faut voir plus loin que leur utilité pratique et les envisager comme une fin en soi » parce qu’elles « possèdent “la beauté suprême – une beauté froide et austère” », qu’« une de [leurs] grandes vertus est de faire découvrir, de consolider, de renforcer la confiance des élèves en la raison », et qu’elles « nous donnent l’impression d’entrer dans un monde bien réel (le monde intelligible) mais autre que celui de tous les jours ».

JPEG - 432.3 ko
Pluton, qui n’aurait pas été découverte sans Elizabeth Williams

Enviscope rappelle que « sans André-Marie Ampère, pas de mobilité électrique » et liste ses principales découvertes dans le domaine. On aurait aimé parler de Jean-Baptiste d’Après de Mannevillette, qui a peut-être observé le passage de Vénus devant le Soleil en 1769, mais l’article dans Ouest-France est en accès réservé. Cela laisse plus de place pour Elizabeth Williams, dont le Huffington Post rappelle le rôle fondamental mais longtemps ignoré dans la découverte de la planète naine Pluton il y a quatre-vingt-dix ans : elle a en effet réalisé les « calculs incroyables » qui ont permis de prédire l’emplacement de Pluton et son observation par Clyde Tombaugh après sa découverte théorique par Percival Lowell.

À l’honneur

JPEG - 108.4 ko
Katherine Johnson

Katherine Johnson, qui est décédée ce mois-ci, a connu une postérité plus grande mais sa carrière n’est pas sans rapport avec celle d’Elizabeth Williams. Comme Le Monde le rappelle, « pendant sa carrière de trois décennies pour l’agence spatiale, Katherine Johnson a développé des équations cruciales ayant permis aux États-Unis d’envoyer des astronautes en orbite et sur la Lune, des formules toujours utilisées dans la science aérospatiale contemporaine. Elle a notamment calculé les trajectoires d’Apollo-11, la mission historique qui a fait de Neil Armstrong le premier homme à marcher sur la Lune en 1969. » Sa vie a inspiré le livre Hidden Figures et le film Les Figures de l’ombre présentés dans un “Mathematical moment” de l’AMS. ITV News propose une nécrologie en anglais, Numerama lui attribue « quatre avancées scientifiques majeures », La Croix et La Voix du Nord annoncent sa disparition.

Pour rester dans le domaine de l’astronomie, signalons que le prix Crafoord a été attribué à Eugene Parker, qui « avait prédit l’existence des vents solaires ». Le Monde mentionne vaguement l’autre prix attribué au mathématicien « Enrico Bombieri, [qui] a été distingué “pour ses contributions exceptionnelles et influentes dans tous les grands domaines des mathématiques, en particulier la théorie des nombres, l’analyse et la géométrie algébrique”. »

Toujours dans les prix prestigieux, et même si ce n’est pas dans la presse, mentionnons l’exposition organisée à Rennes par le Centre Lebesgue à la mémoire de Maryam Mirzahkani, première et seule femme lauréate de la médaille Fields.

La célébrité de Cédric Villani, autre lauréat de la médaille Fields, lui vaut, apprend-on dans Sciences et Avenir, que « des chercheurs ont baptisé une nouvelle espèce d’araignée Araniella villanii » ! Cet « hommage » lui est rendu à cause des broches qu’il porte sur son costume avec la lavallière, un look pour lequel il est surnommé le « Lady Gaga des maths ». La dernière conquête de cette dernière est d’ailleurs, d’après Public, « un petit génie diplômé de mathématiques et d’informatique à Harvard ».

Mickaël Launay, « montreur de maths » pour Le Monde qui dresse son portrait, a fait une tournée le long de la Loire : à Cholet le 5 février, repéré par Ouest-France, qui lui consacre un deuxième article (accès réservé), à La Châtre le 6, suivi par La Nouvelle République, mais aussi sur France Culture

Diffusion

Pour tou⋅tes
JPEG - 20.9 ko
Sophie Germain

Benoît Rittaud propose une promenade historique parmi les logarithmes en vidéo sur AuDiMath. Plusieurs blogs nous offrent des articles intéressants, comme celui de Marc Tertre sur Mediapart qui s’intéresse à la théorie des groupes, à la propagation des virus et autre coronavirus, mais aussi à Sophie Germain. Ceux de Breaking News, sans doute traduits par des robots, sont plus étranges. On lit ainsi un article assez confus sur l’algorithme binaire des calculs de puissances appliqué à la poésie, et un article plutôt historique sur les unités de mesure des longueurs en physique. Le blog de la BBC, lui aussi mal traduit par un robot, tente de nous accrocher avec un problème qui semble devenu planétaire ! « Il faut changer la réputation des mathématiques ! »

JPEG - 23.6 ko
Évariste Galois (1811-1832)

Ce n’est pas faute d’avoir de nombreuses initiatives dans ce sens, comme celle rapportée par Le Parisien de Genevilliers, ville qui accueille chaque année plus de 2000 visiteurs dans le festival Math’Gic, et sa bonne idée de créer un « jardin des mathématiques ». Dans ce même registre, l’année des mathématiques continue. Des portraits de mathématiciennes et de mathématiciens ont été réunis par le CNRS sur le site dédié. L’agence d’information d’Afrique centrale nous apprend que l’académie d’Orléans-Tours organise un tournoi d’awalé pour près de 1500 élèves congolais. On sent aussi la semaine des mathématiques approcher avec des annonces à Grenoble, avec le teaser du spectacle Trois petites fugues mathématiques ou la conférence gesticulée Les maths et moi annoncée aussi par L’Écho des sciences.

JPEG - 583.7 ko
Jeu de symétrie à Mayotte

Le Journal de Mayotte nous informe d’une belle initiative qui a eu lieu au CUFR avec une conférence intitulée « La Mer et l’infini », union entre la poésie et les mathématiques.

Enfin un épicier du Bronx, quartier déshérité de New York, a eu une idée originale pour faire aimer les mathématiques : tout client qui résout correctement un problème de mathématiques (en fait un calcul très élémentaire) posé par le commerçant peut emporter gratuitement tous les produits qu’il aura pu prendre dans les rayons pendant une durée de cinq ou dix secondes. L’histoire est racontée sur RTL, sur BFMTV, et l’épicier a posté des vidéos sur son compte Instagram.

En milieu scolaire

L’année des mathématiques touche principalement le milieu scolaire. Le Midi Libre nous apprend que le lycée Joffre de Montpellier a inauguré son labo-maths baptisé Maryam Mirzakhani.

Les Échos Sciences rapporte la visite de collégien·nes membres de clubs de maths inter-classes supportés par MATh.en.JEANS et le dispositif « 100 parrains pour 100 classes » de l’université Grenoble Alpes sont allé·es visiter le laboratoire Jean Kuntzmann. Les élèves sont initié·es à la démarche scientifique à travers des projets en groupes de niveaux mélangés, c’est une belle initiative, avec en prime un exposé d’histoire des maths où on leur a présenté quelques mathématiciennes méconnues ! La prochaine étape pour ces élèves sera la présentation de leurs projets sous forme d’atelier ou d’exposé lors du 31e congrès MATh.en.JEANS, qui se tiendra dans différentes villes entre mars et mai.

Le Télégramme nous propose lui une mise en bouche avec des élèves de CM1 qui allient mathématiques et gourmandise. Le même Télégramme souligne l’initiative de l’association « Les filles qui » et l’organisation d’un « coding-goûter » à destination des jeunes filles pour leur montrer qu’elles ont leur place dans les études de mathématiques et de sciences. Toujours en Bretagne, Le Télégramme encore a remarqué les très bonnes réalisations de l’Île Logique qui est intervenue auprès de collégiens de 4e.

Les initiatives foisonnent dans les collèges. Ouest-France loue les émissions de radio où des élèves sont venus enregistrer leurs chroniques au studio Plum’FM de Sérent, mais encore ceux du collège Henri-Becquerel d’Avoine qui réalisent d’excellents petits films diffusés sur une chaîne YouTube.

Pour finir, les concours continuent avec un rallye à Montchanin rapporté par Le JSL, le concours EurêkaMaths dont parle La 1ère (sic) à Miquelon ou le concours international Caribou remporté par une jeune Turque et rapporté par TRT.

Parutions

JPEG - 335.2 ko
Singularité de Prandtl-Glauert

Les numéros de Tangente se suivent et ne se ressemblent pas. Commençons par le dernier hors série arrivé début février, « Les mathématiques au cœur de l’emploi », qui devrait combler ceux qui ont des difficultés pour expliquer à quoi servent les mathématiques et intéresser tous ceux qui se posent la question de la pertinence de faire des mathématiques. Il a été réalisé avec la collaboration de l’Agence maths-entreprises (AMIES).

Ce numéro inaugure une nouvelle maquette, détaillée dans l’éditorial par Gilles Cohen, qui insiste aussi sur le fait que les compétences en mathématiques sont de plus en plus recherchées dans l’industrie et le monde de l’économie. « Elles le sont aussi bien par les grands groupes que par les PME ou les start-ups, et touchent un éventail de métiers de plus en plus important » soulignent Nicolas Nguyen et Fabrice Mahé dans « La compétence mathématique au cœur de la demande ». La revue a toujours abordé à la fois les aspects théoriques et les applications des mathématiques, mais ce hors série constitue une remarquable synthèse des domaines où les mathématiques s’invitent tous les jours de plus en plus. C’est un « zoom » sur les métiers des mathématiques, une mine d’informations pour les lycéens, les enseignants (et pas seulement de mathématiques), les parents, les décideurs, qui mérite une large diffusion.

Par ailleurs, le numéro de février-mars invite ses lecteurs à découvrir une « déroutante discontinuité ! » et un pan important de l’histoire des mathématiques. Vous y (re)trouverez par exemple l’émergence des fonctions discontinues, les séries de fonctions, le phénomène de Gibbs, les distributions ainsi que les paradoxes qui ébranlèrent les mathématiques, les théorèmes d’incomplétude de Gödel, des autoréférences à tous les étages et dans plusieurs pages... Un article devrait particulièrement attirer l’attention de « ceux qui ont des enfants en seconde et qui n’ont pas dans leur entourage immédiat un professeur de mathématiques » : Alice Ernoult et Sébastien Planchenault veulent aider à « Choisir ou pas la spécialité “mathématiques” en première ? ». L’ancienne présidente et l’actuel président de l’APMEP apportent un éclairage précieux à ceux qui se posent « la question : quelles spécialités choisir en première ? En particulier, est-il judicieux de prendre les mathématiques ? »

En mars, dans la rubrique Logique & calcul de Pour la Science, Jean-Paul Delahaye emmène ses lecteurs dans une promenade originale comme toujours : « Des balises qui émettent du bon hasard », il nous explique que si créer du hasard n’est pas simple, voire mathématiquement impossible (« Cependant, on admet que les méthodes à base de mécanique quantique créent un hasard probablement correct, et même que certaines méthodes purement algorithmiques donnent des séquences aléatoires si proches du hasard parfait qu’on peut les utiliser en toute tranquillité »), « des sources publiques de nombres aléatoires, infalsifiables et contrôlables a posteriori, sécuriseraient de nombreux protocoles, comme les tests de médicaments, les tirages au sort du loto ou le choix des jurés d’assises. »

JPEG - 292 ko
Zu Chongzhi (mathématicien et astronome chinois)

La science chinoise s’est développée très tôt, mais elle a été très longtemps ignorée en Occident. Après une période de stagnation nous assistons de nos jours à un réveil spectaculaire. Où en est-on ? La Recherche consacre le dossier de son numéro de mars à la Chine : Enquête sur la science en Chine. Ce dossier sous-titré « Spécial Chine - Nouveau dragon de la science » permet d’avoir une bonne idée de l’état actuel des avancées, des points forts ou moins forts dans de nombreux domaines, des questions qui se posent, des perspectives et des enjeux. Écologie, spatial, intelligence artificielle, numérique, immunologie, enseignement supérieur, questions liées à l’éthique... Le champ balayé est large. L’article d’Anne Debroise, Coronavirus : les virologues montent au front, traite de la « gestion critiquée de la crise par les autorités [qui] pourrait fragiliser le pouvoir chinois » et complète celui de Michel Grenié qui avait été déposé dans les actualités du site mi-février. Et dans sa chronique mathématique mensuelle, La Chine, championne incontestée des Olympiades, Roger Mansuy surfe sur le thème principal de ce numéro. Il est vrai que les résultats aux Olympiades internationales de mathématiques (OIM) des jeunes chinois sont impressionnants : 1 médaille de bronze, 13 d’argent et 106 d’or en vingt ans ! Gageons que la très ancienne tradition mathématiques de ce pays n’est pas près de s’éteindre. Bien sûr vous retrouverez par ailleurs les autres rubriques habituelles comme la chronique numérique de Serge Abiteboul, « Les algorithmes ou la recherche de l’élégance », qui écrit : « ce qui me guide, ce n’est pas le détail de l’algorithme, mais bien sa forme, son élégance. Ce n’est pas juste le but qui compte, c’est aussi le mouvement, la calligraphie, le chemin pour y arriver. »

En librairie, les éditions Beauchesne nous proposent un ouvrage du philosophe Jean-Marie Nicolle : Le laboratoire mathématique de Nicolas de Cues. « Quelle est la nature des objets mathématiques ? Sont-ils des essences indépendantes ou des productions de la pensée humaine ? Quelle est la fonction des objets mathématiques dans la pensée du Cusain ? Sont-ils des illustrations, des analogies, des symboles, des paradigmes ? Comment les mathématiques pourraient-elles préparer à la théologie ? Si une “théologie mathématique” peut faire avancer la théologie, notamment pour penser la Trinité et la Création, des “mathématiques théologiques” sont une catastrophe pour le progrès de la science. »

Mais peut-être préférerez-vous une BD à la philosophie ? Une BD qui parle d’analyse mathématique ? Le Geek junior vous recommande Les mathématiques en BD, une tentative pour réconcilier les étudiants récalcitrants avec les mathématiques.

Nous avons déjà parlé de La Bible des codes secrets d’Hervé Lehning. Science et Vie lui consacre une interview qui n’est, hélas, accessible qu’aux abonnés.

Très récemment sorti, Une machine comme moi, version française de Machines like me and people like you, le roman d’Ian McEwan publié chez Gallimard ne laisse pas indifférent. « Dans un monde qui ressemble à s’y méprendre au nôtre, quelques détails dissonent : les Beatles sont toujours au complet, les Anglais ont perdu la guerre des Malouines et le chercheur Alan Turing est encore en vie. » Citons Le Devoir : « Avec ce roman troublant à l’humour un peu noir, toujours profond, à travers lequel il imagine et explore les limites de l’intelligence artificielle, Ian McEwan amuse et fait réfléchir. »

Art

Pixels

JPEG - 340.5 ko
Yayoi Kazuma, Inhotim

Suivant les conseils du Monde, les amateurs de pixels se rueront à la Gaîté-Lyrique, où Adrien M et Claire B : « le duo d’artistes multidisciplinaire présente l’exposition Faire corps jusqu’au 3 mai », une « installation euphorisante, dont les nuées numériques nous emportent dans leurs flux scintillants ». Une fois cette exposition terminée, il sera temps d’aller à la Tate Modern de Londres pour voir deux Infinity Rooms de Yayoi Kusama : « Ma vie est un pois perdu parmi des milliers d’autres pois ».

Plus classiquement, dans la presse quotidienne régionale, Le Mag Centre invite à découvrire l’exposition « Vu du ciel » – « une peinture conceptuelle ? » – de Dominique Émard : « la cartographie satellitaire de Dominique Émard propose une vue prégnante de l’humanité contemporaine dans la pure géométrie de l’empreinte de son espace de vie ». La Nouvelle République nous fait découvrir « Myriam Djaouk, [qui] expose tout en géométrie ». À Montpellier, actu.fr annonce une exposition [3] « entre graffiti et géométrie à l’espace Saint-Ravy » d’Asto et Siko.

Mathématiciens artophiles et artistes mathématophiles américains

PNG - 1.1 Mo

On apprend dans Techno-Science.net que Jean-Philippe Burelle, professeur à l’université de Sherbrooke, se propose de « visualiser des univers géométriques en mathématiques ». Sa version de la courbe de Veronese (en) est particulièrement adaptée au mois de la Saint-Valentin !

La Dépêche annonçait fin janvier que « le compositeur américain Tom Johnson, qui s’inspire des mathématiques », était à l’honneur de la semaine du son à Albi. On trouve facilement des extraits sur Internet, par exemple Vermont Rythms.

Par ailleurs, Connaissance des arts annonce le décès de Jack Youngerman, « pionnier de l’abstraction géométrique ».

JPEG - 49.3 ko
Jack Youngerman, White blue construction
Article édité par Jérôme Germoni

Notes

[1Les spécialistes auront reconnu dans la représentation du modèle SIR une chaîne de Markov. Le coefficient est le rayon spectral de la matrice de transition associée.

[2Rappelons qu’en avril dernier, la rubrique pixels du Monde avait relayé l’appel lancé par cinquante-cinq chercheurs à Amazon pour qu’il ne vende pas son logiciel Rekognition de reconnaissance faciale à la police, à cause de biais dus à un « taux d’erreurs plus important pour les femmes et les personnes non blanches ».

[3L’exposition est ouverte jusqu’au 1er mars, il est peut-être encore temps ? (Sans doute pas.)

Partager cet article

Pour citer cet article :

L’équipe Actualités — «Revue de presse février 2020» — Images des Mathématiques, CNRS, 2020

Commentaire sur l'article

Laisser un commentaire

Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?