Revue de presse février 2021

Le 1er mars 2021  - Ecrit par  L’équipe Actualités Voir les commentaires

Toujours à l’affût de diversions de la pandémie, jetons-nous dans le livre d’Étienne Ghys sur La Petite Histoire des flocons de neige (Odile Jacob) ! Cela pourrait nous rappeler que les stations de ski sont fermées – pour cause de Cov... Qu’à cela ne tienne, allons explorer les résultats de la recherche. Tentant mais l’activité dans les universités est fortement ralentie : Le Monde parle même de « décrochage sévère » provoqué par la pand... Finalement, la diversion du mois est amenée par la ministre elle-même – faut-il s’en réjouir ?

Recherche et applications

Une machine à inventer des formules

Après avoir permis aux mathématicien⋅nes de dormir enfin sur leurs deux oreilles grâce aux assistants de preuve, qui certifient les démonstrations avec une fiabilité presque totale, les ordinateurs vont-il finalement leur donner des nuits blanches en formulant des conjectures défiant l’imagination ?
C’est ce qui pourrait se produire un jour, si l’on en croit le projet d’une équipe de chercheurs en apprentissage profond, récemment publié dans Nature et présenté par Numerama, Marseille News (!) ou Science Post.

La découverte mathématique est souvent le fruit de deux phases plus ou moins successives : on devine un énoncé, ou plutôt on le soupçonne, puis on en produit une démonstration au terme d’un travail plus ou moins long et laborieux. De manière inhabituelle, les auteurs ont ici confié à l’ordinateur la première tâche, en lançant leurs algorithmes à la poursuite d’identités liant certaines valeurs remarquables telle que la base de l’exponentielle $\mathrm{e}$ ou la constante d’Apéry $\zeta(3)$ à des fractions continues. Leonard Euler ou Srinivasa Ramanujan sont connus pour avoir imaginé de telles perles (entre autres).

Un grand nombre d’identités ont été proposées par l’ordinateur ; certaines ont été retrouvées dans la littérature, d’autres démontrées depuis la première pré-publication ; enfin, certaines restent aujourd’hui conjecturales.

Notre préférée ?
\[ \frac{24}{\pi^2} \underset{?}{=} 2 + \frac{8 \cdot 1^4} {16 + \frac{8 \cdot 2^4} {44 + \frac{8 \cdot 3^4} {86 + \frac{8 \cdot 4^4}{142+ \cdots } } } } \]
avec $2 = 7 \times 0 \times 1 + 2$ ; $16 = 7 \times 1 \times 2 + 2$ ; $44 = 7 \times 2 \times 3 + 2$, etc.

La liste des formules produites ainsi que leur statut sont maintenus à jour sur la « Ramanujan machine ».

Applications

Ce sont encore des techniques d’intelligence artificielle, cette fois-ci dans le domaine médical, qui donnent un espoir de pouvoir diagnostiquer précocement la maladie d’Alzheimer, améliorant les perspectives de traitement. Grâce à un nouvel équipement, une équipe transdisciplinaire de l’université de Poitiers va être en mesure d’analyser les données produites par spectroscopie par résonance magnétique afin d’identifier des marqueurs précoces de la maladie.

L’apprentissage automatique est aussi une des bases de l’« analyse quantitative » (AQ) pratiquée par les « hedge funds aujourd’hui », les modèles mathématiques une autre, explique Trust my science.

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Véhicules autonomes

L’AQ est un exemple de situation parmi tant d’autres où des décisions importantes sont prises par des algorithmes que les spécialistes comprennent peut-être mais les autres, assurément pas. Le blog binaire du Monde interroge deux informaticiens dont les recherches visent à « garder le contrôle et la compréhension du fonctionnement » des algorithmes en luttant contre « l’opacité des systèmes algorithmiques ». Ils distinguent pour cela « quatre concepts essentiels que nous appelons respectivement transparence, explication, justification et contestation » et évoquent des « défis » à relever pour rendre ces explications ou justifications compréhensibles des utilisateurs non informaticiens, modulable selon leurs besoins et évaluables.

Autre gros enjeu de société, la protection des données faisait l’objet d’une conférence publique virtuelle organisée par l’université de Lausanne. Heidi News a rencontré l’un des orateurs, le mathématicien Paul-Olivier Delahaye.

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Optimisation de la course d’un pur-sang

Amandine Aftalion veut aller vite : après avoir proposé une nouvelle forme de piste d’athlétisme pour améliorer les records sur 200 m (cf. la revue de presse précédente), elle propose ce mois-ci « un modèle mathématique pour optimiser la course d’un pur-sang » dans La Lettre innovation du CNRS. Son collègue Emmanuel Trélat, qui cosignait l’étude pour le 200 m, veut aller encore plus vite et, dit Science & Vie, construire ou exploiter des « ”autoroutes interplanétaires” pour voyager dans l’espace » jusqu’à Mars.

Vie de la recherche

Après une année de pandémie, la vie de la recherche n’échappe pas à une situation de plus en plus complexe. Alors que les instances politiques européennes s’enthousiasment de la déclaration de Bonn sur la liberté de la recherche scientifique, la dynamique de la recherche et sa liberté sont malmenées.

Ainsi, Le Monde nous alerte sur un « décrochage sévère » et un ralentissement de la recherche, ce qui est visible dans le nombre de publications et de nouveaux projets de recherche. Plusieurs témoignages d’enseignants-chercheurs déplorent le manque de moyens et d’anticipation liés à l’activité à distance, notamment les enseignements et le suivi des étudiants. On retrouvera cette problématique sur France Culture, où les sociologues Stéphane Beaud et Mathias Millet présentaient L’Université pour quoi faire ? (PUF). Entre la précarité étudiante, la reproduction des inégalités, et la loi de programmation pluriannuelle de la recherche (LP(P)R), les difficultés sont grandes et l’ambiance morose. Comme il se doit, l’actualité de cette émission fait un arrêt sur image sur la polémique lancée par la ministre Frédérique Vidal sur l’islamo-gauchisme qui gangrènerait l’université. Une tribune dans Le Monde d’un collectif de plus de 600 membres de l’enseignement supérieur s’insurge et demande la démission de la ministre lancée dans une « chasse aux sorcières ». Dans un même temps, typique du gouvernement, la ministre regrette la polémique sur France 24 et l’IGESR publie un rapport sur l’intégrité scientifique propre à garantir la confiance que la société accorde aux acteurs de la recherche. Le rapport fait des recommandations (douze, mais pas pour Hercule) qui comme on s’en doute vont de la création de référents, à des formations, en passant par les indicateurs en tout genre, le tout dans un respect des bonnes pratiques. Toujours dans ce même temps, le ministère se risque à une consultation sur l’article 5 de la célèbre LPPR qui concerne le recrutement des enseignants-chercheurs. Vous résisterez sans doute à vous exprimer sur la suppression du CNU et de la qualification pour un poste de professeur, aussi cinq thèmes ont été retenus, sur le doctorat et la HDR, les comités de sélection, le CNU, la qualification locale et les voies d’accès au corps des professeurs d’université.

Une nouvelle plus prometteuse nous vient de l’Afrique : l’Agence Ecofin rapporte l’initiative de l’université du Cap d’ouvrir une bibliothèque numérique en libre accès pour l’Afrique. Cette bibliothèque propose dans le cadre du développement de la science ouverte, des revues, monographies et manuels.

Parité

Une actualité de taille ce mois-ci, bien qu’elle soit passée presque inaperçue dans cette ambiance semi-confinée. Le 11 février dernier, c’était la Journée internationale des femmes et des filles de sciences. Le Centre international de rencontres mathématiques (CIRM) est particulièrement sensible à la place des femmes dans la communauté et propose plusieurs actions en leur faveur. Libération s’interroge sur la soi-disant désaffection des filles en sciences, où les stéréotypes et autres préjugés sont nombreux, culturels et sociétaux. On retrouvera aussi ces thèmes dans l’interview de Françoise Combes et et Barbara Mazzilli-Ciraulo par CNRS-Le Journal qui montrent qu’il est toujours possible pour une fille d’avoir aussi des rêves de sciences. Ce journal propose aussi un dossier consacré aux femmes en sciences dans lequel on retrouvera aussi des mathématiciennes. Si vous voulez tester vos connaissances historiques sur les mathématiciennes, l’université de Lorraine a produit un quiz fort utile.

En Afrique, on assiste à des efforts pour promouvoir l’accès des femmes aux études et aux carrières scientifiques.

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Le magazine féminin Femmes du Maroc décrit le déploiement dans ce pays du programme « Girls4Tech », qui a déjà permis de scolariser un million de filles dans le monde, et ambitionne d’atteindre les cinq millions d’ici 2025.
Le même sujet est traité dans Le Matin. Du côté du Togo, on apprend sur le site Élite d’Afrique que le Forum des éducatrices africaines (FAWE : Forum for African Women Education) a organisé, par l’intermédiaire de sa section togolaise FAWE-TOGO, un atelier de formation de formateurs sur le thème « Améliorer la participation et les performances des filles dans les domaines des sciences et de la technologie de l’ingénierie et des mathématiques (STEM) ».

Covid-19

Modèles et modélisateurs

Libération interroge Samuel Alizon (CNRS) et son équipe, qui mettent en ligne une version allégée de leur modèle dynamique d’évolution de l’épidémie : « Chaque fois qu’un journaliste ou un médecin nous appelait pour avoir notre avis sur l’épidémie, nous faisions tourner le modèle de notre collègue Mircea T. Sofonea. On s’est dit que le mieux était de le rendre public. » Le modèle est basé sur les seules données d’entrées en réanimation, considérées comme les plus robustes. Le reste est calculé (ce qui laisse soupçonner une stratégie bayésienne). On testera COVIDici sur Cloudapps. Ce modèle peut être utilisé à différents niveaux géographiques (national, régional, départemental...) et temporels. Le même Samuel Alizon dans The Conversation fait le point sur la dynamique de l’épidémie et sur la stratégie française, ainsi que sur les implications de l’émergence de variants plus transmissibles. Compte tenu du délai nécessaire pour voir l’effet de mesures prises, il importe de réagir à temps : des mesures comme le traçage ne sont plus tenables si elles sont prises trop tard. De plus, les variants plus transmissibles compliquent la tâche des prévisionnistes si leur fréquence augmente.

Vittoria Colizza (INSERM) fait le point le 23 février sur France Inter sur la progression actuelle des variants, dont la prévalence s’approche de 50 % sur le territoire national et va pousser à la hausse le nombre d’infections alors qu’il semble que le covid « historique » tendrait à induire une baisse. « Un renforcement des mesures permettrait de rester sur un plateau. »

Le blog binaire du Monde présente Carl-Joar Karlsson et Julie Rowlett, respectivement chercheur et chercheuse au département des sciences mathématiques de l’université technique de Chalmers et de l’université de Göteborg, qui appliquent des concepts de la théorie des jeux à la modélisation des comportements en période de mesures sociales anti-pandémie : « par exemple la décision de coopérer ou non en portant un masque pour limiter la propagation de la maladie est un « dilemme de la maladie » similaire à celui du prisonnier ».

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prisonniers masqués...

En fonction de diverses informations, les gens peuvent passer à tout moment de la coopération à la non-coopération. Les comportements et les taux d’infection sont alors utilisés pour créer des systèmes dynamiques et calculer les points d’équilibres (à la main !). L’évolution de la pandémie dépend alors des explications précises et de la pression sociale. Mais, bien entendu, ces résultats sont suspendus à l’hypothèse de rationalité des agents, base de la théorie des jeux. L’article se termine par « Ne sous-estimez pas votre adversaire.

  1. Étudiez la technique de votre adversaire pour identifier ses faiblesses.
  2. Combattez votre adversaire et exploitez ses faiblesses.
  3. Alors, portez votre masque comme le ninja de la figure et continuez à vous battre jusqu’à ce que cet ennemi corona soit vaincu !

Les mathématiques et la science sont de votre côté ! »

En Belgique, rapportait RTL.be en début de mois, un des pays les plus touchés par la pandémie, le modèle de Nicolas Franco (université de Namur) prévoit qu’un déconfinement en mai est possible en gardant le contrôle, grâce aux populations vaccinées. Le ministre de la Santé renvoie au groupe d’experts. Le 22 février, le Premier ministre présente dans L’Écho les modèles qui servent de base pour la prise de décisions : on devrait voir plus clair dans la seconde moitié du mois de mars, en particulier sur l’incidence du variant anglais.

Déchiffrer l’information et sa pertinence

The Conversation s’intéresse au choix des indicateurs grand public : mettre en avant sans précautions le nombre de décès « ne doit pas être un totem ». Les chiffres bruts ne tiennent pas compte des pertes d’espérance de vie dues aux mesures prises, qu’elles soient sociales ou de report d’opérations et de soins par surcharge des systèmes hospitaliers. « L’espérance de vie à la naissance l’an dernier a ainsi diminué de 0,5 an pour les hommes et de 0,4 an pour les femmes. » Le nombre de décès ne peut être l’unique objectif cible dans la lutte contre la pandémie. Le Point revient sur un accrochage entre une scientifique et un journaliste de la chaîne LCI sur l’interprétation de l’infographie du journaliste par oubli du lissage par moyenne mobile.

Stratégies

Cédric Villani présente dans TV5 monde un rapport de l’Office parlementaire d’évaluation, chargé d’étudier la stratégie vaccinale en France. Mais il en reste aux généralités sur l’épidémie et les vaccins et esquive la question sur la promesse du président d’avoir vacciné tous les consentants à la fin de l’été. Les Jours montre le rôle des modèles dans le choix opéré de vacciner d’abord les personnes âgées et celles atteintes de comorbidités. En revanche, si la vaccination conférait une immunité « stérilisante », c’est-à-dire sans risque qu’une personne vaccinée puisse porter quelque temps le virus (et donc servir potentiellement de vecteur), les modèles pencheraient vers une vaccination des plus jeunes. Mais cette éventualité est encore à l’étude.

La stratégie « Zéro Covid » est en débat dans un long article du Journal international de médecine. Adoptée par des gouvernements autoritaires et par trois îles (Australie, Nouvelle-Zélande, Taïwan) une tribune récente signée de médecins parue dans Le Monde en demande l’application en France. L’acceptabilité est le point d’achoppement majeur, ainsi que la difficulté d’obtenir un isolement total de la France (ou de la zone Schengen).

Variants et ARN

Le Point (accès restreint) revient sur la saga de l’ARN et sur ce qui va changer. « Une révolution de la vaccination a commencé. Pas seulement contre le coronavirus mais également, pourquoi pas, contre des tas de microbes, véritables tueurs en série pour certains... », et les applications thérapeutiques possibles.

Deux scientifiques assez longuement interrogés par France Culture, Étienne Simon-Lorière (Institut Pasteur) sur les variants et Steve Pascolo (hôpital universitaire de Zurich, cofondateur de Curevac) sur les vaccins à ARN. Ce dernier déclare : « Je suis un peu inquiet avec les vaccins adénovirus AstraZeneca, Spoutnik V et Johnson & Johnson. Ce sont des virus à ADN qui sont injectés. Là, il y a théoriquement certains risques de persistance de la molécule que vous injectez et du devenir de cette molécule qui peut théoriquement changer votre génome. » Cette déclaration est peut-être un peu trop ciblée, due à son long engagement pour les vaccins à ARN et ses liens avec des laboratoires privés.

Vaccins et vaccination

On trouvera les informations officielles sur la méthode de suivi de la vaccination sur le site data.gouv, avec les informations pour visualiser ou télécharger les différents fichiers.

La société franco-autrichienne de biotechnologie Valneva, basée à Saint-Herblain (Loire-Atlantique), a développé un candidat-vaccin contre le Covid-19 qui sera d’abord livré au Royaume-Uni. Pour une raison simple : Londres a financé les essais cliniques et l’extension d’une usine en Écosse. L’Union européenne, et donc la France, ne seront servies qu’en 2022. Les premiers résultats des essais cliniques devraient être connus en avril. La présidente des Pays de la Loire est en colère et parle dans Ouest France d’un échec français et européen pendant que les Britanniques augmentent leur commande selon Le Figaro.

À partir d’une note (26 janvier) du Conseil d’analyse économique, Le Monde (accès restreint) revient sur les causes profondes de l’échec Institut Pasteur-Sanofi :

  • crédits de recherche publique en baisse depuis une dizaine d’années, inférieurs de moitié par rapport à l’Allemagne ;
  • salaire moyen des chercheurs en début de carrière 63 % en dessous de la moyenne européenne ;
  • indicateurs en baisse (brevets et publications…).

France TV Info donne l’essentiel des résultats de l’article publié par The Lancet (après revue sérieuse par des indépendants…) sur le vaccin Spoutnik-V. À la fin de la phase 3 (20 000 participants), il serait efficace à plus de 91 % pour les symptomatiques. Les études se poursuivent pour les asymptomatiques. Ce vaccin est à vecteur viral, comme celui d’AstraZeneca.

Rémi Salomon, président de la commission médicale de l’AP-HP, recommande une seule injection de vaccin pour ceux qui ont déjà été atteints. Une étude récente présentée dans France TV Info montre que dans ce cas, il y a autant d’anticorps que lors d’une double vaccination.

Pour finir…

Un décret du 28 janvier porte à deux mètres la distance sociale en l’absence de port de masque (a priori passer d’un mètre à deux mètres divise par 8 la densité de covid).

Yves Rozenholc, professeur en science des données, plaide dans The Conversation et App..jogl pour créer un « Covid-19 Muséum », agrégateur de données sur la Covid-19, en accès libre, respectant les trois principes suivants : données ouvertes, science ouverte, recherche reproductible. Il s’appuierait sur le concept de « web distribué » pour relier entre elles les centaines de milliers de collectes effectuées à travers le monde (des documents de type données administratives, controverses, statistiques, jusqu’aux dessins d’enfants). Une application est prévue pour donner accès à ce musée virtuel.

En utilisant de multiples approximations disponibles (par exemple en utilisant le nombre estimé de covid dans les tissus d’un singe atteint, puis un facteur d’échelle pour ramener à l’homme, puis des estimations sur la population mondiale atteinte, et les dimensions du virus), un spécialiste de biologie mathématique de Bath arrive dans Slate à 200 millions de milliards de particules virales, et en maximisant le diamètre d’une particule, obtient 12 centilitres de liquide covidien dans le monde, qu’il peut mettre dans une canette classique de Coca-Cola. À votre santé...

À l’honneur

Depuis 2003, l’académie norvégienne des sciences et des lettres remet le prix Abel à partir d’une dotation initiale de 200 millions de couronnes norvégiennes pour un prix annuel de 6 millions de couronnes soit environ 600 000 euros. Ce prix est pensé comme un équivalent du prix Nobel, prix qui n’existe pas en mathématiques.

Une courte vidéo partant du voyage d’Abel à Paris explique l’origine du prix. Les vidéos des entretiens avec les deux derniers récipiendaires ont aussi été publiées alors que la cérémonie officielle en public n’a pu avoir lieu. Il s’agit de Hillel Furstenberg et Grigori Margulis. Cela permet d’en apprendre plus sur les travaux de ces deux mathématiciens ainsi que leurs parcours.

Timothy Gowers, médaillé Fields en 1998 et spécialiste des espaces de Banach et de combinatoire, a été nommé titulaire de la chaire « combinatoire » du Collège de France. Son cours intitulé « Outils de la combinatoire » a commencé fin janvier et les leçons sont visibles en vidéo sur le site du Collège de France. À cette occasion, Le Monde dresse le portrait de celui qui s’est aussi fait connaître pour être une figure de proue dans la lutte contre les éditeurs prédateurs et pour l’édition scientifique libre sans frais pour le lecteur ni l’auteur.

Honneur et droits humains

Il y a treize ans, le régime tchadien a été sauvé in extremis grâce à l’intervention de la France et en même temps il enlevait le mathématicien Ibni Oumar Mahamat Saleh qui est depuis officiellement « disparu ». Des témoignages mettent en cause le président Idriss Déby dans la mort d’Ibni Oumar Mahamat Saleh. Un prix est désormais décerné tous les deux ans à des mathématiciens d’Afrique centrale ou de l’ouest pour financer un voyage scientifique. Un article d’Images des Maths revient sur de nouveaux témoignages accablants pour le pouvoir en place. À l’occasion du treizième anniversaire de sa disparition, son fils publie un recueil d’énigmes mathématiques pour lui rendre hommage (cf. aussi la rubrique « parutions »).

Tuna Altınel, mathématicien lyonnais, est toujours retenu dans son pays natal, la Turquie, qui refuse de lui rendre son passeport malgré les acquittements dans les procès menés contre lui. Pour tenter de faire avancer les choses, la mairie de Villeurbanne a organisé une cérémonie de remise de citoyenneté d’honneur pour Tuna Altınel. Cela a eu un certain écho puisque Le Monde, Le Progrès, BFM TV, France 3 et d’autres ont rapporté l’évènement. Espérons que cela soit entendu jusqu’en Turquie.

Mathématiciennes

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Anna Erschler

Des mathématiciennes ont aussi été primées au cours de ce mois de février. Anna Erschler, spécialiste de méthodes probabilistes en théorie géométrique des groupes, a reçu la médaille d’argent du CNRS l’année dernière et l’institut des mathématiques du CNRS consacre un article à ses travaux. Il s’agit de marches aléatoires sur des groupes. Au sujet des médailles du CNRS, une médaille de la médiation scientifique sera décernée à partir de cette année. L’idée est de valoriser cette compétence indispensable pour faire connaître les travaux des scientifiques dans la société.

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Aline Bonami

L’autre mathématicienne primée ce mois-ci est Aline Bonami. Professeure émérite à l’université d’Orléans et ancienne présidente de la Société Mathématique de France, elle est internationalement reconnue pour ses travaux en analyse harmonique. Elle vient de recevoir avec Peter Ebenfelt le prix Bergman, décerné par l’American Mathematical Society. Ce prix consacre des travaux dans la suite de ceux de Stefan Bergman, mathématicien polono-américain. Le CNRS félicite la lauréate.

Enseignement

Un sujet brûlant

Dans le domaine de l’éducation, la deuxième quinzaine de février a été marquée par le tollé provoqué par les déclarations de la ministre de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de la technologie à propos de « l’islamo-gauchisme » à l’université. Tous les médias se sont emparés de ce qui est devenu une « affaire Frédérique Vidal », ne laissant que très peu de place au reste de l’actualité de l’enseignement, même celle liée à la pandémie. La polémique est rapportée et abondamment commentée dans les pages politiques des journaux. Contentons-nous ici de renvoyer à la présentation qu’en fait Le Dauphiné et à la tribune publiée par plus de 600 universitaires dans Le Monde (accès restreint), dénonçant une « chasse aux sorcières » et demandant « avec force la démission de Frédérique Vidal ». Le texte de cette tribune est en accès libre sur le site de l’université populaire de Toulouse. C’est aussi une pétition sur le site wesign.it qui, à la date du 28 février, a recueilli plus de 21 000 signatures. Ce nombre est, et de très loin, un record absolu : il représente près du quart des effectifs des enseignants en poste dans les établissements français d’enseignement supérieur.

COVID et enseignement

Parmi les sujets relégués au second plan, il y a les effets de la Covid chez les étudiants. Et ils continuent d’être dévastateurs ! L’édition de Besançon du média en ligne maCommune.info citait en janvier une motion du département de mathématiques de l’université de Franche-Comté qui faisait part de « sa profonde inquiétude » sur la réussite et la santé des étudiants. Les enseignants y déploraient un taux d’échec très élevé, qu’ils attribuent à l’enseignement en distanciel, et demandaient une réouverture d’urgence du campus pour accueillir les étudiants. Comme nous le signalions le mois dernier, ils ont été partiellement entendus, et certains enseignements ont pu avoir lieu en présentiel. Mais pour chaque étudiant, ce retour à la fac a été limité à un jour par semaine. C’est ce que France 3 Bourgogne Franche-Comté a constaté à la faculté des sciences et techniques de Besançon. La télévision régionale explique que cette mesure résulte de la volonté du président de la République de « limiter les décrochages et les difficultés psychologiques ».

Un jour de présence par semaine suffira-t-il pour atteindre cet objectif ? On peut en douter après la lecture d’un sondage de l’institut Odoxa qui indique que « les jeunes ne voient pas le bout du tunnel ». Slate, sous le titre : « Les étudiants ont désormais leur propre grande dépression », fait état de ce sondage et rappelle une enquête bien antérieure à la Covid, réalisée en 2016 par l’Observatoire de la vie étudiante, qui mettait déjà en évidence de sérieuses difficultés matérielles et psychologiques. Fatigue, stress, troubles du sommeil, sentiment d’isolement : ces symptômes déjà constatés n’ont pu évidemment que s’aggraver avec la crise actuelle. Mais les étudiants ne sont pas les seuls à en souffrir. Les enseignants sont eux aussi « au bord du burn-out », nous dit Le Monde (accès restreint). Sa journaliste constate que « le moral est au plus bas dans la communauté universitaire » où règnent « une grande lassitude et, parfois, les premiers signes d’une dépression ».

Sur France Culture, l’émission Les Pieds sur terre a recueilli des témoignages d’étudiants qui reconnaissent avoir triché lors d’épreuves d’examen à distance. Juliette a utilisé deux ordinateurs et un système de fiches qui l’ont aidée à être reçue aux examens de son master de psychologie : triche artisanale, individuelle, à l’ancienne. Pour Sophie, étudiante en troisième année d’école de commerce, la tricherie a été organisée à une tout autre échelle : toute sa classe y a participé, utilisant abondamment la communication en réseau. Quant à Benjamin, il s’est placé sur le terrain juridique en contestant l’utilisation par l’université de Genève d’un logiciel anti-triche qui aurait fait pour ainsi dire de la vidéosurveillance à distance pendant les examens d’économie. Son action n’a pas été inutile : le dispositif prévu a été nettement allégé, ouvrant la voie à de possibles tricheries. On peut toutefois se demander si, même allégée, une telle méthode de surveillance ne constitue pas une atteinte à la vie privée.

Les examinateurs auraient constaté une recrudescence de tricheries faciles à détecter, même à distance : « plagiat idiot de Wikipédia » ou encore « travail collaboratif avec des paragraphes entiers de réponses identiques, fautes d’orthographe comprises ». Une enseignante de Paris-Nanterre en témoigne dans Le Monde, qui décrit « une session d’examens marquée par le stress et la baisse du niveau ».

La question de la tricherie lors des évaluations à distance n’est pas vraiment abordée dans le rapport de l’Inspection générale sur Les Usages pédagogiques du numérique en situation pandémique durant la période de mars à juin 2020. On peut simplement y lire que certains enseignants « reconnaissent ne pas avoir pu mettre en place une évaluation objective, estimant que le travail était souvent collectif, l’entraide ayant été de mise » et que, par ailleurs, « la consigne a été celle d’une évaluation formative et bienveillante ». Évidemment, ce rapport ne concerne pas l’enseignement supérieur et le problème du contrôle des connaissances ne se pose pas de façon aussi aiguë dans le secondaire, et encore moins dans le primaire. Pour le reste, ce rapport plutôt lénifiant aboutit à une liste de huit « préconisations » (quatre à destination des établissements scolaires et quatre à destination de l’institution) qui ne sont que banalités ou langue de bois (« procéder à un état des lieux systématique et régulier sur la capacité à mener ou suivre des actions d’enseignement à distance » ; « s’entraîner en vraie grandeur » ; « développer la recherche sur les déterminants de l’efficacité de l’enseignement à distance dans le champ scolaire »…).

Il ne semble pas qu’il y ait une position officielle arrêtée sur la vaccination des étudiants. Sud-Ouest s’est penché sur cette question, évoquant notamment la position du député UDI Jean-Christophe Lagarde, qui a préconisé une vaccination massive des étudiants. S’appuyant sur le fait que le vaccin AstraZeneca n’est pas recommandé pour les personnes de plus de soixante-cinq ans, le député plaide pour son utilisation prioritaire auprès de la jeunesse étudiante.

Le nerf de la guerre

La frénésie de réformes dans l’éducation ne suffit pas à masquer une réalité qui a la vie dure : les moyens ne suivent pas. On le constate à tous les niveaux. À l’université, Le Monde (accès restreint) assiste à des « embouteillages » à l’entrée en master. « Le nombre de places offertes n’a pas augmenté en proportion du nombre de réussites en licence. Certains masters sont devenus très sélectifs et d’autres, moins attractifs, ne font pas le plein ». Les chiffres du ministère de l’Enseignement supérieur indiquent que le nombre d’étudiants en licence a augmenté de 155 000 entre la rentrée 2010 et la rentrée 2019, alors que la progression en master n’a été que de 70 000 sur la même période. « La pression qu’exerçait l’augmentation des bacheliers sur les premiers niveaux se déplace à présent sur les masters », explique Guillaume Gellé, vice-président de la Conférence des présidents d’université (CPU). Mais, aux syndicats du supérieur qui réclament une augmentation du nombre de places, le même Guillaume Gellé objecte, d’une part que les infrastructures actuelles ne le permettent pas, et d’autre part que « cela risquerait […] d’affaiblir l’employabilité à l’issue de nos formations ». Venant d’un des principaux responsables de notre enseignement supérieur, voilà un message particulièrement encourageant pour la jeunesse étudiante…

Les embouteillages dans l’enseignement supérieur, cela évoque bien sûr la plateforme Parcoursup. Le Parisien Étudiant lui consacre un guide spécial pour la campagne 2021-2022, avec la présentation des nouvelles formations, des conseils d’orientation, des témoignages… Le comité éthique et scientifique de suivi de Parcoursup a publié son bilan de la session 2020, analysé dans Le Monde (accès restreint). L’augmentation des formations sélectives (désormais 55 % des places offertes) ne lui a pas échappé, pas plus que celle du nombre de néobacheliers (+17 %). Le comité éthique et scientifique appelle donc à la vigilance et à la transparence, insistant sur l’importance de raccourcir les délais de réponse et soulignant que 41 000 candidats n’avaient reçu aucune réponse à l’issue de la campagne précédente.

Sur le même sujet, un autre article du Monde (accès restreint) parlait en janvier du « système D de l’accompagnement à l’orientation » et expliquait que « les professeurs principaux aident les lycéens dans leur choix sur un horaire non financé par l’Éducation nationale ». Pourtant, l’accompagnement à l’orientation est présenté comme « un impératif » par le ministère qui, dans sa récente réforme du lycée, a prévu pour cela un volume horaire de 54 heures pour chacune des trois années du lycée général et de 265 heures au total pour le lycée professionnel. Mais le financement de ces heures et leur inscription dans les emplois du temps des élèves sont laissés à la charge de chaque chef d’établissement ! Comme on le sait, Admission post-bac (APB), le système d’orientation en vigueur avant l’apparition de Parcoursup en 2018, recourait à un tirage au sort dans le cas où les demandes excédaient le nombre de places offertes dans une formation (cela n’existe plus dans Parcoursup). L’INSEE a publié une enquête sur ce que sont devenus les perdants des tirages au sort intervenus entre 2013 et 2017. Elle fait apparaître que les chances de réussite de ces candidats malheureux sont nettement moindres que celles des candidats ayant vu leur premier vœu exaucé.

Question moyens, l’enseignement secondaire n’est pas mieux loti que le supérieur. En cause, selon Le Monde (accès restreint), les efforts consentis en faveur de l’enseignement primaire, considéré comme prioritaire. Collèges et lycées perdront cette année 1800 postes, alors qu’ils n’en avaient perdu que 440 en 2020. L’article fait aussi état d’une baisse drastique des dotations horaires globales (DHG), en lycée comme en collège, et explique que les établissements sont contraints à réduire significativement leur offre d’enseignement, notamment en ce qui concerne les options, les langues vivantes ou encore les cours en petits effectifs.

Les maths, c’est dur à apprendre

Pourquoi sommes-nous de plus en plus nuls en maths ? La question revient tous les mois ! Cette fois, c’est Télérama (accès restreint) qui la pose, en l’illustrant par une célèbre et magnifique photo prise par Robert Doisneau en 1956 dans une école primaire.

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Deux et deux quatre ?

En admirant ce petit écolier rêveur et son camarade de banc qui pratique la méthode du coup d’œil auxiliaire, on pense irrésistiblement à la « Page d’écriture » de Jacques Prévert, agrémentée par les notes de Joseph Kosma et les voix des Frères Jacques ou d’Yves Montand. Pour ce beau moment de nostalgie, il sera beaucoup pardonné à Télérama, dont le corps de l’article semble (nous n’avons pas eu le privilège d’accéder à tout le contenu) être en harmonie avec la photo placée en exergue : de bons vieux clichés...

La question posée par Studyrama est un peu moins banale : « Maths : comment transformer ses connaissances en compétences ? » Il s’agit en fait de venir en aide aux futurs candidats au bac pour qu’ils soient mieux préparés aux épreuves de mathématiques. Le site d’information a interrogé pour cela une professeure de la discipline. Disons que les conseils qu’elle donne sont tout à fait raisonnables, mais peut-être moins inattendus que la question placée en titre par Studyrama.

Une note d’information du ministère de l’Éducation nationale publiée en décembre dernier donnait des indications chiffrées sur les choix d’options par les élèves entrés en terminale cette année pour préparer la première édition du nouveau bac. Le site de l’Institut national des sciences mathématiques et de leurs interactions (INSMI) du CNRS en donne une synthèse pour ce qui concerne les mathématiques.

Les maths, c’est dur à enseigner

C’est peu dire que le métier de prof de maths est peu attractif. Là encore, le constat est d’une triste banalité. Finances et big data attirent les diplômés en mathématiques bien plus sûrement que les salaires misérables de l’Éducation nationale et les problèmes de gestion de classe de plus en plus aigus. Le Monde (accès restreint) revient sur les résultats calamiteux de la récente enquête TIMSS 2019 où la France a l’insigne honneur de détenir la lanterne rouge dans le peloton des pays européens (voir notre revue de presse de décembre). Le journal estime à juste titre que, pour « renverser la vapeur », il faudra des enseignants motivés, et qu’il en faudra beaucoup ! Et ajoute, non moins opportunément : « On n’en prend pas le chemin ! ». Ce constat s’appuie sur l’évolution des effectifs d’inscrits au CAPES externe de mathématiques, qui ont baissé de 17 % en quatre ans !

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Charles Torossian

Charles Torossian, inspecteur général et coauteur du plan Mathématiques avec Cédric Villani en 2018, enfonce le clou : entre 1997 et 2010, le nombre de candidats à ce concours est passé de plus de 8 000 à moins de 3 000. Répétons ici (c’est une autre banalité mais elle n’a que peu d’écho) que 2010 est une date cruciale : celle de la mise en œuvre de la catastrophique mastérisation, qui a ouvert la voie à la destruction complète de notre système de formation et le recrutement des enseignants, à laquelle nous assistons, impuissants. Dans l’article du Monde, on demande à quelques experts leur avis sur les causes de la situation actuelle. Charles Torossian invoque le caractère trop généraliste des formations (bac scientifique à spectre large à partir de 1995, licences plurisciences), alors que « l’enseignement des maths [...] suppose une adhésion forte à cette matière ». Il s’abstient toutefois d’incriminer explicitement l’institution dans laquelle il exerce de hautes fonctions (et ose même parler d’une formation continue renforcée !).

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Edwige Godlewski

Quant à Edwige Godlewski, présidente de la Commission française pour l’enseignement des mathématiques (CFEM), elle constate que la mauvaise image dont souffre le métier d’enseignant en général provoque une fuite des talents plus sévère chez les matheux, à qui s’offrent des débouchés plus variés.

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Xavier Sorbe

Autre inspecteur général de mathématiques, et ancien président du jury du CAPES, Xavier Sorbe veut apporter une note d’espoir en remarquant une augmentation de la proportion de candidats en reconversion, qui ont donc une plus grande maturité. Il s’attend à les voir encore plus nombreux avec la montée du chômage. On se console comme on peut !

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Sébastien Planchenault

Sébastien Planchenault, président de l’Association des professeurs de mathématiques de l’enseignement public (APMEP) est beaucoup plus pessimiste. Il estime que la réforme en cours dans les lycées va encore aggraver la situation : la création d’options de mathématiques plutôt difficiles et la possibilité offerte à tous les lycéens de délaisser complètement cette matière auront pour conséquence d’accroître le choix d’autres métiers par les élèves les plus brillants et de tarir encore davantage le vivier des candidats potentiels au professorat.

C’est sans doute pour essayer de remédier à cette crise du recrutement que le ministère, comme l’a signalé Le Café pédagogique au début du mois, a décidé de créer un CAPES spécial pour recruter des professeurs à Mayotte. En réalité, une décision analogue a été prise pour la Guyane. On trouve des précisions réglementaires sur « les concours nationaux à affectation locale » sur le portail gouvernemental de la fonction publique et les récents décrets ouvrant de tels concours en Guyane et à Mayotte sont disponibles sur le site Légifrance. Ces mesures, qui semblent bien être sans précédent, ont provoqué des discussions animées sur des forums très fréquentés par les enseignants, comme Les-Mathematiques.net ou encore Neoprofs. Les internautes s’y inquiètent d’une éventuelle généralisation de ce système (on sait que l’idée de régionaliser le CAPES circule depuis longtemps dans les couloirs du ministère). Ils essayent de faire le parallèle avec les concours de recrutement des professeurs des écoles, qui ont toujours été décentralisés. Ils se demandent si ces concours à affectation locale seront ou non « plus faciles » que le CAPES usuel. Enfin ils s’interrogent sur les modalités pratiques de leur mise en œuvre. Notons que les décrets publiés n’ouvrent (pour le moment) ces concours que pour les sessions 2021, 2022 et 2023.

En bref

  • Situation surréaliste au lycée Diderot à Marseille : plus d’une centaine d’élèves qui n’avaient pas passé les évaluations contestées des épreuves communes de contrôle continu (E3C) se sont vu attribuer d’office la note 0. Aux protestations des élèves, des parents et des syndicats, le rectorat oppose, nous dit La Marseillaise, une fin de non-recevoir, indiquant que ces élèves payaient là les conséquences du mouvement de contestation de l’an dernier et « qu’ils n’avaient qu’à travailler plus pour rattraper les zéros »...
  • Le décès accidentel d’un professeur de mathématiques de trente-et-un ans, unanimement apprécié, a provoqué une énorme émotion au lycée Guy-Mollet d’Arras, où il enseignait (voir le site d’actualités d’Orange ou La Voix du Nord (accès restreint).)

Diffusion

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Pierre de Fermat, né à Beaumont-de-Lomagne

Partons comme souvent pour un tour de France et du monde des événements autour des mathématiques repérés par les médias en ligne. À Lille (58), une conférence sur les liens entre maths, beauté et art a été repérée par Zoom sur Lille. À Beaumont-de-Lomagne (82), Le Journal du Gers consacre un grand article à l’association Fermat Sciences, souvent citée dans ces lignes, à l’occasion de son assemblée générale annuelle. On revient ainsi sur la genèse de l’association, fondée suite à l’effervescence provoquée par la démonstration du grand théorème de Fermat par Andrew Wiles en 1994, et ses nombreuses actions réalisées depuis en milieu scolaire et pour le grand public, ainsi que le grand projet de rénovation de la maison de Fermat dont l’aboutissement est prévu en 2022.

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La bille sur la courbe brachistochrone gagne la course !

Côté scolaire, à Dol-de-Bretagne (22), Ouest France relate une présentation, par deux doctorants en mathématiques de l’ENS Rennes, sur les fascinantes courbes brachistochrones devant un groupe de collégien⋅es et lycéen⋅nes. À Rueil-Malmaison (78), c’est une centaine de lycéennes qui ont participé à une rencontre avec huit ingénieures pour échanger sur leur expérience en tant que femmes effectuant des carrières scientifiques, initiative bien nécessaire alors que seuls 28 % des ingénieur⋅es en France sont des femmes, rappelle Le Parisien. L’article souligne que la démarche a été accueillie avec enthousiasme par les élèves ; on peut toutefois regretter qu’il relate cette conférence destinée à « lever les freins et combattre les stéréotypes » en tombant lui-même dans ces stéréotypes quelques phrases plus tard, citant le « caractère bien affirmé » des intervenantes et leur capacité à allier « vie professionnelle et vie familiale ». Dommage !

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L’affiche de la compétition Mathématiques sans frontières

Pendant ce temps, pas moins de cinq cents classes de troisième et seconde qui se sont affrontées le 5 février dans l’académie de Strasbourg lors de la compétition Mathématiques sans Frontières, rapportent les Dernières Nouvelles d’Alsace. Quelques jours plus tard, le 11 février, se tenait un rallye de mathématiques organisé par l’IREM de Reims (Institut de recherche sur l’enseignement des mathématiques), compétition par classes entières ; le Journal de la Haute-Marne s’est rendu dans un collège de Chalindrey (52) pour y voir les élèves à l’œuvre. Enfin, à l’approche de la Semaine des mathématiques autour du 14 mars, France Bleu Bourgogne invite les lycéen⋅nes à participer aux Olympiades des mathématiques, qui consiste en deux épreuves de deux heures, l’une individuelle et l’autre par équipe.

Souhaitons aux participant⋅es d’y briller autant que l’équipe vietnamienne aux Olympiades internationales de mathématiques et de sciences : deux médailles d’or, cinq médailles d’argent et quatre médailles de bronze rien qu’en mathématiques, selon Vietnam + !

Pour susciter l’intérêt des élèves vis-à-vis de l’apprentissage des mathématiques, on recommande souvent de proposer des problèmes « appliqués », décrivant des situations « issues de la vraie vie ». L’idée est bonne mais la mise en pratique pas toujours à la hauteur ; ainsi, on voit parfois des énoncés tirés par les cheveux, si artificiels qu’ils n’ont plus grand-chose à voir avec la « vraie vie » ou qui voudraient encore, pour ne pas effrayer les élèves, cacher à tout prix leur teneur mathématique au risque d’en devenir confus. Fort heureusement, ce n’est pas toujours le cas : le Café pédagogique met à l’honneur le site MathsAMoi, sur lequel Dang Liem Do, professeur de mathématiques dans les Landes, propose plus de deux cents énoncés de grande qualité, conçus pour éveiller la curiosité des élèves du CM2 au BTS en étant au plus proche de leurs centres d’intérêt (séries, actualités, culture...), tout en maintenant un bon niveau d’exigence mathématique. Bref, une ressource précieuse et fort distrayante !

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L’atelier des potions vu par la peintre Evelyn de Morgan

France 3 Bourgogne-Franche-Comté, annonçant sans ambages que « Faire des maths en s’amusant, c’est désormais possible », s’intéresse à une autre initiative pédagogique développée par l’association « Plaisir Maths » : un jeu baptisé « L’atelier des potions », distribué à toutes les écoles de la circonscription de Vesoul (70) et destiné à faciliter l’apprentissage des fractions par les élèves de CM1 et CM2.

Dans la catégorie « inclassables », mentionnons cette interview d’un certain Stefano Diana, auteur d’un livre en italien nommé Noi siamo incalcolabili (« Nous sommes incalculables »), par le blog Internetactu. L’entretien aborde le thème, intéressant en principe, de la croyance trop enthousiaste dans le pouvoir des mathématiques à pouvoir modéliser absolument tout et n’importe quoi, en dépit des inévitables approximations et simplifications qu’un modèle engendre ; une croyance qui semble parfois se développer de plus en plus ces dernières années avec des conséquences qui peuvent être néfastes. S’il n’est pas désagréable d’entendre une voix qui nuance cette ferveur, on est plus loin ici d’une réflexion nuancée que d’élucubrations un peu vaines et alambiquées.

Sur un tout autre registre, 01net propose quelques astuces pour mieux utiliser la calculatrice intégrée sur le système d’exploitation Windows 10 – rien de renversant, mais ça peut toujours servir. Enfin, citons un court article de National Geographic sur la suite de Fibonacci et son lien au nombre d’or, qui vient compléter la vidéo dont nous parlions le mois dernier, toujours sans offrir un traitement particulièrement captivant de ce sujet si rebattu populaire.

Parutions

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Flocon de neige

Mi-février, Étienne Ghys était sur le plateau de Quotidien, l’émission de Yann Barthès, pour son dernier livre La petite histoire des flocons de neige (Odile Jacob), sorti opportunément en pleine tempête hivernale ! Quelques jours plus tard, on le retrouvait avec Mathieu Vidard dans La Terre au carré. L’ouvrage – recensé ici même – a été accueilli avec enthousiasme si l’on en juge par les commentaires : « Un livre drôle, très bien illustré et hyper pédagogique qui va ravir les enfants comme les parents », « un livre délicieux, super bien fait, rigolo, avec plein d’illustrations », « on comprend plein de trucs » nous dit TF1. « Un formidable voyage initiatique, pour tous les âges. Un livre où se mêlent la poésie et la science » écrit l’éditeur en toute objectivité. Avant d’écrire ce livre, l’auteur a fait plusieurs conférences sur « La Petite Histoire des flocons de neige », donc celle des Journées nationales de l’APMEP 2020, transcrite sur le blog de Claire Lommé.

La disparition le 3 février 2008 du mathématicien et homme politique tchadien Ibni Oumar Mahamat Saleh a profondément marqué la communauté mathématique. Vous trouverez de nombreux témoignages en ligne. Parmi les plus récents citons cet article de RFI ou cette tribune. Un prix portant son nom a été créé pour que sa mémoire « reste vivante et pour poursuivre son engagement en faveur des mathématiques en Afrique ».
À l’occasion du treizième anniversaire de sa disparition, pour lui rendre hommage à travers une de ses passions, un de ses fils, Mahamat Saleh Ibni Oumar, vient de publier un ouvrage d’énigmes mathématiques apprend-t-on sur le site de l’Action humanitaire africaine (AHA) : « 1000 énigmes mathématiques ». « Le livre rassemble des casse-têtes, rébus, jeux de logique ainsi que d’autres formes d’énigmes inspirées des arts et du patrimoine culturel du pays de Toumaï et de l’Afrique » précise Alwihda Info. A la fois donc un livre de mathématiques et un livre d’initiation aux cultures ancestrales du continent noir. Un très bel hommage.
La famille, ses amis, ses collègues poursuivent avec la communauté mathématique la quête de la vérité pour que le voile soit enfin levé sur cette tragédie.

Combien d’adolescents confrontés à des problèmes scolaires songent à arrêter les études ? Un sujet d’actualité souvent débattu ! Radio Canada International a invité Fatiha Temzi (voir l’interview sur You Tube) qui vient de publier son premier roman, Échecs et Math, un ouvrage qui souhaite faire échec à l’échec scolaire et que l’auteure destine à un public de 11 à 111 ans ! Elle a écrit ce roman parce qu’elle est convaincue que, pour une matière comme les mathématiques, « l’apprentissage va mieux se faire à travers un récit, une histoire, les jeux, les enseignements et les expériences » qu’en passant par des manuels classiques, « froids et impersonnels ». Ce livre aussi original qu’atypique « se veut être un conte moderne initiatique aux principes de base de la réussite éducative ».

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Mathéopolis

Encore un ouvrage atypique ! Le tome « zéro » de Mathéopolis est disponible depuis peu (et le tome 1 serait bien avancé). Pour l’instant vous ne pourrez le commander que sur le site de l’IREM de Lyon. Un extrait était proposé en décembre sur le site des Maths en Scène. Ce premier ouvrage est signé par Francis Loret, Pierre Seguin et Fabrice Lli. L’idée d’un ouvrage pour découvrir ou redécouvrir les mathématiques « à travers des situations concrètes, depuis l’Antiquité jusqu’à la recherche scientifique la plus actuelle » a été lancée par des enseignants de Maths pour Tous (Prix d’Alembert 2014 de la SMF) il y a plusieurs années. Elle s’est concrétisée l’an denier. Le public ciblé est large : « collégiens, lycéens, étudiants, enseignants, ou simples curieux désireux de mieux comprendre les mathématiques, leur histoire, et leur étonnante efficacité ». Un ouvrage agréable, magnifiquement illustré, superbement présenté que l’on peut mettre entre toutes les mains. Le site, bientôt opérationnel, proposera en complément « des cours, des vidéos, des activités, des exercices et des liens vers d’autres sites ». Nous lui souhaitons un large succès !

Revues

Hélas, nous n’avons pas trouvé les revues dans les kiosques avant le bouclage !

Histoire et arts

Deux articles sur l’histoire de la numération à noter. Dans The Conversation est esquissée l’histoire de nombres, de leurs prémisses dans des langues qui peuvent exprimer que les quantités « un », « deux » et « beaucoup » et les os d’Ishango, qui suggèrent des opérations arithmétiques sans véritables nombres il y a quelque vingt mille ans, jusqu’à l’importation du zéro en Europe, notamment sous l’influence de Léonard Fibonacci après un long séjour à Béjaïa (Algérie) et des voyages en Grèce, en Égypte et au Proche-Orient. « En 1202, son recueil Liber Abaci rassemble toutes les connaissances mathématiques de son temps. »
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Exemples de nombres écrits à la cistercienne

Près d’un siècle plus tard, les moines cisterciens utilisaient un système de numération exhumé par BBC News Afrique. Il permet de représenter astucieusement tous les nombres (entiers inférieurs à dix mille) par un seul symbole. Malheureusement, s’il est compact et par là même esthétique, cela le rend difficile à lire et pire, il est inopérant – c’est-à-dire tout à fait inadapté pour faire la moindre opération, tout comme les chiffres romains (allez donc ajouter DCXLVII et CXXV, et puis vous les multiplierez pour faire bonne mesure !). NB : L’article est paru en espagnol sur BBC Mundo en novembre dernier.

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Clavecin d’Érard

Concluons par les quelques lectures de vulgarisation du mois. The Conversation propose un bel article qui se propose d’expliquer par des arguments mathématiques la division de l’octave en douze intervalles dans de nombreux systèmes musicaux (qui se traduit par exemple par le fait qu’il y ait douze touches entre deux notes séparées d’une octave sur un piano). Cette structure se justifie par la volonté d’approcher au plus près l’harmonieux intervalle de quinte, ce qui revient mathématiquement parlant à choisir la meilleure fraction pour approcher un certain nombre irrationnel.

Enfin, peut-être voudra-t-on voir dans les Constellations de l’artiste minimaliste Frank Stella exposées à l’Aldrich Museum et présentées par le New York Times un rappel des flocons de neige contés par Étienne Ghys ?

Article édité par Jérôme Germoni

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Pour citer cet article :

L’équipe Actualités — «Revue de presse février 2021» — Images des Mathématiques, CNRS, 2021

Crédits image :

Image à la une - Image par Gerd Altmann de Pixabay
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img_24184 - Mathématiques sans frontières
img_24185 - Photo by Lorenzo Spoleti on Unsplash
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img_24187 - Evelyn De Morgan, Public domain, via Wikimedia Commons
img_24202 - The Abel Prize. Extrait vidéo YouTube
img_24203 - Académie des sciences
img_24204 - Femmes & Sciences
Flocon de neige - Wikipédia
Mathéopolis - Avec l’aimable autorisation de l’IREM de Lyon
Exemples de nombres écrits à la cistercienne - Source : BBC Afrique
Clavecin d’Érard - Source : Flickr
Optimisation de la course d’un pur-sang - Source : La Lettre innovation du CNRS
Véhicules autonomes - Source : Wikimedia Commons

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