Revue de presse février 2022

Le 1er mars 2022  - Ecrit par  L’équipe Actualités Voir les commentaires

La guerre en Ukraine inquiète et indigne dans le monde entier. La communauté mathématique internationale s’émeut et manifeste son émotion. Un peu partout, des voix s’élèvent pour dire que la poursuite normale des activités scientifiques est inconcevable dans un contexte d’agression armée.
Dans une tribune publiée par Le Monde (accès restreint), plus de 650 chercheurs et journalistes scientifiques russes expriment leur « protestation énergique contre les actes de guerre lancés par les forces armées de [leur] pays » [1].
L’ICM, le congrès international des mathématiciens (et des mathématiciennes !), événement majeur pour la communauté mathématique, où sont notamment décernées tous les quatre ans les célèbres médailles Fields, devait se tenir au mois de juillet à Saint-Pétersbourg.
Dès les premières heures de l’attaque menée par l’armée russe, plusieurs associations ou sociétés savantes de mathématiques ont publié des communiqués appelant l’UMI (Union mathématique internationale) à renoncer à l’organisation de ce congrès dans le contexte actuel et à le reporter à une date ultérieure et dans un autre lieu. Citons notamment les déclarations de l’AMS (American Mathematical Society), de la SMF (Société mathématique de France), de l’INSMI (Institut national des mathématiques et de leurs interactions, CNRS), du CNFM (Comité national français des mathématiques) et des sociétés mathématiques de Londres, du Canada et de Pologne. Par ailleurs, 115 conférencier·e·s invité·e·s au congrès ont demandé, dans une lettre au Comité exécutif de l’UMI, que celui-ci prenne les mesures appropriées (par exemple le report du congrès) afin que « les mathématiciens du monde entier puissent se rencontrer dignement pour célébrer les mathématiques ». Ces appels ont été entendus : le congrès international des mathématicien·ne·s 2022 se déroulera aux dates prévues, mais de façon virtuelle et en étant hébergé hors de Russie. Dans un communiqué du 26 février, le comité exécutif de l’UMI a annoncé cette décision et s’est associé aux condamnations des actions de la Russie en Ukraine. Notons aussi que le Comité Azat Miftakhov [2] a demandé, dans un message à l’UMI, que les deuxièmes « Journées Azat Miftakov » deviennent un événement satellite de ICM 2022.

Cette guerre fait naturellement passer au second plan le reste de l’actualité des mathématiques, qui a pourtant été particulièrement chargée en ce mois de février. Les débats sur la place des mathématiques au lycée font rage et occupent une grande partie de notre rubrique Enseignement, mais sont loin d’en être le seul sujet. Vous retrouverez aussi la plupart des rubriques habituelles, mais vous constaterez que l’une d’entre elles, et non des moindres, ne figure plus à notre sommaire. La rédaction de la revue de presse a en effet décidé de ne plus consacrer une rubrique spécifique à l’actualité du Covid. C’est dans la revue de presse de mars 2020 que la pandémie a fait pour la première fois l’objet d’une rubrique autonome. Les questions de modélisation mathématique y occupaient alors une place importante et les publications sur le sujet proliféraient. Presque deux ans plus tard, si nous n’en avons certes pas fini avec ce coronavirus, sa dangerosité a été significativement diminuée et l’on dispose d’outils plus efficaces pour lutter contre de possibles nouvelles vagues. Les mathématiques sont beaucoup moins présentes dans les articles consacrés au covid. Nous continuerons à signaler ceux où elles interviennent de façon significative, mais ils trouveront naturellement leur place dans la rubrique Applications. Espérons que la fin de la pandémie suive de près la suppression de la rubrique qui lui était dédiée ici.

Recherche

Ordinateur et preuves mathématiques

Dans Science et Avenir - La Recherche n°899, Sylvie Benzoni, directrice de l’IHP, relate différents usages de l’outil informatique en mathématiques.

Addition et soustraction n’activent pas les mêmes zones du cerveau

Posées par des mots ou des symboles, les opérations mathématiques activent des neurones spécifiques. De plus, additions et soustractions activent des zones différentes du cerveau. C’est ce qu’a montré une récente étude conduite aux universités de Bonn et Tübingen publiée dans Current Biology. Des conclusions de cette étude ont été reprises sous le terme de « neurones des maths » dans de nombreux journaux : Santé Magazine, Futura, Science et Vie.

Vulgarisation d’avancées récentes

Quantamagazine (en anglais) a publié ce mois-ci plusieurs articles sur des avancées récentes en mathématiques. Comme d’habitude dans ce magazine, les notions complexes sont illustrées par des schémas explicatifs : sur la conjecture de Chowla, la conjecture d’Andre-Oort, la théorie conforme de champs et une construction explicite d’une quadrature du cercle par découpages.

Vie de la recherche

Campagne présidentielle

Dans le cadre de leur série La présidentielle 2022 vue de, les équipes de France Culture sont allées poser leur matériel dans un laboratoire de physique sur le site des Grands Moulins (ex-Paris VII, ex-Paris Diderot, ex-Université de Paris et bientôt Université Paris Cité comme annoncé dans Le Monde ou Le Figaro Étudiant ce mois-ci).

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Le site des Grands Moulins de Paris

Le reportage dure 5 minutes et on y parle LPPR, RogueESR, « sous finance[ment] de la recherche publique au profit du privé » et précarité des jeunes chercheu·r·ses. Ce dernier sujet est grave et fait l’objet d’un article de The Conversation (repris par Slate). Il pose la question « Faut-il souffrir pour mériter son doctorat ? ». Une question qui n’est pas si anodine dans un milieu où beaucoup considèrent qu’ils sont aussi passés par là et qu’il n’y a pas de quoi se plaindre. Alors que la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche est accusée d’avoir été « effacée pendant la crise sanitaire » et de « de ne pas avoir défendu les étudiants » (Le Monde, accès restreint), Macron n’est pas en reste et a déçu en relançant le sujet des droits d’inscription (voir aussi la rubrique Enseignement). C’est à lire dans Le Monde (abonné·e·s), suivi d’un petit résumé des mesures phares de chaque candidat·e pour l’enseignement supérieur.

Société

L’École Normale Supérieure publie sur son site un entretien avec le chercheur en biologie Antoine Triller, Secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences depuis le 1e janvier 2022. Celui-ci trouve dommage que « la culture scientifique n’[ait] tout simplement pas été intégrée à la culture générale », et pense que « la plupart des femmes et hommes politiques, des décideurs et des grands patrons de l’industrie (sans distinction de sexe) sont les premiers affectés par cet aveuglement ». Le chercheur Boris Gralak, qui travaille à l’interface des maths et de la physique, et qui est lui Secrétaire général du Syndicat national des chercheurs scientifiques (SNCS), le rejoint et plaide pour des « ponts » entre « le monde scientifique et le sommet de l’État » dans une tribune publiée par Le Monde (accès restreint, voir aussi le magazine du SNCS-FSU en libre accès). Sa tribune revient sur le discours du 13 janvier dernier de Macron, lors duquel il « a dressé un tableau de la recherche bien loin de la réalité, en opposant les universités aux organismes de recherche », sur la nécessaire revalorisation du diplôme de doctorat, sur les réformes menées depuis Sarkozy, « qui ont surtout visé à favoriser l’innovation, le transfert vers l’industrie et le soutien à la recherche privée » mais « n’ont pas empêché le fiasco en innovation pharmaceutique de la non-mise au point, en France, d’un vaccin contre le Covid-19 ».

Science ouverte

Canal Académies, la chaîne d’émissions de l’Académie des Sciences, propose un podcast de 30 minutes avec l’académicien et physicien Denis Jérome, qui est aussi membre du comité pour la science ouverte du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche. Les recommandations de l’Académie à ce sujet sont téléchargeables ici.

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L’académie des sciences siège au 23 quai de Conti

Ce sujet a été aussi abordé ce mois-ci à l’occasion des Journées européennes de la science ouverte organisées dans le cadre de la Présidence française du Conseil de l’Union européenne, et qui a donné naissance à l’Appel de Paris sur l’évaluation de la recherche (Macron semble bien aimer « appeler » depuis Paris, après l’Appel de Paris pour la confiance et la sécurité lancé en 2018). Vous pouvez d’ailleurs retrouver ici la liste des lauréats des prix science ouverte du logiciel libre et de la recherche remis à l’occasion de ces journées.

Inégalités

France Inter et Le Parisien relaient une étude menée par trois chercheurs de l’Observatoire national des discriminations et de l’égalité dans le supérieur (Ondes) sur les discriminations entre les candidats pour l’accès aux masters. Mohamed Messaoudi, Lucas Martin et Thomas Legrand sont « trois étudiants fictifs bientôt titulaires d’une licence [qui] interrogent par écrit des responsables de masters sur les modalités de candidature à leurs formations » (rapport ici). Il n’en ressort « pas de discrimination significative à l’encontre des candidats en situation de handicap. En revanche, les résultats indiquent que les candidats d’origine maghrébine sont pénalisés dans leurs démarches ». Plus précisément, « la sélection en fonction de l’origine du candidat est avant tout exacerbée par la tension due à l’attractivité de certains masters ».

Femmes&Maths publie sur son site un article titré « Repyramidage à l’université : rien pour les mathématiciennes ? », chiffres à l’appui. Et on vous le donne en mille, la discipline la « plus inégalitaire, celle où l’écart est le plus fort entre le pyramidage des hommes et celui des femmes » est… celle des mathématiques.

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Le pyramidage : ratio de professeur·e·s et de maitre·sse·s de conférence

Sorbonne Université revient aussi sur les inégalités femmes-hommes avec l’interview de la professeure en sciences de l’information et de la communication et spécialiste des questions de genre Virginie Julliard, qui insiste : « la construction sociale des technologies est genrée ».

Reconduction du PDG du CNRS

Et pour clore cette rubrique, la reconduction d’Antoine Petit à la présidence du CNRS a été commentée par Sciences et Avenir et par Le Monde (accès restreint). Vous trouverez un entretien avec Antoine Petit sur le site du CNRS et ici la vidéo d’une heure de son audition à l’Assemblée Nationale.

Applications

Est-ce une conséquence de la propulsion des maths sur le devant de la scène ces dernières semaines ou une simple coïncidence ? Quoi qu’il en soit, la moisson d’articles sur les applications des mathématiques ce mois-ci est particulièrement riche et variée. Pour en prendre toute la mesure, et vous permettre de choisir vos thématiques favorites dans cette longue liste, en voici un classement par domaine d’application !

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Les mathématiques au secours des cultures attaquées par les limaces

Agriculture. Le blog Houssenia Writing relaie une (médiocre) traduction en français d’un article de l’Université de Leicester à propos d’un nouveau modèle pour la dynamique des populations de parasites tels que les limaces dans les champs cultivés. Ce modèle permettrait de mieux contrôler les ravages faits par ces petites bêtes tout en faisant un usage plus parcimonieux des pesticides.
Malgré cela, les modèles mathématiques guidant les décisions des agriculteurs restent trop rares et sous-utilisés, plaide un chef d’entreprise dans Le Parisien. Selon lui, le manque de modélisation à toutes les étapes de la production agricole empêche de prévoir correctement les conséquences des décisions politiques, au point de menacer la capacité d’adaptation du secteur face au changement climatique.

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Le musée du Qatar, une structure fractale rappelant une rose des sables imaginée par l’architecte Jean Nouvel

Architecture. Les fractales, ces objets vertigineux dont les parties ressemblent à l’ensemble, sont parmi ces concepts mathématiques fructueux et très bien connus du grand public en raison de leur esthétique visuelle. Ce n’est donc pas une surprise qu’elles s’invitent dans le monde de l’architecture, où le remplissage de l’espace et la densité occupent une place centrale, comme en témoigne cet article de The Conversation, qui s’étonne également de ce que les architectes français semblent avoir moins de goût qu’à l’international pour la réflexion autour des structures fractales.

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Représentation des points de Lagrange associés au système Terre-Soleil

Astronomie. Futura Sciences se réjouit de la découverte sensationnelle d’un deuxième « astéroïde troyen » dans l’orbite de la Terre. De quoi s’agit-il ? Pour le comprendre, il faut d’abord savoir ce que sont les points de Lagrange, ces positions où un petit objet se trouve à l’équilibre entre l’attraction de deux corps massifs (comme le Soleil et la Terre). Une courte vidéo incluse dans l’article explique cela de façon claire et ludique. Pour chaque couple de corps, on compte cinq points de Lagrange, numérotés de L1 à L5. Les deux derniers, L4 et L5, sont dits « stables » et ont donc le pouvoir de piéger des objets célestes tels que des astéroïdes, qu’on appelle alors astéroïdes troyens. Dans le cas de la Terre, ces astéroïdes l’accompagnent dans sa course autour du Soleil à une distance constante, mais à un angle qui les rend difficiles à observer par nos télescopes ! Ainsi, seul un troyen avait été observé jusqu’ici pour la Terre, et on vient donc d’en dénicher un deuxième, une aubaine pour les astronomes puisqu’il semble receler une mine d’informations sur la genèse du système solaire.

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Les premiers stades de la division cellulaire d’un embryon

Biologie. Le site du Collège de France publie un entretien avec le chercheur Hervé Turlier, qui étudie les sciences de la vie avec une démarche interdisciplinaire qui implique biologie, physique et mathématiques pour simuler précisément les stades très précoces de la formation d’un embryon — l’« embryogenèse ». L’interview revient également sur son parcours et son expérience académique.

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La mystérieuse sténographie de Charles Dickens

Cryptographie. Les histoires de mystérieux codes secrets décryptés des siècles après leurs découvertes ont toujours quelque chose de plaisant. Cette fois-ci, c’est le monde littéraire qui nous en offre une, nous apprend Geo, avec le déchiffrement d’une lettre écrite par Charles Dickens il y a plus de 150 ans dans une sténographie mystérieuse. C’est un informaticien américain qui l’a finalement traduite au prix de six mois d’efforts, décrochant la récompense de 300 livres sterling offerte par le projet The Dickens Code. D’autres documents écrits de la main de l’auteur restent encore à déchiffrer ; tenterez-vous votre chance ?

Faisons un bond en avant vers la cryptographie contemporaine de pointe utilisée pour sécuriser notre monde numérique. Comme trop souvent, le sujet est digne d’intérêt mais l’article, résultant vraisemblablement d’une traduction automatique et d’un plagiat éhonté du New York Times, nécessiterait presque sa propre opération de déchiffrage : News 24 tente de communiquer sur les liens entre la fameuse conjecture de Fermat, démontrée il y a une vingtaine d’années, et les développements récents de la cryptographie.

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Les glaciers, majestueuses réserves d’eau potable

Géographie. The Conversation donne la parole à deux glaciologues auteurs d’un projet pharaonique : un atlas mondial des glaciers consultable sur une carte en 3 dimensions, et contenant des informations nouvelles sur leur épaisseur et leur vitesse, calculées à partir de modèles innovants et d’images satellites, surmontant la difficulté habituelle qu’il y a à récolter des données sur le terrain dans ce contexte. Les chiffres sont impressionnants : 200 000 glaciers répertoriés, le résultat de millions d’heures de calcul sur de puissants ordinateurs. L’article rappelle le rôle vital des glaciers dans la gestion de la ressource en eau potable partout sur Terre, mais aussi dans la montée des eaux due au changement climatique.

Informatique. On entend souvent parler d’informatique quantique dans ces lignes. Si vous faites partie des fidèles de notre rubrique, vous connaissez donc sans doute déjà les concepts fondamentaux de cette discipline révolutionnaire et encore balbutiante : qubits, intrication, et bien sûr « faire tous les calculs simultanément plutôt que de les faire séquentiellement ». Pour découvrir ou redécouvrir tout cela, jetez un œil au tour d’horizon proposé par The Conversation, qui revient également à cette occasion sur la notion d’algorithme.

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Le principe de l’interface graphique de nos ordinateurs n’a guère changé depuis ses débuts

Sans attendre l’avènement de l’informatique quantique, la chercheuse Wendy Mackay, interviewée sur le site du Collège de France, s’intéresse au fascinant sujet de l’interaction humain-machine. Ce champ de recherche étudie l’influence sur nos comportements, nos compétences et notre perception, des technologies et de la façon dont elles sont conçues en interface avec l’être humain. L’article développe notamment l’exemple des interfaces graphiques de nos ordinateurs, invariablement constituées de « fenêtres », « dossiers » et autres « fichiers » depuis les années 1970. Il y a pourtant une infinité d’autres façons d’envisager l’interaction avec un ordinateur, et il est nécessaire de les rechercher pour que l’interface suive et s’adapte aux évolutions de nos technologies. Passionnant !

Médecine. Le site de l’Inria rapporte une découverte majeure dans la lutte contre la maladie d’Alzheimer : l’identification de plusieurs facteurs de risque, 15 ans en amont, pour les patients déclarant la maladie. Cette prouesse a été rendue possible par la collaboration entre mathématiques, informatique, médecine et épidémiologie via l’analyse statistique d’un grand ensemble de données portant sur près de 40 000 personnes.

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Saura-t-on un jour simuler parfaitement les fluides turbulents ?

Physique. Le blog Houssenia Writing publie un article traduit de Phys.org qui évoque une avancée dans la simulation de la turbulence, un des grands défis contemporains de la mécanique des fluides. Si les équations qui régissent le mouvement d’un fluide sont fort bien comprises, leur caractère chaotique engendre des turbulences très difficiles à prédire et simuler en pratique, et ce même avec les énormes capacités de calcul des ordinateurs d’aujourd’hui. Une équipe de chercheurs a proposé un nouvel outil s’appuyant sur des symétries dans les équations, qui permettrait d’accélérer les simulations numériques des turbulences et de les rendre plus précises.

Science des données. Connaissez-vous le « Challenge Data » ? Pour la cinquième année, ce projet propose des « challenges » de traitement de données et apprentissage machine, sur des sujets variés, à partir de données fournies par des entreprises, laboratoires ou institutions publiques. Une bonne occasion de tester vos capacités de « crack du big data » ? Retrouvez en tout cas la présentation des challenges au Collège de France ici et ici.

Sociologie. Fidèle à sa ligne éditoriale, Houssenia Writing propose des traductions bancales car automatiques d’articles de Wake Forest University et Linköping University. Le sujet du premier est intrigant, quoique pas tout nouveau : il s’agit de comprendre et modéliser la cohésion sociale dans des groupes à différentes échelles, ainsi que d’autres concepts liés comme les conflits et la prédominance entre groupes sociaux, en utilisant des outils mathématiques tels que la distance.
Dans le deuxième article, on découvre un autre modèle pour la sociologie, ou plus précisément la diplomatie : les chercheurs de l’université de Linköping ont dégagé des caractéristiques permettant d’aider à l’obtention d’un consensus lors de négociations internationales, comme par exemples celles portant sur la réponse à apporter au changement climatique.

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Cette mignonne petite bête pourrait-elle être le point de départ de la pandémie de Covid-19 ?

Covid-19. Pour finir cette promenade scientifique, un petit vestige de la rubrique Covid, recentré sur les mathématiques ! Le Huffington Post relaie les résultats récents de l’Institut Pasteur dans la grande saga de la recherche de l’origine du virus SARS-CoV-2. Pangolin ? Laboratoire à Wuhan ? Pas vraiment, répond l’article : des virus découverts dans l’organisme de chauve-souris suggèrent à nouveau qu’elle pourrait être la « coupable » de l’affaire. Rien de parfaitement conclusif cependant, et il reste des zones d’ombre sur le mécanisme exact qui a conduit à la création du virus que nous connaissons et à sa transmission à la population humaine. À suivre, donc.
Le Huffington Post félicite aussi l’Institut Pasteur, qui a le vent en poupe ce mois-ci, pour l’excellente adéquation entre les prédictions réalisées fin décembre sur la « vague Omicron » et les chiffres réels qui se sont ensuivis. Une bonne raison de croire à leurs prochaines prévisions, déclare l’article : une baisse des contaminations, hospitalisations et réanimations jusqu’en mars. À la bonne heure !

Le mot de la fin est donné à Jean-François Delfraissy sur Franceinfo, qui explique que nous entrons dans une « nouvelle ère » de la pandémie : fin de la phase de crise, et début d’une phase chronique ponctuée de pics épidémiques, restrictions occasionnelles et rappels de vaccin. « Vivre avec le virus », en un mot !

Enseignement

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Réforme du lycée

La polémique sur les effets de la réforme du baccalauréat sur l’enseignement des mathématiques a pris de l’importance à partir de la fin du mois de janvier. Nous le signalions dans la revue de presse le mois dernier, ainsi que dans deux brèves le 4 février et le 19 février.

Le 29 janvier, Charles Torossian, consultant du gouvernement sur les mathématiques à l’école primaire, publiait une tribune dans Marianne au sujet de la réforme du lycée, relativisant la première analyse qui avait été faite des statistiques de l’Éducation nationale et qui était préoccupante, notamment sur les évolutions de l’égalité Fille-Garçon. Une de ses objections était que l’option de Mathématiques Complémentaires n’avait pas été prise en compte dans l’analyse.

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Répartition des élèves en Terminale, en effectif selon le nombre d’heures de mathématiques par semaine.

Cependant, une seconde analyse des sociétés savantes et associations mathématiques (dont nous reproduisons un graphique ci-dessus) publiée un peu plus tard, devait confirmer que la désaffection relative des élèves et des filles en particulier pour les mathématiques a été réelle, ceci même en tenant compte de l’option Mathématiques Complémentaires, de 3 heures hebdomadaires.

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Françoise Dumont (1965 - )

Le 1er février, Françoise Dumont, sénatrice Les Républicains (LR) du Var s’emparait du sujet et posait une question écrite au gouvernement, ici sur Public Sénat. Un peu plus tard, Cédric Villani faisait part de ses réserves dans un entretien auprès du journal Le Monde.

À ce stade, le débat perdait progressivement l’allure d’une simple bataille de chiffres sur l’interprétation des statistiques, les aspects préoccupants de la réforme devenant difficiles à contester.
À partir de la semaine du 7 février, le discours de Jean-Michel Blanquer a changé. Le ministre a surpris en annonçant sur CNews (information reprise par Le Monde et par le Figaro) qu’il souhaitait rajouter des mathématiques au tronc commun.

Le Café pédagogique faisait alors état de l’accueil perplexe par les enseignant·e·s de cette nouvelle. Pour Sébastien Planchenault, président de l’Association des Professeurs de Mathématiques de l’Enseignement Public (APMEP), et Mélanie Guénais, vice-présidente de la Société Mathématique de France, interrogés par Sud-Ouest, si la remise en cause de la réforme est notable, on peut craindre là un simple effet d’annonce.

Le 8 février, Martin Andler et Sophie Guichard étaient sur les ondes de France Inter, dans l’émission Le Téléphone Sonne pour parler de cette réforme, avec notamment des lycéen·ne·s au standard. (Le 15 février, Martin Andler était de retour à l’antenne avec les jeunes sur franceinfojunior.)

Le 15 février, la Dépêche note que Jean-Michel Blanquer est contraint de se prendre lui-même à contrepied, victime de sa longévité exceptionnelle au ministère de l’Éducation nationale. Il est en effet le ministre de l’Éducation nationale resté le plus longtemps en poste, après Gustave Rouland (de 1856 à 1863), et Victor Duruy (de 1863 à 1869), ce qui l’oblige à faire le douloureux constat de l’échec de sa réforme alors qu’il est encore en fonction.

Selon Public Sénat, les parlementaires ont été très sévères sur le bilan de Jean-Michel Blanquer. Une mission parlementaire préconise « d’introduire pour tous les élèves de première et de terminale un enseignement de mathématiques, pouvant prendre la forme de mathématiques appliquées, et de lutter contre les stéréotypes de genre associés à certains enseignements et favoriser l’orientation des filles vers les spécialités et poursuites d’études scientifiques ».

Pour appuyer les corrections à la réforme, Jean-Michel Blanquer a annoncé la création d’un comité de consultation sur la place des mathématiques dans les enseignements en lycée général. Pour autant, en cette fin de mois de février, la composition du comité, tout autant que la mise en œuvre de la consultation et le délai imparti (très court) ne sont toujours pas vraiment de nature à satisfaire les demandes des sociétés savantes et associations à l’origine des alertes.

Sur Franceinfo, Cédric Villani suggérait quant à lui le 23 février de doubler le volume horaire du tronc commun pour y intégrer plus de mathématiques.

Polémique TeSciA

Les inscriptions pour le Test Scientifique Avancé TeSciA sont closes depuis le 23 février. Ce test de maths, organisé pour la première fois cette année par l’Association pour une Orientation Raisonnée vers l’Enseignement supérieur Scientifique (AORES) dont le « seul crédo est la méritocratie républicaine », ne fait pas l’unanimité.

Les membres de l’AORES ont présenté leur projet sur plusieurs forums en avril 2021, comme Neoprofs.org ou Les-Mathématiques.net (ici et ), et les retours ne sont pas tous positifs. Bien que les différents membres des forums semblent se rejoindre sur un constat d’échec du système éducatif et du baccalauréat, nombreux sont ceux qui s’inquiètent d’une « "expertise" privée et externe à l’éducation nationale », et qui refusent de faire passer à leurs élèves un test payant « pour compenser la casse de notre système éducatif ». En effet, le test coûte aux élèves 20 euros (5 euros pour les boursières et boursiers), et est pour le reste financé « par des particuliers et des entreprises qui veulent contribuer au redressement scientifique de notre pays ». Certains se questionnent : « Si c’est la sélection et l’orientation qui comptent pourquoi ne pas simplement militer pour demander, par exemple, une modification du règlement du concours général pour que les résultats soient utilisables pour parcoursup ? », « Disons que si c’est pour booster le dossier pour les prépas, le concours général dans ce cas a une vraie visibilité et une vraie plus-value, et il est gratuit. »

Dès le mois d’octobre 2021, l’APMEP s’était positionnée : « cela semble signifier que le système éducatif français n’est plus en mesure de valider les capacités réelles des lycéens en mathématiques, que l’enseignant de mathématiques qui observe, évalue, accompagne ses élèves sur toute une année n’est plus apte à évaluer leur potentiel », et refusait « que de tels tests puissent jouer un rôle au sein de la plateforme Parcoursup ».

Ce mois-ci, Le Figaro Étudiant (relayé par Flipboard) relevait le refus de l’Enseignement catholique et de l’Association des proviseurs de lycées à classes préparatoires aux grandes écoles de soutenir cette initiative. L’UPS a aussi dénoncé dans un communiqué du 17 février « une procédure de recrutement parallèle, payante et nullement agréée, mise au point pour le bénéfice d’un petit nombre d’établissements » .

Un exercice issu d'un sujet test

Le concours est prévu le samedi 19 mars. Des sujets tests ont été publiés et commentés dans des vidéos.

Le goût des maths

Que ce soit à l’école élémentaire ou à l’université, en Belgique, au Canada, en France ou au Sénégal, comme le titre Le Journal de Mayotte, « Rendre les maths sexy… tout un théorème » !
Seneweb nous présente un « projet pour résoudre l’équation », le projet Paame2, mis en place dans les régions de Fatick, Thiès, Kaolack et Kaffrine au Sénégal. Au Sénégal encore, le Groupe Médias du Sud a publié sur sa chaîne YouTube une vidéo intitulée « La vulgarisation des mathématiques au cœur des préoccupations du monde universitaire » et qui revient sur la Biennale des Mathématiques, organisée du 25 au 30 janvier derniers au Cap Skirring.

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Charlotte Scott

La Nouvelle République fait la publicité du passage de Roger Mansuy les 23 et 24 février au Laboratoire de mathématiques du collège George Sand de La Châtre (dont on a déjà parlé ici en octobre dernier, dans la rubrique Vie de la recherche). Il y a notamment donné une conférence publique sur la mathématicienne Charlotte Angas Scott, la première britannique à recevoir un doctorat en mathématiques en 1885. Les Échos Start proposent un article au titre provocateur : « Ils étaient « nuls en maths » et sont devenus médecins ou ingénieurs ». Le Café Pédagogique revient sur une application mobile pour jouer avec les maths, développée par le site Classe à 2.
Dans le genre ludique, France Inter est revenue sur l’escape game créé dans un collège du Val-de-Marne par une professeure pour ses élèves, La Nouvelle République des Pyrénées annonce le report de l’inauguration par Cédric Villani d’une « salle des mathématiques », une salle de jeux dans une école à Lourdes, un projet « mené par l’Éducation nationale et le Simaje [Syndicat Intercommunal Multi-Accueils Jeunesse et Ecoles] »,

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La carte mère du robot Thymio

et la RTBF est revenue sur le projet Alan Turing, proposé dans plusieurs écoles wallonnes, et notamment sur le petit robot Thymio présenté le 22 février aux élèves de 1e et de 2e secondaire à l’Athénée provincial de Leuze-en-Hainaut (ce qui correspond à la 5e et à la 4e dans le système scolaire français). Enfin, au Canada, la bibliothèque publique Dr.-J.-Edmond-Arsenault à Charlottetown propose des ateliers pour les filles, pour lutter contre les stéréotypes. C’est à écouter sur le site de Radio-Canada OHdio (durée 6 minutes). Dans le résumé, l’objectif est présenté comme suit : « lutter contre [le] sentiment d’infériorité [des filles] dans ce domaine ». Cette formulation négative est un poil regrettable, mais nous espérons que l’opération sera tout de même un succès !

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Charlottetown

Université

Ouest-France relève qu’une plateforme pour « faciliter la vie des étudiants étrangers » est en train d’être testée à l’université de Caen. Maintenant que ceux-ci doivent payer des frais non négligeables, simplifier leur parcours administratif, c’est peut-être la moindre des choses ? Le dispositif devrait ensuite être élargi à l’échelle nationale.
Dans Le Monde (accès restreint), on apprend que les étudiants atteints de troubles « dys » dans l’enseignement supérieur sont de plus en plus nombreux. Ceux-ci sont « davantage diagnostiqués et accompagnés depuis la loi de 2005 », d’où la répercussion dans les cursus de l’enseignement supérieur, « où l’on s’agace régulièrement des étudiants « fâchés » avec l’orthographe, sur fond de petite musique autour de la « baisse du niveau » ».
En tous cas, quel que soit leur parcours, L’Étudiant publie son classement 2022 de la réussite en licence : « comment les universités font progresser leurs étudiants ? ». Le classement est fait en fonction du taux réussite en licence, mais on y trouve aussi des colonnes « valeur ajoutée ».

Covid

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La totale : un enfant devant son écran et qui porte un masque

Bien que nous l’ayons reléguée à l’intérieur des rubriques Applications et Enseignement, la pandémie n’est pas terminée, et nous n’avons pas fini de nous rendre compte des effets qu’elle a (et a eus) dans nos sociétés. Dans Le Monde (accès restreint), on s’intéresse aux étudiants qui ont subi deux ans d’enseignement en ligne ou hybride. « Difficultés d’attention et de concentration », perte de « la faculté de terminer en temps et en heure un devoir sur table, voire [du] simple réflexe de prendre des notes », « relation plus distante à la lecture et des compétences littéraires en chute libre – syntaxe, grammaire, orthographe ». Un enseignant juge que « la plus grande difficulté pour les étudiants est de devenir étudiant », ce qui n’a pas été facilité par la fermeture des bibliothèques, des salles de travail, l’éloignement physique de la vie universitaire. Il est important de faire l’état des lieux, et ces troubles sont importants, au niveau post-bac comme au secondaire, comme le note Santé Publique France, mais heureusement il n’y a pas que des déclinistes : « en plus de compétences nouvelles avec les outils numériques, des solidarités ont émergé de cette crise », témoignent des professeur·e·s.
Enfin, rappelons qu’à la rentrée des vacances d’hiver un nouveau protocole (allégé) entrera en vigueur, comme rapporté par Le Café Pédagogique (voir aussi le site du gouvernement).

Post Scriptum

Franceinfo publie une vidéo extraite du JT de 13 heures du 9 février sur France 2, qui nous montre un professeur de maths retraité d’Angoulême qui « reprend du service ». Nous ne pouvons que nous désoler que l’on en soit arrivé là, tout en saluant ce professeur et collègue, parce que ce n’est pas qu’une « belle histoire de solidarité et d’équipe à travers le temps » comme le dit la proviseure...

Une grande réforme de l’enseignement ?

À quoi peut-on s’attendre en matière de politique éducative en cas de réélection d’Emmanuel Macron ? Une réforme profonde de l’enseignement serait dans les tiroirs. Le président de la République et certains de ses fidèles ont lancé plusieurs pistes qui ont suscité des réactions. Dès la mi-janvier, Emmanuel Macron, lors de son discours de clôture du 50e anniversaire de la Conférence des présidents d’universités (CPU, rebaptisée à cette occasion France Universités), avait laissé entendre qu’il comptait mettre fin à la quasi-gratuité des études supérieures. Libération, qui avait rapporté ses propos, a publié quelques jours après une tribune (accès restreint) où l’économiste Bruno Amable dénonce ce projet qui signifie pour lui « l’hyper-privatisation de l’enseignement supérieur ». Emmanuel Macron a eu beau prétendre qu’on l’avait mal compris et qu’il n’avait « jamais dit ça » (BFMTV), l’idée est désormais lancée et d’autres se sont chargés de l’accréditer. Ainsi, fin janvier, Christine Musselin, directrice de recherche au CNRS, répondant aux questions de Capital sur ce sujet, a pu plaider pour « la mise en place de droits d’inscription dégressifs, dont le niveau dépendrait de la situation familiale de chaque étudiant ». La sociologue avait pris la précaution de dire d’abord « qu’il vaudrait mieux mettre en place un véritable financement public de l’enseignement supérieur en France et que l’État y mette les moyens qu’il n’a pas mis depuis les années 1960 ». Mais c’était pour ajouter aussitôt : « mais il faut être réaliste » ! Et la sociologue de conclure, endossant des habits d’experte impartiale : « Il est donc normal qu’il y ait une contribution financière forte de l’État, ainsi qu’une participation des étudiants ». La boîte de Pandore est ouverte.
Dans l’émission Les termes du débat sur France Culture, Emmanuel Laurentin recevait Pérola Milman, physicienne, directrice de recherche au CNRS, membre du collectif RogueESR et François Germinet, professeur de mathématiques, président de CY [3] (Cergy Paris Université). La première a critiqué « la logique entrepreneuriale » qui s’installe à l’université et la dérive du langage où prédominent « les termes du management ». Elle a estimé que l’augmentation des droits d’inscription est tout à fait contraire à « la démocratisation du savoir », mission essentielle de l’université. François Germinet a défendu de son côté un principe de réalisme, tout en rejoignant sa collègue sur certains constats, par exemple celui de la grande différence de traitement entre universités et classes préparatoires. La fin possible de la quasi-gratuité a aussi suscité des réactions chez les étudiants : France Bleu Limoges a suivi la manifestation d’une trentaine d’étudiants dans cette ville ; L’Étudiant a donné la parole sur ce sujet à quelques étudiants et à Mélanie Luce, présidente de l’UNEF ; enfin Le Monde (accès restreint), évoquant des « rassemblements sporadiques », explique que « les organisations étudiantes se posent en garantes de la gratuité de l’université ».
Aux États-Unis, l’accès aux universités est souvent très coûteux, mais les étudiants démunis ont accès à un système de bourses bien plus performant qu’en France. Joe Biden avait le projet d’instaurer la gratuité pour deux années d’études dans les community colleges, établissements publics proposant des cycles courts d’enseignement supérieur. Actuellement, le coût de deux années d’études dans ces collèges universitaires est estimé à 7 500 dollars. Mais on apprend dans Le Figaro que le président américain a été contraint d’abandonner ce projet, en raison des grandes difficultés qu’il rencontre pour faire adopter par le Sénat de nombreuses mesures qui figuraient dans son programme.
La deuxième piste évoquée par l’entourage d’Emmanuel Macron serait ce que Claude Allègre avait jadis nommé « le dégraissage du mammouth ». L’expression est reprise par France Info, qui rapporte les propos d’un ministre selon lequel « il faut s’attaquer à la structure de l’administration ». En perspective, la fin du recrutement sur concours national (donc la suppression du CAPES), et même « la fin du recrutement à vie dans l’Éducation », entendez la suppression du statut de fonctionnaire pour les enseignants. France Info croit également savoir que le président de la République a en tête la création d’un grand ministère qui regrouperait Éducation nationale, Enseignement supérieur, Recherche et Culture et que la personne pressentie pour orchestrer ces grandes réformes serait l’actuel ministre de l’Économie, Bruno Le Maire. Ces informations sont reprises par La Voix du Nord et par Sud-Ouest.
Dernière en date de ces grandes idées de réforme distillées par l’entourage d’Emmanuel Macron : une tribune dans le Monde (accès restreint). Anne-Christine Lang, députée LREM de Paris et membre du parti Territoires de progrès qui constitue l’aile social-démocrate de la majorité présidentielle, associée à huit autres députés de la majorité ou membres de ce mouvement, y propose une transformation radicale du collège. Il s’agit ni plus ni moins que de le fusionner avec l’école primaire, de « créer un corps unique d’enseignants de l’« école du socle », [de] refonder la formation, le concours de recrutement, les missions des enseignants, qui seront alors habilités à enseigner du CP à la 3e ». Tout ceci est en parfaite cohérence avec la suppression du CAPES, la fin du statut de fonctionnaire et aussi celle du « recrutement à vie ». Les signataires prévoient de plus un « temps de présence accru dans les établissements » pour ces « nouveaux enseignants », et une autonomie accrue pour les chefs d’établissement et les équipes éducatives.

À l’honneur

La Journée internationale des femmes et des filles de science se déroule, chaque année depuis 2015, le 11 février sous l’égide de l’UNESCO et de ONU Femmes. L’organisme international rappelle que « l’égalité des genres est une priorité globale de l’UNESCO » et appelle à participer de partout à la conversation avec #FemmesEnScience. C’est, entre autres objectifs, l’occasion de rappeler que les femmes et les filles jouent un rôle essentiel dans la communauté scientifique et technologique, et que leur participation doit être renforcée. Le Conseil scientifique international proposait sur son site de s’inscrire à un certain nombre des grandes manifestations mise en place à cette occasion par des groupes et des organisations du monde entier « en s’adaptant à l’état du COVID-19. ». Le CERN « a organisé la projection du film documentaire Picture a scientist et invité des ambassadrices des institutions scientifiques locales à présenter leur métier aux plus jeunes dans les écoles ».
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Journée internationale des femmes et des filles de science au musée des Arts et Métiers à Paris

Enfin, l’association femmes & mathématiques a signalé que cette journée du 11 février a été mise à l’honneur au musée des Arts et Métiers à Paris.

Les maths, pour sauver des vies et rendre le monde meilleur. « Chercheuse au sein de l’unité OPIS d’Inria Saclay, Émilie Chouzenoux a eu recours aux ressources de GENCI (Grand équipement national de calcul intensif) pour un projet relatif à la COVID-19 ». Son interview a été publiée sur le site ce 11 février. Il « évoque bien entendu les difficultés d’accès des femmes aux carrières scientifiques et technologiques » mais aussi des pistes de progrès.

L’Université PSL (Paris Sciences et Lettres) a profité de la journée du 11 février pour mettre en ligne des portraits, des interviews, des podcasts, des séminaires... qui mettent en lumière des « doctorantes, post-doctorantes, ingénieures, enseignantes, chercheuses, artistes PSL qui font rayonner la science ». Un très belle manifestation.

Challenge, l’hebdomadaire économique marocain francophone, a de son côté mis en ligne un dossier, 50 femmes qui comptent, consacré à Amal El Fallah Seghrouchni, directrice du Centre International d’intelligence artificielle du Maroc à l’Université Mohammed VI Polytechnique et professeure à Sorbonne Université. Elle s’exprime sur les préjugés qui dévalorisent les femmes et les comportements sexistes encore trop nombreux en France et au Maroc. Elle lance un appel « pour garantir plus d’équité au foyer, plus de justice au travail et une meilleure représentativité dans toutes les instances ».

Le 7 février Sud Ouest nous rappellait qu’il y a 100 ans, Marie Curie entrait à l’Académie de médecine : une première pour une femme. La figure de cette grande scientifique est souvent citée en exemple.
Première femme à entrer à l’Académie de médecine (en 1922) deux fois Prix Nobel (1903 et 1911), elle « a marqué la science pour sa découverte de la radioactivité, dont elle a soutenu l’application à la santé. Elle a aussi été la première femme titulaire d’une chaire à la Sorbonne, première directrice de laboratoire universitaire… » écrit le quotidien.

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Gladys West
Une figure de l’ombre à qui l’on doit le GPS

Quelques internautes ont posté sur Facebook un hommage à Gladys West, cette mathématicienne, figure de l’ombre mal connue, qui a joué un rôle essentiel dans l’invention du système GPS (voir aussi cet article). Des millions (au moins !) de gens utilisent quotidiennement un système de positionnement par satellite pour se déplacer. Combien savent que cela est possible grâce en grande partie aux travaux de cette mathématicienne américaine qui vit en Virginie ?

Selon la Korean Mathematical Society, la compétitivité en maths de la Corée du Sud continue à progresser, indique le média coréen KBS qui ajoute : « Le pays du Matin clair voit ainsi son grade passer du groupe 4 à celui du 5, soit le niveau le plus élevé ».

Centre Presse relate que ce sont des étudiant de l’Université de Poitiers qui ont remporté le hackathon du Workshop AI4industry, une compétition ayant trait à l’intelligence artificielle au service de l’industrie. « Les lauréats de ce hackathon, ont été sélectionnés pour présenter leurs résultats lors de la 5e journée Dataquitaine, journée proposant 30 interventions d’entreprises et de laboratoires de la région Nouvelle-Aquitaine autour des thèmes de l’intelligence artificielle, de la recherche opérationnelle et de la data science. »

Au Nigéria, l’édition 2022 des Olympiades nationales a été remportée haut la main par Faith Odunsi, la jeune lycéenne de seize ans qui avait déjà été en 2021 sacrée championne du monde de mathématiques au Royaume-Uni. Jeune Afrique et Afriquematin.net consacrent chacun un article à cette la jeune reine africaine des mathématiques. Bravo Faith ! L’Afrique a un besoin crucial de scientifiques, tout particulièrement en mathématiques, et déploie de gros efforts pour faire émerger des jeunes pousses.

Diffusion

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L’échiquier attend ses reines ...

BBC News Afrique rebondit sur un article récent de la Harvard Gazette, l’organe de presse officiel de l’université de Harvard, annonçant la résolution du problème des n-reines par Michael Simkin (un post doc qui affirme être un « mauvais » joueur d’échecs) : « Combien de façons y a-t-il de placer n reines sur le plateau de manière à ce que deux reines ne se menacent pas l’une l’autre ? »

Autrement dit il faut qu’il y ait une reine par ligne, une reine par colonne et pas plus d’une reine sur chaque diagonale. BBC News souligne qu’il a « largement résolu un problème d’échecs vieux de 150 ans ». Ce travail a été publié sur Arxiv original mais il a également fait l’objet d’un article dans Quanta.

Une initiative inattendue... Avec la mathématicienne américaine Moon Duchin, le magazine WIRED a eu l’idée d’organiser 17 minutes de questions-réponses sur les maths avec le « transcript » de la vidéo en dessous : Mathematician Answers Math Questions From Twitter. Elle répond à des questions telles que : qu’est-ce qu’un algorithme ? Est-il possible d’expliquer « Pi » avec des mots ? La théorie géométrique des groupes n’est-elle qu’une géométrie anabélienne ? etc.
Les mathématiques ne sont pas le seul domaine dont parle WIRED en utilisant ce format, loin de là. La même idée est déclinée pour la statistique, avec le statisticien Jeffrey Rosenthal : Statistician Answers Stats Questions From Twitter. Il répond à de nombreuses questions (Quelles sont les erreurs statistiques les plus courantes ? Pourquoi les sondages se trompent-ils autant ? Quel est le pire jeu de casino en termes de cotes ? Comment fonctionne la probabilité à la roulette ?...). La diversité des domaines abordés impressionne. Ils vont de l’astrophysique à la cuisine en passant par les arts martiaux ou la dermatologie...

Depuis plus de 10 ans, le Daily Geek Show propose aux « geeks » de tout poil des contenus variés, facilement accessibles (mais soigneusement rédigés). Il vient de mettre en ligne un « portrait d’Isaac Newton, scientifique de renommée mondiale et passionné d’alchimie », qui résume brièvement pour le grand public les moments les plus marquants de la vie complexe du savant ainsi que les principales recherches scientifiques et mathématiques qui l’ont rendu célèbre.
Pourquoi Newton ? Parce qu’il « figure parmi les personnes les plus célèbres de l’histoire de la science ». Et aussi, probablement, parce que son intérêt pour l’alchimie (voir ici ou ) découvert tardivement est inattendu et souvent encore méconnu voire parfois occulté.

En termes de communication les mathématiques (et leur enseignement) sont présentes sur Twitter et d’autres médias du même type. Des institutions comme l’INSMI, le CIRM, le CRM et bien d’autres (dont Images des maths !) utilisent régulièrement ce support pour diffuser en temps réel leurs informations.
Un tweet récent de l’IHP nous apprend par exemple qu’une conférence maths-biologie ouverte à tous les publics et prononcée par Marie Manceau, chercheuse en biologie du développement, aura lieu le lundi 7 mars à 18h. Elle parlera en particulier de plumes d’oiseaux, un sujet qu’elle vulgarise avec un grand talent (voir ici, dans la revue de presse du 1er septembre 2021) et qui lui a valu le Prix Bettencourt 2020.
Des mathématiciens envoient des posts régulièrement soit sur des sujets mathématiques (voir ici) ou plus larges (voir ).

Pour faire des maths et de l’astronomie, l’Observatoire astronomique de Strasbourg vous invite à retrouver quelques modèles de globes à construire « pour reconstituer le globe céleste correspondant à votre vue du ciel ou à votre objet céleste préféré » à partir de modèles réalisés pour la dernière Fête de la Science. Une manière agréable pour un large public de manipuler des polyèdres comme le rhombicuboctaèdre (le petit rhombicuboctaèdre), un solide qui a 26 faces (18 carrés et 8 triangles), 24 sommets et 48 arêtes... tout en faisant de l’astronomie. Les modèles ont été produits à partir des relevés d’images fournis par le Centre de Données astronomiques de Strasbourg (CDS).

La diffusion des mathématiques dans la littérature, dans les salles obscures, sur les planches...

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Une Enigma suisse

Nous parlions le mois dernier de La Machine de Turing qui a reçu pas moins de quatre Molière comme le rappelait TV5MONDE. La pièce a dépassé la « 500e » avec, en alternance, Benoit Solès ou Matyas Simon, Grégory Benchenafi ou Jules Dousset. Toujours à l’affiche dans les théâtres parisiens, elle remporte en parallèle un énorme succès au théâtre des Jacobins à Dinan et au Vallon à Landivisiau. Les deux articles du Télégramme louent « le jeu éblouissant de Benoît Solès et de Jules Dousset », la mise en scène de Tristan Petitgirard. Dans un autre article daté de fin janvier, Benoît Solès explique aux lecteurs du quotidien comment « Turing a changé ma vie ». Pour les critiques, « les allusions à la pomme avec Blanche Neige, Newton, Steve Jobs, sans oublier l’humour anglais omniprésent, expliquent le succès ».

Loin de la Bretagne, à Monein, une commune des Pyrénées-Atlantiques, c’est un ciné discussion qui a été lancé autour du film
Les aventures d’un mathématicien (que nous avions aussi présenté le mois dernier avec le livre), rapporte La République des Pyrénées (accès restreint).

Franceinfo:Culture rend un bel hommage à Manu Houdart et son Very Math Trip (crée en 2017), « un show drôle, instructif et participatif » qui vogue de succès en succès. Le one-math-show a conquis tous les publics au fil des représentations des écoles jusqu’au festival d’Avignon. Jacky Bornet, l’auteur de l’article, a été largement séduit. Il pose aussi un questionnement important : « À l’heure où l’enseignement des mathématiques connaît une crise, et alors que treize mathématiciens français ont reçu la médaille Fields, le Nobel de Maths, Very Math Trip suscitera-t-il des vocations ? » En tout cas il y contribue, avec d’autres, comme il contribue à faire évoluer représentation des mathématiques dans le public. C’est ce que nous retiendrons.

Scolaires

Sous le titre accrocheur des robots pour redécouvrir les mathématiques à l’Athénée provincial, le site des Éditions de L’Avenir Presse SRL met un coup de projecteur sur un projet original de l’Athénée provincial de Leuze, le projet « Alan Turing » imaginé par l’ASBL Spoutnik 45 et son coordinateur Philippe Baraduc. Ce dernier conjugue ses deux passions, la scène et les sciences, pour réconcilier les élèves avec les mathématiques grâce au robot Thymio. Son objectif c’est d’apprendre de façon ludique et en développant des compétences en informatique, de « manipuler du concret pour s’approprier l’abstrait » et d’initier une pratique et une pensée informatique en direction des enfants de 9 à 12 ans et de leurs enseignant.e.s. La Radio Télévision Belge de la Communauté Française, RTBF, a aussi consacré un article à ce projet original. Philippe Baraduc développe depuis une dizaine d’années déjà des projets innovants mêlant la science, la culture scientifique, les expériences et la scène pour des élèves des écoles primaires.

Mathissime, « c’est l’exposition qui va vous faire aimer les mathématiques », nous affirme le journal Sud Ouest dans un article réservé à ses abonnés. Interactive, ludique, elle est conçue et réalisée par Cap Sciences. L’idée sous-jacente, c’est que « les mathématiques sont un mode de perception du monde que chacun possède sans toujours le savoir » mais qui est accessible à tout le monde. Le teaser précise que c’est une « école des mathématiques nouvelle génération ». L’objectif est de rendre les mathématiques attrayantes avec des jeux, des objets agréables à manipuler, des expérimentations, des interactions entre la tête et les mains. Un dossier pédagogique (copieux) a été élaboré à l’occasion de sa circulation dans les Yvelines en 2014-2015.

Un escape game pour réviser les maths ? Dans son émission Les bonnes ondes du 18 février Sandrine Oudin parle avec enthousiasme de l’expérience mise en place par une professeure du Val-de-Marne, Audrey Dominique, conceptrice de classes virtuelles, de jeux et d’escape games, qui n’est pas à court d’idées pour motiver ses élèves ! Elle a conçu un live escape game dans lequel au fil des énigmes à résoudre les élèves travaillent sur le théorème de Thalès ou des équations. Et ils apprennent avec plaisir ! « En classe ça peut être très répétitif alors que là c’est plus vivant. On se sent moins en classe ». « On a envie d’ouvrir les cadenas et de savoir ce qu’il y a derrière ». « Il y a plein de choses à chercher... c’est nouveau... ». Sa collègue d’anglais s’est aussi prise au jeu.
Le succès est au rendez-vous.

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Après les collégiens, les étudiants... L’université Claude Bernard Lyon1 annonce également la présentation du 17 au 19 mars de mission watchers, un escape game autour des mathématiques et de la cryptologie, entièrement conçu et réalisé par trois étudiantes ! Il est bien sûr gratuit et accessible pour des élèves de première scientifique et au-delà.
C’est vrai, les escape games sont de plus en plus populaires !

La Nouvelle République nous parle d’une autre approche, Les mathématiques et les contes. Les contes en question sont ceux proposés par Marie Lhuissier qui anime par ailleurs Conte mathématique à la MMI de Lyon. Ils sont mis en musique par Alexandre Dandelot. Ils ont passionné les élèves de maternelle, primaire et collège (6e et SEGPA) du collège George Sand de La Châtre qui ont poursuivi le travail « avec des projets autour de l’écriture et des mathématiques ». Dans son blog Pierre Carrée, Claire Lommé nous avait déjà parlé de Conte tout droit, « un conte pour parler de la créativité en mathématiques ».

Les rallyes mathématiques par classe ou par équipe se sont multipliés depuis trente ans, en grande partie sous l’impulsion des Irem’s, de l’Apmep ou du Cijm. Le nombre de scolaires concernés (surtout des primaires et des collégiens) à chaque fois est impressionnant. Ouest-France fait état pour le Rallye mathématiques de la Sarthe, l’un des plus anciens, de 18 252 élèves provenant de 721 classes issues de 57 collèges sarthois ! Et ce n’est pas une exception... Au-delà de l’aspect ludique, ils proposent aux participants un vrai travail et développent des compétences qui pourront se réinvestir dans les activités scolaires. Pour les enseignants, des ressources comme Panoramath ou Le rallye mathématique dans la classe sont disponibles.

À venir prochainement

Avec la journée internationale des mathématiques (JIM ou IDM, International Day of Mathematics) le 14 mars et la semaine des mathématiques qui se déroulera du 7 au 14 mars 2022, le mois de mars promet d’être riche pour la diffusion ou la culture mathématiques !

Cette année le thème de la JIM est : Les mathématiques unissent.
Lorsque vous lirez ces lignes il sera trop tard pour participer au challenge photo mais vous pourrez vous consoler en suivant les sessions officielles qui se dérouleront en cinq langues différentes (l’anglais, le français, l’espagnol, le portugais et l’arabe).

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De nombreux autres événements sont prévus à l’instar de ce Math Game « Spécial Journée Internationale des Mathématiques » annoncé dans notre agenda.

Quant à la semaine des mathématiques 2022 (c’est la onzième édition), elle a pour thème « Mathématiques en forme(s) ». Le Guide de la semaine des mathématiques 2022 est téléchargeable sur le site d’Eduscol. Chaque académie est invitée à mettre en place des actions.

À Poitiers, l’Espace Mendès-France participe chaque année à La science se livre qui s’est déroulée cette année du 29 janvier au 19 février 2022. Cette manifestation affiche pas moins de « 150 rendez-vous scientifiques ludiques, conviviaux et gratuits pendant trois semaines ».
Ce sera dans ce cadre que la médiathèque de Dissay organisera le mardi 8 mars à 19 h une conférence tout public avec Nicolas Minet, enseignant au lycée du Bois d’Amour et animateur à l’IREM de Poitiers. Le titre est accrocheur : Les maths, ça sert à… calculer l’espace entre les cases des guitares !.

Parutions

En kiosque

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Fragment principal de la machine d’Anticythère
C’est à une plongée inhabituelle de plus de 2000 ans dans l’histoire des sciences que nous invite en mars Pour la Science, dès sa première de couverture montrant la photo d’un objet étonnant, vieux de plus de 2000 ans, découvert fortuitement par des pêcheurs d’éponge en 1901 dans une épave reposant dans les fonds de l’ile d’Anticythère. Ce mécanisme n’a cessé depuis ces dernières décennies (voir cette bibliographie) de fasciner, d’intriguer et d’interroger astronomes, historiens et curieux (voir ici ou ). Il s’est avéré petit à petit qu’il s’agissait du plus vieux calculateur astronomique connu, d’une complexité et d’une précision inimaginable pour un objet aussi ancien (voir l’article d’Images des maths sur ce sujet). Pour mieux le comprendre, des équipes de chercheurs ont entrepris, à la lumière des technologies et des connaissances actuelles, de le reconstituer. L’éditorial de François Lassagne explique d’ailleurs bien « qu’en matière de science il arrive que la reconstitution précède la pleine compréhension ».

Le mécanisme antique d’Anticythère enfin décrypté ?, l’article principal, est signé par un spécialiste de la question. Tony Freeth est notamment co-auteur d’un article récent sur ce sujet publié dans la prestigieuse revue Nature, et surtout l’auteur d’un article daté de janvier 2022 dans Scientific American. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois (voir ici) que la machine d’Anticythère se retrouve sur la couverture du magazine américain dont Pour la Science est la version française. C’est la traduction en français de cet article qui se trouve ici. Vous verrez que, si l’on avance dans la compréhension du mécanisme, d’autres points d’interrogation subsistent sur son origine, son unicité, ses géniteurs.

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Une cigale bossue

2000 ans et toutes leurs dents : c’est le titre (dans le journal) de l’article de Jean-Paul Delahaye qui, une fois n’est pas coutume, ne se trouve pas dans la rubrique Logique et Calcul.
En partant du mécanisme d’Anticythère, les divers types d’engrenages, transmission orthogonale, engrenages planétaires ou épicycloïdaux, etc., développés depuis la nuit des temps, sont abordés sans oublier les applications actuelles, « multiples dans des domaines variés comme la défense, l’acoustique ou la conception de capteurs électroniques »... C’est un passionnant voyage en sept pages, à travers l’histoire des engrenages, de l’antiquité jusqu’au plus récents travaux en micromécanique ou en nanosciences, que le lecteur découvre.
En passant, l’auteur nous rappelle que « si les plus anciens mentionnés remonteraient au IVe siècle avant notre ère en Chine », l’Homme n’en a pas l’apanage : la cigale bossue l’a devancé (voir ici) depuis bien longtemps comme l’ont découvert en 2013 deux chercheurs anglais, Malcolm Burrows et Gregory Sutton.

Enfin la newsletter de la revue nous apprend qu’en février les deux articles les plus lus sont, dans l’ordre, La tenace conjecture de Syracuse et « Récoltes et Semailles », une œuvre inclassable.

Annoncé en janvier sur le site du groupe Pour la science, Les nombres premiers (Thema numéro 27), tarde à s’afficher dans les kiosques. Son intérêt, c’est qu’il s’agit d’un recueil des différents articles publiés au fil des ans dans le mensuel.

Dans les librairies

Les deux livres dont nous parlions le mois denier continuent en février à faire parler d’eux dans les médias.

Tiré à 5 000 exemplaires, Récoltes et semailles serait déjà en réimpression. Un succès auquel tout le monde s’attendait ! Les médias en France mais aussi à l’étranger ont salué sa sortie en librairie. « Un livre hors norme, à l’image de son génie et de sa vie » écrit Le Figaro. Pour son émission Grothendieck : la moisson, France Culture avait réuni en février Olivia Caramello, Alain Connes et Laurent Lafforgue pour « une plongée inédite, vertigineuse et captivante, dans l’esprit d’Alexandre Grothendieck ». Dans un article publié sur son site, France 3 Grand Est rappelle que Grothendieck a commencé sa carrière à Nancy en 1944. L’article n’est pas biographique. Il est centré essentiellement sur les années de lycée où il était « bon élève, sans être pour autant l’élève brillant ». Il évoque ses relations avec les Schwartz, Dieudonné, Godement, passe rapidement sur les années où il sera Professeur permanent à l’IHES et sa retraite « du monde dans les années 70 pour vivre comme un ermite ». Sud Ouest parle d’un livre pour savoir ce qui se passe dans la tête d’un génie. Dans la tête d’un génie : l’œuvre-monstre d’une légende des maths voit le jour est le titre le plus souvent rencontré. Il est utilisé par Sciences et Avenir (qui a publié un second article quelques jours plus tard) mais aussi France 24, Le Soleil Numérique, La nouvelle République d’Alger...

Ce livre a été une révélation qui a changé ma vie déclare Leila Schneps dans une interview publiée sur le site de La Recherche. Leila Schneps a d’ailleurs été beaucoup marquée par l’œuvre de Grothendieck qu’elle a rencontré en 1991 (voir la fin de cette émission de L’oreille mathématique).

Pour la Science souligne qu’il s’agit « d’un événement à plus d’un titre » et d’une œuvre inclassable. Le journal a rencontré pour l’occasion Jean-Pierre Bourguignon et l’article est repris dans la rubrique les livres du mois du numéro de mars dont nous parlons plus haut.

En ce qui concerne Mathematica, de David Bessis, Marianne lui consacre un entretien en plein « débat sur la place des mathématiques au lycée ». (« Faut-il revoir en profondeur notre façon d’aborder les mathématiques ? », « comment redonner aux jeunes Français l’envie de faire des mathématiques, alors même que le ministère de l’Éducation nationale connaît une pénurie de professeurs dans cette discipline ? » questionne le journal. Dans ses réponses, David Bessis, qui « plaide pour une approche sensible des mathématiques, reprend les idées qu’il développe dans son ouvrage : »on ne naît pas bon en maths, on le devient« , »il ne faut surtout pas donner l’impression que si on ne réussit pas du premier coup, on est nul« , »c’est une certaine façon d’utiliser son imagination qui permet d’être bon en maths« , »c’est une discipline où on peut réellement démontrer que quelque chose est vrai ou faux« ... Sur Radio Notre-Dame, c’est à une autre question qu’il était invité à répondre : »Pourquoi la majorité des Français ne comprend-elle rien aux maths ?"

Arts, Histoire et Maths

La bibliothèque du CNAM propose jusqu’au 25 mai l’exposition « Ces livres qui s’animent ». On y découvre les volvelles, ces cartes tournantes, constituées d’un disque fixe sur lequel étaient superposés plusieurs disques mobiles pivotant les uns sur les autres. Les volvelles facilitaient grandement les calculs des astronomes en évitant le recours à de longues tables, à des astrolabes ou à des compas. Mais bien d’autres formes de livres animés sont présentés dans cette belle exposition.

France Inter nous a présenté Hello World, un album musical composé en utilisant l’intelligence artificielle par le musicien et producteur français Benoît Carré, alias SKYGGE, qui s’est entouré d’artistes francophones et internationaux.

Alerte ! La maison du mathématicien Michel Chasles pourrait être détruite. Sur l’excellente site les-mathematiques.net, Norbert Verdier nous apprend que le bâtiment menace de tomber en ruines et que la mairie d’Épernon (Eure-et-Loire) trouve que le réhabiliter coûte trop cher et préfère le détruire et en reconstruire un tout neuf. Vous ne serez pas surpris d’apprendre qu’il y a un promoteur immobilier qui rôde dans les parages. Pour obtenir la sauvegarde de cet élément de notre patrimoine culturel, il faudrait peut-être l’intervention de quelqu’un qui a des relations.

Pour finir

L’actualité de ces derniers jours est bien sombre. Profitons donc des quelques occasions de rire que le mois de Février nous a offert. D’abord en écoutant deux chroniqueurs de France Inter, Alex Vizorek et Guillaume Meurice, qui se sont émus du casse-tête posé à Jean-Michel Blanquer par la place (ou plus exactement le manque de place) des maths au lycée. Puis en regardant quelques dessins sur le site de Charlie Hebdo, où le caricaturiste Foolz expose ses idées pour relancer en même temps le nucléaire et les mathématiques.
Au-delà de clins d’œil, c’est là la confirmation du fait que les problèmes posés par l’enseignement des mathématiques ont franchi les frontières du petit monde des spécialistes pour irriguer toute la sphère médiatique.

Post-scriptum :

L’équipe de la revue de presse recrute ! Si vous voulez participer, contactez les secrétaires de rédaction d’IdM.

Notes

[1Le texte a aussi été publié sur le site du Centre d’histoire sociale des mondes contemporains (CNRS).

[2dans lequel d’éminents mathématiciens de nombreux pays militent pour obtenir la libération de ce jeune mathématicien russe, étudiant de l’université d’État de Moscou, détenu depuis février 2019 par les autorités russes, torturé et condamné sans véritable preuve à six ans de prison. Voir les revues de presse du mois de mars et du mois de juin 2021.

[3Prononcer ci-ouaille

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Pour citer cet article :

L’équipe Actualités — «Revue de presse février 2022» — Images des Mathématiques, CNRS, 2022

Crédits image :

Le pyramidage : ratio de professeur·e·s et de maitre·sse·s de conférence - Femmes & Mathématiques
Le site des Grands Moulins de Paris - Wikimedia Commons
L’académie des sciences siège au 23 quai de Conti - Wikimedia Commons
L’échiquier attend ses reines ... - Wikimedia Commons ; William Crochot ; 25 Mai 2015
Une Enigma suisse - Photograph by Rama, Wikimedia Commons, Cc-by-sa-2.0-fr, 1/11/2011
img_25627 - Salomé Chauvet ; Hortense Carlevan
img_25628 - Avec l’aimable autorisation de Vincent Borrelli
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img_25631 - Henry Vandyke Carter, Public domain, via Wikimedia Commons
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img_25646 - Charles Dickens, Public domain, via Wikimedia Commons
Gladys West - Wikipédia
Charlotte Scott - Wikimedia Commons
La totale : un enfant devant son écran et qui porte un masque - Wikimedia Commons
La carte mère du robot Thymio - Wikimedia Commons
Charlottetown - Wikimedia Commons
Un exercice issu d’un sujet test - AORES - TeSciA
Fragment principal de la machine d’Anticythère - Wikipédia ; 20 Decembre 2005
Une cigale bossue - Sarefo, 10 Juin 2009 ; Wikipédia

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