Revue de presse juin 2021

Le 1er juillet 2021  - Ecrit par  L’équipe Actualités Voir les commentaires

Avec l’amélioration de la situation sanitaire et le relâchement des contraintes associées, l’actualité mathématique semble se détendre un peu elle aussi. Bien que la place des modélisations et des discussions qu’elles provoquent soit toujours considérable, que les conséquences de la pandémie pèsent fortement, notamment sur l’enseignement, on voit apparaître quelques éclaircies. Par exemple, les applications redeviennent plus variées que ces derniers mois et les expositions de peintures liées à la géométrie fleurissent.

Cela nous consolera-t-il de la tension qui naît du rapprochement entre les récompenses reçues par les mathématicien⋅nes avancé⋅es dans leur carrière, tel le prix Shaw attribué au Français Jean-Michel Bismut, et la baisse du niveau mesurée chez les élèves ? Il est à craindre que le Sénat, qui soulève à juste titre la question du recrutement d’enseignant⋅es de qualité pour redresser cette situation, ne se paie de mots pour ce qui est des solutions.

Recherche

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Un chercheur planche sur la conjecture P=NP, un des problèmes du millénaire

Au milieu de l’étendue des connaissances en mathématiques, se trouvent d’innombrables questions dont on ne connaît pas la réponse, et qu’on appelle communément des problèmes ouverts. Certains sont considérés comme faciles ou secondaires, tandis que d’autres résistent aux efforts des mathématicien·nes depuis des décennies, voire des siècles, et renferment la clé d’immenses avancées, ce qui leur confère une aura dépassant la communauté scientifique. Parmi eux, figurent en bonne place les sept « problèmes du millénaire », désignés comme tels par l’Institut Clay à l’occasion du passage à l’an 2000, avec à la clé une récompense d’un million de dollars pour quiconque résoudrait l’un d’entre eux. Ce dispositif sensationnel fait le bonheur des médias et les lecteurices assidu·es de cette revue de presse les ont rencontrés plus d’une fois (ici, ici ou ici). Ce mois-ci, c’est Pour la Science qui fait un état des lieux de la recherche autour de ces sept problèmes au bout de vingt-et-un ans. Un seul, baptisé la conjecture de Poincaré, a été résolu dans les années 2000. Pour les autres, comme le problème P=NP et l’hypothèse de Riemann, évoqués dans l’article, il faudra peut-être attendre encore longtemps. Un des chercheurs interviewés par le magazine compare la résolution de ces problèmes à la toute première ascension du mont Everest : nul ne sait quels obstacles se dressent encore sur la route jusqu’au sommet.

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David Hilbert

Les sept « problèmes du millénaire » font écho aux célèbres « problèmes du siècle », une liste de vingt-trois problèmes ouverts définis par David Hilbert au tournant du XXe siècle. Une avancée majeure vient d’être réalisée sur le douzième problème de cette liste, explique Quanta Magazine (en) : le « prolongement du théorème de Kronecker-Weber à tous les corps de nombres ». Le long article revient sur les grandes étapes de la recherche autour de ce problème, et donne quelques explications pédagogiques – réservées à un public averti, reconnaissons-le – pour en comprendre la teneur.

Deux autres articles sur Quanta (donc toujours en anglais et assez techniques) : cet article-ci rend compte d’une autre découverte récente concernant la régularité des plongements de Nash, question présentée en piste bleue ici, et cet article-là, qui tente de décrire sommairement la très complexe théorie quantique des champs, son ambition d’unifier la physique théorique et ses interactions florissantes avec les mathématiques.

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Le cerveau mathématique

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Gaba gaba hey !

Quittons ces hautes sphères pour nous intéresser, avec L’Obs (réservé aux abonné·es), au résultat intrigant d’une étude publiée aux PNAS par une équipe de recherche en psychologie de l’université d’Oxford : étudier les mathématiques jusqu’à la fin de l’adolescence favoriserait la présence d’un neurotransmetteur dans le cerveau appelé acide gamma-aminobutyrique, ou Gaba, qui joue un rôle crucial dans la régulation de l’activité et de la plasticité cérébrale. Via une série d’expériences sur des groupes de lycéen·nes britanniques, l’étude met en évidence les différences dans la production du Gaba selon que les élèves ont arrêté plus ou moins tôt les mathématiques à l’école, comme cela est possible au Royaume-Uni ; qui plus est, elle démontre que cette différence ne peut pas être imputée à des prédispositions en mathématiques, et n’est pas constatée pour d’autres matières. Cette découverte vient s’ajouter aux différents facteurs, raisonnables ou non, qui font des mathématiques une discipline « à part » dans le monde de l’enseignement, et laisse songeur quant à la possibilité accrue qu’ont les lycéen·nes français·es d’arrêter les maths à la fin de la seconde depuis la dernière réforme du bac...

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Pouvez-vous percevoir la régularité de ces polygones ?

Une équipe de recherche du CEA apporte du reste un argument supplémentaire à la belle idée que l’esprit humain serait « par essence » mathématique : l’étude décrite dans l’article, elle aussi publiée dans les PNAS, montre en effet que les humains testés, quels que soient âge ou leur origine, détectent plus facilement l’intrus dans une collection de formes lorsque celles-ci sont des formes géométriques « régulières » (polygones réguliers, symétriques ou comportant des angles droits). Cela suggère que nous avons une perception intuitive de la régularité géométrique des figures, et ce contrairement aux chimpanzés auxquels les tests ont également été soumis. La géométrie est-elle le propre de l’homme ?

Applications

On en avait perdu l’habitude, les applications des mathématiques glanées dans la presse du mois sont diverses et variées !
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Derrière quelle porte se cache une voiture ?

Une chercheuse et un chercheur rouennais proposent de « nous aider à déjouer les pièges posés par la tentation de la facilité » en nous proposant un petit topo des principes de base des probabilités dans The Conversation. Leur propos est notamment illustré par le problème de Monty Hall popularisé dans l’émission Let’s Make a Deal (si ça ne vous parle pas, le principe s’est aussi immiscé dans le PAF des années 90 avec Le Bigdil).

Dans sa carte blanche au Monde du 16 juin, Étienne Ghys, que l’on ne présente plus, évoque le travail d’un autre mathématicien, Josselin Garnier. Le mois dernier, celui-ci a en effet été récompensé par le prix de la fondation Simone et Cino Del Duca. Sur proposition de l’Académie des sciences et après décision d’un jury (aussi impressionnant que masculin) présidé par Ghys lui-même, Garnier a donc reçu ce prix pour ses travaux « sur la propagation des ondes à l’intérieur d’un corps hétérogène et limité par une surface » passés et à venir. La magie des mathématiques appliquées et de la physique fait qu’on a de bons espoirs que les progrès dans cette direction (a priori plutôt centrée autour des ondes sismiques) nous éclairent aussi dans d’autres domaines, comme la modélisation du corps humain.

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Le Moulin de Rairé

On sort du milieu académique pour parler d’une vieille application très concrète des mathématiques dans Ouest-France. Le meunier de Rairé, en Loire-Atlantique, tient à ne pas avoir recours à quelque « élévateur, nacelle ou autre moyen moderne » que ce soit : il « ne peut s’empêcher au passage de rendre grâce à Archimède » et préfère utiliser un palan !

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Bon celle-ci est un peu ratée, mais l’intention était bonne !

Mais les moyens modernes aussi rendent grâce aux mathématiques, comme le prouve la campagne de pub Volkswagen diffusée depuis le mois de février ! « Volkswagen s’appuie sur des équations et autres formules mathématiques cauchemardesques pour vanter les mérites de sa technologie park-assist. » La journaliste n’a pas l’air d’apprécier les maths, mais la campagne est originale, et à retrouver dans Graphiline, le quotidien des Industries Graphiques.

Et enfin, deux applications insolites, et d’une logique implacable (ou peut-être pas ?) !
D’abord une bonne nouvelle (ou pas ?) : Gentside [1] nous apprend qu’un mathématicien « a analysé 12 facteurs différents » et que « son résultat est sans appel : en France, vous pouvez avoir 30 âmes sœurs différentes ! Un résultat spectaculaire qui démontre donc que le véritable et unique amour avec un grand A n’est en réalité qu’un mythe. »
Ensuite, sur La 1re, une chaîne d’info à La Réunion, un ancien chargé de cours en mathématiques et en physique à l’université de Maurice met en doute la véracité de l’hypothèse de l’accident du vraquier MV Wakashio en juin 2020. La chaîne d’info précise que cette démarche s’appuie sur la logique mathématique, avant de citer le chercheur : « Même si nous ne devons pas sauter trop vite aux conclusions. Pour moi, c’était délibéré ! » Puis de commenter : « Cette vision est purement scientifique. » À suivre, donc !

Cryptographie et intelligence artificielle

La cryptographie s’est retrouvée sur le premier plan, avec la remise d’un rapport annuel de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) et la commande d’un rapport à cette même agence suite à la panne des numéros d’urgence le 2 juin. Dans son rapport annuel, l’agence a « [élevé] le niveau de sécurité d’une centaine d’hôpitaux comme “opérateurs régulés”. Cela signifie qu’il devient obligatoire pour eux de faire de la cybersécurité » a annoncé Guillaume Poupard sur France Inter. Plus alarmistes, Usine Digitale retient que l’agence « alerte sur une explosion des menaces ». Le rapport commandé à la suite de la panne, lui, devrait être remis d’ici un mois. On trouve dans Le Monde (accès restreint) une chronique rédigée par une journaliste qui « s’est muée en tradeuse de cryptomonnaies » de décembre 2020 à mai 2021, quand Elon Musk a provoqué un krach d’icelles. Parce que comme on peut le lire sur sa page Wikipedia, « les tweets d’Elon Musk ont parfois un impact direct sur la bourse »… heureusement pour la journaliste, elle a récupéré son « capital initial ». Conclusion des courses : « six mois d’acharnement et d’addiction pour ne rien gagner » – cela aurait pu être pire.

Dans le milieu de l’intelligence artificielle, on a assisté récemment à la réfutation de cinq conjectures par un programme basé à l’université de Tel-Aviv. Actu IA nous rapporte les propos d’une mathématicienne autrice d’une de ces conjectures : « C’est vraiment impressionnant. Ce que nous voyons ici est un énorme avantage de l’intelligence artificielle sans aucun doute, d’un point de vue mathématique. Elle trouve simplement des choses pour nous, comme le ferait une personne très perspicace. Les contre-exemples sont des aiguilles dans des bottes de foin. »

Ce mois-ci, deux entretiens dans le milieu de l’IA sont à mettre en parallèle : celui de Francis Bach dans le Data Analytics Post et celui de Martin Gibert dans Le Monde. Le premier est mathématicien et informaticien et pense qu’« il faut éduquer les ingénieurs sur les biais dans les données. Ils doivent savoir que les données sont biaisées, et comment on peut s’assurer que les biais ne sont pas trop répercutés dans les modèles. » Le second est philosophe et juge que « [les philosophes doivent] dire quelque chose aux programmeurs dont les algorithmes feront le choix fatal ! » Il est aussi question de parcimonie, de frugalité et d’empreinte énergétique (dans le premier) et des différents niveaux d’éthique (« de la technique », « de l’IA » et « des algorithmes », dans le second).

L’IA est aussi présente sur des fronts moins sérieux, comme celui de la création. On lit dans The Conversation un article qui met en question la créativité musicale de l’IA : est-ce parce qu’elle est capable de créer une mélodie qu’elle remplace les musicienn·es ? A priori non, il faut la voir plutôt comme un outil. Et c’est justement ce que prône Diarra Bousso, une styliste sénégalaise bien connue des lecteurices qui, après des études de mathématiques et une première vie de tradeuse, s’est lancée dans la mode. Elle utilise désormais les maths pour optimiser le processus de création graphique et la production. C’est à lire et à voir sur le site d’information Agence Ecofin.

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Un match non virtuel c’est quand même plus émouvant !

Pour finir, Fredzone nous parle de la tentative de l’entreprise de paris sportifs Sportradar d’utiliser l’IA pour deviner le vainqueur de l’Euro de foot ! Comme l’article date du 9 juin, les prédictions qui y sont présentées ont déjà pu être démenties. Par exemple, l’Angleterre a eu deux victoires et un nul en poules (et pas trois victoires comme prédit) et elle ne rencontrera pas la France ni la Pologne ; il y aura bien une rencontre République Tchèque - Danemark, mais en quarts et pas en finale. C’est l’occasion de rappeler avec Pierre Dac que « la prévision est difficile surtout lorsqu’elle concerne l’avenir ».

Vie de la recherche

La RTBF et La Dépêche proposent un entretien avec Arnaud Guillin, le chercheur à la tête du nouvel Institut des mathématiques de la planète Terre, dans lequel il seconde l’académicienne Laure Saint-Raymond.
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Laure Saint-Raymond

Même si « cette discipline [les mathématiques] s’avère précieuse pour prévoir la survenue et évaluer l’ampleur de phénomènes climatiques », « la manière dont les mathématiques peuvent aider à résoudre ces problèmes n’est pas encore bien connue » et c’est entre autres ce que cet Institut permettra d’identifier. Suivant l’annonce de l’université Lyon 1, qui en est partie prenante, son but est de fédérer les recherches en mathématiques autour des problématiques de l’écologie que sont la biodiversité, le développement durable et la géophysique. Le site du CNRS offre une présentation plus détaillée.

Pour la Science nous invite a découvrir six des tableaux de mathématicien·nes photographiés par Jessica Wynne dans son ouvrage Do Not Erase. Mathematicians and Their Chalkboards (Princeton University Press, 2021). Saurez-vous retrouver leur domaine de spécialité ?

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Pacioli dessine un rhombicubocatèdre sur son ardoise (1495)

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Un article du Monde (accès restreint) revient sur le phénomène d’abandon de thèses depuis le début de la crise sanitaire. Le phénomène semble accentué dans les disciplines des sciences humaines et sociales, où les thèses sont plus souvent effectuées sans financement.

La publication du palmarès thématique du classement de Shanghai témoigne des avancées de la recherche chinoise. The Conversation s’interroge sur la portée géopolitique sans cesse croissante de ce classement. Il est connu que ses critères ont un effet de standardisation des modèles de production de la recherche au niveau international ; il apparaît maintenant de plus que tous les pays n’ayant pas suffisamment de poids économique et politique n’ont pas les moyens d’y faire figurer leurs institutions de recherche. On y revient plus bas, dans la rubrique « enseignement ».

Droits humains

Un billet de Michèle Audin sur le blog de Mediapart milite pour la libération d’Azat Miftakhov, mathématicien russe condamné « à six ans de “colonie pénitentiaire” » et « détenu depuis déjà plus de 2 ans » pour « hooliganisme ».

Cela va mieux pour Tuna Altınel, mathématicien turc en poste en France qui, deux ans après s’être fait confisquer son passeport, jeter en prison pendant près de trois mois sous le coup d’accusations anéanties par des procès où il a été acquitté, a enfin pu rentrer à Lyon. Nombreux sont les médias locaux à avoir répercuté la nouvelle de son retour : La Tribune de Lyon (cf. aussi ), Lyon Capitale, Lyon Mag, Le Progrès ici et ou Radio Scoop. Les médias à portée nationale également : BFM TV ici puis , 20 minutes, Le Parisien, France 3

Parité

La Presse revient sur une étude de trois économistes canadiennes mesurant l’impact de la « numératie » (les compétences mathématiques) sur le niveau de vie. Une des observations importantes est qu’elle permet d’évaluer la contribution de cette inégalité à l’inégalité salariale entre femmes et hommes. L’étude souligne l’importance des politiques éducatives visant à l’égalité filles-garçons, et laisse espérer qu’au Québec, la progression importante des femmes dans les filières scientifiques et techniques de ces dernières années puisse à moyen terme permettre de réduire l’inégalité salariale entre hommes et femmes.

Nouvelles de la pandémie

Évolution : modèles et retour sur les prévisions

Le Journal du CNRS diffuse plusieurs articles et vidéos d’information et de mise au point : une première vidéo de 6 min consacrée au travail de mathématiciens sur le front du covid, un second article orienté applications bioinformatiques (séquençage, généalogie du virus, mécanismes moléculaires, évolutions du virus, origines)

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Spike : sucres de surface en bleu (Science Photo Library / Andrade, Ramon / 3dciencia )

, et une vidéo de 30 min sur l’actuelle pandémie, présentée par Anne Rasmussen

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Anne Rasmussen

(historienne, EHESS) où Frédérick Keck, Bruno Canard, Étienne Decroly, Stéphane Alizon, Jean-Stéphane Dersin, Bertrand Maury et Claire Lajaunie font le point sur ce que l’on sait à son sujet.

Une précédente revue de presse évoquait les trois scénarios issus d’un modèle mathématique et présentés à la presse belge par le premier ministre en présence des auteurs. Tenant compte de la contagiosité du variant Delta (30 %, 50 %, 70 %), il s’avère que le modèle médian a tenu le choc, indique la RTBF. Le Monde (accès restreint) donne une carte blanche à Alice Lebreton où elle dénonce les méfaits de l’emballement des publications hasardeuses, provoqué par la pression bibliométrique portant sur les chercheur⋅es et reprises par les médias avides de scoops (expériences effectuées une seule fois, lancetgate et autres).

Le 5 juin, Le Monde fait le point sur l’évolution de la pandémie – décrue à un rythme moindre – et son suivi par les modèles.

Pandémie : « le début de la fin ». Sous ce titre légèrement ambigu de France Culture, les 58 min de La Méthode scientifique font le point avec Serge Alizon et Bruno Lina (virologue, CHU Lyon) sur ce que l’on peut attendre et ce qui reste à étudier, à court terme (variants…) et à plus long terme (zoonoses, covids longs…).

The Conversation publie un long article sur les effets possibles des conditions météorologiques sur la diffusion du covid. D’une série d’articles, assez contradictoires, il semble ressortir un effet assez faible des temps chauds, ensoleillés et humides, dont l’ampleur dépend des circulations et des conditions de contact. À propos des mesures prises pour l’été, Marianne revient de manière critique sur les autotests, la possibilité d’utiliser des chiens renifleurs...

Variants

Les noms des variants, soit trop compliqués, soit considérés comme stigmatisants, ont fini par être changés. On lira National Geographic pour les raisons et les procédures ; Numerama pour l’annonce motivée de l’OMS ; Science Alert pour quelques compléments (Trump et le virus « chinois », et les lettres grecques données déjà à d’autres variants) – notons au passage que le choix du grec reste néanmoins très associé à la civilisation occidentale.

Le variant Delta inquiète Marianne, qui compare la situation française à la britannique, surtout qu’une seule dose de Pfizer n’est efficace qu’à 30 % d’après l’Institut Pasteur, et AstraZeneca très peu actif. Sur le même sujet, voir Libération (accès restreint). Sciences et Avenir fait état d’une étude (pour le moment ni revue ni publiée) sur la possibilité qu’a ou pas le virus de muter ailleurs que sur la protéine Spike, ce qui lui permettrait de franchir plus facilement la barrière de l’immunité innée. Depuis la mi-juin, indique Le Télégramme de Brest, de nouveaux kits de dépistage pour tests PCR doivent être utilisés. Ce sont des cribles chargés de dépister plus rapidement un certain nombre de variants. Futura-Sciences raconte l’histoire d’une femme sud-africaine de trente-six ans, séropositive, hospitalisée pour covid et rentrée chez elle, qui a accepté d’être suivie pendant plusieurs mois. Atteinte de symptômes divers deux mois plus tard, elle était de nouveau atteinte et asymptomatique. Les tests qu’elle a subis à intervalles réguliers ont montré que le coronavirus a muté sept fois en sept mois en elle !

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Les nouveaux variants (en particulier Delta et Delta+) peuvent toucher les enfants, moins vaccinés. RFI met en garde : si ceux-ci ne développent en grande majorité que des formes légères, ils pourraient subir des séquelles neurologiques.

Vaccination

Pour inciter à la vaccination, le gouvernement a mis en place des actions énumérées par Le Figaro : une campagne de publicité et le soutien de différentes initiatives (vaccinobus départementaux, ciblage à domicile des personnes âgées, interventions contre les rumeurs, actions spécifiques pour convaincre les jeunes. La vaccination des moins de dix-huit ans est en débat (tous ? les sujets à risque ? les immuno-déprimés ? à quels âges ?) sur France Culture dans La Question du jour. Sciences et Avenir (accès restreint) revient à l’occasion d’un article (rapidement démenti par trois équipes) sur la possibilité d’insertion de fragments d’ARN du coronavirus dans le génome humain à la suite d’une vaccination.

Covid et société

France Bleu publie une synthèse très rapide des résultats d’une étude de la DARES sur les effets de la pandémie sur les conditions de travail. On peut lire l’enquête complète (descendre l’ascenseur, la page étant (encore ?) polluée par des lignes de mauvaises humeurs). On y trouve aussi un lien pour les conséquences psychosociales. Le Monde (accès restreint) a tenté d’estimer le coût en vies humaines de deux mois de retard de mise en place du dernier confinement. Ce travail du Monde a été réalisé sous le contrôle de l’équipe de l’épidémiologiste Pascal Crépey, à l’École des hautes études en santé publique de Rennes.

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« Cela donne un ordre de grandeur, tout à fait vraisemblable, même si ce n’est pas un calcul parfaitement rigoureux, observe-t-il. Il suppose qu’en février le confinement aurait été aussi bien respecté qu’en avril. Certains pourront objecter que la population aurait estimé que la situation n’était pas si dramatique et que donc, ces mesures n’étaient pas légitimes. Mais les pays étrangers qui ont confiné plus tôt n’ont pas connu un tel rejet ». Selon cette estimation, environ 14.600 décès, 112.000 hospitalisations, dont 28.000 en réanimation, et 160.000 cas de covid long auraient pu être évités. Néanmoins, l’histoire contrefactuelle, à la mode depuis quelques années, reste un exercice assez hasardeux.

Un long article de Pour la Science décrit de nombreux travaux de recherche en diverses sciences du comportement (dont de nombreux internationaux) induits par la pandémie, certains ayant en vue des retombées pratiques – pour inciter à la vaccination par exemple, ou des nudges favorisant l’acceptation de mesures contestée. Le mot nudge n’était pas employé par les inventeurs de la publicité et de la propagande du premier tiers du vingtième siècle, mais l’esprit y était… Lisez le site du gouvernement pour tout savoir sur le pass sanitaire (pourquoi et comment).

Varia

Questions de thérapeutique et de prévention

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Masque heaume ’Emboli’

La fatigue respiratoire est beaucoup plus importante en cas de manque de sommeil. La Nouvelle République présente « l’algorithme de sommeil » mis au point par Xavier Drouot (CHU Poitiers) pour les patients en réanimation (hors coma ou sédation profonde), destiné à améliorer leur sommeil (extinction des lumières, diminution des bruits…) et conçu une machine de surveillance adaptée. (Il y a chaque année 500.000 patients en réanimation en France.) Les mesures d’impact réel devraient commencer.

L’université de Nantes produit dans ses propres IUT solutions désinfectantes et détergentes, grâce à l’achat de plusieurs machines, à partir d’eau et de sel, se félicite Ouest-France : C’est économique, écologique et ne pose pas de problèmes de stockage…

Un communiqué du CNRS présente « Covidanosmie.fr, l’application qui optimise la rééducation après la perte de l’odorat ». Sa conception a été coordonnée par le Pr Fabrice Denis, une équipe de médecins experts et de scientifiques et l’association de patients Anosmie.org avec la startup Kelindi qui l’a développée.

Juridico-politique ?

Après une plainte du directeur de l’IHU de Marseille Didier Raoult contre Élisabeth Bik et Boris Barbour, le CNRS et l’ENS pointent des « stratégies d’intimidation inadmissibles » et dénoncent une judiciarisation du débat scientifique ; ces institutions apportent leur soutien aux collègues visés, nous dit Libération.

Sur la levée des brevets sur les vaccins, de nombreux pays expriment leurs réserves (et même des oppositions). La vielle division pays nantis / pays pauvres a encore frappé, ce que détaille le Huffington Post.

Honneurs

Pour honorer la mémoire de Maurice Audin, mathématicien français arrêté et tué par l’armée française pendant la guerre d’Algérie, l’INSMI a créé une chaire en son nom. Samir Bedrouni en est le second lauréat. Elle lui permettra de passer un mois à l’Institut de recherches en mathématiques de Rennes pour des collaborations dans le domaine des feuilletages en géométrie complexe.
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Prix Shaw

L’université Paris-Saclay est encore à l’honneur pour ses mathématiques. Outre le classement de Shanghaï évoqué ci-dessus, un de ses mathématiciens vient de recevoir le prix Shaw. Il s’agit de Jean-Michel Bismut, professeur émérite au Laboratoire mathématique d’Orsay, qui partage le prix avec Jeff Cheeger pour leurs contributions à la géométrie moderne. Ce prix est décerné chaque année par la fondation hongkongaise éponyme pour des travaux en mathématique, astronomie et biologie-médecine. Cette fondation a été créée par le magnat des médias hongkongais Run Run Shaw et attribue pour chaque prix un million de dollars. L’université Paris-Saclay, l’INSMI et le Laboratoire mathématique d’Orsay se sont félicités de cette récompense.

Pour transporter les données électroniques entre l’Amérique et l’Europe, des câbles sous-marins sont posés et il faut pour cela des bateaux spécifiques : les navires câbliers. Le prochain navire câblier d’Orange Marine s’appellera le N/C Sophie Germain selon la tradition de baptiser ces bateaux avec le nom d’un⋅e scientifique français⋅e. La mathématicienne Sophie Germain est la première à avoir reçu le Grand Prix de l’Académie des sciences pour son explication mathématique des figures de Chladni. Certains nombres premiers portent aussi son nom.

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Navire Câblier Sophie Germain
Première tôle du navire câblier Sophie Germain qui sortira du chantier en 2023.
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Simone et Cino Del Duca
Le couple de philanthropes qui a donné une partie de sa fortune à l’Académie des Sciences pour financer le prix qui porte leur nom.

Comme indiqué plus haut, dans sa carte blanche au journal Le Monde, le secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences, Étienne Ghys, relate les travaux de Josselin Garnier sur la propagation des ondes. Josselin Garnier vient de remporter le prix de la fondation Simone et Cino Del Duca de l’Académie des sciences. Étienne Ghys fait le parallèle entre le chemin suivi par un photon à l’intérieur du soleil avant de s’en échapper et les différentes ondes sismiques qui parcourt notre globe. Selon l’adage du physicien Léon Brillouin, « toutes les ondes ont des comportements analogues ».

La Plateforme en ligne mathématique (PLM) est un outil formidable pour la communauté de la recherche en mathématiques. Elle rassemble des moyens de communication, de collaboration et d’hébergement de sites très appréciés de la communauté. Cette plateforme est développée par une équipe répartie sur différents sites et elle vient de se voir attribuer le Cristal collectif du CNRS 2021 comme l’annonce le laboratoire XLIM. Félicitations à elle !

Le plus jeune docteur en mathématiques d’Afrique, qui a effectué sa thèse à Grenoble, se plie au jeu des questions-réponses du site SciDev.net. Ses travaux portent sur l’optimisation des plateformes informatiques et des data centers. Il est actuellement en contrat post-doctoral à Édimbourg et cherche à venir en aide à ses cadets par son retour d’expérience et ses contacts avec l’université de Yaoundé au Cameroun.

Enseignement

Les répercussions de la crise sanitaire sur le système éducatif

Studyrama indique que l’université de Lille ne délivrera plus de diplômes papier mais uniquement des attestations numériques. Certains y verront peut-être un signe annonciateur de ce que beaucoup redoutent : une dévalorisation des diplômes provoquée par la pandémie de covid. Le Monde (accès restreint) constate en effet que « crise sanitaire et confinements ont considérablement perturbé les modes d’évaluation », et que le passage des examens à distance a alimenté une inquiétude quant à la valeur des diplômes.

Interrogé par le même journal (accès restreint), Antoine Prost, lui, ne pense pas que les diplômes des années Covid auront moins de valeur, mais prédit que la démotivation et le décrochage des étudiants laisseront des traces. L’historien, spécialiste du système éducatif, estime que « l’inquiétude des étudiants au sujet d’une moindre valeur de leur diplôme est symptomatique d’une obsession française pour les examens collectifs et la notation ». Et il ajoute : « Nous passons trop de temps à évaluer les étudiants. »

On apprend dans Marianne qu’à l’université Sorbonne Nouvelle (Paris 3, Censier), les cours ne reprendront pas en amphi à la rentrée prochaine, mais continueront d’être donnés à distance. Cette mesure va à l’encontre de la volonté de Frédérique Vidal de revenir partout à du présentiel à 100 %. La présidence de l’université la justifie en invoquant des inquiétudes sur le contexte sanitaire.

Dans une tribune du Monde (accès restreint), un collectif de près de deux mille étudiants, enseignants et personnels de l’enseignement supérieur, demande le financement et la mise en place, dès cet été, des outils indispensables pour maintenir les établissements ouverts. Les signataires disent qu’ils sont « au bout du rouleau », que « les conséquences de trois semestres de fermeture physique et d’enseignement à distance sont désastreuses », et proclament que « la qualité de l’air à l’intérieur des universités doit être considérée comme un bien commun ».

D’après un sondage de L’Étudiant, 77 % des élèves de troisième consultés considèrent que le passage des cours à distance a bouleversé leur préparation à l’examen du brevet et près de 67 % estiment que les épreuves finales de l’examen auraient dû être annulées et remplacées par du contrôle continu.

La crise sanitaire n’épargne pas les diplômés des grandes écoles : Le Monde (accès restreint évoque une enquête de la Conférence des grandes écoles selon laquelle l’entrée sur le marché du travail est sensiblement plus compliquée pour la promotion 2020 que pour les précédentes.

Chaque lecteurice qui enseigne a certainement eu recours pendant cette pandémie à des outils collaboratifs en provenance des États-Unis (Zoom, Google, Discord, etc.). Eh bien la CNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés) est opposée à cette utilisation, nous dit Le Monde Informatique, au motif que « la surveillance exercée par les services de renseignements américains sur les données personnelles des citoyens européens était excessive, insuffisamment encadrée et sans réelle possibilité de recours ». La CNIL appelle à la prudence et demande à l’enseignement supérieur et au monde de la recherche d’utiliser des alternatives européennes aux outils collaboratifs américains.

Universités : l’obsession des classements

On l’a souvent relevé ici, les dirigeants de nos universités ne jurent que par les classements internationaux. Il y en a tellement que chaque établissement peut trouver une raison de pavoiser en clamant par exemple sur son site qu’il est passé de la 192e à la 183e place dans tel obscur palmarès dépourvu de toute signification. L’observateur le plus attentif a le plus grand mal à y comprendre quelque chose. La confusion existe même pour le célèbre classement de Shanghaï, référence majeure dans ce domaine. En effet, l’ARWU (Academic Ranking of World Universities), qui tient nos élites en haleine depuis 2003, et dont la dernière mouture est parue en 2020, est précédé depuis quatre ans par le GRAS (Global Ranking of Academic Subjects), dont le palmarès 2021 vient d’être mis en ligne.

Le GRAS, qui est thématique, note les universités discipline par discipline, ce qui conduit à 54 classements couvrant cinq grands domaines : sciences naturelles, sciences de la vie, ingénierie, sciences médicales, sciences sociales. Le choix des matières et leur répartition sont largement discutables, de même que les intitulés (difficulté de traduction ?). Ainsi, les mathématiques font partie des sciences « naturelles », lesquelles sont séparées des sciences « de la vie ». C’est en combinant ces classements thématiques qu’on établit le classement général ARWU (celui de 2021 sera publié dans deux mois).

Ce système offre aux universités des chances accrues de trouver des motifs de satisfaction… C’est ce qui s’est passé avec le GRAS 2021. La presse célèbre de bonnes performances françaises, la plus éclatante étant en mathématiques, avec deux universités sur le podium mondial : Paris-Saclay (première) et Sorbonne Université (troisième). On trouve des cocoricos à ce sujet dans L’Étudiant, dans Le Dauphiné, qui se réjouit des bons résultats de l’université Grenoble-Alpes, et aussi bien sûr sur le site du MESRI, le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, qui fait part de la satisfaction de Frédérique Vidal. La ministre n’hésite pas à présenter ces résultats comme « le fruit de notre travail et de notre engagement depuis quatre ans pour repenser les nouveaux modèles d’universités » et à en tirer argument pour vanter sa loi de programmation de la recherche (LPR) qui a pourtant été massivement condamnée au sein de la communauté universitaire.

L’article que Studyrama consacre au classement de Shanghaï illustre bien les usages variés que l’on peut faire de cette masse de données. On apprend ainsi que, sur les 82 établissements français qui apparaissent dans les 54 classements, la moitié occupe au moins une fois une des 100 premières places. Malheureusement, le nombre total d’universités classées n’est pas indiqué. On nous donne ensuite pour quelques universités le nombre de disciplines dans lesquelles elles sont classées. On se réfère aussi aux 100 (puis aux 50) « meilleures universités mondiales », alors que le classement général est encore inconnu (c’est vraisemblablement celui de 2020 qui est utilisé). Pourtant, d’autres sources devraient inciter à un peu plus de circonspection. Nous citions par exemple dans la revue de presse d’avril le classement CWUR, concurrent de celui de Shanghaï, d’où il ressortait un bilan nettement moins reluisant pour les universités françaises. Quant aux vertus de la LPR et des « nouveaux modèles d’universités », on les appréciera aussi à l’aune de quelques autres éléments relevés dans les médias.

Comment se portent nos universités ?

Il y a d’abord l’avis de la CNCDH (Commission nationale consultative des droits de l’homme), cité et commenté par Le Monde (accès restreint). La CNCDH estime que « le manque généralisé de moyens accordés à l’enseignement supérieur remet en question le respect des droits fondamentaux ».

D’autre part, une note du service d’études statistiques du MESRI fait état d’une chute importante du nombre de doctorats et évoque des abandons en cours de thèse, en les attribuant à la crise sanitaire. Mais pour Libération, c’est loin d’être uniquement un phénomène conjoncturel. Ce « déclin français » est observable depuis plusieurs années, et s’explique avant tout « par la dégradation des conditions de travail et un manque cruel de débouchés ». Dans un article bien documenté, extrêmement sévère pour la politique de l’enseignement supérieur et de la recherche en France, Pour l’Éco reprend ce constat sur le déclin des doctorats et pointe le contraste avec la situation aux États-Unis où « le Sénat américain souhaite allouer 170 milliards de dollars dans la recherche et l’innovation ». La journaliste, Stéphanie Blascou, évoque, « sept mois après l’adoption de la controversée loi de programmation sur la recherche, [...] un système de recherche toujours en berne ». Quant au Monde (accès restreint), il tente d’expliquer pourquoi « des doctorants jettent l’éponge ».

Tout cela n’empêche pas l’engagement de Frédérique Vidal « pour repenser les nouveaux modèles d’universités » de se poursuivre et de produire ses effets. La dizaine de « grandes universités de recherche » nées des fusions successives et parfois mouvementées suscite des vocations. Ainsi, la métropole de Nantes annonce sur son site la naissance en janvier 2022 de Nantes Université, une « nouvelle université aux ambitions internationales ». Elle précise qu’il s’agit d’un « nouvel établissement public expérimental, s’appuyant sur l’interdisciplinarité et tourné vers l’international ». La présidente de l’université de Nantes affirme que « ce projet est inédit en France » et précise : « Il n’y a pas d’autres établissements de ce type réunissant trois grandes écoles, le CHU et les acteurs de la recherche ». L’affirmation laisse tout de même un peu dubitatif... Cet article, comme que celui que consacre au projet l’université de Nantes, énumère tous les bienfaits qu’apportera Nantes Université. (On vérifie au passage que la dénomination choisie est conforme aux standards de nos « nouveaux modèles d’universités » : Trifouilly-les-Oies Université, ça vous a tout de même une autre allure qu’un vulgaire université de Trifouilly-les-Oies.)

Nulle trace dans ces présentations alléchantes de possibles aspects négatifs pour un tel projet. Quelles sont donc les raisons qui ont pu pousser certains élus des conseils d’administration des établissements engagés dans la fusion à voter contre les statuts qui leur étaient soumis (ce fut le cas notamment d’un tiers des votants au CA de l’université de Nantes) ? Ne comptez pas sur les sites susdits pour le savoir. En cherchant un peu, on trouve la réponse sur le site du SGEN Pays de Loire, qui explique la position unanime des organisations syndicales sur ce projet de fusion : elles dénoncent « une mise en place à marche forcée, sans consultation des personnels » et affirment que les statuts proposés « constituent un problème démocratique qui est un problème de fond » et qu’ils ne donnent « aucune garantie sur les questions de ressources humaines [ni] sur la modification des processus de gestion ». C’est drôle, on a l’impression d’avoir déjà lu des choses très semblables une dizaine de fois… Allons, nous avons tort de manquer d’enthousiasme à l’égard des « dix plus grandes universités de recherche françaises » : Les Échos nous expliquent comment elles « irriguent l’économie française », étant « à l’origine de plus de 40 milliards d’euros de valeur ajoutée et 380.000 emplois ».

Les difficultés croissantes de l’enseignement supérieur public favorisent-elles le développement du secteur privé ? Tel était, le 3 juin, le thème du Temps du débat sur France Culture. Le désengagement de l’État dans ce secteur y était très clairement mis en évidence.

Si Frédérique Vidal savoure les classements de Shanghaï, elle goûte probablement moins le recours déposé contre elle devant le Conseil d’État par six universitaires qui l’accusent d’abus de pouvoir à propos de ses déclarations du 14 février sur CNEWS, confirmées ensuite devant les députés, où elle annonçait son intention de demander une enquête sur l’islamo-gauchisme à l’université, en vue de « distinguer ce qui relève de la recherche académique et ce qui relève du militantisme et de l’opinion ». Le Monde (accès restreint) a voulu savoir où en était cette affaire dont on n’entend plus parler. Le journal n’a obtenu aucune réponse à ses questions réitérées auprès de l’entourage de la ministre. Impossible de savoir si une telle enquête aura bien lieu et à qui elle serait confiée (le CNRS a refusé de s’en charger). La procédure de référé a été rejetée par le Conseil d’État mais celui-ci a interrogé la ministre afin de statuer sur la requête en annulation. Elle dispose de deux mois pour répondre. En attendant, plusieurs témoignages recueillis par Le Monde indiquent qu’un climat de suspicion s’est installé, avec par exemple des annulations d’invitations à des conférences, provoquant un climat d’angoisse et de vives tensions parmi les chercheurs. Pour Me William Bourdon, avocat des requérants, « il est essentiel que la ministre assume soit la décision, soit le rétropédalage ».

Parcoursup

Le Figaro nous raconte la déconvenue d’un élève « surdoué » auquel Parcoursup n’a pas attribué de place en prépa. Gageons que, grâce à la mobilisation importante de sa famille et de tous ses professeurs et à la médiatisation de sa mésaventure, le jeune homme obtiendra sans tarder l’affectation qu’il désire. Au-delà de cette affaire, pensons à ces élèves « ordinaires » que l’algorithme en question rejette chaque année, et auxquel⋅les la presse ne s’intéresse pas particulièrement.

À propos de Parcoursup, signalons deux autres articles. Le premier, sur Vice.com, sous le titre « Parcoursup est-il profondément injuste ? », décrit plusieurs travers de ce système, témoignages d’étudiants à l’appui. Le deuxième est une tribune de Libération (accès restreint) dans laquelle l’universitaire Julien Gossa explique pourquoi et comment Parcoursup est « au service du tri social ».

Mathématiques : avis de tempête sur la France maintenu !

Invité du Grand Entretien sur France Inter pour faire un bilan des effets de la crise sanitaire sur l’éducation, Stanislas Dehaene, neuroscientifique, professeur au Collège de France et président du Conseil scientifique de l’Éducation nationale, a tenu des propos qui ont parfois semblé contradictoires. Il considère que la France s’en est mieux tirée que bien d’autres pays en donnant une priorité absolue à l’école, alors qu’ailleurs les enfants ont souvent perdu une année entière, ce qu’il considère comme catastrophique. Pour lui, « on a un système qui est en train de s’améliorer ». Mais y croit-il vraiment ? On peut en douter, puisqu’il ajoute aussitôt : « Les inégalités augmentent, la France a un grave problème. » Et il tire la sonnette d’alarme sur plusieurs points. Par exemple, la proportion de filles dans les filières informatique est de 8 % : « on régresse ! » Pour les mathématiques, la situation est extrêmement grave. Il n’hésite pas à dire qu’être les derniers en maths de l’Union européenne est un scandale aussi important que l’épidémie de Covid ou l’assassinat de Samuel Paty… Cet entretien avec Stanislas Dehaene est repris dans La Dépêche, qui revient sur la récente étude TIMSS plaçant les collégiens français au dernier rang européen (voir notre revue de presse du mois de décembre 2020).

Tout le monde ne cesse de le répéter : pour espérer arrêter, ou même seulement freiner, la dégringolade du niveau en mathématiques, il faut pouvoir recruter des enseignants motivés et compétents. Hélas, on n’en prend toujours pas le chemin. Réagir face à la chute du niveau en mathématiques : pour une revalorisation du métier d’enseignant : c’est le titre d’un rapport du Sénat consacré à ce problème. On y trouve une série de constats et de recommandations déjà contenues dans plusieurs rapports et études du même genre établis depuis au moins une quinzaine d’années par diverses instances : l’Académie des sciences, l’Inspection générale, les sociétés savantes, les associations de spécialistes... Alors que la situation ne cesse de se dégrader, cette nouvelle pièce versée au dossier pourra-t-elle avoir plus d’écho et d’efficacité que toutes celles qui l’ont précédée ? On aimerait y croire mais on peut en douter, en particulier quand on lit (deuxième partie, § I.B) : « Les mesures de revalorisation budgétaires à l’œuvre semblent aller dans le sens d’un regain d’attractivité. » Voilà un optimisme certes louable, mais probablement légèrement excessif…

Le sénateur Gérard Longuet, auteur du rapport au nom de la Commission des finances, a accordé un entretien à Marianne. Dans Le Café pédagogique, François Jarraud estime que ce rapport apporte des éclairages intéressants sur les insuffisances de la formation des enseignants mais passe sous silence les raisons sociales du décrochage des jeunes Français en maths. Enfin il se souvient opportunément que Monsieur Longuet affirmait il y a quelques années que les enseignants étaient surpayés... Le rapport Longuet fait également l’objet d’une présentation sur le site Vie publique. « Les mesures de revalorisation budgétaires à l’œuvre » sont celles qui ont été prises à l’issue du « Grenelle de l’éducation » et que le ministre Jean-Michel Blanquer a annoncées fin mai (voir Le Monde (accès restreint)). Or les enseignants ont accueilli plutôt froidement cette annonce. Dans L’Instit Humeurs, son blog sur France Info, Lucien Marbœuf, professeur des écoles, pose la question « Pourquoi les profs sont-ils mécontents qu’on leur promette 700 millions d’euros ? » Il répond en substance : ce n’est pas tant d’argent que ça – ils sont plus 700 mille, cela fait moins de mille euros chacun⋅e – ça n’a rien d’une « revalorisation historique » et les profs sont toujours sous-payés.

« Envie de devenir prof’ de maths ? Inscrivez-vous en licence de Mathématiques ! » C’est ainsi qu’à Besançon, France Bleu fait campagne pour la licence de mathématiques de l’université de Franche-Comté et son parcours Mathématiques pour l’enseignement secondaire, présenté comme idéal ! De son côté, France Inter donne « huit raisons simples de surmonter sa phobie des maths ». Elles ont été recueillies, pour l’émission Grand bien vous fasse, auprès de l’informaticienne Viviane Pons, de Stanislas Dehaene (dont nous venons de parler) et de trois mathématiciens et excellents vulgarisateurs : André Deledicq, Antoine Houlou-Garcia et Mickaël Launay (dont le nom a été écorché sur le site…).

L’IH2EF (Institut des Hautes Études de l’éducation et de la formation, présidé par l’inspecteur général Charles Torossian), en charge de la formation des personnels d’encadrement de l’Éducation nationale, propose une série de podcasts d’environ une heure : Les mardis de l’IH2EF. Le thème de celui du 1er juin était « Évaluations standardisées en mathématiques : à quoi cela sert-il ? ». Y participaient les inspecteurs généraux de mathématiques Claudine Picaronny et Johan Yebbou, un cadre de la DEPP (service des évaluations et de la performance scolaire du MEN), un IA-IPR, une principale de collège et une proviseure de lycée, tous trois dans l’académie de Besançon. Clairement destinés aux personnels d’encadrement, les échanges ont un caractère un peu trop technique pour un auditeur non averti. La participation d’au moins un enseignant « de terrain » aurait été appréciable.

Des concours « Miss mathématiques » et « Miss Sciences » ont été créés il y a quatre ans au Sénégal pour encourager les femmes à suivre des filières scientifiques. Nous en avions parlé entre autres dans la revue de presse du 1er avril 2017. La crise sanitaire a empêché le déroulement de l’édition 2020. Les revoici en 2021, et Dakaractu nous explique que, pour rattraper l’année perdue, ce sont deux lauréates qui ont été désignées pour chacun de ces concours. On a beau avoir chevillée au corps la conviction qu’il faut soutenir toutes les initiatives pour favoriser la parité, et encore plus quand elles interviennent dans des pays émergents, on ne peut s’empêcher d’être gêné par la référence à des concours de beauté qui évoquent plutôt la négation de la lutte pour l’égalité homme-femme.

Le premier bac Blanquer-Mathiot-Covid

Les modalités d’organisation de la session 2021 du baccalauréat, « dans le contexte de l’épidémie de Covid-19 », avaient été définies dans une note de service du 9 juin 2021 publiée au Bulletin officiel de l’Éducation nationale.

On n’insistera pas sur la farce qu’a été l’écrit de philosophie, seule épreuve du bac général avec le Grand Oral maintenue au niveau national pour tous les candidats. La règle absurde annoncée était que la note retenue serait la meilleure entre celle du contrôle continu et celle de l’examen national de juin, à condition toutefois que l’élève ait bien été présent à cette épreuve de juin. Bien évidemment, ce qui ne pouvait manquer de se passer se passa : les élèves ayant une note suffisante au contrôle continu (on ignore leur nombre) se présentèrent pour la forme et partirent souvent au bout d’une heure. À la fin de l’épreuve, dans bien des salles d’examen, il ne restait plus personne. Cette mascarade est décrite, avec des témoignages éloquents, dans de nombreux médias. Citons par exemple Sud-Ouest, Nice-Matin et la tribune signée dans Le Monde (accès restreint) par 350 professeurs de philosophie qui déclarent refuser « de participer à la mascarade de cette édition ».

Le Grand Oral a également fait débat. Ouest-France a suivi la préparation à cette nouvelle épreuve dans un lycée de Quimper (Finistère). 20 minutes explique « pourquoi le Grand Oral fait grincer des dents ». Radio Scoop, site d’informations de la région lyonnaise, rapporte les réactions des organisations syndicales qui « dénoncent un fiasco ». L’Internaute préfère donner des conseils pratiques aux candidats. Enfin, mentionnons deux sites qui ont recueilli les réactions des premiers candidats après ce Grand Oral. Interrogés par L’Étudiant, des élèves soulignent « la bienveillance des jurys » et concluent que, le Grand Oral, « c’est une bonne note facile » ! Chez les trois lycéens de Cherbourg qui se sont confiés à Tendance Ouest, les réactions étaient mitigées. L’un d’eux a eu comme sujet : « Quels outils mathématiques permettent de modéliser une épidémie ? »

Pour beaucoup, les péripéties du bac 2021 amènent à s’interroger sur la pertinence de ce pilier de notre système scolaire. « Le bac a-t-il encore un avenir ? » C’est le thème du débat que lance The Conversation. Notons enfin qu’on peut trouver tous les sujets du bac et du brevet 2021 sur le site du Café pédagogique.

Diffusion

Beaucoup de concours en milieu scolaire

Avec quelques mois de retard, on trouve encore dans la presse quelques articles sur la semaine des mathématiques qui avait lieu en mars. Il en est ainsi du collège d’Évron dont nous parle Ouest-France, mais aussi de l’école de Saint-Paterne-le-Chevain dans les Pays de la Loire.

Ce début d’été est aussi l’occasion pour la presse de se faire l’écho des concours de mathématiques du printemps. On y retrouve le Kangourou, toujours à Évron, les rallyes, comme celui du Centre évoqué par Le Républicain, celui du bassin choletais et des maths en Sarthe relevés par Ouest-France. La presse locale fait aussi honneur aux olympiades académiques, comme nous l’apprend le Télégramme, mais aussi France Antilles. Le Progrès se félicite lui de la qualification pour les olympiades internationales d’un élève du lycée Louis-Armand de Villefranche-sur-Saône (Rhône). Il en est de même en Pays d’Auge.

En Afrique, ce sont les Olympiades panafricaines qui ont les honneurs de la télévision marocaine Le 7 TV pour la médaille d’or ramenée par l’équipe nationale. Dans la même équipe, le Wali de la Région de Beni Mellal a félicité la reine des mathématiques qui a particulièrement brillé dans cette compétition comme nous l’apprend le Maroc diplomatique.

Vous trouverez aussi ici ou là les concours Eurêka Maths, Alkindi, des défis mathématiques, des mots et des chiffres, un challenge Robotik ou le trophée Lewis-Caroll. Les concours s’achèvent avec la sélection pour le tournoi international des jeunes mathématiciens de quatre lycéens de Rouen dont on parle dans Ouest-France, dans le journal d’Elbeuf ou dans le journal régional de France 3-Normandie.

En dehors des concours, peu d’activité de diffusion. On retiendra quelques initiatives comme celle de l’école de Rioms de construction de jeux mathématiques en bois rapportée par La Montagne, de celle de la ville de Beloeil dans un projet de jardin vu dans L’Œil régional pour des élèves en difficulté ou à Auvers le Hamon pour la semaine académique de la maternelle repérée par Ouest-France.

Parutions

Dans les kiosques

Saluons la sortie du premier numéro d’Epsiloon annoncée le mois dernier. Le titre, financé à 93 % par ses lecteurs, a pu voir le jour grâce à l’investissement d’Emmanuel Mounier, le fondateur d’Unique Heritage Media. « Epsiloon a été lancé le 10 mai sur Ulule et le projet est désormais l’un des meilleurs démarrages de l’histoire de la plateforme de financement participatif », apprend-on sur France Culture, qui retrace la genèse du magazine fondé par neuf anciens journalistes de Science et Vie.

« La clef de ce lancement réussi tient dans l’alliance entre la rédaction et l’éditeur, qui a investi un million d’euros dans ce projet : “frais marketing et frais éditoriaux”, précise Emmanuel Mounier, “une rédaction scientifique avec son expertise coûte cher”. »

Cette naissance attendue à un moment où le secteur de la presse scientifique souffre, a eu un écho certain. Le jour de la sortie officielle en kiosques France Inter était dans les premiers à consulter le nouveau magazine et découvrait « une info dont on n’avait pas entendu parler avant », « comment la Chine va manipuler la météo ». « Un premier numéro d’“Epsiloon” à la hauteur des attentes » écrit le Temps, « une belle renaissance » souligne Télérama. Ce premier numéro tient ses promesses ! Bienvenue et longue vie à ce nouveau média...

Le dernier numéro du trimestriel La Recherche qui couvre juillet-septembre (et auquel a collaboré trente-neuf scientifiques) est d’ores et déjà disponible dans les kiosques et les librairies. La couverture annonce un copieux dossier sur le temps et l’espace. Vous repérerez dans les « fondamentaux » un article passionnant, Empilons des sphères dans toutes les dimensions. Il est signé par la mathématicienne Maryna Viazovska, qui a résolu en 2016 le problème de l’empilement des sphères en dimensions $8$ et $24$, et Gauthier Leterrier.

Le numéro de juillet de Pour la Science nous offre un superbe portfolio sur « Arts et mathématiques » titré Les maths au tableau ! réalisé à partir du livre Do Not Erase de Jessica Wynne (Princeton University Press, 2021), la cheffe des rubriques espace et physique du Scientific American. C’est certain, « le tableau noir, ou “blackboard”, est sans doute l’outil préféré du mathématicien professionnel » comme l’écrivait ici il y a quelques années Serge Cantat. Ces dernières années le charme de ces tableaux noirs a séduit plus d’un photographe ! Nous vous laisserons apprécier le denier article de la rubrique logique et calcul qui vous fera passer un agréable moment en compagnie des délicats paradoxes de Berry et de Skolem, des paradoxes troublants qui imposent de distinguer théories et métathéories (les théories qui parlent des théories).

Toujours aussi actif, Tangente, après un numéro hors série sur « La géométrie de la règle et du compas » et le numéro de Tangente éducation consacré aux mathématiques des pliages et origami, fête le numéro 200. Ce numéro exceptionnel correspond au premier tiers de siècle que la revue a parcouru avec ses lecteurs ! En supplément un cahier détachable de 16 pages offre « 5 magnifiques œuvres d’art mathématique en format A3 à encadrer et afficher, 2 illusions avec lesquelles jouer et un anneau de 10 tétraèdres à découper et reconstituer ». Vous l’aurez compris, un numéro à ne pas manquer !

Dans les librairies

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Une plage aux Bahamas

Les éditions Dunod avaient lancé il y a quatre ans une collection originale, « À la plage », qui propose à un très large public de petits livres à emporter partout pour se cultiver tout en se détendant, en compagnie d’un auteur classique ou d’un scientifique connu. La liste s’allonge régulièrement. En juin, pas moins de trois nouveaux titres sont sortis : outre Épicure à la plage, voici Pythagore à la plage et Newton à la plage, sans compter la troisième édition d’Einstein à la plage.

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Un buste représentant Pythagore
Parc Pincio à Rome

Pythagore à la plage est sous-titré « Les nombres dans un transat ». Jean-Paul Delahaye, bien connu de nos services, mène le bal. « Nous voyons le monde avec des nombres, nous construisons le monde numérique avec des nombres, mais les connaît-on ? » écrit-il. Pythagore est certainement l’un des personnages de l’histoire des mathématiques les plus connus entre autres des collégiens et des lycéens. L’influence de sa pensée a traversé les siècles, il mérite un éclairage plus appuyé que celui donné dans les manuels scolaires. L’ouvrage parle bien sûr de Pythagore, de son théorème, des triplets pythagoriciens, des nombres premiers mais aussi de la loi de Benford, de la suite de Fibonacci, des nombres transcendants, d’indécidabilité algorithmique... de manière simple et abordable pour le grand public qui peut appréhender en quelques pages l’histoire sans fin de l’aventure des nombres de la préhistoire à notre époque « numérique ». Peu importe finalement si la vie de Pythagore reste encore de nos jours très mal connue, empreinte d’interrogations et de mystères, celui pour qui tout est nombre est un excellent fil conducteur pour (re)visiter l’histoire des mathématiques. L’ouvrage se termine par une bibliographie qui devrait satisfaire les plus exigeants « pour aller plus loin ».

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Une machine de Turing en Lego de la MMI
Elle a été créée à l’occasion de l’année Turing par Elie Gedeon, Etienne Py-Circan, Anael Grandjean, Florent Robic, Robin Perrotin, Thomas Lambert, Yannick Léo, Kevin Perrot et Eddy Caron.

Toujours autour de la même collection, le blog « Binaire » du Monde republie un article de Nathalie Revol déjà mis en ligne en octobre sur Interstices sur Turing à la plage : L’intelligence artificielle dans un transat" co-écrit par Rachid Guerraoui et Lê Nguyên Hoang (dont la chaine Science4All connait un beau succès).
Alan Turing est connu pour le rôle crucial qu’il a joué en décryptant le code secret de la marine allemande durant la Seconde Guerre mondiale. Mais il ne faut pas oublier que ce visionnaire est le « père intellectuel des ordinateurs », qu’il a contribué au débat sur la possibilité de l’intelligence artificielle à une époque où elle n’était qu’un rêve, et qu’il a proposé des mécanismes spectaculairement simples pour la genèse de formes dans la nature [2].

Pour revenir à Pythagore, sa légende est apparue plus de sept siècles après sa disparition. Qui était-il ? Quelle fut sa réelle contribution, les raisons de sa popularité ? Au fur et à mesure des progrès en histoire des sciences on découvre de nouvelles instances de « plagiat par anticipation » : des gammes pythagoriciennes connues en Inde plusieurs siècles avant Pythagore, des tablettes gravées plus d’un millénaire avant sa naissance dans lesquelles des scribes montraient une indiscutable connaissance du fameux théorème. Si ces questions vous intéressent, vous lirez avec plaisir et intérêt l’ouvrage de Pierre Brémaud, sorti il y a quelques mois aux éditions Cassini. Le titre peut surprendre : Pythagore en Inde. Si Pierre Brémaud estime peu probable la réalité d’un tel voyage, c’est surtout l’occasion de faire le point sur ce que l’histoire, l’archéologie et la philologie ont à dire sur les nombreuses questions qui se posent lorsque l’on se penche sur un personnage dont « l’influence [...] sur l’histoire de la pensée est inversement proportionnelle à ce que l’on sait de sa trajectoire personnelle ».
C’est un essai très documenté qui déroule l’histoire du pythagorisme et des controverses qui l’accompagnent. C’est aussi plus largement une plongée dans l’histoire des mathématiques de l’Antiquité. Malgré des sources savantes, l’ouvrage, agrémenté de très nombreuses illustrations en noir et blanc, reste toujours accessible. L’auteur avait déjà publié en 2010 chez Ellipse un essai, Le Dossier Pythagore. Du chamanisme à la mécanique quantique, dans lequel il replaçait la vie de Pythagore dans le contexte historique et religieux de son époque.

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La Tour de Babel
D’après un tableau de Pieter Brueghel l’Ancien (1525/1530-1569)

« Chacun de nous, pour peu qu’il utilise un ordinateur, un téléphone portable ou communique avec un standard automatisé, met en action, en général sans le savoir, des outils de traitement automatique des langues. » Un spécialiste du domaine, Marcel Cori, nous livre un ouvrage qui s’adresse plus aux curieux qu’aux spécialistes : Le traitement automatique des langues en question. Des machines qui comprennent le français ? est accessible et parle d’un sujet peu abordé par ailleurs. Ce livre permet de découvrir une aventure commencée il y a soixante-dix ans avec la traduction automatique de textes techniques. « La connaissance des problèmes posés par le traitement automatique des langues permet d’avoir une meilleure compréhension de la capacité de langage des êtres humains et, par là même, de l’intelligence humaine. » C’est état des lieux clair et accessible pour appréhender un domaine souvent peu connu, qui évolue très vite.

Geometrix. D’Euclide à Einstein, la magie d’une science surprenante du mathématicien britannique David Acheson devrait d’après son compatriote Alex Bellos nous faire « tomber fou amoureux de la géométrie ». C’est la version française de The Wonder Book of Geometry : A Mathematical Story qui a recueilli des critiques flatteuses dans les pays anglo-saxons. L’auteur se propose de montrer que « la géométrie permet de percevoir la vraie nature des mathématique, à n’importe que âge, et ce en moins d’une demi-heure ». Pour emporter ce pari il s’appuie sur de nombreuses illustrations très claires. Il mêle des anecdotes historiques et des démonstrations ludiques pour initier le lecteur au système de pensée géométrique, à ses modes de représentation, sa logique et lui faire découvrir son élégance. « David Acheson nous initie à la vieille grammaire du maître Euclide d’Alexandrie et de ses austères Éléments, ouvrage qui a “exercé plus d’influence et connu plus d’éditions que la quasi-totalité des autres livres de l’histoire de l’humanité” » nous dit Philosophie magazine. Et c’est vrai que ce livre est l’antithèse d’un ouvrage rébarbatif. Il devrait réconcilier avec la géométrie ceux qui « redoutaient » les cours de géométrie sur les bancs de l’école. Nous vous laissons juger si l’auteur a gagné son pari.

Arts

Miousic, maestro !
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Partition de Metastasis

Apprenez grâce à France Musique « 8 (petites) choses que vous ne saviez (peut-être) pas sur le compositeur de Metastasis », Iannis Xenakis, qui serait « le premier trait d’union entre la musique, les mathématiques et l’architecture ». Toujours sur France Musique diffuse « Mar sin fondo », une œuvre de José Manuel López López, en hommage à Francisco Lovino, un informaticien et compositeur « très influencé par les mathématiques ».

Que nul n’entre ici s’il n’est géomètre

L’Écho recommande l’exposition “Order of Operations” au Bozar de Bruxelles (jusqu’au 11 juillet). Le Suricate fait de même, revenant sur le langage et la notion de plaisir. Contemporanéités de l’art et Sud-Ouest suggèrent d’aller voir les « Jeux géométriques à la Minoterie » de Nay (Pyrénées atlantiques) (jusqu’au 29 août). Outre Atlantique, L’Hebdo du Saint-Maurice présente l’exposition « Série Duale : Éloge de la biodiversité », « née de la collaboration entre un artiste-mathématicien et un artiste-plasticien » (jusqu’au 25 octobre). L’un des deux, Étienne Saint-Amant, qui « réussi à développer un style unique, en utilisant des formules mathématiques pour créer des œuvres numériques », est à l’honneur du Reflet du Lac pour une autre exposition au musée des beaux-arts de Sherbrooke.

Var Matin vantait l’exposition « Regards de géomètres » au musée des arts et traditions populaires de Draguignan, qui présente les créations « d’artistes, de mathématiciens... et d’élèves » réunies par l’association toulousaine Les Maths en scène. Au Faouët (Morbihan), « Joseph Buis expos[ait] ses œuvres géométriques », indiquait Ouest-France.

Pour finir

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Le buisson d’or, trésor du MNHN

Est-ce encore de l’art ? France Culture présente le buisson d’or, un curieux « minéral, composé de cristaux d’or sur du quartz blanc », trésor du Muséum national d’histoire naturelle, dont François Farges raconte les liens avec la théorie du chaos.

Enfin, Slate et News 24 ont repéré respectivement sur The Independent et sur le site SpareRoom une solution fournie – quelques années trop tard – par une mathématicienne aux personnages de Friends aux prises avec un problème de géométrie algébrique réelle effective (en) – enfin, un problème de canapé à faire passer dans un escalier exigu.

Post-scriptum :

Une partie de l’équipe tire son chapeau avec ce numéro après un bail de trois ans.

Longue vie à la revue de presse, qui – évidemment – continue !

Article édité par Jérôme Germoni

Notes

[1La revue se présente comme « Le Smartainment au masculin ! […] S’adresse aux hommes Millenials passionnés ».

[2Après cette lecture, n’hésitez pas à aller visiter l’exposition consacrée à l’IA qui va ouvrir à la rentrée à la Maison des mathématiques et de l’informatique de Lyon.

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Pour citer cet article :

L’équipe Actualités — «Revue de presse juin 2021» — Images des Mathématiques, CNRS, 2021

Crédits image :

Image à la une - Ce curieux minéral s’appelle « le buisson d’or ». C’est un des joyaux du Muséum national d’histoire naturelle. Sa croissance semble imprédictible à petite échelle, pourtant il s’en dégage une grande harmonie. C’est sans doute pourquoi il a servi d’illustration pour la couverture de l’ouvrage Fractales, hasard et finance->https://editions.flammarion.com/fractales-hasard-et-finance/9782081225107]} de Benoît Mandelbrot (Champs sciences, 2009).
Source de l’image : Wikimedia Commons.
img_24713 - Jynto, CC0, via Wikimedia Commons
img_24714 - img_24715 - Public domain, via Wikimedia Commons
img_24716 - Takashi Hososhima via Flickr
Le Moulin de Rairé - Wikimedia Commons
Derrière quelle porte se cache une voiture ? - Wikimedia Commons
Un match non virtuel c’est quand même plus émouvant ! - Getty Images - Franck Fife
Bon celle-ci est un peu ratée, mais l’intention était bonne ! - Volkswagen
Une plage aux Bahamas - Auteur : GdML / Wikimedia Commons
Un buste représentant Pythagore - Mallowtek / Wikimedia Commons
La Tour de Babel - Wikipédia
Une machine de Turing en Lego de la MMI - Wikipédia
Navire Câblier Sophie Germain - Orange Marine
Prix Shaw - Shaw Prize Foundation
Simone et Cino Del Duca - Fondation Del Duca
Partition de Metastasis - Source : Wikimedia Commons
Le buisson d’or, trésor du MNHN - Source : Wikimedia Commons

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