Revue de presse juin 2022

Le 1er juillet 2022  - Ecrit par  L’équipe Actualités Voir les commentaires

La résolution récente de la conjecture de van der Waerden en théorie des nombres a trouvé son chemin jusque dans les colonnes du Monde (édition abonné·e·s), et c’est assez rare pour que nous le soulignions. Sans restriction d’accès, mais en anglais, Quanta avait couvert l’affaire en avril dernier.

Pour les non-anglophones ou bien pour celles et ceux qui l’avaient loupée le mois dernier, l’interview de Leslie Lamport dans Quanta Magazine a été reprise dans la rubrique Actus du forum Développez : « Lors d’une récente interview, Leslie Lamport a parlé de l’importance de programmer plutôt que de coder, de la manière dont il a développé les systèmes distribués, ainsi que de la façon dont il fait des mathématiques une discipline clé de la programmation ».

Enfin, alors que le mois de juin marque quatre mois de guerre en Europe, et que la grand-messe de l’Union mathématique internationale, initialement prévue à Saint-Pétersbourg, aura lieu en visio le mois prochain, Étienne Ghys revient dans sa carte blanche dans Le Monde sur les liens passés et existants entre les mathématiques et leur communauté, et les conflits armés.

L’équipe de la Revue de Presse vous souhaite une bonne lecture et vous donne rendez-vous le 1er septembre pour la revue des actualités mathématiques estivales.

Recherche

Sur le blog de Google, une développeuse relate son calcul de 100 billions (soit cent mille milliards) de décimales de pi, battant ainsi le précédent record de 3.14 billions, détenu lui aussi par l’autrice. L’article offre plusieurs points de comparaison permettant de réaliser les ordres de grandeur mis en jeu lors du calcul et explique comment les progrès dans ce calcul reflètent les avancées en informatique de ces dernières années.

À côté de ce très grand nombre de décimales, un chercheur en mathématiques se pose au contraire la question suivante : « Peut-on expliquer le programme de Langlands en un seul tweet ? ». L’explication donnée dans Quanta Magazine (en), si elle tient en plus de 280 caractères, reste concise et accessible.

Un ensemble d’entiers est dit primitif si aucun entier n’en divise un autre, un exemple typique étant l’ensemble des nombres premiers. Toujours dans la même revue se trouve une explication des progrès récents d’un étudiant de l’université d’Oxford concernant une conjecture d’Erdős sur des sommes sur de tels ensembles.

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Surface de Seifert

Enfin deux articles de Quanta Magazine explorent des recherches récentes sur des surfaces exceptionnelles. Plus précisément le premier fait écho de recherches identifiant des surfaces dites de Seifert [1] issues du même nœud mais non isotopes dans un espace de quatre dimensions. L’article est disponible sur arXiv et fait 19 pages. Le second quant à lui traite aussi des constructions de surfaces particulières, mais cette fois-ci vérifiant le cas d’égalité d’une inégalité précédemment démontrée sur le trou spectral (notion issue de la théorie des graphes), résolvant ainsi une conjecture datant de plusieurs décennies. Une vidéo d’un exposé par l’un des deux auteurs est disponible (en anglais) ici.

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Manjul Bhargava

Evoquée dans notre Une, la conjecture de van der Waerden résolue l’an dernier par Manjul Bhargava et superbement expliquée par Leila Sloman pour Quanta concerne les polynômes unitaires à coefficients entiers. À chaque tel polynôme est associé un groupe de Galois, qui est un sous-groupe du groupe symétrique $S_n$ où $n$ est le degré du polynôme.
Si l’on astreint les coefficients à être bornés par une hauteur $H$, les polynômes de degré $n$ en question sont en nombre fini ; parmi ces polynômes, quel est typiquement le groupe de Galois ? Le théorème d’irréductibilité de Hilbert prédit que, asymptotiquement presque sûrement, il s’agit du groupe symétrique $S_n$ au grand complet, en particulier toutes les racines dans une extension appropriée sont indiscernables.
La conjecture de van der Waerden, énoncée en 1936 et maintenant un théorème, va un peu plus loin et affirme que le nombre de polynômes réfractaires (dont le groupe de Galois est plus petit) est au plus de l’ordre de $H^{n-1}$.

Vie de la recherche

La répétition n’est comique que lorsqu’elle fait rire les deux parties... Excellence, performance et attractivité sont ainsi, une fois de plus, à l’ordre du jour de cette rubrique, dans la continuité des précédentes, d’une ministre de l’Enseignement supérieur à l’autre. Dans deux dépêches, l’AEF info (éditeur de presse en ligne du secteur de l’éducation) revient sur la nomination de Sylvie Retailleau à la tête du ministère : ses attributions et la passation de pouvoir, qui est traditionnellement l’occasion de définir les grandes lignes de la politique en matière de recherche pour le quinquennat à venir. Cette rubrique s’articulera autour du discours d’investiture de la nouvelle ministre.

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Passation des pouvoirs au MESRI le 20 mai dernier

Du côté des compétences, le portefeuille reste relativement inchangé. Le décret d’attribution stipule que la ministre est chargée de mettre en œuvre « la politique du gouvernement relative au développement de l’enseignement supérieur », ainsi que de proposer et appliquer « en liaison avec les autres ministres intéressé[·e·]s, la politique dans le domaine de la recherche et de la technologie ».
Si le titre du ministère s’est allégé de la mention « innovation » par rapport à la mouture de 2020 (date du dernier remaniement), Sylvie Retailleau demeure, conjointement avec Bruno Lemaire (ministre de l’Économie et des Finances) compétente « pour la définition et le suivi de la politique en matière d’innovation » ; il resterait encore à définir ce que ce terme englobe.

La seconde dépêche souligne tout de même deux nouveautés dans les attributions de la ministre : Bercy devra maintenant partager ses prérogatives dans la définition et le suivi de la politique spatiale ; par ailleurs, la ministre est désormais déclarée compétente « pour la définition et la mise en œuvre de la politique de vie étudiante ».
Certain·e·s y verront sans doute un effet de communication qui permet au nouveau gouvernement d’insister sur sa volonté, déjà affirmée d’autres manières, de mettre l’accent sur une politique étudiante, notamment pour le premier cycle.
Lors de son discours d’investiture, Sylvie Retailleau insiste sur ce point, estimant que certaines mesures « semblent urgentes et prioritaires sur la vie étudiante et l’amélioration des conditions de vie étudiante [...] dont le Covid a mis en exergue l’ampleur et la gravité », ajoutant qu’il faudra « une vraie reconnaissance de la vie étudiante dans les missions de l’université », sans proposer pour le moment de feuille de route plus concrète.
L’investiture de la ministre a été l’occasion pour elle de revenir sur le bilan de sa prédécesseuse, Frédérique Vidal, qui a « œuvré pendant un mandat entier » pour mener des réformes guidées par les trois « moteurs » que sont « la réussite de nos étudiants et de nos étudiantes », le « refinancement d’une recherche française reconnue dans le monde entier » et « la reconnaissance de l’ensemble des personnes qui travaillent au sein des établissements d’enseignement supérieur et de la recherche ». La dépêche rend également compte du discours de cette dernière, qui explique que si « ceux qui sèment sont rarement ceux qui récoltent », elle met à son bilan que « toute la société a pris conscience que la jeunesse devait être élevée au rang de priorité », rien de moins ! L’ancienne et la nouvelle ministre semblent ici oublier que Madame Vidal a pourtant déjà récolté certaines conséquences de sa politique et de ses prises de position, qui ont alimenté bon nombre des revues de presse d’Images des maths, par exemple celles de janvier et février 2020, qui revenaient sur la vague de contestation au sein des laboratoires soulevée par ce qui n’était alors qu’un projet de loi de programmation pluriannuelle de la recherche.

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Manifestation contre la Loi de programmation pluriannuelle de la recherche devant la Sorbonne, novembre 2020.

L’ancienne ministre avait également suscité la polémique jusque dans la Commission des Président·e·s d’Université pour ses propos sur un prétendu « islamo-gauchisme » universitaire. Commission des Président·e·s d’Université dont Sylvie Retailleau était alors membre, et dirigeait la commission de la recherche et de l’innovation (terme qui, décidément, pourrait s’ajouter au triptyque « excellence, performance et attractivité »).

Au cours de la passation de pouvoir, la nouvelle ministre a également fait part de sa volonté de « s’atteler à créer des conditions d’attractivité des métiers [de l’Enseignement supérieur et de la Recherche] » ; « redonner toute sa place au temps long et à la recherche fondamentale » et a réaffirmé la place de l’Europe dans les politiques à venir, estimant que « notre responsabilité de promouvoir des valeurs européennes communes et une identité européenne renforcée est encore plus forte aujourd’hui en regard du contexte international ».

Sur la question de l’attractivité, la ministre met l’accent sur les salaires qu’elle souhaiterait « à la hauteur de la reconnaissance des missions que nous portons et des compétences associées » et sur les « conditions d’exercice de ces missions ».
La question du recrutement n’est ici pas abordée, alors même que Sauvons l’Université estimait déjà en 2014 qu’il pouvait y avoir une centaine de candidat·e·s pour un poste de maître ou maîtresse de conférence (voir également les chiffres du ministère et ses bilans de ces dernières années).

Au sujet des conditions d’exercice de la recherche, la ministre estime que « les constats sont souvent partagés sur ce manque de moyens, le rythme non adapté à une recherche de qualité et un encadrement des étudiants et des étudiantes à la hauteur de l’avenir de notre jeunesse ». Dans une tribune adressée au Monde (édition abonné·e·s), Jean-Marc Egly, directeur de recherche à l’Inserm et membre de l’Académie des sciences, propose une réflexion et une série de réformes pour « redresser notre recherche ». Sa réflexion sur l’état de la profession se base sur le compte des attributions de bourses de l’ERC (European Research Council) : la recherche française serait dans l’impasse, car elle ne serait plus compétitive au sein des états membres de l’Union européenne auxquels s’ajoutent la Suisse et le Royaume-Uni.
La compétitivité n’est pas un critère consensuel au sein de la communauté scientifique pour évaluer la qualité de la recherche (la même rubrique dans la revue de presse d’Images des maths du mois dernier revenait d’ailleurs sur ce point) et il semble par ailleurs raisonnable de s’interroger sur une possible collaboration européenne, appelée de ses vœux par la ministre notamment, si toute réflexion sur l’état de notre recherche se base sur une compétition entre états membres. Parmi les remèdes proposés, l’auteur évoque une nomination des président·e·s d’université par des comités d’experts, un allègement du nombre d’heures enseignées (notamment par le recours aux nouvelles technologies de l’enseignement à distance), une revalorisation des salaires (pour répondre à une perte d’attractivité du métier, qu’il ne chiffre pas), l’attribution de dotations récurrentes et une réflexion autour du système d’évaluation.

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Michel Deneken

Quête de l’excellence toujours, dans une interview menée par l’AEF info, Michel Deneken, président de l’Université de Strasbourg et président de l’Udice, une union de dix universités « d’excellence » ou presque (les 9 universités labellisées « Initiatives d’Excellence » (IdEx) et l’Université de Lyon) revient dans un entretien criblé de sigles jusqu’à en perdre toute lisibilité, sur la nomination de Sylvie Retailleau. Il estime ainsi que « le fait que la ministre soit issue d’une université membre de l’Udice ne peut que nous réjouir. Mais notre satisfaction tient aussi à la personnalité de Sylvie Retailleau, que nous savons volontariste, porteuse d’une vision et pleinement engagée pour que le modèle de service public d’ESR se poursuive ». Une fois de plus, il s’agira de comprendre ce que cela signifie concrètement. La même dépêche interroge sur le cadre d’action de l’Udice, que l’on devine aussi obscur que le langage technocratique employé ici. Michel Deneken interpelle également sur la gestion des unités mixtes de recherche commune au CNRS et à l’université et dresse, à sa manière, un bilan de certains aspects de la loi de programmation pluriannuelle de la recherche (notamment les chaires de professeur·e junior).

Cette question de la gestion des unités mixtes de recherche est également l’objet du communiqué de presse du CNRS : l’organisme vient en effet de signer avec l’université Gustave Eiffel une convention de partenariat « visant à renforcer la recherche sur les villes de demain. » L’université Gustave Eiffel compte entre autres dix unités mixtes de recherche, dont certaines en « Sciences de l’information et leurs interactions avec les sciences mathématiques : l’algorithmique, les réseaux, l’algorithmique temps-réel, l’analyse et le traitement des images, la géométrie en informatique, le développement de logiciel sont les points forts de ce domaine sur le site de Marne-la-Vallée. Ce domaine connaît [...] une forte articulation avec les mathématiques, qui se déploient dans des collaborations entre les unités du site. En mathématiques, le site héberge des recherches en analyse en grande dimension, analyse harmonique, équations aux dérivées partielles, géométrie et courbure, image et géométrie, probabilités et statistiques, modèles déterministes et stochastiques. » Et l’excellence de s’inviter encore dans le débat puisque « les deux établissements souhaitent [...] renforcer leurs interactions sur le thème des villes de demain, thème de recherche pour lequel l’Université Gustave Eiffel a été labellisée « site d’excellence », via le projet I-Site FUTURE, qui a été confirmé récemment, structuré autour de trois défis : la ville économe en ressources, la ville résiliente, la ville intelligente », sans aborder sous l’angle du concret les modalités d’un tel partenariat.

Loin de ces considérations gestionnaires, Sylvie Retailleau s’est par ailleurs exprimée sur le temps long et la recherche fondamentale, des propos qui trouvent un écho tout particulier dans l’interview de Daniel Spielman par Quanta magazine (en anglais).

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Daniel Spielman

Le professeur de mathématiques appliquées et d’informatique à l’Université de Yale, doublement récompensé par le prix Gödel (avec son collaborateur Shang-Hua Teng), prix décerné pour des travaux d’informatique théorique, y revient sur son quotidien où « l’échec est le résultat le plus courant », malgré ses succès notables, rappelant par ailleurs qu’il a « passé un nombre d’heures absurde à travailler [ces questions] ». Cet entretien est l’occasion pour lui d’explorer les limites de la planification par projets, en expliquant comment ses échecs dans l’étude d’un problème se sont avérés extrêmement utiles dans la résolution de questions d’autre nature : « ceci est vrai avec beaucoup de mes travaux de recherche. La plupart du temps, la manière dont j’ai réussi à démontrer un résultat n’était pas d’essayer d’en obtenir une preuve. J’essayais de démontrer autre chose et j’ai échoué. Mais j’étais suffisamment conscient du paysage intellectuel pour déterminer en quoi ce que j’avais obtenu pourrait être utile ». [2]

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Konstantin Sonin

L’Europe enfin, et le contexte international qui s’invitait même dans la passation de pouvoir. L’Express (édition abonné·e·s) consacre un article à Konstantin Sonin, mathématicien et économiste russe, professeur à la Harris School of Public Policy de l’Université de Chicago depuis 2015. Ce dernier tente ici de quantifier et expliquer l’exode des personnes ayant fait des études que connaît la Russie, un « exode tragique, jamais vu depuis un siècle » et prévient que « la vague d’émigration que connaît la Russie pourrait avoir des conséquences plus graves que par le passé, faute de réservoir de talents ». Cette dissymétrie avec les vagues migratoires connues s’expliquerait par le meilleur accès des populations à l’éducation, contrairement à la situation du début de XXe siècle (elle aussi marquée par la fuite des segments les plus éduqués de la population). Cet exode pourrait durablement marquer l’économie russe qui « est en train de devenir, en un sens, plus primitive ». Konstantin Sonin revient également sur les causes de cette émigration, la guerre et la loi martiale en tête, mais aussi, car cet exode a commencé avant la guerre, la situation économique et politique, avant de conclure « il y encore quelques mois, [...] personne n’avait de problème pour quitter la Russie. Mais je ne suis pas certain que ce soit toujours le cas. Certains opposants politiques ont été poursuivis pénalement et arrêtés à la frontière lorsqu’ils ont tenté de fuir ».

Applications

Recherche mathématicien·nes désespérément

Sur France Inter, Bruno Duvic reçoit le directeur des Mines de Nancy François Rousseau ainsi que le directeur de l’INSMI Christophe Besse pour discuter de l’impact des mathématiques sur notre économie, et plus précisément du manque cruel de profils mathématiques. Les invités pointent la proportion des emplois directement impactés par les maths (9%) ainsi que la part du PIB liée à cette discipline (15%). Malgré ce fort besoin sociétal, les résultats de la France dans les classements internationaux sont catastrophiques et il y a moins d’admissibles au CAPES que de places ouvertes. Les invités justifient cette pénurie par un manque d’attractivité des métiers de l’enseignement, et critiquent l’élitisme du système français, capable par ailleurs d’amener au plus haut niveau une élite bien choisie. Ils concluent sur l’effet dramatique de la dernière réforme du lycée, en particulier sur la proportion de filles.

Débits des rivières et battements de souris

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Plan de la rivière Mitis au Québec

Le journal 20 Minutes (en collaboration avec The Conversation) illustre l’impact que pourraient avoir les mathématiques dans la gestion de l’eau au niveau planétaire, un des défis écologiques de demain. La moitié de l’humanité subit une pénurie d’eau annuelle, et les inondations dues à un surplus d’eau ont causé 80 milliards de dollars de dégâts en 2021. Pour mieux comprendre le cycle de l’eau à l’échelle planétaire, il nous faut mieux connaître les débits de nos fleuves et rivières. Ces mesures complexes s’appuient sur des estimations satellites des hauteurs d’eau ainsi que sur des modèles mathématiques s’inspirant de la mécanique des fluides et du transport optimal.

Un autre exemple d’application des modèles mathématiques : le site d’actualité scientifique Actualité Houssenia Writing décrit comment un système d’équations différentielles pourrait optimiser le traitement post-infarctus. En effet, des chercheur.ses de l’université de l’Ohio ont créé un modèle pour comprendre la réaction de certaines cellules immunitaires à des médicaments immunomodulateurs. Ces derniers sont censés supprimer l’effet de ces cellules et ainsi éviter l’inflammation des zones endommagées par une crise cardiaque. Ces modélisations mathématiques ne devraient pas aboutir à une modification des pratiques avant encore quelques années, en particulier car elles ne concernent pour l’heure que les souris... L’article original est à retrouver en anglais sur le site de l’université de l’Ohio.

Des chiffres et des lettres

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Wordle

Ce mois-ci et à travers deux articles, le magazine Quanta fait la part belle aux jeux mathématiques, et nous permet d’épater nos neveux et nièces dans les longs repas de famille de l’été, ou encore de nous améliorer à Wordle.

Le premier article (en) est la suite d’un article évoqué le mois dernier où l’auteur propose quatre énigmes mathématiques dont il donne ce mois-ci la solution ! Qu’il s’agisse de deviner des couples d’entiers ou des cartes, elles illustrent comment la logique peut extraire le maximum d’information d’énoncés a priori creux tel que « je sais que tu ne sais pas ».

Dans le même registre, le deuxième article (en) de Quanta montre comment le logarithme en base 2 vous rendra meilleur à Wordle, jeu en ligne et en anglais où le but est de deviner un mot secret comme dans le jeu télé Motus ou son cousin éloigné Mastermind. En effet, la théorie de l’information de Claude Shannon permet de quantifier le gain d’information offert par une requête donnée, illustrant par la même occasion le fonctionnement d’Akinator.

Enseignement

Éducation Nationale
Si vous n’avez pas tout suivi aux débats sur la réforme du baccalauréat et l’enseignement des mathématiques ces derniers mois, un poster synthétique a été réalisé par le collectif des sociétés savantes et associations scientifiques y ayant pris part. Il est consultable sur le site de la SMF.

Le débat s’oriente actuellement sur la réintroduction d’une heure et trente minutes de mathématiques dans le tronc commun, mesure aux contours flous qui a fait l’objet d’une grande incertitude le mois dernier (voir par exemple le site de franceinfo). Le ministère a précisé cette réforme, et le Café pédagogique décrypte ces aménagements de dernière minute. Membres des syndicats d’enseignant·e·s, Véronique Baslé et Hervé Verdurmen jugent la copie « bâclée et incohérente » dans un entretien au journal le Télégramme (accès restreint). Nous avions commenté le programme prévu et les réactions à celui-ci le mois dernier. Ce mois-ci, c’est Charlie Hebdo qui ironise sur la baisse préoccupante du niveau général en mathématiques.

Dès l’annonce de la réforme du lycée, les professeurs des classes préparatoires dites EC (économiques et commerciales) avaient alerté sur les conséquences fâcheuses qu’elle aurait inévitablement sur le recrutement dans leur filière. Une enquête de L’Étudiant tente d’expliquer pourquoi ces classes attirent moins aujourd’hui, et n’en rend pas uniquement responsable la réforme Blanquer-Mathiot.

Jean-Michel Blanquer n’en a pas tout à fait fini de faire couler l’encre dans cette revue de presse. Après avoir été aspergé de crème chantilly par deux enseignants pendant sa campagne, après son recours suite à sa défaite aux élections législatives, Jean-Michel Blanquer est réapparu dans l’actualité suite à une annonce de Stéphane Braconnier, président de l’université Paris Panthéon-Assas, remarquée par Mediapart (accès restreint) et le Canard enchaîné (édition du 21 juin). Voici ce que ce dernier écrit à ses collègues du département de droit public : « Il m’a été demandé [...] d’envisager la possibilité d’accueillir au sein de notre université l’ancien ministre Jean-Michel Blanquer, agrégé de droit public en 1996 et spécialiste de droit constitutionnel et de droit public comparé ». Il ajoute que l’« arrivée éventuelle [de Jean-Michel Blanquer] à l’Université Paris Panthéon-Assas prendrait la forme d’une mutation depuis l’université Paris 3, où il est en poste, sur un emploi dédié et nouvellement créé ». Ce poste « resterait acquis de manière définitive à [l’]université ». Il insiste ensuite sur les avantages qu’aurait pour son établissement un tel recrutement. Il souligne enfin le « caractère inhabituel, voire exceptionnel, de la demande », mais oublie de dire de qui elle émane. Devant le tollé suscité par cette annonce (voir par exemple le communiqué du SNESup-FSU et le blog de Pascal Maillard sur Mediapart, l’université a tenté un rétropédalage en diffusant un communiqué où elle affirme qu’« aucune création de poste ad hoc n’est prévue » et qu’« aucune "demande" extérieure à l’Université n’a précédé les échanges exploratoires entre Monsieur Jean-Michel Blanquer et les responsables compétents de l’Université ».
L’information a été largement reprise dans les médias. Citons entre autres Marianne, La Nouvelle République des Pyrénées et Le Parisien.

À propos du changement de ministre, François Jarraud titrait son article du 20 mai dans le Café pédagogique : « Pap Ndiaye et JM Blanquer : Rupture ou continuité ? ». Il n’est pas sûr que cette question appelait une réponse classique de logicien (oui ou non) ! Mais si c’était le cas, le même François Jarraud, un mois plus tard, suggérait une réponse plutôt macroniste : « Pap Ndiaye, ni dans la rupture, ni dans la continuité... ».

Le nouveau ministre de l’Éducation nationale aura son lot de sujets brûlants à traiter. Le Journal du dimanche dresse une liste de ce qu’il appelle « les chantiers inflammables de Pap Ndiaye ». On peut voir là un signe d’optimisme de la part du JDD, puisque ce qui est inflammable ne brûle pas (encore…).
Le salaire des enseignant·es est évidemment l’un des sujets les plus prompts à s’enflammer, et le ministre s’est d’ailleurs exprimé à ce sujet dans les colonnes du Parisien : « dès l’an prochain, les professeurs en tout début de carrière gagneront au moins 2000 euros net mensuels. Un effort salué par la profession, qui soulève néanmoins plusieurs interrogations. »
Le Grand Continent présente une synthèse originale et édifiante « en 10 points, 1 carte et 9 graphiques » sur le salaire des enseignant·es. On en retient en particulier qu’« entre 2005 et 2019, les salaires enseignants ont augmenté en moyenne de 11 % dans les pays de l’OCDE », mais « qu’ils ont baissé de 2 à 6 % en France sur la même période (et de 7 % à 10 % depuis 2000) ». On reste cependant perplexe sur ce que peut signifier une baisse en moyenne « de 2 à 6 % » !
Les salaires misérables sont une des explications, mais pas la seule, à la situation catastrophique du recrutement, à un moment où les besoins sont plus grands que jamais. On le sait, la crise est particulièrement grave en mathématiques. L’édition 2022 du concours externe du CAPES offrait cette année dans cette discipline 1035 postes, mais les épreuves d’admissibilité n’ont permis de retenir que 816 candidats qui passent l’oral ces jours-ci. « Le CAPES en déshérence » : c’est le titre de l’article que Marianne a consacré à ce problème épineux.

Monsieur Laurent Champaney, directeur général de l’École Nationale Supérieure des Arts et Métiers propose dans une chronique des Échos une solution à cette crise. Monsieur Champaney veut « briser le tabou d’une formation en mathématiques réalisée par des enseignants d’autres disciplines ». Il estime que les autres enseignements scientifiques « ne sont pas considérés comme formateurs en mathématiques alors qu’il n’est pas rare qu’on y introduise des outils nouveaux et qu’on apprenne à les utiliser par l’exemple sans forcément en comprendre totalement les concepts ». Selon lui, « la formation en mathématique à la française donne une présentation des outils par leurs concepts plutôt que par leurs usages afin d’en améliorer le niveau de compréhension ». Au passage, il attribue à ce prétendu abus de concepts l’exclusion des filles et des élèves « plutôt issus de milieux non favorisés ». « Comprendre totalement les concepts » : cette exigence exorbitante fait que la formation en mathématiques « doit donc être réalisée par des enseignants très pointus dans leur discipline, mais qui restent trop peu nombreux ». Moralité : pour avoir plus d’enseignants, cessons de vouloir à tout prix qu’ils soient « pointus ». Les mathématicien·nes apprécieront. Article réservé aux abonné·es.

Certaines idées de David Bessis sur les mathématiques sont probablement partagées par Laurent Champaney. Par exemple celle-ci : « avec les maths, on en est encore au Moyen Âge : très peu de personnes ont accès à la compréhension permise par les mathématiques ». La citation est extraite de l’entretien qu’il donne à l’Humanité, dans la droite ligne de son récent livre à succès, Mathematica. Une aventure au cœur de nous-mêmes, déjà évoqué dans notre revue de presse. Le mathématicien écrivain y dénonce « deux préjugés tenaces concernant les mathématiques » : pour lui, il ne s’agit ni d’un « don auquel peu ont accès » ni d’une « affaire de logique ». Il y voit surtout une affaire d’intuition. On peut ne pas être d’accord avec des affirmations comme « Si c’était une affaire de logique, tout le monde y aurait facilement accès » ou questionner la place que tient la psychologie dans sa réflexion. Mais on a très envie de croire avec lui qu’« une société où on devient capable de vraiment enseigner les mathématiques est plus démocratique ». Et on admire son optimisme quand il ose cette conjecture pour sortir du Moyen Âge : « Mon hypothèse est que, dans cinquante ans, on aura réglé ce problème et trouvé comment enseigner les mathématiques à tout le monde ».

Le mois dernier, Étienne Ghys intervenait dans Quotidien pour prendre la question à bras-le-corps : La France a-t-elle un problème avec les maths ? Il revient sur la relation des mathématiques à la sélection et à l’intelligence, pour déconstruire ces stéréotypes, et finalement vanter le bonheur de faire des maths. Claire Lomé a rebondi sur cette émission dans son blog Pierre Carrée sous l’entrée C’est la faute à Napoléon. Elise Huillery, professeure d’économie à l’université Paris-Dauphine, résume de façon lumineuse la situation de l’école en France sur France Culture (extrait sur Twitter).
Pour elle, la solution réside dans la sortie logique actuelle de sélection et de hiérarchisation des élèves.

Dans la série Rendons les maths plus attractives, trois épisodes ce mois-ci :

  • Les élèves du lycée Victor-Hugo de Château-Gontier (Mayenne) « ont lancé un escape game sur le thème de la Guerre Froide, qu’ils ont eux-mêmes créé », mêlant anglais et maths. (actu.fr).
  • « Comme il y a trois ans », les collégiens de Plérin (Côtes-d’Armor) « font de la géométrie sur le sable de la plage des Rosaires » (Ouest-France).
  • Le premier labomaths dans un collège du Loiret s’est installé à Sully-sur-Loire : mais de quoi s’agit-il ? (La République du Centre).

Enfin, ce problème n’est pas réservé à l’Éducation Nationale, et parmi les dossiers qui attendent Sylvie Retailleau, il faut mentionner la pénurie de personnels administratifs et techniques dans les universités. Une récente note du ministère dresse sur ce sujet un état des lieux préoccupant. La situation serait particulièrement tendue dans les universités franciliennes, selon un article du Monde (accès restreint).

Entraînement

C’est la saison des examens. Quantité de sites publient des sujets et des corrigés. Sur Studyrama, on trouvera par exemple les sujets et les corrigés du bac 2022, ainsi que ceux du brevet des collèges.

International
Continuons par deux escapades de l’autre côté de la Méditerranée. Le site marocain francophone Hespress nous explique « l’insolent succès des étudiants marocains aux Grandes écoles françaises » (reprenant le titre d’un article du Figaro déjà relaté dans cette revue de presse). Quant à Dzair Daily, il annonce des nouveautés pour la prochaine rentrée universitaire en Algérie. Elles concernent principalement les études scientifiques, avec une séparation entre les filières mathématiques et informatique de l’actuel tronc commun maths-info, un système d’orientation basé sur une moyenne pondérée des notes du bac, et la possibilité pour les deux nouvelles écoles nationales supérieures de Sidi Abdallah (ENSM pour les mathématiques et ENSIA pour l’intelligence artificielle) de recruter des élèves issus de la branche mathématiques techniques du baccalauréat.

Honneurs

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André Antibi

Ce mois-ci, nous avons appris la disparition d’André Antibi, décédé le 20 mai dernier à 78 ans. Professeur émérite en mathématiques à l’université Paul-Sabatier à Toulouse, il travaillait à améliorer le système éducatif français. Son ouvrage La Constante macabre pointe du doigt l’impact négatif des mauvaises notes, alors que la valorisation est le meilleur levier de réussite chez les élèves. Cette triste nouvelle a également été relayée par La Dépêche et Le Café pédagogique. Vous trouverez ici une vidéo de 20 min et datant de l’année dernière d’André Antibi parlant de la folie de l’évaluation.

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Comme annoncé, nous revenons ce mois-ci sur la collaboration algéro-française en mathématiques. Le mois dernier, notre revue de presse évoquait la remise du prix Audin, qui a récompensé Samir Bedrouni et Yacine Chitour.
Une délégation de l’association Josette et Maurice Audin (AJMA) a effectué une visite en Algérie du 28 mai au 6 juin à l’occasion du soixantième anniversaire de l’indépendance de ce pays, comme le relate Algérie Presse Service. Le ministère algérien de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique a officiellement accueilli une quinzaine d’animateurs de l’association et pris en charge leur séjour et leurs déplacements qui les ont conduits à Alger, Oran, Constantine et Mostaganem. L’ambassade de France à Alger avait de son côté participé au financement des voyages entre Paris et Alger. Conduite par Pierre Mansat, président de l’AJMA et Pierre Audin, fils de Maurice Audin, la délégation était notamment composée de mathématiciens, d’historiens, de juristes, d’écrivains, de cinéastes. Leur visite a donné lieu à de nombreuses rencontres, officielles ou non. Pierre Audin, désormais officiellement citoyen des deux pays, a été chaleureusement accueilli par la population (L’Humanité ; accès restreint). Un buste de Maurice Audin a été installé sur la place Audin à Alger, lieu emblématique de rassemblements populaires. L’inauguration a eu lieu en présence des autorités. Des conférences et débats ont été organisés dans toutes les villes visitées, sur des sites universitaires et culturels. L’Histoire y a eu une place importante. Mais les mathématiques étaient bien sûr toujours au rendez-vous, avec des intervenions des mathématiciens Pierre Audin et René Cori, mais aussi des rencontres avec d’anciens lauréats algériens du Prix Audin de mathématiques, ainsi qu’une cérémonie de remise du Prix Audin 2022 au lauréat de la rive sud de la Méditerranée, Samir Bedrouni, le 4 juin, au CERIST à Alger.
L’occasion pour Pierre Audin, animateur de l’Association Josette et Maurice Audin, et des autres membres de la délégation, de suggérer un partage des compétences plus prononcé entre les deux pays, de faire part de leur intention de contribuer à pérenniser le prix Audin et de concrétiser la création en Algérie d’une chaire Maurice Audin, pendant de celle qui a été mise en place en France sous l’égide de l’INSMI.
Le journal Le Monde relaie une dépêche de l’AFP à l’occasion de la visite de Pierre Audin en Algérie, dans laquelle il est rappelé que son père a été torturé et tué par l’armée française pendant la guerre d’Algérie, et que « En dépit de cette reconnaissance [la France a reconnu en 2018 que Maurice Audin avait été « torturé à mort, ou torturé puis exécuté par l’armée française »] et d’autres gestes mémoriels symboliques du président Macron, la France exclut toute « repentance » ou « excuses » soixante ans après la fin de la guerre d’Algérie (1954-1962). »

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Inauguration du buste de Maurice Audin en présence de Pierre Audin

Diffusion

Salon de la Culture et des Jeux Mathématiques

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Le salon retrouve la place Saint-Sulpice !

Après une parenthèse de deux ans, le mois de juin a vu le retour du Salon de la Culture et des jeux mathématiques ! C’est la mathématicienne Nicole El Karoui qui en était la marraine.
La 23e édition, dont le thème cette année était « Maths en Pleines Formes », s’est déroulée du 2 au 5 juin sur la place Saint-Sulpice, en présentiel bien sûr mais aussi en conservant un volet « distanciel » qui permet à ceux et celles qui ne peuvent pas se déplacer de profiter des nombreuses activités, conférences, échanges, présentations... C’est ainsi qu’un spectacle de magie a été réalisé depuis le Canada par l’équipe du projet Sciences et mathématiques en action (piloté par Jean-Marie De Koninck) ou qu’une équipe ukrainienne de la région de Vinnytsia (Ouest de l’Ukraine) a pu participer à la finale de la coupe Euromath.
À la richesse des manifestations proposées il faut ajouter une soixantaine de stands qui font de ce salon, chaque année, un des moments forts de la diffusion des mathématiques. Il résume assez bien la diversité, l’enthousiasme, le dynamisme, la vitalité des nombreux acteurs du secteur.
Le public n’a d’ailleurs pas boudé son plaisir ! Pour les petits et les grands, c’est une belle occasion d’apprendre en s’amusant, de s’émerveiller, de s’interroger, de découvrir où se cachent les mathématiques...
Notons en passant que, pour la première fois, Images des Mathématiques était présent sur l’espace Les chercheurs et chercheuses se prennent au jeu !, le vendredi et le samedi, avec des ateliers interactifs de MathLyon.
Vous n’aviez pas pu venir ? Rassurez-vous, les organisateurices ont mis sur le site Salon Math 2022 (librement accessible et réactualisé quelques jours après la fin du salon) toutes les vidéos disponibles. Un outil qui sera certainement précieux pour les enseignant·es ou tout simplement pour retrouver quelques moments (magiques) vécus durant ces quatre jours. En attendant, la prochaine édition est prévue du 25 au 28 mai 2023. Save the date !

En milieu scolaire

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Polyèdre à 20 faces triangulaires et 12 faces pentagonales
Autrement dit, un icosidodécaèdre

Les élèves de 4e du collège Laurent-Eynac du Monastier-sur-Gazeille ont « participé à un atelier pour découvrir et manipuler les polyèdres réguliers et semi-réguliers » animé par deux chercheurs de l’Université Clermont Auvergne, qui ont enchaîné avec une petite conférence pour expliquer le métier de chercheur·se en mathématiques, et c’est à retrouver sur le site de La Commère 43.

Leurs camarades de 4e du collège Léopold-Dussaigne à Jonzac ont eux participé à un atelier à plus long terme sur Pierre de Fermat comme nous le rapporte Sud Ouest, avec des sessions de travail tous les quinze jours. Avec pour consigne de n’écrire et de n’afficher « que ce qu’on est capable de comprendre », les élèves ont monté une exposition présentée à la documentation de leur collège.

En Belgique, à Habay-la-Vieille, un site archéologique est investi par les écoliers et leurs professeur·es pour appliquer les notions de géométrie vues en classe.« Il s’agit en grande partie d’alignements, de perpendiculaires, de parallèles, un peu de proportionnalités des triangles, et au niveau des calculs, ce sont des additions et soustractions. Il y a aussi de l’esprit pratique qui entre en jeu » , explique Loïc François, médiateur culturel à la villa gallo-romaine. C’est à lire sur le site de la RTBF.

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Une épreuve du rallye de Lyon ...

De nombreux rallyes mathématiques sont organisés en France chaque année. Le Progrès avait publié en mars un article sur celui de Lyon (une compétition par classes) organisé par l’Association des Professeurs de Mathématiques de l’Enseignement Public (APMEP), l’Institut de Recherche sur l’Enseignement des Mathématiques de Lyon et l’Inspection Pédagogique Régionale de Mathématiques. Il a vu participer plus de 700 classes (ce qui représente près de 23000 élèves) de 3e et 2nde. Douze classes finalistes dans chaque catégorie (collèges, lycées, lycées pro, éducation prioritaire...) étaient invitées par l’université Claude Bernard - Lyon1 début juin pour une finale festive : rallye sur le campus de La Doua, conférences, remise des prix étaient de la partie ainsi que le relatent les actualités de l’UCBL et France Info. Une vingtaine d’autres classes ont également bénéficié de lots offerts par des laboratoires de recherche ou les partenaires. Les épreuves initiales se déroulent en deux heures mais une option « problème ouvert » (voir ici) est également proposée aux élèves volontaires sur un temps long (entre trois semaines et un mois suivant le calendrier scolaire). Le rallye met à la disposition des enseignant·es les sujets des années antérieures, des sujets d’entraînement, des documents. Depuis 2018, les éditions Canopé diffusent la brochure « Le rallye mathématique dans la classe : un jeu très sérieux ! » écrite par l’une des équipes du rallye.

Insolite

Le site d’information Just Geek revient sur l’application Web open source Mathfox développée par un jeune de 15 ans. Après avoir développé Wikifox, une version « propre et simplifiée du vrai Wikipédia », Harry Tom s’est donc essayé aux mathématiques. Open source, entièrement gratuite, l’application se démarque donc d’un site comme Wolfram Alpha, et supporte « pas moins de 100 types d’opérations mathématiques différentes ». Il manque par contre une documentation claire pour faciliter la prise en main.

Pour finir ce paragraphe de diffusion, nous revenons sur un « casse-tête mathématique » que « seuls les génies peuvent résoudre » comme il en est souvent publié sur les réseaux sociaux. Presse Santé se fait l’écho du casse-tête suivant :
\[ 11 \times 11 = 4 \\ 22 \times 22 = 16 \\ 33 \times 33 = ? \]
Problème complexe et difficile ou bruit fatigant ? Il est en tous cas étonnant de voir que cela a donné lieu chez Presse Santé à un petit article sur l’importance de la construction de l’esprit logique et plus précisément sur le raisonnement hypothético-déductif : « Il permet à une personne d’envisager “Et si ?”, “si je prenais le problème d’une façon différente, la solution serait-elle plus simple ?”, “qu’y-a t-il derrière les apparences ? et si c’était plus compliqué que ce que je perçois au premier abord ? Quelles sont les données que je possède avec certitude qui peuvent me permettre de construire un raisonnement juste et de faire apparaître la réponse” ».

Parutions

Dans les kiosques

La préhistoire revisitée : c’est le titre du dossier, annoncé en première de couverture, de la dernière mouture du trimestriel La Recherche couvrant de juillet à septembre que vous pourrez tout à loisir découvrir cet été. La rubrique « mathématiques » révèle un article très abordable sur les transitions de phase dans les graphes aléatoires. Nicolas Curien revient sur la démonstration aussi brève (six pages) qu’élégante et astucieuse de la conjecture de Kahn–Kalai (qui « résistait » depuis 2006) par Jinyong Park et Huy Tuan Pham. Déposée fin mars sur Arxiv (voir ici), cette preuve a surpris de nombreux spécialistes. L’article revient sur les notions de graphes, de graphes aléatoires, de percolation et sur la conjecture dite du seuil d’espérance « à laquelle peu de gens croyaient ». À la fin de l’article Nicolas Curien précise que ce qui est remarquable, c’est que cette preuve « n’utilise aucune sorte de mathématiques difficiles ». Il évoque aussi le parcours atypique de Jinyong Park qui enseignait les mathématiques dans une école secondaire de Séoul avant de partir aux États-Unis où elle a repris ses études et soutenu sa thèse (qui a été encadrée par Jeff Kahn (le co-auteur de la conjecture). Vous pouvez visionner ici une vidéo (en anglais) dans laquelle Jinyoung Park présente son travail.
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Le premier ICM ?
Poster du congrès des mathématiciens de 1897

Vous découvrirez avec plaisir sur le site de La Recherche la série de chroniques mathématiques que Roger Mansuy publie à l’occasion du prochain congrès international des mathématicien·nes (qui se déroulera, virtuellement, du 6 au 14 juillet prochain). L’objectif « est de partir des petites histoires de l’ICM (anecdotes, documents, archives...) pour montrer la communauté mathématique un peu différemment ». La première, Des Jeux olympiques pour les maths ?, est parue le 14 juin. Elle relate l’histoire des premiers congrès, la reprise après la première guerre mondiale avec ceux de Strasbourg (1920) et Toronto (1924) qui se tiennent sans l’Allemagne et ses alliés... écartés pour raisons qui n’ont rien de scientifique. On apprend également qu’une sorte de congrès zéro s’était tenu à « Chicago en marge de la World’s Columbian Exposition de 1893, avec une importante délégation allemande menée par Felix Klein ».
Tous les deux ou trois jours, une nouvelle rubrique sort et aborde un sujet nouveau, inattendu qui éclaire l’histoire de ces congrès, jette un coup de projecteur sur des aspects méconnus, attise la curiosité ... N’hésitez pas à les lire !

Sciences et Avenir, associé à La Recherche, est un des grands titres généralistes pour ceux qui souhaitent suivre l’actualité recouvrant les sciences naturelles, les sciences humaines, l’environnement, l’archéologie, l’exploration spatiale... La mathématicienne Sylvie Benzoni, toujours très investie dans la diffusion des mathématiques, y tient régulièrement une courte chronique mathématique (moins de 1500 caractères).
Sur son site elle propose une version étendue de celles qui sont déjà parues.

Le mensuel Pour la Science de juillet sort trop tard pour que nous puissions en parler... Nous y reviendrons donc à la rentrée. En attendant vous pouvez consulter en ligne la rubrique mensuelle Logique et calcul qui propose une nouvelle promenade Mathématiques des engrenages.
Il nous parlait déjà d’engrenages, dans le numéro de mars, mais c’était pour détailler le mécanisme de la machine d’Anticythère (voir la revue de presse de février).

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Collège royal Louis-le-Grand
Comme le lycée se dénommait à l’époque de Galois

Tangente s’enrichit d’un nouveau hors série consacré à Evariste Galois, « l’un des mathématiciens les plus connus mais aussi l’un des plus mal connus » écrit Martine Brillaud dans son éditorial. Ce numéro mêle les anecdotes historiques, les recherches les plus récentes qui éclairent sa vie, les questions mathématiques sous-jacentes à ses travaux, ainsi que l’impact de ses travaux. Les articles sont agréables à lire, bien illustrés, émaillés de nombreux encarts et complétés par des notes brèves qui portent aussi bien sur les zones d’ombre de sa vie que sur le système scolaire de son époque, la théorie de Galois ou des questions connexes liées à ses travaux.
Le dernier dossier, Dans la tête d’un génie, renseigne le lecteur sur la pensée de Galois. Son regard sur l’enseignement (il a beaucoup critiqué les méthodes d’enseignement de son époque, le système scolaire et le rôle des examinateurs dans les concours), ses textes et écrits scientifiques.
On ne compte plus tout ce qui a été écrit sur Évariste Galois, le personnage, ses travaux, son impact sur les mathématiques. L’ambition avouée de ce numéro est de « donner quelques clés qui permettront de se repérer dans la multitude des récits le concernant », un pari qui semble bien réussi.

Par ailleurs la huitième édition du prix Tangente des lycéens vient juste d’être lancé. La liste des dix livres en compétition est en ligne. Les lycées désirant participer doivent se faire connaître avant le 30 novembre 2022. Chaque année cette initiative remporte un vif succès auprès des élèves mais aussi des enseignants de mathématiques et de français (c’est un prix littéraire) sans oublier les documentalistes.

En librairie

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El Ateneo Grand Splendid à Buenos Aires
la librería más bella del mundo dans un théâtre datant de 1919

Le succès rencontré par Récoltes et Semailles (voir ici et ) a quelque peu occulté la sortie en librairie, un peu plus tard, d’un autre texte non mathématique de Grothendieck, Allons-nous continuer la recherche scientifique ?, suivi de « Comment je suis devenu militant ». « L’autocritique de l’un des plus grands savants du XXe siècle se révèle... édifiante » écrit dans la préface Céline Pessis. Dans un article du Monde daté du 16 mars, Un critique radical de la science (réservé aux abonnés), David Larousserie signalait la sortie imminente de ce petit ouvrage (102 pages) et en publiait une recension qui explique que Grothendieck n’a pas « rejoint le camp des anti-science mais plutôt celui des critiques radicales de la science, en vogue à cette époque, éclairées par les penseurs Jacques Ellul (voir à son sujet cet article de Conversation) et Lewis Mumford ».

On parle aussi toujours dans la presse de Mathematica. Une aventure au cœur de nous-mêmes. Dans l’Humanité Nicolas Mathey propose une interview, copieuse, de David Bessis sous le titre Une société capable d’enseigner vraiment les maths est plus démocratique. Il questionne l’auteur sur les fils directeurs de son ouvrage, sa vision des mathématiques, son parcours, Descartes, Grothendieck, l’utilité relative des mathématiques...
David Bessis réaffirme que « les mathématiques ne sont pas qu’un savoir technique, elles sont une manière d’utiliser l’imagination, l’intuition, pour devenir plus fort dans la compréhension du monde » et que « les maths devraient faire partie de la culture commune, or elles sont enfermées dans un ghetto culturel ».

Le Comics « A Calculated Man #01 » de Paul Tobin et Alberto Albuquerque devrait sortir en juin dans les rayonnages AfterShock Comics des librairies. Hulu a déjà prévu son adaptation en série télévisée ! Ce qui est intéressant ici c’est que le personnage principal, Jack Beans, « est avant tout un génie des mathématiques » doté de capacités extraordinaires. Comicsblog nous en dévoile un peu plus sur cette nouveauté dont nous aurons probablement l’occasion de reparler.

Pour finir

Enfin, parce que cela concerne aussi la communauté mathématique, notons que plusieurs plaintes pour viol ont été déposées par des étudiantes de l’ENS Paris-Saclay, Polytechnique, et CentraleSupélec, trois écoles qui forment de nombreux·ses mathématicien·nes. Si c’est en effet une bonne chose que « la parole se libère », aller jusqu’à s’en « féliciter » comme le fait la procureure chargée du dossier paraît un peu cynique.
La dépêche de l’AFP a été reprise par la plupart des grands médias, et Le Parisien a également publié un article à ce sujet.

Post-scriptum :

L’équipe de la revue de presse recrute ! Si vous voulez participer, contactez les secrétaires de rédaction d’IdM.

Notes

[1Voir également cet article sur les surfaces de Seifert.

[2« [...] A lot of the time, the way I’ve done something is not because it was the problem I was setting out to solve. I was setting out to solve something else, and it didn’t work. But I was aware enough of the intellectual landscape to figure out what I could use it for. »

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Pour citer cet article :

L’équipe Actualités — «Revue de presse juin 2022» — Images des Mathématiques, CNRS, 2022

Crédits image :

Image à la une - Un grand icosaèdre (en noir), Lizzie (rayée) et un grand dodécaèdre étoilé (en noir). Les deux polyèdres en noir sont inscrits dans deux triacontaèdres étoilés, identiques, en blanc, et leurs arêtes forment les diagonales des faces de ces derniers.
Photo : Gabriel Pallier.
img_26119 - Gilles Martinet, Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license
img_26120 - Creative Commons Attribution 3.0 license
img_26121 - Photographie issue de la page professionnelle de Daniel Spielman
img_26122 - Claude Truong-Ngoc, Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0
img_26128 - Enora Abry
img_26113 - © Wikimedia Commons
Wordle - Wikimedia Commons
img_26134 - Wikimedia Commons
Surface de Seifert - wikimedia commons
Plan de la rivière Mitis au Québec - wikimedia commons
Le premier ICM ? - Wikipédia. Domaine publique
El Ateneo Grand Splendid à Buenos Aires - Wikipédia. Photo : David
img_26138 - Renate Schmid, CC BY-SA 2.0 DE <https://creativecommons.org/license...> , via Wikimedia Commons
Le salon retrouve la place Saint-Sulpice ! - Photo R. Goiffon
Une épreuve du rallye de Lyon ... - Photo Eric Le Roux / UCBL
Polyèdre à 20 faces triangulaires et 12 faces pentagonales - Domaine public
img_26139 - René Cori
img_26140 - René Cori

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