Revue de presse mai 2021

Le 1er juin 2021  - Ecrit par  L’équipe Actualités Voir les commentaires

La pandémie relâche au moins provisoirement son étreinte en France et cela se ressent dans l’actualité, qui est un peu plus détendue : si la rubrique dédiée reste bien fournie et si les conséquences sur l’enseignement n’en finissent pas, d’autres sujets réussissent à percer.

C’est bien sûr une coïncidence mais au même moment, Tuna Altınel vient de récupérer un passeport valide. L’administration turque retenait ce mathématicien lyonnais et « universitaire pour la paix », malgré son acquittement dans des procès montés de toutes pièces contre lui. Un appel a été interjeté par la préfecture contre cette décision et Tuna Altınel n’a pas de visa pour quitter la Turquie, si bien qu’il n’est pas libre de ses mouvements, mais c’est une victoire.

Recherche

JPEG - 420.5 ko
Des canards sur une mare plus petite que l’océan

Le journal espagnol El País se fait l’écho d’un très beau résultat d’une équipe espagnole sur l’apparition de phénomènes indécidables en mécanique des fluides. Étrange association entre deux univers de pensée très différents, la mécanique des fluides et la logique (ou l’informatique théorique). En prenant l’image de la destinée des 29 000 canards tombés d’un container en 1992, l’article nous invite à revisiter le programme de Tao pour attaquer les équations de Navier-Stokes. L’équipe espagnole a trouvé des flots stationnaires des équations d’Euler qui, utilisées comme données initiales dans l’équation de Navier-Stokes, donnent des solutions globales qui peuvent simuler un nombre fini de pas dans une machine de Turing [1]. Le déplacement des bouteilles à la mer deviendrait ainsi indécidable !

PNG - 554.8 ko
Gravure la plus ancienne attribuée à Homo sapiens en motifs géométriques, découverte en Afrique du Sud

Quanta Magazine s’essaye à l’utilisation de l’homologie dans ses applications de plus en plus utiles en analyse topologique des données. La lectrice curieuse relira avec intérêt l’article « Topologie algébrique des variétés » ici même. Cela lui prendra plus de temps que de lire celui de Quanta, mais cela lui sera fort utile pour comprendre l’homologie et ses applications.

France24 met à l’honneur Mathias Sablé-Meyer, doctorant dans l’équipe de Stanislas Dehaene, qui a publié une étude de psychologie expérimentale confrontant les résultats de babouins et d’humains sur des tâches de géométrie. L’étude semble montrer que les symboles de la géométrie signent la singularité des humains. Si nous partageons avec les grands singes la capacité à faire de l’arithmétique, la géométrie serait plus spécifiquement humaine, tout au moins dans ses aspects symboliques.

(Pour résumer, quitte à déformer un peu, on doit déterminer la forme de l’univers pour les big data ; pour ce faire, on peut barboter dans l’eau plutôt qu’utiliser un ordinateur et ce faisant, on se distinguera des grands singes en dessinant des ronds sur le sable. Un bon programme pour l’été !)

Vie de la recherche

Sujet passionnant et important, l’avenir des publications scientifiques est abordé par Sylvie Benzoni-Gavage dans The Conversation. Pour contourner les groupes privés, les chercheuses et les chercheurs ont recours à des archives institutionnelles, des épijournaux, et se mobilisent pour créer des plateformes d’édition en libre accès comme le Centre Mersenne… On trouve sur le site Ouvrir la science géré par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche un certain nombre de ressources dans ce domaine.

Huawei continue sa lancée dans le monde mathématique français. Le Fonds de dotation de l’Institut Henri Poincaré propose sur la plateforme Carenews un entretien avec Merouane Debbah, professeur à CentraleSupélec qui a rejoint Huawei en 2014, autour de l’investissement du géant chinois dans la Maison Poincaré. Investissement raillé dans le Canard enchaîné (« Comment Huawei a attrapé les boss des maths » dans l’édition du 5 mai), qui considère que cela s’est fait « en échange » de la collaboration de Cédric Villani (ancien directeur de l’IHP, actuellement président d’honneur du Fonds de dotation de l’IHP). Le palmipède évoque aussi le tout nouveau Centre Lagrange, sous la responsabilité de Merouane Debbah et dont Pierre-Louis Lions préside le conseil scientifique, qu’un collectif de chercheuses et de chercheurs appelle à boycotter dans Le Monde :

« Dans le contexte d’un effort très insuffisant de recherche et développement en France, et de sombres perspectives pour nos jeunes chercheurs, il est tentant de saluer la création du centre Lagrange. Nous nous réjouissons de l’essor des mathématiques chinoises au plus haut niveau, et nous sommes évidemment favorables à la coopération scientifique avec nos collègues chinois. Mais au vu du rôle joué par Huawei dans la répression au Xinjiang et potentiellement partout en Chine, nous appelons les mathématiciens et informaticiens déjà engagés à se retirer de ce projet. Nous demandons à tous les chercheurs et chercheuses de ne pas participer aux activités de ce centre, comme nous-mêmes nous y engageons. »

Droits humains

La SMF, la SMAI et la SFdS ont publié fin avril un communiqué commun « pour ne pas oublier la disparition d’Ibni Oumar Mahamat Saleh », un collègue mathématicien tchadien enlevé en 2008 dans des circonstances non élucidées. Un prix dédié à sa mémoire a été créé par les trois sociétés savantes en 2009. Vous pourrez aussi trouver depuis 2009 un billet écrit sur IdM chaque année à la date anniversaire de cette disparition par Charles Boubel.

Dernier rebondissement dans l’affaire Tuna Altınel, notre collègue a enfin pu récupérer le passeport qui lui avait été confisqué en avril 2019. Bien que « la préfecture [ait] fait appel du jugement ayant permis à M. Altinel de récupérer son titre de voyage », rappelle Le Monde-AFP, et qu’il n’ait pas de visa lui permettant de quitter ou de revenir en Turquie, c’est une victoire. Peu avant cet événement, le 11 mai, le comité de soutien à Tuna Altınel avait publié une série de vidéos de solidarité pour commémorer le deuxième anniversaire de son emprisonnement. L’information est reprise par France 3 AuRA, Lyon Mag, Lyon Capitale et actu.

Applications

Dans le podcast « Les Mots de la science », une chercheuse en épistémologie était invitée pour parler de modélisation. On y parle évidemment d’application des mathématiques à l’épidémiologie, de Covid et de $R_0$, mais pas que ! L’invitée insiste sur le fait que modélisation n’est pas prédiction, et évoque le lien avec les données, avec les ordinateurs… Le tout en dix-sept minutes !

Passons aux autres applications des mathématiques mises en lumière par la presse ce mois-ci. France Info a interviewé le vice-président cyberdéfense de Thales pour parler de cybercriminalité et d’algorithmes quantiques. Le Journal du CNRS a lui interviewé deux chercheurs en cryptographie pour parler de vote électronique. Et le service presse de l’université de Franche-Comté évoque le travail du Laboratoire de mathématiques de Besançon sur la sécurité routière. Plus original, le site Fredzone relaie la tentative de deux mathématiciens de prouver par des « calculs mathématiques » que l’Univers a une conscience, inspirés par le très grand Sir Roger Penrose selon qui il existe une « connexion entre le processus biomoléculaire du cerveau et la structure basique de l’Univers »… Pour les curieux, l’article original (et plus complet) est à lire en anglais sur Space.com.

Et puis, bien sûr, il y a l’intelligence artificielle. Cortex-mag titre la sempiternelle question « L’intelligence artificielle pourrait-elle un jour égaler l’intelligence humaine ? » (et conclut avec la sempiternelle réponse « Non si l’on en croit [telle chercheuse ou tel chercheur] »). L’article soulève toutefois l’importance de la réflexion « au sein de la société pour savoir ce qu’on veut en faire ». À propos de réflexion commune, la Commission européenne a récemment soumis une proposition de loi pour unifier les règlements autour de l’IA, dont The Conversation propose une petite analyse juridique. Enfin, toujours dans The Conversation à nouveau, il est aussi question de l’implication des « big techs » et de l’usage de l’IA pour attaquer les défis environnementaux.

Covid

Troisième déconfinement
JPEG - 38.9 ko
Jean-François Delfraissy

Après l’annonce du déconfinement par les autorités, qui n’ont apparemment pas consulté le conseil scientifique, l’avis de celui-ci est donné par son président Jean-François Delfraissy le 4 mai, dans Libération (accès restreint), tout de prudence. Il relaie les avis de Santé publique France : « À une semaine de la levée de certaines restrictions pour le 3 mai, le niveau d’incidence des cas confirmés en métropole est deux à trois fois supérieur à celui observé avant le déconfinement du 15 décembre 2020. [...] L’incidence est jusqu’à deux fois plus élevée pour les nouvelles hospitalisations et jusqu’à trois fois pour les admissions en soins critiques. ». La bronca des soignants est aussi rapportée. Le 8 mai, Le Journal du dimanche publie un appel de 23 médecins et chercheurs pour un « déconfinement basé sur des critères sanitaires », suite à la publication des prévisions de l’Institut Pasteur. Mircea Sofonea revient sur les stratégies françaises dans un long article de The Conversation, où il exprime aussi ses inquiétudes compte tenu du niveau encore actuellement élevé de la pandémie.

PNG - 34 ko
Mircea Sofonea

Pour l’été, « le pire n’est pas certain annoncent des épidémiologistes » dans Le Télégramme de Brest (accès restreint).

JPEG - 22.9 ko
Samuel Alizon

L’équipe de Montpellier (université, CNRS, IRD) emmenée par Samuel Alizon qui met à la disposition des acteurs locaux (hôpitaux, municipalités, régions) le modèle COVIDici (déjà mentionné dans la revue de presse de février), ajustable avec les paramètres locaux) publie dans Midi Libre les résultats pour le trimestre d’été en Occitanie. Malheureusement, compte tenu des inconnues (variants, observation des gestes barrières et consignes sanitaires...) les scénarios pourraient se résumer à pire, pareil et mieux...

Vaccins, tests et traitements

Une vidéo du Muséum national d’histoire naturelle sur YouTube fait en quelques minutes un point très clair sur les vaccins orienté vers les hésitants et les sceptiques. Si, à la mi-mars, 36 % des jeunes de 18 à 24 ans envisageaient la vaccination, ils sont plus de 55 % mi-avril. Un tiers des réticents serait prêt à changer d’avis s’il y avait « des informations qui prouvent l’efficacité et la sûreté du vaccin ». L’Express (accès restreint) consacre un article aux autotests et ce que l’on peut en attendre. La fondation MAScIR du Maroc développe un dispositif de test sans réactif donnant un résultat en une vingtaine de secondes sur smartphone lié par Bluetooth à un petit module d’analyse spectroscopique et à un logiciel de type intelligence artificielle. Le Site Info. Le tout tient dans une mallette (sensibilité évaluée à 94 % et spécificité à 70 %).
Pour tout savoir sur les traitements actuellement en différentes phases de tests (monoclonaux, antiviraux et autres), on trouve un long article détaillé de Pour la Science.

Les stratégies vaccinales font l’objet de discussions et évaluations : une étude comparative des pays de l’OCDE met en avant la supériorité sur tous les plans de la stratégie « zéro covid » y compris l’économie. On la trouve sur Europe1, mais aussi sur Le Monde (accès restreint), et encore, dans Courrier International, qui met l’accent sur l’économie.

La levée des brevets sur les vaccins fait l’objet de nombreuses discussions. La base en est la « licence d’office (ou la licence obligatoire) » possibilités prévues par l’OMS, l’OMC et de nombreux accords internationaux. Le soutien du nouveau président des États-Unis à la levée des brevets redonne espoir à de nombreux pays et aux ONG, rapporte RFI. Il resterait néanmoins à mettre en place des chaînes de production, au moment où le premier producteur mondial, l’Inde, est dans une situation catastrophique. D’autre part, les grandes firmes pharmaceutiques sont très réticentes, pour ne pas dire plus, alors que leur accord, obtenu bon gré mal gré, est essentiel pour l’approvisionnement initial de divers ingrédients. France TV Info répond aux cinq questions suivantes de manière détaillée :

  • Pourquoi cette levée des brevets est-elle réclamée ?
  • Quels sont les pays favorables à cette mesure ?
  • Quelle est la position de la France ?
  • Comment réagit l’industrie pharmaceutique ?
  • Existe-t-il des précédents ?

The Conversation détaille l’historique des précédents et des difficultés matérielles de mise en œuvre, les chaînes de production (même en aval) étant déjà sous tension.

Varia⋅nts

Variants

Yves Gaudin et Bruno Canard du CNRS sont les invités de France Culture dans « La Méthode scientifique » sur le sujet des variants. La plus grosse inquiétude était en ce début mai le variant sud-africain. L’entretien est principalement centré sur les effets épidémiques et sur l’écologie globale des variants. Interrogés sur les réinfections, ils signalent la difficulté de les expliciter et de les quantifier. D’autre part il peut se produire que les anticorps acquis facilitent une infection par un autre variant, parce que la réponse n’est pas bien adaptée et bloque une réponse adaptée. Ces deux experts sont plutôt inquiets sur une quatrième vague éventuelle.

Usine-Digitale indique que l’université d’Oxford annonce un partenariat avec le cloud d’Oracle utilisant sa “Scalable Pathogen Pipeline Platform” pour analyser et comparer les données de séquençage du génome des SARS-CoV-2, plateforme mise à la disposition des laboratoires et des chercheurs du monde entier.

Divers…

La Dépêche explique que l’Institut Pasteur, en collaboration avec le CNRS, l’Inserm, l’APHP et l’université de Paris, a décortiqué le mécanisme principal de l’anosmie (perte du goût) : le virus infecte les cellules nerveuses épithéliales, provoquant une inflammation et remontant par le nerf olfactif vers le cerveau, ce qui peut provoquer des troubles psychologiques et neurologiques. Le même Institut Pasteur (cette fois avec le CNRS, l’Inserm, Sorbonne Université et Santé publique France) publie par ailleurs une nouvelle estimation de la population française infectée par le covid, après le rappel des épisodes précédents, avec carte et données régionales.

Enseignement

Des facs virtuelles ?

Étudier sans aller à la fac ni rester à la maison : c’est ce que proposent les « campus connectés ». Il s’agit, nous dit Ouest-France, de lieux « où les jeunes peuvent suivre, près de chez eux, une formation à distance leur permettant de décrocher un diplôme de l’enseignement supérieur ». Du distanciel agrémenté d’un semblant de présentiel, probablement imaginé par des tenants du slogan « en même temps » cher à nos gouvernants. On s’étonnera seulement qu’ils n’aient pas sauté sur l’occasion pour enrichir le lexique de la novlangue afin de désigner ce concept. Proposons-leur « connecticiel ». Le ministère de l’Enseignement supérieur qualifie ces campus connectés de « lieux socialisants et labellisés ». La ministre, Frédérique Vidal, annonce qu’il en sera créé 49 (L’Étudiant en donne la liste), qui viendront s’ajouter aux 40 déjà créés.

Le Monde (accès restreint)​ avait consacré en mars un article à celui de Privas (07), « préfecture la moins peuplée de France avec ses 8 000 habitants ». L’objectif affiché est en effet de faciliter l’accès aux études supérieures à des étudiants vivant dans des « territoires isolés ». L’intérêt du dispositif est souligné par La Gazette des communes, qui prend aussi l’exemple de l’Ardèche. L’idée de ces campus est antérieure au début de la pandémie. Mais les (rares) étudiants qui ont inauguré le système à la rentrée 2019 ont été bien moins pénalisés par la crise sanitaire que ceux qui ont suivi le parcours habituel.

Chacun de ces campus connectés fait l’objet d’une convention entre les collectivités locales, qui fournissent les locaux, et une université, en lien avec le rectorat. L’État a mis dans ce projet une enveloppe de 25 millions d’euros, dans le cadre du troisième Programme d’investissements d’avenir. La procédure utilisée est celle, devenue hélas incontournable, des « appels à projet ». Le dernier d’entre eux est sur le site officiel Aides-Territoires.

Cependant, les campus connectés sont loin de pouvoir apaiser les inquiétudes des étudiants et de résoudre les problèmes d’une tout autre échelle que rencontrent les universités. « Déconnectés des attentes » : c’est ainsi que Libération qualifie ces campus ! Et pour la fédération syndicale Solidaires Étudiant-e-s, c’est le ministère qui est déconnecté, car « cette solution n’en est pas une » et la dématérialisation « ne fait que participer à une politique libérale et déstructuratrice de l’Enseignement Supérieur ».
On peut en effet penser que, en mettant en avant ce projet, le gouvernement admet son incapacité à faire face à l’augmentation importante des effectifs étudiants observée à la dernière rentrée et appelée à se poursuivre à la prochaine. Leur accueil dans les universités sera plus que problématique.

Les universités face à la crise

La ministre est bien consciente de ce problème, puisque la mission qu’elle a confiée à l’ancienne rectrice Françoise Moulin-Civil pour préparer la rentrée 2021 (voir le site Campus matin) s’articule « autour de deux enjeux : les possibles tensions autour des capacités d’accueil, et les dispositifs de remédiation pour combler des faiblesses académiques ».

Outre cet afflux prévisible d’étudiants, c’est l’incertitude sur leur bonne intégration à l’université qui préoccupe les responsables. Le Monde (accès restreint) titre ainsi : « Parcoursup : l’enseignement supérieur sans boussole face aux candidatures ».
Les perturbations dues à la crise sanitaire n’ont pas empêché la procédure Parcoursup de se dérouler au rythme habituel. Les lycéens ont commencé jeudi 27 mai à recevoir des réponses aux vœux qu’ils avaient formulés et n’avaient que quelques jours pour y donner suite. Les détails de cette campagne 2021-2022 sont donnés par Le Monde.

Une particularité de Parcoursup est de conditionner l’accès de certains étudiants à la formation qu’ils demandent à l’obligation de suivre un parcours aménagé. Ceux-là entrent dans la catégorie des « Oui si ». L’Étudiant fait état d’une étude du SIES (service de statistique du ministère de l’ESR) sur la réussite des étudiants de ces parcours aménagés. Il en ressort que « moins d’un tiers d’entre eux passe en deuxième année de licence ».

Les Échos indiquent que l’accès aux masters va être rendu plus compliqué, et ce dès la prochaine rentrée. On assiste en effet à une explosion du nombre de recours suite à des demandes non satisfaites. Et il est question d’instaurer pour gérer les candidatures une procédure qui s’inspirerait de Parcoursup.

La crise sanitaire provoque inquiétude et angoisse pour un grand nombre d’étudiants : le diagnostic se confirme de mois en mois. Le Figaro (accès restreint) parle d’une « génération sacrifiée ».

Et dans les lycées

Mais les lycéens ne sont évidemment pas épargnés par la déprime. Le Huffington Post a constaté que beaucoup d’entre eux ne veulent pas « passer le bac comme si de rien n’était ». Ils estiment qu’il y a eu trop d’inégalités dans la préparation à l’examen (fermetures de classes, aléas des cours à distance, bugs des logiciels…).

JPEG - 115.6 ko
Blocage au lycée Turgot à Paris

Le retour en classe début mai a donné lieu à des dizaines de blocages d’établissements. Les protestataires, soutenus par des associations étudiantes et des parents d’élèves, réclamaient l’annulation de toutes les épreuves en présentiel et le recours à 100 % de contrôle continu pour les épreuves finales de juin. Le Huffpost signale aussi une pétition dans ce sens, qui a recueilli plus de 230 000 signatures.
Mais le gouvernement a maintenu certaines épreuves, notamment la philo et le grand oral, tout en se déclarant « ouvert sur les aménagements possibles ».

Pour l’économiste Philippe Askenazy, qui s’exprime dans Le Monde, « il faut annuler le bac 2021 ». Il estime que « la pertinence n’est plus assurée, après deux ans de scolarité perturbée par l’épidémie de Covid-19 ».

L’insuffisance du recrutement d’enseignants, spécialement dans certaines matières, est un problème de plus en plus aigu, et il se répercute évidemment sur celui du remplacement des professeurs absents. Libération (accès restreint) s’est penché sur « la galère du recrutement ». Le ministère déclare procéder à des recrutements massifs de personnels précaires (contractuels). Mais, outre l’aspect fondamentalement insatisfaisant de cette méthode palliative, les chiffres avancés laissent les professeurs et leurs syndicats dubitatifs. L’émission que France Culture consacre tous les lundis à l’éducation, Être et savoir traitait ce 31 mai de ce sujet.

PNG - 8.8 ko

L’Humanité (accès restreint) publie une lettre ouverte au président de la République, signée Frédéric Le Plaine. Il l’écrit au nom de l’ACIREPH, association pour la création d’instituts de recherche sur l’enseignement la philosophie, qu’il préside. On se dit que ça rappelle quelque chose. On va donc sur le site de cette association. En quelques clics, on trouve un long Texte d’orientation pour la création d’Instituts de recherche sur l’enseignement de la philosophie (IREPh), en date du 28 mars 1998. Et vers la fin, on lit ceci : « Il sera souhaitable de s’inspirer de l’exemple proposé par l’histoire et la réalité actuelle des I.R.E.M. (Instituts de Recherche sur l’Enseignement des Mathématiques) ». On savait par divers témoignages que les IREM, dès la création des premiers d’entre eux à l’automne 1968, et régulièrement par la suite, avaient attiré l’attention de nombreux collègues d’autres disciplines, qui eurent l’idée de s’en inspirer. Il y eut même quelques tentatives, mais aucune ne prospéra. On a là la trace d’un exemple précis. Mais on ignore si, depuis 1998, le beau projet des philosophes a pu avancer.

Avant même que la première édition du nouveau bac ne soit passée, on se rend compte que la réforme ne réussit pas vraiment à atteindre l’objectif de réduction des inégalités qu’elle mettait en avant. Une étude de la DEPP (service de statistiques du MEN), rapportée par Le Monde (accès restreint), conclut en effet à une influence importante du milieu social sur les choix de spécialités au bac. Ainsi, « les lycéens les plus favorisés socialement se sont plus fréquemment orientés vers des filières plus classiques, qui ressemblent aux anciennes sections du bac général. En mathématiques et physique chimie, ils représentent par exemple 51,9 % des effectifs ». Analysant la même étude, la fondation Blaise Pascal pointe une sous-représentation des filles en sciences : « Les garçons, qui représentent 44 % de l’ensemble des élèves, sont surreprésentés (plus de 60 %) dans les combinaisons issues de la triplette mathématiques, physique-chimie, sciences de l’ingénieur et de la triplette mathématiques, numérique sciences informatique, physique-chimie ». (Rappelons que les lycéens choisissent une « triplette » d’options en première pour conserver deux d’entre elles en terminale.)
Tout cela nous amène tout naturellement au chapitre suivant.

Parité

L’agence ivoirienne de presse (AIP) annonce « la 2e journée d’initiation des jeunes filles aux sciences et technologies prévue à Sinématiali le 19 mai 2021 ». La même AIP nous présente Dynamiques et excellentes d’Afrique (DynExcafrica), un organisme qui « initie les jeunes filles du lycée moderne d’Abobo aux STEM » (sciences, technologies, ingénierie et mathématiques).
La RTBF, sur sa chaîne « La 1ère », diffuse un entretien avec Fabiola Flex, qui publie Pourquoi la science n’aime pas les femmes (Bucht Chastel), livre dans lequel elle remet en cause la « mixité à tout prix ». Pour l’autrice, ceux qui en soulignent les effets néfastes seraient « réduits au silence ». On ne peut que la rejoindre lorsqu’elle souligne l’insuffisance criante de la reconnaissance des scientifiques en général dans la société. Mais pour ce qui est de son propos principal, contentons-nous de dire que nous n’avons pas été entièrement convaincus par sa « démonstration »…

JPEG - 101.4 ko
Cartes des femmes scientifiques

Le blog de Claire Lommé attire opportunément notre attention sur un jeu édité par la Cité des sciences et consacré aux « femmes scientifiques et techniciennes à travers les époques ». On peut librement télécharger les cartes ainsi que tous les fichiers sources (grâce auxquels on peut créer de nouvelles cartes), ainsi évidemment que les règles du jeu. Extrait d’un entretien avec Mélissa Richard, médiatrice à la Cité des sciences : « Nous voulions montrer qu’il y a énormément de femmes dans l’histoire des sciences et techniques. Elles sont peu mises en avant voire pas du tout, et quand elles le sont, ce sont souvent les mêmes. Comme nous avons, entre autres, pour objectif d’inciter les adolescentes à se tourner vers les sciences et techniques, on souhaitait qu’elles aient des modèles d’inspiration. ».

Simple coïncidence ou y a-t-il un lien entre ces deux initiatives ? Dans le même temps, l’Association for Women in Mathematics (AWM) crée un jeu de cartes consacré aux biographies de 64 femmes mathématiciennes. Certaines très connues (Maria Agnesi, Sophie Germain, Maryam Mirzakhani, Emmy Noether…), d’autres un peu moins (Euphemia Lofton Haynes, Mary G. Ross, Charlotte Angas Scott…). Étonnamment, on n’y trouve pas Sofia Kovalevskaïa et Sophie Germain semble être la seule française…

Enfin, Le Café pédagogique signale une étude menée par l’Unesco et l’Association internationale pour l’évaluation du rendement scolaire (IEA), à partir des résultats de la dernière enquête TIMSS. Elle aboutit a des conclusions qui peuvent paraître paradoxales : d’une part, « les élèves instruits par une enseignante ont des résultats égaux, ou même supérieurs dans la plupart des cas, à ceux qui sont instruits par des enseignants » ; mais, d’autre part, le « sentiment d’auto-efficacité » est plus faible chez les enseignantes que chez les enseignants. Autrement dit, les enseignantes de mathématiques et sciences ne sont pas conscientes du fait qu’elles réussissent mieux que leurs collègues masculins dans la formation des élèves. L’IEA souligne que cela a des conséquences sur l’orientation des filles vers des cursus de sciences et de mathématiques : un plus faible sentiment d’auto-efficacité les dissuaderait de poursuivre des études dans ces domaines.

N’en déplaise à Fabiola Flex, il y a encore du travail à faire...

Diffusion

Scolaire

PNG - 1 Mo
Le Kangourou des mathématiques

La fin de l’année scolaire approche et avec elle fleurissent les résultats des concours mathématiques : Le Télégramme célèbre ici les performances au Kangourou des élèves de CM1-CM2 de Matignon (22) et celles au Koala — version jeune public du Kangourou — des CP-CE1 de Plouguernével (22). Le Progrès et la Voix du Jura félicitent le lauréat national et deux lauréates régionales du concours Pangea dans une école primaire de Montrond (39) ; deux autres lauréat·e·s d’Erdeven (56) pour la région Bretagne sont à l’honneur dans Le Télégramme. Enfin, c’est au concours de cryptographie Alkindi que les élèves de Villeneuve-lès-Avignon (30) ont brillé, rapporte Objectif Gard.

Des concours d’énigmes et de défis mathématiques organisés par des lycées lors de la semaine des mathématiques en mars ont également été l’occasion de remises de prix festives ce mois-ci : à Decize (58) dans le Journal du Centre — regrettons au passage le caractère passablement sexiste de l’énigme citée en exemple dans l’article — et à Clermont-Ferrand (63) dans la Montagne.

JPEG - 115.4 ko
Le 22e salon Culture et jeux mathématiques

L’année écoulée n’a pas été de tout repos pour l’organisation d’activités de médiation scientifique, mais les différents acteurs ont fait de leur mieux pour s’adapter à la situation sanitaire. Ainsi, le Comité international des jeux mathématiques a organisé son 22e Salon culture et jeux mathématiques de façon entièrement virtuelle, ou, comme le site le dit malicieusement, dé-math-érialisée. L’événement proposait des stands virtuels, des conférences et journées thématiques avec réflexion sur les liens entre maths, applications, arts, numérique et enjeux de société. On peut regretter un faible écho dans la presse pour cette manifestation riche et une participation plus faible que quand elle se tient place Saint-Sulpice (Paris 6e).

De son côté, l’association Fermat Sciences de Beaumont-de-Lomagne (82), grande habituée de la revue de presse, a conçu un catalogue d’objets mathématiques itinérants que des établissements scolaires peuvent emprunter pour réaliser, sans intervenant·e, des ateliers ludiques avec leurs élèves ; l’initiative a été remarquée par La Dépêche. Enfin, la fédération MARGAUx, dont nous célébrions la création en janvier dernier, propose un catalogue de conférences de vulgarisation de la recherche en mathématiques appliquées à destination des collèges et lycées, aux titres fort alléchants : « Les mathématiques au secours des paléontologues », « L’Hydre et la vérité », ou encore « Platon, une sorcière, une montagne et la géométrie ».

Pour finir, la Presse de la Manche dresse le portrait insolite d’un professeur de maths itinérant qui, insatisfait du carcan de l’Éducation nationale, a lancé à son compte une « classe itinérante » dans un camping-car aménagé avec tableau interactif, avec pour objectif de proposer des cours de soutien aux élèves en difficulté.

À voir, à lire, à écouter

JPEG - 911.7 ko
Mickaël Launay

À l’occasion de la sortie de son nouveau livre (voir les parutions ci-dessous), Mickaël Launay était l’invité de Bruno Duvic sur France Inter et de Patrick Cohen sur Europe 1, où il parle de la beauté des mathématiques et du plaisir qu’on tire à en faire. C’est l’occasion de réécouter sa « Conversation scientifique » avec Étienne Klein en 2019 sur France Culture. Ils y évoquent l’abstraction en mathématiques et leur capacité à décrire le monde qui nous entoure pour mieux le comprendre, en abordant une liste éclectique de sujets comme la loi de Benford [2], la géographie ou l’astronomie.

Toujours côté podcasts, Carenews s’enthousiasme pour la série L’Oreille mathématique produite par l’IHP, qui interviewe des mathématiciens et mathématiciennes « pour mettre en lumière le tempérament et les idées de celles et ceux qui font les mathématiques contemporaines ».

JPEG - 709.9 ko
Comment bien analyser une publication scientifique ?

Avec la crise du covid, les fake news scientifiques ont circulé plus vite et plus fort que jamais, révélant certains travers des publications scientifiques ou leur interprétation plus ou moins honnête par les médias. Pour éviter les biais que cela engendre, de nombreuses personnes décident de remonter à la source et de lire elles-mêmes des articles de recherche. Partant de ce constat, Le Monde propose des clés de lecture, pour la plupart pleines de bon sens, d’articles scientifiques à l’usage des non-initié⋅es, afin de savoir par exemple évaluer la qualité de la revue ou la présence de conflits d’intérêts. Un petit paragraphe consacré aux mathématiques figure en particulier à la fin de l’article, où la mathématicienne Olga Romaskevich, interrogée, recommande la saine lecture d’Images des maths [3] !

Enfin, Cineuropa réalise une critique du film Adventures of a Mathematician, sorti il y a environ un an et présenté au Bergamo Film Meeting 2021, qui relate la vie du mathématicien Stanislaw Ulam et sa participation au projet Manhattan.

Arts

JPEG - 469.9 ko

Une fois n’est pas coutume, on n’en a jamais assez de s’émerveiller sur les pavages de l’Alhambra. Le site 45secondes a eu la chance de suivre une visite guidée par deux professeurs de mathématiques grenadins, et propose un résumé précis de la visite avec une vingtaine de photos et de schémas à l’appui.

À la médiathèque d’Iwuy, c’est plus largement la géométrie qui est à l’honneur du 19 mai au 2 juillet, comme l’annonce La Voix du Nord. Animations scientifiques et œuvres du musée des beaux-arts de Cambrai se mêlent dans cette exposition intitulée sobrement « Art et Science » (malheureusement, le site n’en parle pas). L’Hebdo du St-Maurice nous annonce une autre exposition d’ « art mathématique », mais de l’autre côté de l’Atlantique ! Il s’agit d’une exposition au Centre Léo-Ayotte autour de la biodiversité proposée par un duo d’artistes qui « sont aussi des scientifiques universitaires ». Deux expositions gratuites qu’il ne faudrait pas rater pour celles et ceux qui n’habitent pas trop loin !

N’oublions pas que la beauté des mathématiques n’est pas seulement visuelle ! Celles-ci entretiennent des liens très forts avec la musique. Si on répète souvent que la musique de Jean-Sébastien Bach est « très mathématique », France Musique demande si, « au fond, [il n’y a] pas des mathématiques dans toute musique ». La chronique dure cinq minutes « pour un sujet qui demande des jours entiers d’exposés, de colloques et de communications », comme précisé sur la page internet, mais elle est excellente.

« Bach fonctionne comme un mathématicien, et un mathématicien n’est pas le contraire d’un artiste. » Christophe Dilys

On finit sur un autre lien entre maths et musique : celui, technologique, du support de la musique. Comment faire avec la mise à jour quasi-quotidienne des outils informatiques pour assurer la conservation des œuvres numériques ? Faire confiance à des logiciels non libres qu’il faut mettre à jour régulièrement comme ceux de l’Ircam, ou bien se tourner vers l’open source ? La question de l’interprétation des œuvres conservées numériquement se pose aussi. Le Monde propose un article technique et complet sur le sujet.

Honneurs

Le Goncourt de la poésie a été décerné à Jacques Roubaud pour l’année 2021. Il se définit lui-même comme « compositeur de mathématiques et de poésie » et il a reçu ce prix pour l’ensemble de son œuvre comme le rapporte Ouest-France. Il est membre de l’Oulipo, l’ouvroir de littérature potentielle, de même qu’Hervé Le Tellier qui a reçu le prix Goncourt 2020 pour son roman L’Anomalie.

Le prochain congrès international de mathématiciens aura lieu en 2022 à Saint-Pétersbourg. Les oratrices et orateurs pléniers sont triés sur le volet parmi les meilleur⋅es mathématicien⋅nes du monde. Deux Françaises auront cet honneur comme l’indique l’association Femmes&Maths. Il s’agit tout d’abord d’Alice Guionnet, directrice de recherches à l’ENS de Lyon et spécialiste des matrices aléatoires en grande dimension et déjà primée à de nombreuses occasions. La seconde est Laure Saint-Raymond, spécialiste de l’analyse asymptotique des équations aux dérivées partielles, académicienne, professeure à l’ENS de Lyon et qui deviendra professeure à l’IHES en septembre prochain.

PNG - 382.9 ko
Vivette Girault
Vivette Girault donnera la leçon Sonia Kovalevsky au prochain congrès SIAM.

Du côté des mathématiques appliquées, le congrès annuel SIAM en juillet prochain en mode hybride, sera l’occasion pour Vivette Girault, professeure émérite à Sorbonne Université et analyste numéricienne, de donner l’exposé “From linear poroelasticity to nonlinear implicit elastic and related models” (De la poroélasticité linéaire aux modèles non linéaires implicites élastiques et apparentés) à l’occasion de la « Conférence Sonia Kovalevsky”, qui met en valeur les contributions importantes de femmes dans le domaine des mathématiques appliquées ou computationnelles.

Du côté des jeunes, le prix de thèse Jacques Neveu a été remis par le groupe MAS (Modélisation aléatoire et statistique) de la SMAI à Barbara Dembin et à Jaouad Mourtada. Leurs thèses portent respectivement sur la théorie de la percolation et sur l’apprentissage statistique. Pour celles et ceux que ça intéresse, la vidéo d’un exposé MathPark donné par Barbara Dembin en 2019 est disponible en ligne comme le rappelle Femmes&Maths.

Le tournoi français des jeunes mathématiciens (TFJM) a été remporté par une équipe de quatre lycéens rouennais. Ils se préparent maintenant pour le championnat du monde qui aura lieu en novembre prochain en Géorgie. Ouest-France met en avant la créativité dont ils ont fait preuve pour résoudre les problèmes, hors des sentiers scolaires, qui leur ont été soumis.

Parutions

Bientôt dans les kiosques
JPEG - 281.4 ko
Alphabet grec sur une coupe
L’epsilon, visible sur la gauche du vase, ressemble à sa forme actuelle.

Epsiloon, c’est la suite des péripéties de Science et Vie. Un nouveau magazine scientifique qui devrait voir le jour fin juin, si tout va bien, annonce Le Monde. Un « nouveau départ pour les anciens de Sciences et Vie » écrit Les Echos. Ainsi, après la démission de la quasi-totalité de la rédaction en mars dernier, l’idée de lancer un nouveau média scientifique s’est concrétisée. « Hervé Poirier, Mathilde Fontez – ancienne cheffe de rubrique à Science et Vie – et le groupe de presse indépendant Unique Heritage Media ont ainsi décidé de lancer le magazine Epsiloon » explique Maddyness qui ajoute : « Pour financer son premier opus, une campagne de financement participatif est en cours sur Ulule. En moins de 24 heures, l’objectif de 1 500 pré-ventes a été largement dépassé. » « Ce lancement est soutenu par une flopée de personnalités, de l’astrophysicienne Françoise Combes au mathématicien Cédric Villani, en passant par le designer Philippe Starck, l’acteur Thierry Lhermitte et l’explorateur-médecin Jean-Louis Étienne », nous dit le HuffPost. Paris Match précise mi-mai que plus de 10 000 personnes ont contribué au projet en pré-commandant plus de 20 000 abonnements, faisant entrer Epsiloon « dans le top 5 des projets les plus financés sur Ulule (sur près de 35 000) », selon un communiqué.

Le nouveau magazine, qui ambitionne de démocratiser l’accès à la science, promet d’être accessible au plus grand nombre, d’afficher une ligne moderne, de rendre le science attrayante. Et bien sûr d’être indépendant. Le double « o » ajouté à la lettre grecque $\varepsilon$ fait référence au symbole de l’infini et à la volonté de la rédaction de balayer la science de l’infiniment petit à l’infiniment grand.

En kiosque

En mai, Pour la Science titrait à la une avec un peu de retard « Désinformation. Les armes de l’intelligence artificielle ». Le mensuel soulignait les enjeux de cette guerre, détaillait les moyens utilisés par les désinformateurs et les outils utilisés pour lutter contre ces fléaux.

En juin c’est la physique des particules qui est à l’honneur avec un article sur l’anomalie magnétique du muon et la désintégration d’un méson B qui semble contredire les prédictions du modèle standard.

Dans ce numéro, fidèle à son rendez-vous mensuel Jean-Paul Delahaye nous propose de délicieux, mais redoutables problèmes avec son article « Des points qui s’alignent… ou pas ». Un sujet mêlant géométries [4] et combinatoire, vieux de 3 000 ans, mais fait toujours l’objet de dizaines d’articles de recherche et de plusieurs livres récents. Un article à ne pas manquer !

JPEG - 849.9 ko
La clé magique : une des illustrations d’Elis Tamula

Le trimestriel Quadrature couvrant la période d’avril à juin est sorti il y a quelques semaines. Toujours aussi soigneusement rédigé, fidèle à son image de « magazine de mathématiques pures et épicées » destiné aux étudiants des classes préparatoires ou en mathématiques, vous ne le trouverez pas en kiosque... mais vous pouvez le commander ou l’acheter au numéro. Le sommaire, varié et alléchant, est en ligne. Dans la rubrique « Forum » (qui n’est pas mentionnée dans le sommaire) on trouve une information sur « Marie Lhuissier, conteuse mathématicienne » et son dernier spectacle racontant la clef magique, une autre sur Gresham Collège et deux courtes notes sur les prix Maurice Audin et le Fermat junior 2021. L’originale rubrique numismatique de Roger Mansuy nous fait découvrir les très belles pièces ukrainiennes consacrées aux mathématiciens. Il n’y a pas encore de pièce consacrée à une mathématicienne ukrainienne...

Inclassable

JPEG - 155 ko
Marseille vu par Fabrice Lli

Mathéopolis, c’est à la fois un projet, un livre, un site, une démarche, une équipe passionnée... Et aucun de ces éléments ne peut être pris isolément.
Cette belle aventure a été initiée il y a quelques années par deux mathématiciens, Julien Cassaigne et Laurent Beddou, membres de l’association Maths pour tous. On se souvient que celle-ci avait reçu, en 2014, le prix d’Alembert de la Société mathématique de France « pour l’ensemble de ses actions, en particulier le Forum des mathématiques »). Regroupant des chercheurs, des enseignants, des membres de l’Inspection générale et régionale de mathématiques, des étudiants, des lycéens, des collégiens, des élèves du primaire, l’un des objectifs de cette dynamique association est de faire découvrir et aimer les mathématiques de manière ludique par tout le monde.

Un autre volet de son action cible les « élèves en difficulté », ceux qui sont en rupture avec l’école. Le confinement a été l’occasion de finaliser le projet soutenu par les IREM de Marseille et de Lyon. Origine et Pouvoir des mathématiques est signé par Francis Loret, Pierre Seguin et Fabrice Lli.

Mathéopolis cible à la fois les scolaires, les enseignants et les curieux. Les uns vont pouvoir se régaler avec un livre superbement illustré par Fabrice Lli, les autres pourront s’appuyer sur le site et ses ressources en ligne pour nourrir et illustrer des « cours... d’histoire des sciences et de problématiques concrètes issues du monde de la recherche ». Nous avions signalé la sortie du tome zéro dans les parutions de février 2021. Depuis le site est devenu opérationnel et nous apprenons que l’ouvrage (pour l’instant disponible uniquement sur commande) vient d’être nominé pour le prix Tangente des lycéens 2022.
On attend avec impatience la sortie du prochain tome !

Librairies

PNG - 729.9 ko
Les audaces de Sophie Germain
La première de couverture ....

Annoncée le mois dernier la bande dessinée Les audaces de Sophie Germain d’Elena Tartaglini (scénario) et Adriana Filippini (dessin) réalisée sous la direction scientifique d’Hervé Pajot, vient de sortir en librairie. Les couleurs, très réussies, sont d’Annalisa Ferrari.

« Une bande dessinée bienvenue pour illustrer la mémoire de Sophie Germain (1776-1831) » écrit À fond la science. Comme pour Les oscillations de Joseph Fourier (toujours disponible, voir ici une recension), il s’agit d’un « docu-BD », une spécialité des éditions Petit à Petit. La BD alterne avec des textes rédigés en partenariat avec des chercheuses et chercheurs du CNRS, mathématicien⋅nes, philosophes ou historien⋅nes, qui peuvent être considéré⋅es comme des co-auteur⋅ices de ce livre. La formule permet de découvrir en soixante-deux pages la vie exceptionnelle de cette extraordinaire mathématicienne qui a été la première femme à remporter, en 1816, un prix de l’Académie des sciences, trop longtemps méconnue et en butte aux préjugés de son époque. Ce n’est pas un « livre-BD » (comme Logicomix par exemple) et certains pourront, peut être, regretter que la vie de celle que l’on considère comme une des premières mathématiciennes françaises soit traitée « en dix chapitres » seulement. L’ouvrage permet tout de même un survol suffisamment complet à la fois du personnage et de la vie de son époque.

Pour compléter (ou précéder) cette lecture vous pouvez visionner le film éponyme ou visiter « virtuellement » l’exposition en attendant une visite « réelle ». Un très beau projet !

Est-ce un hasard ? Sa parution coïncide pratiquement avec la Journée internationale des femmes en maths fixée le 12 mai en souvenir de Maryam Mirzakhani la première (et à ce jour la seule) femme à avoir reçu la médaille Fields, emportée trop tôt par la même maladie...

JPEG - 150.3 ko
Ada Lovelace en 1840

Ada Lovelace est également morte trop jeune le 27 novembre 1852 à trente-six ans. Passionnée de mathématiques, elle peut être considérée comme la première informaticienne. Pour lui rendre hommage son nom a été donné à un langage de programmation dans les années 1970. Catherine Dufour retrace sa vie dans son ouvrage Ada et la beauté des nombres qui vient d’entrer dans la sélection prix des lecteurs 2021 du Livre de poche. Les anglophones férus d’humour apprécieront sans doute The Thrilling Adventures of Lovelace and Babbage (en) de Sydney Padua (en).

La collection des Dictionnaires amoureux de Plon compte plus d’une centaine de titres. Les sujets les plus divers sont abordés : parfum, arbres, rock, voile, polar... il y a même un dictionnaire amoureux de l’inutile et un dictionnaire amoureux des dictionnaires ! Le succès aidant, le rythme des parutions est de plus en plus soutenu. Pourtant il n’y avait pas encore de Dictionnaire amoureux des mathématiques. André Deledicq et Mickaël Launay l’ont fait. Cet abécédaire propose au lecteur de voyager à travers les mathématiques de façon agréable et détendue au gré de son envie, de butiner « les articles, de l’abeille géomètre aux mystères du zéro » en passant par des entrées plutôt inattendues comme « enseigner les mathématiques » ou « IREM » (Instituts de recherche sur l’enseignement des mathématiques). L’humour n’est pas absent et le but des auteurs, « ne jamais vous lasser ni vous essouffler » en restant toujours clairs sans renoncer à la profondeur, est atteint. Deux auteurs qui parlent d’une seule voix tout au long des sept cents pages qui invitent les plus rétifs aux mathématiques à porter un regard différent sur « un langage et l’un des plus beaux ». Personne ne sera étonné d’apprendre que dans cette prolifique collection le plus gros tirage est celui du Dictionnaire amoureux du vin (et quand le vin est tiré, n’est-ce pas...). Nous souhaitons le même succès au nouveau venu !

On a beaucoup entendu parler ces derniers temps de « pic de l’épidémie » et de « modèles mathématiques ». Des notions qui semblent difficiles à appréhender pour beaucoup de citoyens ou de responsables. Le récent ouvrage de Claude Lobry Qu’est-ce que le “pic” d’une épidémie et comment le contrôler publié chez Cassini et Spartacus-Idh « décrit la façon, ni compliquée, ni mystérieuse, dont fonctionnent les modèles mathématiques des épidémies et pourquoi ils permettent de faire des prévisions ». L’auteur, mathématicien à la retraite et docteur en philosophie, rend accessible à tout citoyen ayant un bagage scientifique minimal une présentation de l’évolution, du contrôle des épidémies et des modèles qui s’y rattachent. Un livre très pédagogique qui répond à de nombreuses questions récurrentes en cette période de pandémie.

Toujours dans la même collection, en sorties récentes, on remarque les traductions des Histoires de mathématiques et de populations de Nicolas Bacaër. Paru en 2008 et déjà traduit en anglais en 2011, il vient de paraître en espagnol, en portugais et en italien. Ces traductions partent d’une traduction automatique avec DeepL corrigée par des mathématiciens connaissant la langue cible de naissance. Les livres sont édités chez Cassini, les fichiers « pdf » sont disponibles gratuitement tant sur le site de l’éditeur que celui de l’auteur. Une traduction en allemand devrait suivre, puis en chinois, en japonais et peut-être en russe et en néerlandais...

Et pour finir

Les mathématiques seraient-elles parfaitement impalpables ?
C’est la matière d’Aurélien Bellanger pour sa chronique du 10 mai dans l’émission d’Adèle Van Reeth sur France Culture, à réécouter en podcast. Où l’on nous rappelle l’affection particulière des mathématicien·nes pour les craies et tableaux noirs afin de fixer leurs théorèmes.

Post-scriptum :

L’équipe de la revue de presse recrute ! Si vous voulez participer, contactez le responsable et les secrétaires de rédaction d’IdM.

Article édité par Jérôme Germoni

Notes

[1Une machine de Turing est un instrument de pensée inventé par Alan Turing comme modèle de calcul : malgré son apparente rusticité – un ruban et une tête de lecture et d’écriture, plus une table de transition – elle est théoriquement capable de faire n’importe quel calcul.

[2Scoop ? Les nombres de Fibonacci suivent la loi de Benford !

[3Si pertinent soit son conseil, il ne faudrait pas dans un paragraphe sur l’éthique scientifique omettre qu’elle-même écrit sur IdM...

[4Pour les aficionados, le pluriel se justifie parce que l’on travaille tour à tour sur les réels, les complexes, les quaternions et même des corps finis

Partager cet article

Pour citer cet article :

L’équipe Actualités — «Revue de presse mai 2021» — Images des Mathématiques, CNRS, 2021

Crédits image :

Image à la une - Tuna Altınel dessiné par Laure Savetier, ENS de Lyon. Droits réservés.
img_24594 - Par bernjan — Flickr, CC BY 2.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=6953645
Philippe Tlokinski dans Adventures of a Mathematician - https://cineuropa.org/fr/newsdetail/403756/
img_24596 - Kangourou des mathématiques
img_24597 - CIJM
img_24598 - Photo by Karthik Sridasyam on Unsplash
img_24599 - G.Garitan, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
Alphabet grec sur une coupe - Wikipédia
Marseille vu par Fabrice Lli - Fabrice Lli. Mathéopolis
Les audaces de Sophie Germain - Avec l’aimable autorisation des éditions Petit à petit
Ada Lovelace en 1840 - Alfred Edward Chalon (domaine public)
La clé magique : une des illustrations d’Elis Tamula - Elis Tamula (https://elistamula.com)
Gravure la plus ancienne attribuée à Homo sapiens en motifs géométriques, découverte en Afrique du Sud - Source : France 24
Des canards sur une mare plus petite que l’océan - Source : < a href="https://www.flickr.com/photos/50879678@N03/10801511384">Bernard Blanc sur Flickr

Commentaire sur l'article

Laisser un commentaire

Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?

L'auteur

L’équipe Actualités

Cette équipe gère les brèves & actualités et la revue de presse depuis octobre 2018.